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Mai 1998
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34- 1998, DLH 192 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer une demande de permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'hôtel meublé situés 6-8, passage Goix (19e).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1998



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au DLH 192 : demande de permis de démolir le bâtiment à usage d'hôtel meublé, 6-8, passage Goix.
Monsieur TUROMAN, vous avez la parole.
M. Michel TUROMAN. - Monsieur le Maire, nous voterons ce projet. Ceci étant dit, je vais faire quelques observations.
Tout d'abord, dans cet immeuble demeurent 53 locataires. Cet immeuble a été racheté par la Ville et il doit être démoli. L'engagement a été pris lors du Conseil d'arrondissement du 19e de reloger tous les locataires. Je souhaiterais que cet engagement soit réaffirmé ici.
Deuxième observation : entre l'achat de cet immeuble et le projet de démolition, quels sont, dans ce type de procédure, les rapports qu'entretient la Ville avec les locataires ? Je crois que ces rapports doivent être clarifiés. Je dis cela parce que je viens d'apprendre par exemple que la Compagnie des Eaux s'apprête, dans les jours qui viennent, à couper l'eau dans cet immeuble.
Je pense que la Ville doit s'occuper de ses locataires et de ses immeubles et ne pas laisser aller les choses... Il serait vraiment préjudiciable pour la vie de ces habitants que l'eau soit coupée.
Mais plus généralement je voudrais qu'on réponde à cette question : quels sont les rapports que la Ville entretient avec les locataires des immeubles dont elle devient propriétaire jusqu'à ce que le projet de démolition ou de reconstruction aboutisse ?
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, décidément, je ne dois pas chausser les mêmes lunettes que M. BULTÉ. Je vous mets au défi, sur le projet délibération précédent, de venir visiter, avec moi le 19, rue Emile-Duployé.
Je veux bien le faire en présence d'un huissier, pour que l'on note les fissures, les ébranlements de structures, s'il en découvre, mais je maintiens que cet immeuble est en parfait état et qu'il a été réhabilité par son ancien propriétaire.
Sur le passage Goix, il s'agit encore d'un hôtel meublé, situé passage Goix, de 69 chambres, dont 64 sont occupées et parmi elles, 4 familles avec enfants.
Certains habitants sont là depuis 30 ou 40 ans.
Il semble que la Ville soit propriétaire depuis 1994, mais les locataires ont continué de payer leur loyer au gérant jusqu'au mois de janvier 1998, date à laquelle la Ville a cessé de réclamer les loyers, compte tenu de ses projets de démolition.
Nous avons là une illustration nouvelle de l'éradication systématique dans Paris d'un type de logement spécifique, l'hôtel meublé dont tant la Fondation Abbé Pierre que des rapports initiés par le Président Mitterrand, ont montré l'utilité persistante. Même si la nature de l'émigration évolue, des logements d'insertion, des logements pour les anciens détenus, des logements temporaires sont toujours nécessaires et feront bientôt cruellement défaut : ce ne sont pas les quelques studios parsemés dans les programmes de construction sociale qui répondront à ce type de demande spécifique.
Il est certain que cet hôtel meublé est en mauvais état, les murs sont délabrés. Mais surtout, les structures de l'immeuble ont été ébranlées lors de la démolition d'immeubles voisins, les façades sont fissurées. Tactique classique du coup de boule qui fragilise définitivement les immeubles voisins qui tombent alors tels des dominos.
On constate toutefois que, depuis que l'opération D.P.U.R. a été décidée en décembre 1991, le secteur du passage Goix a été littéralement saccagé par la Ville de Paris.
C'est à peu près le même type d'opération qui devait prévaloir sur la rue de Belleville : heureusement, la résistance des habitants et des associations a permis de sauver ce quartier populaire qui va être réhabilité.
Sur le passage Goix, la dégradation est maintenant très avancée. Le quartier est déstructuré, avec des friches, des immeubles murés, des commerces fermés.
C'est une stratégie de pourrissement systématique qui est mise en oeuvre afin que la seule réponse possible soit la démolition, et c'est contre cette tactique de la Ville de Paris que je m'insurge.
Un exemple : lors de travaux de démolition d'immeubles adjacents, la rue du passage Goix et les canalisations souterraines ont été défoncées par les camions du chantier de la Mairie de Paris. Les propriétaires d'un immeuble, qui ne doit pas être démoli, ont demandé à la Ville de réparer les dommages ainsi créés. Ils se heurtent depuis à un refus. Les eaux des canalisations se répandent donc dans les caves, générant un degré d'humidité qui contribuera un peu plus au pourrissement de la situation.
