Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Juillet 2007
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2007, Voeu déposé par M. René DUTREY et le groupe “Les Verts” relatif au collectif “La Générale”.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2007


 

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Nous passons à l?examen du v?u référencé n° 90 dans le fascicule, déposé par le groupe ?Les Verts?, relatif au collectif ?La Générale?.

Monsieur DUTREY, vous avez la parole.

M. René DUTREY. - Merci, Monsieur le Maire.

?La Générale? de Belleville s?est imposée au cours de ces deux dernières années d?existence comme un lieu exemplaire et singulier de création artistique inscrit au c?ur de la cité.

Exemplaire par la qualité, la diversité et l?exigence des travaux qui y furent menés ou présentés, tant théâtralement, cinématographiquement que plastiquement. ?La Générale? est un lieu qui a permis à de nombreux artistes d?accéder à des espaces de travail et de diffusion, dont Paris manque cruellement.

Elle a également accueilli un certain nombre de travaux relayés ou produits par des institutions subventionnées. Cela démontre combien ce lieu s?est révélé être un rouage nécessaire de la création artistique en Ile-de-France.

De plus, la souplesse de son fonctionnement, sans lourdeur administrative ou financière, encourage les initiatives, permet une spontanéité qu?aucun lieu institutionnel ne peut réellement offrir.

Enfin, travailler à ?La Générale? signifie travailler dans un lieu responsable vis-à-vis de son inscription dans la cité, sa porosité avec la vie du quartier fait sentir à quiconque qu?il créé à l?intérieur d?une société et non isolé d?elle.

Singulier donc par les rencontres artistiques, sociales et politiques, qu?elle n?a cessé de susciter cessé de susciter, grâce aux croisements entre artistes, associations, collectif de sans-papiers, écoliers du quartier, spectateurs et amateurs d?art. Ce maillage est infiniment riche et précieux ; il tisse des liens humains inattendus, porteurs de décloisonnement, de dialogue et d?idées neuves dont l?art a intrinsèquement besoin.

Ce texte n?est pas de moi mais issu de la Tribune de soutien au collectif ?La Générale? de Belleville, paru dans Libération récemment.

Ce n?est pas la première fois que le dossier de ?La Générale? vient devant notre Conseil, avec toujours ce problème de pouvoir faire vivre ce collectif d?artistes à l?intérieur de Paris.

Alors, bien sûr, à chaque fois que nous avons le débat, on cherche à opposer de façon caricaturale le fait que l?installation de l?hôpital Maison blanche prévue sur le site de ?La Générale? est pour le moment retardée du fait de la présence de ce collectif.

Pour être très clair, il est nécessaire et légitime aujourd?hui qu?un hôpital psychiatrique ouvre dans Paris, mais il est également nécessaire et légitime que des artistes qui ont les plus grandes difficultés pour vivre et travailler dans la Capitale, demandent, je dirai, qu?il n?y ait pas d?expulsion sans une possibilité de relogement.

Ces artistes veulent tout simplement travailler. Travailler plus, d?ailleurs ; cela pourrait être très à la mode par les temps qui courent. Le problème est que lorsqu?on est artiste, on n?en a pas toujours la possibilité.

La Ville suit le dossier maintenant depuis un an. Une proposition de l?Etat est intervenue à Sèvres, qui a permis de dégager des solutions pour une partie de ce collectif, et de mettre à disposition un certain nombre d?ateliers. Le problème subsiste aujourd?hui pour encore une partie importante de ces artistes.

Je crois que nous ne sommes pas très loin de trouver une solution, Monsieur GIRARD. Pas très loin, car si j?en crois les informations, même quelquefois contradictoires car cela va très vite sur ce dossier, une proposition apparemment a été avancée par la Ville de Paris pour un relogement éventuel à terme, le délai étant entre six mois et un an ; j?espère que vous nous apporterez des précisions.

Le problème très concrètement d?un relogement dans un an, c?est qu?un collectif et des artistes qui ne peuvent plus travailler pendant un an, cela rend la vie impossible. Je rappelle aujourd?hui que pour faire sa boucle d?intermittent, il faut au moins travailler dix mois.

Il y a donc besoin de trouver des lieux de transition pour éviter absolument, et je le souhaite et je l?espère, que ce soit notre volonté à tous, d?éviter une expulsion sèche, sans relogement derrière.

