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Decembre 2017
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2017 DASES 98 G - Subvention (684.967 euros) et convention avec l’association "Centre d’action sociale protestant" pour la conduite d’une action de prévention, d’accompagnement et de mise à l’abri en faveur de jeunes en errance. Vœu déposé par les groupes Socialiste et Apparentés, Communiste - Front de Gauche et Ecologiste de Paris relatif aux mineurs non-accompagnés dans le quartier de la Goutte d'Or.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2017


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération DASES 98 G et le v?u référencé n° 89 G qui lui est rattaché. Il s'agit de l'attribution d'une subvention de 684.000 euros et d'une convention avec l'association "Centre d'action sociale protestant" pour la conduite d'une action de prévention, d'accompagnement et de mise à l'abri en faveur de jeunes en errance.

La parole est en premier lieu à M. Eric LEJOINDRE, qui présentera également le v?u n° 89 G au nom du groupe Socialiste et Apparentés.

Monsieur Eric LEJOINDRE, la parole est à vous.

M. Eric LEJOINDRE, maire du 18e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, nous faisons face depuis le début de l'année à une problématique particulièrement inquiétante et grave dans le quartier de la Goutte d'Or, qui est celle de la présence de jeunes, parfois très jeunes isolés, pour beaucoup d'origine marocaine notamment, autour du square Alain Bashung.

Dès les premiers signalements, dès l'apparition de ce phénomène en début d'année, nous avons d'abord pris la mesure de ce phénomène et engagé avec le Département de Paris, avec Dominique VERSINI et Colombe BROSSEL, une série de mesures visant à coordonner l'ensemble des acteurs sociaux, sanitaires, éducatifs et de prévention spécialisée, et nous avons notamment sollicité les associations "TAGA" et "Hors la rue" pour organiser des maraudes visant à amener ces jeunes, parfois même ces enfants, vers des solutions de protection de l'enfance telles que nous en sommes responsables.

Ce suivi social est néanmoins rendu particulièrement difficile à cause de la consommation fréquente de produits stupéfiants par ces jeunes, à cause aussi de l'exploitation de certains d'entre eux dans le cadre de recel ou de vente de drogues, et à cause de leur comportement souvent particulièrement violent, mettant en grande difficulté les dispositifs de droit commun auxquels nous travaillons.

Ces comportements violents induisent par ailleurs une très grande inquiétude de la part des habitants du quartier de la Goutte d'Or, et leur ampleur crée une situation alarmante inédite dans ce secteur, qui connaît déjà un certain nombre de difficultés.

J'ai eu l'occasion de travailler, d'alerter régulièrement à la fois le Préfet de police et le Procureur de la République, mais aussi le Ministre de l'Intérieur et la Garde des Sceaux, et je veux saluer l'engagement de l'ensemble de ces acteurs et du commissariat du 18e arrondissement pour essayer de faire face à ce phénomène particulièrement compliqué.

Nous devons donc agir sur deux dimensions.

La première de ces dimensions, c'est tout le sens du projet de délibération que bien sûr je vais voter, doit nous permettre de trouver les bonnes réponses sur le plan social pour parvenir à sortir ces jeunes de la rue, ces enfants, où ils sont en danger et où ils sont un danger, et nous devons faire tout ce que nous pouvons pour les protéger. C'est le sens de l'engagement de Dominique VERSINI notamment, qui l'a rappelé lors d'une réunion publique où de très nombreux habitants étaient présents.

En même temps, nous devons faire en sorte que le quartier puisse retrouver sa sérénité, ce qui exige des réponses sur le plan judiciaire et policier pour faire face aux comportements délinquants d'une partie de ces jeunes, et pour maintenir simplement l'ordre et la tranquillité dans ce quartier, ce qui passe par un engagement bien sûr de l'Etat, et aussi par des discussions avec les diplomates des pays d'origine concernés.

C'est le sens du v?u que nous avons déposé, voté à l'unanimité du Conseil du 18e arrondissement, qui vise à marquer notre volonté d'avancer en même temps dans les deux dimensions, la dimension d'accompagnement social, de sortie de ces jeunes de la rue, et la dimension de respect de la tranquillité publique du quartier.

Voilà pourquoi je voterai bien sûr ce projet de délibération, parce que je crois que nous trouvons de bonnes solutions à une partie de la problématique, et je vous invite à voter le v?u que nous avons présenté.

