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Decembre 2017
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Conseil Municipal
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Discussion budgétaire - Audition des orateurs. (Suite).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2017


 

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - La parole est à M. Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, j'interviendrai sur deux points. Le premier concerne le Centre de santé Richerand et l'Institut de Victimologie ; le second concerne la création d?une cité des droits des femmes.

Premier point. Plusieurs v?ux ont été adoptés en faveur de notre demande d'implanter l'Institut de victimologie dans le centre Richerand. En effet, Paris a besoin de répondre plus fortement à l'augmentation des besoins de prise en charge psychologique des victimes d'attentats, des femmes et enfants victimes de violences. Si l'Institut de Victimologie, avec son centre de psychotrauma s'inscrit pleinement dans la réponse à ces besoins, il est actuellement implanté dans des locaux non adaptés pour les usagers, notamment avec une majorité de bureaux de consultation situés en sous-sol. Ceux-ci sont exigus et ne permettent pas d'augmenter l'offre de consultations permettant de répondre à l'ensemble des demandes identifiées ces dernières années.

C'est dans ce cadre que l'Institut de Victimologie de Paris a tissé un partenariat avec le Centre de santé Richerand, partenariat qui pourrait - nous l'appelons de nos v?ux - se concrétiser par l'accueil du centre de psychotrauma dans les locaux du centre de santé situé dans le 10e arrondissement. Le partenariat entre le centre de santé et le centre de psychotrauma de l'Institut de Victimologie encouragerait les synergies entre les projets de santé et permettrait d'offrir un parcours de soin complet aux usagers.

Le projet du centre prévoit de créer une maison médicale de garde, d'instituer des visites à domicile et d'organiser des services innovants de type ville/hôpital avec les hôpitaux partenaires, Saint-Louis, Lariboisière, l?A.P.-H.P., etc. De plus, nous considérons que le choix innovant d'ancrer la gestion du centre dans l'économie sociale et solidaire, en transformant le centre de santé en coopérative sous le statut de S.C.I.C., est un atout.

Il est de la responsabilité de la Ville de trouver une implantation plus adaptée à l'Institut de Victimologie. Ne passons pas à côté de cette opportunité de leur permettre de répondre au mieux au besoin des victimes. Ce n'est pas quand une urgence se présentera qu'il faudra se demander comment faire pour répondre à tous les besoins. La politique municipale doit pouvoir prévoir l'offre de soins à Paris et offrir les meilleures conditions de leur accès à toutes et tous.

L'actualité nous rappelle que mal ou pas soignées, les conséquences psychologiques de ces événements représentent un danger pour les victimes en termes de santé, avec des risques de chronicité, des troubles post-traumatiques, l'installation de multiples pathologies comorbides parfois invalidantes. Après les événements terribles que nous avons connus ces dernières années, nous pensons qu'il est nécessaire d'apporter un soutien financier à l'Institut de Victimologie.

Par ailleurs, le plan d'investissement de mandature prévoyait de créer un centre de santé à l'Hôtel-Dieu. Aujourd'hui, ce projet a semble-t-il été abandonné, mais la dépense de 5 millions d'euros avaient été prévue au P.I.M. Il serait légitime d'orienter la totalité de ces crédits, ou du moins une partie, vers ce projet qui répond parfaitement aux problématiques de santé du Nord-Est parisien.

Mon second point concerne un projet partagé depuis le 8 mars 2002, date de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, lors de laquelle M. le Maire Bertrand DELANOË et Mme Anne HIDALGO alors Maire adjointe à l'égalité femmes/hommes de Paris, avait annoncé la création d'un espace culturel dénommé à l'époque Cité des femmes. Aujourd'hui, je le sais, Mme Hélène BIDARD à son tour adjointe à la Maire de Paris en charge de l'égalité femmes/hommes se déclare également favorable à l'ouverture d'un tel lieu.

Personne ne peut nier que la création d'une Cité des droits des femmes à Paris serait un engagement fort, symbolique et utile. Cela résonnerait dans le monde entier. Des lieux existent dans des villes avec lesquelles la Maire de Paris et ses adjoints échangent des expériences et pratiques politiques novatrices, comme Amazone à Bruxelles ou The Women?s Building à New York. De plus, l'étude de préfiguration approfondie menée par la Fondation des femmes pour la Mairie de Paris démontre la viabilité financière, la pertinence politique et l'utilité associative d'un tel projet.

Cette Cité des droits des femmes serait un lieu qui améliore structurellement le tissu associatif en offrant aux associations des possibilités pour les aider à innover et des synergies pour se développer, et à lutter contre la précarité des moyens associatifs au regard, notamment, de la suppression des contrats aidés. Les citoyens, les associations, les acteurs économiques, sociaux et politiques se retrouveraient pour promouvoir l'égalité femmes/hommes. Favorisant la connaissance et le partage culturel, la Ville pourrait engager l'intégration de la bibliothèque Marguerite-Durand qui bénéficierait de l'émulation d'un tel lieu. En effet, si nous nous sommes réjouis, ainsi que les associations, que la bibliothèque ne déménage pas dans des lieux inadéquats, nous pensons qu'elle pourrait s'épanouir d'autant plus dans une cité du droit des femmes. Nous savons que tout le monde aurait à y gagner. Notre cité nous donnerait un sentiment à la fois de fierté et de travail accompli.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à M. Jean-Pierre LECOQ.

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, je vais vous dire quelques mots sur les chapitres consacrés à l'éducation.

Sur ce chapitre, sur ces chapitres, nous restons sur une épure comparable au budget 2017, avec 745 millions d'euros de dépenses de fonctionnement et 173 millions d'euros en investissement, la part dédiée à l'enseignement supérieur diminuant notamment en fonctionnement. Au sein de ces grandes masses, les évolutions des dépenses ligne par ligne sont modestes en raison de leur faible élasticité.

On notera, néanmoins, la baisse des crédits consacrés à la restauration scolaire qui, passant de 74,5 millions d'euros à 72,5, diminuent de 2 millions d'euros. Une baisse paradoxale imposée par ce fameux dialogue budgétaire noué avec chaque caisse. On peut s'en féliciter, notamment lorsqu?on se rappelle des déficits considérables affichés par certaines caisses de l'Est parisien tout en s'étonnant des économies faites, alors que les objectifs en matière d'alimentation durable n'ont jamais été aussi élevés.

Disons-le tout de suite : les objectifs de transparence et de clarté qui sont célébrés sur tous les bancs de notre Assemblée trouvent, à travers ce dialogue budgétaire, un champ d'application idéale.

