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2017 PP 92 - Modification des effectifs budgétaires de la Préfecture de police au titre de l'année 2018.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, en présence de M. le Préfet de police que je remercie de nous rejoindre, nous allons aborder la discussion sur le budget spécial de la Préfecture de police de Paris. Permettez-moi, avant de vous donner la parole, Monsieur le Préfet de police, d'introduire le débat.

Mes chers collègues, Monsieur le Préfet, cette année 2018 est historique puisqu'elle acte d'importants transferts de compétence de la Préfecture de police à la Ville, dans le cadre de la mise en ?uvre de la loi sur le statut de Paris, votée en février 2017. Nous sommes vraiment dans un rythme extrêmement rapide et ambitieux.

Au-delà de ce transfert, ce budget donne à la sécurité et à la prévention toute la place qu'elles méritent dans un contexte marqué par une menace terroriste persistante. J'ai eu l'occasion de m'exprimer, il y a un instant, sur l'attentat qui n'a pas fort heureusement fait de nombreuses victimes, quatre blessés à New York, mais qui s'avère être aussi un attentat terroriste.

Parce que la sécurité des Parisiens n'a pas de prix, nous assumons son coût. C'est dans cet esprit de responsabilité que Paris contribuera à hauteur de 217,4 millions d'euros au fonctionnement des services de la Préfecture de police.

De la même façon, nous consacrerons 15 millions au financement des investissements d'infrastructure de sécurité et de secours. Ce point, je le sais, Monsieur le Préfet, vous tenait particulièrement à c?ur. Nous aussi, et nous nous sommes retrouvés sur cet investissement.

Parce qu'elle est une des conditions de notre liberté, la sécurité doit être appréhendée totalement et globalement. C'est la raison pour laquelle nous avons été conduits pour traiter d'une façon cohérente l'ensemble du spectre qui va de l'incivilité la plus simple au danger le plus grave à refondre le dispositif municipal.

C'est dans cet esprit d'exhaustivité et de cohérence que nous avons entrepris une réforme menée de bout en bout avec le souci de répondre aux exigences du terrain qui sont aussi bien celles des Parisiens, victimes de comportements inciviques, que celle des agents qui y sont trop régulièrement confrontés.

Au terme d'une concertation de plusieurs mois, nous franchissons cette année un palier à la fois quantitatif et qualitatif au service des Parisiens, avec le transfert effectif des agents auparavant employés par la Préfecture de police. Cette réforme actualise, Monsieur le Préfet, notre modèle unique et, je crois, apprécié de coproduction de la sécurité à Paris.

Dans le cadre de cette évolution, nous accueillons 1.900 agents de la Préfecture de police au sein de la collectivité parisienne et assurerons désormais certaines compétences dévolues jusqu'alors à la Préfecture de police, notamment en matière de circulation et de délivrance des titres d'identité.

Mené dans le cadre de la loi du 28 février 2017 relative à la réforme du statut de Paris, ce transfert sera intégralement effectif à compter du 1er janvier 2018. Hors réforme du statut de Paris, qui entraîne une diminution de 71,2 millions d'euros de la contribution, puisqu'en fait cela correspond à des transferts de charges et notamment de masses salariales, la contribution de la Préfecture de police progresse de 0,4 million d'euros.

Au sein de cette contribution, le budget spécial de la Préfecture de police est sanctuarisé à hauteur de 87 millions d'euros, comme en 2017.

Alors que nous sommes confrontés par ailleurs à la nécessité de conduire de nombreuses économies, il s'agit de notre part d'un geste politique fort et assumé.

Je veux rendre hommage, Monsieur le Préfet, à l'extraordinaire mobilisation des femmes et des hommes qui tous les jours, sur le terrain, ?uvrent collectivement pour notre sécurité, avec une urgence plus forte encore depuis les tragiques attentats qui ont frappé notre ville en 2015, mais aussi les tentatives d'attentat qui ont hélas eu lieu et ont pu être enrayées en 2016 et en 2017.

Policiers, pompiers, militaires, vous tous avez permis à Paris de rester debout dans l'épreuve, et vous nous permettez de quotidiennement vivre ensemble. Je redis ici notre confiance absolue dans ce moment décisif de notre histoire. Une mission que vous assumez, chacun dans vos domaines, qui honore les valeurs parisiennes les plus essentielles, de respect, de dignité, d'égalité, et de proximité avec les citoyens.

Je m'incline donc devant votre professionnalisme et la passion avec lesquels vous servez et assurez, au nom des Parisiens, notre sécurité.

Nous vous assurons, nous, de notre reconnaissance et de notre soutien également inaltérables.

Avec la Préfecture de police, nous renforçons ainsi la sécurité et la solidarité dans une ville déterminée à rester elle-même, unie et debout face aux attaques et aux menaces qui pèsent sur elle. C'est le sens de ce budget que nous avons voulu traduire aujourd'hui, je vous remercie et je vous cède la parole, Monsieur le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire de Paris, pour ces propos.

Madame la Maire de Paris, Mesdames, Messieurs les maires adjoints, Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris, le hasard du calendrier et des circonstances veut que le Conseil de Paris se réunisse seulement 2 jours après l'hommage populaire rendu à Johnny Hallyday, alors que commence ce soir pour se prolonger demain, le "One planet summit", qui réunira les représentants de près de 150 pays et les principaux dirigeants du monde économique mondial, 50 chefs d'Etat et de gouvernement.

Dans ces moments si particuliers, dans un contexte marqué par la persistance de la menace terroriste, les agents de la Préfecture de police, une fois de plus, ont répondu et répondront présents pour garantir la sécurité des événements.

Une illustration supplémentaire du fait qu'en toute circonstance, aux jours de calme comme aux jours de crise, la Préfecture de police se tient aux côtés des Parisiens et des habitants de la petite couronne, pour assurer la sécurité du quotidien, lutter contre toutes les formes de délinquance et de criminalité, pour assurer l'ordre public et la sécurité des grands événements festifs, sportifs, patrimoniaux, pour garantir aussi l'exercice des libertés publiques, en particulier la liberté de manifester dans le respect des droits et de la sécurité des personnes et des biens.

Chacun de nous, et les élus que vous êtes peut-être encore davantage que d'autres, constate combien s'exprime dans ce pays, un immense besoin, un immense désir de République. Chacun ou chacune dans ses responsabilités doit se hisser à la hauteur de cette exigence, c'est ce à quoi s'emploie, dans son rôle et à sa place, la Préfecture de police sur le territoire qui relève de sa compétence.

Je veux donc évoquer devant vous quelques grandes lignes de notre action en matière de sécurité et d'ordre public, avant d'en venir tout naturellement au budget spécial de la Préfecture de police, qui vous est aujourd'hui soumis.

Je veux d'abord dire un mot à propos de la menace terroriste. En dépit des graves défaites subies par Daesh en Syrie et en Irak, le risque terroriste demeure à un niveau très élevé, la propagande n'ayant pas besoin de territoire pour se développer par le recours en particulier aux réseaux sociaux.

On ne peut ensuite ignorer le risque que présentent les quelque 700 personnes de nationalité française ou à l'origine résidant en France, présentes encore sur zone. 700 personnes auxquelles s'ajoutent 500 mineurs également présents sur place. Quant aux 200 personnes environ d'ores et déjà revenues sur le territoire national, elles font bien sûr l'objet d'une vigilance particulière de la part des services spécialisés, et le principe de judiciarisation s'applique systématiquement à la situation de chacune d'entre elles.

En troisième lieu, comme en témoignent les derniers attentats commis dans notre pays, notamment à Paris ou à Marseille, mais aussi à Barcelone et à Londres, et j'ai envie d'ajouter aujourd'hui à New York, à Manhattan, la menace la plus prégnante demeure la menace endogène, avec le passage à l'acte rudimentaire mais dangereux d'individus issus de la mouvance radicalisée.

Dans un tel contexte, le suivi des individus identifiés comme radicalisés constitue une priorité absolue. A Paris, un peu plus de 1.400 individus ont fait l'objet d'un signalement pour radicalisation à des degrés divers. Ils sont bien entendu suivis avec une très grande attention par les services de la Préfecture de police.

J'ajoute que face à la menace, et en raison de son caractère diffus, nous devons plus que jamais travailler ensemble dans le cadre et dans le respect de la loi. Les remontées des élus locaux et des acteurs de terrain, vos remontées, sont pour nous extrêmement précieuses, sont même essentielles.

Dans ce contexte, notre vigilance demeure totale, en particulier à l'approche des fêtes de fin d'année. J'ai eu l'occasion de tenir une réunion récemment avec les principaux responsables des grands magasins parisiens, réunion à laquelle Mme la Maire de Paris était conviée, pour mettre en place durant cette période un dispositif renforcé sur les principaux sites touristiques, les abords des grands magasins, les marchés de Noël, ou encore les gares.

J'en viens à la lutte contre l'insécurité liée à la petite, à la moyenne, et à la grande délinquance. C'est là aussi une priorité essentielle pour moi. Depuis le début de l'année, les données statistiques, mais je ne vais pas vous accabler, démontrent une stabilité, avec quelques indicateurs qu'il me paraît intéressant de souligner. Je pense notamment au net recul des vols à main armée, 11 % de moins, des vols liés à l'automobile, 5 % de moins, ou encore des vols à la tire, 7 % de moins.

Par ailleurs, si le nombre de cambriolages a légèrement progressé, le nombre d'affaires de cambriolage résolues a progressé de manière très nette depuis le début de l'année, plus 28 %, ce qui fait que plus d'un cambriolage sur 10 est aujourd'hui élucidé, on peut y voir là notamment le reflet des progrès de la police technique et scientifique, qui est systématiquement mobilisée.

Nos priorités, c'est aussi la lutte sans relâche contre le trafic de stupéfiants : démantèlement de 156 réseaux depuis le début de l'année, interpellation de 1.050 trafiquants, et je parle bien de trafiquants et non pas d'usagers, et la saisie de 1,1 million d'euros d'avoirs criminels.

Au-delà des chiffres, je sais que régulièrement des phénomènes attirent votre attention. Phénomènes sur lesquels vous ne manquez pas de m?interroger, de m?interpeller ou de saisir votre commissaire d?arrondissement.

Nous sommes ainsi tout particulièrement mobilisés sur la problématique des mineurs étrangers isolés. J?avais encore cet après-midi une réunion sur ce sujet avec l?ambassadeur en charge des migrations. Ces mineurs étrangers isolés, notamment marocains, dont nous savons qu?ils sont de plus en plus nombreux à être impliqués dans la commission d?actes de délinquance graves.

Entre juillet et novembre, mes services ont procédé à 1.500 interpellations, ce qui ne signifie pas 1.500 personnes car ce sont souvent les mêmes. Ces interpellations ont donné lieu à 900 déferrements et nous avons même 10 individus écroués pour les plus âgés d?entre eux et les plus récidivants d?entre eux. A chaque fois, ce sont des actes de vols violents, d?agressions ou de cambriolages.

Cependant, nous le savons, la police ne peut à elle seule enrayer ce phénomène, et je salue ici l?engagement de la Mairie de Paris et des élus parisiens, Madame la Maire, pour mobiliser l?ensemble des moyens, pour tenter au titre de l?Aide sociale à l?enfance de ramener ces jeunes dans le droit chemin, et ce n?est pas facile, je le sais. Je me suis, de ce point de vue, personnellement impliqué pour renforcer notre coopération avec les autorités marocaines. Nous travaillons main dans la main avec le Parquet de Paris et j?espère que les prochaines semaines permettront de marquer de nouvelles avancées.

Autre sujet qui vous préoccupe et qui me préoccupe aussi bien sûr, celui de la multiplication des lieux de vente à la sauvette. Ici aussi au quotidien la police demeure mobilisée, amplifie ses actions pour enrayer ce phénomène qui implique également - vous parliez de coproduction tout à l?heure, Madame la Maire - une forte mobilisation de votre collectivité pour ce qui relève de la propreté des lieux et de la réappropriation de l?espace public. Notre action conjointe doit là aussi être largement poursuivie.

Nous allons continuer dans cette direction en 2018 et je tiens à saluer devant vous, pour toutes ces actions de lutte contre la délinquance de chaque jour, l?action de l?ensemble des services de la Préfecture de police, dont les effectifs sont très fortement engagés.

A cet égard, la mise en place d?une police de sécurité du quotidien constitue bien évidemment un enjeu majeur pour les prochains mois. Je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises devant les élus sur le sujet. Je serai bref mais je vais y revenir en quelques minutes.

Nous avons besoin, j?en suis profondément convaincu, d?un véritable changement de doctrine, en cohérence avec la réforme souhaitée par le Président de la République et le Ministre d?Etat de l?Intérieur. L?objectif est de replacer le service du citoyen au c?ur du métier de police. Les réponses opérationnelles aux situations d?insécurité doivent être conçues au plus près des réalités du terrain, orientées vers la satisfaction des besoins des usagers dans une logique de service public de qualité.

Pour ce faire, je l?ai déjà dit mais je le confirme, je souhaite maintenir à Paris notre actuel maillage territorial de proximité, lequel s?appuie sur une réalité forte, les arrondissements, et une réalité également forte des relations entretenues avec les usagers et des partenariats, j?insiste, noués avec les élus et les acteurs de terrain.

A l?exception du regroupement des commissariats des quatre premiers arrondissements, sur le modèle de ce qui a déjà été fait pour le 5e et le 6e, je ne remettrai pas en cause le découpage des circonscriptions de police car ce serait contradictoire avec nos objectifs de proximité.

Nonobstant ce maillage, je ne m?interdis évidemment pas de réaliser ce que j?ai appelé des mutualisations intelligentes, à l?échelon pertinent, en fonction de la nature des missions exercées. Cela peut être parfois au regard de police secours ou pour les moyens d?intervention ou d?anti-criminalité ; ce sera vu au cas par cas dans le détail et localement.

C?est ainsi que nous pourrons de la sorte dégager des moyens, fidéliser des effectifs sur le terrain, en attendant que sur le moyen terme des renforts rejoignent nos commissariats dans le cadre des 10.000 recrutements à venir annoncés durant le quinquennat : une part pour la gendarmerie, une part pour le renseignement, une part pour les services de police ; dans la part des services de police, c?est bien sûr la part qui viendra naturellement à la Préfecture de police.

L?objectif de ces évolutions consiste à renforcer le lien entre la police et la population. C?est mon but, c?est aussi ma méthode. Cela passe bien sûr par une présence accrue, plus visible et donc plus dissuasive de policiers sur la voie publique.

Je veux également rappeler que nous sommes très fortement mobilisés sur le front des polices administratives, qu?il s?agisse de la tranquillité publique, de la lutte contre le travail dissimulé ou encore de la lutte contre le communautarisme sévissant dans certains secteurs de la Capitale. Depuis le début de l?année, plusieurs centaines d?établissements ont fait l?objet de fermeture administrative, de 15 jours à 3 mois, notamment au titre de la tranquillité publique, de l?hygiène ou bien du travail dissimulé. De nombreux avertissements et rappels à la règlementation ont également été délivrés. Les outils juridiques existent, et j?entends bien que nous les appliquions d?une main très ferme, chaque fois que nécessaire, afin de contraindre les exploitants des établissements concernés à respecter les lois de la République.

