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Fevrier 2018
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.A.D.A. boulevard Ney (18e). Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2018


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Nous passons aux v?ux référencés n° 144 et n° 144 bis qui sont relatifs à l'ouverture d'une P.A.D.A. boulevard Ney, dans le 18e arrondissement.

Monsieur HONORÉ, vous avez la parole.

M. Christian HONORÉ. - Monsieur le Maire, je voudrais parler de l'ouverture d'une plateforme d'accueil pour demandeurs d?asile prévue en mars prochain, boulevard Ney. La France, pays des droits de l'homme, a le devoir d'accueillir celles et ceux qui fuient leur pays d'origine dans des conditions souvent épouvantables et demandent notre protection. Le centre d'accueil boulevard de La Villette était confronté à un nombre très important de demandes, ce qui a entraîné la formation de files d'attente anarchiques sur le trottoir, avec des troubles tels que les riverains ont protesté et demandé que leur quartier recouvre la tranquillité.

Lors d'une réunion publique à la mairie du 18e arrondissement, M. le Préfet a rappelé que le système "premier arrivé premier servi" incitait les demandeurs d'asile à dormir sur le trottoir pour ne pas perdre leur place dans la file d'attente. Il est donc nécessaire de trouver une solution pragmatique pour, d'une part, assurer une meilleure organisation de l'accueil des demandeurs d'asile et, d'autre part, préserver la tranquillité des riverains.

Le secteur connaît, nous le savons tous, des problèmes de sécurité importants : trafic, drogue, prostitution. Il est inutile d'en rajouter. Je précise que cette installation doit s'inscrire dans la réorganisation régionale du système d'accueil. 45 % des demandeurs d'asile se concentrent, en effet, en Ile-de-France, et entre 15 % et 18 % à Paris.

C'est parce que nous devons rester très vigilants sur cette question de tranquillité publique qu'avec Pierre-Yves BOURNAZEL, nous demandons au Préfet de police d'organiser le fonctionnement de la P.A.D.A. boulevard Ney, de telle sorte qu'il n'y ait pas de files d'attente sur les trottoirs et la formation de campements sauvages aux abords du site, de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité publique dans ce quartier qui connaît déjà des problèmes de sécurité importants.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est au maire du 18e arrondissement.

M. Eric LEJOINDRE, maire du 18e arrondissement. - Je pensais intervenir pour expliquer mon vote, mais je vais intervenir tout de suite pour donner quelques éléments. D'abord, dire que j'ai appris avec surprise et par la presse le projet - qui n'a, d'ailleurs, toujours pas été officialisé et je m'en réjouis - de déplacement de la P.A.D.A. du boulevard de La Villette vers le boulevard Ney. Je le dis parce que je considère que cette implantation, si elle était confirmée, ne créerait pas les conditions souhaitables pour résorber le problème - que je ne nie pas, au contraire - de la P.A.D.A. boulevard Ney et boulevard de La Villette, et, évidemment, il faut trouver une implantation à ce site. Mais j'aurais souhaité que la qualité du dialogue qu'a toujours entretenu la mairie du 18e avec les différents services, et notamment de l?Etat, soit maintenue dans le cadre de cette possible implantation. Pas par politesse ou pour que l?on ait le plaisir de discuter, mais parce que je crois que mon équipe du 18e a toujours fait preuve de beaucoup d?ouverture. Nous avons proposé un certain nombre de solutions aux différentes structures de l?Etat qui le souhaitaient.

Je le redis ici, à ce stade, je n?acte pas l?installation de la P.A.D.A. boulevard Ney parce que je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Bien entendu, si cette décision devait être maintenue parce que d?autres sites ne pourraient être mieux adaptés ni être trouvés, évidemment il faudrait que nous puissions travailler ensemble, mairie du 18e, Ville de Paris et structures de l?Etat, pour faire en sorte que vous ne déplaciez pas la file d?attente du boulevard de la Villette au boulevard Ney, sur un territoire qui connaît déjà un certain nombre de problématiques.

