Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Fevrier 2018
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2018 DEVE 38 - Communication sur le lancement d’un appel à projets 2018 relatif au "Printemps des Cimetières".

Débat/ Conseil municipal/ Février 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à présent au projet de délibération DEVE 38 : il s?agit d?une communication sur le lancement d?un appel à projets 2018 relatif au "Printemps des Cimetières". Monsieur le Président, vous avez la parole, pour le groupe UDI-MODEM.

M. Éric AZIÈRE. - Madame la Maire, mes chers collègues, je dois dire que, par rapport à cette proposition et à ce projet de délibération, l?avis du groupe UDI-MODEM est plutôt attentiste et partagé sur ce qui apparaît plus comme une initiative à prendre avec extrêmement de précautions qu?une proposition qui fasse véritablement avancer la communauté municipale, la communauté générale par rapport à une animation des cimetières.

D?abord, mon premier étonnement ou ma première interrogation porte plutôt sur le printemps. Cette notion de célébration d?une saison dans un cimetière, la notion de la saison est plus ressentie dans un cimetière par ceux qui passent que par ceux qui y restent. Le sentiment que j?ai à travers cela, c?est que c?est vraiment une histoire de vivants qui s?adressent aux vivants. Cela n?a pas grand-chose à voir avec un cimetière.

Le printemps ressenti du côté des racines, pour ceux qui sont allongés, n?a rien à voir avec ce que l?on peut ressentir à la fin du solstice d?hiver. C?est, à la limite, un vague réchauffement de la terre mais qui, pour la plupart, les laisse froid.

Dernier aspect : celui de la biodiversité que cela peut favoriser. S?il s?agit simplement, à travers toujours la dimension artistique qui est requise dans l?appel à propositions qui est fait sur les animations susceptibles de trouver leur place dans le printemps des cimetières? c?est d?ajouter des vers qui se récitent aux vers qui se tortillent, la différence entre les deux étant que les premiers ont des pieds et les deuxièmes n?en ont pas. C?est une proposition qui, là aussi, me laisse très interrogatif.

Quand on va dans un cimetière, me semble-t-il, les morts que l?on va voir, c?est à leur rencontre que l?on est dans ce qui est considéré, jusqu?à nouvel ordre, comme leur dernière demeure. Les vers de Victor Hugo sont assez éloquents sur le sujet : "Demain, dès l?aube, je partirai. Tu vois, je sais que tu m?attends". Il me semble que c?est peut-être ce rendez-vous qui compte et qui fait sens dans la rencontre entre les vivants et les morts dans un cimetière et pas une animation festive qui n?aurait pas sa place.

Dernière réticence : je n?oublie pas qu?il y a quelque temps, vous nous avez proposé de louer les catacombes à "Airbnb", pour je ne sais quelle animation ou réveillon festif. Il me semble qu?il y a des lieux de mémoire et des lieux de fête dans Paris et que l?on peut trouver une place pour des animations dans les lieux de fête et une place de recueillement dans les lieux de mémoire.

Encore une fois, la réflexion du groupe est en marche - si j?ose dire. Nous aurons, sur ce point, un nouveau rendez-vous, une fois que cet appel à projets aura porté ses fruits. Notre analyse définitive portera plutôt sur le contenu des projets qui seront recueillis que sur l?idée telle qu?elle nous est présentée aujourd?hui.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je n?ai pas tout compris, mais bon.

Monsieur Pascal JULIEN, vous avez la parole, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Pascal JULIEN. - Merci, Madame la Maire.

La communication évoque l?action de la Ville de Paris en matière d?art funéraire, pour la préservation de l?art funéraire des cimetières. De ce point de vue, j?éprouve une double inquiétude. La première, c?est que les tombes appartenant aux familles, avec le temps, ne sont plus entretenues. On voit des tombes se dégrader, tomber progressivement en ruines. Certes, une politique a été faite, qui consiste à classer certaines tombes au titre des monuments historiques, ce qui crée une contrainte pour les familles ensuite. Toutefois que se passe-t-il, en fait ? Concrètement, on assiste à une sorte d?affadissement des tombes existantes.