Avant d?en venir au budget spécial, je souhaite ajouter deux points très rapides. Le premier concerne le maintien de l?ordre public et la sécurisation des manifestations avec la disposition que j?ai prise, et que vous avez peut-être observée, pour éviter tout risque d?affrontement et de débordement. Depuis la rentrée, aucune manifestation n?a dégénéré.

Enfin, un mot sur la gestion à Paris des flux migratoires. Les principes qui guident notre action sont connus. D?abord l?humanité, l?humanité dans l?accueil des migrants qui relèvent de l?asile et de la protection subsidiaire dans notre pays. En la matière, nous faisons en sorte d?orienter dans des délais qui se sont resserrés des personnes concernées vers les procédures d?accueil.

A ce titre, afin de mieux et plus vite examiner la situation de ces personnes, nous avons augmenté très significativement les moyens dédiés à l?accueil administratif dans les plateformes, les guichets uniques de la demande d?asile, comme nous les appelons. Ce sont aujourd?hui près de 150 postes d?accueil qui sont mobilisés au quotidien. C?était 35, il y a deux ans. Nous sommes passés de 35 à 150 en moins de deux ans. C?est un effort réel, rendu nécessaire au regard des flux constatés.

Mais c?est aussi la fermeté qui doit nous guider, la fermeté dans la lutte contre l?immigration irrégulière, les réseaux criminels qui en tirent profit et le détournement des procédures. Cela passe notamment par une action déterminée, visant à empêcher la reconstitution de campements. Dans ce cadre, l?année 2017 marque un changement avec fin octobre : à l?échelle de la Région, 9.104 mesures d?éloignement prononcées en Ile-de-France, plus de la moitié dans la Capitale, dont plus de 900 transferts au titre des personnes relevant du statut dit "de Dublin".

C?est donc dans ce contexte opérationnel que le budget spécial de la Préfecture de police a été élaboré pour l?année 2018. Le budget spécial, faut-t-il le rappeler, est l?une des composantes importantes du financement de l?activité de la Préfecture de police aux côtés des financements du programme de Police nationale du Ministère de l?Intérieur.

Institué par la loi, adopté par le Conseil de Paris, il nous permet de financer des missions en lien avec mes compétences de police générale, des services communs ou encore et bien sûr la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Autant de services rendus aux Parisiens et qui contribuent au lien historique et sans égal qui unit la Préfecture de police à Paris. Les contraintes budgétaires qui s?imposent et avec lesquelles il faut composer sont fortes pour tout le monde. La Préfecture de police a toujours à cet égard contribué à l?effort collectif, vous le savez.

Je rappelle que dans le cadre des économies demandées, nous avons chaque année réduit le volume de nos effectifs entre 2014 et 2017, sur le périmètre des administrations parisiennes, c?est-à-dire un peu plus de 5.000 agents. Notre effort a ainsi représenté une diminution de 706 postes : 201 en 2014, 149 en 2015, 144 en 2016 et 212 en 2017. Nous avons donc pris notre part dans l'effort collectif de maîtrise des dépenses publiques et, malgré les difficultés, nous ferons en 2018 l'effort supplémentaire qui nous est demandé.

Le budget primitif qui est aujourd?hui soumis à votre examen présente un caractère inédit - vous l'avez indiqué, Madame la Maire - dans la mesure où il est le premier à tenir compte des transferts de compétences et de moyens prévus par la loi du 28 février 2017 et les transferts que nous avons déclinés par un protocole conventionnel que nous avons signé ensemble, Madame la Maire de Paris, le 1er juin dernier. Dès lors qu'elle contracte le périmètre des administrations parisiennes de la Préfecture de police de 40 %, modifiant ainsi profondément nos équilibres, une telle évolution ne peut manquer d'affecter le budget spécial de façon significative. Au total, celui-ci est donc réduit de 16 % et ce sont ainsi un peu plus de 2.182 emplois qui, au 1er janvier, vont quitter mes services pour rejoindre la Ville de Paris.

A cet égard, je veux vous remercier, Madame la Maire, ainsi que les adjoints et vos équipes, pour l?excellent travail que nous avons réalisé ensemble afin de préparer au mieux ces transferts inédits, en tout cas sans précédent, de compétences. De manière générale, nos équipes respectives ont travaillé conjointement pour élaborer ce budget spécial et je tiens également à les en remercier.

En 2018, le budget spécial représentera ainsi 625,35 millions d?euros au total, sections de fonctionnement et d'investissement confondues, contre 743,8 en 2017, et l'évolution tient pour l'essentiel à cette application de la loi.

Pour la section de fonctionnement, la participation de la Ville s'élèvera à 217,38 millions d'euros en 2018 contre 288,57 en 2017. Sa part relative, sa contribution représentera en 2018 39 % du total contre 43 % en 2017. L'Etat, pour sa part, contribuera à hauteur de 121,2 millions d?euros et les trois départements de la petite couronne et les communes de la petite couronne contribueront à hauteur de 187,4 millions d?euros.

La section d'investissement, quant à elle, ne diminue qu'à la marge - et je vous en remercie - à hauteur de 3,7 % aux crédits de paiement, passant de 70-75 à 68,1 millions d?euros en 2018, soit une diminution de 2,65 millions principalement en raison du transfert des investissements réalisés dans les fourrières et les préfourrières qui vous reviennent désormais. La part de la Ville de Paris est maintenue à hauteur de 15 millions d?euros dans ce budget d'investissement ; vous l'avez d'ailleurs indiqué. Dans ce domaine et pour répondre à l'une de vos attentes, les attentes des élus, Madame la Maire, j'ai donné des instructions afin que soient optimisées encore la programmation et la mobilisation des autorisations d'engagements et crédits de paiement.

Pour cet exercice 2018, vous avez souhaité que soient confirmés l'effort et le soutien apportés à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, qui va franchir cette année le cap des 500.000 interventions. La Brigade verra son budget augmenter de 0,82 % en 2018. Cette hausse lui permettra de poursuivre la mise en ?uvre du plan triennal de 155 recrutements, 50 effectifs en 2018. Cela lui permettra aussi de couvrir ses autres dépenses nouvelles, notamment salariales, et plus globalement de maintenir ses capacités d'intervention.

Je saisis cette occasion, bien sûr, pour adresser à l'ensemble des militaires de la Brigade de sapeurs-pompiers ma reconnaissance et, au-delà, je le sais, celle de tous, pour leur engagement, leur professionnalisme et leur dévouement.

Les moyens de la Brigade étant préservés, c?est le périmètre des administrations parisiennes qui supportera les efforts de maîtrise demandés, qui seront réels, puisque les éléments qui figurent dans le projet de budget spécial ne permettront le remplacement que d'un fonctionnaire sur cinq, ce qui conduira en 2018 à un nouvel effort de contraction d'effectifs à hauteur de 200 postes environ. C?est un effort très marqué, dont on pourrait penser qu'il est reconductible, mais les actions que j?engagerai pour en répartir la charge veilleront bien évidemment à maintenir la qualité du service rendu aux usagers. Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers de Paris, dans nos responsabilités respectives, nous ?uvrons tous pour le bien public et pour le bien-être de nos concitoyens. C'est dans cet esprit que je souhaitais vous présenter le projet de budget spécial. En 2018 et comme dans le passé, vous pourrez compter sur la compétence, le dévouement et le professionnalisme de l'ensemble des policiers, personnels militaires de la Préfecture de police et vous pourrez compter, du moins je le souhaite et je l'espère, sur mon engagement personnel à la tête de cette grande maison que j'ai l'honneur de diriger et commander. Je vous remercie pour votre attention et je vous remercie plus encore pour le soutien constant que la Ville de Paris apporte à la Préfecture de police, à ses fonctionnaires et à tous ses agents. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Préfet, pour cette présentation, ce propos introductif.

Je vous propose à présent de passer au débat et le premier orateur est M. Pascal JULIEN, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Pascal JULIEN. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, le budget de 625 millions d?euros qu'on nous demande d'approuver n'a pas grand-chose à voir, n'a pas pour objectif principal la lutte contre la délinquance, la criminalité et le terrorisme dont il a été pourtant principalement question dans vos interventions préliminaires. Il a pour objet, cela a été dit quand même, essentiellement la police administrative et majoritairement la B.S.P.P.

2.183 emplois Préfecture hors B.S.P.P. sont transférés sur le budget général de la Ville de Paris et non 1.900, comme cela avait été annoncé. Parce qu?il s'agit d'un sujet important, l'explication de cette distorsion qui a été donnée en 3e Commission mériterait d'être rapportée aujourd?hui devant notre Assemblée par M. le Préfet et Mme la Maire.

Parmi ces missions transférées, outre la police des lieux de sépulture et la lutte contre l?habitat indigne, figure la réception des demandes de titres, dont la gestion et la délivrance continueront bien évidemment de relever de l'Etat. Reste qu'un risque de confusion existera dans le public qui pourrait attribuer à la Mairie certains dysfonctionnements de l'Etat. Cette question aussi a été évoquée en 3e Commission mais la réponse n'a pas été totalement convaincante et il serait bien si l'on pouvait y revenir aujourd'hui.

La Mairie prend également la main sur le stationnement payant et gênant, transfert que nous demandions depuis longtemps, car il apparaît cohérent et logique que la Ville gère ses propres équipements, tels les horodateurs, et cela n'a rien à voir avec la création d'une police municipale, je le dis au passage pour rassurer la droite.

La part de l'investissement avoisine 10 % de ce budget spécial. Est-ce suffisant au vu de la vétusté du nombre de locaux accueillant du public et où travaillent aussi les fonctionnaires ? Autre exemple : à lire les fiches relatives aux investissements immobiliers de la B.S.P.P., on peut regretter que l'ambition de bâtir un pôle moderne et polyvalent destiné à la logistique et à l?entraînement à Limeil-Valenton-Villeneuve ait été réduite. Réjouissons-nous cependant de l'action positive de la B.S.P.P. dans la lutte contre le réchauffement climatique et les pollutions : commandes de véhicules électriques, 17 % de repas servis dans les casernes sont "bio", les projets immobiliers désormais livrés auront des normes assez exigeantes. Ce n'est qu'un début, mais identifiable.

Peut-on savoir ce qu'il en est des efforts accomplis dans le cadre de l?autre versant du budget hors B.S.P.P. ? Il est symptomatique que sur les 28 diapositives présentées en troisième commission, pas une ne parlait de ces questions environnementales.

Venons-en justement à la B.S.P.P. Ce qui chaque année devient de plus en plus frappant, c'est l'augmentation incessante des besoins de secours, sous l'effet du vieillissement, de la paupérisation, du raccourcissement du temps d'hospitalisation, de la difficulté pour accéder aux urgences hospitalières ou à la médecine de ville, sous l'effet aussi de la hausse du nombre d'équipements et de bâtiments à protéger. Il n'est pas étonnant que cette année encore, le nombre d'interventions ait crû de 5,4 %.

Autre fait inquiétant, la hausse du nombre d'incendies, souvent corrélée à l'insalubrité ou/et à la surdensification, plus 12 % cette année, soit 14.600 départs au feu.

L'évolution haussière de ces besoins structurels, mon groupe le soulignait déjà en 2014, nous avait amenés à contester la baisse envisagée du budget alloué à la B.S.P.P., et donc à l'époque à conditionner notre vote favorable à l'adoption d'un amendement budgétaire.

Les événements de l'année suivante, 2015, eurent pour conséquence d'obliger la B.S.P.P. à renforcer dans son champ d'intervention, la sécurité des Parisiennes et Parisiens en cas d'attentat terroriste. De même, plus tard, bientôt, les J.O., parce qu'ils créent un nouveau besoin de protection, auront un coût pour la B.S.P.P. et donc, pour la collectivité.

Il serait intéressant que ce coût soit évalué et rendu public. Toute la question aujourd'hui est de savoir si la B.S.P.P. dispose de moyens suffisants pour répondre à cette hausse structurelle des besoins de secours et de protection, besoins qui vont bien au-delà des besoins plus circonstanciés liés aux attentats.

Le budget de la B.S.P.P. ne baisse plus, tant mieux, mais il stagne, car l'augmentation apparente de 0,82 % couvre en réalité l'inflation ainsi que la dépense salariale résultant de l'évolution du point d'indice et de la revalorisation de la catégorie C.

Saluons le recrutement de 50 sapeurs-pompiers, mais constatons que les effectifs de la brigade comptent 8.025 personnels en 2018, contre 8.235 en 2014, c'était il y a 3 ans.

La brigade peut faire face aujourd'hui, mais demain ?

Nous aimerions être rassurés sur l'état du parc roulant, dont le rythme du renouvellement ne suffira pas à pallier le vieillissement. Les véhicules de secours aux victimes; particulièrement sollicités; ne représentent que 2,5 % du parc national de ce type d'engins, ce n'est pas normal.

Sous l'effet de la contrainte budgétaire qui lui a soudainement été imposée il y a 3 ans, la B.S.P.P. a dû accomplir ce qu'il conviendrait de nommer des progrès de productivité. Malgré la baisse, puis la stagnation du budget, elle parvient en effet à répondre, avec la même qualité de service, à la hausse des besoins.

La manière dont ces progrès de productivité ont été accomplis est connue, notamment l'organisation plus optimale des moyens humains et matériels, la création de la plate-forme de réception unifiée des appels d'urgence, ou encore la mutualisation de certains matériels avec les S.D.I.S. de la grande couronne.

Mais je crains bien que in fine, ce soit le sapeur-pompier qui supporte l'effort par un engagement personnel toujours plus exigeant, avec 944 heures travaillées de plus qu'un pompier professionnel de grande couronne. Un sapeur-pompier, c'est 125 gardes de 24 heures par an, contre 94 pour un pompier professionnel. Avec autant de travail, la limite de l'acceptable est atteinte.

Heureusement me direz-vous, qu'il s'agit de militaires, statutairement privés du droit syndical et de vote. Comme chaque année, je rappelle que le rapport de la Cour des Comptes de 2011 mettait en garde contre la tentation de considérer le personnel militaire comme étant corvéable à merci.

Le renforcement du partenariat avec le tissu associatif et le recours au service civique, voire aux citoyens eux-mêmes avec l'excellente initiative des gestes qui sauvent peuvent, certes, soulager le travail des pompiers de la B.S.P.P., mais cela ne suffira pas.

Nous approuverons néanmoins ce budget spécial, mais vous l'entendez, sans trop d'enthousiasme. Si la B.S.P.P. peut encore aujourd'hui satisfaire ses missions, il n'en sera plus de même demain. Gouverner, c'est prévoir dit-on, or ce sont 600.000 habitants supplémentaires que les pompiers auront à protéger en 2030, et des dizaines de nouveaux équipements.

Si le Grand Paris express et ses 72 gares voyaient le jour, qui en assurerait la sécurité en cas d'accident, sinon la B.S.P.P. et je pourrais continuer, je pourrais allonger la liste.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mon groupe vous demande qu'une réflexion prospective soit engagée, qui permette, dès l'an prochain, d'éclairer les élus et les habitants de Paris et de ses départements limitrophes sur l'évolution de la nature et des moyens des missions de la B.S.P.P. dans les années à venir.

Tout à fait par ailleurs, je souhaiterais que le Préfet confirme ici l'engagement de son représentant en troisième commission, de fournir aux élus le coût des caméras de vidéo-protection ou vidéosurveillance. Quels coûts d'achat, d'installation, d'entretien, de fonctionnement ? Autant de questions légitimes restées sans réponse depuis 2009.

