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VI - Question d'actualité posée par le groupe Communiste - Front de Gauche à Mme la Maire de Paris relative au théâtre Tarmac, dans le 20e arrondissement.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons donc à la question suivante qui est posée par le groupe Communiste - Front de Gauche.

La parole est à M. Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

Je vous propose de rester sur le terrain de la culture, ou plus précisément sur le Tarmac. La culture à Paris serait-t-elle la victime des choix du Gouvernement ? Le 31 janvier, la Ministre de la Culture a annoncé la disparition du Tarmac, théâtre populaire au c?ur du 20e arrondissement, et son remplacement par le Théâtre Ouvert. Cette décision a conduit à la mobilisation d'artistes, à la diffusion de pétitions, pour défendre la survie du Tarmac.

Le Tarmac est un théâtre populaire qui s'est ancré progressivement sur son territoire, symbole de diversité. Le projet mené par le Tarmac connaît un succès important, on compte près de 75 % de fréquentation en moyenne dans ses salles, et un travail important avec les collèges, notamment le collège Gambetta dans le 20e.

Le Tarmac a toujours développé des partenariats avec l'espace francophone, autant que son expertise sur la francophonie.

Le Théâtre Ouvert, situé 4 bis, cité Véron, dans le 18e arrondissement, est une association dirigée par Caroline MARCILHAC et présidée par Catherine TASCA, ancienne Ministre de la Culture déléguée à la francophonie.

Il aurait vocation à devenir un espace dédié à la francophonie dans le cadre d'un projet et d'une programmation repensée, en lieu et place du Tarmac. Remplacer un théâtre par un autre, c'est une décision étonnante quand on sait que les deux théâtres portent des projets différents, mais complémentaires pour la culture.

De plus, aucun dialogue, aucune concertation n'ont été engagés avec la direction du théâtre et les acteurs actuels. La décision a été prise unilatéralement, mettant la direction devant le fait accompli, et sans aucune solution alternative. La Ministre de la Culture a publié un communiqué de presse, simplement pour annoncer ce projet.

L'équipe du Tarmac a vivement réagi en soulignant que, derrière la promotion de la francophonie, se cache la volonté de réduire les coûts qui a poussé le Gouvernement à prendre cette décision. Quel message pour la culture ? Celui de la compétition et de la concurrence comme les services marchands ? Comment le Ministère de la Culture peut-il opposer deux lieux culturels ?

Madame la Maire, vous avez été nombreux à saluer, dans cet hémicycle, Jack Ralite au moment de son décès, ancien député communiste, incarnant le grand projet des Etats généraux de la Culture en 1987, qui aboutira à une déclaration des Droits à la culture.

Dans le prolongement de son combat, a été lancé récemment l'Appel de Montreuil, que j'ai signé, et qui interpelle l'Etat sur sa politique culturelle et les moyens qui y sont consacrés. La Ville de Paris a démontré son attachement à la culture en étant une ville d'accueil pour des projets culturels différents. C'est la possibilité d'y voir la culture, les cultures, sous des angles d'approche différents, qui font ainsi la richesse de Paris.

Alors, Madame la Maire, la Ville n'est pas décisionnaire, mais elle est concernée car elle subventionne le théâtre à hauteur de 60.000 euros, et des partenariats ont été noués avec les collèges.

Je vous saisis pour connaître votre position sur ce sujet.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Madame la Maire, merci Nicolas BONNET-OULALDJ, pour cette question éminemment d'actualité du devenir du Théâtre Ouvert, mais aussi du Tarmac.

Je voudrais commencer par saluer les deux directrices de ces deux établissements culturels. Il est assez rare que des femmes seules soient aux commandes d'institutions culturelles, pour saluer la qualité de leur travail, non pas parce qu'elles sont des femmes, mais il se trouve que la qualité de leur travail est tout à fait exceptionnelle.

Je voudrais aussi saluer leurs équipes qui mènent chacune des projets rigoureux et engagés, en particulier dans la promotion des auteurs vivants d'expression française, que ce soit dans le 18e ou dans le 20e arrondissement.

Le Théâtre Ouvert est en péril maintenant depuis deux ans, dans le 18e arrondissement, puisqu'il est contraint de quitter les locaux qu'il louait juste derrière le Moulin Rouge, depuis 1981, cité Véron. Il est contraint de quitter ses locaux à la demande de son propriétaire qui souhaite faire un autre usage de ce lieu.

L'Etat, qui est le principal financeur de ce théâtre, un million d'euros pour une contribution de la Ville de Paris qui, elle, n'est que de 100.000 euros, a engagé des recherches de solutions de relogement. Nous avons beaucoup accompagné l'Etat, le précédent Gouvernement et celui-ci, pour trouver des solutions de relogement. Ces dix-huit derniers mois, plusieurs pistes ont été creusées, la dernière en date étant celle du Tarmac dans le 20e arrondissement. Ce n'est pas une proposition issue de la Ville, bien évidemment.

Tout d'abord, je voudrais comme vous regretter la méthode, puisqu'en effet, le manque de concertation avec les parties intéressées est assez manifeste. Il semble en effet que la rumeur ait circulé et pris une ampleur importante, début janvier, avant même qu'un dialogue ait pu être engagé entre le Ministère et la direction du Tarmac. Pour rappel, ce théâtre est financé lui aussi très majoritairement par l'Etat à hauteur de 1,6 million d'euros contre 60.000 euros de subvention de la Ville. C'est donc d'abord une tutelle de l'Etat.