Je sais que Dominique VERSINI proposera un certain nombre d'amendements à ce v?u, qui me conviennent parfaitement, et je proposerai de retirer le v?u au profit du v?u de l'Exécutif tel qu'il sera présenté par Dominique VERSINI.

C'est une problématique très grave à laquelle nous avons à faire face. Elle exige un engagement permanent, non seulement de la Ville et du Département de Paris, mais aussi des services de l'Etat, je pense que nous pouvons arriver à régler ce problème, mais il faut que l'on s'en occupe de façon absolument urgente.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Eric LEJOINDRE.

Je donne la parole à Mme Olga JOHNSON, pour 5 minutes.

Mme Olga JOHNSON. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, vous venez de le dire, Monsieur le maire du 18e, c'est un problème très important, une situation très préoccupante.

La question sur la situation des mineurs non accompagnés dans le square Alain Bashung, et vous venez de signaler qu'une majorité de ces mineurs sont d'origine marocaine, est problématique à deux titres.

Le premier problème, M. le Préfet de police a rappelé les chiffres hier, ces jeunes commettent de très nombreux délits, agressions, vols violents, consommation de stupéfiants. Il nous rappelait que près de 1.500 interpellations ont eu lieu en seulement 5 mois, soit plus de 2 par jour. Le chiffre est accablant. 90 d'entre eux ont fait l'objet d'un déferrement au Parquet, et 10 de ces jeunes ont été écroués, on voit bien quand même le peu d'efficacité de la privation de liberté en matière de récidive.

Le problème de la sûreté des riverains est un enjeu majeur.

Nous ne pouvons pas tolérer la violence ni laisser impunis les délits qui sont commis.

De l'autre côté, le deuxième problème, on a affaire à des jeunes dont la jeunesse a été sacrifiée sur l'hôtel de la violence, à la merci de bandes dépendantes aux psychotropes. Bref, des victimes de la violence de la rue, de la dureté d'une errance longue, de plusieurs mois d'un abandon de leur famille.

Jusqu'à présent, des moyens ont été déployés, sans succès, malgré vraiment un engagement total. Les dispositifs relèvent largement de l'adhésion de leurs bénéficiaires. C'est peut-être cela la difficulté. Pour autant, le statu quo n'est pas acceptable, ni pour ces jeunes, ni pour les victimes, ni pour les riverains.

La situation est exceptionnelle et nous comprenons fort bien que des moyens exceptionnels soient déployés. C'est pour cela que nous soutiendrons cette nouvelle expérimentation, car tout ce qui n'a pas encore été fait doit être testé. Mais nous resterons vigilants sur son bilan et les conséquences à en tirer.

Mais accepteront-ils l'accompagnement social qui leur est proposé, et le respect des règles dans l'espace de repos, c'est-à-dire la non-consommation des drogues ? On verra bien, le renforcement policier et judiciaire est bien entendu indispensable.

Il me semble qu'aux côtés de leur accompagnement social, un projet de coopération frontalière avec le Maroc doit être négocié par voie diplomatique, comme vous venez de le souligner, peut-être non pas seulement pour retrouver les familles, mais pour prévenir l'arrivée sur le sol de ces mineurs isolés délinquants. A défaut d'arriver aujourd'hui à gérer leur débordement, il faut pouvoir prévenir leur installation. Sinon, que pourrons-nous leur offrir d'autre si nous échouons dans ce que nous entreprenons ? Nous attendons donc avec beaucoup d'espoir et d'espérance cette ultime expérimentation, qui donnera, je le souhaite, des pistes de réponse qui permettront d'améliorer la situation de ces jeunes, et aux riverains de retrouver la sérénité dans leur territoire.

Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Olga JOHNSON.

La parole est à M. Christian HONORÉ, pour le groupe les Républicains.

M. Christian HONORÉ. - Merci, Monsieur le Maire.

J'ai entendu le mot "urgence". Le 11 septembre, j'avais déposé avec Pierre-Yves BOURNAZEL un v?u concernant la situation des mineurs isolés dans le quartier de la Goutte d'Or, qui demandait la mise à l'abri des mineurs isolés étrangers et d'assurer la sécurité dans le quartier. Je l?ai retiré, à la demande du maire, puisque nous devrions recevoir des informations sur les actions menées. Nous n?avons rien reçu !

Le 27 novembre, en effet, nous avons voté le v?u de l?Exécutif, v?u plus élaboré, certes, mais similaire au nôtre, en tout cas, qui visait le même but : protéger ces enfants contre eux-mêmes et assurer la tranquillité publique dans le quartier.

