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Fevrier 2018
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Communication sans vote "Objectif Paris propre" (suite).

Débat/ Conseil municipal/ Février 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne à présent la parole pour présenter le rapport de la Mission d?Information et d?Evaluation à Mme Florence BERTHOUT, présidente de cette mission.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, et ce matin tout particulièrement chers Parisiennes et Parisiens dans notre hémicycle.

En novembre 2016, constatant que communication après communication, l?état de propreté des rues parisiennes ne s?améliorait pas, nous avons avec le groupe LR, comme nous y autorise le règlement de notre Assemblée, déposé une demande de Mission d?Information et d?Evaluation sur la politique parisienne en matière de propreté.

Après sept mois de travaux intensifs, l?audition de 78 personnes, dont les maires d?arrondissement que je remercie, les représentants d?organisations syndicales, de nombreuses visites de terrain, l?analyse de très nombreuses études et documents qui sont répertoriés dans le rapport de 232 pages qui a été remis à tous les Conseillers de Paris, les membres de la M.I.E. ont adopté à l?unanimité, toutes tendances politiques confondues, 45 propositions.

C?est un fait assez rare que ce niveau de propositions, adoptées à l?unanimité, qui témoigne de l?esprit de responsabilité, que vous appelez de vos v?ux, Madame la Maire, et de l?envie d?avancer sur une question qui reste un sujet d?insatisfaction majeure, ne nous leurrons pas, pour les Parisiennes et les Parisiens.

Je voudrais rendre hommage à chacune et à chacun des membres de cette M.I.E., et d?abord au premier d?entre eux, le rapporteur Eric LEJOINDRE, avec qui nous avons trouvé une manière de travailler courtoise et intelligente, et pour tout dire agréable.

Oui, on peut l?applaudir.

Je voudrais associer à mes remerciements sincères tous les élus, quelle que soit leur famille politique : Hervé BÉGUÉ, Jean-Didier BERTHAULT, Gypsie BLOCH, Julie BOILLOT, Jean-Bernard BROS, Frédérique CALANDRA, Claire de CLERMONT-TONNERRE, Yves CONTASSOT, Philippe DUCLOUX, Rémi FÉRAUD, Edith GALLOIS, Thomas LAURET, Véronique LEVIEUX. Je n?oublie pas les suppléants car certains ont beaucoup suppléé : Galla BRIDIER, Maud GATEL, Christian HONORÉ et Didier LE RESTE.

Nous devons beaucoup à l?appui précieux, tant dans l?organisation de nos travaux que dans la longue phase rédactionnelle, à Mme POPADYAK et à M. DES BOSCS, pour ces six séances de relecture. Je voudrais leur exprimer notre immense gratitude, ils n?ont pas chômé !

Un seul regret toutefois, Madame la Maire : celui de n?avoir pu nous déplacer dans une ou deux collectivités ayant conduit des politiques et des expériences pilotes exemplaires en matière de propreté. La Ville nous a fait savoir qu?elle n?avait pas de budget ; cela aurait pourtant coûté infiniment moins cher qu?une étude commandée à l?IFOP, croyez-moi.

Les 45 préconisations que la M.I.E. a adoptées sont toutes sauf un robinet d?eau tiède, ce que craignent beaucoup les Parisiennes et Parisiens. Il s?agit non seulement de propositions très concrètes mais surtout de propositions qui s?articulent autour de ce que j?appellerai un vrai discours partagé pour une fois de la méthode.

C?est un discours partagé de la méthode déjà pour moins salir, en responsabilisant et en changeant les mentalités : par exemple en déployant une Brigade de volontaires du service civique pour faire un travail de sensibilisation sur les points noirs de la propreté, en obligeant les bailleurs sociaux et les S.E.M. à décliner des plans ambitieux de propreté, en adoptant la communication et nous n?avons fort heureusement pas attendu des consultations pour faire des propositions sur ce sujet.

C?est moins salir en adaptant évidemment les moyens matériels sur l?espace public et en intensifiant la répression des comportements inciviques. Ce point passe aussi et surtout, comme le souligne le rapport, par une évolution significative de la législation et de la réglementation, disons-le. Nous attendons de nos collègues parlementaires évidemment de nous aider pour lutter contre l?affichage sauvage où il faut une réglementation - cher Pierre-Yves, je suis sûre qu'il nous y aidera - et la prise d?arrêtés municipaux, Madame la Maire, par exemple pour lutter contre les "flyers" sur les pare-brise qui polluent nos rues.

C?est un discours de la méthode aussi pour mieux nettoyer en intégrant cet impératif dans les projets d?aménagement. Quand on nous présente un projet d?aménagement, on ne parle jamais de plan de propreté adossé au plan d?aménagement.

C?est en coordonnant et en ajustant les interventions sur l?espace public, par exemple pour lutter contre la prolifération des rats. Pourquoi la Ville de Paris ne s?inspire-t-elle pas des exemples qui ont marché à l?étranger ? A New York, au hasard.

C?est en mobilisant plus efficacement les ressources humaines. Disons-le, c?est un domaine essentiel où sans innovation profonde pour lutter contre l?absentéisme, nous n?avancerons pas. Je rappelle que 400 personnes comptabilisent plus de 90 jours d?absence par an.

Puis enfin, un sujet cher aux maires d?arrondissement, c?est en évaluant mieux avec la création de tableaux de bord enfin accessibles à tous, la définition d?effectifs cibles par atelier, et surtout l?adaptation de la gouvernance.

Vous avez fait allusion tout à l?heure, Madame la Maire, à des brigades mobiles d?intervention. Je les ai moi-même expérimentées dans le 5e arrondissement en 2015, mais malheureusement à effectif constant. J?ai entendu que vous allez déployer des moyens supplémentaires, c?est-à-dire que vous allez, j?imagine, nous présenter un projet de budget rectificatif puisqu?aujourd?hui nous n?avons que 8 emplois supplémentaires dans le budget 2018.

Pour bâtir ces propositions, les membres de la M.I.E. ont dans un esprit constructif mis de côté les certitudes des uns et les postures des autres. Cela ne signifie pas que nous n?ayons pas des différences, voire des divergences, par exemple sur le niveau des moyens à déployer, raison pour laquelle mon collègue Geoffroy BOULARD présentera demain une proposition de délibération de notre groupe pour aller encore plus loin.

Pour autant, tous les membres de la M.I.E. ont fait un pari audacieux, j?allais dire un pari pascalien : celui que l?Exécutif mettrait en ?uvre enfin les propositions d?une M.I.E. Je sais, c?est audacieux et peut-être même utopique.

Aussi m?autoriserais-je une 46e préconisation qui est plus personnelle : celle de ne pas noyer le poisson avec la Seine et les rats qui remontent en une étude de 14 pages, fort onéreuse, rebaptisée "rapport", et une consultation du Conseil parisien de la jeunesse au demeurant très intéressante. Les Parisiens ne vous le pardonneraient pas et les 7.400 agents de la propreté ne le méritent pas. Ils méritent notre reconnaissance pour le travail souvent harassant qu?ils effectuent. Ils méritent notre reconnaissance pour contribuer à embellir notre environnement. Ils méritent surtout votre engagement à leur côté pour qu?ils n?aient pas le sentiment de vider chaque matin le tonneau des Danaïdes. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je précise qu'à New York, c'est aussi compliqué qu'à Paris, même un peu plus, pour bien connaître la situation et y travailler très clairement.

Eric LEJOINDRE. C'était juste une petite précision liée au fait qu'il y a des rectifications à apporter.

La parole est à Eric LEJOINDRE.

M. Eric LEJOINDRE, maire du 18e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, le Conseil de Paris du 30 janvier 2017 avait décidé de la création de cette Mission d?Information et d'Evaluation et l?exposé des motifs du projet de délibération que nous avions voté en indiquait les objectifs : dresser l'état des lieux des actions conduites en la matière, analyser l'organisation des moyens mobilisés, examiner la répartition des rôles entre les différents échelons et formuler des préconisations. Notre champ d?investigation était donc large.

Je veux commencer cette intervention en remerciant, mais Florence BERTHOUT l?a fait et je veux lui renouveler mes compliments sur la façon dont elle a présidé cette M.I.E., tous ceux qui se sont mobilisés pour nous permettre de présenter notre rapport. Les élus membres de la mission, bien sûr, qui ont été cités, mais aussi les fonctionnaires de la mission, autour de Mme POPADYAK, qui nous ont bien accompagnés et ont été amenés à travailler parfois dans des conditions un peu compliquées.

Je veux saluer aussi l'ensemble des personnes que nous avons entendues tout au long des 78 auditions au cours des 18 séances plénières que nous avons tenues, les adjoints concernés, les responsables des services mais aussi l?ensemble des partenaires. Je me dois de remercier tous ceux qui nous ont accueillis lors de nos visites de terrain, ainsi que les communes, qui ont accepté de répondre au questionnaire que nous leur avons envoyé pour rechercher les bonnes pratiques dans d?autres villes de France ou d?Europe. On n?a pas beaucoup voyagé en avion mais on a beaucoup voyagé par papier et on y a, je crois, beaucoup appris.

Je veux bien sûr à mon tour avoir un mot particulier pour les maires d'arrondissement ou leurs représentants qui ont tous été auditionnés et nous ont apporté leur propre perception.

L?ensemble de ce travail, Florence BERTHOUT l?a dit, nous a permis d?adopter à l'unanimité des membres de la M.I.E. ce rapport qui vous est présenté. Il permet de faire le point sur la politique telle qu?elle est menée mais aussi de formuler un certain nombre de propositions. Notre champ d'investigation était large, le sujet complexe et peut-être trop souvent, comme ces derniers jours l?ont démontré, l'objet de simplifications à des fins de polémique. Je me réjouis donc que nous soyons parvenus à cette unanimité, rendue possible, je le crois, par la qualité du travail sur le fond que nous avons conduit, qui nous a amenés à interroger certaines de nos propres certitudes et surtout à mieux comprendre les réalités complexes auxquelles nous faisons face.

Ce rapport, je le disais, a été adopté à l'unanimité et c'est donc bien ce texte qui nous engage, tout ce texte et il est riche d'informations et de suggestions, mais rien que ce texte et en aucun cas les extrapolations que j?ai pu entendre ces dernières semaines ; notre travail mérite mieux que cela.

Quelles leçons tirer de ce rapport et de ce large tour d?horizon sur la question de la propreté ? D?abord, que l'état de la propreté de nos rues n'est pas satisfaisant et que nous devons faire mieux. Voilà pourquoi nous avons produit les préconisations dont Florence BERTHOUT vous a parlé. Ensuite, que la problématique de la propreté se pose de façon différente et est vécue de façon différente dans les différents quartiers qui connaissent des situations très variées. C'est en effet un sujet sur lequel, et ce n'est pas une découverte, il est assez délicat d?objectiver, les perceptions de chacun pouvant être différentes et nous avons d?ailleurs fait quelques préconisations en la matière.

Avant d'en venir aux préconisations - je serai d?ailleurs rapide, tant Florence BERTHOUT, a été précise pour les présenter -, je voudrais aussi vous faire part d?un petit regret, celui que nous n'ayons pu que survoler, sans doute d?un peu trop loin, la question de la production des déchets, de leur recyclage ou de leur réemploi et de la lutte contre le suremballage, notamment des produits à emporter. C'était pourtant un enjeu important pour l'avenir de notre ville mais la densité du travail sur les autres questions ne nous a pas permis d?aller aussi loin que nous l?aurions sans doute souhaité sur ce sujet qui a bien sûr aussi un impact sur la qualité de l'espace public.

J'en viens donc maintenant à ce qui est peut-être la partie la plus importante de ce rapport de la M.I.E. Ce sont 45 préconisations qui visent à améliorer l?efficacité de la politique parisienne en matière de propreté. Je ne vais pas toutes les citer, elles sont organisées autour de trois thématiques : moins salir, mieux nettoyer et mieux évaluer et organiser les ressources. C'est bien en travaillant en même temps dans ces trois directions que, selon nous, nous pourrons améliorer la situation.

Moins salir en responsabilisant les Parisiens et les visiteurs de notre ville, mais aussi en adaptant les moyens matériels présents sur l?espace public et en intensifiant la répression contre les comportements inciviques. Nous proposons par exemple d'utiliser la vidéo-verbalisation pour lutter contre les dépôts sauvages, notamment les gravats des entreprises qui n?ont rien à faire sur l'espace public.

Nous proposons aussi - c?est sans doute plus anecdotique - de reprendre l'expérience de la ville de Vienne, qui a équipé ses agents verbalisateurs d'uniformes partiellement banalisés, améliorant à la fois la capacité à verbaliser et permettant de rendre ces verbalisations plus visibles. S?il faut faire en sorte que la ville soit moins sale, notre rapport propose aussi des pistes d'amélioration en ce qui concerne le nettoiement de Paris, et il nous semple impératif de mieux coordonner, de mieux ajuster les interventions sur l'espace public, les interventions des équipes de la Ville mais aussi de l'ensemble des grands acteurs de l?espace public et notamment de la R.A.T.P. ; vous en avez parlé, Madame la Maire.

Au-delà, il nous a semblé qu?il fallait mieux prendre en compte les spécificités des différents quartiers pour apporter une solution adaptée à la réalité des différents territoires. Nous proposons aussi de regarder l'évolution possible pour améliorer la gestion des ressources humaines, pour accroître la mécanisation des tâches. Enfin, il a semblé à la mission qu'il serait utile d'essayer d'objectiver les besoins et d?évaluer les moyens en matière de propreté, notamment en menant des enquêtes précises sur la vision des usagers. Oserais-je à ce titre m'étonner de la polémique sur les conférences citoyennes, qui me semblent contradictoires avec cette préconisation unanime que nous faisions dans notre rapport de mieux entendre la parole des citoyens. J?imagine que ce n'est qu'un problème d'agenda.

Voilà, mes chers collègues, dans les grandes lignes, ce que contient ce rapport. Vous l?avez constaté, il est précis et, je crois, riche d'enseignements. Le dernier enseignement que j'en tire, c?est que notre travail ne nous a pas conduits à proposer de modifications fondamentales de l?organisation ou du dimensionnement de la politique de propreté de la Ville. Des améliorations, bien sûr, des ajustements, évidemment, mais aucune des auditions et aucune des préconisations que nous formulons n'a conduit à proposer d'évolution totale ou globale en la matière. C'est sans doute le fruit de ce travail en profondeur sur ce sujet compliqué, c?est sans doute aussi la démonstration que sur une telle thématique, compréhension complexe vaut mieux que simplification communicationnelle. C'est, je crois, ce que nous sommes parvenus à faire au sein de la M.I.E.

Voilà pourquoi je vous invite à prendre connaissance dans sa totalité du rapport dont nous débattons ce matin.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, merci à vous Eric LEJOINDRE, merci à tous les membres du Conseil qui ont participé à ce rapport, à sa présidente, à son rapporteur et aux services qui permettent à cette modalité - c'est un mode de travail extrêmement précieux - de pouvoir se retrouver au sein d'une mission spécialisée du Conseil de Paris pendant plusieurs mois, de pouvoir expertiser un sujet et trouver des solutions, ces solutions étant marquées surtout par la volonté d'être efficace et je pense que c'est ce qui importe. C'est la même volonté d?être efficace qui nous amène et nous conduira à toujours nous appuyer sur l?expertise citoyenne.

Une conférence de citoyens, c'est une méthode moderne, d?ailleurs utilisée dans beaucoup de démocraties qui sont plutôt des démocraties vers lesquelles nous devrions tendre. Je pense aux démocraties du nord de l'Europe qui ont inventé cette méthode, qui s?appelle aussi la conférence de consensus, qui part du principe que des citoyens en tant qu?usagers et experts ont un avis et des propositions, des solutions à formuler. Ces solutions, nous allons les chercher, pas de façon désordonnée mais dans un cadre tout à fait respectueux et qui, je pense, ne peut que nous permettre d'être plus efficaces.

Je vais à présent donner la parole aux différents orateurs qui se sont inscrits pour ce débat.

Le premier d?entre eux est M. Eric AZIÈRE, pour le groupe UDI-MODEM.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, après cette avalanche de communications et de rapports en ouvrant ce débat, permettez-moi juste de tenter de le recadrer dans sa réalité.

Quel est le constat ? Quatre ans exactement après votre élection, Madame la Maire, on ne peut que constater ce matin que vous avez largement échoué à relever à Paris le défi de la propreté ; voilà la réalité. Les Parisiennes et les Parisiens ne sont pas dupes de vos communications annuelles répétitives sur ce sujet crucial, et la profusion dans ce débat de trois rapports, une nouvelle communication de votre part et une proposition de délibération proposée d?ailleurs par l?opposition sont à la fois cruels et éloquents. Et vos efforts pour tenter jusqu'au dernier moment d'apparaître comme plus prescripteur que responsable sont pathétiques, en instrumentalisant au passage deux instances de démocratie représentative. C?est ce qui s?appelle se faire "rattraper par la patrouille". C'est la dure tyrannie de la réalité d'un Paris sale qui vous ramène doucement à la lucidité dans un vent de panique.

Paris n'a jamais été aussi sale. Et il n'est pas besoin de forcer la responsabilisation des salisseurs et de stigmatiser les incivilités pour trouver des coupables faciles, ni de multiplier les enquêteurs pour sonder l'évidence car plus que la responsabilisation, ce qu'il faut rechercher, c'est la responsabilité de cette situation, et la responsabilité, c'est la vôtre.

En effet, on salit plus facilement une ville sale qu'une ville propre. C'est une règle archiconnue dans toutes les grandes villes du monde. Les gens sont plus propres dans une ville propre. Si la propreté est l'affaire de tous, slogan pratique et déresponsabilisant, la propreté à Paris doit d'abord être une obligation de résultat pour la Mairie de Paris. La propreté à Paris doit précéder les discours, les campagnes de communication, le marketing municipal, c'est cela que nous demandent les Parisiennes et les Parisiens.

Pour y parvenir, devant l'impuissance de la Mairie de Paris, visiblement il faut évidemment déconcentrer la gestion de la propreté aux maires d'arrondissement plutôt que de nous faire croire à un possible co-pilotage tragique ou à l'allocation aux arrondissements d'enveloppes dérisoires. Faites des maires d'arrondissement les véritables responsables de la propreté, donnez-leur les équipes et les moyens de la propreté et faites confiance aux électeurs pour les rappeler à leur responsabilité.

Les garants de la proximité, les experts du maillage, ce sont les maires d'arrondissement. Accessoirement, je note, dans l'ensemble des rapports présentés, l'innovation et la créativité qui sous-tendent toute une série de propositions, qui vont des cendriers de sondage - j'ai d'ailleurs des propositions de questions à vous soumettre - aux urinoirs intelligents - l'esprit de Marcel Duchamp court encore - à la peinture éclaboussante, au parrainage des arbres par les écoles primaires - cela ne peut pas faire de mal - jusqu'aux brigades volantes, mais je suppose que c'est une image pour parler de la mobilité des équipes d'intervention.