Tout en remerciant le nouvel adjoint de son écoute, je lui demande d'envisager, pour 2018-2019, une mise à plat complète des relations de la Ville avec chaque caisse, appréhender réellement leur situation financière, leur mode de gestion et, pourquoi pas, leurs bonnes pratiques ? Connaître l'état de leur cuisine, avec les investissements réalisés et ceux qui seraient nécessaires. Révéler les taux d'impayés, ce qui n'est pas scandaleux. On peut avoir des taux d'impayés dans chaque arrondissement. Simplement, il y a un moment où il faut, effectivement, réagir. Notre collectivité gagnerait donc à cet effort qui illustrerait parfaitement le rapport annuel sur les caisses qui nous a été annoncé pour la fin de l'année prochaine.

Mes chers collègues, aborder ce budget 2018, c?est aussi se soucier de la démographie scolaire et de l'hémorragie préoccupante qui affecte le premier degré parisien ainsi que les collèges. Chaque année, depuis 6 ans, ce sont 2.000 à 2.500 élèves qui manquent à l'appel, ce qui, alors que se profile la définition de la prochaine carte scolaire, pourrait se traduire par la suppression de plusieurs centaines de postes d'enseignants, voire des fermetures d'école. Pour des raisons objectives liées au calendrier électoral, vous le savez, aucune mesure n'est intervenue l'année dernière, repoussant à cette année, c'est-à-dire au début de l'année 2018, les décisions à prendre.

Les prochains CDEN seront donc l'occasion de revoir la carte des écoles parisiennes, aujourd'hui trop nombreuses, et déterminer, par exemple, celles qui pourraient servir pendant l'année pour accueillir les élèves des groupes scolaires faisant l'objet de restructuration. Car nous savons que beaucoup de travaux ne peuvent pas avoir lieu dans les écoles parce que le temps scolaire et le temps des vacances n'est plus suffisant pour les mener à bien. Les problèmes rencontrés place du Cardinal-Amette, dans le 15e arrondissement, ainsi que la nécessité de mener des travaux lourds, je le disais, dans de nombreuses écoles, plaide pour cette solution de bon sens. Il en résultera, d'ailleurs, des économies potentielles et une meilleure gestion de l'immobilier scolaire parisien.

S'agissant du second degré, permettez-moi de souligner la baisse prévue des crédits dévolus aux cités scolaires, alors que la Région Ile-de-France, vous le savez, relance massivement les investissements dans ces lycées.

J'achèverai mon propos en vous redisant notre souhait que la Ville réfléchisse véritablement à une évaluation sérieuse de la politique des rythmes scolaires, alors que 40 % des communes françaises les ont abandonnés en septembre dernier et que l'on nous annonce que 80 % le feront en septembre 2018, Paris ne peut pas être le dernier des Mohicans se drapant dans son superbe isolement, alors que de nombreux conseils d'école font l'objet de discussions passionnées et de votes hostiles au maintien de la réforme. Vous m'avez compris.

Quand comprendrez-vous, en tout cas, que cette réforme a contribué à alimenter la fuite vers le privé ? A défaut de l'abroger rapidement - je parle de la réforme -, il est de votre devoir d'y réfléchir.

Je vous remercie, mes chers collègues, Madame la Maire.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur le Maire.

La parole est à Mme Olga JOHNSON.

Mme Olga JOHNSON. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, je me concentrerai sur la cohésion sociale et l'intégration dans les quartiers les plus fragiles, sujet sur lequel l'Etat intervient depuis 1977 auprès des collectivités. Depuis cette date, les plans et dispositifs se sont succédé. Les outils, souvent variés, et les crédits affectés ne parviennent pas suffisamment à résorber les difficultés socio-économiques des quartiers les plus pauvres, en dépit de tous les efforts des parties prenantes et des différents acteurs très engagés. Paris a beau être une des villes les plus riches du monde, les situations de précarité économique et d'exclusion sociale touchent de nombreuses familles et de nombreux quartiers.

Le défi de la politique de la ville est d'enrayer la pauvreté et l'exclusion sociale par un travail auprès de ces publics en matière d'intégration, par la maîtrise de la langue, le travail, l'accès à la culture, un travail sur le cadre urbain et les grands ensembles qui le composent, souvent dégradés, et un appui au développement économique.

D'une année sur l'autre, nous renouvelons les subventions de fonctionnement aux associations, intervenant principalement dans les champs socioéducatifs pour un montant stable de 4 millions d'euros, et le financement de près de 200 médiateurs sociaux pour 2,7 millions d'euros. La Ville flèche même 25 % de son programme d'investissement de la mandature pour rénover le cadre urbain. Malgré tout cela, dans de nombreux quartiers politiques de la ville, les problèmes d'hygiène, de propreté des rues, de l'habitat ne sont pas résolus. L'insécurité règne également, bien sûr. De plus, le chômage reste à un niveau excessivement élevé et la mixité sociale n'arrive pas à s'imposer. Est-ce une question d'objectifs, de stratégie, de moyens ? Quels ajustements permettraient de renforcer l'action des associations pour atteindre les objectifs ?

Quelles sont les actions qui marchent, celles qui ne marchent pas. La politique de la ville, et notamment le premier pilier sur la sécurisation des parcours, mobilise beaucoup d'associations qui font un très beau travail d'accompagnement de personnes suivies par les associations d'aide à l'emploi, à la formation et à l'insertion professionnelle.

2 millions d'euros pour 2017. Combien ont retrouvé un travail ou sont sortis des minima sociaux ? Je pense que nous devrions tous ensemble travailler à une étude d'impact quantitative et qualitative. La rencontre, récemment, des acteurs de la politique de la ville à Roubaix - c'était le 8 décembre dernier - a permis de mettre en lumière des solutions innovantes sur le territoire national, pour l'emploi notamment, qui était le sujet du jour, dont nous pourrions nous inspirer, que nous pourrions mutualiser. Et je sais que Colombe BROSSEL est très engagée. On en parle régulièrement.

Les résultats les plus tangibles concernent la rénovation urbaine qui constitue un facteur déterminant du développement de ces quartiers, car il favorise son attractivité économique et résidentielle, et nous savons qu'il n'y a pas de politique sociale sans développement économique.

25 % des investissements réservés aux quartiers populaires : je m'en réjouis. 53 millions d'euros sont consacrés à la construction de logements sociaux, pour le coup, alors que Paris en compte déjà près de 50 % et que nous savons qu'hélas, ils ne participent plus à la mixité sociale ni à l'attractivité résidentielle auprès des classes moyennes. Est-ce qu?il ne vaudrait pas mieux augmenter les investissements sur des équipements sportifs et culturels supplémentaires pour une plus grande égalité des territoires ?