Nous concluons par une note plus heureuse, en remerciant le Préfet et ses services d'avoir satisfait ma demande exprimée ici même l'an dernier, de fournir un document réalisant la synthèse des documents bruts, dont la lecture est réservée à des spécialistes, surtout quand le délai imposé pour la déchiffrer est court. Le budget primitif 2018 du budget spécial a donc été présenté aux élus pour la première fois de son histoire, sous une forme éclairante. Cela constitue un progrès d'ordre démocratique qu'il convient de saluer.

Et nous vous remercierons encore, Monsieur le Préfet et Madame la Maire, quand ces superbes documents seront transmis aux élus plusieurs jours avant la tenue de la troisième commission dont les membres, ainsi d'ailleurs que les membres de toutes les autres commissions, attendent toujours les documents budgétaires présentés par les adjoints en commission. On devait avoir ces documents avant, pendant, après, et on ne les a toujours pas.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

Puisque l'année dernière vous avez été entendu, je ne doute pas que l'on soit capable d'être au rendez-vous l'année prochaine, cher Pascal JULIEN.

Monsieur Didier LE RESTE, vous avez la parole, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Madame la Maire, Monsieur le Préfet.

Je tiens tout d'abord à exprimer aussi nos remerciements pour la qualité et la clarté des informations fournies par la Préfecture de police et les services de la Ville, nous permettant de préparer la discussion de ce budget de la Préfecture de police.

Ce budget est le premier qui nous est soumis après le vote de la loi tant attendue, sur la modification du statut de Paris en février dernier, qui peu ou prou rapproche le statut de la Ville de Paris de celui de ses cons?urs dans le pays.

Nous l'avions demandé et votre budget, Monsieur le Préfet, tient compte de ces évolutions liées tant au transfert de compétences que des personnels de la Préfecture de police. Ce qui vaut à ce budget, vous l'avez rappelé, une baisse de son montant de 16 %.

A périmètre constant, la baisse de la part fonctionnement n'est que de 0,48 %, soit, mais le départ vers la ville de 2.180 emplois sur 5.075 hors effectifs de la brigade des sapeurs-pompiers n'est pas anodin. Cela va nécessiter de la part de vos services une adaptation aux missions qui vous restent, amputées de la réception et demande de titres d'identité, de la gestion du stationnement payant et gênant, de la police des lieux de sépulture, et de la lutte contre l'habitat indigne, qu'il était normal, je le redis, de voir confiées à la Ville. Le retour dans le giron municipal de pans importants de police administrative, qui auraient dû rester de la compétence directe de la Ville et de ses agents.

Nous continuons de déplorer le choix fait de confier à des entreprises privées la compétence de la verbalisation du stationnement.

Mais concernant l'utilisation des personnels, qui vous reste, nous sommes inquiets sur l'évolution de la courbe de l'emploi au sein de la Préfecture de police.

Vos chiffres sont éloquents, hors transfert il va y avoir tous confondus 270 départs alors que vous n'annoncez que 50 à 70 recrutements en 2018. C'est-à-dire 1 remplacement pour 5 départs.

C'est, de mon point de vue, un mauvais signal envoyé à la population parisienne. Y aurait-il une telle baisse de la délinquance et des délits dans notre capitale pour qu?on puisse faire plus avec moins ?

Même si nous constatons du fait d'une présence policière et militaire accrue depuis les attentats, qu'un certain nombre d'actes de délinquance sont en baisse, en particulier les vols avec violences et les agressions armées, en revanche, il y a toujours des policiers utilisés à contre-emploi.

Les forces de police consacrées à la lutte contre le trafic des êtres humains ne sont pas assez centrées sur cette mission. Ce phénomène est une vraie plaie dans certains quartiers de la capitale où existent proxénétisme, faux salons de massages, etc.

Vous connaissez l'attachement de notre groupe pour que l?on fasse reculer ce nouvel esclavage, qui opprime particulièrement des femmes dans notre ville.

Les forces de police sont inquiètes et la participation à la consultation que votre ministre a lancée, 55.000 questionnaires enregistrés sur 250.000 membres des forces de l'ordre, n'est pas à négliger. Elle montre l'impatience des policiers et leur ras-le-bol de la politique du chiffre. Ils critiquent aussi un certain nombre de missions qui leur sont confiées et les éloignent du contact nécessaire avec la population.

Le Ministre COLLOMB a annoncé 10.000 créations de postes sur le quinquennat, et 7.000 d'ici 2022. Cela fait combien de fonctionnaires de police en plus pour Paris pendant cette période ? Pourrions-nous avoir une projection sur les 4 années à venir ?

La nouvelle loi votée, qui fait que l'état d'urgence est désormais une donnée quasi permanente de notre état de droit, n'a-t-elle pas besoin de plus de fonctionnaires de police ?

Vous le savez, Monsieur le Préfet, la tension sociale est forte dans un certain nombre de services de la Préfecture de police, qui méritent à ma connaissance l'ouverture de véritables négociations avec les instances représentatives du personnel.

Sans alourdir le propos, je souhaite néanmoins de ce point de vue évoquer un point qui a des implications sur la vie de la capitale. Il en est ainsi de la réception des usagers étrangers, la crise migratoire touche de plein fouet le centre de réception des demandeurs d'asile situé boulevard Ney. Celui-ci est passé de 7.500 demandeurs annuels en 2014, à 30.000 aujourd'hui. Le bâtiment est inadapté et les travaux tardent à venir faute de budget.

De plus, afin de faire face aux flux de publics, les recrutements ne sont faits qu'avec des auxiliaires sur des CDD de un à deux mois renouvelables dans la limite d'un an.

La création de la police de sécurité du quotidien peut-elle se mettre en place à moyens constants, voire avec une force de frappe moindre, si vous permettez l'expression ? Dans quel quartier parisien allez-vous l'expérimenter et avec combien de divisions ? Vous le savez, le débat porté par certains à droite de notre hémicycle sur la nécessité de créer une police municipale, n'a pas l'assentiment du groupe Communiste.

Au-delà de notre méfiance sur l'utilisation de la police municipale par certains maires, nous savons que l'Etat profite de sa création pour réduire de façon drastique les moyens de la police nationale dans les villes qui les ont créés. Les exemples sont nombreux. Pour ne prendre que celui d'une ville voisine : Noisy-le-Sec. Depuis la création de la police municipale avec 24 emplois, ce sont plus de 60 policiers nationaux qui ont disparu de son territoire. Voilà la démonstration de la politique de transferts non compensés.

Vous comprendrez que nous nous opposerons toujours à ce que Paris demande une police municipale, car cela ne correspond en rien aux besoins d'une capitale qui voit passer tous les jours des millions de travailleurs dans les transports, qui accueille des millions de touristes et qui a les contraintes d'une grande capitale, avec la présence des ambassades, des manifestations publiques et même, on l'a vu ce dernier week-end, des obsèques d'un grand chanteur populaire.

Et surtout, va-t-on enfin inscrire ces réformes dans la durée ? Le rétablissement du lien de confiance entre la police et la population mettra du temps pour devenir durable, alors donnons-nous les moyens de réussir.

Permettez-moi aussi de m'inquiéter d'un texte en discussion sur le traitement des étrangers sous statut Dublin, c'est-à-dire celles et ceux qui ont enregistré leur demande d'asile dans un autre pays que la France. Utiliser les forces de police pour faire la chasse aux étrangers ou augmenter le nombre de retours à la frontière ne peut pas être l'alpha et l'oméga d'une politique d'accueil digne dans un pays comme le nôtre. On voit bien que, sur ce sujet, les ministres passent mais les instructions demeurent.

Peut-être considérez-vous que certaines de mes questions s'éloignent du débat strictement budgétaire ? Mais à quoi sert un budget si ce n'est à donner les moyens à une institution comme la vôtre de remplir ses missions au service des Parisiennes et des Parisiens, de celles et ceux qui y travaillent et qui visitent notre capitale.

Je sais, Monsieur le Préfet, que vous aurez à c?ur de nous rassurer. Tel est aussi le rôle du Préfet de police. Mais la population parisienne ne veut pas que des déclarations : elle veut l'amélioration de la sécurité dans le respect des lois et des valeurs de la République. Si nous combattons, tout comme vous, les comportements inadmissibles à l'égard des forces de police ou des pompiers, comme les agressions ou les caillassages de véhicules, nous pensons aussi que la police, de par sa fonction dans nos institutions, doit être irréprochable.

Je sais que l'équation à résoudre n'est pas facile, mais une police proche, présente et disponible fait beaucoup plus pour que le sentiment d'insécurité recule, et la prévention et la dissuasion sont toujours meilleures que la répression, même si celle-ci s'avère parfois nécessaire.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Didier LE RESTE.

La parole est à M. Pierre AURIACOMBE, pour le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants.

M. Pierre AURIACOMBE. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police.

Bien sûr, je voudrais, comme mes collègues, remercier, à travers vous, Monsieur le Préfet, le travail de la Préfecture, mais, en cette année spécifique, modification du statut de Paris avec de nouvelles compétences, avec cette année qui connaît encore des actes terroristes importants, il convient de souligner quelques points concernant le budget de la Préfecture et aussi, pourquoi pas, modestement, proposer quelques pistes de progrès.

Comme mes collègues, bien évidemment, je vais remarquer tout de même que ce budget est à la baisse, ce budget de 625 millions. Alors, bien sûr, il y a des périmètres qui ont été modifiés, mais, d'après nos calculs, d'après mes calculs, à périmètre équivalent, on doit perdre 33 millions d'euros. Alors, il faut faire des économies, je dirai, mais pas forcément sur la sécurité.

Vous l'avez dit, Monsieur le Préfet, ce sont 200 agents de perdus chaque année, enfin, pour l'année 2018, mais qui se cumulent avec les années précédentes, soit près de 800 postes perdus depuis 2014.

Si pour la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, les choses sont un petit peu différentes et on a un budget en légère augmentation, je dirai que cela est à mettre en comparaison avec la forte augmentation du nombre des interventions. Cela a déjà été dit : à plus de 500.000 interventions. Plus 5,4 % d'augmentation en plus pour un budget en très légère augmentation.

Cette baisse du budget intervient alors que la Ville de Paris s'est vu attribuer - et on s'en réjouit tous - les Jeux Olympiques de 2024, mais cela a été dit tout à l'heure par M. GIRARD, les questions de sécurité pour 2024 se préparent, comme les équipements sportifs, dès maintenant, donc aujourd'hui. Et pour demain, il nous faut privilégier ce budget et ces questions de sécurité.

Je reviendrai, bien évidemment, comme plusieurs de mes collègues, sur le transfert des A.S.P. Nous y sommes, bien évidemment, tout à fait favorables. C'est une opportunité pour la Ville de Paris de réintégrer, dans le cadre du nouveau statut de Paris, ses nouvelles compétences. Maintenant, on le voit, je participe au Conseil supérieur des administrations parisiennes, où ce dossier a été évoqué plusieurs fois. Parmi les 1.900 agents, voire d'autres chiffres, mais parmi les 1.900 agents, certains ne pourront pas prendre ces nouvelles fonctions. Que vont-ils devenir ? Beaucoup d'interrogations.

Autre point sur lequel je voudrais intervenir - on n'en a pas parlé jusqu'ici -, mais, pour Paris, l'industrie touristique est très importante et, même si on sort un petit peu du budget, on est en plein dans le problème de sécurité : la sécurité des touristes. On a tous en tête cette image qui est relativement ancienne, qui a trois, quatre ans, du bus attaqué au Trocadéro, tel un western, tel un mauvais film de gangsters. On n?a pas eu de telles images depuis, mais, régulièrement, on peut lire dans la presse des problèmes de touristes qui ont été escroqués. Beaucoup de pickpockets. Il n'y a qu?à se promener dans le métro où on a des annonces régulières.

Alors, sur l'image de Paris, alors qu?on cherche à développer le tourisme et l'industrie touristique, ces arnaques, ces escroqueries, ces agressions envers les touristes posent réellement problème.

Concernant le budget de la PP, on peut également souligner le problème des tâches annexes à la sécurité. La Préfecture de police, c'est plus de 40.000 agents, 27.000 policiers, mais ce sont aussi beaucoup de vos collaborateurs qui ont d'autres fonctions, d'autres fonctions que la sécurité principalement. On peut citer - et la vie associative parisienne fonctionne très bien, on s'en réjouit - mais on peut citer les associations. Est-ce encore normal que ce soit du ressort de la Préfecture de police ? Je me pose la question. Ce sont autant de tâches pour lesquelles vos agents sont pris au lieu d'être affectés à la sécurité. On pourrait aussi citer, plus anecdotiquement, la lutte contre le saturnisme. Ce sont des tâches sur lesquelles il faut se poser des questions.

Vous avez, Monsieur le Préfet, donné des chiffres tout à l'heure en matière de sécurité ou d'insécurité. On ne peut que constater que Paris est l'une des grandes villes occidentales à ne pas avoir de baromètre régulier, comme New York ou Londres, facilement accessible, des chiffres de l'insécurité, toutes les agressions, les escroqueries. Je crois qu?il n'est pas de démarche de qualité possible sans des indicateurs précis.

Je pense qu'on y gagnerait tous énormément si les chiffres que vous nous avez donné tout à l'heure étaient accessibles mensuellement, facilement - je ne doute pas qu'ils sont quelque part - mais accessibles facilement pour l'ensemble des Parisiens. Alors, face à ces différents dysfonctionnements ou difficultés, je dirai que des solutions existent.

Madame la Maire, vous avez fait le choix, dans les différentes questions de sécurité, de faire appel au privé, quelle que soit la forme. Que ce soit des D.S.P. ou autres, il y a plusieurs possibilités. Cela a déjà été le cas il y a quelques années pour les fourrières. Cela va être le cas au 1er janvier 2018 pour les contraventions. Oui, cela peut être un gain financier important et nous vous soutenons. Ma surprise est tout de même qu'on va faire appel au privé pour des fonctions régaliennes de la Ville, de l'Etat et, en même temps, on continue, même si ce n'est pas le sujet ici, on continue de traiter pour la moitié de la propreté en régie. Est-ce qu?on ne devrait pas, là encore, faire appel plus souvent au privé ? Alors, pour le régalien, oui, mais attention.

Je vais choquer MM. JULIEN et LE RESTE, mais je vais parler de police municipale, même si elle n'ose pas dire son nom. La direction de la prévention, de la sécurité et de la protection, créée maintenant il y a un peu plus d'un an, c?est 2.000 agents. Est-ce qu?il ne faudra pas réfléchir, à un moment, au nom de "police municipale" ? Nous avons reçu, Madame la Maire, à votre demande et je vous en remercie, votre collaborateur en charge d'une étude sur les questions d'armement. Quand on évoque un éventuel armement, on parle forcément de police municipale.

Alors, je sais bien que, Madame la Maire, vous êtes tiraillée par une partie de votre majorité, mais il faudra peut-être à un moment savoir se décider.

Piste de progrès sur ce qui fonctionne bien, c?est l?automatisation, les démarches par Internet. Cela veut dire plus d?agents sur le terrain. Les procès-verbaux automatisés, les efforts en matière de pièce d?identité sont plutôt une bonne chose et on y souscrit largement.

La réserve citoyenne, la réserve municipale, là encore, cela a été dit tout à l?heure, je crois que le citoyen peut aider l?Etat et l?Etat ne peut pas tout faire. C?est important dans le cadre du lien armée et nation, armée et nation et police, où les gestes de premier secours qui sauvent - nous y avons travaillé et vous y avez travaillé - ne peuvent être que positifs. Mais pourquoi ne pas imaginer la même chose en matière d?attentat ?

