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Mai 1998
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36- 1998, DLH 66 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer une demande de permis de démolir visant un ensemble de bâtiments à usage d'habitation et de commerce situé 135, rue Pelleport, 133, rue Pelleport et 13, rue des Pavillons (20e).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1998



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DLH 66 : permis de démolir visant un ensemble de bâtiments à usage d'habitation et de commerce situé 135, rue de Pelleport, 133 rue de Pelleport et 13, rue des Pavillons, dans le 20e.
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, il y a dix ans, le 29 février 1988, la Ville condamnait arbitrairement ce micro-quartier à la démolition, à proximité du métro Télégraphe, en le décrétant secteur de D.P.U.R. - Droit de Préemption Urbain renforcé - et en le confiant à la S.G.I.M., une S.E.M. municipale.
Etait-il insalubre ? Menaçait-il ruine ? Rien de tout cela ! Ce secteur, comme tous les quartiers faubouriens de la Capitale se caractérisait tout simplement par sa volumétrie modeste et asymétrique aux antipodes des dogmes haussmanniens.
Pas assez d'étages, pas assez de voitures ! Pour un urbaniste étriqué, densificateur, c'est rédhibitoire !
A deux pas, l'esprit de la Charte d'Athènes avait déjà exercé ses ravages dans les années 70 avec un vaste immeuble de 17 étages rue Pelleport, imposture poétiquement dénommée " Ciel et toits de Paris ".
Selon la délibération du 18 septembre 1995, l'objectif de l'opération était alors de panser les plaies du passé en " traitant le raccordement au nord de l'emprise avec ce bâtiment " afin " d'adoucir la présence massive " du vaste mur pignon de ce bâtiment.
En un mot, recherchons la hauteur, recherchons la cohérence en ajoutant à cette ignominie architecturale une autre ignominie tout aussi marquante dans le paysage urbain.
Deuxième objectif affiché : mettre en oeuvre les réserves de voirie inscrites au P.O.S. visant à élargir à 15 mètres les rues Pelleport et Pavillons.
En un mot, des voitures, toujours des voitures, encore plus de voitures !
Sur ces seuls motifs, vous avez commencé les acquisitions, expulsions et murages en 1990.
Cinq ans plus tard, les bâtiments pâtissaient déjà de l'effet " Ville de Paris " et du peu de soin que leur accordait la Ville. Portant étaient-ils insalubres, Menaçaient-ils ruine ? Toujours pas !
Selon la délibération du 18 septembre 1995, l'état du bâtiment du 133 rue Pelleport était qualifié de " moyen ", celui de l'atelier du 13 rue des Pavillons était qualifiée de " passable ", ceux des bâtiments du 135 rue de Pelleport étaient qualifiés respectivement de " médiocre ", " passable ", " assez bon " et même " bon ". Rien de catastrophique donc, surtout lorsqu'on sait que ces appréciations sont généralement minorées par la Ville comme je l'ai à maintes reprises déjà démontré.
Aujourd'hui, après trois années supplémentaires de gestion de la Ville, cette délibération nous annonce que le même 135 est désormais " en mauvais état ". Après avoir été pris en charge par la Ville, de " bon " il devient " mauvais " et " il a fait l'objet d'injonctions de travaux émises par la préfecture de police, en raison notamment du caractère dangereux des escaliers, de la façade et autres accès de l'immeuble ".
Mais à qui étaient adressées ces injonctions de travaux ? N'était-ce pas à son propriétaire ou copropriétaire majoritaire qui n'était autre que la Ville elle-même qui laissait volontairement se dégrader son patrimoine immobilier afin de le rendre vétuste et de justifier sa démolition ?
Monsieur le Maire, moins d'hypocrisie rendrait les débats plus sains : vous pourrissez la ville pour mieux pouvoir la détruire.
De toute manière, selon l'information que nous a communiquée M. le préfet de police, le 135 rue de Pelleport n'a fait l'objet d'aucun arrêté de péril. Le 7e bureau de la Direction de la protection du public en témoigne. Quoi qu'il en soit, nous contestons une fois de plus les analyses catastrophiques appliquées à ce bâtiment. La façade, par exemple, est en bon état. La composition volumétrique et architecturale de ce bâtiment faubourien de 3 étages, du XIXe siècle, est d'ailleurs fort pertinente, tant sur rue avec une verticalité soulignée par la façade en avancée au-dessus de la porte d'entrée ou par la proéminence du commerce en rez-de-chaussée que sur la cour très intime avec sa coursive en fer forgé et ses volets de bois.