Ce qui est certain, c'est que notre groupe sera attentif au bilan à mi-parcours qui sera présenté en 2018 sur la politique de la ville et aux propositions qui seront faites pour que la politique de la ville gagne encore en efficacité, pour consolider notre pacte de solidarité, plus que nécessaire pour renforcer le lien social dans notre ville.

S?occuper de la France qui souffre est un impératif que nous devons tous partager.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Mme Karen TAÏEB, pour le groupe Socialiste.

Mme Karen TAÏEB. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je souhaitais intervenir sur le budget dédié à notre action en faveur des personnes en situation de handicap. Un budget qui sera en hausse en 2018 de près de 10 millions d'euros, avec 258.027.679 d'euros en dépenses de fonctionnement, dont 160 millions en frais d'hébergement, 76.400.000 pour la P.C.H. et l'A.C.T.P., les deux prestations qui permettent l'autonomie, et 12.914.516 pour l'accueil de jour.

Un budget également de 16.849.596 euros en dépenses d'investissement, là encore c'est plus 3.676.596 euros, avec notamment une augmentation de 32 % par rapport au budget 2017 pour la mise en accessibilité des équipements sportifs, des établissements de santé, des collèges autonomes et de l'Hôtel de Ville. Une hausse qui vient en écho à notre stratégie handicap inclusion et accessibilité universelle 2017 - 2021. Ce dont nous pouvons nous féliciter.

En matière de création de places dans les établissements sociaux et médico-sociaux, 325 places en foyer, 74 places en service ont été créées ou transformées depuis le début de la mandature. Cela va continuer avec, d'ici la fin du mandat, 376 places en établissement et 270 places de services médico-sociaux créées pour endiguer les départs trop nombreux aujourd'hui encore en Belgique.

A côté de ces chiffres, il ne faut jamais oublier les personnes qui sont en attente à juste titre de cette ville inclusive que nous défendons et dont nous voulons dessiner non seulement les contours, mais également les détails, car c'est sans doute dans les détails que nous améliorerons la vie de chacune et de chacun.

Il y a quelques jours, j'ai reçu en mairie du 4e arrondissement, une jeune femme de 45 ans, qui malgré son handicap moteur de naissance, mais grâce à l'amour de ses parents et ce que la société a pu lui donner a su se construire, malgré les innombrables difficultés du quotidien, une véritable vie.

C'est une femme dynamique, pleine de volonté, qui se bat, elle vit seule dans son appartement, travaille à temps complet, gagne un salaire et bénéficie d'aides liées à son handicap, ce qui lui permet de payer son loyer, mais aussi ses loisirs, ses petits plaisirs, et des soins comme la coiffure, car quand on est handicapé moteur comme elle dit, il est difficile de se laver les cheveux seul, une pédicure, une psychologue, une aide pour le ménage.

Mais voilà que son bailleur a décidé de doubler son loyer et qu'elle n'a d'autre choix que de partir, ne pouvant évidemment assumer ce surloyer qui viendrait grever drastiquement son budget autonomie.

Ce qu'elle attend de nous, ce qu'elle attend de sa ville, c'est de l'aider à pouvoir continuer à vivre dans son arrondissement, près de sa mère dont elle a évidemment besoin, près des commerçants qu'elle connaît, à poursuivre sa route.

Cet exemple raconte la vie de nombreux Parisiens et Parisiennes, qui doivent pouvoir trouver une réponse personnalisée de projets de vie.

Ne laisser aucun usager sans solution est, rappelons-le, un des points forts de la stratégie 2017 - 2021. Pour cela, nous devons multiplier les logements accessibles dans le parc social, continuer notre politique de mise en accessibilité de tous les lieux de vie et de culture, de tous les bâtiments publics, de tous les lieux de soins, multiplier les moyens de transport accessibles et faire en sorte que chacun et chacune trouve sa place depuis la crèche jusqu'à l'université, car la scolarité, tout comme le travail, sont des droits.

Je veux remercier Bernard JOMIER, qui a initié avec la Maire de Paris cette stratégie, et encourager le nouvel adjoint en charge du handicap, Nicolas NORDMAN, à aller toujours et encore plus loin.

La stratégie 2017 - 2021 est notre feuille de route. Elle nous engage à :

- améliorer la qualité de l'information ;

- poursuivre et accélérer la mise en accessibilité du logement social pour les personnes handicapées, et la population vieillissante en raison de l'allongement de la vie ;

- renforcer la capacité d'accueil dans les établissements scolaires, accompagner vers l'emploi et donc vers l'autonomie, diagnostiquer le plus précocement possible le syndrome autistique.

J'ouvre une parenthèse pour vous signaler une très belle exposition de photos et textes de SOS Autisme France sur les grilles de l'Hôtel de Ville, côté Rivoli. Oui, il y a encore beaucoup à faire si l'on veut faire de Paris cette ville inclusive, exemplaire, une ville tout simplement facile à vivre pour les handicapés. Ce qui me rassure aujourd'hui et nous le voyons dans la plupart des commissions, c'est que la question du handicap n'a plus besoin d'être posée. Elle est le plus souvent actée. Mais lorsque ce n'est pas le cas, nous nous devons de le rappeler. Nous n'avons plus le droit de passer à côté de solutions simples, qui deviennent compliquées quand on n'a pas anticipé.

Le meilleur moyen pour éviter les écueils est d'associer les personnes concernées ou leurs représentants associatifs familiaux à tous nos projets. C'est le cas notamment pour la place de la Bastille pour laquelle j'avais demandé, lors d'une réunion de travail, qu'une réflexion collective et transversale puisse se faire entre les différentes associations de piétons, de personnes malvoyantes, de personnes en fauteuil, de cyclistes avec l'Opéra Bastille comme avec l'hôpital des Quinze-Vingts.

C'est cela la ville inclusive, une ville qui donne la parole à chacun pour éviter de parler, d'imaginer, de créer à la place de l'autre et parfois oublier ce qui lui est essentiel.

Les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 vont nous permettre d'aller plus loin. En montrant l'exemple, Paris sera une ville encore plus belle, car plus accessible et plus généreuse.

On le sait aujourd'hui, comme le dit souvent la Maire de Paris pour d'autres sujets, notamment celui de l'environnement, que les villes, et Paris en première ligne, jouent un rôle capital, précurseur en anticipant par des politiques audacieuses des politiques fondamentales.

Pour le handicap, soyons là encore force de proposition, ce budget est en augmentation, il était important de le souligner et de nous en féliciter. Continuons sur cette voie exponentielle.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à M. Didier LE RESTE, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Madame la Maire.