J?ajoute que si je trouve qu?il est déraisonnable de mettre la P.A.D.A. boulevard Ney, j?en pense tout autant pour les autres projets dont j?ai, à ce stade, entendu des rumeurs d?installation d?un certain nombre de places supplémentaires, à côté de "La Boulangerie" qui offre déjà 400 places d?hébergement d?urgence tous les soirs. Là encore, le 18e a toujours été particulièrement participatif pour trouver les solutions humanitaires qu?il faut, mais je souhaite que tout projet d?implantation, quel qu?il soit, puisse être discuté sereinement avec nous d?abord.

Je le redis, le 18e n?a jamais, jamais ces dernières années, manqué de prendre ses responsabilités et de prendre sa part dans l?accueil des migrants, mais je crois que cela doit passer par le respect de l?institution que nous sommes. Respect d?autant plus légitime, je le redis parce que c?est une réalité, que jamais nous n?avons fui devant nos responsabilités. Je crois que, y compris des communes d?Ile-de-France, voire des arrondissements de Paris, le 18e n?a vraiment rien à se reprocher en la matière.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Pour vous répondre, la parole est à Mme Dominique VERSINI, puis à M. le Représentant du Préfet de police.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, effectivement j?abonde en grande partie à ce qu?a dit le maire du 18e arrondissement. La P.A.D.A. est un lieu qui a été installé dans un secteur dans lequel les habitants ont fait preuve d?une grande générosité, de beaucoup d?accueil, mais je pense que la situation n?a duré que trop longtemps. Pour cela, la nouvelle de son déménagement est une bonne nouvelle.

La Maire de Paris, le précédent maire du 10e arrondissement, la maire actuelle du 10e, le maire du 18e qui vient de s?exprimer, le maire du 19e avaient interpellé à de nombreuses reprises l?Etat sur la situation préoccupante de la P.A.D.A. qui, malgré elle, amenait à des concentrations sur le trottoir jour et nuit, et c?est un véritable souci.

Comme cela a duré extrêmement longtemps, il est évident que les habitants n?en pouvaient plus et que cela devenait urgent et important. D?une certaine manière, on peut dire que l?on est satisfait de voir que l?Etat a pris la décision de déménager la P.A.D.A.

Je me joins aux propos du maire du 18e pour dire combien nous regrettons que le relogement se fasse encore sur le territoire du 18e, qui n?est pas un territoire épargné et qui accueille beaucoup, beaucoup de populations de migrants, de dispositifs d?accueil. Plus le CAS évidemment que l?Etat a décidé d?installer encore dans le 18e. C?est très compliqué.

Quoi qu?il en soit, on redemande à M. le Préfet de police de bien être informés, que le maire du 18e soit bien informé en amont des modalités du calendrier du déménagement, et surtout que soient précisés plus particulièrement les moyens et les conditions de fonctionnement de la P.A.D.A. C?est surtout pour gérer au mieux les flux d?arrivées et de ne pas remettre dans un autre quartier ces flux d?attente, qui sont à la fois difficiles pour les migrants eux-mêmes et pour les habitants, pour lesquels cela donne vraiment une image du traitement par les services de l?Etat des demandeurs d?asile qui est assez difficile et douloureux.

Pour terminer, je demanderai donc le retrait du v?u au profit du v?u de l?Exécutif qui, je le précise, a été rédigé à partir du v?u voté à l?unanimité au Conseil du 18e arrondissement.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Monsieur le Représentant du Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Un petit mot déjà pour préciser, pour ceux qui ne le savent pas bien sûr, que les plateformes d?accueil des demandeurs d?asile interviennent avant les guichets uniques des demandeurs d?asile qui sont chargés de l?enregistrement formel de la demande d?asile.

Sur les éléments de contexte, je reviendrai brièvement. Le fonctionnement de la P.A.D.A. aujourd?hui, boulevard de la Villette, pose des difficultés. Je pense que tout le monde partage ce constat.