C?est un sujet extrêmement sensible. C?est d?autant plus dramatique que sont concernés des enfants. Il s?agit d?enfants abandonnés, perdus, en rupture et en rébellion avec tous les codes de notre société. Ils se mettent en danger eux-mêmes et deviennent dangereux pour les riverains par leurs comportements agressifs et violents sous l?effet de la drogue.

J?interviens aujourd?hui pour dire que, sur de tels sujets, il n?y a pas de droite, il n?y a pas de gauche. Il n?y a pas et ne doit pas y avoir d?enjeux politiques, pour une raison très simple : le sujet est trop délicat et il n?y a pas de solution pérenne, de solution toute faite.

Je crois que, dès le 11 septembre, un v?u que nous aurions élaboré en commun eut été préférable. Nous aurions gagné du temps, puisque j?entends parler d?urgence, et notre message commun aurait été plus fort.

Ce qu?attendent les Parisiennes et les Parisiens, ce ne sont pas des chicayas politiques, ils attendent de nous des résultats, en tout cas que nous fassions le maximum pour parvenir à des solutions, surtout lorsqu?elles sont difficiles.

Voilà, mes chers collègues, ce que je voulais vous dire et je regrette que nous ayons perdu du temps, à la fois pour ces enfants et pour les riverains, les uns qui attendent d?être mis en sécurité et les autres qui attendent de vivre dans la tranquillité publique.

Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur HONORÉ.

Toujours dans ce débat, la parole est à Mme Fatoumata KONÉ, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Fatoumata KONÉ. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, depuis le début de cette année, plusieurs dizaines de jeunes d?origine marocaine en errance aux alentours du square Alain-Bashung dans le 17e arrondissement créent une polémique totalement inédite dans notre ville. Cela a déjà été dit, il s?agit d?un phénomène d?enfants des rues, évoluant surtout en groupe et pour lesquels la rue est l?habitat principal.

De nombreux enjeux se posent à travers la présence de ces enfants sur notre territoire, à savoir comment les accompagner vers le droit commun, comment leur octroyer une protection sociale et sanitaire. L?accroissement du phénomène depuis plusieurs mois, malgré l?intervention des différentes parties prenantes listées dans le projet de délibération, mairie, commissariat, Ville de Paris, Préfecture de police, parquet, protection judiciaire de la jeunesse, agence régionale de la santé, coordination des maraudes, a montré que les dispositifs existants n?étaient pas adaptés et que la présence des enfants à la rue pouvait dès lors perdurer, voire se pérenniser.

Il convient ici de souligner la situation alarmante dans laquelle se trouvent ces enfants, qui présentent de sérieux problèmes de santé, à commencer par la dépendance aux produits psychoactifs, mais également des blessures physiques et d?importantes carences éducatives et affectives.

Vivant de vols et de petite délinquance, aujourd?hui il ne peut être exclu que certains d?entre eux puissent être un jour, si ce n?est pas déjà le cas, exploités par de plus âgés qu?eux.

Le projet de délibération qui nous est présenté, malgré son arrivée tardive, est un pas important qu?il convient de saluer.

Cependant, la gravité de la situation nous oblige à mettre en ?uvre des dispositifs et des moyens adaptés aux enjeux et aux besoins de ces enfants. Un traitement au cas par cas s?impose. Ils ne sont d?ailleurs pas tous autant qu?on le prétend coupés de toute autorité. En témoigne la participation intelligente de deux d?entre eux, venus grâce à une association locale à la réunion publique tenue la semaine dernière, salle Saint-Bruno dans le 18e arrondissement.

Ainsi dans un objectif de développement d?une prise en charge individuelle, nous déplorons que seules neuf places soient envisagées dans le dispositif d?abri de nuit, alors que les besoins sont largement supérieurs. Comme cela fut confirmé lors de la réunion publique, certains d?entre eux dorment dans des séchoirs de lavomatique pour chercher un peu de chaleur ou encore dans des Autolib? dont ils sont parfois tirés par la police avec une fermeté souvent mal proportionnée.

Aussi difficile que soit la tâche des policiers, l?exemplarité de tous est une condition nécessaire pour restaurer la confiance entre ces enfants et le monde des adultes. Il serait déplorable que le comportement inapproprié de quelques policiers ternisse le professionnalisme des autres.