J'interviendrai sur trois points. Le premier concerne un engagement de campagne de la majorité municipale, qui était de créer un Conseil économique, social, environnemental parisien. Celui-ci a été acté le 30 juin 2015 en tant que Conseil des générations futures.

Comme vous le savez, c'est une instance de concertation paritaire, consultative, indépendante, qui a pour vocation de renouveler, enrichir le dialogue social territorial, en associant toutes les composantes de la société parisienne.

Le Conseil des générations futures peut être saisi par 5.000 Parisiennes et Parisiens par l'intermédiaire d'une pétition, s'autosaisir ou être saisi par les groupes politiques, la Maire de Paris, et le médiateur de la Ville.

Il a donc vocation à devenir un lieu où le Paris du futur peut être débattu et réfléchi avec des membres représentatifs de la société civile parisienne. La crédibilité de cette instance réside dans l'intérêt que lui porte la Ville de Paris et dans les suites réservées à ses travaux. De ce point de vue, il convient d'indiquer que plusieurs commissions ont été mises en place et travaillent sur des sujets dont elles ont été saisies.

Le Conseil des générations futures devrait présenter le produit de ses travaux devant notre Conseil au début de l'année prochaine.

Pour l'année 2016, le Conseil des générations futures disposait d'un budget de 50.000 euros, qui a été réduit à 40.000 euros en 2017. Et celui-ci pourrait être réduit à 30.000 euros pour l'année 2018. Ce choix est difficilement compréhensible si l'on entend mener à bien les missions de réflexion prospective sur les sujets urbains structurants pour l'avenir de la capitale.

Le Conseil a besoin d'être doté de moyens suffisants. Nous demandons donc le rétablissement de cette subvention à 50.000 euros.

Le deuxième point porte sur la nécessité de développer l'offre de transports publics, et la priorité donnée par la Ville de Paris aux investissements dans les quartiers populaires. Je voudrais parler en particulier de la fusion des lignes 3 bis et 7 bis du métro, inscrite au schéma directeur de la région Ile-de-France, qui permettrait une bien meilleure efficacité de ces deux axes.

Les premières études réalisées récemment ont révélé tout l'intérêt de cette liaison, en particulier pour désaturer la ligne 11, prolongée à Rosny-Bois-Perrier. De ce fait, nous demandons une autorisation de programme de 50.000 euros, et des crédits de paiement de 50.000 euros pour la réalisation d'une étude exploratoire sur cette fusion.

Enfin, je voudrais finir par l'importance des taxis dans la politique de mobilité d'une ville comme Paris, complémentaires à l'usage des transports en commun, et donc alternatifs à la voiture individuelle.

Une réunion de travail a réuni les organisations professionnelles des taxis et la Mairie de Paris, le 17 juillet 2017.

Celles-ci ont fait mention d'une absence préjudiciable de modernisation des bornes de taxis, pourtant promise à plusieurs reprises.

En effet, les bornes d'appel taxis doivent être modernisées, afin de garantir l'accessibilité pour les demandeurs, singulièrement de ceux, personnes âgées, clients occasionnels, qui en ont le plus besoin.

La version 2 de l'application "Paris taxis" ne constitue qu'un complément au réseau des bornes d'appel taxis et ne peut se substituer à ces bornes.

Notre groupe avait fait adopter un v?u en mai dernier pour un service de taxis de qualité indiquant que les engagements pris devaient être tenus comme la modernisation des bornes et des stations.

Ainsi, nous demandons que la somme nécessaire à cette modernisation soit budgétée.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur LE RESTE.

La parole est à Mme Valérie MONTANDON.

Mme Valérie MONTANDON. - Merci, Madame la Maire.

En matière de politique du logement, ce budget 2018 incarne votre marque, et puisqu'il se situe à mi-mandat, il prolonge également un bilan aux effets désastreux et auxquels vous donnez cette année encore une impulsion tout aussi négative.

Un constat s?impose : vous avez organisé la pénurie de logements à Paris. C?est une politique principalement ciblée sur le tout social, au détriment de ce qui concourt à la prospérité et au rayonnement de notre Capitale, c?est-à-dire une offre à la location comme à l?achat, répondant notamment à la demande des classes moyennes.

Ceci est vérifiable à travers trois axes de votre politique.

Le premier axe, c?est toujours plus de préemptions coûteuses, d?achats de logements déjà occupés. Les chiffres parlent d?eux-mêmes, ce sont les vôtres, enfin du moins quand vous ne décidez pas de nous priver pour préparer convenablement ce débat du bleu budgétaire logement. Le montant des acquisitions immobilières a explosé entre 2014 et 2017, passant de 71 millions à 180 millions d?euros. Et en 2018 sur 174 millions de compte foncier, vous prévoyez au moins 142 millions pour les préemptions de logements.

Je n?oublie pas le droit de préemption urbain renforcé, vieille recette communiste d?après-guerre pour imposer, comme vous l?avez si bien défini, la mixité sociale à l?échelle de la cage d?escalier, et imposer ainsi une gestion de logement social au sein des copropriétés privées. Tout est donc bon pour décourager les investisseurs et déstabiliser le marché de l?immobilier.

Le deuxième axe, c?est toujours plus de conventionnement de logements libres au sein du parc social. Vous avez ainsi intensifié ces opérations, plus de 10.000 depuis 2014 et encore 2.600 logements rien qu?à cette séance, notamment dans le 12e arrondissement. Des conventions, je le rappelle, qui ne créent pas un seul logement supplémentaire pour les Parisiens et qui accélèrent le départ des classes moyennes de la Capitale.

La deuxième étape de ces opérations est tout aussi critiquable. C?est que vous imposez aux bailleurs sociaux de capitaliser des loyers sur 60 ans, permettant à la Ville pour renflouer les dérapages constants de son budget de fonctionnement, alors qu?il s?agit en fait de recettes d?investissement, d?encaisser plus de 860 millions sur trois exercices budgétaires incluant celui de 2018 qui rapportera 225 millions d?euros.

Cette fuite en avant est irresponsable. Elle comporte des effets particulièrement dommageables pour les bailleurs de la Ville et pour les locataires du parc, car vous privez ainsi les bailleurs d?une trésorerie et d?une capacité d?emprunt pour investir efficacement au service de la qualité de vie du parc social et de ses locataires. Il n?y a donc pas que les baisses des A.P.L. du Gouvernement qui pénalisent les bailleurs, il y a aussi votre politique.