La vidéo-protection - je ne doute pas que M. GOUJON reviendra tout à l?heure plus brillamment que moi sur la vidéo-protection -, on l?a vu à Londres avec les attentats et on l?a vu dans différentes affaires. Certes, la vidéo-protection n?empêche pas tout mais elle aide à l?enquête et elle rassure les individus : beaucoup de gens se sentent rassurés de savoir qu?il y a une vidéo-protection. La Ville, avec 1.300 caméras pour les forces de l?ordre, reste très en retard. C?est d?autant plus surprenant qu?il y a beaucoup de caméras privées, plus de 30.000 dans Paris, donc peut-être faut-il passer? D?ailleurs ce n?est pas peut-être mais il convient de passer à la vitesse supérieure en la matière. Il n?y a que des gains de productivité à faire.

Et dernier point, le Grand Paris. Le rapport du sénateur Philippe DOMINATI a récemment souligné le manque d?association des villes de la petite couronne avec la PP, alors qu?elles financent le budget de la PP. Là encore, la délinquance n?a pas de frontières au niveau mondial. C?est encore plus vrai sur un petit territoire qu?est l?Ile-de-France, la délinquance s?exporte tous les jours de la banlieue vers Paris ou de Paris vers la banlieue. Là encore, il s?agit d?accentuer cette coopération entre la PP et ses homologues de banlieue.

En conclusion, je voudrais dire qu?au-delà des seules questions budgétaires, la sécurité parisienne est avant tout une question de volonté politique. Je m?adresse plus à Madame la Maire : assumez une police municipale, développez la vidéo-protection ou encore travaillez à une osmose dans le cadre du Grand Paris. Oui, il s?agit avant tout d?une volonté politique.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, la sécurité de tous et l?ordre public sont bien évidemment au c?ur de notre quotidien, de notre action et de ce qu?attendent les Parisiens. Sans sécurité ni tranquillité, Paris ne peut envisager sereinement son développement. Sans sécurité ni tranquillité, Paris ne peut tenir son rang de capitale, accueillir pleinement des personnalités du monde entier, les touristes, les événements internationaux, qu?ils soient politiques, sociétaux, sportifs ou culturels.

Mais en matière de sécurité, rien n?est jamais acquis. Les menaces évoluent, le travail est de longue haleine. Notre groupe ne cultive ni l?angélisme, ni la démagogie, ni le laxisme sur cette question.

Les nouvelles règles de répartition des compétences de police à Paris nous obligent à travailler collectivement, en bonne intelligence, afin que soient respectées dans l?intérêt de tous les règles qui permettent notre vivre ensemble. Nous croyons en l?efficacité de la coproduction de sécurité.

Avec la réforme du statut de Paris, l?action de la Préfecture de police devrait être orientée vers une efficacité renforcée. Sa mission première consiste en effet à lutter contre les faits d?une certaine importance, que ce soit au niveau criminel ou délictuel. Pour cela, il nous faut mieux agir en complémentarité et dans le respect des compétences de chacun.

Les transferts de certaines activités de police administrative, de l?accueil des demandeurs de titre d?identité, de la verbalisation des infractions au stationnement sont des évolutions souhaitées de longue date par notre groupe, par d?autres groupes également bien sûr, et votées par notre Assemblée. Nous saluons l?ouverture de ce nouveau chapitre qui doit nous permettre de continuer à apporter un service public de qualité aux citoyens.

Cette nouvelle répartition des compétences doit aussi nous permettre d?accueillir avec plus de sérénité, cela a été dit, les grands événements, dont le point d?orgue sera bien sûr les Jeux olympiques de 2024.

Notre groupe reste vigilant cependant quant à l?exercice de nos libertés individuelles, quel que soit le contexte sécuritaire. Comme le disait Georges Clémenceau : "La République vit de liberté, elle pourrait mourir de répression." Il faut donc bien encadrer la vidéo-protection, en dresser un bilan et agir, comme le fait la Ville, en développant la présence accrue d?agents sur l?espace public et en renforçant les dispositifs de sécurité.

Les ASP assurent ainsi dans le domaine public la lutte contre les incivilités, le maintien de la tranquillité publique. Ils sont le c?ur de notre pacte républicain. Notre groupe est résolument attaché à leur présence et leur proximité, et souhaite souligner leur travail parfois difficile. De plus en plus visibles sur la voie publique, ils sont en effet devenus des cibles prioritaires pour les terroristes. Parallèlement, alors qu?ils sont chargés d?un service de police de proximité, ils sont davantage sollicités - on l?a vu - pour des missions de sécurité, notamment dans le contexte actuel de menaces terroristes élevées. On l?a vu aussi. Le budget de la Préfecture de police présenté pour 2018 est le premier sous cette forme. Il intègre en effet désormais les conséquences du transfert des compétences inscrit dans la loi relative au statut de Paris. Nous voterons en faveur du budget spécial qui nous est présenté aujourd?hui. Le budget de la Préfecture de police à périmètre constant diminue très légèrement. Il applique un pragmatisme budgétaire que nous pouvons saluer. Avec 625 millions d?euros inscrits en fonctionnement et en investissement, il traduit également l?importance des missions engagées. La stabilité de la contribution de la Ville, entraînant une hausse des crédits de fonctionnement de la brigade des sapeurs-pompiers, permettra de renforcer sa capacité opérationnelle. La B.S.P.P. pourra ainsi mieux répondre à la hausse constante de son activité. Cela a été souligné également. Nous nous en félicitons, dans un contexte de forte demande et d?augmentation des interventions de secours à la personne, comme cela a été rappelé. Avant de conclure, je souhaiterais rendre hommage également au professionnalisme des agents de la Préfecture de police et de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris qui ?uvrent aux services de tous dans des moments parfois dramatiques. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame la Présidente.

La parole est à M. Philippe GOUJON, pour le groupe les Républicains et Indépendants, et maire du 15e arrondissement.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet de police, chers collègues, alors que le sentiment d?insécurité progresse à travers tout le pays au point d?atteindre son plus haut niveau historique, notamment chez les femmes et en région parisienne selon la dernière enquête annuelle de victimation de l?Observatoire de la délinquance, s?est achevée hier la consultation sur la police de sécurité du quotidien. Inutile d?attendre les résultats : les policiers sont toujours en colère !

Les lourdeurs administratives, les procédures paralysantes, l?indisponibilité récurrente de leurs moyens, l?absence d?outils technologiques comparables à ceux qu?ils utilisent dans leur vie privée ou leur obsolescence, la dégradation de leurs lieux de travail - j?ai là un tract d?Alliance qui décrit ce qui se passe au commissariat du 15e arrondissement par exemple, ni toilettes, ni ascenseur depuis de mois, - sont autant de sources de frustration. Le taux d?absentéisme a été multiplié par deux, les suicides, hélas, se multiplient pour atteindre le chiffre record de 46.

Toujours plus mobilisés, les policiers attendent impatiemment le paiement de 21 millions d?heures supplémentaires et la suppression des tâches indues qui absorbent 16.000 ETP ! Que de mauvais signaux pour une police en première ligne.

Il y a un an, ils manifestaient en plein état d?urgence. Depuis aucune réponse n?a été apportée à leur malaise. Les mots qu?utilisent les policiers sur le terrain pour qualifier cette réforme sont sans équivoque : "superficielle"," coquille vide", "consultation de façade".

Quant aux élus, tous s?accordent à dire que la P.S.Q. ne doit pas accoucher d?un énième plan de communication sans lendemain et doit rompre avec la "pol prox" de 1997, vous savez, du temps des années de "naïveté" de l?ère JOSPIN !

Pour être utile, une telle réforme ne saurait non plus faire abstraction du bilan des dispositifs existants de mobilisation des moyens, tels que les Z.S.P., les G.L.P.D. et autres E.S.R. Quelle évaluation en faites-vous, Monsieur le Préfet de police ? Surtout avec quels matériels, quels effectifs développer la P.S.Q. ? En tout cas, il vous manquera déjà les 389 policiers affectés au nouveau T.G.I. Or, la nouvelle promotion de gardiens de la paix n?arrivera qu?en fin d?année prochaine.

Quant au recrutement de 10.000 policiers et gendarmes en cinq ans, d?autres collègues l?ont dit, ce ne seront que quelques policiers de plus clairsemés chaque année par commissariat, sans même évoquer la gigantesque perte de potentiel horaire consécutive à la directive européenne sur les horaires de travail.

Il ne suffit pas d?ailleurs d?augmenter les effectifs sans y consacrer de moyens supplémentaires : le taux d?immobilisation du parc roulant de la Préfecture de police atteint 50 à 70 %, vous le savez, dans certains services.

Enfin, quelles seront ses missions ? Jusqu?au Ministère, on semble dans l?embarras pour apporter des réponses concrètes, sans compter que la gestion des équipages de police-secours par le district, le regroupement des unités déconcentrées et une mutualisation excessive éloigneraient au contraire les policiers du terrain, et même si le maillage de citoyens vigilants, les patrouilles de périmètre de contact, P.P.C., P.P.C.R., les partenariats locaux, la lutte contre toutes les nuisances vont dans le bon sens. Mais finalement, la meilleure P.S.Q. ne serait-elle pas une police municipale armée et renforcée ?

Dans quelques jours 1.500 agents de la Préfecture de police, en effet, seront accueillis au sein de la DPSP. Ils auraient pu former une police municipale pour renforcer la sécurité et assurer les missions abandonnées par la Préfecture de police mais, Madame la Maire, vous avez décidé de restreindre leurs missions, alors que leur statut juridique leur permettait de constituer une véritable police municipale, à condition, il est vrai, de modifier la loi, ce que je demande au Gouvernement. Ce qui a été fait et très bien fait à Lyon peut l?être tout autant à Paris ! De surcroît, une grande incertitude planait il y a encore quelques semaines sur leurs conditions d?accueil et de travail à la ville. Apportez-nous des réponses là-dessus également, s?il vous plaît.

Succédant aux deux réformes ratées de la DPP, la Brigade anti-incivilités va dans le bon sens, sauf que je l?avais proposée il y a 15 ans. Elle est datée. J?ai l?impression que vous préparez un peu la guerre de 40 avec les méthodes de 14 !

Les priorités d?aujourd?hui ne sont plus celles d?hier. La police est accaparée par le terrorisme, la criminalité et le maintien de l?ordre. Quant aux petits trafics de rue, occupations dévoyées de l?espace public et des halls d?immeubles, nuisances nocturnes, ventes à la sauvette, mendicité agressive et campements illicites, nul ne s?en préoccupe plus vraiment. Voilà le rôle d?une police municipale, permettant à la police nationale de se recentrer sur son c?ur de métier : renseignements, investigation, ordre et sécurité publics.

Une mission plus actuelle que jamais, et pourtant totalement ignorée, est la régulation de la circulation. Pourtant, 19 heures d?embouteillages supplémentaires par automobiliste ont été comptabilisées cette année à Paris. Or, la Préfecture de police, qui assumait jadis la fluidité du trafic autour de 150 points principaux prioritaires, avec ses 1.200 "voituriers de Lutèce" - vous vous en souvenez, Monsieur le Préfet - a complètement abandonné cette mission, et le transfert de compétences du 1er janvier verra disparaître l?appui opérationnel de la police lors des grandes manifestations organisées par la Ville. Alors, comment procéderez-vous ?

C?est là que l?arrivée de 1.500 agents au sein de la DPSP constitue une opportunité unique pour fluidifier les rues de Paris, faute de quoi il sera très clair pour les Parisiens que votre intention n?est pas de réduire les embouteillages, mais seulement de rendre la vie infernale aux automobilistes, comme d?ailleurs l?a si bien prédit à l?époque M. CONTASSOT ! Toutes les capitales disposent d?une police de la circulation, sauf Paris.

L?investissement de la Ville dans la sécurité, en dehors de la création d?une police municipale déjà quasiment financée, d?ailleurs, doit s?orienter vers la vidéo-protection, dont le réseau a été financé jusqu?à présent par l?Etat, à l?initiative du Président SARKOZY. Paris a besoin au minimum d?un réseau de 5.000 caméras dotées des dernières avancées technologiques, notamment quant à la détection des comportements suspects et à l?analyse automatisée des images, comme s?y initient R.A.T.P. et S.N.C.F. Les effectifs pourront alors être mieux guidés dans leurs interventions et la vidéo-patrouille utilement développée, indispensable aussi bien à la P.S.Q. qu?à la police municipale, mais aussi à la lutte antiterroriste.

Alors que vous affichez la sécurité comme une priorité de votre mandature, le budget que vous lui allouez diminue de 1,2 % cette année, en prenant en compte la réforme du statut de Paris. Hors contribution à la Préfecture de police et masse salariale, vous ne consacrez finalement que 18,3 millions à la sécurité, dont plus d?un quart est dédié à la prévention et à la résilience. Par nos amendements, nous vous proposons d?y consacrer plus du double.

Après avoir supprimé votre subvention aux concessionnaires de parkings pour y patrouiller, vous effacez même celle au G.P.I.S., et ce n?est pas l?assermentation de gardiens d?immeubles pour verbaliser les incivilités, comme nous le demandons d?ailleurs depuis des années - c?est une très bonne chose - qui pourra s?y substituer. Les bailleurs sociaux, alors que vous prélevez par anticipation leur loyer des 60 prochaines années, devront en assurer la compensation au détriment d?autres dépenses. La vidéo-protection, déjà trop absente dans les parties communes, aiderait pourtant le G.P.I.S., et vous le savez.

Vous faites également des économies sur le dos de la Préfecture de police en réduisant votre contribution hors réforme de plus de 2 millions, ce qui ne permettra pas de remplacer plus d?un fonctionnaire sur cinq, soit 212 effectifs en moins, soit 706, comme l?a dit le Préfet de police, depuis le début de cette mandature. Et vous continuez à exiger pourtant des services de la P.P. des délais de traitement et d?intervention de plus en plus courts. Or, cette baisse drastique dégradera la qualité de service sur la production des documents d?identité transférée à la Ville, l?accueil des étrangers et la lutte contre les nuisances sonores et olfactives. Vous vous tirez en quelque sorte une balle dans le pied !

Comment continuer à exiger de la Préfecture de police, depuis des années, un effort dans sa gestion de la masse salariale, ce qui est normal, alors que vous-même êtes incapable de la maîtriser, que le budget spécial pèse un poids marginal, à peine supérieur à 3 % dans le budget de la Ville ? En 2017, alors que la P.P. a réduit ses effectifs administratifs de 2,6 %, vous avez augmenté ceux de la Ville de 3,7 %. Cette année, la baisse de la masse salariale imposée à la P.P. est de 6,3 % - c?est sans précédent ! -, alors qu?en même temps, vous augmentez celle de la Ville de 1 %.

Et la baisse de la part de la contribution de la Ville au budget spécial est aussi historique : 43 % en 2017, contre 39 % l?an prochain. Avec une contribution de seulement 1 million supplémentaire, la Préfecture de police pourrait pourtant maintenir un niveau de service équivalent à 2017, tout en participant quand même à l?effort de réduction des dépenses de fonctionnement. J?ajouterai que pour la deuxième année consécutive, aucun crédit n?est disponible au titre des dépenses imprévues, soient 550.000 euros. C?est donc 1,5 million qui manquera à la Préfecture de police en 2018.