Ce que je veux dire, dans cet inventaire caricatural, c'est que vous aurez compris que les habitants de notre ville ne croient plus à vos mots, ne croient plus à vos promesses en matière de propreté. Ils veulent un Paris propre, un Paris nettoyé. Je crains pour vous, Madame la Maire, que si Paris ne rejoint pas bientôt le peloton des grandes villes propres et s'il ne se passe rien dans les mois qui viennent, le prochain et véritable coup de balai, ce soient les Parisiens qui le donnent.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur Philippe DUCLOUX, vous avez la parole, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. Philippe DUCLOUX. - Madame la Maire, mes chers collègues, comme vous l'avez rappelé, Madame la Maire, durant votre intervention, nous ne sommes pas à nos premières actions dans le domaine de la propreté et surtout, nous n'avons pas attendu, cher Eric AZIÈRE, l'opposition pour prioriser nos actions en direction de la propreté dans nos interventions publiques. Faut-il le rappeler, nous en sommes à notre troisième plan.

Le débat que nous avons ce matin est alimenté par le rapport de la Mission d'information et d'évaluation sur la politique parisienne en matière de propreté, mission - cela a été rappelé - à laquelle j'ai participé. Je tiens, en tant que participant, à féliciter à la fois la Présidente, le Rapporteur et tous les services pour le travail qui a été mené et qui a permis de voter à l'unanimité les 45 préconisations qui seront amenées à être débattues.

Nos discussions sont également nourries par le rapport des sept Conférences citoyennes dont l'objectif était de trouver de nouveaux leviers pour un Paris plus propre ainsi que l'avis du Conseil parisien de la Jeunesse que je tiens à féliciter ce matin pour la pertinence de leur propos et surtout le fond des propositions faites par les différents intervenants.

Même si je vais rappeler ici une évidence, la propreté à Paris comme ailleurs est l'affaire de tous, elle est d'abord une responsabilité individuelle partagée. Le maintien de la propreté dans l'espace public commence avant tout par une véritable utilisation des corbeilles de rue ? vous l'avez rappelé, Madame la Maire - par nos concitoyens.

Ce constat semble être partagé par tous les groupes politiques ainsi que par les représentants des Parisiens présents ce matin dans notre assemblée.

Dans le rapport de notre M.I.E., nous avons choisi, comme premier titre à nos préconisations, "Moins salir". Pour ce faire, il nous faut utiliser l'ensemble des canaux de communication et développer des actions d'une grande envergure, comme les Journées du grand nettoyage, afin de toucher le maximum de personnes utilisatrices de l'espace public.

Vous l'avez rappelé, Madame la Maire, et vous avez raison, cela doit aussi passer et toucher les enfants des écoles en passant par des adultes, et également des grands groupes ou entreprises comme les bailleurs sociaux, la Poste, la S.N.C.F., la R.A.T.P. ou encore les commerces, les commerces en général et plus particulièrement la restauration rapide.

Ces actions, qui doivent inciter les Parisiens et les visiteurs à ne plus salir l'espace public, doivent également s'accompagner d'un renforcement des consignes de tri et faire en sorte que l'ensemble des Parisiens puissent avoir accès facilement et rapidement à ces équipements.

D'ailleurs, face au succès de l'expérimentation de TriLib, il va être étendu sur l'ensemble de notre territoire. La sensibilisation est nécessaire et nous devons être en capacité d'offrir à tous les moyens de ne plus salir.

Nous avons à Paris 30.000 poubelles de rue, soit une tous les 100 mètres. Chacun peut en faire le constat, ces corbeilles ne sont pas toujours correctement utilisées et l'éteignoir à cigarettes, trop souvent ignoré par les fumeurs. Les poubelles de rue ne sont pas, par ailleurs, toujours adaptées à un grand volume de déchets. Vous l'avez rappelé également. C'est pourquoi vous avez demandé aux services de proposer un nouveau design de poubelles, à la fois plus capacitaire, plus visible et équipé d'un véritable cendrier qui seront déposées dans des lieux spécifiques à forte fréquentation.

De même, vous avez demandé de développer l'offre de toilettes publiques avec des expérimentations comme déployer des uritrottoirs à proximité des lieux festifs - et les lieux du 11e arrondissement dont je suis l'élu - sont évidemment concernés par ce type d'évolution.

Même si les mentalités et les gestes de nos concitoyens pourront évoluer grâce à nos campagnes de sensibilisation et de communication, ainsi qu?avec du mobilier urbain dédié et rénové, l'intervention des Services de la propreté sur l'espace public sera toujours nécessaire.

L'un des constats de notre M.I.E. est qu'il faut adapter notre organisation ainsi que nos méthodes d'intervention. C'est en ce sens que nous avons demandé une meilleure coordination de l'intervention sur l'espace public, celle-ci doit être plus transversale.

Ce souhait semble déjà exaucé puisque le Secrétariat général, comme vous l'avez indiqué Madame la Maire, a créé des équipes transverses depuis novembre dernier dans quinze secteurs prioritaires. Elles seront mises en place dans tous les arrondissements dès cette année.

Le précédent plan de renforcement de la propreté a pris en compte le fait que l'usage de l'espace public évolue dans le temps et il a donc initié une adaptation des Services en créant, à titre expérimental, un horaire de soirée pendant la période estivale dans les lieux festifs. Comme dans le canal Saint-Martin, le retour d'expérience étant très positif, il est donc proposé un projet de délibération à ce Conseil qui permettra l'extension des horaires saisonniers du 1er juin au 1er octobre 2018, pour assurer une présence plus efficace dès les premiers beaux jours et arrière-saisons.

Par ailleurs, afin de mieux répondre aux critères que nous nous sommes fixés dans notre Plan Climat et pour faciliter le travail de nos agents de la DPE à qui je tiens ici à rendre hommage, le matériel utilisé sera modernisé.

Mieux informer, mieux sensibiliser nos concitoyens, mieux organiser, mieux équiper nos services, voilà les objectifs que nous nous fixons et que nous nous sommes aussi fixés au sein de la M.I.E.

Mais cela ne peut se faire sans répression avec la DPSP récemment créée et maintenant presque au complet, nous avons les moyens de faire respecter notre politique en matière de propreté et de verbaliser sans concession les personnes et les entreprises qui continuent à souiller notre espace public.

Le débat que nous avons ce matin va mettre en évidence qu'en matière de propreté, rien n'est simple, de nouveaux paramètres sont à prendre en compte : les travaux de notre M.I.E., ceux des Conférences citoyennes et du Conseil parisien de la Jeunesse le prouvent bien. Ce n'est pas avec des incantations ou des solutions simplistes que tout va se régler par miracle, comme certains ici, notamment mon prédécesseur, ont tenté de le faire croire.

Je tiens également, Madame la Maire, pour terminer, à féliciter votre adjoint, Mao PENINOU, avec qui j'avais créé, en 2013, l'application "Dans ma rue" qui est aujourd'hui un outil incontournable.

Madame la Maire, votre priorité - Paris propre - est un enjeu majeur qui doit permettre à notre Capitale de rester, et notamment dans l'espace public, à l'approche des Jeux olympiques, cela a été évoqué, la plus belle ville du monde.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, cher Philippe DUCLOUX.

La parole est à Yves CONTASSOT, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Yves CONTASSOT. - Merci, Madame la Maire.

Vous avez décidé de partir à la conquête de la propreté de Paris, et c'est une excellente nouvelle. En effet, personne n'ignore que cela fait partie des préoccupations des Parisiennes et des Parisiens, et que c'est à l'origine de points de vue particulièrement exacerbés, que ce soit justifié ou non, et donc objet de nombreux polémiques de bonne foi ou instrumentalisées, on vient d'en avoir encore une démonstration, il y a peu.

En étant élue Maire de Paris en 2014, vous avez hérité d'une situation difficile, car il est incontestable, et cela figure dans le rapport de la M.I.E. adopté à l?unanimité, que les moyens affectés à la propreté de Paris ont subi une diminution au cours des années passées. Comme nous l'avons écrit dans notre contribution à la M.I.E., nous avons examiné les comptes administratifs depuis 2001 et constaté qu?en euros constants, la baisse était significative, d'autant plus significative que, précisément, le périmètre du nettoiement a augmenté au cours de la même période. Non seulement les surfaces à nettoyer ont crû, avec l'urbanisation de nouveaux quartiers, mais, qui plus est, la structure même des surfaces à nettoyer a évolué, avec la création de nombreux séparateurs pour les couloirs de bus ou les pistes cyclables, augmentant d?autant le linéaire de caniveaux ou de bordures. Je n?oublie pas non plus l?évolution des usages de l?espace public.

A cela, il convient d'ajouter qu?en parallèle, les moyens en personnel de la DPE ont été en partie consacrés à l'augmentation du nombre de collectes des déchets puisqu?on est passé de 7 collectes hebdomadaires en 2001 à 10, voire 12 collectes par semaine actuellement, selon les arrondissements. Si les effectifs supplémentaires nécessaires ont bien été créés lors de la mise en place des premières collectes, tel n?est plus le cas depuis 2009 et toute nouvelle collecte s?effectue donc au détriment du lavage et du balayage. On aurait pu admettre cette évolution si la mécanisation du nettoiement avait accru la capacité d?intervention. Hélas, ce n?est pas ce qui s?est passé puisque, dans ce domaine également, la diminution du parc d?engins a été constatée.

Et puis, que dire en matière de verbalisation : voir le montant des amendes passer de 183 euros, jusqu'à 450 euros en cas de récidive, à 35 euros, a donc perdu son effet dissuasif, ne pouvant plus avoir d?impact positif sur le comportement des pollueurs. On comprend mieux, au vu de ces évolutions, pourquoi le baromètre de la propreté a été supprimé, pourquoi la notation par les conseils de quartier a été supprimée, pourquoi le plan "Paris Propre Ensemble", adopté lorsque vous étiez Maire par intérim, a été abandonné, pourquoi les contrats de services entre la Mairie centrale et les arrondissements n?ont pas été poursuivis, pourquoi le nombre d'amendes pour incivilités s'est effondré. Quand on casse un processus de reconquête graduelle, les résultats sont là : la propreté s'est dégradée progressivement.

Vous avez donc un héritage lourd que vous avez choisi de ne pas laisser perdurer et c?est très bien. Si j?osais, je dirais que vous avez réussi à inverser la courbe. Recrutement d?éboueurs, achat de matériels, conférences de consensus, décisions de mettre en ?uvre toutes les recommandations de la M.I.E. : nous soutenons cette dynamique positive et nous voulons l?accompagner, l?encourager, l'améliorer.

Comme je l'ai dit en introduction, la perception de la propreté renvoie à des considérations personnelles et collectives qui ne peuvent être ignorées. Des études ont été menées à ce sujet et il serait dommage de ne pas les utiliser. Il faut donc d'abord tenter d?objectiver, autant que faire se peut, la prévention de la saleté ou de la propreté de Paris. Les notes de propreté établies par la DPE et les conseils de quartier étaient envoyées aux maires d?arrondissement. Ces notes étaient établies selon un barème précis, transparent, complet, prenant en considération l?ensemble des souillures de l'espace public : les tags, les débordements de corbeille, les encombrants, la propreté des trottoirs, des caniveaux, les déjections canines, les fientes de pigeon, etc. Il faut aller plus loin.

Chaque Parisienne et chaque Parisien doit avoir accès à toutes les informations relatives à la propreté : fréquences de lavage, de balayage de chaque portion de l?espace public et pas seulement en termes d'objectifs, mais de mises en ?uvre concrètes. Toute Parisienne et tout Parisien doit savoir quand sa rue a été balayée pour la dernière fois, combien de fois au cours d?une période, etc. Même chose pour les signalements d'encombrants : date et heure du signalement, date et heure de l?enlèvement. Idem pour le nombre de P.V. par site, etc. A l?heure de l' "open data", il n'est pas possible, il n?est plus possible de ne pas rendre tout cela public. La plupart de ces données sont déjà disponibles en interne. Nous souhaitons un calendrier précis de mise en ?uvre opérationnelle de leur publication.

Parallèlement, il faut travailler plus en profondeur sur les motifs pour lesquels les usagers ne respectent pas ce bien partagé - vous l?avez souligné - qu?est l?espace public : études régulières, panels, enquêtes pour ajuster les campagnes de prévention et de communication en fonction des déterminants des comportements inciviques.

Comme vous le dites dans votre communication, la propreté est l'affaire de toutes et tous. C?est pourquoi nous insistons pour que les schémas du plan de propreté ne soient pas élaborés sans y associer toutes les parties prenantes : d?abord, les usagers de l?espace public ; pas seulement les résidents qui paient pour le nettoiement, mais aussi le million de salariés qui vient travailler à Paris, les touristes, les entreprises, les artisans, mais aussi les agents de la DPE, comme nous l'avons fait lors du "Paris Propre Ensemble", les élus, évidemment, les autres acteurs de la propreté, les entreprises ayant des marchés de collecte ou de nettoiement ainsi que leurs salariés. C'est cela, partager le diagnostic et les préconisations. C?est cela qui se fait sous forme d'un Grenelle. C?est cela que nous proposons.

Faire uniquement des réunions bilatérales avec une seule catégorie, c?est à coup sûr engendrer au mieux des incompréhensions, au pire des blocages. J?avoue ne pas comprendre certaines réticences face à cette proposition qui s?inscrit si bien dans les principes de la participation citoyenne et donc, de la démocratie participative. Je comprends encore moins pourquoi il serait scandaleux de faire appel à des panels citoyens pour avoir leur point de vue, comme je l?ai entendu dénoncer par certains à l'autre extrémité de cet hémicycle. A l?évidence, nous n?avons pas la même conception de la démocratie.

Une fois ce diagnostic partagé, il s?agira de déterminer les plans de propreté les plus adaptés qui devront devenir de véritables contrats d?objectifs et de moyens, ainsi que cela se fait couramment. On réglera ainsi la fausse bonne idée selon laquelle la propreté serait meilleure si les maires d?arrondissement étaient seuls à décider de l?organisation des services, alors qu?ils et elles n'ont pas la maîtrise des moyens humains et financiers.

Si j?osais, je dirais que la meilleure des choses au plan politicien serait de dire "chiche" à tel ou tel maire d'arrondissement en lui disant de se débrouiller avec les moyens actuels alloués à son arrondissement. Je ne donne pas un an avant que la demande de marche arrière toute soit formulée.

Comme nous le disons dans notre v?u, rendre Paris propre et, plus encore, garder Paris propre, nécessite un investissement dans la durée. Les opérations ponctuelles, tel que les O.C.N.A. - Opérations coordonnées de nettoiement approfondi - sont indispensables, mais elles ne trouvent leur pleine efficacité que si elles sont suivies dans le temps. Il en va de même au plan financier. Vous avez décidé, à juste titre, d'augmenter le budget de la DPE. Nous souhaitons que, très rapidement, nous ayons une vision sur plusieurs années des efforts à consentir pour la propreté de Paris. C'est le sens d'une partie de notre v?u demandant une programmation pluriannuelle en la matière.

Pour faire évoluer les comportements des individus, les pouvoirs publics disposent traditionnellement de quatre types d'outils : l'information et la sensibilisation, l?incitation financière, la législation - interdiction ou obligation - et l?exemplarité. Comme l?ont relevé les membres de la M.I.E. mais aussi les participants aux conférences citoyennes ainsi que les membres du Conseil parisien de la jeunesse, la sensibilisation, grâce à la communication, est un combat de longue haleine complémentaire de la verbalisation.

Il y a cependant un cinquième levier que la Ville pourrait utiliser : les "nudges", que l?on pourrait traduire en français par "les coups de pouce". Ce concept, inventé par Richard THALER, spécialiste de l?économie comportementale et prix Nobel d?économie en 2017, part du constat que les changements de comportement ne peuvent exclusivement se faire par la contrainte et la sanction. Ils supposent avant tout des incitations. Les "nudges" présentent deux avantages majeurs. Ils ne restreignent pas les libertés individuelles et ont un coût limité. Leur impact peut en revanche être très significatif.

Le Conseil parisien de la jeunesse a bien compris l?enjeu qu?il y avait pour Paris de se saisir de ce nouvel outil puisqu?il recommande une expérimentation sur le mobilier urbain pour, à la fois, rendre la collecte plus efficace et inciter à de meilleurs usages. C'est également la logique poursuivie par le v?u de notre groupe. Nous demandons de suivre l?exemple d?autres collectivités qui luttent contre la malpropreté en rendant les comportements civiques plus ludiques. Je pense, par exemple, à l'utilisation des cendriers de sondage qui incitent les fumeurs à voter pour leur joueur de tennis préféré en utilisant leurs mégots.

Nous demandons donc que cette approche des "nudges" soit expérimentée, par exemple, à proximité des points noirs concernant les mégots. En la matière, il y a une forme de "nudge" qui attend avec impatience d?être mise en ?uvre. Je veux parler de la fiscalité incitative pour la collecte des déchets. Lors de notre débat budgétaire, vous avez accepté le principe d?une expérimentation de ce principe dans deux arrondissements, mais, depuis, nous n?en entendons plus parler. Or, vous avez peut-être lu, comme moi, l'excellent article de la revue "Que choisir" à ce propos. Je vais d'ailleurs vous le remettre ainsi qu?à vos adjoints et aux présidents des groupes pour que nous ayons le même niveau d'information sur cette question.

Les conclusions sont sans appel : la mise en place d?une fiscalité incitative est bénéficiaire à tous égards. On constate à chaque fois une diminution de la production de déchets, une augmentation de la part des recyclables, une diminution des coûts de collecte et donc, une diminution des frais payés par les contribuables. L'article énumère les objections de certains élus face à ce principe. J?ai cru lire, un instant, certaines déclarations entendues au sein de la Ville, tant ce sont les mêmes arguments qui sont avancés à chaque fois.

Face à l?obligation de la mise en place d?une redevance incitative dans quelques années, nous voulons que cela se fasse dans les meilleures conditions à Paris. C?est pourquoi nous demandons que l?expérimentation débute sans attendre. Cela s?inscrirait dans une cohérence d'ensemble, avec l?objectif zéro déchet et l?ensemble de la politique d'économie circulaire que votre adjointe, Antoinette GUHL, porte avec détermination.

Comme vous le voyez, Madame la Maire, nous sommes à vos côtés pour aller vers ce Paris de la propreté ensemble, qui doit devenir ou redevenir notre objectif commun et ne plus servir de prétexte à telle ou telle composante qui voudra en faire un argument électoraliste comme les polémiques que nous avons entendues sur une pseudo augmentation du nombre de rats alors que toutes les métropoles sont confrontées au même problème, et que nous avons voté un plan en essayant de combiner efficacité dans la régulation de la population des rats et respect de la condition animale.

Politiser, comme nous l'avons entendu, la question de la propreté n'est à l'évidence pas le meilleur service à rendre à Paris. Paris et les Parisiens méritent bien mieux que cela.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

La parole maintenant est à Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, mes cher-es collègues, Mesdames et Messieurs, un papier gras qui traîne au sol, une canette qui flotte dans un caniveau, une barquette vide emportée par le vent, voilà ce qui vient trop souvent abîmer le paysage parisien.

Notre objectif à toutes et tous est de mettre les moyens pour que Paris soit plus propre demain. Je parle de tout Paris et comme cela a été rappelé tout à l'heure par les représentant-es de la Conférence citoyenne, nous sommes face à une propreté à 2 vitesses qui conduit à des inégalités entre quartiers populaires et quartiers touristiques. Je salue également les travaux de la M.I.E. menés par Florence BERTHOUT et Eric LEJOINDRE auxquels ont participé pour notre groupe Hervé BÉGUÉ ainsi que le rapport de la Conférence citoyenne et celui du Conseil parisien de la jeunesse.