Enfin le troisième axe, c?est toujours plus de financements déséquilibrés de logements vers le logement très social. A cet égard, cette séance est très illustrative, je dirais même qu?elle est "collector" ! C?est 80 % de production vers le très social contre 20 % seulement en P.L.S., et seulement 126 logements intermédiaires pour vous donner bonne conscience, alors que le Plan local de l?habitat en prévoyait plus de 3.000 sur la mandature. On est donc bien loin du compte. Quant à l?accession à la propriété, elle est quasiment au point mort, et la mobilité au sein du parc social est bloquée et stagne à 4,5 %.

Je ne résisterai pas à vous livrer les propos d?un maire d?une ville de 52.000 habitants, qui est toute proche de Paris, et qui dit les choses clairement et sans démagogie, et dont vous devriez d?ailleurs vous inspirer pour infléchir en profondeur votre politique. Je le cite : "Il faut arrêter de penser que plus on fait du logement social, plus on protège les gens. C?est l?inverse, plus on en fait et plus on favorise la pénurie des logements privés et donc les loyers du parc privé explosent".

Et j?ajouterai l?analyse complémentaire de la Fondation Abbé Pierre, peu suspecte, n?est-ce pas, de positionnement anti-logement social, qui estime que, je cite encore : "Faute de logements intermédiaires, le social est embouteillé. Les gens ne pouvant en sortir, tout se bloque et les parcours résidentiels ne peuvent se faire". Fin de citation.

Alors, mes chers collègues, il est grand temps de changer de politique du logement pour répondre enfin à cette priorité des Parisiens par des dispositifs équilibrés, bien gérés et correspondant aux réalités de nos arrondissements. Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à M. Jean-Baptiste MENGUY.

Il n?est pas là, alors à Mme Agnès EVREN.

Mme Agnès EVREN. - Merci.

Je vois que la nuit a porté conseil et que le cri d?alarme porté dans "Libération" par les plus grands noms de l?art contemporain, notamment Daniel BUREN, Pierre PAULIN ou encore Christian BOLTANSKI, ont porté leurs fruits et ont ramené la Ville à la raison sur les conséquences inéluctables de la suppression de la subvention au Fonds régional d?art contemporain.

Alors, je vous dis merci pour ce geste. Néanmoins, ce rétropédalage, réalisé en catimini entre deux lignes budgétaires rectificatives, révèle votre manque d?ambition et d?engagement quant à l?avenir du Fonds régional d?art contemporain et de son espace d?exposition, "le Plateau", situé, comme tout le monde le sait, dans le 19e arrondissement de Paris.

Car en baissant la subvention d?année en année et de manière inéquitable, c?est bien la disparition inéluctable "du Plateau" que vous êtes en train de programmer. En 2016 déjà, le F.R.A.C. avait vu sa subvention municipale baisser de 40.000 euros, plus 45.000 euros au budget 2018 et, au global, une amputation de 85.000 euros de subvention.

Historiquement, je le rappelle, "le Plateau" est le fruit d?un combat citoyen mené par une association de riverains qui s?était opposée à un programme immobilier résidentiel et s?était battue pour que ce lieu devienne un espace d?art contemporain à l?Est de Paris. Depuis, "le Plateau" est devenu un lieu incontournable de l?art contemporain avec une programmation ambitieuse et un rayonnement international qui a révélé nombre de talents français et internationaux à un public parisien. Aujourd?hui, "le Plateau" est visité gratuitement, j?insiste, par 40.000 personnes par an, dont 7.000 élèves, collégiens et lycéens parisiens, dois-je le préciser.

Vous aviez évoqué, Monsieur JULLIARD, une réorientation des missions du F.R.A.C. pour justifier d?abord la suppression et finalement la baisse des subventions, alors que le directeur du F.R.A.C., qui ne peut être soupçonné d?être de droite, l?a démenti dans "Libération", en disant, je le cite : "Les missions antérieures sont toujours assurées avec une augmentation de 240.000 euros supplémentaires de la Région pour embaucher des C.D.D. et assurer la médiation au sein des expositions et financer la "Flash Collection". En effet, je le rappelle, grâce à cette opération "Flash Collection" pour laquelle la Région a donc augmenté la dotation du F.R.A.C., une malle itinérante contenant les ?uvres du F.R.A.C. va circuler dans 50 lycées professionnels notamment pour faire découvrir l?art contemporain à toute notre jeunesse.

J?ajoute que seule la Région Ile-de-France a donné une subvention de 305.000 euros pour permettre l?acquisition des ?uvres, et ni la Ville ni l?Etat n?ont octroyé de subventions pour l?acquisition de celles-ci.

A la Région Ile-de-France, nous avons la conviction que la culture n?est pas une variable d?ajustement mais bien un secteur stratégique, et c?est pourquoi notre budget a augmenté de 12,5 % depuis notre arrivée. C?est 10 millions de plus par an pour les acteurs culturels.

En conclusion, nous demandons à la Ville, nous demandons à Mme HIDALGO, avec Florence BERTHOUT, présidente du F.R.A.C., de ne pas mettre en danger le soutien de la Ville "au Plateau". Votre désengagement revient à porter atteinte au rayonnement de la culture à Paris, et revient également à toucher à un symbole de démocratisation culturelle. Quel paradoxe pour la gauche alors qu?il s?agit d?un lieu de diffusion de la culture auprès des publics qui en sont les plus éloignés ! Alors que les inégalités d?accès à la culture se sont accrues, il nous faut impérativement faire le pari éducatif et créatif, et bannir l?entre-soi de la culture au profit de l?action collective et du partage.

Enfin, je voudrais dire que le sectarisme n?est jamais la meilleures des choses dans le domaine de la culture. Et il vous faut sortir de cet esprit partisan pour que vive ce formidable lieu de culture qui contribue à la vie artistique de toute une ville et dans un quartier populaire.

Et comme le disait André Malraux : "La culture ne s?hérite pas, elle se conquiert". Je vous invite donc à méditer cette citation dans l?intérêt des Parisiens et des Parisiennes.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à M. Geoffroy BOULARD.

M. Geoffroy BOULARD, maire du 17e arrondissement. - Madame la Maire, depuis ce matin, j?ai le sentiment partagé par de nombreux collègues du groupe les Républicains et Indépendants de devoir répéter chaque année la même chose, à savoir que nous n?avons pas les mêmes priorités pour les Parisiens, tant pour leur vie quotidienne que pour la résolution des problèmes auxquels ils font face.