L?autre inquiétude, c?est que les nouvelles tombes, elles, sont souvent des tombes extrêmement plates, fonctionnelles, en marbre de Chine et qui contrarient fortement, justement, le style du reste du cimetière. Au total, avec ce double phénomène, on assiste à une véritable dégradation de la richesse artistique funéraire des cimetières.

Les moyens de la Ville sont un peu limités, je le sais parce que c?est la loi qui cadre tout cela. J?interroge tout de même notre adjointe : où en est-on, de ce point de vue ?

Maintenant, toujours sur la communication, je vais rejoindre les propos - en tout cas, ce que j?en ai compris - d?Eric AZIÈRE, notre point de vue est le suivant : les espaces verts, les jardins publics ont tendance à devenir le lieu où l?on met tout ce que l?on ne sait pas faire ailleurs dans la ville. J?en sais quelque chose, j?ai été adjoint de Daniel VAILLANT dans le 18e arrondissement. On est en permanence sollicité pour y faire tout un tas de choses et on cède progressivement : du sport, des animations, des trucs, des machins.

Finalement, on ne trouve plus dans les espaces verts le grand calme dont les Parisiens ont besoin. Ce grand calme, il est vrai qu?on le trouve en allant dans les cimetières. Les cimetières occupent ainsi une double fonction : une fonction de recueillement, je dirai à caractère anthropologique, et puis une fonction de détente, de grand calme.

Moi-même, en tant qu?usager, quand j?ai besoin de calme, je vais méditer dans un cimetière ; pas dans un espace vert parce que je sais que, dans un jardin public, je serai gêné.

Cette communication m?inquiète parce que, très bien, on veut mettre en valeur le patrimoine funéraire du cimetière, je suis d?accord ; mais enfin, le coût de l?animation - je rejoins M. AZIÈRE - m?inquiète. Je ne veux pas que ce soit la première brèche. OK une fois par an, mais alors pas plus ; et grand soin de l?animation qui sera choisie.

Franchement, franchement, franchement, on a besoin de préserver le grand calme des cimetières ! Si l?on n?est pas un peu rigide, petit à petit, on va céder comme pour les espaces verts.

Voilà pourquoi mon groupe demande que, à l?issue de tout cela, un bilan soit fourni au Conseil de Paris ou à la commission compétente. En effet, pour notre part, nous resterons vigilants sur ce double aspect que j?ai évoqué : d?une part, entretenir la richesse artistique de l?art funéraire présent dans les cimetières et, d?autre part, préserver le grand calme.

Aujourd?hui, d?ailleurs, j?observe que des visites se font. C?est un très bon système. C?est déjà une animation tout à fait bonne et suffisante : des visites dans les cimetières. Je ne comprends pas trop pourquoi on a besoin d?en faire d?avantage, en quelque sorte. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur Pascal JULIEN.

Monsieur Didier GUILLOT, vous avez la parole, pour le groupe DP.

M. Didier GUILLOT. - Madame la Maire, mes chers collègues, le 26 mai prochain sera donc organisé le premier "Printemps des cimetières", qui mettra à l'honneur la richesse de 20 cimetières à l'intérieur et à l'extérieur de Paris. Je rappelle d'ailleurs que de nombreux cimetières sont effectivement loin de Paris, ou en tout cas autour de Paris, je pense à Pantin ou Montrouge.

Gratuite, cette mise en valeur des cimetières sera un événement notamment pris sous l'angle historique et artistique, le groupe Démocrates et Progressistes soutient le projet, mais souhaite tout de même faire quelques remarques.

Effectivement, nous sommes pour la valorisation des espaces parisiens quels qu'ils soient, les cimetières en font évidemment partie. Ces lieux sont une source de richesse et de diversité tant artistique, architecturale que végétale.

Ce patrimoine à la fois bâti et naturel doit être mis en lumière et non pas caché, oublié, délaissé.

La mémoire doit toujours être entretenue, l'art funéraire et architectural de ces espaces est en étroit lien avec la végétation luxuriante alentour. La biodiversité y est très importante du fait notamment que ces espaces soient protégés, sacrés, mémoriels et à l'abri des attaques extérieures.