Madame la Maire, le groupe Communiste vous donne 4 propositions. Un, approfondir notre stratégie "Zéro déchet" ; deux, réorganiser la collecte et parvenir à une meilleure efficacité ; trois, remunicipaliser la collecte des déchets pour conjuguer impératifs économiques et qualité des emplois ; quatre, augmenter les effectifs.

J'insisterai sur le premier point, celui de la stratégie "Zéro déchet", car nous devons nous attaquer à la racine du mal. D'où proviennent les déchets ? On pointe bien trop souvent du doigt les Parisiennes et les Parisiens qui seraient les seuls responsables de ces déchets. Mais les responsables sont à rechercher du côté de la société de consommation. Les emballages jetables sont partie intégrante des stratégies de marketing des industriels. Ils sont un support de communication pour pousser à consommer. Plus nous jetons, plus ils produisent, plus ils produisent, plus ils engrangent des bénéfices.

Il s'agit du cercle vicieux de la société capitaliste. Nous devons sortir du triptyque "produire, consommer, jeter". Sortir de la société du jetable, du gaspillage, de l'obsolescence programmée. C'est un impératif pour notre environnement, pour le Paris d'aujourd'hui et de demain.

Comment les consommateurs peuvent-ils limiter leur production de déchets lorsque les produits qui leur sont proposés ont un volume d'emballage si important ?

Comment inciter les habitants à préférer le vrac quand ces produits sont encore trop chers, comparés à ceux conditionnés dans les emballages jetables ?

Nous plaidons pour la mise en ?uvre de politiques publiques qui permettent de quitter cette logique consumériste. Il s'agit bien de limiter la production des déchets à la source. Vous avez évoqué la mise en place des assises de l'éco-conception. Vous avez évoqué la signature prochaine d'une charte parisienne avec le Syndicat national de l'alimentation et de la restauration rapide pour lutter contre la présence des déchets aux abords de ces établissements.

Nous vous encourageons, mais nous vous proposons de les approfondir pour aller vers un Paris sans emballage. Développons la consigne. Taxons les emballages jetables. Nous avions déjà plaidé, au moment du Plan Climat, pour l'instauration d'une taxe sur les publicités papier à vocation commerciale. C'est vers ce type de mesure que nous devons tendre. Il est insupportable que la société de consommation nous oblige à payer les emballages et le ramassage d'un volume toujours plus grand de ces emballages, à payer le recyclage ou le traitement des déchets. Nous voyons ce que nous coûte le capitalisme tant sur le plan financier qu'environnemental.

Je terminerai, Madame la Maire, avec ces mots de Jean GOUHIER géographe français et inventeur de la rudologie : "une société est à l'image des déchets qu'elle se crée". Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président.

La parole est à M. VESPERINI pour le groupe PPCI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Madame la Maire, mes chers collègues. Je crois qu'on peut le dire, Paris a toujours eu un problème avec la propreté. On n'a pas attendu Mme HIDALGO et l'arrivée de cette équipe, pour ne pas être trop dur, pour vivre les problèmes que nous vivons. C'est même le baron Haussmann qui, dans ses mémoires, écrivait que la saleté de Paris était présente jusque dans l'étymologie même du mot Lutèce, du mot latin "lutum", la boue.

Jean-Jacques Rousseau, alors qu?il quitte Paris disait : "Adieu ville de fientes". J'espère qu'il ne parlait pas des fientes humaines, évidemment.

On a toujours eu ce problème avec la saleté.

Cela étant dit, ce que l'on reproche à l'Exécutif et à Mme HIDALGO, ce n'est donc pas la malpropreté historique d'une ville comme Paris en plus confrontée à des flux de plus en plus importants, touristiques et de transports, c'est l'entreprise de démobilisation massive des services de la Ville dans le domaine de la propreté. C'est d'avoir mis autant de temps, quasiment 4 ans, avant de faire enfin de la propreté une priorité pour le service public municipal.

Les mots que j'emploie sont excessifs, c'est vrai, mais ils sont appuyés par des éléments factuels. Par exemple, le fait qu'il a fallu attendre les v?ux de l'année 2018 pour que la Maire de Paris parle enfin de propreté, d'hygiène, de poubelle, de corbeille, et de salubrité. Avant, dans toutes les cérémonies de v?ux de la Maire de Paris, jamais ces mots n'ont été inclus dans les discours.

Je suis désolé, mais les cérémonies de v?ux, c'est aussi l'occasion pour la Maire de Paris de donner les grandes priorités à ses services, ses adjoints, et aux Parisiens.

Je confirme qu'il a fallu attendre 4 ans avant que la priorité soit donnée à la propreté, comme cela a été le cas il y a maintenant 15 jours. Il a fallu également attendre plusieurs années avant de se rendre compte que les 30.000 corbeilles "Bagatelle" étaient inadaptées aux usages des Parisiens, des touristes, et des Parisiens confrontés à des problèmes de locaux de poubelles.

Il a fallu attendre également des années avant que vous procédiez à l'embauche de quelques dizaines d'éboueurs. C'est vrai, ce n'est pas Mme HIDALGO encore une fois qui est responsable de cela. C'est le fait que, et c'était déjà le cas sous DELANOË, depuis 2001, 2002 la priorité n'est plus donnée aux moyens affectés à la modernisation des moyens des services de la Ville.

Vous avez tout de même pris des mesures. Je les trouve insuffisantes évidemment. Il y a tout d'abord des mesures tout à fait cosmétiques. Vous prenez les chartes, la charte de l'événement éco-responsable. Vous devriez en parler aux riverains du Champ-de-Mars qui, à mon avis, doivent se rendre compte du manque d'efficacité de ce type de charte.

Il y a les ambassadeurs de la propreté ; la Brigade anti incivilités dont l'existence échappe à l'écrasante majorité des Parisiens, qui voient beaucoup plus la brigade privée qui vient les taper au portefeuille à l'horodateur.

Il y a la journée du grand nettoyage, qui n'a permis de sensibiliser que 1.000 Parisiens. A titre personnel, j'ai pu apprendre à balayer au Maire de Bogota, il va revenir à Bogota avec de bonnes pratiques de la DPE. C'est très insuffisant au regard des 2,2 millions d'habitants à Paris et des 30 millions de touristes que nous accueillons chaque année.

Il y aussi des mesures qui n'ont pas de rapport avec la propreté, avec les enjeux du concret. Dans votre plan de renforcement de la propreté, vous mettez en avant le déblocage de 400 millions d'euros dans des programmes qui sont faits à l'international. C'est très bien que la Ville de Paris fasse rayonner les technologies et les outils dont elle a le savoir-faire, dont elle fait preuve à Paris. Cela n'a aucun rapport avec les épanchements d'urine que tous les Parisiens constatent au coin de leur rue.

Ces mesures sont trop cosmétiques, insuffisantes, ont un effet résiduel et n'ont pas de rapport avec les préoccupations concrètes des Parisiens.

Ensuite, vous avez un problème parce que vous ne vous décidez pas à décider. En chinois, il y a un vrai proverbe là-dessus : "ce qui est difficile, ce n'est pas de décider, mais de se décider à décider". C'est ce que l'on constate. Vous commandez rapport sur rapport. C'est, je crois, le troisième plan en 4 ans sur la propreté que nous étudions. Il y a ce rapport de la M.I.E. que nous étudions, c'est une très bonne chose, mais il préconise en autres de commander un autre rapport pour une maîtrise d'ouvrage sur la DPE. Il faut arrêter de commander des rapports, surtout quand ils sont aussi coûteux que l'enquête sondagière commandée à l'IFOP, sondage dans lequel il y a des erreurs. Dans cette conférence de consensus, il est même question d'une amélioration de la situation dans le 6e arrondissement de Paris. Aucun élu du 6e arrondissement aujourd'hui ne peut être en accord avec les propos tenus dans cette conférence de consensus, dont le coût est de 224.000 euros.

En réalité, vous n'êtes pas à la hauteur de l'enjeu. J'aimerais terminer avec une anecdote qui m'a fait beaucoup penser à Mme HIDALGO, qui concerne Napoléon 1er. Je compare la Maire de Paris actuelle à notre empereur. Avant d'être empereur, il était premier consul, il écrit à son Ministre de l?Intérieur : "Je voudrais faire quelque chose de très grand, de très beau pour Paris, dont je voudrais qu'elle soit la plus belle ville du monde". Il attendait que le Ministre de l'Intérieur lui dise, il faut construire La Madeleine... Ce n'est pas du tout ce qu'il a répondu. Il a dit : "Vous voulez vraiment faire quelque chose de grand et de beau pour Paris, donnez de l'eau aux Parisiens", en gros, nettoyez Paris. Si Mme HIDALGO et son Exécutif veulent vraiment faire quelque chose de beau et de grand pour Paris, agissez sur le concret, sur le quotidien, nettoyez cette ville.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mme Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de gauche, Centre et Indépendants.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Le cadre urbain est en évolution permanente, de nouveaux quartiers sortent de terre, l'espace public s'agrandit, de nouveaux usages apparaissent. Nous devons constamment nous adapter. Ce constat, aussi simple soit-il, nous encourage à plaider en faveur d'un renforcement du caractère prioritaire des moyens humains et matériels accordés à la propreté de Paris. Ce que nous faisons depuis le début de la mandature et non depuis hier comme je viens de l'entendre de façon surprenante. Les nouveaux engagements présentés ce matin sont le résultat de notre adaptation permanente aux besoins.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Pouvez-vous écouter notre collègue ?

Mme Laurence GOLDGRAB. - Mettre régulièrement la question de la propreté au c?ur du débat pour faire le bilan d'étape de notre action et tracer les objectifs futurs est essentiel.

Pour cela, nous avons besoin de la parole des citoyens et des jeunes. Je ne comprends pas ces critiques injustifiées sur les travaux et les prises de parole que nous avons entendus ce matin, je m'en étonne très fortement. La propreté est une bataille culturelle, c'est une co-construction qui ne se fera pas sans les citoyens. Nous devons les entendre. Une co-construction, je disais, car d'un côté la Ville doit renforcer ses moyens humains et matériels pour améliorer le service. Notre ville est ainsi mobilisée pour le renouvellement des machines. A l'avenir, celles-ci s'avéreront plus performantes. Elles rejetteront moins de CO2 dans l'atmosphère et les nuisances sonores seront moindres.

Le Plan de renforcement de la propreté a également permis d'adapter l'organisation des services. Ainsi, la mise à disposition de moyens renforcés et localisés durant la période estivale, grâce à de nouveaux horaires de travail plus adaptés, notamment en nocturne, était une réponse indispensable.

Paris investit dans de nouveaux outils plus efficaces, développe différents services en direction des citoyens, embauche du personnel, augmente les cadences de ramassage.

Aujourd?hui, il existe un site Internet très bien fait pour se débarrasser de ses encombrants en les faisant ramasser par les services municipaux. Pourtant, de nombreux habitants continuent de laisser les leurs dans la rue sans prévenir quiconque. Des monceaux de mégots s?accumulent au sol devant les entreprises, les commerces, les cafés, les restaurants, dans les caniveaux. Des graffitis surgissent sur les murs et les boutiques. De vieux canapés sont abandonnés sur les trottoirs. Des chewing-gums sont jetés au pied des arbres. Les déchets ne tombent pas du ciel. Ceux qui jettent des détritus dans la rue doivent changer de comportement. Nous plaidons pour un véritable choc de responsabilité et pour un pacte de co-construction, comme je le disais.

Du côté de la Ville, les agents sont fortement mobilisés pour la propreté de notre ville et je tiens à les saluer au nom des élus de mon groupe. Bien souvent, ces femmes et ces hommes pallient les actes d?incivilité.

D?un autre côté, rien ne sera possible en termes de propreté sans prise en compte citoyenne et - comme je le disais également - nous devons gagner cette bataille culturelle. Nous devons responsabiliser les citoyens pour un meilleur cadre de vie, un comportement plus respectueux des concitoyens, en général, et de chacun, en particulier ; c?est nécessaire.

Nous devons informer, éduquer, sensibiliser et sanctionner. Malheureusement, oui : le civisme s?apprend, mais il s?impose aussi par la sanction. La verbalisation contribue aux bonnes pratiques. Il s?agit malheureusement et a minima d?une étape indispensable. L?historique des déjections canines nous démontre l?efficacité d?une autorégulation citoyenne associée aux réponses de la Ville et à la sanction. Nous devons agir comparablement mieux dans ces deux directions : responsabilité de la Ville et responsabilité des citoyens.

Cela passe par un renforcement de notre communication. La répétition est la mère de l?apprentissage, dit le proverbe, à commencer par rappeler des informations simples. La Conférence citoyenne le disait : il s?agit avant tout d?informer et de donner de la visibilité aux différents services, équipements et moyens proposés aux citoyens, et déjà mis en place. Il faut proposer également de grandes campagnes d?information. Pour toucher les plus jeunes, nous partageons également le point de vue du Conseil parisien de la jeunesse : la Ville, en plus d?une communication dans les canaux institutionnels, comme elle l?a déjà fait par le passé, doit innover. Pourquoi ne pas laisser la place à un ton décalé, en utilisant par exemple le format vidéo pour montrer l?évolution de l?état des rues tout au long de la journée ? Bien sûr, il nous faut éduquer les enfants dès le plus jeune âge et, particulièrement, à l?école.

Responsabiliser, c?est aussi s?adresser aux entreprises, aux cafés, aux restaurants. La sensibilisation des salariés, notamment sur le jet de mégots aux portes de leur bureau, permettrait de lever un blocage important dans la lutte contre le jet de mégots sur les trottoirs et dans les caniveaux. C?est aussi s?adresser aux grandes institutions - la R.A.T.P., la S.N.C.F. - pour qu?elles participent à l?effort collectif.

Nous devons également apporter des réponses adaptées, localisées, efficaces pour garder notre ville propre. Aussi, les élus du groupe RG-CI sont très favorables à la gestion partagée dans les mairies centrales, entre la mairie centrale et les mairies d?arrondissement, d?une part, et avec les acteurs de la démocratie locale, d?autre part. Pour nos élus, l?approche plurielle de l?entretien de Paris est essentielle. Les situations locales appellent bien souvent des réponses locales.

Nous, élus de la majorité comme de l?opposition, partageons un certain nombre de constats. Le rapport de la M.I.E. nous le montre, tout comme l?adoption des préconisations par tous les élus représentés dans cette mission. Ces constats sont également plus largement partagés. Ainsi, il est rassurant de voir que les travaux de la Conférence citoyenne, ainsi que ceux du Conseil parisien de la jeunesse, vont dans le même sens. La propreté reste un sujet de préoccupation important pour les habitants.

Pour conclure, notre action doit associer les citoyens, les associations, les acteurs économiques et institutionnels. Sans cette prise de conscience commune et le partage de cette ambition, réussir serait une gageure.

Je veux à mon tour remercier Mao PENINOU, Florence BERTHOUT, Eric LEJOINDRE, la Conférence citoyenne et le Conseil parisien de la jeunesse pour les travaux accomplis. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Madame Laurence GOLDGRAB. Mme Gypsie BLOCH, pour le groupe les Républicains.

Mme Gypsie BLOCH. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, en tant que membre de la M.I.E., je commence par remercier et m?associer aux remerciements qui ont été prononcés tout à l?heure, en particulier à Mme POPADYAK et toute son équipe, qui ont fourni un travail titanesque et, bien sûr, à toutes les personnes qui ont pris du temps pour être auditionnés.

Ces 6 mois de travail, d?audition et d?analyse, ont permis d?avoir une visibilité très nette et très précise sur les moyens alloués à la politique de propreté par la Ville. Ces 6 mois de travail ont permis de traiter en profondeur ce sujet, d?analyser les chiffres et de ne pas se contenter d?une commande à l?IFOP pour organiser des conférences citoyennes. Ils ont permis, aussi et surtout, de constater la baisse et la dégradation de ces moyens, aussi bien au niveau humain, financier, que matériel. Depuis 2001, le Service de la propreté ne cesse de se paupériser : la propreté est victime de coupes budgétaires. En 2018, les rats pullulent sur l?espace public parisien, conséquence directe d?un laisser-aller depuis une quinzaine d?années sur le sujet.

La propreté, pourtant premier service public municipal attendu des Parisiens, est délaissée par l?Exécutif municipal. Sa part dans le budget global ne cesse de se diluer : 2,5 % en 2001, pour 1,8 % en 2016. Cette baisse a une conséquence immédiate sur les moyens humains : 1.111 agents en moins en équivalent temps plein, soit une baisse de 13 % entre 2001 et 2017. Cette baisse n?est pas imputable à un changement de périmètre, ni à l?externalisation d?une certaine partie de la collecte, comme le prétend la Ville - le rapport le démontre.

Parallèlement à cette baisse des effectifs, il faut noter que l?espace public s?est accru, lui, de 30 % et que 100.000 personnes supplémentaires viennent travailler chaque jour dans la Capitale, ce qui contribue à une augmentation de la saleté dans Paris. En 2016 et en 2017, 100 agents supplémentaires ont été recrutés, mais ce renfort s?arrête brutalement en 2018, avec seulement 8 postes créés.

A la baisse des effectifs, il faut aussi ajouter l?absentéisme. Dans certains ateliers, on peut constater jusqu?à 25 %, en moyenne, de l?effectif absent, avec des pics le week-end. Cet absentéisme désorganise les opérations de nettoiement, les éboueurs présents étant affectés en priorité sur les missions de collecte des déchets. C?est toujours le balayage qui est laissé-pour-compte.

De plus, les inaptitudes sont insuffisamment anticipées. La pénibilité des missions conduit à ce qu?une part non négligeable des agents soit exemptée, parce qu?ils n?ont plus les capacités physiques. A cet instant, 123 agents sont déclarés inaptes et sont en attente de reclassement ; ce sont 123 postes budgétaires gelés, soit l?équivalent de la moitié des agents de la DPE du 15e arrondissement.

Enfin, le rapport de la M.I.E. démontre la vétusté du parc d?engins et ses conséquences sur la qualité et l?efficacité du travail effectué. Depuis 2010, le parc d?engins - aspiratrices et laveuses - a été réduit de 10 %. Par manque de crédits, les engins ne sont pas remplacés et, donc, un quart d?entre eux sont immobilisés. Le parc d?engins est à la fois insuffisant et préoccupant : il est non seulement sous-dimensionné, mais la disponibilité des engins recule de façon inquiétante à cause des pannes de matériel. En 2016, la disponibilité des laveuses a reculé de 20 points pour n?atteindre que 74 %. Mi-janvier 2018, la Maire de Paris a annoncé l?achat de 170 engins, sans détailler les modèles commandés.

Or, il s?avère qu?une partie consiste à remplacer des bennes à ordures diesel car le parc en compte encore un tiers. Il faut savoir qu?un modèle électrique ne remplace pas un modèle thermique ni en termes de capacité, ni en termes de puissance. Il faut donc en commander plus. Or, cela n?a pas été anticipé, notamment pour le stationnement de ces engins. Il est nécessaire de décider d?un plan d?urgence pour la mise à niveau du parc d?engins. La mécanisation des tâches est la première réponse pour lutter contre la pénibilité, l?absentéisme et les inaptitudes.