Nous ne sommes pas très loin, à mon avis, de trouver une solution qui permettra de maintenir ce collectif d?artistes dans la Capitale. Pour cela, il faut deux choses. Il faut premièrement que la Ville de Paris effectivement s?engage clairement sur la mise à disposition de lieux avec un délai et deuxièmement - et c?était la demande du collectif - qu?un certain nombre de lieux dits complémentaires puisse permettre d?assurer cette transition, jusqu?à l?installation dans ce lieu définitif. C?est du côté Ville de Paris.

Du côté de la Préfecture de police, je me tourne vers M. le Représentant du Préfet, constatant qu?une solution négociée, sur le point très certainement d?aboutir, j?espère qu?aucune précipitation n?entraînera une expulsion, ce qui serait à Paris, une expulsion réellement majeure, du fait du quartier dans lequel elle se trouve, à Belleville, du fait du nombre d?artistes concernés, du fait de la sensibilité de la population de ce quartier, par rapport au travail réalisé par ce collectif.

Il faut un petit peu de temps sur ce dossier et de nouvelles propositions. Je ne jette l?anathème ni sur l?Etat, ni sur la Préfecture, ni sur la Ville, ni sur M. GIRARD, je crois seulement qu?avec un petit peu de bonne volonté de chacun des partenaires, il y a moyen d?aboutir sur ce dossier et de créer cette culture, qui aujourd?hui n?existe pas à Paris, qui est la culture de l?occupation précaire, de tous ces lieux, dont la Ville est propriétaire et qui, dans des moments je dirais ?intercalaires?, entre l?achat et la réalisation du projet, pourraient permettre de réaliser des baux vers des collectifs d?artistes.

J?en finis, car juste sur cette histoire de culture, je dirais, des baux précaires - culture qui existe dans d?autres villes européennes (Amsterdam, Copenhague, parfois Francfort) - le fait qu?une collectivité puisse développer cette culture permettrait aussi, parmi ces collectifs d?artistes, qu?une autre culture, peut-être plus en confiance par rapport à la collectivité, puisse émerger pour le grand bien des artistes, de la création et de la vivacité créatrice de notre Capitale.

Je vous remercie.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur DUTREY.

La parole est à M. GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - L?esprit du v?u est bon, mais je vais faire des propositions concrètes en rappelant un certain nombre de faits. L?examen du v?u déposé par René DUTREY, le groupe ?Les Verts?, renvoie au sujet de la place des artistes à Paris. Depuis 2001, je crois que la majorité municipale, autour de Bertrand DELANOË - à laquelle appartiennent le groupe ?Les Verts?, les communistes, les radicaux, le M.R.C. aux côtés du groupe socialiste et radical de gauche - a voulu mieux accueillir les artistes et que les faits sont là.

Ainsi un plan volontariste de développement de l?offre d?ateliers individuels d?artistes a permis de faire croître le parc municipal d?ateliers de 30 % pendant cette mandature.

Avec 282 nouveaux ateliers, depuis 2001, plus de 230 artistes se sont vu attribuer un atelier et de nouveaux pôles artistiques sont créés dans des quartiers en développement comme les Magasins Généraux, quai de la Loire, dans le 19e arrondissement.

De nouveaux équipements culturels ont été imaginés et sont en cours de livraison, dans la perspective de mieux prendre en compte les besoins et les aspirations des artistes dans notre Ville.

Le 104, dans le 19e arrondissement, la Maison des Métallos dans le 11e arrondissement, l?art numérique par le projet de la Gaîté Lyrique apportent des réponses aux besoins d?espace de production, notamment collective, et ces lieux sont particulièrement attentifs aux approches pluridisciplinaires, ainsi qu?aux passerelles entre projets artistiques et pratiques culturelles des habitants.

Depuis 2001, nous nous sommes intéressés, comme aucune équipe municipale avant nous, à Paris, à l?ensemble des lieux de création collective informels et alternatifs, qui font partie de la vie artistique parisienne et apportent souvent un nouveau souffle et quelques traces de génie.

Prenant en compte les spécificités de chaque situation, la Municipalité intervient régulièrement pour dialoguer, régulariser des occupations, peser pour éviter des risques d?expulsion ou racheter des bâtiments menacés par la spéculation immobilière, mener des travaux de sécurité importants et conclure des conventions d?occupation avec des collectifs.