Ainsi, nous vous demandons de faire un effort sur la sécurité. Un exemple : la suppression du soutien de la Ville au Groupement parisien inter-bailleurs de sécurité en 2018 et vous parlez, Monsieur GRÉGOIRE, ce matin dans la presse, de prioriser votre budget sur le logement. Ce dispositif inter-bailleurs est plébiscité par la population parce qu?il intervient en dehors des heures de service et en complément de la police. J?ai d?ailleurs pu assurer à différents bailleurs mon plein soutien à ce dispositif. Au lieu de tenter de le supprimer purement et simplement, pourquoi ne pas amplifier son action ?

Sur la propreté, autre illustration, la Direction de la Propreté et de l?Environnement a perdu depuis 2001 plus de 1.100 agents. Les rues de Paris sont de plus en plus sales, donc nous demandons le recrutement d?au moins 250 agents ainsi qu?un crédit de 5 millions d'euros supplémentaires pour permettre le maintien de la propreté de rue en journée. En bref, avec la perspective des Jeux olympiques, est-il superflu, Madame la Maire, d'être attentif à la tenue de notre ville ? Je ne pense pas, en effet, que ce sont ces deux budgets qui grèvent les finances de la Ville. Vous en réduisez chaque année la voilure. Et ce sont bien vos choix contestables sur vos priorités, par exemple, les préemptions brutales de logement à prix d'or qui ne créent aucun logement supplémentaire, et je ne parle pas du tour de passe-passe irresponsable sur les loyers capitalisés.

Nous savons que les électeurs vous jugeront sur les dérapages budgétaires qui sont légion depuis 2001. Sur votre budget nous sommes dubitatifs. Les Parisiens trancheront en 2020 sur la base d'une dette de près de 7 milliards et demi d'euros.

Je voudrais également attirer votre attention sur l'attractivité économique de notre Capitale. Le reconnu "think tank" l'I.F.R.A.P a rendu public, la semaine dernière, un rapport sur l'attractivité de Paris concernant les "start-up", et croyez-moi, vous feriez bien d'y jeter un ?il.

Si Paris est le premier vivier mondial en termes de talents, c'est-à-dire en termes de potentiel de "start-up", elle est seizième sur vingt concernant l'écosystème propice à leur développement. A titre de comparaison, Londres est troisième.

Quelles réponses concrètes apportez-vous à cela ? Nous demandons, depuis des années, une politique réorientée vers les arrondissements qui pourvoient le plus à la création d'entreprises dans la Capitale. Garder et faire grandir les jeunes pousses dans Paris est une priorité.

Je ne vous accablerai pas des choix budgétaires nationaux qui ne sont pas de notre ressort, même si vous ne pouvez pas vous exonérer des choix du quinquennat HOLLANDE que vous avez cautionnés.

Je me permets quand même d'émettre des doutes sur les incitations qui peuvent être mises en place par votre budget. Au lieu de l'ambition qui est celle de créer un écosystème favorable à la nouvelle économie, vous envoyez des signaux négatifs comme la baisse de dotation à l'E.S.P.C.I., cette école importante gérée par la Ville de Paris pour la formation des nouveaux ingénieurs.

Deux chiffres sont très parlants : les "business angels" représentent 1,7 % du P.I.B. français contre 4,4 % du P.I.B. au Royaume-Uni. Il y a trois licornes en France contre 18 au Royaume-Uni.

A quand, Madame la Maire, un grand plan de financement volontariste des "start-up" à Paris, en lien avec les institutions nationales comme "Bpifrance" ou la Métropole du Grand Paris qui s'engage dans cette voie. Je ne veux pas être négatif, mais il est grand temps, Madame la Maire, que vous preniez conscience que Paris accuse, sous votre administration, un retard considérable en matière d'attractivité. Les "start-up" en sont le cruel exemple.

A quand le sursaut économique à Paris vite accompagné par des ambitions budgétaires ?

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - La parole est à Mme Danièle GIAZZI.

Mme Danièle GIAZZI, maire du 16e arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues.

Madame la Maire, vous êtes passée, une fois de plus, à côté de l'essentiel. Une ville se doit de s'adapter aux familles et par la même de prendre en compte leurs besoins à travers l'ensemble des secteurs d'une politique municipale ambitieuse et volontaire.

Hélas, à Paris, Madame la Maire, ce sont les familles qui doivent s'adapter à la ville. Une politique municipale en faveur des familles consiste à prendre en compte tous les besoins des familles en termes de logement, de transport, de déplacement, de crèche, d'école, de centre de loisirs, d'activités sportives, d'offres culturelles et j'en passe. Je regrette, Madame la Maire, mais l'examen de chacun de vos différents budgets ne plaide pas en votre faveur ni d'ailleurs, hélas, en faveur des familles.

Une famille a d'abord besoin d'un logement. Or à Paris, les familles, surtout les familles nombreuses, ont de plus en plus de mal à trouver un appartement. Les loyers du privé sont élevés et la politique municipale, conduite depuis plusieurs années, n'y est pas étrangère d'ailleurs. En effet, les préemptions visant à satisfaire un affichage numérique de livraisons de logements sociaux sans créer aucun appartement supplémentaire puisque, par définition, la préemption ne fait que remplacer l'existant, ont pour conséquence la raréfaction du logement privé, et par ricochet, selon la loi du marché, l'augmentation des prix.

En 2018, ce sont des moyens massifs, 180 millions d'euros, que vous prévoyez de réserver à cette politique qui, par ailleurs, est destructrice pour nos familles constituées de classe moyenne.

En parallèle, la politique dite de peuplement dans les logements du parc social de Paris, placée sous la houlette de votre adjoint au logement, favorise les catégories PLA-I et PLUS dans l'Ouest de la Capitale et exclut de fait les classes moyennes. Entendez les couples dont les revenus atteignent 3.500 euros à deux. Résultat : un grand nombre doit franchir le périphérique, bien souvent confrontés à autre chose, une deuxième réalité qui n'est pas pour faciliter leur vie, la complexité de leurs déplacements.

Nous disposons, certes, d'un réseau de transport public couvrant très largement tout le territoire parisien, mais hélas, l'inaccessibilité de la plupart des stations de métro rend difficile le déplacement des familles avec enfants en bas âge et les poussettes. Les pistes cyclables ne sont pas davantage pertinentes pour ces déplacements, et les Autolib' ne sont limitées qu'à quatre places. Alors comment faire ?

Votre budget ne prend pas en compte cette préoccupation. Cette problématique de déplacement des familles est majeure. Et si bien naturellement nous partageons tous ici les objectifs de réduction de la pollution, convenons quand même, Madame la Maire, que les mesures consistant à fermer des axes à la circulation pour occasionner des embouteillages drastiques dans les rues voisines manquent à leur objectif, d'une part, et rendent impossible la vie des familles, d'autre part.