Voilà, chers collègues, les sujets sur lesquels je voulais attirer l?attention de notre Assemblée. Quand le Service de la propreté est opérationnel, il est efficace. Lorsque les opérations de balayage et de lavage sont conformes aux programmations et quand les collectes sont effectuées sans difficulté, le résultat est là. C?est la démonstration que le service pâtit d?un manque de moyens humains et financiers.

La résolution du problème de la propreté à Paris doit évidemment passer par le changement nécessaire des comportements inciviques, mais il faut également adapter les moyens matériels sur l?espace public. Il faut surtout mieux nettoyer : mieux nettoyer grâce à une meilleure coordination et un ajustement des interventions sur l?espace public ; mieux nettoyer en mobilisant mieux les ressources humaines ; mieux nettoyer en améliorant de façon conséquente les moyens matériels. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - M. Julien BARGETON, pour le groupe DP.

M. Julien BARGETON. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, la Ville n?a pas encore réussi à gagner la bataille de la propreté, chacun le constate. Les Parisiens sont insatisfaits et il faut répondre à leurs attentes.

Au-delà de la vaine polémique sur les chiffres, reconnaissons que, dans ce domaine, les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des moyens engagés. Il n?est pas possible de résoudre les problèmes de la propreté avec une grille de lecture idéologique. Pas plus que je ne crois à la finance magique, je ne crois à la baguette magique, ni même au ballet magique, qui n?existe que dans "L?apprenti-sorcier" sur la musique de Paul Dukas où les seaux d?eau se multiplient sans grand succès.

D?un côté, le groupe les Républicains et Indépendants souhaite dépenser des dizaines de millions d?euros, sans expliquer comment les financer et en contradiction avec ses propos sur la gestion de la Ville. De l?autre, le groupe Communiste demande à tout remunicipaliser, alors que la collecte des déchets déléguée au service privé dans certains arrondissements montre ses performances. L?enjeu n?est pas le balancement idéologique entre le tout public et le tout privé, mais de bâtir des solutions de long terme.

Certes, certaines mesures consensuelles peuvent être utiles pour améliorer le quotidien des Parisiens et des visiteurs : renforcer la verbalisation, mettre en place une brigade volante pour traiter les difficultés les plus complexes vont dans le bon sens. De même, déployer les éboueurs et techniciens dans les endroits stratégiques, touristiques et fréquentés, en fin d?après-midi et en soirée, permettra de disposer d?un espace public mieux nettoyé. Là aussi s?opposer à des évolutions indispensables au regard des nouveaux usages de la ville, c?est faire preuve d?un conservatisme qui n?est pas à la hauteur des enjeux. Je me félicite donc de l?extension des horaires saisonniers dont l?apport est partagé par les agents volontaires et par les usagers.

Cependant, à plus long terme, c?est d?une vision stratégique que nous avons besoin. Il faut revoir en profondeur l?organisation qui est au fond le principal défi de la propreté : quel rôle pour le SYCTOM ? Quelle autorité pour les maires d?arrondissement ? Quelles articulations des compétences ? Quelle fiscalité incitative ? Quelles modifications des comportements souhaitées ?

Thomas LAURET, qui a participé à la M.I.E., présentera les propositions précises, concrètes et pragmatiques de notre groupe, loin de toute démagogie inutile. Par ailleurs, nous avons déposé un v?u relatif à la propreté dans le métro. Je sais que le métro ne relève pas du champ d?action de la Ville, cependant il fait partie de l?identité de Paris. Les touristes ne savent pas forcément que la Ville n?a pas de moyens d?action véritables dans le métro. Ils en voient la saleté et ils en gardent une image négative. Les usagers réguliers du métro en subissent les conséquences. Nous souhaitons donc que la Ville demande à Ile-de-France Mobilités, la R.A.T.P., la S.N.C.F. d?étudier la possibilité de renforcer sa stratégie de lutte contre la saleté, à l?instar de ce qui est lancé dans la métropole de Lyon actuellement. Si des ajustements ponctuels et immédiats sont bienvenus, et s?il faut en remercier le travail conséquent de la M.I.E., seules des transformations profondes de nos procédures et de notre organisation seront à même d?améliorer durablement la situation, et pas seulement de réclamer sans cesse des moyens supplémentaires. Cela nécessite aussi, bien sûr, un dialogue avec les personnels, car c?est étroitement lié au sujet des absences, des temps de travail, de l?organisation du travail, mais également des conditions de travail pour des métiers particulièrement difficiles. Chacun de nous aura à c?ur, j?en suis persuadé, de développer et de détailler à l?avenir la nécessaire et profonde transformation de l?action en la matière. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur BARGETON.

Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, oui, vivre dans une ville propre est l?affaire de toutes et tous. L?aspiration à vivre, travailler, visiter et traverser une ville propre est très partagée car c?est une question de qualité de vie et de dignité de base.

A ce titre, tous les Parisiens ne sont pas logés à la même enseigne. Si la ville est sale, c?est d?abord l?échec de politiques, excusez-moi, de logique libérale. Au-delà de l?indignation légitime que je partage sur le coût du rapport - 224.580 euros pour cette Conférence citoyenne est franchement plus qu?indécent et on ferait mieux d?augmenter les moyens alloués à la démocratie participative plutôt que de passer par des prestataires privés pour effectuer ce genre de rapport ; sachez qu?avec cette somme on peut embaucher au moins 10 personnes sur une année -, il y a quand même dans ce rapport une idée forte : la perception de la propreté semble révéler un sentiment d?une discrimination dans les moyens alloués en fonction des quartiers.

Ainsi la priorité semble donnée aux quartiers touristiques, aux quartiers riches, au détriment des quartiers populaires. Là, on a besoin de savoir ce qu?il en est dans les faits. Autant c?est normal qu?il y ait des équipes qui interviennent à la suite de manifestations d?événements, autant il n?est pas normal que des quartiers, parce qu?ils seraient populaires, soient moins entretenus que des quartiers chics et touristiques.

Maintenant, on entend souvent beaucoup dire qu?il y a des usages et des comportements différents selon ces quartiers, et souvent les discours balancent, glissent, basculent pour accuser finalement certains d?être plus sales que d?autres. Je tiens à dire que le racisme social à l?encontre de certains quartiers populaires, qui par essence seraient plus sales dans leur comportement, n?est pas non plus acceptable.

Evidemment, il y a une responsabilisation. Il faut faire évoluer l?éducation dès le plus jeune âge au civisme, au tri qui est essentiel et l?amplifier. Néanmoins, il faut d?abord regarder en face la politique que nous menons. Le lien avec les agents de la DPE est essentiel : renforcer le respect des métiers et des professions du quartier peut contribuer justement à un meilleur respect civique de la propreté.

Justement la question centrale est bien celle des agents, des moyens que l?on alloue pour nettoyer. La première des batailles politiques à laquelle j?ai participé en étant conseillère de Paris, je m?en souviens très bien, était en 2008 : c?était contre la privatisation de la collecte des déchets sur une partie des arrondissements. Qu?en est-il aujourd?hui ? Quel bilan en tirez-vous ?

En 2013, une étude a montré qu?une tonne d?ordures coûtait 15 euros de plus via le privé que via la régie. Avez-vous pris, Monsieur BARGETON, les décisions qui s?imposaient pour justement satisfaire les exigences d?économie de la Ville ? Non, on a continué à contribuer à enrichir le privé. Et ce ne serait pas de l?idéologie ? C?est totalement de l?idéologie que de penser qu?il faille continuer le recours au privé.

Des grèves successives dénoncent régulièrement l?insuffisance de postes, la vétusté des engins, l?exigence de la revalorisation des rémunérations et des carrières, de tenir bien plus compte de la pénibilité, des problèmes de disparité entre éboueurs et conducteurs. Quelles sont les décisions qui ont été prises ? A peine une centaine de postes, alors qu?au moins 1.000 postes manquent depuis 2001.

D?ailleurs ce chiffre de 1.000 est intéressant parce qu?il est défendu à la fois par la CGT mais également par les Républicains. Finalement, c?est bien la première fois que je vois un point commun entre la CGT et les Républicains dans une revendication. Mais hélas, qu?entend-on au-delà de ces chiffres ? Le camp des Républicains souhaite que ces 1.000 postes soient mis à disposition uniquement par redéploiement. Mes chers collègues, dites-nous enfin si c?est sur les crèches, les E.H.P.A.D., les écoles maternelles que ces postes seront pris et cessez cette hypocrisie ! Oui, il faut remunicipaliser. Oui, il faut également plus d?effectifs.

J?aurais voulu parler, mais je n?en aurais pas le temps, de la question de la restauration rapide et de la redevance spéciale. Quand va-t-on enfin avoir le débat sur le fait de cesser d?exonérer la restauration rapide, et notamment les grands McDonald et tutti quanti ? Alors que l?on sait pertinemment, comme le rappelait le rapport "Zero Waste" qui a épinglé le géant de la restauration rapide McDo France, que ces déchets ne cessent de croître et que leur recyclage n?a cessé de baisser à Paris.

Mes chers collègues, il n?y a pas de baguette magique. La décentralisation totale de la propreté en aucun cas ne changera le problème. Ce qu?il faut, ce sont des moyens, et des moyens publics pour un service public.

(M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Mme Edith GALLOIS pour 5 minutes maximum.

Mme Edith GALLOIS. - Bien que Mme la Maire ne soit plus là - visiblement la propreté ne l?intéresse pas beaucoup - c?est à elle que je vais m?adresser.

Après six mois de travail et 45 préconisations adoptées à l?unanimité par la M.I.E. Propreté, dans laquelle j?avais l?honneur de représenter mon groupe, je n?aurais aujourd?hui qu?un souhait à formuler : que soit tout simplement suivi d?effet et appliqué dans son intégralité le rapport, tout le rapport, rien que le rapport, les 45 préconisations, toutes les préconisations, parce qu?il est concret, mesuré et responsable.

Malheureusement, cette satisfaction du travail bien fait, cet enthousiasme à participer à la mise en place d?une vraie politique de la propreté sont contrariés par votre communication que vous avez cru devoir superposer à notre rapport et qui en édulcore les préconisations, comme si vous n?aviez encore pas pris complètement conscience de l?urgence de la situation, comme si vous ne compreniez pas que les Parisiens n?en peuvent plus de cet état de saleté qui ne fait que s?aggraver, comme si vous ne compreniez pas que l?image de Paris est considérablement ternie en France et dans le monde et que la multiplication des nuisibles est nuisible à son attractivité.

Je vous en prie, Madame la Maire, ne gâchez pas notre travail. Suffit, les communications, servez-vous en de ce travail, mais complètement, et vous verrez que les résultats suivront.

Un travail qui a été effectué, je tiens à le dire, dans un très bon état d'esprit. Je veux remercier sa présidente Florence BERTHOUT, qui grâce à son attitude volontaire, réaliste et constructive, a insufflé une belle dynamique toujours positive à notre travail. Remercier aussi Eric LEJOINDRE, son rapporteur, qui a su quant à lui allier écoute, considération et sagesse. Il a apporté du lien dans les débats, ce lien qui certainement a contribué à ce que nous parvenions à l'unanimité finale. Remercier l'ensemble de mes collègues et en particulier les maires d'arrondissement que nous avons auditionnés et qui nous ont fait part de leurs expériences.

Un mot aussi bien sûr pour Nathalie POPADYAK et Michel DES BOSCS, qui nous ont parfaitement accompagnés tout au long de ces travaux.

Oui, ces travaux se sont déroulés dans un climat plutôt serein et toujours constructif. Certes, la situation est telle que l'urgence incite fortement à concilier des visions de la propreté qui visiblement pouvaient au départ être différentes.

Ces préconisations sont le fruit de nombreuses auditions, expériences partagées d'une envie collective d'aboutir à des préconisations efficaces, réalistes et pragmatiques, tout en insufflant une dimension politique volontariste. Une politique volontariste, j'insiste sur le mot, car j'ai une conviction, qui est que la propreté est une question de volonté politique. Un politique de propreté, c'est un accompagnement constant des Parisiens dans leur vie quotidienne. Elle se fait, la propreté, elle se fait avec les Parisiens, pas contre les Parisiens.

Je suis donc très heureuse que l'ensemble des membres de la M.I.E. aient accepté d'articuler nos préconisations, comme je l'ai proposé, en commençant par le moins-salir : moins salir, responsabiliser et changer les mentalités, suivis en deuxième partie de tout un dispositif pour mieux nettoyer. La question des moyens humains et techniques est essentielle, mais elle sera toujours insuffisante si on n'applique pas le principe du salisseur pollueur : celui qui salit est un pollueur qui doit susciter l'?il désapprobateur de la collectivité. On ne doit plus pouvoir salir en toute impunité, comme on ne peut plus enfumer les autres en toute impunité. Le changement de mentalité qui a été drastiquement mené contre le tabagisme en public pour des raisons de santé publique peut et doit l?être contre la saleté pour des raisons d?éco-responsabilité et d'hygiène publique.

Mais, évidemment, pour inverser les mentalités et les comportements, comme nous le préconisons, il faut que la mairie donne aux Parisiens tous les moyens possibles de leur propreté.

La saleté, c'est une pollution environnementale et visuelle. La lutte contre la pollution, c'est aussi la lutte contre la saleté. Mais en êtes-vous vous-même convaincue, Madame la Maire ? Car c'est peut-être de là que vient tout le problème. Pourtant, vous l'avez écrit vous-même l'année dernière dans votre communication n° 2 : "La propreté constitue une priorité absolue. Elle est un droit fondamental auquel tous les Parisiens doivent avoir accès." C?est vous qui l?avez écrit, mais c'était en mars 2017, c'était il y a un an. Depuis, la situation n'a fait que gravement s'empirer et ce droit fondamental auquel tous les Parisiens ont droit n'est, je le dis, pas assuré.

Vous avez écrit aussi, Madame la Maire, qu'il fallait dépasser les clivages politiques, mais que ne l'avez-vous fait ? Pourquoi ne voulez-vous pas, puisque la situation de propreté des rues, visiblement, vous ennuie, déléguer aux maires d'arrondissement plus de moyens d'action ? Pourquoi avoir opposé tant de dédain à nos propositions, pour vous êtes-vous enfermée dans ce déni de la réalité : "Non, Paris n'est pas sale mais salie" ? Pourquoi refaire une troisième communication, la troisième en 3 ans, alors que nous présentons 45 préconisations et pourquoi n'en gardez-vous que quelques bribes, un peu moins de 10 plus ou moins escamotées ? Pourquoi affaiblir si gravement la force de nos propositions ? Pourquoi dépenser 224.000 euros pour recueillir des avis que vous connaissez déjà, alors que vous disposez de 165 collaborateurs dans votre cabinet et de 53.000 fonctionnaires dont plus de 400 sont liés à la communication ?!

Quel est ce blocage quasi-freudien qui vous empêche, alors que tous les signaux sont au rouge et que vous ne pouvez plus mettre la poussière sous le tapis, tant elle déborde de partout et que les rats sortent des égouts ? Je regrette sincèrement? S?il vous plaît, je ne peux pas parler?

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - S'il vous plaît, un tout petit peu de calme.

Mme Edith GALLOIS. - Je regrette sincèrement de devoir conclure en regrettant cette communication édulcorante et totalement superfétatoire. J'aurais été contente d'être contente, je vous le garantis, mais je crains beaucoup qu'elle n'annonce pas le printemps de la propreté tant espérée.

Pourtant, l'année dernière, vous écriviez aussi : "La propreté joue un rôle essentiel dans l'attractivité de Paris." Vous avez même ajouté : "Paris ne pourra continuer de rayonner que si elle est capable de montrer son plus beau visage, celui d?une ville propre et durable à même d'offrir une qualité de vie à ses habitants et aux visiteurs du monde entier." Je ferme les guillemets, c?est vous qui l?avez écrit !

Oui, beauté et propreté sont évidemment reliées. Non, la propreté n'est pas subjective, comme je l'ai lu dans le rapport des citoyens. "Paris, fais-toi belle", avez-vous dit, mais Paris est belle, c'est la plus belle ville au monde. Paris était belle avant que vous ne soyez élue, Madame la Maire.

Je dis que Paris est belle. Est-ce que cela vous dérange que l'on dise que Paris est belle ? Alors, on ne peut que vous répondre : Paris, fais-toi propre."

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Pierre AIDENBAUM.

M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, qui ne se souvient de cette très belle chanson de Jacques DUTRONC, "Il est 5 heures, Paris s'éveille" ? Oui, mais avant que le jour ne se lève, plusieurs milliers de femmes et d'hommes s'apprêtent à accomplir une tâche immense, une tâche difficile, ingrate car elle se renouvelle chaque jour : assurer la propreté de nos rues à Paris.

C'est d'abord à ces agents que je veux rendre hommage, leur exprimer ma profonde gratitude, celle d'un maire d'arrondissement au-delà des étiquettes politiques. C'est ce qu'il doit et ce que les habitants doivent à l'intervention quotidienne des services de la propreté. Cantonniers, conducteurs d'engins, ripeurs, chefs d'équipe qui balaient et nettoient les rues, déblaient les marchés, collectent les ordures. Un grand merci à eux tous qui sont indispensables pour notre collectivité, pour les Parisiennes et les Parisiens.

Ils ont, Madame la Maire, une très grande attente ; elle est légitime?

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - S'il vous plaît ! Monsieur le Maire, deux secondes. S?il vous plaît, un brouhaha s'est installé. Ceux qui veulent avoir des conversations privées sortent de la salle, s'il vous plaît. Allez-y, Monsieur le Maire.

M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Merci.

Ils ont, Madame la Maire, une très grande attente, elle est légitime. Paris doit être propre et je dirais encore plus propre qu'elle ne l'est aujourd'hui. Hors de question en effet pour moi, pour nous, majorité municipale, de fermer les yeux, de nier les problèmes qui existent. Oui, souvent, très, trop souvent, nos concitoyens sont mécontents. Ils se plaignent des souillures diverses dans l'espace public, des dépôts d'encombrants, d'épanchements d'urine. Ils se plaignent surtout des incivilités qu'ils constatent en permanence.

L'attente est grande mais, Madame BERTHOUT, je regrette vos déclarations caricaturales de jeudi dernier quand vous avez dit que la gauche considérait la propreté comme une exigence bourgeoise. Non, c'est une exigence pour tous. Je dirais même encore plus dans les quartiers populaires, qui ont le droit d'avoir des rues aussi propres qu'autour de la place du Panthéon.

Partout, nous déployons les grands moyens. D'abord, la Mission d'information et d'évaluation qui montre que ce sujet doit dépasser, en effet, les clivages. Ensuite, cette grande consultation citoyenne pour laquelle je veux saluer l'abnégation et l'inventivité de Mao PENINOU. Des préconisations concrètes ont été mises en avant. Nous allons, nous les mettons déjà en ?uvre.

Je pense notamment à l?extension des horaires saisonniers, aux horaires du week-end et des soirées, qui permettent dorénavant d'intervenir sur une plus large amplitude qui correspond au rythme des vies des Parisiennes et des Parisiens, particulièrement dans le Marais. Suite à mes v?ux, je voudrais remercier Mao PENINOU, déjà sans attendre cette M.I.E. d'y avoir contribué et répondu.