Nous regrettons également que cet abri de nuit soit fermé le lundi. Pourquoi ne pas avoir directement mis en place un accueil très souple ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ? Cela donnerait toute la latitude et la souplesse nécessaire pour déployer différentes réponses à la nécessité de l?individualisation de la relation avec ces enfants.

Par ailleurs, plusieurs associations locales sont investies depuis des mois auprès de ces enfants, chacune avec ses actions spécifiques, et font donc partie des acteurs mobilisés. Or, leur travail n?a jusqu?alors pas assez été reconnu, suscitant leur exaspération lors de la réunion publique de la semaine dernière. Comment seront-elles intégrées et impliquées dans le nouveau dispositif ?

De plus, la situation évoluant très rapidement de semaine en semaine, nous demandons qu?un premier bilan soit fait dans trois mois et non dans six mois, afin de rapidement réadapter ce projet au plus près des besoins, si cela semble nécessaire.

Enfin, le coût du dispositif proposé par l?association avoisine 1,3 million d?euros répartis entre la Ville et l?Etat. L?obtention d?une contribution de l?Union européenne serait bénéfique pour permettre le développement de travaux de recherche et de diagnostic des parcours migratoires de ces enfants à une échelle européenne, mais également parce que l?Union européenne, à travers sa politique migratoire inacceptable, porte une importante responsabilité dans la présence errante de ces enfants dans le quartier de la Goutte-d?Or.

Pour finir, les élus écologistes sont pleinement conscients que la mise en échec des dispositifs existants oblige les pouvoirs publics comme les associations à faire preuve d?imagination et de courage pour expérimenter des méthodes inédites. Pour que ces actions soient un succès, elles doivent remporter l?adhésion de toutes les parties prenantes, car c?est collectivement que nous parviendrons à apporter des réponses.

En matière de protection des enfants, nous n?avons pas le droit à l?erreur. Soyons à la hauteur des enjeux. Merci.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Fatoumata KONÉ.

La parole est à Mme Danièle PREMEL pour 5 minutes également?

Sur ma feuille, il est écrit Danièle PREMEL et je donne la parole à Danièle PREMEL, mais apparemment non. Très bien.

La parole est à M. Pascal JULIEN, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Pascal JULIEN. - Sur le v?u ?

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Oui, sur le v?u et plus largement sur le projet de délibération. Enfin, comme vous voulez.

M. Pascal JULIEN. - Je n?avais pas pensé intervenir forcément mais Fatoumata KONÉ a dit l?essentiel.

J?ai vu M. le Préfet réagir vivement à certains passages de Fatoumata KONÉ et je lui demande de ne pas caricaturer ce qu?a dit Mme KONÉ qui s?interroge, parce qu?on a des témoignages, sur ce qui a pu se passer avec quelques policiers, très peu nombreux. Donc, il ne faut pas caricaturer, ce n?est pas toute la police. Au contraire, elle est exemplaire la police, mais dans cette affaire, et c?est ce qui est délicat, c?est qu?il ne peut pas y avoir la moindre petite bavure parce que cela prend tout de suite une tournure extrêmement grave, dans la mesure où on est sur quelque chose de sensible.

Donc, je pense qu?il faut raison garder. Mme KONÉ s?est exprimée au nom de notre groupe, son texte a été relu par tous, nous sommes absolument solidaires de ce qui a été dit et nous ne manquons pas de témoignages éventuellement pour aller dans ce sens. Je pense qu?il faut rester très tranquille, et on peut se revoir en dehors, si vous voulez, discuter, apporter les témoignages, mais il ne faut pas bondir sur sa chaise comme un cabri, ce n?est pas la peine.

Restons tranquilles et unitaires, comme l?a dit M. HONORÉ qui, malgré tout, n?a pas pu s?empêcher de faire quelques chicaneries en disant qu?il ne fallait pas en faire ! Mais ce n?est pas grave, l?essentiel sur ce dossier, on est bien d?accord, c?est d?être unanime parce que personne n?a raison tout seul.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci.

Je donne donc la parole à Mme Dominique VERSINI.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, tout d?abord, merci au maire du 18e arrondissement, Éric LEJOINDRE, pour son intervention car il a résumé toute la difficulté de la question et toute l?humanité aussi qu?il faut avoir, alliée à une certaine fermeté pour pouvoir traiter une question aussi complexe et qui concerne des enfants.