Alors, vous condamnez les familles à un parcours du combattant pour se rendre de leur domicile au lieu de travail en passant par la crèche, si jamais ils ont la chance d'y avoir une place, à l'école, après quoi les parents conduisent les enfants au stade, au gymnase, au conservatoire qu'ils payent selon des tarifs, là aussi, fixés par la Ville et qui, encore une fois, défavorisent nos classes moyennes.

Il faut dire, Madame la Maire, que vous avez imposé un système d'aménagement des rythmes scolaires très controversé. Je rejoins Jean-Pierre LECOQ sur ce sujet. Le Gouvernement nous offre la possibilité de les revoir. Madame la Maire, je vous en conjure, entendez les revendications portées par les conseils d'école qui, nombreux, réclament le retour aux quatre jours scolarisés avec le mercredi matin dédié aux activités périscolaires.

Décidément, les familles sont les grandes oubliées de votre budget. D'ailleurs, il faut aux lecteurs intéressés par votre communication parvenir à la page 55 pour y trouver le premier mot de famille.

Il est vrai que l'on pourrait se satisfaire en lisant que les crédits relatifs à la famille et la petite enfance représentent 106,6 millions d'euros, en progression, précisez-vous, de 3,4 millions d'euros par rapport au budget primitif de 2017. Mais en réalité, et vous l'avouez vous-même dans votre communication, ce niveau de dépense reflète l'engagement de la Municipalité pour la petite enfance et pas pour la famille. Non seulement il ne reste rien pour la politique familiale, dont d'ailleurs votre communication a bien du mal à tracer les contours, mais en plus, votre budget petite enfance lui-même finit par désespérer les familles.

Il s'agit du dix-huitième budget porté par votre majorité, et vous en êtes encore à ériger en priorité l'augmentation de l'offre de places de crèche et de halte-garderie. C'est tous les ans le même discours.

On pourrait alors espérer, au bout de 18 ans, que ces questions auraient été réglées. Eh bien non ! Vous annoncez cette année la création de 1.120 nouvelles places. Mais, mes chers collègues, rien que dans mon arrondissement, dans le 16e arrondissement, 1.145 enfants attendent déjà une place. Alors qu?est-ce que 1.120 places sur tout Paris ?

Madame la Maire, j'aimerais que la Ville de Paris comprenne que, sans être en capacité de proposer à nos familles une solution de garde, ce sont de graves incidences sur les activités professionnelles et les vies familiales qu'elle multiplie. Aujourd'hui, dans votre communication budgétaire, la place de la famille se résume à 106,6 millions d'euros sur un budget global de 10 milliards d'euros. Une goutte d'eau. Une véritable politique pour la famille afin de leur assurer une qualité de vie qui les garde à Paris mérite bien plus que 1 % de votre budget.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Mme Sylvie CEYRAC.

Mme Sylvie CEYRAC. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je souhaiterais revenir quelques instants sur le budget du Centre d'action sociale qui est proposé pour 2018. Alors qu'il est le premier acteur de la politique sociale pour les Parisiens, vous choisissez cependant de réduire sa subvention de 3 millions cette année, alors même qu'on peut se rendre compte des difficultés croissantes de nombreux Parisiens. 3 millions !

Afin de garder, je vous cite, une politique sociale facultative, ambitieuse et solidaire, qui d'ailleurs fait l'honneur de Paris par ailleurs, vous supprimez à nouveau cette année certaines aides comme le P.A.P.A.D.O. "Paris Petit à Domicile", et l'A.C.B.R. "Aide aux familles en cas de chute brutale de ressources". Pour le P.A.P.A.D.O., la raison invoquée de cette suppression est la création de nombreuses places de crèche et donc une moindre nécessité de faire garder ses enfants à domicile. En refusant de revoir les modalités d'attribution de cette aide et d'en réévaluer ses plafonds, vous choisissez d'exclure les parents des quelques 11.000 enfants parisiens gardés à domicile. Dans notre arrondissement, une famille sur 4 ou 5 seulement a une place en crèche, bien loin d'un enfant sur deux que vous annoncez dans votre projet de délibération. Il nous semble au contraire indispensable de revoir les modalités de cette aide pour soulager les familles qui n'ont pas eu accès à une place de crèche.

Quand en l?A.C.B.R., vous souhaitez la substituer par une demande éventuelle d'allocations exceptionnelles, mais cela n'a strictement rien à voir. L?A.C.B.R., qui n?a pas été réévaluée depuis sa création il y a près de 20 ans permet une aide dans la durée, puisqu?elle est obligatoirement accompagnée d'un suivi social, alors que l'aide exceptionnelle est une aide financière ponctuelle non renouvelable. Un exemple : une famille avec deux enfants, dont le revenu est égal ou supérieur à 1.068 euros, a vraiment besoin d'aide dans la durée pour faire face à un événement imprévisible comme le chômage, un divorce, une maladie, etc. D?ailleurs, les travailleurs sociaux s'inquiètent de cette éventuelle suppression, si elle était confirmée, car ils estiment qu'elle a une réelle dimension sociale.

Dois-je revenir une fois de plus sur la réforme du "pass" Navigo Emeraude, qui a abouti à 15.000 bénéficiaires en moins, bénéficiaires dont les revenus sont au maximum de 1.600 euros par mois.

J'ajoute au registre de ce que vous appelez l'adaptation de certaines dispositions du règlement pour la recherche de l'efficience maximale la mutualisation en cours des infirmières dans la résidence de la Ville, qui aboutira à un moindre service dans celle-ci alors qu?elles accueillent de plus en plus souvent un public plus difficile ou précaire. Vous parlez à l?heure actuelle d'expérimentation jusqu'au mois d?avril ; on sait qu?en fait c?est simplement le début de l'installation de cette mutualisation.

Enfin, je regrette que cette réforme de deux aides facultatives n'ait pas été présentée au dernier conseil d'administration du Centre d'action sociale le 13 octobre dernier. Apparemment, les familles appartenant à la classe dite "moyenne" ne sont vraiment pas votre priorité. Elles ont pourtant aussi besoin d?attention et d?aides adaptées. Je ne pense pas qu'année après année la suppression de certaines allocations facultatives soit un soutien à celles-ci. Elles ne sont vraiment, vraiment pas votre priorité.

Ce projet de délibération ne va pas dans le sens de la politique ambitieuse et solidaire que vous revendiquez et je le regrette vivement.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Mme Julie BOILLOT.