Je pense au renforcement de la lutte contre l'affichage sauvage, aux équipes transverses, propreté, voirie, espaces verts qui seront en place dans tous les arrondissements en 2018 pour agir rapidement au plus près des attentes des agents.

Je pense également qu'il faudra mieux responsabiliser les supérettes et les grandes surfaces alimentaires ainsi que les cafetiers, qui ne sont pas suffisamment respectueux de l'espace public devant chez eux. Je pense enfin aux nouveaux matériels qui vont arriver avec un effort d'investissement très conséquent.

Et puis, naturellement, il y a la verbalisation. Je suis de ceux qui savent que la bonne gestion de l'espace public demande de la souplesse pour favoriser les initiatives, mais aussi beaucoup de fermeté pour mettre un terme aux dérèglements qui pourrissent la vie des habitants. Comme beaucoup, je me félicite du renforcement de la DPSP et des moyens qui sont donnés pour verbaliser plus souvent et plus fortement aussi les contrevenants, car c'est un tout, la propreté, ce sont des agents qui agissent chaque jour, et des habitants qui respectent le travail des agents et notre cadre de vie. Tels sont les deux piliers de votre politique, Madame la Maire, pour laquelle vous avez notre soutien.

Je vous en remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Monsieur Didier LE RESTE, vous avez la parole.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Monsieur le Maire.

Comme très souvent, les élus du groupe Communiste souhaitent intervenir sur les questions de défense et de développement du service public.

Aujourd'hui, je vais donc de nouveau plaider pour la remunicipalisation de la collecte des déchets dans les dix arrondissements où elle est confiée à un prestataire privé. D'aucuns pensent certainement, notamment les représentants du nouveau monde que j'ai écoutés, la nouvelle droite, que c'est là un faux débat car, pour eux, la modernité, c'est le privé ; l'efficacité économique, c'est le privé. Le temps du service public serait dépassé.

Et pourtant, dans la M.I.E. sur la propreté conduite par Mme BERTHOUT et M. LEJOINDRE, il apparaît que la tonne d?ordures ramassée par le public coûte 15 euros de moins que le même volume ramassé par le privé. L'argument économique est imparable. Le privé nous coûte plus cher que le public. Il nous coûte plus cher sur un plan financier, mais il nous coûte plus cher aussi au niveau social.

Il est intolérable que les métiers de la collecte deviennent une manne financière pour de grands groupes qui profitent des bas salaires pour faire d'importantes marges et bénéfices. C'est d'autant plus insupportable que c'est la collectivité publique qui finit par financer ces marges et bénéfices.

Alors, soyons courageux, soyons ambitieux pour Paris, exigeons que le service public de collecte des déchets soit effectué par le service public.

Nous avons eu le courage de reprendre en régie le service public de l'eau. Personne ne peut aujourd'hui contester le succès d'Eau de Paris tant du point de vue de son prix que celui de la satisfaction des consommateurs ou de l'exigence environnementale. Faisons la même chose pour le service de la collecte des déchets. Les marchés arrivent à échéance en 2019, il est temps de changer de modèle pour les reprendre en régie.

Ce retour à un acteur unique aux manettes de la collecte permettra de résoudre un autre problème qui a été soulevé par la Conférence citoyenne sur un Paris plus propre. Il s'agit d'agir pour que toutes les Parisiennes et tous les Parisiens aient un accès égal à la propreté.

Pour nous, par exemple, les habitants et habitantes de Château Rouge ont le même besoin de propreté que les touristes qui déambulent sur les Champs-Elysées. Nous devons faire un état des lieux des moyens alloués à la propreté dans les différents quartiers de Paris et les confronter pour aboutir à une réelle égalité de traitement entre les différents quartiers de Paris, qu'ils soient populaires ou touristiques.

Nous proposons une autre solution pour améliorer la propreté à Paris. Sous couvert d'optimisation, la collecte des déchets recouvre aujourd'hui un enchevêtrement de plans de ramassage, d'horaires de collecte, on s'y perd. Les gardiens et les agents d'entretien d'immeuble, les habitantes et les habitants ne savent plus quand ils doivent sortir les poubelles dans la rue, en vue de leur ramassage.

Il y a donc des poubelles sorties le matin, d'autres le soir, des poubelles à toute heure dans les rues de Paris, des bennes qui circulent du matin au soir pour les ramasser. Cela augmente le sentiment qu'il y a un vrai et constant problème de propreté. Pour y remédier, nous proposons de retourner à un cycle unique de collecte : tôt le matin dans tous les arrondissements. Cela permettra de commencer la journée par un véritable coup de propre dans la ville. À 8 heures, toutes les poubelles seront ramassées. Il n'y aura plus de bennes circulant dans la ville et créant des embouteillages. Les agents seront alors disponibles pour poursuivre leur journée avec le nettoyage de surface. Nous vous proposons ici des solutions gagnant/gagnant pour la propreté à Paris : un service de collecte entièrement municipal, qui coûte moins cher économiquement et socialement. Un grand coup de propre le matin qui permet à la ville et à tous ses quartiers, populaires et touristiques, de bénéficier du même résultat en termes de propreté. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER.

Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, après trois plans propreté depuis le début de la mandature, nous voici à passer ce conseil à débattre de la propreté à Paris.

Vivre dans une ville propre est un droit et la Ville a un devoir d?efficacité. Une fois cette lapalissade énoncée, et alors que vous êtes au pouvoir et donc responsables depuis 4 ans, il nous faut réfléchir collectivement pour trouver des solutions pérennes cette fois.

Le rapport de la M.I.E., le Conseil Parisien de la Jeunesse et une étude commandée par la Ville pour plus de 200.000 euros aux frais du contribuable parisien suggèrent des pistes d?amélioration qui auraient dû être trouvées dès le début de la mandature. Or, la propreté de l?espace public ne semble décidément pas figurer en tête des préoccupations de la Municipalité.

La situation a commencé à se dégrader il y a 10 ans. La raison en est notamment le manque d?adaptation de la politique de la Ville au mode de vie des Parisiens qui a évolué : plus de vie extérieure et de vie nocturne. Sur la base de ces constats, je voudrais évoquer en tant qu?élue de terrain quelques points qui me semblent fondamentaux.

En premier lieu, il est impératif de confirmer la hausse du budget propreté amorcé il y a 3 ans, mais c?est le budget global qui doit être confirmé : aucun transfert ne doit être fait entre le budget de fonctionnement et le budget d?investissement. Si je prends l?exemple du budget de fonctionnement, du fait de la dédialisation du parc automobile, acheter de nouveaux véhicules est plus onéreux. Il ne faudrait pas prendre le risque d?avoir un parc amoindri à budget constant. Le budget doit donc être augmenté.

En second lieu, les R.H. doivent faire l?objet d?une politique constante d?optimisation. L?absentéisme parmi les personnels est une réalité. Il a augmenté de 15 % dans le 16e arrondissement. Il est en partie lié à l?usure des agents, à la pénibilité de certaines tâches, aussi faut-il privilégier la mobilité, la reconversion et le mérite.

En troisième lieu, il faut prioriser et cibler les actions pour mieux les optimiser. Le co-pilotage de la propreté, déjà mis en place, doit être accru car qui peut mieux prioriser les actions que les maires et les élus dans les arrondissements.

En quatrième lieu, la responsabilisation et le nécessaire changement des mentalités des citoyens, souligné dans la première conclusion du rapport de la M.I.E., est l?un des nerfs de la guerre. En revanche, la responsabilité citoyenne ne doit pas obérer celle de la Ville qui a un devoir - je le rappelle - de résultats. Un comportement récurrent inacceptable a fait l?objet d?une proposition qui consiste à remplacer les éteignoirs des corbeilles municipales par des cendriers pour réduire le nombre de jets de mégots. Cela me semble une fausse bonne idée. Cela ne va faire que complexifier le travail des collecteurs : un cendrier tous les cent mètres égale plusieurs agents à ne faire que cela.

Ajouter à cela que, même si les corbeilles doivent être remplacées, alors que ce sont les mentalités qui doivent évoluer, elles ne datent que de 2014 : le changement de celles-ci représentera un coût supplémentaire pour les Parisiens. Les changements fréquents en matière de politique de propreté, ce sont des coûts supplémentaires, rappelons-le.

Autre exemple, je constate tous les jours dans les rues des dépôts sauvages à des endroits précis, c?est-à-dire sous les panneaux bleus "Défense de déposer des ordures" du règlement sanitaire de novembre 1979. Non seulement, cet affichage ne dissuade pas les contrevenants mais, à l?inverse et c?est beaucoup plus grave, il est de nature à les stimuler. Cela tourne la Ville en ridicule, ce dont elle n?a pas besoin. Comme le soulignait mon collègue Patrick TRÉMÈGE, c?est très préjudiciable car, une fois l?habitude prise, il est très difficile de la faire disparaître. Aussi faut-il tous les supprimer ; il en reste encore une centaine dans le 16e arrondissement, c?est beaucoup trop. Je vois également beaucoup trop de poubelles sorties la veille au soir, ce qui provoque de la saleté.

Un autre comportement n?a pas été éradiqué : les épanchements d?urine à la sortie de certains événementiels, tels que les sorties de match au Parc des Princes, par exemple. Je sais que des dispositifs ont été mis en place mais ils sont insuffisants. Le fait, en soi, est inacceptable, mais dans un secteur comme la porte de Saint-Cloud, largement impactée par la venue de supporters en nombre lors des matchs - ce qui implique des difficultés de circulation, de stationnement, de jets d?ordures et de problèmes de sécurité -, la coupe est pleine et la tolérance zéro doit être mise en place.

J?affirme la nécessité - pour aller dans le sens du rapport de la M.I.E. - d?instaurer une vraie politique fondée sur le salisseur-payeur, en systématisant beaucoup plus la verbalisation. Je pense notamment aux travailleurs des entreprises de B.T.P. qui ont tendance à prendre les rues pour des dépotoirs avec des objets très encombrants, voire polluants. C?est un vrai problème.

Mais, dans une ville impeccable, les comportements délictueux sont rares. La saleté engendre la saleté. Aussi ne nous trompons pas de responsable : la Ville est comptable de la situation actuelle. Le cercle vicieux doit être transformé en cercle vertueux : optimisation, efficacité, efficience au service de tous, voilà quels doivent être les substantifs d?une politique de propreté efficace à Paris. Elle doit être le symbole du respect de l?Exécutif envers les Parisiens. Or, les Parisiens ne se sentent pas respectés.

Vous dites, Monsieur PENINOU, que les habitants ont un "sentiment" de malpropreté. Permettez-moi de vous dire qu?en la matière, sentiment vaut raison, car nous sommes tous au service des Parisiens et ne pourrons ignorer les aspirations liées aux difficultés environnementales.

Saluons ceux de mes collègues qui ont travaillé à trouver des solutions au sein de la M.I.E. Ne nous contentons pas d?une politique à la petite semaine : Paris doit être à la hauteur des impôts que paient nos concitoyens. Le groupe PPCI proposera un plan d?action concret, résumé par Jérôme DUBUS tout à l?heure. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci.

M. Buon Huong TAN, Monsieur le Député, vous avez la parole.

M. Buon Huong TAN. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, l?action en termes de propreté de la Ville s?inscrit dans un temps long. Nous pourrions énumérer l?ensemble des mesures mises en ?uvre tant d?un point de vue matériel qu?humain : installation de 30.000 nouvelles corbeilles de rue, extension des horaires d?ouverture des sanisettes, modernisation du matériel utilisé par nos agents de propreté, etc.

Je souhaite, en particulier, saluer le travail de nos agents qui, tous les jours, travaillent sans relâche pour rendre notre ville plus belle et plus accueillante, mais soyons clairs : nous sommes encore loin du compte. Le gouffre qui existe entre les moyens investis en matière de propreté - deuxième poste de dépenses de fonctionnement, c?est-à-dire tout de même 26 % du budget - et la situation réelle doit nous poser question. Car, oui, la protection de notre cadre de vie fait l?objet d?un consensus immédiat, mais il ne suffit pas de le dire, il faut aussi le faire savoir et le donner à voir.

Les points noirs de la propreté, nous les connaissons tous : objets encombrants, graffitis, urine, déjections canines, mégots et autres. Je souhaite ici solennellement dénoncer les tolérances affichées par certains. Les Parisiens sont excédés par de petites incivilités du quotidien qui, chaque jour, mettent en péril le vivre-ensemble. Ces canettes délaissées derrière soi, ces chewing-gums jetés sur le trottoir, ces mégots autour des arbres, nous croisons chaque jour des situations semblables. Cette multiplication des incivilités n?est pas seulement irritante pour notre vie quotidienne, elle a aussi un coût très important pour notre collectivité.

Mes chers collègues, j?appelle ici à une véritable bataille culturelle pour redonner toute sa place à la question du respect de l?espace public.

Prenons l?exemple des tags. J?aime cette forme d?expression et le 13e arrondissement accueille les plus belles réalisations de "street art" à travers ses fresques monumentales. Mais ceci doit être avant tout réalisé dans des lieux dédiés car pour le bien-vivre ensemble, ne perdons pas de vue que la liberté des uns s?arrête là où commence celle des autres. Sur proposition de notre groupe, 200 lieux devaient être, d?ailleurs, réservés au "street art".

Mettre des moyens pour une ville propre, c?est aussi sanctionner, et plus durement. Sur ce sujet, nous sommes tous d?accord, que ce soient les élus de la majorité comme de l?opposition, des conseillers parisiens de la Jeunesse ou encore la conférence citoyenne.

J?appelle à la tolérance zéro. L?important, à long terme, c?est bien de changer les comportements. Les P.V. ont une vertu pédagogique et ils sont, à ce stade de notre action, nécessaires.

Dans ce rôle de sanction, nous tenons à saluer le travail de la brigade de lutte contre les incivilités qui ?uvre sur le terrain pour faire reculer les nuisances liées à la saleté. Les chiffres parlent d?eux-mêmes : une hausse de 149 % des P.V. dressés entre 2016 et 2017. Preuve que les incivilités sont trop nombreuses ; preuve également, qu?il était nécessaire de commencer à les sanctionner plus durement.

La lutte doit également être relancée contre l?affichage publicitaire sauvage que l?on retrouve sur le sol, sur les bancs, sur les grilles des parcs, autour des murs des immeubles ; bref, partout. Cela coûte encore une fois très cher à la collectivité. Si je regarde, en 2016, ce sont presque 150.000 euros qui auraient pu, par exemple, venir compléter la dotation en matériel de nos arrondissements. Nous pouvons avoir aussi le même discours sur les dégradations du mobilier urbain. Poser un sticker sur un potelet peut paraître anodin, voire amusant, et pourtant, cela dégrade notre perception du cadre de vie et attire souvent d'autres stickers.

L'état de la propreté est déploré par tous, mais pas assez de citoyens s'inquiètent aussi de leur responsabilité d'y remédier. Alors, mettre les moyens pour faire de Paris une ville propre, c'est continuer à sensibiliser à la fois les plus jeunes qui, statistiquement, sont ceux qui polluent le plus, mais également les adultes pour leur rappeler que faire de Paris une ville propre est un combat de tous les jours.

C'est aussi faire en sorte que les Parisiens se saisissent du service de collecte des encombrants. Nous ne pouvons mettre un agent derrière chaque Parisien. Et pourtant, aujourd'hui, nous sommes dans une situation où nous proposons un service gratuit mais où seulement la moitié des encombrants récoltés font l'objet d'un signalement, ce qui rend la collecte des encombrants inefficace. C'est surtout un souci dans notre démarche, pour tous les acteurs locaux qui sont tous les jours au contact du terrain, que ce soit des régies des quartiers, des entreprises d'insertion, mais encore nos mairies d'arrondissement. Nous, Parisiens, élus et citoyens, souhaitons tous rendre à Paris le niveau de propreté qu'elle mérite. Je vous propose donc que nous travaillions tous ensemble pour que Paris continue à rayonner à travers le monde, comme capitale accueillant le plus de touristes au monde.

Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Mme Julie BOILLOT.

Mme Julie BOILLOT. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, j'ai siégé, pour la première fois, dans une M.I.E. et j'ai vraiment apprécié de pouvoir travailler sur un temps long, de réfléchir collectivement, et je pense que nous pouvons être fiers du rapport rendu.

Je tiens à saluer en particulier la pugnacité de Florence BERTHOUT, le sens de la synthèse d'Eric LEJOINDRE, l'expérience d'Yves CONTASSOT qui nous a fait partager tout son vécu en tant qu?adjoint chargé de la propreté sous l'ère DELANOË et, aussi bien entendu, Mme Nathalie POPADYAK et son équipe.

Je commencerai mon intervention par une anecdote toute personnelle. Dans ma rue, la collecte se fait le matin entre 7 heures 30 et 8 heures. Et tous les matins, mon fils de 3 ans, en entendant le bip de la benne à ordures, me dit "Maman, il y a le camion poubelle", et il se précipite à la fenêtre. Concrètement, ce métier de rippeur le fascine. Pour en avoir parlé avec des amis, c'est un constat assez commun parmi les parents. Ce succès ne se dément pas en grandissant puisque, lorsqu'il y a des animations dans les écoles élémentaires, les présentations de matériels légers sont toujours un franc succès.

Vous me direz : qu'est-ce qui fait que ces hommes, qui sont des modèles pour nos enfants, ont le "spleen" ? On le sait tous, ils ont de loin le métier le plus pénible, hautement répétitif, et pourtant, on ne leur pardonne rien, on leur demande tout. Ils travaillent 365 jours sur 365 jours, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, avec des emplois du temps mouvants, des horaires décalés. Il suffit de discuter avec les agents de nos circonscriptions pour s'apercevoir que, certes, ils sont encore très fiers de leur métier, mais ils s'en lassent.

Plus de reconnaissance ne leur déplairait pas, mais ils veulent avant tout des perspectives. Ils peuvent se contenter du choix entre travailler en souffrance et en silence car, oui, travailler en sous-effectif et avec des matériels inadéquats parce que vétustes ou hors service, c'est de la souffrance au travail, ou bien entrer dans le cycle infernal de l'absentéisme.

28 % des agents ne sont jamais absents, 21 % moins de dix jours par an. En revanche, 22 % des agents sont absents plus de 40 journées par an. Ces absences, justifiées ou non, désorganisent considérablement au quotidien les opérations de nettoiement, les éboueurs présents étant affectés en priorité sur les missions de collecte de déchets. C'est donc toujours le balayage des rues qui est laissé pour compte.

Être agent ouvrier de la DPE, c'est appartenir à un grand corps qui participe, depuis des siècles, à l'essor de Paris, et il mérite un traitement à part vu la particularité de ses métiers. Créer un service de R.H. dédié serait un acte fort envers ces personnels. Nous sommes convaincus qu'une gestion au cordeau, avec des solutions innovantes et spécifiques à la DPE, est un signal attendu pour remobiliser les agents.

La Ville ne doit pas non plus s'interdire de confier une assistance à maîtrise d'ouvrage pour trouver des solutions sur la gestion des inaptitudes, des déroulés de carrière, sur l'organisation de l'encadrement, ou encore l'externalisation de certaines missions.