Il faut rappeler que, dans ce genre de situation, l'accompagnement humain, au-delà du contenu artistique et culturel qui est bien évidemment l'essentiel, est aussi déterminant. Dans ce type de décision, il requiert beaucoup de dialogue constructif. Nous souhaitons qu'il puisse être engagé, en particulier avec les équipes des deux théâtres mais aussi avec les partenaires du Tarmac dans le 20e arrondissement. Je sais que la Maire du 20e, Frédérique CALANDRA ainsi que son adjointe à la Culture Nathalie MAQUOI, sont très sensibles à ce sujet.

La deuxième partie de ma réponse concerne le fond. Je ne crois pas qu'il soit aujourd'hui pertinent de décider du caractère inopportun en soi du rapprochement entre le Théâtre Ouvert et le Tarmac. Tout est une histoire de pertinence du projet artistique et culturel, et de la pérennité des équipes du Théâtre Ouvert et du Tarmac. Est-ce que, sur le fond, il peut y avoir un projet pertinent réunissant l'A.D.N. de Théâtre Ouvert et l'A.D.N. du Tarmac ?

Je reconnais que, sur le papier, ce n'est pas éblouissant à première vue, tant l'identité artistique des deux lieux est aujourd'hui différente et pas absolument convergente. Mais je pense qu'il faut donner les chances à cette proposition de voir si elle est pertinente ou pas. Depuis presque cinquante ans, le Théâtre Ouvert défriche et promeut des écritures théâtrales d'expression française, qu'elles proviennent du territoire métropolitain mais aussi des Outre-Mer ou des pays étrangers francophones. Il peut donc y avoir un lien dans la défense de la francophonie.

Je voudrais aussi redire l'attachement de la Ville de Paris à l'existence et au développement à Paris d'une scène artistique dédiée à la francophonie. C'était le cas du Tarmac, et cela doit demeurer le cas du Tarmac et de ce lieu demain quoi qu'il arrive, en mesure de déployer un travail d'actions culturelles exigeant sur le territoire.

Nous l'avons rappelé au Ministère de la Culture et nous le rappellerons autant que nécessaire, et je le comprends aujourd'hui, aussi avec votre soutien.

Je voudrais conclure avec un aspect un peu plus large que la question du rapprochement Théâtre Ouvert et Tarmac, en réaffirmant que les institutions culturelles, toutes les institutions culturelles sans aucune exception, méritent d'évoluer avec le temps, que les projets qu'elles abritent changent avec les personnes et les contextes. Il n'existe pas de théâtre à Paris qui ne mérite pas de voir son identité artistique et culturelle évoluer au fil des années. Tous les projets artistiques et culturels ont une durée de vie limitée dans le temps.

C'est la raison pour laquelle nous souhaitons, par exemple à Paris, que les renouvellements de direction dans nos grands théâtres et dans nos grandes institutions culturelles puissent intervenir assez régulièrement, entre dix et quinze ans suivant les institutions culturelles. C'est ce que disait magnifiquement Patrice Chéreau : personne ne peut être propriétaire non seulement de l'A.D.N. d'un théâtre, et encore moins de ses murs.

D'ailleurs, je rappelle que le Tarmac s'est installé dans ces locaux en 2011, après avoir existé de longues années à la Villette sous le nom de Théâtre international de langue française, et qu'il prenait alors la place du Théâtre de l'Est parisien, dirigé à l'époque par Catherine ANNE et, à l'époque, suscitant déjà de nombreux remous et de nombreuses polémiques.

C'est la raison pour laquelle, si nous croyons à ces deux théâtres aux identités singulières, qui sont forcément appelés eux aussi à se transformer, nous sommes ouverts au dialogue. Mais comme vous, nous serons très exigeants sur le contenu artistique et sur le devenir de l'ensemble des personnels.

Je vous propose de revenir devant le Conseil de Paris pour vous faire part de nos échanges avec le Ministère de la Culture, l'équipe du Tarmac et de Théâtre Ouvert.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Bruno JULLIARD. Monsieur le Président de groupe?

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire, merci, Bruno JULLIARD, pour cette réponse.

Je retiens la volonté que la Ville de Paris soit autour de la table et qu'il y ait une concertation, pas ce manque de concertation précédent. Mais je voudrais insister sur l'importance d'avoir deux lieux, deux théâtres. Vous l'avez précisé, il s'agit de deux théâtres nationaux, dans deux quartiers populaires de Paris, le 18e et le 20e.

C'est bien là où nous avons besoin aussi de l'art, de la culture. Donc notre position, en tant que groupe Communiste, c'est bien d'évoquer l'idée de projets culturels qui peuvent être partagés entre les deux théâtres. Tout à fait, vous avez raison, sur les évolutions aussi, mais notre préoccupation, c'est le maintien de deux lieux.

Je le réaffirme ici à travers cette question. A la fois, nous soutenons le maintien du lien du Tarmac dans le 20e, mais aussi, nous posons la question d'un théâtre de cette ampleur dans le 18e. Et deux théâtres ne peuvent pas se résumer en un seul lieu.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur BONNET-OULALDJ.