Pour agrémenter encore le cadre de vie et l'environnement de ce secteur existe, juste à côté de l'hôtel, une grande friche, véritable décharge à ciel ouvert contraire à toutes les normes en matière d'hygiène.
Si vous ne la nettoyez pas dans les jours qui viennent, je saisirai directement et personnellement le Préfet de police afin qu'il enjoigne à la Ville de procéder au nettoyage de cette friche, car on ne peut pas laisser des gens vivre, en cette fin du XXe siècle, au coeur de Paris, à proximité d'une décharge publique, à ciel ouvert, nauséabonde.
Il y a là un problème d'hygiène et de sécurité. Pour toutes ces raisons, tout en reconnaissant que le bâtiment est difficilement réhabilitable, après avoir été saccagé par vos soins, je voterai contre ce projet, afin de protester contre la stratégie mise en oeuvre délibérément par la Ville de Paris de pourrissement d'un quartier et d'atteinte à la tranquillité des centaines de personnes qui y vivent.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à M. BULTÉ pour qu'il puisse répondre à MM. BLET et TUROMAN.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Maire, je rappelle que notre Assemblée a approuvé, comme le rappelait M. BLET, au mois de février 1991, la mise en oeuvre de la procédure préalable de la Déclaration d'utilité publique, et le projet d'aménagement du secteur passage Goix dans le 19e, dont le périmètre intègre l'immeuble situé au 6-8, rue passage Goix faisant l'objet de notre projet de délibération.
Suite au rapport d'enquête et à l'avis favorable émis par le commissaire-enquêteur, l'aménagement du secteur, passage Goix, a été déclaré d'utilité publique par arrêté préfectoral au mois de décembre 1991.
L'intervention urgente des pouvoirs publics se justifie par une nécessité de résorber l'habitat insalubre par plusieurs opérations de construction, de réhabilitation de logements sociaux, dans un secteur où le taux d'occupation est très élevé notamment dans les anciens hôtels meublés.
Ainsi l'action municipale peut être à présent portée sur l'immeuble dont la Ville de Paris est propriétaire au 6-8, rue passage Goix, qui se trouve au coeur de l'îlot central du secteur d'aménagement, passage Goix.
En effet, la poursuite de l'opération sur cette adresse est déterminante. Elle permettra non seulement la réalisation de la voie nouvelle mais aussi, Monsieur BLET, la réfection des réseaux enterrés.
Cet immeuble communal, anciennement exploité par la société " Les hôtels des Vosges ", comporte 69 chambres. Le projet de démolition de l'immeuble composé de deux bâtiments est justifié par un état de vétusté extrême, caractérisé par un délabrement avancé du gros oeuvre, et par une dégradation irréversible de sa structure, compromettant la solidité de l'immeuble à brève échéance, situé dans une zone géologique de risques naturels.
Compte tenu de l'état de ces bâtiments, la Ville de Paris a engagé, je le rappelle à M. BLET, une procédure de mise en péril sur l'immeuble, aux fins de désigner un expert dont la mission était d'examiner l'état de l'immeuble.
Au terme de son rapport, l'expert a conclu que les désordres sont de nature à constituer un péril imminent, et l'évaluation de l'immeuble est nécessaire bien entendu à très court délai.
La démolition de cette immeuble, après sa libération, permettrait à la S.A.G.I., outre l'opération de réaménagement de la voirie, de réaliser des logements sociaux P.L.A., P.L.I., sur les parcelles du 9-13, rue du Département et 5-9, passage Goix et 10 à 16, passage Goix.
Je rappelle là encore que le Conseil du 19e arrondissement a émis un avis favorable.
Pour être complet, je répondrai à M. TUROMAN en ce qui concerne sa préoccupation et notamment l'inquiétude soulevée par les locataires.
En ce qui concerne la Compagnie des Eaux, je ferai le nécessaire auprès des services afin que l'on puisse étudier la situation exacte et réelle des occupants actuels pour bien entendu éviter que l'on puisse avoir une coupure inopinée de l'eau.
Merci.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci, Monsieur BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 92.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, Mmes SCHNEITER, BILLARD, SCHERER, SILHOUETTE et M. BLET ayant voté contre. (1998, DLH 192).