Sur la chaîne de management, par exemple, une réflexion doit s'engager sur l'utilité des cinq niveaux hiérarchiques. Ceux qui ont eu la chance de discuter propreté avec Florence BERTHOUT connaissent les nombreuses anecdotes qui nourrissent cette proposition de réduction de la chaîne. J'en prendrai une. En effet, faire balayer le trottoir dans le 5e arrondissement, un trottoir impair lorsque le trottoir pair a déjà été nettoyé, relève d'une épreuve de ténacité et de patience. C'est pourquoi nous souhaitons doter les agents de "smartphone" pour garantir leur réactivité.

Enfin, le chantier de la prévention et du traitement des inaptitudes est à prendre à bras le corps. La pénibilité des missions conduit à ce qu'une part non négligeable des agents soit exemptée. Ma collègue Gypsie BLOCH en parlait. Actuellement, 123 agents sont déclarés inaptes et en attente de reclassement. C'est autant de postes budgétaires gelés. Mais pour déceler les inaptitudes, encore faut-il avoir une visite médicale annuelle. Or, là encore, on comptait, en 2016, dix médecins référents DPE et, en 2017, plus que sept. Moins de la moitié des agents ont donc passé une visite médicale cette année, et nous ne pouvons pas nous en contenter. La Mairie de Paris doit être exemplaire dans sa gestion R.H. des agents de la DPE. C'est une condition pour hisser Paris au rang de capital propre.

Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup.

M. Thomas LAURET.

M. Thomas LAURET. - Merci, Monsieur le Maire.

Ce qui est bien avec la propreté, c'est que tout le monde a son avis sur la question et, en même temps, c'est un sujet, sur le plan organisationnel, qui est relativement complexe. On a évidemment eu une M.I.E. intéressante qui a permis de faire valoir un certain nombre de propositions qui sont effectivement consensuelles. C'est vrai que l'on a choisi des titres qui rendaient difficile le fait de ne pas se mettre d'accord : salir moins, on était tous d'accord, nettoyer plus, aussi.

En revanche, on a insisté sur la sanction des incivismes. Là, ce n'était pas forcément évident parce qu'il y a parfois des positionnements idéologiques sur cette question-là qui sont contradictoires.

On l'a répété, nous craignons quand même que ces mesures et celles qu'on retient et qui sont de bons sens - les horaires du soir, les brigades volantes - ne suffisent pas sur le moyen et le long terme. Donc nous voulons faire quelques propositions complémentaires qui sont probablement un peu plus difficiles à mettre en ?uvre, mais qui sont à étudier dans les mois qui viennent, si ce sujet revient sur le tapis.

D'abord, la question idéologique. On l'a citée : faut-il confier la propreté au privé ou au public ? On a dépassé ce sujet lors de la dernière mandature avec des arrondissements confiés au privé, d'autres au public, n'est-ce pas, François DAGNAUD, avec Bertrand DELANOË. On constate des différences. Je crois qu'on s'accorde à dire qu'il y a un traitement quand même - et je m'adresse à mes amis communistes - qui, dans les délégations de service public autour de la question de l'absentéisme, pose apparemment un peu moins de problème. Il faut quand même vérifier de près, mais vous avez un peu moins d'absentéisme dans le privé que dans le public.

Si on défend systématiquement le fait de remunicipaliser, remettre en régie et avoir plus d'agents publics, on peut ne pas être contre, mais il faut avoir en tête que le service public est fort si on est capable, dans la gestion des ressources humaines, de lutter contre l'absentéisme. Donc il ne faut pas prendre des positions idéologiques contre les primes d'intéressement, la lutte contre l'absentéisme injustifié si on veut que nos amis de droite, qui sont souvent pour le privé, n'aient pas des arguments forts et continuer à avoir des services performants.

Effectivement, Florence BERTHOUT, vous n'avez pas pris cette option de dire - et je vous en félicite - qu'il faut tout passer au privé parce que vous avez probablement travaillé sur ce sujet avec suffisamment d'approfondissement pour éviter d'être dans les caricatures idéologiques.

Simplement, après avoir établi un consensus entre nous autour de la M.I.E., vous avez décidé de lâcher les vannes en proposant 1.000 postes supplémentaires. 1.000 postes supplémentaires, c'est 40 millions d'euros, soit grosso modo 10 % d'augmentation de la taxe sur les ordures ménagères, si on doit le financer comme cela.

Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas ajuster les moyens par-ci ou par-là, mais cela veut dire que la solution, qui consiste à dire qu'on va accroitre le nombre d'emplois, est une solution de facilité, qui est souvent partagée par ceux qui n'ont pas les solutions organisationnelles.

Nous avons donc choisi de faire quelques propositions. Plusieurs d'entre nous l'ont dit : le vrai sujet, c'est que, quand on met les éboueurs et les chauffeurs dans les bennes le matin, et quand il y a de l'absentéisme, on n'a plus suffisamment d'agents pour faire le nettoyage des rues.

Le problème, ce n'est pas la collecte des ordures ménagères qui est bien faite, puisqu'on y met la priorité de nos ressources. Le problème, c'est la capacité à conserver et sanctuariser les effectifs pour s'occuper du nettoyage des rues.

Plusieurs d'entre nous l'ont fait, à droite et à gauche. Essayons de trouver une solution pour qu?on sanctuarise ces moyens humains sur le nettoyage des rues. J'en vois une avec nos amis du groupe Démocrates et Progressistes, c'est travailler à faire en sorte que la collecte des ordures ménagère soit confiée par exemple à la Métropole ou au SYCTOM pour essayer de gagner en cohérence avec la mission du SYCTOM, qui est le tri, le recyclage et la valorisation des déchets.

Si celui qui s'occupe de trier les déchets et de les valoriser est aussi celui qui s'occupe de les ramasser, il y aura une cohérence plus forte à ce que le tri soit mieux effectué et que la valorisation soit plus cohérente avec le ramassage, plutôt que de se retrouver avec des systèmes de ramassage différents d'une commune à l'autre, et traités par un SYCTOM qui du coup retrie les déchets pour pouvoir les valoriser.

Voilà le premier sujet, ce qui n'empêche pas de se poser la question à la marge de la régie ou de la D.S.P. Prenons en compte les indicateurs qualité et la collecte du nettoyage et disons aux responsables du nettoyage parisiens : si dans tel arrondissement ou dans tel quartier nous n'avons pas une amélioration dans 18 mois, on décide de passer le nettoyage soit au public, s'il est privé, soit au privé s'il est aujourd'hui public.

C'est sous cette incitation que nous pourrons inciter les équipes qui sont parfois un peu en mal de sens à se remobiliser pour un nettoyage de qualité.

Le deuxième sujet, c'est le sujet de la centralisation et de la décentralisation, un sujet classique dans nos débats. Est-ce que le maire d'arrondissement et ses équipes doivent s'occuper de la propreté, est-ce la mairie centrale ?

La mairie centrale évidemment, dans la mesure où nous avons des impôts parisiens, est là pour répartir correctement les ressources entre les différents arrondissements. Si vous confiez l'intégralité de la responsabilité aux maires d'arrondissement, ils diront, je n'ai pas assez de moyens. C'est ce que l'on entend dans cette Assemblée. Pour pouvoir bien gérer la propreté et donner des moyens, il faut savoir où on les reprend ailleurs et être cohérent dans l'ensemble de la démarche.

Ce que nous proposons, c'est de conserver une répartition centralisée des ressources, c'est la mairie centrale qui est responsable de juger de la bonne adéquation des ressources dans tous les arrondissements et de donner plus de pouvoirs aux maires d'arrondissement dans le management de proximité en confiant la responsabilité fonctionnelle à la mairie d'arrondissement et en conservant la responsabilité hiérarchique à la mairie centrale.

Pour cela, il faut que les maires d'arrondissement jouent le jeu. Il faut par exemple que les maires d'arrondissement acceptent de négocier des contrats locaux de propreté. Certains ont fait le choix, pour ne pas être accusés de ne pas faire leur boulot sur la question de la propreté, de ne pas s'embêter avec les contrats locaux de propreté. Il faut, dans le 16e arrondissement comme ailleurs, négocier les contrats locaux de propreté pour pouvoir être responsabilisés et accepter cette responsabilité complètement.

Si vous m'écoutiez... Je disais qu'il faut qu'on donne plus de responsabilités aux mairies d'arrondissement pour que l'équipe du 16e arrondissement puisse traiter ces questions.

Je vais dans votre sens, Monsieur GOASGUEN, mais il faut accepter d'assumer ses responsabilités.

Le dernier point, c'est effectivement un sujet que nous n'avons pas évoqué dans le cadre de la M.I.E. : la question de la fiscalité. Il faut une fiscalité. Les citoyens l'ont dit d'ailleurs tout à l'heure, ils ne veulent pas d'augmentation des impôts sur la propreté, mais ils sont d'accord pour étudier une fiscalité incitative.

Aujourd'hui, nous avons une taxe de balayage qui est en place depuis longtemps sur des règles considérées comme injustes : la taille de la façade, la largeur de la rue. Nous avons une réforme institutionnelle qui va être annoncée dans quelque temps. Utilisons ces opportunités pour essayer de rassembler la taxe de balayage avec la taxe sur les ordures ménagères et la rendre incitative tout en évitant qu'elle soit plus difficile à comprendre et qu'elle ne complique inutilement la fiscalité qui doit rester simple et visible par tous.

Il faut donc expérimenter la pesée, l'incitation au tri et faire en sorte que la fiscalité soit un vecteur supplémentaire pour réussir le nettoyage.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Mme GATEL pour l'UDI-MODEM.

Mme Maud GATEL. - Je tiens à saluer le travail important et nécessaire conduit par la M.I.E. et par sa présidente et son rapporteur. 45 mesures de bon sens que ma collègue Edith GALLOIS a eu l'occasion de présenter.

Je me réjouis particulièrement de l'adoption de mesures que nous avions portées à de nombreuses reprises : l'accent sur la valorisation des carrières pour lutter contre l'absentéisme, la responsabilisation des professionnels et des entreprises intervenant sur l'espace public, la lutte contre les dépôts sauvages, et notamment les déchets de chantier, le renforcement de l'information sur le tri, la mise en place de corbeilles de rue à proximité immédiate des points d'attente, la nécessaire transparence sur les moyens déployés rue par rue en matière de propreté pour une meilleure information des Parisiens, et l'expérimentation de la fiscalité incitative.

La M.I.E. a mené un travail consensuel car pragmatique, mais quelle suite y sera donnée ? L'an dernier, au moment où nous débattions de votre communication déjà intitulée "Objectif Paris propre", vous affirmiez vouloir faire de la propreté une priorité absolue.

Or, la manière dont vous abordez ce débat démontre qu'il n'en est rien. Si la propreté était réellement votre priorité, j'ose espérer que les résultats seraient là. Pour vous, ce n'est qu'un simple sujet de communication, un sujet que vous semblez découvrir, instrumentaliser aussi.

Le rapport de la Conférence des citoyens est à ce titre éclairant. Associer les citoyens à l'évaluation et à la conception des politiques publiques, c'est bien sûr indispensable.

Confier l'exercice à une entreprise privée alors qu?il existe de nombreuses instances de concertation, c'est beaucoup plus contestable, tant sur le plan des finances publiques que sur le plan de la méthode, surtout quand les conclusions tirées par les participants, éclairées par les experts proposés par la Ville, dédouanent l'Exécutif des dysfonctionnements que les Parisiens et les visiteurs constatent pourtant chaque jour.

Non, seuls sont responsables de la malpropreté les nouveaux usages, donc la fête, et l'incivisme des Parisiens et des visiteurs. "Dans les 18e, 19e et 20e arrondissements les moyens mis en place par la Ville sont jugés à la hauteur des enjeux locaux spécifiques". Les habitants de ces arrondissements apprécieront, je n'en doute pas.

"L'ensemble des citoyens a indiqué que le budget municipal dédié à la propreté semble conséquent et suffisant, et ne nécessite pas un relèvement à travers une augmentation des impôts". Vous noterez le formidable biais dans la manière dont les choses sont posées.

Trois débats en trois ans, et je crains que cela ne soit une troisième communication pour rien. Pourquoi ? Parce que le constat de la situation n'est pas partagé. Contrairement à une majorité de Parisiens, vous ne considérez pas que la propreté soit un sujet de préoccupation, ce qui vous permet de vous accorder un satisfecit sur la politique menée en la matière depuis le début de votre mandature. Je vous cite : "Dès 2014, nous avons engagé le saut quantitatif et quantitatif attendu par les Parisiens pour améliorer la propreté de Paris". C'est donc circulez, il n'y a rien à voir ! Vous n'êtes en rien responsables de l'état de nos rues, ce sont les autres : l'incivisme, les professionnels. Vous niez le sujet et ce faisant ce que vivent les Parisiens.

Votre communication réalise même l'exploit de ne pas parler des nuisibles. Une communication réaliste aurait dû poser les choses en ces termes : nous avions fait de la propreté une priorité absolue, malheureusement, en dépit des mesures prises, la situation ne s'est pas réellement améliorée et les Parisiens et les visiteurs continuent d'exprimer une insatisfaction sur ce sujet qui pèse sur le cadre de vie des Parisiens et sur l'attractivité de notre Capitale. Face à ce qu'il convient d'appeler un échec, nous devons dès lors changer de braquet et affirmer une volonté politique plus forte en la matière, qui se traduira par un plan d'action réellement ambitieux.

Pour ce faire, toutes les énergies doivent être mobilisées. Si votre communication utilisait un tel langage de vérité, nous pourrions faire avancer les choses de la manière constructive qui a prévalu dans le cadre de la M.I.E.

Ne pas prendre la mesure de l'insatisfaction obère tout volontarisme politique. Paris, les Parisiens et les visiteurs méritent mieux que cette communication à tous les sens du terme. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Alexandra CORDEBARD pour le groupe Socialistes et Apparentés.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

A entendre les uns et les autres, je me demandais ce que j'allais bien pouvoir rajouter à ce débat et à cette heure-ci. Comme tous les maires d'arrondissement, la propreté est l'un des sujets sur lesquels je suis le plus souvent interpellée par les habitants.

Merci donc à tous ceux qui le disent avec leurs mots, maintenant, qui ont participé à ce travail de constat pour trouver des solutions, les élus qui ont participé à la M.I.E., les citoyens qui ont pris de leur temps pour donner leur avis, le Conseil de la jeunesse et puis, merci à Mao PENINOU et à vous, Madame la Maire, de le mettre au centre de nos débats.

Le 10e n?échappe évidemment pas, et loin s'en faut, aux difficultés de gestion de l'espace public. Sa densité est supérieure à celle de Tokyo. La présence de la gare du Nord, avec ses 750.000 voyageurs qui empruntent nos rues chaque jour, la gare de l?Est, etc., et, bien sûr, le canal Saint-Martin, en font un espace dense très visité et également nécessitent une attention de tous les instants.

Je voudrais vous dire, à ce stade du débat, chers collègues, que le sujet ne mérite pas une telle polémique. Ne vous êtes-vous pas mis d?accord pour faire ensemble 50 propositions pour améliorer les choses ? Et je vais vous dire une chose : est-ce que ce fatalisme que vous portez est bien nécessaire ? En tout cas, moi, je crois plutôt au volontarisme sur la question et je crois que nous partageons tous la même ambition qui est de faire en sorte que notre ville soit la plus propre possible. Pourquoi ne pas se réjouir ensemble, à un moment, des moyens supplémentaires et matériels nouveaux dont Paris continue à se doter ?

Par exemple, pour la nouvelle brigade volante, cela peut nous aider, dans le 10e, par exemple, à faire face à certaines situations complexes : l'entretien des bords du canal qui est, en ce moment, rendu très difficile.

Le recours aux régies de quartier, nous l?avons déjà expérimenté. Cela doit nous permettre d?accentuer nos efforts sur les sites difficiles. J?ai un exemple en tête : les escaliers de la rue d'Alsace entre la gare du Nord et la gare de l'Est. L'arrivée des nouvelles corbeilles plus grandes, plus solides, c?est bien une solution notamment pour éviter les dépôts alentours, mais aussi pour essayer de faire baisser les populations de rongeurs indésirables. C?est un problème que nous partageons, n?est-ce pas ? Davantage de cendriers pour faire baisser ce chiffre épouvantable de 350 tonnes de mégots ramassés à Paris chaque année.

Enfin, l'arrivée de nouveaux engins moins polluants, plus efficaces, plus confortables pour nos agents doit nous permettre de progresser pour le nettoyage de nos milliers de kilomètres de trottoirs et de chaussées. Comme maire d'arrondissement, je suis évidemment très impatiente de les voir arriver dans le 10e et de pouvoir constater de fait l?amélioration de notre capacité à nettoyer la ville.

Et puis, au-delà du matériel, vous l'avez beaucoup abordé, il y a également les efforts d'organisation qui sont indispensables, que nous devons encore faire. Mieux nous organiser, mieux nous adapter aux situations particulières est indispensable. Sur ce point, la M.I.E. a été diserte et, je trouve, avec raison. Je voudrais témoigner de ce qui marche dans le 10e et ce que nous avons déjà un peu expérimenté. Les équipes en horaires saisonniers : bons résultats, réellement, en termes de propreté et de sensibilisation des usagers. Il reste beaucoup à faire, mais, sachez-le, nous avons trouvé des agents volontaires pour le faire.

Heureuse, finalement, de dire que ce Conseil soit l?occasion de voter la reconduction de l?ensemble de ces expérimentations?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je demande à chacune et chacun d'écouter l?avis, l?expertise, les propos d'une maire d'arrondissement particulièrement engagée sur ce sujet.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10 arrondissement. - Une autre expérience intéressante d?une nouvelle manière de travailler, c?est quand tous les services vont ensemble sur le terrain pour appréhender les difficultés et les traiter ensemble. La DVD, la DEVE, la DPSP et, bien sûr, la DPE, qui font ensemble les constats et qui additionnent leurs forces pour régler les problèmes. Je trouve que c'est une bonne méthode. J'ai eu l'occasion d'accompagner l?une de ces sorties. On a pu résoudre plusieurs des difficultés qui tardaient à trouver résultat.

Enfin, on parlait du canal, un petit moment, en rajoutant année après année des éléments supplémentaires pour essayer de faire face à cet afflux si massif de visiteurs à certains moments : plus de corbeilles, des grands containers également, et, vous en avez peu parlé finalement dans ce débat, des urinoirs, des cabines de toilettes pour femmes, des corbeilles plus grandes. Nous avons amélioré la situation, véritablement. Aujourd'hui, et pour la première fois depuis longtemps - et j?en remercie beaucoup Rémi FÉRAUD et sa pugnacité -, on a des habitants du 10e qui disent : "Ah, oui, cette année, c'était mieux sur le canal, c'était moins difficile".

Enfin, et vous savez que j'y suis sensible, dans le 10e, nous sommes en train de signer un protocole avec la S.N.C.F. pour les abords de la gare du Nord. Grande nouvelle, bonne nouvelle : cela doit améliorer vraiment le service rendu aux usagers.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vraiment, attendez un instant parce que? Là, c?est à peu près calme. Je ne doute pas que cela vous intéresse, quand même, d'avoir aussi le point de vue de maire d'arrondissement, même si ce n?est pas exactement dans les mêmes rangs que nous siégeons. La maire du 10e mérite l'attention de tous les groupes et de tous les élus, comme nous avons été attentifs à tous les propos. En plus, l'expertise de la mairie du 10e est particulièrement intéressante puisqu?il y a des gares, il y a des sites touristiques. C?est un arrondissement qui est plutôt très concentré par la taille et dense, donc écoutons. C?est quand même plutôt intéressant.

