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Novembre 2017
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Conseil Municipal
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2017 DASES 269 G - Subvention (40.000 euros) et convention avec l'association "Act Up-Paris" (19e).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2017


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DASES 269 G : subvention et convention avec l'association "Act Up-Paris".

La parole est à David BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, zéro nouvelle contamination par le V.I.H. à partir de 2030 : c'est l'objectif que s'est fixé notre ville. Et pour l'atteindre, il est important que l'implication de la ville, dans la stratégie parisienne initiée sous l'impulsion du rapport de France LERT en février 2016, soit sans failles. Or, les actions de dépistage ne sont pas encore à l'échelle des objectifs affichés. L'épidémie cachée sur notre territoire nécessite de réagir vite et efficacement si nous voulons atteindre ces objectifs ambitieux.

En effet, aujourd'hui, 25 % des nouvelles infections chez des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes en France se produisent dans Paris intra-muros, et 11 % des nouvelles infections, toutes populations confondues, en France. Les campagnes de dépistage se doivent donc d'être à la hauteur des enjeux que nous impose l'épidémie à Paris.

Le travail enclenché par notre Ville, notamment au travers du soutien à l'association "Vers Paris sans Sida", va dans le bon sens et nous nous en réjouissons. Dans ce cadre, un dépistage plus intensif, plus systématique et toujours plus ciblé est nécessaire.

Vous avez déployé, cet été, une vaste campagne de communication "Faites de Paris la ville de l'amour sans Sida" qui a été remarquée et saluée, à gauche comme à droite. Notre groupe aimerait savoir quel est le plan d'action de la Ville pour les 6 prochains mois.

Enfin, nous nous approchons du 1er décembre, date symbolique de la Journée mondiale de lutte contre le Sida, et il nous semble que c'est l'occasion de braquer les projecteurs sur les problématiques que je viens de soulever dans mon intervention. Qu'est-il prévu à cette occasion ? Et, bien entendu, notre groupe votera favorablement à cette subvention.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, David BELLIARD.

La parole est à Anne SOUYRIS.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - Merci, Monsieur le Président, et merci, David, de me poser cette question.

D'abord, comme vous l'avez vu, l'engagement de la Ville ne s'est jamais affaibli ces dernières années et s'est même renforcé grâce aux énergies des cliniciens, des chercheurs, des partenaires associatifs et institutionnels qui ont, sous l'impulsion du rapport de l'épidémiologiste France LERT rendu à la Maire en février 2016, participé très activement à l?élaboration de la stratégie parisienne de lutte contre le Sida. Parce que, voyez-vous, aujourd'hui, la lutte contre le Sida doit changer radicalement pour être efficace, et nous avons commencé à Paris. Il y a encore quelques années, la PrEP - dont vous savez peut-être ce que c?est, mais, en tout cas, peut-être certains d'entre vous ne le savent pas - qui est une prévention médicamenteuse du V.I.H., ne s'affichait pas sur les panneaux publicitaires. Les messages sur l?indétectabilité non plus. Cet été, j'ai vu, comme toutes les Parisiennes et les Parisiens dans les rues de Paris, des visages jusque-là "invisibilisés" et des messages inédits. La campagne "Faisons de Paris la ville de l'amour sans Sida" a souhaité montrer sans stigmatiser, prévenir sans juger et parler aux populations clés. Le langage utilisé, les discours et la vision ont changé en peu de temps. Les populations clés ne sont plus désignées comme des groupes à risque ou bien des groupes vulnérables, mais bien comme des groupes exposés et surtout, des groupes compétents.

Nos expériences respectives nous ont montré qu'il fallait cibler les besoins spécifiques des populations clés les plus exposées. Il fallait au plus vite promouvoir tous les outils de la prévention combinée : le dépistage, les préservatifs, l'efficacité du traitement pour empêcher la transmission PrEp et bien d'autres choses encore, tout en adoptant une approche globale associant étroitement prévention, soins, qualité de vie pour les personnes vivant avec le V.I.H., accès au droit et lutte contre les discriminations dans une approche pragmatique.

