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VII - Question d'actualité posée par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative au phénomène de bandes à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité du groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants.

La parole est à M. DUBUS.

M. Jérôme DUBUS. - Le v?u de mon groupe portera sur le phénomène des bandes à Paris et sur son développement.

Le 13 janvier dernier, le jeune Ismaël, seulement âgé de 15 ans, qui tournait dans le 11e arrondissement tranquillement un clip de rap, a trouvé la mort, lâchement poignardé à la suite d'une rixe entre bandes rivales. Cet assassinat a causé un vif émoi dans Paris. Il est malheureusement l'aboutissement d'une montée en puissance du phénomène des bandes organisées à Paris.

Certes, Paris a toujours connu, à des époques diverses, ce phénomène. Mais, ce qui nous frappe aujourd'hui, c'est la jeunesse des individus concernés, souvent des mineurs, et la violence employée dans les règlements de comptes. On compte actuellement 16 bandes actives dans Paris intra-muros, et 45 avec la Petite Couronne, concentrées principalement dans le nord-est de notre capitale.

L'année 2017 a vu le recensement de 40 bagarres, 3 morts, 109 blessés, contre 51 blessés et 1 mort en 2016. Il y a donc bien une accélération des conflits, qui deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus violents. Une escalade de brutalité qui rend les riverains complètement désarmés et apeurés, et les autorités dont nous, les élus, démunies. De tels affrontements eurent déjà lieu en 2015 entre bandes rivales des 18e et 19e arrondissements.

La trêve est fragile, mais elle a été trouvée grâce à la mobilisation de tous les acteurs, professeurs, élus, policiers, travailleurs sociaux, parents, et associations.

Ma question s'adresse donc à vous, Madame la Maire, et bien évidemment à M. le Représentant du Préfet de police : que comptez-vous faire concrètement à très court terme pour mettre fin à ces affrontements qui opposent désormais des adolescents et s'accompagnent d'une recrudescence de violence ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Monsieur DUBUS, d'avoir rappelé dans cet hémicycle la mémoire d'Ismaël, mort le 13 janvier à 15 ans, sur un trottoir de la rue de la Roquette, victime d'une rixe entre adolescents.

En effet, ce phénomène est un phénomène parisien, un phénomène présent. Je le redis : si l'on prend depuis le 1er janvier 2016 le nombre de rixes survenues dans notre ville, dont nous avons connaissance à la Ville de Paris, et j'imagine que nous n'avons pas connaissance de tout, et qu'on le divise par le nombre de jours, c'est une rixe tous les trois jours qui a lieu dans notre ville.

Depuis le 1er janvier 2016, 5 personnes sont décédées à Paris des suites de rixes. Vous avez raison de poser ce sujet. Nous avons les uns et les autres, c'est-à-dire l'ensemble des institutions et des acteurs, notamment sociaux, mais pas que, des acteurs jeunesse, des acteurs de l'éducation populaire, beaucoup travaillé sur ce sujet :

A la demande de la Maire de Paris, le Procureur de Paris a mis en place un groupe local de traitement de la délinquance dédié aux bandes, qui permet un suivi à l'échelle parisienne, associant le Rectorat, la P.J.J., les mairies d'arrondissement et la Préfecture de Police.

La Ville a mis en place un circuit d'échanges d'informations dans un cadre évidemment sécurisé, qui permet la mobilisation de tous les acteurs éducatifs et sociaux pour enclencher immédiatement un accompagnement individuel des jeunes, mais également de leur famille, et quand je dis famille, c'est évidemment en élargissant aux frères et s?urs.

Une chef de service social vient d'arriver le 1er février à la DPSP, pour coordonner la mise en place des plans d'action individuels mis en ?uvre avec ce circuit d'échanges d'informations.

Evidemment, nous soutenons en parallèle des actions de prévention collective en accompagnant la mobilisation des parents, parce que nous avons besoin de la mobilisation des parents, en soutenant les projets interquartiers ou en travaillant sur les réseaux sociaux.

Les maires des 18e et 19e arrondissements pourraient le dire mieux que moi, après plus de deux à trois ans d'affrontements quasi quotidiens : je touche du bois, nous sommes aujourd'hui dans une situation dans laquelle nous ne vivons plus de rixes organisées telles que nous les avons connues.

Pour autant, le travail n'est pas achevé. Vous avez raison de nous interpeller de ce point de vue. C'est la raison pour laquelle la Maire de Paris a proposé de lancer une mobilisation inédite qui permettra à l'ensemble des acteurs de réinterroger chacun ses pratiques, mais également les pratiques avec les autres, et de mobiliser de nombreux champs de l'action publique présents sur l'espace public : lien avec les familles, accompagnement à la parentalité, place de la médiation à Paris, sectorisation scolaire, logement, lien inter-arrondissements, éducation à l'image.