Concernant la section d?investissement, la situation se détériore pour les A.P. nouvelles, puisqu?elles baissent de plus de 18 millions. Les crédits de paiement après une très faible consommation en 2016, baissent aussi. Ceux consacrés aux investissements immobiliers de la Brigade diminuent de 280.000 euros, ceux devant servir à l?achat de ses matériels amortissables, de 1,5 million d?euros. Et concernant les autres services de la Préfecture de police, les crédits de paiement pour les investissements immobiliers baissent de 0,75 %.

La Brigade des sapeurs-pompiers, qui représente quant à elle 65 % du budget spécial, connaît un budget stable, certes, mais son activité atteint un seuil critique de 500.000 interventions, comme l?a rappelé le Préfet de police, niveau jamais atteint, et elle devra faire face à de nombreux défis dans l?avenir, vous le savez, qui requièrent des marges de man?uvre budgétaires qu?elle n?aura donc pas. Savez-vous, mes chers collègues, qu?à certaines heures, seuls dix véhicules restent disponibles sur Paris et sa banlieue ?

Cette année encore, les Parisiens ont pu compter sur les soldats de l?opération "Sentinelle". Trois ans après sa mise en place, quelles évolutions y apporter ? Armement inadapté, cycles horaires lourds, imposante consommation d?effectifs sans aucune qualification judiciaire, etc. La réorganisation annoncée en septembre tarde à montrer ses effets. Ne vaudrait-il pas mieux mettre des policiers dans la rue ?

Où seront logés à l?avenir ces soldats ? Minimes, Reuilly, îlot Saint-Germain, Exelmans, Val-de-Grâce : vous supprimez toutes les emprises militaires au moment où on en a le plus besoin. De nombreux dispositifs restent à mettre encore en place, face à la menace terroriste toujours aussi présente, comme le démontre l?attentat de New York.

Structurellement d?abord, nous demandons que le Contrat parisien de sécurité et ses déclinaisons dans les arrondissements disposent d?un volet dédié à l?antiterrorisme ; opérationnellement ensuite, par la mise en place, par exemple, d?un service d?alerte par S.M.S. en cas d?attaque, mais aussi la détection par le rapprochement de la D.R.P.P. avec les autres services de renseignement, la prévention et la prise en charge de la radicalisation. En matière de prévention, où en sommes-nous dans le développement des outils innovants, Monsieur le Préfet ?

Afin que tous les établissements scolaires soient sanctuarisés, alors que la Région s?est largement engagée pour les lycées, le budget de la Ville ne prévoit que 1,4 million pour des travaux de sécurisation, dont 1 million, si j?ai bien compris, pour le seul Hôtel de Ville.

La responsabilité de la Ville est majeure aussi dans la prévention d?actes terroristes. Elle se doit ainsi de durcir la protection de l?espace public en établissant un plan global de prévention situationnelle, à l?instar des nombreuses métropoles confrontées à cette menace. Dans un contexte où les attentats en France comme à l?étranger ont révélé que l?un des modes opératoires privilégié des terroristes était l?attaque à la voiture bélier, la priorité doit être à l?installation sur la voirie d?équipements de sécurisation durables.

De nombreux endroits, les quais de Seine, les grandes places parisiennes, etc., qui accueillent régulièrement de larges rassemblements, mais aussi rues et avenues, en sont dépourvus.

La prévention du terrorisme ne doit pas ériger en mission de seconde zone la lutte contre la délinquance. Or, si la Préfecture de police enregistre le quart de la délinquance nationale, elle ne peut y faire face qu?avec 21 % des effectifs de la police. Bien que le Ministre de l?Intérieur maintienne le black-out sur les statistiques, et vous l?avez confirmé, Monsieur le Préfet, en ne donnant quasiment aucun chiffre, alors qu?un v?u pourtant demandant la publication mensuelle, comme celle des effectifs, a été adopté le mois dernier à l?unanimité, les neuf premiers mois de 2017 enregistrent une quadruple hausse : de 2,6 % des violences physiques, de 2,8 % des atteintes aux biens, vous l?avez dit pour les cambriolages, de 1,5 % des troubles à la tranquillité publique et de 1,6 % des mineurs mis en cause, succédant à une hausse de 11 %, d?ailleurs, en 2016, selon le Procureur de la République, malgré une baisse des plaintes et une stabilité du nombre des mises en cause.

La Préfecture de police doit donc s?adapter, Monsieur le Préfet. Même l?Armée rouge y est parvenue ! Où en est la grande réforme tant attendue annoncée par votre prédécesseur, visant à couvrir les nouveaux besoins opérationnels. Ainsi du programme plus "simple et plus efficace" pour passer de l?organisation en silo au principe de subsidiarité et donner plus de marges de man?uvre aux échelons locaux, pour coller aux bassins de délinquance et accroître la présence des patrouilles sur la voie publique ? Ainsi de la nécessité de redonner de l'initiative aux commissaires en matière de sécurisation, mais aussi d'ordre public et de la confiance aux policiers. Ainsi de la suppression des échelons intermédiaires, consommateurs d'effectifs, du renforcement de l'encadrement à la base, de la fusion, pourquoi pas, de la D.O.P.C. avec la D.S.P.A.P. au lieu d'une rivalité endémique, de l'allégement d'états-majors pléthoriques, de la répartition plus harmonieuse des effectifs et de la coordination des missions, de l'introduction de la culture du numérique, de la réanimation d'une P.J. exsangue, etc.

Une gouvernance déconcentrée, agile et transversale doit enfin se substituer au cloisonnement artificiel découlant de chaînes hiérarchiques parallèles et d'une centralisation excessive et paralysante, à une organisation territoriale inadaptée, à un renseignement défaillant et à des techniques obsolètes.

Ainsi, d'une chaîne de l'éloignement intégré des étrangers en situation irrégulière, en décloisonnant les habitudes de travail et en regroupant l'ensemble des acteurs concernés.

Ainsi, des nouvelles technologies et de la création de cyber patrouilles. Où en sont,, par exemple, le programme VIGILAT et le C.I.C. intégré permettant une coordination fine à l'échelon zonal ?

Ainsi, à l'heure où chacun possède un smartphone, de la dotation de l'intégralité des effectifs de voie publique en tablette N.E.O., déchargeant ainsi les ondes radio, assurant la transition de la radio au numérique et créant enfin le "policier connecté".

Ces nouveaux outils permettront d'intégrer l'analyse prédictive de la délinquance dans l'application "COMPA". Elle a fait ses preuves, notamment aux Etats-Unis en matière d'identification des zones et horaires de concentration des infractions pour mieux orienter les patrouilles et l'investigation judiciaire. L'expérimentation annoncée fin 2017 est-elle en cours ?

Les missions doivent être simplifiées et clarifiées, d'autant plus que le nombre d'O.P.J. ne cesse de faiblir du fait de la complexité et de la lourdeur de la procédure pénale, aggravée par la loi du 3 juin 2016, "inquiétante pour les policiers, mais rassurante pour les délinquants", et les logiciels obsolètes de rédaction des procédures. Un enquêteur doit traiter entre 200 et 500 procédures par an.

Améliorer les conditions de travail des équipes d'enquête est donc une priorité absolue. Telle la meilleure articulation de la D.P.J. avec la D.P.A.P., la simplification de l'organisation territoriale en supprimant les districts de P.J., et la clarification des champs de compétence.

Les services d'enquête doivent s'adapter également à la délinquance de notre société. A titre d'exemple, alors que seuls 10 % des femmes victimes de violence portent plainte, chaque S.A.I.P. parisien doit pouvoir compter sur un O.P.J. référent dédié au traitement de ces affaires, comme chaque commissariat sur un travailleur social. Cela exige plus de moyens bien sûr, mais aussi une formation certifiante et plus poussée pour ces fonctionnaires.

Enfin, comment établir la sécurité et la tranquillité publique sans une réponse pénale immédiate et efficace.

Les lois Taubira de désarmement pénal, introduisant la contrainte pénale ou la victimisation du mis en cause, doivent être abrogées de toute urgence. Je redoute que la réforme sur laquelle sont consultés les magistrats par la Chancellerie actuellement ne soit que la politique Taubira revisitée avec un petit vernis en plus.

Il faut rétablir les peines planchers pour les récidivistes, abaisser la majorité pénale à 16 ans, mettre fin à l'automaticité des réductions de peine, interdire de territoire les condamnés pour terrorisme, surveiller électroniquement et physiquement les fichiers S dangereux, interdire le retour des djihadistes, interconnecter les fichiers, etc. Les mesures nouvelles à prendre sont légion.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, 2018 sera-t-elle donc enfin l'année où les Parisiens pourront compter sur une stratégie de sécurité dépassant les tabous dogmatiques ? Sera-t-elle l'année de la grande réforme opérationnelle de la Préfecture de police que votre prédécesseur avait l'intention de présenter avant la fin de cette année, d'ailleurs, à une commission spécifique du Conseil de Paris ? Sera-t-elle l'année de l'investissement réel de la Ville pour la sécurité des Parisiens ? C'est seulement à ces conditions que les Parisiens pourront envisager avec confiance la prise en compte d'une de leurs préoccupations premières, leur sécurité.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. Didier GUILLOT, pour le groupe DP.

M. Didier GUILLOT. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, avant de souligner le rapport entre nos deux institutions, notre groupe tient à saluer l'efficacité de l'ensemble des personnels de sécurité sur tout le territoire parisien, et tout particulièrement dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.

Ce budget spécial de la Préfecture de police et celui de la DPSP est le premier budget que nous votons, après la mise en place de la réforme de transfert de compétence de février 2017 sur le statut de Paris. C'est la raison pour laquelle ce budget spécial se voit amputer de près de 60 millions d'euros pour le transfert des personnels A.S.P. de la DPSP.

Cette réforme devrait améliorer l'efficacité du traitement des infractions au stationnement mais aussi du traitement des incivilités. Nous espérons vivement pour la Ville de Paris que les projections attendant 300 millions de recettes nouvelles se réalisent en 2018.

Il convient de remarquer ici d'ailleurs que ce montant de recouvrement des amendes de stationnement attendu est supérieur au montant que la Ville verse en fonctionnement depuis des décennies à la Préfecture de police, montrant ainsi comment cette institution aurait pu prendre les moyens de l'efficacité du dispositif des A.S.P. qui, pendant très longtemps, ont souffert d'un management incertain du fait de leur statut ambivalent, encadrés par la Préfecture de police d'un côté, et payés par la Ville de Paris de l'autre.

Cette réforme conduit ainsi la DPSP à encadrer désormais plus de 3.200 agents chargés essentiellement de la protection du domaine public de la Ville de Paris ou du traitement des incivilités. En deux ans, ce sont plus de 2.200 agents qui ont été transférés à la DPSP.

Nous saluons l'effort particulier de la Ville de Paris pour l'aménagement de la salle de commandement pour coordonner les A.S.P., la C.V.O. et l'état-major de la DPSP. Mais puisque nous engageons des crédits importants dans cette logistique, je veux dire ici que notre groupe fera sans doute, dans les prochains Conseils de Paris, des propositions en termes de "Smart City" sur les questions de traitement des incivilités. Certaines villes françaises ont su mutualiser et rendre très efficace la mise en commun des réseaux et des moyens de surveillance. Je pense notamment très récemment à la ville de Dijon.

Nous devons pouvoir faire évoluer ainsi l'application "Dans ma rue" pour en faire une application de gestion et de mobilisation citoyenne contre toutes les formes d'incivilité. Nous avons régulièrement un débat depuis 1977, dans cette enceinte : faut-il ou non une police municipale à Paris ? Dans les faits, les missions et le management de la DPSP en font désormais une forme de police municipale "Canada Dry", et un jour viendra où cette dénomination ira peut-être coiffer naturellement cette forme de retour au droit commun, mais pour ce qui nous concerne, l'importance est effectivement le retour au droit commun.

Alors pourquoi ne pas assumer cette réforme en douceur qui a permis de gérer un point dur ?

Le budget spécial de la Préfecture de police concerne désormais très majoritairement la Brigade des sapeurs-pompiers qui couvre 65 % de ce budget. Notre soutien à cette institution est entier, mais nous devons aussi poser la question de sa métropolisation, qui pourrait d'ailleurs dépasser les limites des actuels quatre départements. Quand nous comparons le coût/efficacité de cette institution avec celui des S.D.I.S. qui concernent la grande couronne et bien d'autres départements en France, nous pouvons être fiers de ce modèle et de la réussite de cette institution historique. Elle mériterait sans doute de faire corps avec la future Métropole aux compétences élargies.

Pour ce qui est de la politique de la ville, la baisse du budget de la DDCT est un peu étonnante, au regard des nombreuses déclarations sur le sujet. Elle ne semble pas totalement compensée par le déploiement renforcé des projets votés au budget participatif dans le cadre des 30 millions d'euros dédiés aux quartiers populaires.

Je veux rappeler ici d'ailleurs qu'en matière de politique de la ville, le Gouvernement s'est engagé à doubler les crédits dédiés à l'A.N.R.U. et la rénovation urbaine, passant ainsi de 5 à 10 milliards d'euros.

Il y a un sujet sur lequel je pense que notre collectivité aurait sans doute intérêt a minima à lancer une inspection générale, mais puisque les élus sont concernés, sans doute à alimenter une Mission d'Information et d'Evaluation, c'est celui de l'efficacité de ce qu'on appelle la prévention spécialisée dont les budgets sont concentrés à la DASES mais aussi un peu à la DPSP. Ces budgets sont très importants au regard des missions attendues de ces institutions qui vivent de la contribution publique, et elles ont un rapport très différencié selon les différentes associations ou clubs. Si certaines ont une action reconnue au niveau local, force est de constater que beaucoup d'entre elles ont un rapport de déchéance à l'égard des partenaires avec lesquels ces institutions devraient naturellement travailler. Il faudrait pouvoir évaluer l'efficacité réelle de ces dispositifs au regard de ce que notre collectivité est en droit d'attendre.

Enfin, à la suite du v?u que nous avons fait adopter lors du dernier Conseil de Paris, nous souhaitons vivement que la Ville de Paris et les mairies d'arrondissement, je le précise, se montrent exemplaires dans l'accompagnement de la montée en puissance de la future police de sécurité quotidienne à Paris, à l'image de ce que la Ville de Paris avait su faire lors de la création de la police de proximité.

Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

La parole est à Mme TACHÈNE, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Anne TACHÈNE. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, mes chers collègues, c'est un budget nouveau que la Préfecture de police soumet à notre vote cette année. Nouveau car il intègre la mise en ?uvre de la réforme relative au statut de Paris à partir du 1er janvier prochain. Nouveau car, à partir de cette date, la Ville de Paris va en effet exercer de nouvelles compétences qui relevaient jusqu'alors du Préfet de police.

Aussi, pour financer l'exercice de ses compétences, ce sont 217 millions d'euros de contribution que la Ville de Paris s'apprête à verser au budget de la Préfecture de police.

Il est vrai que ce sont 71,6 millions d'euros de moins que l'année dernière en raison des compétences transférées. Pour autant, cela reste un poste de dépense stratégique pour la Ville, et nous le regardons avec la plus grande attention, comme l'a rappelé mon collègue Eric HÉLARD ce matin. Pour ce budget, je constate ainsi que la Préfecture de police fonctionne avec toujours moins d'effectifs, en baisse de 6,5 % pour 2018, alors qu?un niveau important de service est bien sûr exigé.