Mme Julie BOILLOT. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, je m'attacherai pour ma part à quelques remarques dédiées aux mobilités. Ce budget connaît un bond considérable des recettes, ce qui est quand même très rare dans la gestion d'une collectivité et qui, plus est, en cette période de diète des dotations d'Etat.

En effet, suite à la réforme du statut de Paris, qui a permis la dépénalisation du contrôle de stationnement et le transfert des fourrières, les recettes de stationnement doublent et s'élèvent pour 2018 à 451 millions d'euros.

Nous espérions qu'une partie raisonnable de ces 230 millions d'euros de recettes supplémentaires qui, je le rappelle, son uniquement générées par les automobilistes, serait réinjectée dans un renforcement de la politique d'investissement des mobilités douces.

Mme la Maire et Christophe NAJDOVSKI répètent à l'envi que les Parisiens doivent se réapproprier l'espace public, que le piéton doit être prioritaire sur tout autre usager, que la marche est le principal mode de déplacement dans Paris et qu'il faut inlassablement la promouvoir pour lutter contre la pollution. C'est du discours car, dans les faits, l'Exécutif Parisien ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Ce budget pour 2018 consacre en effet seulement une enveloppe de 1,7 million d'euros pour l'entretien courant de la voirie.

Vous consacrez donc en moyenne 100 euros par kilomètre de voirie à la rénovation, auxquels s'ajoutent 2,6 millions d'euros pour les travaux lourds hors périphérique. En tout, 4,3 millions d'euros pour l'ensemble de la chaussée et des trottoirs parisiens, c'est ridiculement bas. En effet, d'une part la voirie parisienne est dans un état déplorable et, pas de jaloux, c'est uniforme dans tous les arrondissements, et d'autre part, la découverte systématique d'amiante dans les enrobés augmente considérablement le coût de l'entretien et réduit mécaniquement le linéaire traité annuellement.

A l'occasion de ce budget 2018 et à la lumière, je le répète, d'une manne financière de 230 millions d'euros de recettes nouvelles, nous aurions voulu que l'Exécutif parisien s'engage pleinement dans la promotion des mobilités douces, que vous réserviez une enveloppe correctement budgétée pour reboucher les trous, les crevasses, les nids-de-poule, pour combler les ornières, pour reprendre les enrobés en égalisant les couches, bref, que vous dotiez Paris d'une voirie digne d'une capitale et que vous transformiez vos paroles en actes.

Ce manque d'ambition se retrouve également - et devrais-je dire encore une fois - dans l'avancée du Plan Vélo. A ce jour, seuls 8 % des aménagements du plan, qui a été voté en 2015, je le rappelle, à l'unanimité de ce Conseil de Paris, ont été réalisés - 8 % -, et ce n'est pas la médiatique voie express sur la voie Pompidou qui peut cacher la réalité. L?essentiel des aménagements d'ores et déjà réalisés sont des doubles sens vélos, aménagements très loin de répondre aux préoccupations des cyclistes et surtout qui n'en attireront pas de nouveaux. Le nerf de la guerre en la matière est la création de pistes dédiées synonymes de confort et de sécurité.

Nous sommes fin 2017 et il reste un peu plus de deux ans pour remplir le contrat du Plan Vélo. Alors, qu'attendons-nous ? L'enveloppe 2018 est de 2,6 millions d'euros et elle ne suffira pas à pallier le retard. Avouons-le, il y a un vrai problème de méthode, d'engagement. Osez ouvrir le Comité Vélo aux membres de l'opposition et co-construisons le Plan Vélo avec les associations et la société civile.

Enfin et j'en terminerai par-là, je remarque que le Vélib' bénéficie d'une rallonge de 2,4 millions d'euros, soit plus de 20 % de hausse pour augmenter la subvention du syndicat mixte à 18,1 millions d'euros. 20 %, ce n'est pas rien. Alors provisionnez-vous peut-être d'ores et déjà des fonds pour renflouer Vélib' face à l'émergence de concurrents, de flottes en libre-service ; je ne sais pas.

Vous l'aurez donc compris, ce budget est une occasion ratée et l'immobilité du budget des mobilités, avouez que c'est quand même un comble.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci, Madame BOILLOT.

Je demande un peu d?attention à notre Assemblée et je vais donner la parole à notre dernier orateur, M. LEGARET.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Maire, chers collègues, alerte rouge sur la dette de Paris ! Rappel des chiffres en chiffres ronds et en milliards, bien sûr : 1 en 2001, 4 en 2014, 6 en 2018 et 7 et demi en 2020.

C'est en ce moment qu'il faut emprunter, disait Emmanuel GRÉGOIRE ce matin même dans la presse, car les niveaux d'emprunt sont très faibles. Je suppose qu'il veut parler du taux et pas du niveau record de l'encours, encours historique, comme le rappelait ce matin Eric AZIÈRE. Vous nous dites que c'est bon d'emprunter car les frais financiers sont faibles, en faisant comme si l'explosion du principal était indolore. Cela rappelle, vous savez, l'histoire de l'obèse qui continue à s'empiffrer car cela ne fait pas de mal !

Non, la côte d'alerte est dépassée. La dette, c?est le recours de ceux qui dépensent plus qu'ils ne gagnent. C'est aussi simple que cela. Et puis la dette, surtout quand elle dérape dans de telles proportions, ce n'est ni responsable, ni moral à l'égard des générations futures. La dette d?aujourd'hui, c'est l'impôt de demain. La C.R.C., la Chambre régionale des comptes, le dit et le répète d'année en année : la courbe de l'endettement de Paris réduit à néant les marges de man?uvre. Alors, que faire ?

L'adjoint chargé des finances nous dit que si nous n'empruntions pas, il faudrait augmenter la fiscalité et il tranche sans hésitation ce dilemme en optant pour les impôts payés par les futurs contribuables plutôt que par nous-mêmes.

Je voudrais rappeler qu'il y a une troisième solution que nous proposons sans succès lors de chaque débat budgétaire. Oui, il est possible de diminuer à la fois la fiscalité et l'emprunt. Il suffit de faire des économies. C'est le quatrième budget de cette mandature et c'est la quatrième fois que la majorité municipale vote une augmentation forte des dépenses, avec toujours le même argument qu?on a trouvé, accusant la diminution des contributions de l'Etat à l'origine de tous les maux. La ficelle est un peu grosse, si usée qu'elle cassera bientôt.

Sortez de ces postures, écoutez-nous, nous sommes tout autant que vous préoccupés par l'avenir de Paris et la qualité de vie des Parisiens. Mais nous, nous faisons des propositions concrètes pour alléger leurs charges aujourd'hui comme demain.

Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

Nous arrivons à l'issue de ce long débat.