L'objectif de ce travail, qui pourrait avoir lieu au printemps, sera évidemment de voir ce qui existe, parfois à des niveaux locaux, ce qui fonctionne, ce que nous pouvons généraliser, voire ce que nous devons renforcer, affirmer le besoin du "aller vers" en direction des jeunes, des fratries, des familles, et combiner une approche parisienne à une échelle locale.

Nous sommes en train de finaliser ce travail. Je reviendrai bien entendu devant vous pour vous le présenter.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Colombe BROSSEL.

Monsieur le Représentant du Préfet de police ?

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Sur le constat, je confirme le nombre de blessés et de morts que vous évoquez, Monsieur DUBUS. Quelques éléments complémentaires peut-être.

Le nombre d'événements en relation avec les bandes, qui va au-delà du nombre de blessés et du nombre de morts, est plutôt en baisse entre les années 2016 et 2017, ce qui n'enlève rien à l'acuité et l'importance du phénomène que l'on constate majoritairement sur la voie publique. Plus des deux tiers des faits impliquant des bandes sont commis sur la voie publique, dans moins de 20 % des cas au sein d'établissements scolaires, et de façon très minoritaire à l'intérieur des transports en commun, et majoritairement lorsque c'est le cas à l'intérieur des bus.

Les services de police constatent également souvent la présence d'armes. Ce sont très rarement des armes à feu, fort heureusement, plutôt des armes par destination, des armes blanches ou lacrymogènes utilisées par ces bandes essentiellement composées de mineurs. L'âge moyen des personnes interpellées est un peu supérieur à 16 ans, 16 ans et 10 mois, mineurs majoritairement garçons, mais nous constatons l'existence de filles, qui commettent des vols avec violence, sont impliquées dans des trafics de stupéfiants, des occupations illicites de l'espace public, commettent des incivilités, et se battent entre elles.

Face à ce constat que nous partageons et qui appelle toute notre mobilisation, il existe à l'échelle de la Préfecture de police, et donc sur le ressort également de la Petite Couronne, depuis 2010, un plan dédié à la lutte contre les bandes, qui mobilise plus particulièrement les services de la direction du renseignement de la Préfecture de police, de la Direction de la police judiciaire, évidemment de la direction des services de police de proximité de l'agglomération parisienne.

L'action de ces services repose sur trois thématiques principales.

La première, c'est l'identification et la connaissance des bandes qui existent sur le ressort de la Préfecture de Police et sur le territoire parisien. Il est essentiel que les services puissent en amont identifier les meneurs ou les participants à ces bandes pour en comprendre les modes de fonctionnement, les modes relationnels et les moyens de subsistance. C'est un élément et une étape absolument essentiels.

Deuxième volet, la judiciarisation qui relève du procureur de la République. L'adjointe à la maire en charge de la sécurité a rappelé l'existence d'un groupe local de traitement de la délinquance dédié à cette problématique de lutte entre les bandes. Les services de la Préfecture de police y participent. Sur les 291 individus interpellés à Paris en 2017, 124 ont été déférés devant l'autorité judiciaire, ce qui montre quand même l'efficacité de l'intervention des services de police.

Enfin, troisième volet, nous participons, l'Etat en général, les services de la Préfecture de police, au volet prévention avec la Ville de Paris et l'ensemble des autres acteurs, que ce soit à travers les actions de soutien aux familles, de responsabilisation des parents, ou d'échange d'informations entre les différents partenaires susceptibles à un moment ou un autre d'apporter une réponse au phénomène que nous constatons.

Nous entendons poursuivre cette action de façon déterminée, compte tenu de l'ampleur du phénomène et des conséquences qu'il peut avoir pour la tranquillité et l'ordre public dans le territoire parisien. Nous continuerons donc cette mobilisation dans les mois et les années qui viennent.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Représentant du Préfet de police.

Monsieur DUBUS ?

M. Jérôme DUBUS. - J'ai bien entendu tout ce qui a été mis en place et tout ce qui le sera. Nous allons suivre cela avec une grande attention. J'ajoute un petit point sur les bailleurs sociaux, qui ont eux aussi une responsabilité de surveillance et de sanction lorsqu'ils le peuvent. La loi ne leur permet pas toujours de le faire. Je crois que là aussi, puisque la majorité des bailleurs sociaux dépendent de la ville, il y a un rôle vis-à-vis d'eux qui est intéressant, à ce qu'ils puissent le porter, et à sanctionner quand il faut le faire.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, c'est un sujet sur lequel nous travaillons bien sûr et nous avons la chance d'avoir des directeurs des différentes sociétés d'économie mixte de la Ville sur le logement avec lesquels nous partageons cette ambition. Ils sont responsables, les gardiens souhaitent participer aussi à la tranquillité de ces quartiers et de ces résidences sociales, et donc c'est bien sûr une piste sur laquelle nous avançons.

Merci beaucoup.