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Mai 1998
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Conseil Municipal
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68- 1998, JS 72 - Autorisation à M. le Maire de Paris de consentir le dépôt par la Fédération française de tennis d'une demande de permis de démolir partielle et d'une demande de permis de construire portant sur le stade Roland-Garros (16e).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1998



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération JS 72 concernant l'autorisation à M. le Maire de Paris de consentir le dépôt par la Fédération française de tennis d'une demande de permis de démolir partielle et d'une demande de permis de construire portant sur le stade Roland-Garros (16e).
Madame SCHNEITER, vous avez la parole.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, l'extension programmée du stade Roland-Garros en 1992 a fait couler beaucoup d'encre et a été sujette à de nombreuses controverses.
La décision de la Ville de Paris d'accorder 2,6 hectares en vue de cette extension était parfaitement illégale, puisque ces hectares faisaient partie du site classé du bois de Boulogne qui, nous ne le répéterons jamais assez, est continuellement grignoté comme le bois de Vincennes, par des constructions en tous genres.
Le commissaire-enquêteur et l'architecte des Bâtiments de France à l'époque ne souhaitaient, ni l'un ni l'autre, " voir augmenter la densité de construction sur ce site classé ".
Sans l'intervention d'associations de riverains qui subissaient déjà les nuisances dues au Parc-des-Princes, certains des aménagements prévus par la Fédération de France de Tennis n'auraient pas été revus : pas d'arbres replantés, pas de passages piétonniers, pas de local à déchets enterré, et les entrées et sorties de parkings n'auraient pas été déplacées, alors qu'elles gênaient considérablement les riverains. Cela au moins a été revu.
L'extension a été néanmoins réalisée et, d'après la Fédération de France de Tennis, sans un stade adapté à l'évolution du jeu, l'essor du tournoi n'aurait rien de commun avec celui qu'il a connu.
Nous pouvons admettre cet argument, mais il y a un moment où, même face au succès et à l'affluence du public, il faut savoir s'arrêter. Après tout, personne n'a encore songé à troubler la taille du Parthénon sur l'Acropole devant les centaines de milliers de touristes qui le visitent à l'heure actuelle, contre les quelques milliers dans les années 50. Sous prétexte de faire toujours plus d'argent, de mettre les installations les plus vétustes en harmonie avec les nouvelles réglementations, nous ne pouvons procéder à de nouveaux aménagements tous les six ans ; c'est un engrenage sans fin et il y a un moment où il faut savoir se limiter.
Le programme de travaux...
J'aimerais bien pouvoir parler sans avoir à élever la voix...
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Mes chers collègues, si vous voulez bien écouter... Je vous signale que nous débattons de l'une des dernières délibérations qui seront examinées ce soir. Alors, si vous pouviez faire preuve de patience encore quelques minutes...
Madame SCHNEITER, j'aimerais que l'on puisse vous écouter en silence.
Mme Laure SCHNEITER. - Je disais donc que, sous prétexte de toujours faire plus d'argent, de mettre les installations les plus vétustes en harmonie avec la nouvelle réglementation, nous ne pouvons procéder à de nouveaux aménagements tous les six ans. C'est un engrenage sans fin et il y a un moment où il faut savoir se limiter.
Le programme de travaux vise, dîtes-vous, à mettre les installations les plus vétustes en harmonie avec les nouvelles réglementations en vigueur nécessaires à l'homologation du stade. Est-ce à dire qu'il n'est pas homologué ? Quelles sont encore ces nouvelles réglementations ?
Il vise également à assurer le confort et la sécurité des joueurs et des spectateurs. Cela signifie-t-il qu'ils n'étaient pas jusqu'à maintenant assurés malgré les importants travaux réalisés en 1992 ? Qu'est-ce que cela implique ?
Vous dîtes par ailleurs que ce programme est principalement situé en sous-sol, ce qui implique clairement qu'il s'étend en surface par ailleurs. Pouvez-vous me préciser où il s'étend en surface ?
Quant aux aménagements paysagers et aux espaces verts, on peut s'attendre à des plantes en bacs et des allées pavées plutôt qu'à des pelouses plantées.
Que l'on procède ponctuellement à la rénovation des installations existantes ou nouvelles, nous sommes d'accord. Si vous voulez tous les six ans faire des travaux coûteux sur des lieux qui seraient inadaptés, alors mieux vaudrait envisager de recréer un " grand " Roland-Garros en banlieue, où il y aura suffisamment de terrain pour répondre aux besoins qu'un tel tournoi impliquerait, au lieu de procéder sans arrêt à des rafistolages.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur BLET, vous avez la parole et M. CANE répondra ensuite aux deux orateurs.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, rassurez-vous, là aussi je ferai une intervention groupée, qui sera donc brève.