Ce sont des enfants qui sont à la fois des victimes, des victimes de la misère, des victimes de l?histoire du monde, des victimes de l?exploitation, des victimes de l?abandon, mais qui sont aussi auteurs d?un certain nombre d?infractions, et c?est la raison pour laquelle on ne peut pas parler de ces enfants, dont une bonne partie sont des enfants marocains, dont un bon nombre sont très jeunes, même 10 ans, 8 ans, m?a-t-on dit, et quelques autres plutôt autour de 14, 15 ans, sans avoir beaucoup de précautions et en ayant une approche d'abord pragmatique, novatrice et définitivement humaniste, car on doit croire que chaque parcours humain, chaque parcours d'enfant, malgré les aléas de la vie, peut mener à un adulte résilient et un adulte qui se construit.

C'est pourquoi je remercie aussi tous les intervenants : Olga JOHNSON pour le groupe UDI-MODEM, Fatoumata KONÉ, Christian HONORÉ, Pascal JULIEN, et, bien sûr, elle n'est pas intervenue mais nous sommes ensemble face à ce sujet, Colombe BROSSEL, car c'est une question pour laquelle nous devons avoir une approche globale.

Je dirai quand même que nous ne sommes pas au paradis, dans ce genre de situation, et, chère Fatoumata KONÉ, je ne veux pas détruire vos illusions, mais nous avons appris, après la réunion, que les enfants avaient reçu, de la part de l'association qui les avait amenés, 5 euros pour pouvoir venir. 5 euros qui leur auraient permis de manger le soir. Donc on voit bien qu?on est aussi dans de grandes manipulations autour des enfants et qu'il faut être très prudent, ce qui n'empêche pas ces associations d'être présentes, mais ceci est un fait absolument avéré par l'un de nos collaborateurs, qui parle arabe et qui est d'origine marocaine, qui a pu parler avec les enfants qui lui ont expliqué.

Je veux dire, tout de suite, parce qu?il faut être très juste avec la police. Il ne faut pas rentrer dans des clichés et des caricatures qui n'ont pas lieu d'être. Je pense que la situation est complexe, qu?effectivement, la police est amenée à intervenir et que la commissaire GOETZ, face aux accusations de violence, s'est un peu fâchée et on a senti que la moutarde lui montait au nez parce qu?il y a eu aussi 12 policiers blessés depuis tous ces mois-là. Donc je pense qu'il faut qu'on soit tous très prudents et qu'on évite les clichés, car je pense que tous ceux que l'on a vus n?ont qu'une idée, c?est d'essayer de faire en sorte que ces enfants puissent être pris en charge, à la fois sur le plan sanitaire, sur le plan de l'apprivoisement qui va être mené par cette association, le C.A.S.P.E., qui nous a proposé ce projet global en lien avec, bien sûr, les associations de quartier, en tout cas celles qui sont dans un projet positif et constructif pour les enfants et pour le quartier.

N'oublions pas, aussi, les habitants qui sont quand même dans une difficulté qu'ils ont exprimée avec beaucoup de pudeur lors de la dernière réunion publique parce que, justement, ils ont compris qu'il s'agissait d'enfants et qu'il n'y avait pas de réponse toute faite. Oui, c'est vrai : il y a des enfants qui dorment dans des sèche-linge. C'est terrible ! On a vu un enfant qui tenait à peine debout, tellement il était détruit par la drogue. C'est vrai. Et la chef du parquet mineur, Mme Laëtitia DHERVILLY, a expliqué qu'elle les avait vus bien des fois, mais beaucoup ont moins de 13 ans. En-dessous de 13 ans, on ne peut rien faire d?un point de vue judiciaire pour un enfant. On n'a pas d'autorité parentale. Même hospitaliser l'enfant est tout un problème juridique en France. Donc c'est très compliqué.

Alors, ce que l'on va faire, c'est effectivement travailler tous ensemble pour essayer d'inventer parce qu?il s'agit d'enfants qui ont vécu, déjà, la rue dans leur pays. Et nous avons rencontré une association marocaine, qui a été très conspuée lors de la réunion dans le 18e, à tort. C'est une grande association de protection de l'enfance qui gère 14 centres de protection de l'enfance au Maroc et qui est gérée par une femme qui est venue, qui a parlé beaucoup d'enfants et qui a pu repérer déjà que bon nombre d'entre eux viennent du même quartier de la ville de Fès. Elle est en train, actuellement, de mettre en place toute une action de prévention et d'information des familles pour expliquer aux familles ce qu'il advient de leurs enfants lorsqu'ils partent comme cela, croyant partir vers une sorte d'Eldorado qu'ils ne trouvent pas.