Quant au budget de la B.S.P.P., la contribution de la Ville de 87 millions d'euros est stable par rapport à l'année dernière, comme cela a été souligné. Si la contribution reste la même pour Paris, le budget global de la B.S.P.P. augmente bien, lui, de 2,8 millions d'euros, permettant notamment de financer le recrutement de 50 pompiers supplémentaires, comme le prévoit le plan triennal de recrutement et que nous avons salué.

Pour la B.S.P.P. comme pour les autres services de la Préfecture de police, la contrainte budgétaire n'est pas tant un dogme qu'une réalité. Oui, les forces d'intervention sont de plus en plus sollicitées, en raison notamment de facteurs endogènes, comme le vieillissement de la population ou la précarisation de nombreux publics. Ainsi, depuis 2014, le nombre d'interventions a augmenté de 15 % pour les feux et secours aux personnes, alors que dans le même temps les crédits budgétaires n'ont évolué que de 5 % sur cette même période.

Pourtant, je me refuse à être pessimiste et à cette simple lecture, car si le défi de faire mieux avec moins est de taille, la B.S.P.P. le relève avec brio et c'est l'occasion de le rappeler ici. Pour faire mieux avec moins, la B.S.P.P. n'avait pas d'autre choix que de gagner en efficience, notamment avec un travail rigoureux d'organisation des services et d'amélioration des procédures qui est mené. Par exemple, la plate-forme unique des appels téléphoniques ne permet-elle pas de répondre à des appels de plus en plus nombreux, tout en gagnant en qualité d'intervention des effectifs grâce à une demande mieux comprise, mieux ciblée et une meilleure évaluation de l'urgence ?

Pour faire face à un contexte budgétaire qui se dégrade pour la Ville de Paris et à des missions et sollicitations plus nombreuses, je n'ai aucun doute que la B.S.P.P. parviendra à poursuivre les réformes qu'il faut pour continuer à assurer sa mission avec une grande qualité d'intervention, à s'emparer des nouvelles technologies, de l'intelligence artificielle pour optimiser son action, pour continuer à former la population, notamment les jeunes, afin de faire de Paris une ville plus résiliente et moins dépendante des forces d'intervention d'urgence.

Mais au-delà des simples enjeux budgétaires, ce sont bien les enjeux de demain dont il faut se saisir dès à présent pour être aux rendez-vous fixés pour les prochaines années. Avec les rendez-vous festifs et sportifs bien sûr, avec les rendez-vous de développement stratégique comme celui du Grand Paris Express par exemple, mais également pour être aux rendez-vous des transitions environnementales et climatiques et des évolutions démographiques. Sur l'ensemble de ces missions, nous serons aux côtés des hommes et des femmes qui ?uvrent avec dévouement chaque jour pour s'y préparer. Pour toutes ces raisons, le groupe UDI-MODEM approuvera ce budget spécial. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. DAGNAUD, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement. - Monsieur le Préfet, Madame la Maire, mes chers collègues, cette année encore, ce débat sur le budget spécial de la Préfecture de police témoigne tout à la fois des liens historiques et du partenariat incontournable qui unissent la Ville et la Préfecture de police et des attentes très fortes de nos concitoyens à l'égard de leur police. Je veux d'abord rendre hommage au travail et à l'engagement des forces de l?ordre parisiennes. Alors que la menace terroriste reste élevée, il est de notre devoir d'exprimer publiquement notre confiance d'élus de Paris envers les fonctionnaires qui servent les missions de police nationale. Chacune et chacun d'entre eux porte une part du lien qui nous rattache aux valeurs de la République. A ce titre, ils ont la lourde responsabilité de garantir les libertés individuelles de chacun de nos concitoyens en assurant la sécurité de tous, jour après jour, de jour comme de nuit. C'est donc avec conviction mais aussi avec la volonté de marquer notre soutien aux femmes et aux hommes qui portent ces missions de service public que nous voterons ce budget spécial, qui vient reconnaître l'action de la Préfecture de police dans notre cité mais aussi, et c'est primordial, celui de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Mais nous ne pouvons passer sous silence, comme nous nous en faisons régulièrement l'écho avec mes collègues maires d'arrondissement, combien les policiers travaillent trop souvent dans des conditions humaines et matérielles dégradées. Ils ont d'abord subi entre 2007 et 2012?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, on écoute.

M. François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement. - ? la mise en place de la révision générale des politiques publiques, qui a incontestablement fragilisé la Police nationale dans ses fondations. Avec cette idée étrange et surtout jamais vérifiée qu'en matière de sécurité on pourrait faire mieux avec moins, moins d'effectifs, moins de matériels, moins d'équipements. Les conséquences en ont été très dommageables en termes de sécurité publique, de recul des effectifs ou d'altération du lien entre la police et la population.

Paris s'est toujours engagée pour que la Préfecture de police et les commissariats aient pleinement les moyens d'agir pour que les effectifs nécessaires soient affectés sur le territoire parisien. Et c'est parce que nous sommes vigilants que nous sommes aujourd'hui inquiets.

La dernière sortie d'école a été accueillie à Paris le 8 novembre dernier. Elle a permis dans chaque arrondissement de compenser les postes vacants. Mais, à ce jour, aucune nouvelle sortie d?école n?est attendue avant un an, ce qui signifie que pendant un an les effectifs de policiers qui sont aujourd'hui à leur niveau de référence, vont progressivement et peut-être dangereusement se détériorer au gré des mutations ou des départs à la retraite. Pourtant, vous le savez, les Parisiens ont besoin de policiers visibles et d'une police du quotidien massivement mobilisée sur le terrain. Qu'il s'agisse de la menace terroriste, de la lutte contre les trafics ou de la régulation des espaces publics, nous savons que la mobilisation remarquable des forces de l'ordre exige sur la durée des renforts pour leur permettre de mener pleinement à bien leur mission.

C'est pourquoi une présence renforcée de policiers sur le terrain doit s'accompagner d'une fidélisation sur le territoire, condition d'une efficacité accrue. D'où l'importance des Missions Prévention Communication, les M.P.C., qui assurent le lien au quotidien avec les habitants, avec les commerçants et avec les établissements scolaires. Je mentionnerai aussi les effectifs de police spécialisée qui font face aux réseaux de traite des femmes ou de drogues, qu'il s'agisse de la Brigade de répression du proxénétisme ou de la Brigade des stupéfiants.

Je profite donc de cette tribune pour le dire avec solennité, Paris a besoin de renforts significatifs et rapides. C'est à ce prix que la création de la police de sécurité du quotidien, voulue par le Gouvernement, se traduira dans les faits. A défaut, nous risquerions d'en rester à des effets d'annonce, sans effet ni efficacité. On nous annonce par exemple la création de 10.000 postes en faveur de la sécurité sur le quinquennat. Pourtant, la loi de finances 2018 n'en budgète que 200 au niveau national incluant police, gendarmerie et renseignement. Une goutte d'eau dans un océan : un policier supplémentaire pour 300.000 habitants.

Nous partageons l'ambition de moderniser les moyens mis à la disposition des fonctionnaires de police, véhicules, V.T.T., tablettes, etc., mais pas au détriment de la présence humaine, indispensable pour assurer la sécurité, indispensable pour mener à bien les enquêtes, pour démanteler les réseaux de trafic et pour tisser ou retisser les liens nécessaires avec nos concitoyens, notamment avec la jeunesse de cette ville dans les quartiers les plus populaires de la Capitale, qu'il s'agisse de la Goutte-d'Or, de la porte de Vanves, du 13e, du Nord-Est parisien en général et du quartier Stalingrad en particulier.

Ces territoires, nous le savons, sont pourtant féconds et notre ville y puise une force vitale pour sa capacité d'innovation et de solidarité. Mais leurs habitants portent avec fierté une conception exigeante de la dignité qui leur est due.

C'est pourquoi je tiens et je dois une nouvelle fois vous alerter sur la situation d'urgence autour de la P.A.D.A. gérée par "France Terre d'Asile", 127, boulevard de la Villette, dans le 10e arrondissement et en voisinage immédiat avec le 19e arrondissement. Les P.A.D.A. sont une étape indispensable et préalable à toute démarche de demande d'asile en France. Elles doivent donc recevoir dignement les demandeurs et conforter la tradition d'accueil de notre pays. Disons le lucidement et je sais que ce constat est malheureusement très largement partagé, nous en sommes très loin et cette situation n'est plus tenable.

Des décisions de principe ont été prises à votre initiative, Monsieur le Préfet, et je les salue, cet été pour relocaliser cette P.A.D.A. en cohérence avec les engagements pris par le Président de la république. Mais la réalité est depuis restée la même, sordide, brutale, indigne : tous les jours, toutes les nuits, des personnes attendent dans le dénuement et la précarité et parfois la brutalité, un rendez-vous à la P.A.D.A., qui n'est pas en mesure de les accueillis dignement. Je connais l'exigence de dignité de nos quartiers, de ceux qui y vivent, comme de ceux qui y cherchent refuge. Nous ne nous résignerons jamais à cette situation.

Il n'est pas acceptable que notre pays organise aussi mal l'accueil des réfugiés. Il n'est pas acceptable que les Parisiens du 19e comme du 10e continuent à souffrir de se retrouver témoins impuissants, complices involontaires et victimes collatérales de cette indignité. Il n'est pas davantage acceptable que des professionnels qui se dévouent à la bienveillance envers les plus fragiles et la défense de leurs droits se voient imposer des conditions de travail qui bafouent toutes ces valeurs.

Il n'y a pas d'autre issue que la relocalisation rapide de la P.A.D.A. du 127, boulevard de la Villette, et avec mes collègues Rémi FÉRAUD et Alexandra CORDEBARD, nous portons cette exigence et nous partageons, je crois, le même sentiment d'urgence.

Enfin, je profite de cette tribune pour évoquer le territoire autour de la place de Stalingrad, dans le 19e arrondissement, aux confins du 10e et du 18e. Et je me réjouis de la pérennisation à laquelle vous avez veillé, de cette zone de sécurité prioritaire tout à fait indispensable. Je veux, ici, exprimer ma plus vive inquiétude quant à la dégradation marquée de la physionomie de ce quartier depuis quelques mois, là où nous pensions avoir fait le plus dur les années précédentes. Avec le retour d'une toxicomanie très visible, notamment le crack, avec son cortège de grande détresse et de petite délinquance, la situation est critique. Insécurité, squat des halls d'immeuble, nombreux petits larcins pour financer les consommations, migrants désespérés tombant dans la toxicomanie, mineurs marocains sans espoir : le cocktail est explosif et nos concitoyens s'en émeuvent à juste titre.

Je formule ainsi le v?u que, là aussi, des moyens supplémentaires soient mis en ?uvre pour le respect de l'ordre et pour la prise en charge sanitaire et sociale de ces personnes en grande vulnérabilité.

Alors, vous l'avez compris, Monsieur le Préfet, notre soutien résolu à ce budget est une marque de confiance, mais tout autant un encouragement à relever tous les défis que nous vivons sur nos territoires.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur DAGNAUD.

Madame SIMONNET, vous avez la parole, pour deux minutes.

Mme Danielle SIMONNET. - Oui, Madame la Maire, le budget de la Préfecture de police est, lui aussi, marqué ou plutôt, je devrais dire, frappé par l'austérité. Alors, certes, fort heureusement, les sapeurs-pompiers sont épargnés. Heureusement, car la hausse des besoins de secours et des interventions, si elle avait été suivie, accompagnée d'une baisse des effectifs, cela aurait été catastrophique. Mais comme le projet de délibération le reconnaît lui-même, les moyens ne vont pas permettre de remplacer un poste sur cinq qui deviendront vacants au cours de l'année. On est dans une situation critique.

Je voudrais, néanmoins, dans le temps qui m?est imparti, vous poser deux questions.

La première à l'Exécutif municipal qui est, certes, indirectement lié. Vous savez que je me suis opposée à la privatisation du contrôle de la verbalisation du stationnement, mais, de fait, le marché remporté par les deux sociétés privées fait que ces deux entreprises ont recruté des agents qui vont pouvoir lire les plaques d'immatriculation et constituer un fichier. Et je trouve qu?il y a un véritable problème, une véritable question de savoir : ces sociétés privées, que vont-elles faire de ces données ? Monsieur le Préfet, vous nous parliez de désir de République. Là, on voit qu'il y a un problème, à mon avis contradictoire avec les convictions républicaines, de voir ainsi un fichier des plaques d'immatriculation dans les mains d'une entreprise privée.

Et maintenant, deuxième question à M. le Préfet.

Monsieur le Préfet, dans votre désir de République que vous avez exprimé, qui est partagé par la population, il me semble qu'il y a un discours du Ministre de l'Intérieur totalement contradictoire. Vous savez qu'il est intervenu vendredi concernant l'accueil inconditionnel à l'hébergement en le remettant en cause, puisqu'il s'apprête à envoyer des équipes mobiles dans les centres d'hébergement pour effectuer le contrôle de la situation administrative des personnes accueillies. Les associations, à juste titre, s?y sont opposées.

Madame la Maire, je pense que vous êtes très certainement d'accord avec moi pour trouver que c'est inacceptable d'opérer ainsi un tri administratif et qu'il faut à tout prix - c'est une question, aussi, de principes républicains fondamentaux - respecter ce droit à l'hébergement inconditionnel.

Monsieur le Préfet, allez-vous envoyer vos agents dans les centres d'hébergement parisiens pour effectuer ce tri inacceptable d'un point de vue de nos fondamentaux républicains ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame SIMONNET.

Madame de LA GONTRIE, dernière oratrice. Vous avez 11 minutes.

Mme Marie-Pierre de LA GONTRIE. - Je ne suis pas la dernière oratrice, donc je n?utiliserai pas les 11 minutes, puisque notre collègue Alexandra CORDEBARD interviendra pour clôturer de manière brillante ce débat.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, vous l'avez souligné dès le début de votre présentation, Madame la Maire, ce budget spécial est le premier qu?il est proposé d'adopter depuis l'entrée en vigueur de la loi du 28 février 2017 relative au statut de Paris. Il traduit, de ce fait, des évolutions en matière de compétences, que nous avons longuement appelées de nos v?ux, en rapprochant la Ville de Paris du droit commun et en réorientant la Préfecture de police sur ses missions régaliennes.

Ce budget - cela a été souligné déjà - est le fruit d'un important travail de coproduction qui repose sur des échanges étroits entre la Ville, autour de notre collègue, Colombe BROSSEL, et la Préfecture de police. Il intervient dans un contexte budgétaire contraint, à une période où, comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Préfet de police, la menace sur la sécurité des Parisiennes et des Parisiens, mais aussi des millions de visiteurs et de touristes, demeure à un niveau particulièrement élevé et appelle ce devoir de collaboration renforcée entre la Ville et la Préfecture.

Il s'inscrit pleinement dans des orientations budgétaires partagées entre la Ville et la Préfecture et correspond aux exigences en matière de sobriété budgétaire, mais aussi d?exigence renforcée vis-à-vis de la population et d'équilibre des compétences.

Je souhaite donc, au nom du groupe Socialiste et Apparentés, remercier chacune et chacun, et la Préfecture de police, évidemment, en premier lieu, pour la grande qualité du travail réalisé, ce travail de collaboration qui a franchi un nouveau palier, avec la présentation des grands équilibres de ce budget par la Préfecture aux élus des troisième et première commissions, présentation qui a été saluée pour sa clarté et qui mérite, elle aussi, d'être soulignée.