Parmi toutes ces expériences, on peut citer l?immeuble du 59, rue de Rivoli, le Maire du 1er arrondissement, Jean-François LEGARET, qui siège ce soir en séance, peut en témoigner, ou le Paris Centre Art au 111, rue Saint-Honoré, qu?il connaît bien, également dans son arrondissement, le Point Ephémère, sur le quai de Valmy dans le 10e arrondissement. Notre soutien au Théâtre de Verre également dans ce 10e arrondissement, la création prochaine de ?Cent ateliers en commun? dans le 12e arrondissement, le site emblématique des Frigos dans le 13e arrondissement que la Ville a acquis, le 123, rue de Tocqueville dans le 17e arrondissement - dans l?arrondissement dont Mme de PANAFIEU est la Maire -  la Villa des Arts dans le 18e arrondissement ou La Forge dans le 20e arrondissement.

Malgré la rareté des friches à Paris, à la différence d?autres capitales comme Berlin, qui est souvent citée à juste titre, mais qui doit être mise en perspective - pour mémoire, Paris a une superficie de 105 kilomètres carrés, pour près de 2,2 millions habitants alors que Berlin est étendue sur presque 1.000 kilomètres carrés pour 3,4 millions habitants -, l?occupation temporaire par des artistes est toujours favorisée quand des espaces sont disponibles, le plus souvent dans l?attente de la réalisation de projets d?aménagement, mais jamais au détriment de crèches, de logements sociaux, ou de projets médicaux et d?éducation.

La contrepartie de cet engagement de la Ville a toujours été l?acceptation par les collectifs occupants des projets publics prévus préalablement aux occupations des sites.

En ce qui concerne la situation du collectif, la Générale nord-est, puisque ce n?est plus la Générale globale d?origine, qui est en partie installée à Sèvres dans les Hauts-de-Seine, dont la qualité artistique et l?implication citoyenne sont reconnues et affirmées, la Ville de Paris s?est attachée depuis deux ans à trouver des solutions, permettant la poursuite du travail mené. Je remercie d?ailleurs la Préfecture de police de m?avoir aidé, souvent dans nos négociations, à ce que le délai imposé par la loi et par le Tribunal ne soit pas appliqué à la date prévue, et je remercie également Alain LHOSTIS et Jean VUILLERMOZ, Président de Maison-Blanche de leur patience et de m?avoir écouté dans ce domaine.

Donc l?accueil prévu, en effet, est celui d?une annexe de l?hôpital psychiatrique de la Maison-Blanche et, René DUTREY, croyez-moi, ce n?est pas pour opposer - je l?ai dit souvent à Dan LEHRT et à un certain nombre des représentants du collectif de la Générale Nord-Est - les artistes aux malades et aux soins et vice versa.

A la suite de discussions entre les artistes et les militants de ce collectif et les différents intervenants publics, Ministère de la Culture, Région Ile-de-France et Ville de Paris, le Ministère de la Culture a permis le relogement de la Générale, au sein des bâtiments de la manufacture de Sèvres, dans une superficie de 3.000 mètres carrés, pouvant accueillir tous ceux, qui au sein du collectif, le souhaitaient, avec de la place pour l?ensemble du collectif.

Tout en nous réjouissant de cette issue positive, la Ville a reçu la demande d?une partie des artistes et des militants de la Générale Nord-Est qui ne souhaite pas quitter le territoire parisien.

Concrètement, au nom du Maire de Paris, je peux annoncer aujourd?hui, au collectif de la Générale Nord-Est, les propositions suivantes :

La mise à disposition d?un lieu de stockage des ?uvres d?une superficie de 400 mètres carrés dans le quartier Saint-Blaise dans le 20e arrondissement pour une durée d?un an. Les modalités de mise à disposition de ce local seront établies et signées dans les trois semaines à venir. Je demande évidemment au Secrétariat général, que je remercie pour son implication, car c?est avec le Secrétariat général de la Ville que nous avons mené ces recherches, pour leur engagement et pour surtout, tout faire pour respecter ces délais. Je sais qu?ils sont très difficiles à tenir pour des raisons juridiques et techniques.

Le deuxième point, qui est le plus important, est la mise à disposition d?un local de 500 mètres carrés situé dans le 11e arrondissement, arrondissement dont le maire est M. Georges SARRE, mais qui détient également un certain nombre d?élus, comme M. BLOCHE, député de l?arrondissement et conseiller de Paris.