La créativité dans la simplicité.
Quant au bâtiment limitrophe du 133 rue Pelleport, vous n'osez même pas nous décrire son état dans le projet de délibération présenté qui vise pourtant à sa démolition. Et pour cause, il est en bon état !
Là encore, ce bâtiment faubourien de deux étages, construite en 1830, brille par la composition de sa façade mêlant subtilement une fenestration soulignée par des volets de bois encadrée par 4 " oeil de b?uf ".
Tout cela est en parfaite harmonie avec le reste de la rue des Pavillons où résistent encore des lieux de charme tel le café " Chez Pascaline ", rue de Pixérécourt, que je vous recommande.
Tout cela a bien failli disparaître, pour cause d'élargissement de voirie.
Le 8 décembre dernier, en réponse à notre collègue Laure SCHNEITER, vous réaffirmiez l'abandon de ces réserves au droit des numéros 14 à 24 de la rue des Pavillons. C'est vrai mais pourquoi exclure le n° 12, un beau bâtiment d'un étage que vous avez déjà préempté et qui est aujourd'hui muré, support des spectres humains du grand fresquiste Ménager.
De même pour la partie impaire de la rue des Pavillons qui nous concerne aujourd'hui et pour la rue de Pelleport où les réserves sont maintenues.
Pourquoi persistez vous à vouloir démolir les 133 et 135 rue de Pelleport et 13 rue des Pavillons ?
Vous annoncez que ces démolitions permettront la réalisation d'un programme de logements.
Monsieur le Maire, il faudrait être plus précis. Pour cette deuxième phase, il s'agirait de 21 P.L.I., selon la délibération du 8 décembre dernier, 20 logements selon le projet affiché sur le terrain, mais une dizaine seulement selon une note technique de vos services préalable à cette délibération.
Pourtant, vous le savez, le Préfet de Paris vous a déjà sanctionné sur l'imprécision de vos délibérations notamment en 1996 concernant celle du 18 septembre 1995 relative à cette opération.
Monsieur le Maire, ressaisissez vous !
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur BULTÉ pour répondre à M. BLET.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire, avant d'aller prendre un verre avec M. BLET chez " Pascaline ", je voudrais lui répondre sur ce projet de délibération.
Je rappellerai que notre Conseil a approuvé en décembre 1997 ce projet de délibération relatif à la mise en oeuvre de la Déclaration d'utilité publique de la deuxième phase de l'opération Pavillons-Pelleport intéressant les immeubles faisant l'objet de notre projet de délibération.
La première phase de l'opération Pavillons-Pelleport portant sur la réalisation du programme de 9 logements et d'un parking est en cours sur les terrains des immeubles préemptés au 15, 15bis et 17 rue des Pavillons et 129 et 131 rue Pelleport.
La procédure de la Déclaration d'utilité publique permettra à la Ville d'acquérir le reste des lots dans l'ensemble des immeubles visés par notre projet de délibération, afin de réaliser après leur libération une opération démolition-reconstruction d'une autre dizaine de logements, pour une surface globale pour être précis, Monsieur BLET, de 611 mètres carrés. Les lots d'ores et déjà acquis par la Ville dans l'immeuble situé au 135 rue Pelleport sont libres de toute occupation.
Il est à noter que l'immeuble que j'ai cité se trouve dans un état très dégradé, dans un très mauvais état général en raison notamment du caractère dangereux des escaliers, de la façade et des accès de l'immeuble.
L'approbation par le Conseil de Paris de ce projet de délibération permettrait, outre l'augmentation du nombre de logements neufs, de poursuivre conformément aux réserves de voirie inscrites au P.O.S. de Paris l'élargissement, ce qui est important, de la rue Pelleport et de la rue des Pavillons, contribuant à l'amélioration du fonctionnement du carrefour formé par les rues Pavillons, Pelleport et Borégo ainsi que de la rue de la Duée, dans le 20e.
Je rappellerai là encore qu'avant de proposer ce projet de délibération, nous en avons largement débattu avec les élus de l'arrondissement et que le Conseil du 20e arrondissement s'est prononcé à l'unanimité pour ce projet de délibération.
Merci, mes chers collègues.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. -
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 66.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, Mme SCHNEITER et M. BLET ayant voté contre. (1998, DLH 66).