Cette valorisation va bien sûr de pair avec la conservation nécessaire des lieux, des architectures. En abandon parfois, brisés, cassés, en ruines, ces éléments bâtis peuvent pâtir de l'image néfaste et négative qu'ont les cimetières. Il est donc primordial que les actions d'information du public aillent dans le sens d'une déconstruction de certains clichés et d'une promotion du patrimoine important présent en ces lieux. Nous sommes donc favorables à l'idée de faire découvrir ces espaces sous le prisme d'activités en particulier culturelles. Il est tout à fait possible de donner vie aux cimetières en invoquant les noms de l'histoire, de la littérature, de l'art et de la musique, je pense à Proust, Balzac, Stendhal pour les écrivains, Berlioz, Chopin pour les musiciens, ou encore Emile Zola, je pense à Montmartre en l'occurrence. La nature alentour, les animaux, les plantes, les insectes occupent également ces espaces, et nous n'y sommes pas. Nous veillerons cependant au respect des lieux, à la mémoire des morts, au recueillement des vivants, car bien que cet événement soit louable, il se doit de respecter les lieux de repos, de promenade, de quiétude. Les ateliers de peinture, de théâtre, de musique doivent prendre en compte le cadre spirituel et spatial de ces cimetières et ces objets matériels ainsi que toute la biodiversité. Les trois directions, la DPE devra être mobilisée ainsi que la DAC et l'ADEME. Je vous remercie.

Nous voterons ce projet de délibération.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur GUILLOT. Je donne la parole à Mme KOMITÈS.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe. - Merci, Madame la Maire.

Je voudrais rappeler que les cimetières parisiens, qui couvrent plus de 420 hectares, sont des espaces verts et qu'ils abritent un remarquable patrimoine naturel, mais aussi historique et architectural.

La volonté de cette journée est de faire que cette richesse exceptionnelle soit mieux connue au-delà des lieux emblématiques que fréquentent un certain nombre d'initiés, notamment pour des balades de biodiversité que peuvent être le Père-Lachaise ou le cimetière Montmartre, et qu'il y a aujourd'hui beaucoup à découvrir dans les cimetières parisiens, et aussi les cimetières extra-muros.

C'est dans cet esprit que nous avons souhaité mettre en place ce "Printemps des cimetières", avec des visites qui permettront au public de porter surtout un nouveau regard sur les cimetières parisiens.

Je voudrais quand même rappeler que c'est une initiative qui n'est pas nouvelle, puisqu'elle a été lancée par une association qui s'appelle Patrimoine Aurhalpin en 2016, qui rencontre un succès grandissant et qui l'année dernière a réuni 62 communes avec notamment les villes de Lyon, de Rennes, ou de Genève qui participaient à cet événement. Il a pour objet de faire découvrir la richesse de nos cimetières, tant en termes de biodiversité que de patrimoine, et d'y proposer des animations artistiques, mais bien évidemment respectueuses de la quiétude des lieux, qui restent des lieux de recueillement et de mémoire, mais je pense que cette journée est tout à fait compatible. Nous allons, quand nous sélectionnerons les projets, vérifier qu'ils sont totalement conformes au règlement des cimetières parisiens, et notamment, ils respecteront la charte d'occupation, les projets devront prendre en compte la qualité, l'intérêt, le respect du recueillement, et je crois qu'il ne faut pas confondre le respect nécessaire et le respect que nous avons pour les défunts et les proches endeuillés, avec certains tabous autour de la mort. Je rappellerai que l'idée, l'espèce de stricte séparation des cimetières du reste du monde est quelque chose d'assez récent. Je suis persuadée, mais nous en ferons le bilan, que cette journée sera l'occasion d'une découverte harmonieuse et enrichissante pour les Parisiens. Je le répète : il y a des Parisiens qui fréquentent les cimetières mais peu, et ce sont souvent les mêmes, alors qu?il y a une richesse extraordinaire dans tous ces lieux, en termes de patrimoine, de culture et de biodiversité.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame KOMITÈS.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 38.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2018, DEVE 38).