Le travail réalisé par la Préfecture, dont nous connaissons toutes et tous la complexité, tient compte de ces exigences nombreuses et parfois difficiles à concilier. Cet engagement doit donc être salué et c'est avec grand plaisir que mon groupe votera ce budget spécial.

Le fait majeur du budget spécial 2018 induit, donc, par les dispositions de la loi que j'évoquais précédemment, le fait inédit - cela a été souligné par vous, Monsieur le Préfet - du transfert à la Ville de 2.182 agents à compter du 1er janvier prochain. Parmi ces agents, ce sont 1.100 ASP qui vont rejoindre, avec les contrôleurs, la Direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection, avec leurs compétences propres, notamment en matière de stationnement, mais aussi leur expertise, leur engagement. Ils vont permettre à la Ville d'agir au quotidien dans la lutte contre les incivilités en matière d'espace public, au bénéfice de toutes les Parisiennes et de tous les Parisiens. Ces agents, il faut le rappeler : Paris est fier de les accueillir, qui plus est, à la DPSP qui connaît depuis un an une profonde transformation.

En effet, en septembre 2016, a été créée cette nouvelle DPSP qui fédère 1.900 agents auparavant dispersés dans d'autres directions, avec pour mission principale la lutte contre les incivilités. Dans le cadre de la priorité accordée à cette politique, les moyens ont été considérablement renforcés en quelques mois. Les très bons résultats en termes de verbalisation en sont la meilleure illustration. Ainsi, entre janvier et octobre 2017, 82.609 procès-verbaux ont été dressés, soit une hausse de 135 % par rapport à l'année précédente.

L'augmentation du nombre de contraventions se ressent sur l'ensemble des priorités des habitants, qu'il s'agisse de jets de mégots, plus 1.087 % - d'ailleurs, faites comme moi : arrêtez de fumer -, de dépôts sauvages, de déchets sur la voie publique, plus 237 %, et d?épanchement d'urine - j'ai toujours trouvé cette expression poétique -, plus 145 %.

L?objectif est clair : mieux répondre aux attentes des Parisiennes et des Parisiens, renforcer encore la lutte contre les incivilités, agir en faveur d?un espace public plus propre et apaisé. Au total, avec l'arrivée des agents de la Préfecture de police, ce sont demain près de 3.200 agents qui travailleront au sein de la DPSP en faveur de notre ville plus propre.

Ce budget spécial confirme également l'engagement de la Ville auprès de la Brigade de sapeurs-pompiers - à laquelle plusieurs d'entre vous ont rendu hommage, à juste titre - qui représente près de 65 % du budget. Alors que les évolutions de population auraient pu conduire à une diminution de notre contribution, Paris a fait le choix de maintenir l?ensemble de son engagement en faveur de la BSPP, soit plus de 87 millions d?euros de crédits de fonctionnement. Cet engagement conduit à une hausse du budget de la BSPP de 2,8 millions permettant, notamment, de poursuivre le renforcement tri-annuel de la brigade. Ainsi, en 2018, 50 pompiers supplémentaires seront recrutés.

Nous savons combien les sapeurs-pompiers s'investissent dans la mission qui leur est confiée, sauvent des vies, assurent les services d?urgence, de secours, de lutte contre les incendies, dans un contexte d'augmentation du nombre des interventions. Et je veux, au nom de mon groupe, saluer leur courage et leur dévouement.

La somme globale des sections de fonctionnement et d?investissement s'élève, pour 2018, à 625 millions d?euros, soit 89 % de fonctionnement et 10 % d'investissement. Au regard du budget 2017 de 742 millions d?euros, les transferts de personnels consécutifs aux transferts de compétences génèrent une diminution de 118 millions d?euros. La seule section de fonctionnement se chiffre à 557 millions d?euros dans le projet 2018 et traduit une stabilité budgétaire. La contribution de la Ville à cette section de fonctionnement est de 217 millions d?euros. La Ville reste le plus gros contributeur au budget spécial, avec 39 % de participation à son fonctionnement.

Quant à la contribution de la Ville à la section d'investissement, elle est maintenue avec une légère baisse des crédits de paiement liée aux transferts de compétences.

Vous l'avez compris : ce budget spécial est à la fois sobre, responsable. Un budget de soutien résolu aux capacités opérationnelles qui marque la priorité donnée par la Ville de Paris à la sécurité des Parisiennes et des Parisiens. C'est pourquoi, Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, le groupe Socialiste et Apparentés en approuve les orientations et votera en faveur de ce budget.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Marie-Pierre de LA GONTRIE.

La parole est à Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. Il vous reste 4 minutes.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Entendu, Madame la Maire. Merci beaucoup.

Monsieur le Préfet, je voudrais, naturellement, m'associer aux remerciements qui vous ont été faits lors de ce débat, remerciements à vous et à l'ensemble de vos équipes, notamment pour les excellentes relations que nous pouvons avoir, maires d'arrondissement, avec nos commissaires d?arrondissement et nos commissariats d'arrondissement, qui nous permettent, au quotidien, de pouvoir faire face à l'ensemble des défis qui sont les nôtres. Remercier, naturellement, la présence des sapeurs-pompiers sur l'ensemble du territoire, à l'instar de l'ensemble de mes collègues.

Je voulais également vous remercier pour le choix que vous avez fait d'étendre la Z.S.P. de la Goutte-d'Or sur les territoires du 9e arrondissement, autour de la gare du Nord, qui, je l'espère, permettra à l'ensemble de vos équipes d'assurer, sur ce territoire difficile et en difficulté, comme l'a souligné François DAGNAUD, l'ensemble des missions qui sont les vôtres.

Je veux également saluer votre engagement dans le travail autour de la protection de l'enfance que nous faisons avec vos équipes et qui permet de sortir de la rue un certain nombre d'enfants et de faire en sorte qu'ils soient pris en charge, notamment par les services de protection de l'enfance.

Mais, pour faire écho à ce que disait tout à l'heure mon collègue, François DAGNAUD, je veux également dire à quel point nous sommes attentifs au fait que, sur nos territoires du Nord-Est parisien, nous puissions, et les commissariats puissent disposer de suffisamment d?effectifs.

L'ensemble des missions qui sont les vôtres, qui sont aussi variées que la lutte contre les sauvettes, assurer la sécurité et la tranquillité aux alentours des gares, aux alentours de la salle de consommation à moindre risque dans le 10e, la lutte contre la présence sur nos territoires de trafics et de désordres de toutes sortes, nécessitent pour cela des effectifs en nombre suffisant et nous serons donc attentifs, tout au long de l'année à ce que nos commissariats ne se vident pas.

Enfin, pour terminer, je voudrais également faire écho à ce que François DAGNAUD a décrit comme une situation que nous jugeons ensemble, je le sais, comme parfaitement intolérable, celle qui aujourd'hui subsiste autour de la P.A.D.A, qui amène à avoir un véritable bidonville à l'intérieur de Paris. J'espère que nous trouverons ensemble, et je compte sur vous, une solution rapide pour son déménagement. Merci beaucoup, Madame la Maire, Monsieur le Préfet.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame la Maire, nous en avons terminé avec le débat. Je vais donner la parole à Colombe BROSSEL pour répondre, puis à vous, Monsieur le Préfet de police.

Ensuite, nous passerons au vote du budget.

Madame Colombe BROSSEL ?

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire, merci à chacun et chacune d'entre vous intervenants classiques de nos débats, ou parfois intervenants se saisissant de ce sujet. Vous l'avez dit les uns et les autres, notre débat est finalement un débat budgétaire avant le vote du budget spécial de la Préfecture de police. C'est un cadre de travail très particulier, qui nous sort de nos débats habituels, même si vous savez pour certains les imposer par la fenêtre. Cela nous fait des éléments de stabilité, c'est important pour le moral. C'est en effet un palier majeur, je le dis?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je demande que l'on écoute les réponses, s'il vous plaît.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Parce que ce budget traduit en actes la loi sur le statut de Paris, et c'est la traduction, d'un point de vue budgétaire, de la réforme que nous avons travaillée, concertée, et qui a été adoptée. Cela a été un travail colossal, et permettez-moi, Monsieur le Préfet, de remercier publiquement l'ensemble de ceux qui à la Ville de Paris et à la Préfecture de police nous permettent tous les deux aujourd'hui de pouvoir présenter un budget serein, parce que c'est un budget serein, mais il y a eu, je tiens vraiment à les en remercier, beaucoup de travail en amont.

Permettez-moi de commencer par cela, cette réforme n'est pas uniquement une réforme budgétaire, c'est avant tout une réforme humaine qui nous permet d'accueillir à la Ville de Paris, pas uniquement des compétences, pas uniquement des modifications de statut, mais des agents qui seront accueillis avec plaisir dans le service public municipal, par le service public municipal, et nous sommes très heureux de pouvoir les voir arriver au sein de notre belle collectivité, y mettre leur talent au profit des Parisiens. Nous avons beaucoup travaillé, nous allons continuer à le faire, pour que chacun et chacune de ceux qui nous rejoindront le 1er janvier puissent trouver leur place d'un point de vue professionnel comme d'un point de vue de leur épanouissement personnel, et un grand merci à eux, en anticipation.

En effet, la D.P.S.P. continue sa mutation, et la réforme que vous aviez initiée, Madame la Maire, que nous avons travaillé à mettre en ?uvre arrive à maturation, en est à sa deuxième étape, et rendez-vous dans un an pour que nous puissions parler de maturation.

Certains d'entre vous l'ont évoqué, ce sont donc, à partir du 1er janvier, 3.200 agents contre 1.000 il y a quelques mois à peine, qui pourront désormais s'engager contre l'ensemble des formes d'incivilité, qu'elles soient celles que Marie-Pierre de LA GONTRIE a évoquées avec talent, qui sont notre cadre de travail familier, ou l'ensemble des incivilités qui peuvent être liées à l'espace public, et notamment à la régulation des déplacements.

C'est donc une réforme qui se poursuit et va nous permettre de continuer à être le plus efficace possible et à rendre cette ville encore plus apaisée.

Mais ce budget spécial, vous en avez aussi parlé en matière cette fois-ci d'effectifs et de budget. En effet, dans un contexte contraint, nous avons dû les uns et les autres travailler de la façon la plus sereine, mais la plus raisonnable possible et je me félicite nous y soyons arrivés.

Permettez-moi, Monsieur GOUJON, une petite précision sur les chiffres, car je vous sais friand de chiffres. Le Préfet de police l'a dit lui-même dans son intervention, il y aura en effet un certain nombre de redéploiements de postes, mais rapporter ces redéploiements uniquement à une partie des effectifs concernés par le budget spécial, et d'un point de vue purement mathématique, est un raisonnement ma foi un peu particulier. Si l'on raisonne sur la base des effectifs de l'ensemble du budget spécial, c'est-à-dire près de 12.000 personnes, cette baisse d'effectifs est alors largement en dessous de 2 %. Cessons donc de nous faire peur dans cette Assemblée avec des chiffres qui nous annoncent toujours des nuages de sauterelles qui finalement ne viennent pas. Les nuages de sauterelles, c'est un gimmik avec Philippe GOUJON, pour ceux qui ne sont pas au courant, détendez-vous.

Vous avez été nombreux à évoquer les engagements que nous avions pris et que nous tenons envers la Brigade des sapeurs-pompiers.

Nous avions pris 2 engagements, celui de pouvoir donner à la brigade la capacité de mettre en place un plan pluriannuel de recrutement, c'est donc une possibilité qui évidemment sera poursuivie cette année avec le recrutement de 50 pompiers, mais également de nous engager dans la stabilité sur les questions d'investissement.

Vous avez été plusieurs à poser finalement la question du modèle de développement de la brigade de sapeurs-pompiers dans un environnement qui n'est pas uniquement le nôtre, celui du Conseil de Paris, mais un environnement qui va être impacté, qui l'est déjà, quelle que soit l'échelle, par un certain nombre de modifications.

Vous avez parlé des gares du Grand Paris Express, du vieillissement de la population, et nous avons tous évidemment les Jeux Olympiques en tête. A l'évidence, la façon dont nous, mais ce "nous" est plus large que les 163 conseillers dans cet hémicycle, la façon dont nous travaillons sur le modèle de développement de la B.S.P.P. est certainement en train d'arriver.

Cette année peut-être, nous avons, je crois, encore un tout petit peu le temps, au bout d'un exercice il va falloir tous ensemble, et le Général GALLET est d'ailleurs le premier à nous proposer des cadres de travail, y réfléchir et arriver à mettre les choses en ?uvre, dans un cadre qui soit différent.

En effet, des sujets d'impacts très forts sur la capacité d'intervention de la brigade sont devant nous dans quelques années, 2024 avec les Jeux Olympiques, et les gares du Grand Paris.

A l'évidence, ce modèle et la façon dont ce il fonctionne sont en train d'arriver à la fin d'une étape, et il va falloir construire la suivante, avec pourquoi pas une participation renforcée de l'Etat. Cette hypothèse fait partie des sujets qui peuvent exister. Les Jeux Olympiques, les gares du Grand Paris, on voit bien que la question ne peut peut-être plus être uniquement des clés de répartition fixées en effet, Monsieur le Préfet, par la loi, mais dans un contexte différent.

C'est une réflexion qui est devant nous, c'est la réflexion que nous devrons avoir.

Un mot, Madame la Maire, si vous me le permettez, sur deux sujets qui ont été posés dans le cadre de ce débat et dépassent la question de notre budget spécial.

C'est évidemment la question de la police de la sécurité du quotidien, nous avions eu l'occasion de l'évoquer à plusieurs reprises. J'ai assisté à l'ensemble des réunions, Monsieur le Préfet, que votre cabinet a animées, avec les maires d'arrondissement et les commissaires. Nous avions bien compris quelle était la logique qui était la vôtre. Je crois que vous avez entendu de l'ensemble des maires d'arrondissement, quels que soient les bords politiques sur lesquels ils ou elles se trouvent. Le fait que des policiers fidélisés, en tenue, présents dans l'espace public, c'est un sujet sur lequel vous trouverez un accompagnement et un accord de l'ensemble de chacun et chacune d'entre nous.

Nous avons, pour notre part bien compris qu'il ne fallait pas espérer des miracles en termes d'effectifs, puisque les prochains arrivants à la P.P. ne le seront que dans un an, et nous rentrons donc maintenant dans la période où nous allons voir les effectifs décliner de façon peut-être moins enthousiasmante qu'après l'arrivée des nouveaux effectifs du mois de septembre, dont acte. Nous avons pour autant évoqué quelques sujets revenus régulièrement et que je me permets de reposer dans notre cadre de travail commun, pour que la P.S.Q., au-delà du risque d'être un effet d'annonce, François DAGNAUD y faisait écho, soit aussi une amélioration de la façon dont nous travaillons ensemble, élus d'arrondissement, élus de Paris, commissaires, et évidemment l'ensemble de la P.P.

Il y a notamment le besoin qu?en proximité, dans les commissariats, en lien avec les maires d?arrondissement et avec l?appui des services spécialisés, nous ayons notamment la capacité de nous tenir informés au fur et à mesure, de façon opportune.