Car, ce qu'ils trouvent, c'est la rue, c'est l'exploitation par des bandes locales plus âgées qui les utilisent et qui les amènent à commettre des actes de délinquance, et qui les incitent à consommer, comment dire, des produits psychoactifs de plus en plus forts. Au début, ils sniffaient de la colle. On n'avait jamais vu cela à Paris, des enfants sniffant de la colle. Maintenant, ils sont vraiment dans des drogues beaucoup plus dures et on voit leur destruction. Il y en avait un qui tenait à peine debout. Donc c'est vrai qu'on doit tous s'allier.

Le C.A.S.P.E., grande association qui a une très grande expérience de prévention spécialisée et de protection de l'enfance, assurera la coordination avec l'ensemble des acteurs et prendra ce temps auprès de chaque enfant pour pouvoir les rassurer, créer du lien et leur laisser croire que des adultes sont là de façon totalement désintéressée, qu'ils peuvent avoir à manger sans avoir besoin de venir à aucune réunion où ils n'avaient pas leur place, qu'ils peuvent être soignés, qu'ils peuvent être aidés et, lorsque c'est possible, évidemment, retrouver leur famille. Et ceci se fera toujours avec la validation du juge des enfants. Voilà.

Donc, je terminerai en remerciant tous ceux qui ont présenté ce v?u, en remerciant l'UDI-MODEM pour son soutien à cette expérimentation. Je n'ai pas compris la position de M. HONORÉ, à part qu'il n'y a pas de différence politique sur la question des enfants. En ce qui me concerne, j'émets un avis positif à ce v?u, sous réserve des amendements proposés, et je vous invite à voter le projet de délibération DASES 98.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci beaucoup, Dominique VERSINI.

Monsieur le Représentant du Préfet de police, et chacun le comprendra, a demandé à intervenir sur le sujet.

Vous avez la parole.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.

Il est quand même parfois un peu surprenant d'essuyer des critiques lorsque, depuis l'émergence, dès l'apparition du phénomène, que ce soit signalé par le maire du 18e arrondissement ou par les services de police, l'ensemble des acteurs se sont mobilisés en commençant par la Mairie de Paris, la justice et les services de la Préfecture de police. Donc, il n'y a pas, me semble-il, dans cet hémicycle, lieu à polémique sur des éventuels retards ou sur des éventuels mauvais agissements des services de police.

J'invite, en tout cas ceux qui pourraient être intéressés par la question, à aller accompagner un équipage des services de police dans le 18e arrondissement. Je l'ai fait à plusieurs reprises et donc, je suis allé intervenir sur des jeunes mineurs et j'ai vu comment, à un moment donné, sous l'effet de ces produits stupéfiants, ils pouvaient être violents d'abord entre eux, d'abord entre eux, avec des bagarres où il faut intervenir pour aller les séparer, etc. Et c'était dans le square Bashung.

Avant de parler de violences policières, il faut déjà parler de ces propres violences entre eux et de pouvoir ensuite voir comment ils peuvent être violents à l'égard des tiers et des riverains. Le Préfet de police l'a rappelé hier avec 1.500 interpellations, 1500 interpellations en l'espace de 5 mois, 900 déferrements. 10 personnes écrouées, en rappelant que ce sont des mineurs, mineurs en danger et mineurs qui constituent un danger pour les tiers.

Et donc, je remercie Mme VERSINI pour ses propos, pour le rappel serein de l'ensemble des actions mises en ?uvre, et elles sont nombreuses, notamment à son initiative, en lien avec la justice. Un mot pour Mme Touraya BOUABID qui est une actrice, effectivement, de très haut niveau, avec laquelle il nous faut travailler parce que, avant tout, ces jeunes sont des enfants et ils ont, pour le maximum d'entre eux, intérêt à pouvoir retrouver leur famille où ils ont toute leur place.

Donc, en tout cas, j'aimerais bien quand même qu'à un moment donné, on oublie parfois l?aspect des violences policières pour masquer le reste de la difficulté du sujet.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci à vous.

Nous allons mettre successivement aux voix le v?u n° 89 G puis le projet de délibération.

Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par les groupes Socialiste et Apparentés, Communiste - Front de Gauche et Ecologiste de Paris, amendée par l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée à l'unanimité. (2017, V. 15 G).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 98 G.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2017, DASES 98 G).