Ce lieu situé avenue Parmentier, au numéro 14, serait destiné à accueillir l?unité centrale décrite dans le projet de la Générale nord-est, dont j?ai parlé précédemment.

Je vous parle en direct d?une difficulté, mais je sais que le président BLOCHE et les présidents de groupe ici présents, les quelques adjoints présents peuvent m?y aider, car, il y a encore une minute, je n?étais pas d?accord avec le délai que l?administration demande pour les travaux de ce local, qui aujourd?hui est un local municipal, puisque la Ville est propriétaire et qu?elle le loue à E.D.F., que le bail doit être modifié et tout cela entraîne évidemment des difficultés juridiques et matérielles.

Je demande vraiment, très solennellement, que le Secrétariat général, en particulier M. CHOTARD à qui on doit beaucoup dans l?avancement de ce dossier, puisse modifier le délai qu?il m?avait indiqué qui est un délai de douze mois, pour le réduire à quatre mois.

Je demande sans doute l?impossible, mais si ce délai était obtenu, la Générale Nord-Est serait ainsi pourvue d?un lieu de travail et d?un lieu de stockage, ce qui éviterait, dans le cas d?une expulsion, dans laquelle la Ville de Paris n?est pas partie prenante car je rappelle que c?est le Ministère de l?Intérieur et le Ministère de la Justice dans sa décision appliquée par le Préfet de police qui agissent, que ce soit la Préfecture de police qui organise le stockage des ?uvres, car il s?agit bien d??uvres d?art d?artistes et militants de la Générale Nord-Est.

Un lieu de stockage dans le 20e arrondissement qui, lui, serait prêt et disponible dans les trois semaines qui viennent, donc mi-août au maximum, et ce lieu, 14, avenue Parmentier, qui deviendrait l?adresse et le lieu de référence pour le collectif de la Générale Nord-Est.

Là, je suis au bout de toutes les possibilités que la Ville peut offrir et j?espère que ces propositions sérieuses, travaillées, qui ne seront jamais des solutions idéales car cela n?existe pas, permettront que la situation se débloque pour la sérénité de tout un chacun.

Ensuite, il faut lancer rapidement l?installation de l?hôpital psychiatrique Maison-Blanche dans le lieu squatté par la Générale.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Merci, Monsieur GIRARD.

Compte tenu de la réponse de M. GIRARD, Monsieur DUTREY, maintenez-vous votre v?u ?

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Il y a une modification du v?u. Vous avez bien compris que le v?u tel quel, je ne peux y répondre pleinement.

Donc, soit les propositions que je fais vous conviennent et vous retirez votre v?u de fait, mais j?ai pris en compte ce que le v?u exprimait, au nom de l?Exécutif.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Monsieur DUTREY ?

M. René DUTREY. - Je n?ai vraiment pas l?habitude de faire du formalisme, Monsieur GIRARD, mais je ne sais pas travailler ainsi du tout. On aurait pu faire un v?u de l?Exécutif, ensemble, etc., en amont.

Là, je ne sais pas ce que vous me proposez comme v?u. Je ne sais pas ce qu?il y a dedans. J?ai un v?u en deux alinéas? Vous répondez partiellement voire presque complètement au premier alinéa, que le Maire de Paris soutienne publiquement le principe de relogement de la Générale dans des locaux adaptés à son projet et propose, dans ce cadre une convention d?occupation à signer avant la libération des locaux, rue du Général-Lasalle. Cette partie, vous y répondez partiellement.

Si je comprends bien, sur la deuxième partie, car je n?ai pas tous les tenants et les aboutissants que vous avez, vous, il y a donc besoin de temps, le temps que le collectif accepte une proposition, qu?elle soit peut-être complétée par des lieux complémentaires comme je le proposais. Et c?est le deuxième alinéa du v?u, que le Maire de Paris demande au nouveau Préfet de police de bien vouloir surseoir à l?expulsion du collectif. Cet alinéa est totalement d?actualité et même nécessaire.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Vous maintenez votre v?u en l?état.

Monsieur GIRARD, vous souhaitez intervenir ?

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Attendez. Si cela peut faire plaisir à un groupe de la majorité que l?on prenne quelques-uns des propos qui étaient dans mes propos de l?Exécutif, on peut en effet?, mais à condition qu?on modifie certains des points qui sont indiqués?

M. René DUTREY. - Nous demandons une suspension de séance.

M. Eric FERRAND, adjoint, président. - Cinq minutes de suspension de séance.