Vous le savez - nous l'avons déjà évoqué ici en Conseil de Paris -, nous avons commencé à mettre en ?uvre notre stratégie : doublement de la capacité de dépistage communautaire associatif auprès des migrants dans les quartiers prioritaires ; soutien au déploiement des consultations PrEP ; stratégie de communication dans la ville sur 3 ans pour faire changer durablement les représentations associées au V.I.H. et lutter contre le stigmate subi par les populations clés dont je parlais à l'instant.

A l'approche du 1er décembre, nous réaffirmons une fois encore notre engagement parce que, bien au-delà des mots et des déclarations d'intention, au-delà même des subventions accordées chaque année aux nombreuses associations partenaires, il y a une réalité qui ne ment pas, et la Ville, vous avez raison, sera très vite jugée sur ses actes.

La réalité dont je parle, et je vous remercie de l'avoir rappelée dans votre intervention, est celle-ci. Suite aux nouvelles estimations, voici ce que l'on peut dire concernant les hommes homosexuels à Paris intra-muros.

Vous avez rappelé ces chiffres très parlants. Paris intra-muros concentre effectivement 25 % des nouvelles infections. Ce sont les hommes homosexuels en France et 11 % des nouvelles infections, toutes populations confondues en France.

En 2014, 689 séropositifs étaient découverts à Paris. On estime la taille de l'épidémie non diagnostiquée à 1.760 hommes homosexuels, ce qui correspond à 19 % des hommes homosexuels qui vivent avec le V.I.H. sans le savoir en France et à 46 % de toutes les personnes qui ignorent leur séropositivité à Paris. Or Paris a le taux de personnes vivant avec le V.I.H. sans le savoir le plus élevé de France : 25 pour 10.000 habitants.

Si nous souhaitons réduire significativement le réservoir viral communautaire, il faudrait concrètement passer de 689 nouveaux diagnostics à 2.000. Il faut, vous le comprenez, radicalement changer d'échelle.

Sachant que les meilleures actions de dépistage, les plus ciblées, trouvent autour de 2 % des séropositifs, il faudrait réaliser au moins 100.000 tests de plus, rien que chez les hommes homosexuels parisiens sur une période d'un ou de deux ans maximum.

Comme vous l'entendez, je ne peux me contenter de me réjouir du travail enclenché. La tâche qu'il nous reste à accomplir est immense, mais pas insurmontable, pour peu que nous nous en donnions réellement les moyens. Toutes et tous ici présents, nous devons faire notre part.

A l'occasion du 1er décembre, nous annoncerons un véritable plan d'urgence du dépistage V.I.H. à Paris. Car, oui, il est de notre responsabilité de réaliser à Paris, en 2018 et en 2019, 100.000 tests supplémentaires ciblés chez les hommes homosexuels, 63.000 tests supplémentaires ciblés chez les femmes afro-caribéennes, et 63.000 tests supplémentaires ciblés chez les hommes afro-caribéens.

Je vous parle ici d'un vrai plan de bataille, en lien étroit avec nos partenaires associatifs, cliniciens et institutionnels, dans lequel chacune et chacun a un rôle déterminant à jouer. La Journée mondiale de lutte contre le Sida donnera, cette année encore, largement la parole à nos partenaires associatifs. La Ville sera présente auprès d'eux à l'Espace des Blancs-Manteaux ainsi que sur de nombreuses mobilisations et opérations de prévention et de dépistage.

Par ailleurs, je rappelle que, comme tous les ans, l'opération "Café Capote", aux couleurs de la campagne "Faisons de Paris la ville de l'amour sans Sida", sera déployée dans de très nombreux arrondissements volontaires. Je les en remercie chaleureusement. Pour conclure, je tenais à vous donner raison. Nous n'avons pas le droit de laisser cette épidémie raciste et homophobe gagner du terrain sur notre territoire. Dès lors que nous avons décidé avec la Maire de Paris d'y mettre fin en 2030, comptez sur nous pour nous y atteler avec encore plus de détermination.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Anne SOUYRIS, pour cette réponse.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 269 G.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2017, DASES 269 G).