Mais c?est de façon opportune que nous devons permettre aux uns et aux autres de pouvoir porter la parole de l?efficacité du service public. Lorsqu?un maire d?arrondissement, un élu d?arrondissement est en capacité d?aller dire aux habitants que la police a fait son travail, que des enquêtes ont été menées, que des arrestations ont été faites, que la justice a fait son travail et que des personnes ont été condamnées, d?une certaine manière, nous pouvons contribuer au fait que les Parisiens et les Parisienne trouvent et retrouvent confiance dans l?ensemble des services publics que nous sommes. Alors, je crois que nous pouvons progresser de ce point de vue.

Je termine par un mot, Madame la Maire. Oui, en effet, la question de la P.A.D.A. du boulevard de La Villette est une question qui est posée, que nous posons régulièrement dans cette Assemblée et ailleurs. La situation qui est vécue, par les personnes qui sont devant, certainement par les salariés à l?intérieur et par les riverains est absolument indigne. Des engagements avaient été pris en leur temps envers les maires des 10e et 19e arrondissements sur le fait qu?il fallait régler rapidement la question de la localisation de cette P.A.D.A., qui par ailleurs peut être localisée dans d?autres arrondissements de Paris. Il faut le faire vite car nous sommes certainement aujourd?hui à un point critique en matière de possibilités pour les uns et les autres de continuer à vivre sereinement sur ce territoire du nord-est parisien. Enfin, permettez-moi de terminer, parce que c?est une règle que je me suis fixée, par une adresse toute particulière à M. GOUJON. Monsieur GOUJON, je suis évidemment toute prête à toutes les adaptations du contrat de prévention?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je n?entends pas, il y a trop de bruit !

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Monsieur GOUJON, comme je vous parle directement dans cet hémicycle, écoutez-moi.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C?est vrai. C?est lui qui me dit qu?il n?entend pas et je suis d?accord avec lui : il y a trop de bruit.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Je suis absolument prête à ce que nous puissions travailler sur toutes les adaptations et les modifications du contrat de prévention et de sécurité d?arrondissement. Mais, Monsieur GOUJON, il n?y a plus que trois arrondissements qui n?ont pas encore signé un contrat de prévention et de sécurité.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Pas d?accord.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Si d?aventure il vous venait l?envie d?en signer un avant 2020, je suis à votre entière disposition évidemment pour pouvoir y participer. Et j?apporterai, bien entendu, Madame la Maire, sur un sujet important, un avis favorable au v?u déposé par le groupe les Républicains.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - On va donner l?envie d?avoir envie, pour reprendre la belle chanson du grand chanteur. On engagera ce débat plus tard, Monsieur GOUJON.

Non, elle ne vous cherche pas !

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Mais qu?il me trouve à chaque fois, Madame la Maire !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet de police, à vous la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Exercice difficile, Madame la Maire.

Mes premiers propos sont pour remercier l?ensemble des orateurs qui ont exprimé soutien, reconnaissance et proximité à l?ensemble des fonctionnaires, agents de la Préfecture de police, policiers, militaires de la brigade. Je suis sensible à vos propos, à vos témoignages et je voulais le souligner.

Beaucoup de questions ont été posées et je ne prétends pas pouvoir répondre à toutes à l?instant. Certes, j?ai été invité à m?inspirer de l?Armée rouge, mais je ne voudrais pas, comme les secrétaires généraux du parti communiste de la défunte Union des républiques socialistes soviétiques, faire un discours sans fin. Quand on est Préfet de police, on pense plutôt à l?armée bleue qu?à l?Armée rouge ! Mais je voudrais parcourir les points majeurs sur la brigade, sur la police de sécurité du quotidien et sur les flux migratoires.

Sur la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, je ne peux qu?abonder dans le sens des interventions des uns et des autres qui interrogent sur comment la brigade anticipe son évolution, comment la brigade anticipe les risques nouveaux, qu?ils soient technologiques ou autres, comment la brigade anticipe la prise en charge de compétences nouvelles, en particulier celles du Grand Paris Express.

Le général a présenté, lors de la dernière réunion de la Commission consultative de gestion de la brigade, qui est largement faite pour cela, un document de qualité. Je ne vois qu?avantage à ce que ces documents, ces réflexions, cette prospective soient partagés par le plus grand nombre. Évidemment ici, au Conseil de Paris, mais la Ville de Paris n?est pas le seul contributeur à la brigade et il faut aussi que les départements de la petite couronne se saisissent de ces sujets et l?ensemble des communes de la petite couronne. Puis l?Etat évidemment, par ma voix et celle des services du ministère de l?Intérieur car, pour faire simple, on est quasiment à quatre fois quatre contributions.

Je suis tout prêt à imaginer avec vous comment provoquer peut-être une séquence, un événement un peu particulier, où l?on pourrait convier le plus grand nombre pour que ces présentations soient faites et que la sensibilisation des uns et des autres puisse se faire, afin que l?information soit largement partagée.

Beaucoup de vos propos et de vos interventions ont tourné sur l?action des services de police parisiens, sur la police de sécurité du quotidien, sur l?organisation et sur la manière dont les choses vont se passer. C?est un sujet de doctrine. C?est un sujet d?organisation. C?est un sujet d?effectifs et de moyens.

En ce qui concerne la doctrine, je me permets de renvoyer au document de quatre pages, que j?ai largement diffusé sur ce sujet et qui met en avant quelques priorités structurelles, en particulier le maintien du maillage territorial, la recherche de mutualisation pour être plus efficaces, alléger là où on le peut et concentrer là où on le doit.

En dernier lieu, c?est la priorité absolue à donner au confortement du lien entre la police et la population : police et population, police et élus, police et interlocuteurs locaux, les bailleurs sociaux, les associations, le monde éducatif, car c?est extrêmement important. Vous connaissez tous ces éléments.

Je redis ma volonté de conforter, ce qui fonctionne déjà bien, mais conforter encore le dialogue local entre les chefs de circonscription et les élus pour que ce lien de confiance puisse s?exprimer et se développer dans la proximité.

De ce point de vue, l?organisation générale de la Préfecture de police me paraît parfaitement adaptée à cet objectif et je ne la remettrai pas en cause. En particulier, je ne remettrai pas en cause le distinguo entre la Direction de l?ordre public et de la circulation, et la Direction de sécurité de proximité. Pourquoi ? On a créé, et vous savez que j?étais une des chevilles ouvrière de cette opération, la Direction de l?ordre public en 1999 pour éviter qu?en permanence les moyens de police soient détournés de leur mission de proximité pour aller à tout-venant sur des tâches, tantôt aller garder une ambassade, tantôt faire une escorte, etc. Il y a des métiers, il y a des filières.

La lutte contre la délinquance de proximité, la délinquance du quotidien et la moyenne délinquance est un métier. Vous le soulignez les uns et les autres. L?ordre public, la gestion des grands événements est un autre métier. Samedi, la Direction de l?ordre public a géré de mon point de vue remarquablement le grand événement qui était l?hommage populaire. Dans le même temps, elle a géré une manifestation extrêmement délicate de soutien aux prisonniers basques, une manifestation extrêmement sensible sur la place de la République dans le contexte actuel favorable aux Palestiniens, et d?autres encore.

Pendant ce temps, la Direction de sécurité de proximité a continué à animer le travail dans les arrondissements que l?on doit faire pour la lutte contre la délinquance au quotidien. Ce n?est pas le même métier et je tiens beaucoup à ce distinguo. Dire cela, ce n?est pas affaiblir ce lien que je souhaite renforcer entre les arrondissements et les élus, c?est au contraire le conforter. Cette dimension de l?organisation, je ne la changerai pas. Ce qu?il faut faire plus encore peut-être, c?est mieux associer à la connaissance locale les actions que mènent par ailleurs les services spécialisés, et dieu sait s?ils sont précieux. La Direction de la police judiciaire, c?est tout de même plus de 2.000 fonctionnaires et pas n?importe lesquels car on sait que c?est là que se trouve un peu la fine fleur de la police d?investigation dans notre pays. Il y a sans doute des efforts à faire pour avoir un meilleur échange d?informations et une meilleure connaissance de certaines situations. De même, la Direction du renseignement. C?est un atout extraordinaire qu?a la Préfecture de police, de mon point de vue, avec une Direction du renseignement unifiée qui couvre tout le spectre des activités qui se rapprochent. On le fait en lien parfait de ce que fait la Direction générale de la sécurité intérieure ; on a signé des protocoles, dans les réunions hebdomadaires, la D.G.S.I. est autour de ma table, jusqu?à ce que fait le renseignement territorial. Dans le contexte que l?on connaît, selon ma formule, il faut voir loin mais il faut voir très près : très loin pour voir ce qu?il se passe dans le monde, pour voir d?où vient la menace, mais c?est aussi voir très près pour voir les signaux faibles de radicalisation et de risque de passage à l?acte. Cette implication de la Direction du renseignement dans ce travail de proximité pour la détection des radicalisés est tout à fait essentielle. Comme je l?ai dit là aussi, sur les logiques de signalement, je ferai toujours retour aux élus de ce qui me parviendra.

Il faut des effectifs, bien sûr. Je confirme, vous le savez, que le quinquennat verra la création de 10.000 emplois pour la sécurité intérieure au sens large. Tout n'ira pas à la police nationale, il y a la part de la gendarmerie, il y aura bien sûr la part des services spécialisés de renseignement mais une bonne part, peut-être 4.000, 4.500 - les derniers arbitrages ne sont pas encore rendus -, iront à la Police nationale avec une priorité : la police de sécurité du quotidien.

Comme toujours, quand on crée des postes de policiers, il faut les recruter, il faut les former, il faut donc un certain temps entre le moment où la décision est prise et le moment où les fonctionnaires arrivent sur notre terrain. Sachez bien sûr que la Préfecture de police émargera à hauteur de ce qu'elle représente et mon ambition, ma priorité, c?est bien que ces effectifs viennent renforcer cette dimension de police de sécurité du quotidien, de police territoriale que j'évoquais tout à l'heure.

Quant aux moyens, je crois qu'il faut certes avoir conscience des difficultés qui sont les nôtres. Bien des efforts sont à conduire, j'en ai conscience, dans le domaine de l?immobilier. On essaie de faire le maximum pour accélérer le rythme des réparations dans nos garages en faisant de l'externalisation, en payant des heures supplémentaires, mais je veux quand même indiquer que, par exemple, les crédits dédiés aux travaux d'entretien sur le programme Police nationale vont augmenter cette année de 40 %.

Quant aux nouvelles technologies, il y a notamment les tablettes N.E.O. Le déploiement à Paris, c'est 6.500 tablettes et plus de 4.000 sont déjà arrivées. Mon souci, c?est que les fonctionnaires soient bien formés. Les fonctionnaires les utilisent et les premiers retours que j?ai déjà sont extrêmement encourageants en ce sens.

Quant aux effectifs, le niveau global est plus élevé au 31 décembre 2017 pour la Préfecture de police - 27.815 - qu'il ne l'était au 31 décembre 2015 - 27.426. Il n'y aura pas de nouvelle sortie d'école avant le mois de septembre mais voyez que nous sommes dans un contexte où les moyens sont largement préservés et confortés. Nous aurons devant nous à partir des sorties de septembre des marges de progrès.

Troisième grande série de sujets que vous avez évoqués et que j'avais moi-même un peu traités dans mon propos introductif ; ce sont les sujets qui touchent aux flux migratoires. La question de la plate-forme d'accueil des demandeurs d'asile est une question délicate. Ce matin encore, j'avais un échange téléphonique avec le président de "France Terre d'Asile" sur le sujet. J'ai tenu au moins une réunion à mon bureau. Nous y sommes présents tous les matins.

A la fois, il ne faut pas exagérer la présence des personnes demandeurs d'asile qui s'y pressent et il ne faut pas non plus sous-estimer les conséquences que cela représente pour les riverains. Il faut bien regarder cette réalité. Si nous pouvons, en effet, comme on l'avait dit ensemble lors de la réunion que j'avais tenue en septembre, trouver un site plus approprié qui permette notamment de créer un lieu d?accueil abrité et non pas un lieu d?accueil sur la voie publique, ce serait un grand progrès pour les demandeurs d'asile eux-mêmes, pour l'association qui les gère et bien entendu pour les riverains. Les élus des deux arrondissements du 10e et du 19e connaissent ma position sur ce sujet.

J'ai bien entendu ce qui a été dit sur le désir de République. Il n'y a pas de politique de gestion de flux migratoires, comme je l'ai dit en introduction, sans jouer à la fois de l'humanité et ce de qu'on appelle la fermeté. L'humanité, c?est accueillir ceux que l'on doit accueillir avec chaque fois la dignité nécessaire. Mais on ne peut pas non plus ignorer qu'il y a des règles de droit et que, selon qu?on soit dans un statut ou dans un non-statut, la situation doit être la même. Personne ne remet en cause la question du caractère inconditionnel de l'hébergement, qui est d'ailleurs inscrit dans une loi depuis 2007 ou 2006, si je me souviens bien. En revanche, il est du devoir des autorités de l'Etat de regarder quelles sont les situations administratives des uns et des autres pour en tirer les conséquences.

J'ai indiqué les chiffres ; je les assume complètement. Jusqu'à un passé assez récent, on prêtait assez peu attention à la situation des demandeurs d'asile relevant du statut de Dublin. Cette année, nous avons mis en ?uvre des procédures ; elles sont compliquées mais nous avons pu faire réadmettre dans les pays voisins, dans les pays de l'Union européenne, 900 personnes de la sorte. Il est vrai par ailleurs que nous avons amélioré l'efficacité des politiques de reconduite. C'est cet équilibre qui permet à notre pays, dans la durée, de faire face à ses obligations. Il y aurait bien d'autres points ponctuels.

Madame la Maire, je suis prêt à répondre à la traduction écrite des questions plus pointues qui ont été posées.

On délivre des repas "bio", Monsieur le Conseiller. C'est dans le marché que nous passons avec l'entreprise qui fait la restauration. Les immeubles que nous construisons, que ce soit sur les crédits d?Etat ou sur les crédits que vous votez ici en Conseil de Paris, sont tous aux normes H.Q.E., cela va de soi.

En tout cas, merci de vos interventions. Par avance, merci de votre soutien ; nous tâcherons tous d'en être dignes.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Préfet de police, merci pour ce débat. Il y a d?abord beaucoup de franchise, de courtoisie, de respect.

Je pense que le travail que nous conduisons au quotidien avec vous et avec vos équipes nous permet justement de nous dire les choses et d'échanger, y compris parfois avec des points de vue différents. Nous n'allons pas engager un débat ici sur la situation migratoire et sur l'alerte faite par les grandes associations humanitaires vendredi dernier, mais nous aurons bien sûr l'occasion d'y revenir.

Il y a en effet un trouble et, je pense, une inquiétude réelle également partagée sur les bancs de cette Assemblée, mais je veux vous dire, Monsieur le Préfet, que la façon dont on travaille est, je crois, la bonne façon. En tous les cas, il n'y a pas de sujet tabou entre nous, il y a une volonté affirmée de l'ensemble des élus de Paris de soutenir la police, de faire confiance à la Police nationale et je vous remercie aussi des conditions dans lesquelles nous pouvons travailler ensemble, toujours avec énormément de respect et de professionnalisme. Merci à vous.

Mes chers collègues, nous allons débuter dans quelques instants le vote de notre budget. Je vous demande juste une petite minute de suspension, afin que chacun puisse détendre ses jambes et revenir, mais dans une minute, n'est-ce pas ? Merci beaucoup.