L'histoire du stade Roland-Garros n'est que l'histoire d'un grignotage continu, permanent et récurrent du bois de Boulogne en 1980, 1986, 1996 et 1998.
Construit en 1928 par l'architecte Faure DUJARRIC sur une surface de 3,2 hectares, la superficie du stade augmente en 1980 de 4 hectares avec la création de cinq courts supplémentaires et du court numéro 1.
En 1986, on construit neuf courts supplémentaires et on modifie la tribune C.
En 1994, on procède à l'extension à l'ouest de quatre courts et à la construction du court Suzanne LENGLEN.
Aujourd'hui, en 1998, le projet concerne les tribunes A et D du court central, la pose d'une grille, la création d'espaces d'accueil pour les télévisions, les réaménagements du court numéro 3 et la construction en sous-sol d'un musée " Fondation Roland-Garros ".
Le total des surfaces démolies est de 4.156 mètres carrés, le total des surfaces construites est de 15.434 mètres carrés.
Première remarque : curieusement cette très importante opération, 15.000 mètres carrés de construction se traduira par une perte de places colossale : 1.500 places seront supprimées. Grâce à cette intervention, 1.500 spectateurs seront privés de leur tournoi favori. C'est absurde !
Construire 15.000 mètres carrés pour supprimer 1.500 places, c'est un exploit !
En fait, ce projet consiste, outre les remaniements, en la création de 850 mètres carrés de S.H.O.N., ce qui est considérable pour un site classé.
L'inflation des constructions constitue un précédent extrêmement grave. Elle bafoue même la notion de site classé.
La surélévation des gradins, de 12 mètres à 19 mètres, et la construction dans les angles de superstructures nouvelles pour la télévision défigureront profondément l'architecture de ce site classé.
" Détruire la façade A actuelle, la plus intéressante et la plus authentique du stade ", selon l'expression du chef du service départemental de l'architecture et du patrimoine, M. Jean-Marc BLANCHECOTTE, " c'est une erreur ".
Enfin la présentation de ce projet est gravement lacunaire, nombre d'intervenants l'ont souligné lors de son examen par la commission départementale des sites.
Aucune maquette n'a été présentée pour un projet d'une telle importance, et nous ne disposons pas des éléments de comparaison avec la situation actuelle permettant d'évaluer, par un volet paysager notamment, l'impact des nouvelles constructions.
Il faut arrêter cet engrenage avant qu'un nouveau projet, aggravant le mitage du bois de Boulogne, ne voie le jour dans quelques années.
Sinon, la seule solution sera de déplacer Roland-Garros à Saint-Denis à l'ombre du Grand stade, pour rendre enfin le bois de Boulone au bois de Boulogne et aux Parisiens.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à M. CANE pour répondre aux deux orateurs.
M. Dominique CANE, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Le projet de rénovation des installations sportives du stade Roland-Garros vise une mise aux normes et une adaptation des infrastructures existantes tout en conservant intacts le caractère et l'image de ce lieu prestigieux.
Le programme porte sur la démolition reconstruction des tribunes A et D du court central, la construction de deux niveaux de sous-sol sous le court de tennis numéro 3 à usage de musée et la construction de jardins sur sous-sol sur les courts n° 5 et 6 à usage de restauration, de stationnement et de locaux techniques.
Les surfaces supplémentaires créées sont de 11.278 mètres carrés et de 10.449 mètres carrés construits en sous-sol, sous des bâtiments existant ou sur des courts de tennis.
La capacité d'accueil du central sera réduite de 1.259 et non pas 1.500 comme le dit M. BLET.
Il y a un réaménagement de la zone de production des télévisions.
De plus, la construction du parking limitera le stationnement des véhicules techniques aux environs du stade.
Ce programme est accompagné d'un traitement paysager permettant une meilleure intégration dans le site. Les espaces verts seront augmentés de 2.000 mètres carrés environ et de 65 arbres de haute tige.
Je dois préciser que la mairie de Boulogne, à laquelle le projet a été présenté, a émis un avis favorable. En effet, l'association " Boulogne Environnement " a fait part de son avis. Elle considère que le projet constitue une amélioration de l'aspect architectural de l'ensemble et une augmentation non négligeable de la surface des espaces plantés, qui seront particulièrement soignés.
Des mesures seront prises lors de l'exécution des travaux afin d'assurer la tranquillité des riverains boulognais.
En conclusion, on peut dire qu'un tel projet contribuera à une amélioration du fonctionnement de ce stade prestigieux tout en préservant l'environnement.
Merci, Monsieur le Maire.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. CANE.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération JS 72.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, les groupes socialiste et apparentés, communiste, du Mouvement des citoyens et M. REVEAU s'étant abstenus, Mmes SCHNEITER, BILLARD, SCHERER, SILHOUETTE et M. BLET ayant voté contre. (1998, JS 72).