Madame CORDEBARD.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10 arrondissement. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Donc, je vous le redis. Moi, je ne pense pas qu'il faille se résigner à voir nos rues si salies ou si sales. Si salies, d'ailleurs, quels que soient les efforts que nous faisons pour les nettoyer. Dans le 10e, comme ailleurs, elle est arrivée plus récemment. La brigade de lutte contre les incivilités, sa montée en puissance, permet que nous ayons enfin la possibilité de dissuader les comportements incivils qui sont encore beaucoup trop nombreux. La brigade, et nous y travaillons activement, bien coordonnée avec les services de propreté, peut verbaliser les habitants, les visiteurs indélicats, les dissuader de réitérer leur comportement, parce que, j'en suis vraiment convaincue, c'est bien cet objectif de changement de comportement qui fera la différence à terme.

Soyons lucides : nous ne pourrons pas augmenter les effectifs et les moyens à l'infini. Il faut que notre culture commune change dans ce domaine et que les Parisiens, avec nous, s'investissent dans la propreté de leur ville.

Merci, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame CORDEBARD.

Mme PRIMET pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Madame la Maire, mes chers collègues, je l?ai entendu dans votre communication de ce matin et je partage avec vous que notre débat sur la propreté à Paris doit mettre au centre de sa réflexion la question des agents qui travaillent chaque jour pour rendre Paris propre. Le premier constat dressé par la M.I.E. est celui de la nécessité de l'augmentation des moyens humains. On parle d?un besoin d'environ 1.000 postes, peut-être moins - il faudra affiner - mais c'est de cet ordre-là. La ville change. Les habitudes de vie évoluent. Les habitants et les habitantes investissent plus l'espace public. Les trottoirs et lieux de promenade sont plus nombreux. Malheureusement, les magasins sont de plus en plus ouverts le dimanche. La multiplication des zones touristiques internationales et l'autorisation de l'ouverture pour les commerces 12 dimanches par an a généré un surcroît de travail pour les agents de la propreté.

Les effectifs manquent aujourd'hui à la DPE. Preuve en est, un certain nombre de ce qu?on appelle les "petits engins" sont sous-utilisés, faute de bras pour les faire sortir des ateliers. Vous faites part de l?achat de nouveaux engins - nous vous en félicitons - mais il faudra d?abord augmenter les effectifs pour les utiliser efficacement.

Nous avons été le seul groupe à avoir demandé et obtenu, depuis le début de la mandature, la création de postes à la DPE. C'est pour nous un motif de satisfaction, même si on est encore bien loin du compte. C'est d?une augmentation substantielle dont nous avons besoin pour réaliser les objectifs que nous nous donnons aujourd'hui. En revanche, nous continuons de nous opposer à la saisonnalité des rythmes de travail. Je fais ici référence au projet de délibération DPE 2 qui est rattaché à notre débat. Ce projet de délibération vise à étendre les horaires saisonniers du 1er juin au 1er octobre. Il prétend assurer une présence des agents de la propreté plus efficace et fait part d'un premier bilan positif de la mise en ?uvre de ce dispositif, mais, malheureusement, le bilan n'est pas joint au projet de délibération. Pouvons-nous y avoir accès ? Nous l?avons déjà dit : pour nous, ce nouveau cycle de travail a une valeur plus de "com", car la vue des agents en gilet jaune par les habitants tend à renforcer leur sentiment que l?on s?occupe de la propreté mais, dans la réalité, travailler sur site quand les habitants sont là est complètement inefficace.

Je vous mets au défi de venir balayer les abords du canal Saint-Martin un soir du mois de juillet à 22 heures. Comment pouvons-nous imaginer que les agents puissent faire leur travail dans ces secteurs à ces horaires ? D?ailleurs très peu d?agents sont volontaires, même s?ils sont mieux rémunérés. Ceux qui sont affectés à ces cycles de travail sont les nouveaux arrivés, les stagiaires. Cela démontre bien que ces cycles de travail ne prennent pas en compte les revendications et les conditions de travail des agents.

Nous voterons donc contre ce projet de délibération.

Je viens appuyer l?idée de mon camarade Didier LE RESTE de la collecte en un seul tour. Ajouter un énième cycle de travail n?améliorera pas la propreté dans Paris. Pour cela, il convient de renforcer les équipes de ceux qui déploient tant d?énergie pour rendre notre ville propre. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. La parole est à M. DUBUS, pour le groupe PPCI.

M. Jérôme DUBUS. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, dans l?histoire des capitales et des métropoles depuis l?antiquité, la saleté d?une ville a toujours précédé son déclin ou sa décadence. Ce fut le cas pour la Rome antique, avant son invasion par les barbares. Ce fut le cas plus récemment de Londres, après la Première Guerre mondiale. Ce fut le cas de New York à la fin des années 1970 et de Rome à nouveau à la fin des années 1990. C?est malheureusement aujourd?hui le cas de Paris.

En effet, la malpropreté qui envahit nos rues s?accompagne d?un laisser-aller général de l?espace public parisien. La dégradation de la ville empire année après année. Faudra-t-il, Madame la Maire, que le Gouvernement nomme un nouveau lieutenant-général de police chargé de rétablir la propreté à Paris, comme le firent en 1668 Louis XIV et Colbert, en la personne du Préfet Gabriel-Nicolas de La Reynie qui transforma la capitale la plus sale d?Europe en ville enviée pour sa propreté par toutes les autres monarchies et ce, en à peine deux ans ?

Ou alors cette Municipalité va-t-elle enfin prendre ce problème au sérieux ? C?est la raison pour laquelle mon groupe propose 4 mesures principales, ce n?est pas 45 mais 4, pouvant être mises immédiatement en ?uvre. Pas de M.I.E. bavarde, pas de rapport coûteux, pas de vieilles recettes déjà entendues depuis quinze ans, non ! De l?efficacité, encore de l?efficacité, toujours de l?efficacité !

Efficacité avec la création de la Force d?Action Rapide Propreté. Entre le service au quotidien à heure fixe - collecte et nettoyage - et l?activité très spécifique de la fonctionnelle actuellement débordée, Paris a besoin d?un nouveau service qui allie agilité et réactivité. C?est la mission qui serait confiée à la Force d?Action Propreté, dotée d?une centaine d?employés et de matériels les plus modernes notamment en matière numérique, placée sous l?autorité de la fonctionnelle et disponible 24 heures sur 24.

Efficacité également avec la mise en place d?une direction de la maintenance urbaine, qui coordonnera entre les directions la maintenance de la voirie, la maintenance de la saleté. La manifestation du laisser-aller de l?espace public parisien ne peut plus durer : il faut arrêter ces dérives.

Efficacité encore avec la réalisation d?un audit extérieur coût/propreté, coût/efficacité des modes de gestion actuels de la collecte des déchets et du nettoyage des rues. Tant que cet audit ne sera pas réalisé, il ne sert à rien de réclamer une augmentation massive des effectifs municipaux. La M.I.E., je le regrette, a été bien silencieuse sur ce sujet. On a entendu tout et son contraire : la CGT défendant la généralisation du service public et les prestataires privés l?extension de leur zone de compétences.

A partir d?une évaluation sérieuse du rapport coût/efficacité de chacun, et sans a priori idéologique, harmonisons la collecte et le nettoyage car c?est une erreur de séparer leur mode de gestion et leur mode de fonctionnement. Ramassage et balayage doivent faire l?objet d?une même action, d?un même commandement.

Efficacité enfin dans la lutte contre la prolifération des rats dans notre Capitale et j?en aurai terminé. La problématique des rats, émanation directe de la malpropreté des rues de Paris, est une urgence de santé publique. Loin des déclarations pour le moins curieuses et maladroites que vous aviez pu faire, Madame la Maire, sur la prétendue "méditerranéisation" de notre ville. Relisez "Les mémoires de la Méditerranée" de Fernand Braudel et vous comprendrez mieux votre erreur.

Un plan massif d?éradication sur l?ensemble du territoire parisien est indispensable. Il coûte entre 10 et 15 millions d?euros et non pas 1,5 million d?euros, mais il en va de la salubrité publique et de l?image de Paris. Dans l?exercice de vos responsabilités mondiales, Madame la Maire?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il va falloir conclure parce que vous avez déjà dépassé largement votre temps de parole.

M. Jérôme DUBUS. - Je termine.  Vous avez déclaré que, je vous cite : "La propreté était au c?ur d?enjeux essentiels pour une ville monde au XXIe siècle"?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Le respect des temps est aussi essentiel que le respect de notre citoyenneté.

M. Jérôme DUBUS. - Les Parisiens attendent maintenant?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Et moi j?attends que vous concluiez, Monsieur DUBUS.

M. Jérôme DUBUS. - ? l?application de cette juste remarque à leur capitale. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Claire de CLERMONT-TONNERRE, pour le groupe les Républicains.

Mme Claire de CLERMONT-TONNERRE. - Madame la Maire, Paris est désespérément sale. Pourtant dans votre programme de 2014, vous écriviez, je vous cite : "D?ici 2020, je m?assurerai que les quartiers, les rues et les recoins de la capitale soient aussi propres que peut le souhaiter chacun de nos concitoyens."

Si les annonces se sont succédé en 2015, 2016 et 2017, avouez que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Pire, la situation se dégrade avec en prime la prolifération des rats. Pourtant, dans le cadre de vos voyages au titre du C40 qui regroupe 81 "villes monde", vous auriez pu importer et expérimenter les bonnes pratiques et les innovations mises en ?uvre dans ces métropoles, au lieu de nous enfumer avec ce rapport de l?IFOP pour lequel 225.000 euros sont partis en fumée.

Comme cela a été acté lors de la M.I.E. pilotée avec intelligence par nos collègues Florence BERTHOUT et Eric LEJOINDRE, la maintenance du mobilier urbain participe à la propreté et à l?image valorisante ou dégradée d?un quartier. Il appartient donc à chacun des intervenants de l?espace public d?assurer cet entretien.

La Ville, au premier chef, doit se donner de nouveaux moyens pour mieux nettoyer et gérer son mobilier, qu?il s?agisse des plots en fonte ou des lampadaires tapissés d?autocollants, des panneaux directionnels devenus illisibles à force d?être constellés de tags, des bornes d?appel de taxi à l?abandon, des plots en plastiques écrasés, des grilles d?arbres descellées ou encore des barrières Vauban qui traînent après les manifestations.

Quant aux concessionnaires et prestataires, la propreté doit être pour eux aussi une priorité. C?est entre autres valable pour Autolib?, pour la Poste dont les boîtes sont taguées, pour "Enedis" dont les armoires électriques sont transformées en panneaux publicitaires ou pour certains chantiers dont les cabanes des palissades sont recouvertes d?affiches.

Si votre adjoint a bien amorcé les "rencontres de la propreté" avec ces acteurs à la suite du v?u déposé par mon groupe en mars 2016, il faut maintenant aller plus loin et engager une mobilisation plus durable.

Pour tenter de prévenir efficacement la malpropreté, la Ville doit déployer un mobilier plus approprié, que ce soit sur les trottoirs ou dans les jardins. Si la corbeille Bagatelle que vous avez choisie en 2013 s?est révélée trop étroite et inadaptée avec ses sacs mal fixés qui s?envolent, s?effondrent ou sont crevés par les rats et les corneilles, le nouveau modèle devra tirer les enseignements de cet échec et être plus adapté à la typologie de l?espace public ; il devra s?intégrer dans le paysage et faire l?objet d?un déploiement approprié, notamment à proximité des arrêts de bus, comme nous vous l?avions suggéré dès 2014 lors du renouvellement du marché des abribus.

Puis, Madame la Maire, pourquoi avoir perdu autant de temps pour installer les cendriers qui auraient dû être depuis longtemps positionnés sur les potelets afin de lutter contre la pollution des mégots ?

Si j?entends vos annonces portant sur la création de nouvelles corbeilles en 2018, je m?étonne que la Commission du mobilier urbain, qui s?est réunie lundi dernier, n?ait à aucun moment évoqué ce projet. Et je m?inquiète de la complexification du travail des agents qui auront à collecter deux types de réceptacles.

Face aux nouveaux usages, au développement des pique-niques et de la vente à emporter, les réceptacles de propreté des jardins se révèlent eux aussi inadaptés. L?ouverture des parcs en nocturne est source de nouvelles nuisances : prolifération de rats, déchets de tous ordres, éclats de verre, détérioration, etc., charge aux jardiniers de nettoyer et remettre en état ces espaces verts, ce que je trouve particulièrement choquant pour les hommes et les femmes qui ont la charge d?embellir nos jardins.

Tous les moyens doivent être mobilisés pour faire de la lutte contre les rats une réelle priorité, en s?inspirant par exemple des dispositions prises à Genève ou Budapest pour éradiquer ce fléau. Changeons d?échelle et agissons pour que nos parcs disposent de réceptacles fermés et capacitaires, mais aussi plus esthétiques que les actuels porte-sacs verts ou les containeurs à roulettes disgracieux. D?ailleurs pourquoi ne pas enterrer certains de ces dispositifs dans les espaces verts où cela s?avère possible ?

Interrogée dans le cadre de la M.I.E., l?Association des villes pour la propreté urbaine, qui compte 120 villes et métropoles, nous a confirmé que la propreté urbaine dépend entre autres de la qualité de l?espace public. Devant l?état déplorable de notre voirie, une action volontariste assortie d?un abondement de crédits, doit être engagée pour un plan ambitieux de remise en état de l?espace public, tant pour le cadre de vie des Parisiens que pour leur sécurité. Alors, mes chers collègues, pourquoi ne pas lancer rapidement une M.I.E. sur cette problématique majeure ?

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. La parole est à M. Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, j?en profite tout d?abord pour saluer Florence BERTHOUT et Eric LEJOINDRE qui ont conduit la M.I.E. sur la propreté à laquelle j?ai eu la chance de participer, ainsi que Mme POPADYAK et son équipe.

Je voudrais souligner que la M.I.E. s'est déroulée dans un très bon état d'esprit où chacun a travaillé avec ses idées, chacun avec son point de vue et je suis surpris ici d?entendre dans cet hémicycle de la part de certains parler de position idéologique. C'est un peu un contre-pied et je n'ai pas du tout retrouvé cet esprit-là où chacun respectait les idées des uns et des autres dans la M.I.E.

Cela dit, ce travail nous a permis à toutes et tous de prendre conscience de la pénibilité du travail des agents de la propreté. S?il y avait eu un éboueur parmi nous, il aurait pu en témoigner. La propreté, c'est l'affaire de tous, vous l'avez répété, mais c'est surtout le travail des agents de la DPE, agents qui ?uvrent chaque jour avec énergie et courage pour accomplir les tâches souvent éprouvantes qui nous sont utiles.

Nous avons le devoir de tout mettre en ?uvre pour limiter autant que possible les contraintes du métier. Didier LE RESTE a parlé d?un seul tour de collecte le matin tôt. Ce dispositif permettrait de renforcer la polyvalence des agents. Après le tour de collecte, il leur reste du temps pour procéder au balayage de surfaces. Nous savons que le travail derrière les camions de ramassage est de loin le plus pénible. Comment ne pas être épuisé après six jours derrière une benne à ordures ? Comment ne pas être complètement cassé après quelques années de ce lourd travail ?

Il est nécessaire de prendre en compte la pénibilité des métiers de la propreté, de favoriser la polyvalence et l'évolution des carrières des agents pour que celles et ceux qui travaillent à rendre notre ville propre ne s'épuisent pas. C'est seulement de cette manière que nous préserverons les agents de la fatigue et que nous réussirons à réduire l'absentéisme, car c'est une question qui nous intéresse aussi et je ne ferai pas une opposition entre public et privé. N'est-ce pas, Monsieur LAURET ? C'est le sens de la préconisation que nous avons faite suite à la M.I.E. Nous avons aussi demandé que l'on veille avec grand soin à la santé au travail des agents. Pour commencer, une visite médicale approfondie s'impose à leur embauche. Ensuite, nous demandons que les agents bénéficient d?une visite médicale au moins une fois par an. Ils doivent pouvoir bénéficier du suivi médical adapté à leurs besoins et les médecins du travail doivent utiliser leur tiers-temps pour venir sur le terrain observer les conditions réelles de travail des agents. Je terminerai mon propos avec la question des rats. Elle permet de synthétiser toutes les idées que nous avons avancées. On compte aujourd?hui 3 rats pour 1 Parisien et il y a près de deux agents par arrondissement pour s'occuper de ces animaux nuisibles. Le renforcement humain du service faune, action et salubrité de la DASES est indispensable. Il faut tuer ces rats qui prolifèrent, nous obligeant à fermer des lieux publics, car ils finiront par poser des questions de salubrité et de santé publique. Pour y parvenir, nous devons renforcer ce service de manière pérenne en augmentant ses effectifs. Notre proposition de collecte en un seul tour, tôt le matin, aura pour conséquence de limiter les plages horaires de sortie des poubelles. Cela limitera la possibilité pour les rats de se nourrir toute la journée dans Paris et freinera donc leur prolifération. Nous voyons avec l'exemple de la lutte contre la prolifération des rats que la question de la propreté à Paris est intimement liée à celle des agents qui y sont affectés. Tant que nous ne prendrons des mesures à la hauteur des revendications des agents, nous jouerons du pipeau comme le Joueur de flûte de Hamelin. Relever le défi de la propreté, c'est donc prendre soin de celles et ceux qui rendent chaque jour Paris si belle. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Hervé BÉGUÉ.

La parole est à M. BOURNAZEL, pour le groupe les Républicains.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je crois que nous avons besoin de faire un constat simple, avec lucidité et avec humilité, sans détour et sans polémique, un constat simple, donc : Paris est trop sale.

On ne découvre pas le phénomène. La situation perdure depuis plusieurs années et nuit clairement à la qualité de vie des habitants et à l'image de Paris.

J'évoquerai quelques raisons structurelles, tout d?abord : des dysfonctionnements dans les services, un déficit de management, un trop grand nombre d?échelons et un manque de présence effective sur le terrain, selon les personnels eux-mêmes. La fréquence de la collecte n'est pas appropriée au rythme des Parisiens. Le ciblage des lieux prioritaires n'est pas en adéquation avec le nécessaire besoin de réactivité, les investissements matériels n?ont pas été adaptés aux progrès technologiques et environnementaux.

Enfin, Madame la Maire, la baisse de la part du budget consacré à la propreté depuis 2001 indique très clairement que la Ville n'a pas fait de cette politique une priorité.

Bien sûr, il ne s?agit pas de dire que la solution est simple, mais il faut se donner les moyens de changer maintenant de logiciel. Prenons un exemple concret : la prolifération des rats. Le budget du service en charge de la dératisation a été réorganisé en 2013, 2014 et encore en 2016 pour faire des économies. En 10 ans, le service a été amputé de 30 agents, un tiers de ses effectifs. Quand New York consacre 25 millions d?euros pour lutter contre 2 millions de rats, le budget de Paris n?est que de 1,5 million d?euros pour plus de 4 millions de rats. Il y a sans doute là un problème de dimension.