Depuis plus de vingt mois, les riverains nous font part d?une dégradation de la physionomie du secteur, de la situation dans les abords immédiats de cette plateforme qui, pour le compte de l?Etat, est gérée par "France Terre d?Asile", je tiens à le préciser. C?est en raison notamment de l?installation de campements de personnes, de demandeurs d?asile à proximité de cette plateforme. Les difficultés que nous rencontrons aujourd?hui résultent pour partie du fonctionnement actuel de la plateforme, à savoir : "premier arrivé, premier servi".

On compte à peu près 100 à 150 personnes chaque soir qui sont aux abords, et dont les conditions d?accueil et de prise en charge dans cette plateforme d?accueil, par "France Terre d?Asile" pour le compte de l?Etat, ne sont pas aujourd?hui dignes et ne sont pas acceptables. C?est bien parce qu?il y a aujourd?hui des difficultés, pour l?accueil des demandeurs d?asile eux-mêmes et pour les riverains de cette plateforme, que le Préfet de police a pris deux décisions.

C?est d?abord celle de substituer une logique de rendez-vous téléphonique à la logique de "premier arrivé, premier servi", ce qui devrait malgré tout permettre de résorber ou de résoudre une grande partie des difficultés qui sont aujourd?hui rencontrées. C?est donc l?Office français de l?immigration et de l?intégration qui gérera la plateforme téléphonique à l?échelle de la région. Cela permettra d?ailleurs à l?ensemble des territoires d?Ile-de-France de participer à l?effort dans l?accueil des demandeurs d?asile.

Deuxième solution et deuxième décision qu?a prise le Préfet de police, c?est le déménagement de cette plateforme vers une nouvelle implantation qui soit mieux adaptée pour l?accueil des demandeurs, pour la sécurité des salariés et des agents de "France Terre d?Asile" et pour la tranquillité des riverains. D?ailleurs ce principe avait été évoqué en septembre 2017 lors d?une réunion qui associait la Ville de Paris et les mairies d?arrondissement des 10e et 19e.

Pourquoi le choix du site du boulevard Ney ? Ce n?est pas par hasard, ce n?est pas une volonté de concentrer les établissements dans le 18e, cela répond à des motifs très pratiques ou très rationnels.

D?abord se trouve déjà sur place le Guichet unique des demandeurs d?asile, c?est-à-dire la seconde étape dans le processus d?accueil et de dépôt de la demande d?asile, après la plateforme d?accueil. Par le rapprochement de cette structure, nous espérons déjà un raccourcissement des délais. Les locaux existent déjà, ils sont disponibles, sécurisés et ils devraient permettre d?accueillir dans de meilleures conditions les demandeurs d?asile.

Autre élément, nous espérons que sur ce site les conditions de préservation de la tranquillité publique de façon générale, couplées encore une fois au changement du mode de prise en charge et d?accueil immédiat des demandeurs d?asile, à savoir la prise de rendez-vous désormais, permettent de prévenir les nuisances. Le Guichet unique des demandeurs d?asile fonctionne sans que des difficultés ne nous soient signalées à ce jour.

Nous travaillons pour mettre en ?uvre ces nouvelles orientations.

Monsieur le Maire du 18e, vous avez demandé à être informé et à pouvoir être consulté sur ce projet et c?est bien évidemment, ainsi qu?avec la Ville de Paris, que nous allons faire.

Je transmettrai en tout cas votre demande au Préfet de police, je l?ai bien notée.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Le groupe les Républicains et Indépendants maintient-il son v?u ?

M. Christian HONORÉ. - Monsieur le Maire, nous allons faire comme nous avons fait au Conseil du 18e arrondissement.

Je maintiens mon v?u et nous voterons le v?u bis proposé par le maire du 18e.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Non, par l?Exécutif, mais qui effectivement en est très proche.

M. Christian HONORÉ. - Pardon, Monsieur, je vous prie de me pardonner.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je vous le confirme. Nous sommes en symbiose assez forte.

M. Christian HONORÉ. - Très bien.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe les Républicains et Indépendants, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est repoussée.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de v?u déposé par l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

Le projet de v?u est adopté. (2018, V. 68).