Il est par ailleurs nécessaire, Madame la Maire, que le nettoyage se fasse avec beaucoup plus de subsidiarité, au plus près du terrain, quartier par quartier. Il faut avoir l'audace de confier aux arrondissements cette mission et l'autorité fonctionnelle des personnels affectés. On doit également étudier une généralisation de la collecte par le privé. Si elle est plus efficace, moins coûteuse et plus vertueuse écologiquement, cette question ne doit pas être un tabou idéologique ; soyons très pragmatiques.

Madame la Maire, dans toute municipalité, la propreté est un des fondamentaux de la qualité de vie. Ce n?est pas un luxe, c'est un devoir élémentaire que la Ville doit à tous les citoyens sans distinction et encore plus dans les quartiers populaires. Nous sommes par exemple dans le 18e arrondissement, particulièrement touché. Incivilités et malpropreté des rues, des rats dans les écoles - encore trois écoles touchées depuis 15 jours qui m?ont signalé leur état déplorable - avec des matelas pour les petits enfants, qui sont mangés par les rats et les souris, les squares qui ont été malheureusement parfois fermés à la population.

La politique de la propreté, Madame la Maire, fait partie intégrante d'une vision écologique de la ville. Elle participe à créer les conditions d?une ville mieux partagée. Elle favorise l?émergence d?une ville avec moins de tensions et un climat apaisé. Une ville durable, Madame la Maire, c?est une ville avec moins de voitures, c?est vrai, mais avec plus de voitures propres aussi. Mais c?est aussi une ville avec moins d?ordures. Une ville verte, c?est une ville propre, Madame la Maire, et inversement.

Les Parisiens attendent donc de vous, maintenant, un changement de méthode et ils attendent aussi des résultats. C?est essentiel et urgent. Madame la Maire, vous devez agir très vite pour obtenir des résultats ; nous ne pouvons plus attendre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialiste et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, je constate que de nombreuses interventions des élus mais aussi des représentants de la conférence citoyenne et du Conseil parisien de la jeunesse vont dans le même sens, c?est-à-dire qu?elles valident beaucoup des choix qui ont été les nôtres depuis 2014 et inspirent aussi des actions concrètes et des sources d'amélioration consensuelles, que nous devons mettre en ?uvre ensemble.

Il est à ce titre dommage qu'une partie au moins de l'opposition municipale ait tenté d'instrumentaliser ce débat sur la propreté, car c'est un sujet qui mérite un consensus politique, comme d?ailleurs le montre le vote unanime des préconisations de la M.I.E. Le groupe des Républicains, en déposant une proposition demain dans sa niche sur le sujet de la propreté, a d'ailleurs voulu provoquer ce qu'il n?a pas réussi à obtenir en présidant cette M.I.E., c?est-à-dire des polémiques et des divergences politiques.

En fait, Madame BERTHOUT, comme vous n'avez pas fait émerger de vraies divergences dans le cadre de cette M.I.E., vous tentez d?en réintroduire dans votre proposition de délibération et dans le débat de ce matin, sans beaucoup de conviction, d?ailleurs, mais nous en reparlerons demain.

La droite parisienne demande des postes supplémentaires pour la propreté. Nous, nous avons embauché plus de 200 éboueurs supplémentaires. Vous voulez redéployer 1.000 éboueurs, mais sur quels effectifs les prendrez-vous ? Dans les crèches du 5e arrondissement, les agents de sécurité, les conservatoires, les écoles ? Cela n'est pas sérieux, pas responsable, et il nous faut être cohérent s'il faut dépenser plus.

Permettez-moi aussi de vous le rappeler. Il faut aussi changer un certain nombre de choses pour pouvoir dépenser mieux. La droite veut confier davantage de responsabilités aux maires d'arrondissement également. Cela tombe bien, nous le faisons depuis 2014, et la déconcentration se poursuivra, notamment avec la création des Comités citoyens.

La droite veut de nouveaux moyens techniques. Le plan d'action présenté aujourd'hui annonce 32 millions d'investissement alloués aux nouveaux véhicules électriques, aux laveuses, aspiratrices et bennes de nouvelle génération.

Enfin, notre opposition demande une assistance à maîtrise d'ouvrage pour la Direction de la propreté. Je constate, un peu amusé, que, cette fois-ci, le regard extérieur ne semble plus injustifié, contrairement à la Conférence citoyenne. Alors, ce dont Paris a besoin, ce n'est pas de se demander inlassablement si c'était mieux avant ou si Paris a toujours été sale. Ce n'est pas de slogans qui se veulent choc, ni de surenchère politicienne, mais bien d'un changement de culture dans le rapport à l'espace public.

Cela nécessite à la fois des moyens que nous mettons en ?uvre progressivement, malgré les difficultés budgétaires. Cela demande aussi beaucoup de pédagogie et de la répression.

En 2014, lorsque nous avons été élus sur la base de notre programme, nous avons d'ailleurs fait de la propreté l'une de nos priorités. Il n'y a jamais eu de négligence de notre part sur ce point. Nous n'avons de cesse de mettre en ?uvre le plan annoncé en début de mandat. Il met du temps évidemment à produire ses résultats, et je salue aujourd'hui les nouvelles mesures qui viennent le compléter pour que nous soyons plus efficaces. Nous savons que ces mesures sont très attendues. Nous savons que les Parisiens sont exigeants en ce domaine, même si les incivilités sont très nombreuses dans notre ville. C'est pourquoi je salue évidemment les initiatives complémentaires présentées aujourd'hui, grâce au travail de Mao PENINOU et des équipes de la Ville. Elles se révèlent équilibrées en agissant sur de nombreux leviers pour que la mobilisation en faveur de la propreté soit totale, partagée et responsable. Ces mesures prévoient le renforcement des moyens budgétaires pour renouveler et moderniser les engins de collecte et de nettoyage, et recruter du personnel supplémentaire. 84 agents viendront également composer de nouvelles brigades volantes qui seront placées sous la direction des maires d'arrondissement et des responsables de secteur pour davantage de décentralisation. Nous assumons d'investir davantage, de faire preuve d'innovation pour améliorer le service. Une des innovations majeures que nous avons mise en place l'an dernier et qui va se poursuivre, consiste à mieux répartir les services tout au long de la journée et de la soirée, pour répondre aux nouveaux usages et aux nécessités de fréquentation de certains lieux festifs ou touristiques. Car nous devons nous adapter aux réalités qui évoluent. Cette réactivité nécessaire est un défi pour le service public. C'est aussi son honneur, et je me réjouis que nous le fassions dans le cadre du service public de permettre à la Ville de nettoyer en soirée, lorsque les Parisiens sont très présents dans l'espace public. Enfin, beaucoup l'ont dit, nous devons absolument poursuivre la sensibilisation pour faire changer les comportements. Nous devons aussi accentuer la verbalisation, comme le permet la Brigade de lutte contre les incivilités. Cette verbalisation n'est pas un but en soi, elle a pour objectif de faire changer les comportements. Il ne faut pas craindre de multiplier les moyens de réprimer les incivilités. Nous le faisons avec des amendes passées de 35 à 68 euros pour abandon de mégot sur l'espace public, par exemple. Plus de 20.000 procès-verbaux ont été dressés, en 2017, pour les mégots, plus de 100.000 contre les incivilités en général. Il faut persévérer. Nous l'avons aussi entendu : moderniser notre communication pour sensibiliser tous les Parisiens avec les outils d'aujourd'hui. Mes chers collègues, j'espère que le sujet crucial de la propreté pour la qualité de vie à Paris saura mobiliser toutes les forces politiques, nous faire dépasser les polémiques stériles pour essayer de se faire remarquer des Parisiens pour être efficaces ensemble. En tout cas, le groupe Socialiste et Apparentés est totalement investi pour relever ce défi aux côtés de l'Exécutif.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, Monsieur FÉRAUD.

Les quatre derniers intervenants doivent se partager dix minutes de temps de parole Ils sont tous les quatre du groupe les Républicains. Au bout de dix minutes, peut-être que le dernier ne parlera pas, donc soit vous vous répartissez deux minutes chacun, soit l'horloge de notre Assemblée fera le travail pour nous.

D'abord, Déborah PAWLIK.

Mme Déborah PAWLIK. - Merci, Madame la Maire

Chers collègues, à vous entendre, Paris serait avant tout une ville salie, plus qu'une ville sale. Certes, les Parisiens et visiteurs de la Capitale ne sont évidemment pas exempts de tout reproche, mais n'inversons pas les rôles : votre responsabilité reste pleine et entière quant au laisser-faire.

Depuis trois ans, une campagne annuelle de communication vise à pointer du doigt ceux qui ne respecteraient pas notre ville. Non pas que ces campagnes soient inutiles, mais elles n'influent évidemment qu'à la marge les comportements. D'ailleurs, aucune étude n'a été menée pour en mesurer les effets. Peut-être qu'en la matière, vous pourriez solliciter l'IFOP.

Non contente de stigmatiser ces Parisiens si mal élevés, vous essayez de les mettre à contribution, sans grand succès toutefois, puisque l'opération "Paris, fais-toi belle", même rebaptisée la Journée du grand nettoyage, n'attire pas les foules. Moins de 1.000 Parisiens s'y associent chaque année, la plupart étant par ailleurs déjà des citoyens sensibilisés et exemplaires. Encore une opération de communication pour rien.

La Brigade de lutte contre les incivilités devait, à votre sens, être l'arme absolue pour rendre les Parisiens plus respectueux de leur quartier. Mais si l'inflation de P.V., elle, est bien là, l'état de nos rues, lui, n'a pas vraiment évolué. Même renforcée des 1.800 A.S.P. de la Préfecture de police au 1er janvier, cette brigade ne suffira évidemment pas à rendre Paris plus propre.

Et pour que les Parisiens soient civiques, encore faut-il qu'ils aient les moyens de l'être. Où jeter son mégot, par exemple, aujourd'hui ? Le modèle actuel de corbeille de rue comporte certes un éteignoir, mais qui demeure ignoré de tous. Il faut en la matière être pragmatique et déployer, par exemple, de vrais cendriers sur les potelets, devant les cafés, les restaurants, dans les quartiers de bureaux et les endroits festifs.

Il y a également un manque flagrant d'anticipation de la hausse de la saleté en période estivale. C'est ainsi avec surprise que j'ai découvert, en ce début de mandature, que le plan spécifique pour assurer la propreté du canal Saint-Martin aux beaux jours n'était bien souvent envisagé qu'en mai ou en juin. Pourtant, l'été revient bien, vous le concevrez, chaque année à la même période.

Alors, certes, le projet de délibération annexé à ce débat renforce la présence de personnels sur ce type de lieux, particulièrement fréquentés du 1er juin au 1er octobre. Mais cela reste évidemment insuffisant. Pourquoi, par exemple, ne pas couvrir aussi la période du mois de mai dont les nombreux ponts sont propices aux pique-niques et autres sorties sur l'espace public.

La propreté aux abords des gares enfin demeure une énigme à résoudre. Comment, par exemple, un lieu comme la gare du Nord et ses alentours, première porte d'entrée dans Paris, peut être aussi repoussant. Le travail avec la S.N.C.F. doit, en la matière, évidemment être renforcé. D'autres capitales, telles que Londres, sont parvenues à changer le visage des quartiers de gare, nous pouvons aussi le faire. Madame la Maire, il n'y a donc pas de fatalité. Avec des idées et de la volonté, les choses bougent. Prenez donc vos responsabilités, comme vous demandez aujourd'hui aux Parisiens de le faire.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Madame Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement, vous avez la parole, pour le groupe les Républicains.

Mme Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Si on analyse objectivement la situation de la propreté à Paris, on constate assez vite que le service rendu est totalement partiel aujourd'hui : efficace uniquement sur certaines missions et à certains moments de la journée. Pour moi, tout l'enjeu de "Paris Objectif propre", pour reprendre le titre de votre communication, c'est que la propreté soit un réel service public de qualité toute la journée, sur l'ensemble du territoire, et qu'il réponde aussi parfaitement que possible à l'évolution des attentes et des besoins des Parisiens.

Comme le disait Pierre-Yves BOURNAZEL il y a quelques instants, on ne découvre pas le problème ce matin. Cette année encore, la propreté de Paris est toujours en attente de sa mue matérielle, de sa mue technologique, mais aussi de sa mue en termes de ressources humaines, de management, d'organisation du temps de travail. Je ne développerai pas sur ce sujet, Gypsie BLOCH, Julie BOILLOT et Florence BERTHOUT l'ont dit justement avant moi.

A plusieurs reprises, dans ce Conseil, depuis 2014, j'ai eu l'occasion de dresser un constat, je le crois, objectif de la situation, de vous dire d'avoir une approche globale de l'entretien de l'espace public et de la rue dans son ensemble, de l'entretien de la chaussée aux pieds d'arbres, de regrouper les services de la propreté, de la voirie, des espaces verts, pour créer un pilotage efficace avec une direction d?exploitation déconcentrée dans tous les arrondissements.

Est-ce que Paris est sale aujourd?hui ? Evidemment oui, mais, globalement, Paris est surtout mal entretenue.

Je voudrais rappeler à notre Assemblée qu?il faut des mois, voire des années, pour que des feux tricolores abîmés soient réparés - j?en ai fait la malheureuse expérience -, sans parler de l?éclairage public ou de panneaux de signalisation totalement vétustes. Est-ce normal ? La réponse est non. Ce renoncement, cette négligence, donnent une impression de laisser-aller et de saleté.

Je plaide aussi pour que l?espace public soit traité en cohérence et sans distinguer l?espace public de l?espace municipal ouvert au public - je pense aux squares et aux jardins, les espaces verts. Si les rats, qui ont été extrêmement présents dans notre hémicycle ce matin, sont aussi nombreux dans les squares, c?est parce que le nettoyage est plus que lacunaire. Il n?y a pas un seul agent au sein de la DEVE pour nettoyer les squares, mais des cantonniers, dont l?une des missions prioritaires est de le faire. Ils le font vraiment insuffisamment. Dans le 9e arrondissement, si nous ne faisions pas appel à un marché de nettoyage avec une entreprise de réinsertion, je n?ose pas imaginer l?état de ces lieux. Au-delà des communications au Conseil de Paris et toute l?organisation du service qu?il faut revoir, la M.I.E., présidée par Florence BERTHOUT, vous donne l?opportunité de revoir tout ce dispositif. Il s?agit pour vous de ne pas passer à côté, je l?espère et je vous en remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. Mme Danièle GIAZZI, maire du 16e arrondissement.

Mme Danièle GIAZZI, maire du 16e arrondissement. - Et de trois, Madame la Maire ! Voici donc le troisième plan de renforcement de la propreté que vous annoncez depuis votre élection - pratiquement un par an. Vous semblez enfin entendre l?insatisfaction des Parisiennes et des Parisiens à ce sujet. Savoir si vous y répondrez est une autre question.

Cependant, je veux commencer par remercier mes collègues de la Mission d?Information et d?Evaluation, de l?importance et de la qualité du travail qu?ils ont accompli. Grâce à ce rapport, nous disposons enfin d?un diagnostic partagé et d?un catalogue de mesures faisant consensus. Mais, Madame la Maire, que de temps perdu ! Que de temps perdu, car c?est, dès 2001, que les choses se sont dégradées - certaines personnes interrogées dans le panel n?étaient d?ailleurs probablement pas encore parisiens -, que la propreté devenait déjà un problème ! Votre prédécesseur avait ainsi, lui-même, reconnu ne pas avoir suffisamment mesuré ces difficultés, notamment l?impact des 35 heures sur le service de la propreté. De même, les problèmes d?entretien des nouveaux aménagements, comme les couloirs de bus, les pistes cyclables, n?ont pas été pris en compte. C?est un fait : les 35 heures ont bouleversé les contraintes de service. L?espace public s?est modifié et accru. Les usages ont changé, mais les moyens n?ont pas été adaptés.

Vous avez préféré, je le regrette, mettre la priorité sur d?autres actions. L?entretien de l?espace public est devenu le parent pauvre de tous vos budgets, les uns après les autres. Le résultat est malheureusement là.

D?autres villes, comme Nice par exemple, ont fait le choix inverse et connaissent de meilleurs résultats, malgré une densité de population très élevée et une fréquentation touristique très importante.

En 2009, déjà, on nous promettait monts et merveilles grâce à une privatisation de la collecte dans certains arrondissements, refonte qui devait permettre le redéploiement d?agents vers les missions de nettoiement. Le 16e fut finalement, évidemment, laissé de côté par la réforme et attend donc toujours ces fameux agents qui n?ont visiblement pas quitté l'Est parisien où ils se trouvaient.

Autre priorité d?action annoncée en 2014 : la verbalisation. Votre traduction, Madame la Maire : seulement deux agents en service au quotidien dans le 16e. Je vous demande quelle action sérieuse il nous aurait été possible de mener avec de tels moyens. Il s'agit pourtant d'une attente forte et clairement exprimée.

Vous annoncez vouloir une meilleure coordination de l?action des services sur l?espace public. Pourtant, un pôle entier du Secrétariat général était officiellement dédié à cette mission. Alors, quel en est le bilan ? L'avez-vous évalué ? Il faut évidemment coordonner l'action des directions intervenant sur le domaine public, mais il faut aller plus loin. C?est l?ensemble de l?action municipale qui doit intégrer cette problématique.

Vous voulez faire de Paris une fête à part entière : développer les usages ludiques, festifs, sportifs, multiplier les aménagements et les équipements, même dans les cimetières. Mais alors, il faut se poser la question de l?impact en matière de propreté et y mettre les moyens. Ce n?est pas le cas. Dans ce cadre, le fameux co-pilotage n?est qu?un marché de dupe qui tend à faire porter le chapeau aux maires d'arrondissement, et vous le savez bien.

En vérité, cette question de la propreté n?a jamais été au centre de vos préoccupations, ni de celles de votre prédécesseur, d'ailleurs. Il ne s'agissait pour vous que d'une lubie de l'Ouest parisien exigeant, comme le disent certains de vos adjoints, des rues propres comme des salles de bain. Il aura fallu un panel à 225.000 euros pour vous rendre compte de ce que nous constatons tous dans nos arrondissements. Le mécontentement est général et durable.

Aujourd'hui, vous semblez aux abois. Vous affirmez être prête à mettre en ?uvre toutes les recommandations de la M.I.E. Dont acte. Mais nous attendons maintenant les moyens, les actions et un calendrier. Les Parisiennes et les Parisiens aussi d'ailleurs.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Alors, il ne reste plus qu?une minute pour M. François-David CRAVENNE. Donc, voilà. Soyez efficace dans votre propos.

Vous ne parlez pas ? Vous avez une minute. Bon, très bien, vous réglerez vos comptes au sein de votre groupe. Je n?en suis pas comptable.

Mes chers collègues, comme nous avons atteint les 13 heures, je vous propose, pour pouvoir vraiment prendre le temps des réponses qui seront portées par Mao PENINOU et Colombe BROSSEL, que nous allions déjeuner. Nous reprendrons directement avec les réponses de l'Exécutif.

Je vous remercie. A 14 heures 45. Bon appétit.