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V - Question d'actualité posée par le groupe Ecologiste de Paris à Mme la Maire de Paris relative au projet d'installation d'une œuvre d'art place de Tokyo et à la place de l'art dans l'espace public.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous allons à présent passer à la 5e question d'actualité, posée par le groupe Ecologiste de Paris. C'est M. Jacques BOUTAULT, je crois, qui la pose.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Merci, au nom du groupe.

Depuis plusieurs semaines, une polémique s'est faite jour à propos du don d'une ?uvre de Jeff KOONS offerte à la Ville de Paris. En effet, nous pouvons nous interroger sur la pertinence de ce cadeau au regard de l'intention affichée par l'artiste, l'hommage aux victimes des attentats de Paris et Saint-Denis en 2015. Ce don pose plusieurs questions.

D'abord, sur le lieu d'implantation. La place de Tokyo, dans le 16e arrondissement, dans la perspective de la Tour Eiffel. Cette ?uvre monumentale, dont on peut discuter aussi du caractère joyeux, très troublant, a-t-elle sa place dans un site déjà fort pourvu en ?uvres d'art et monuments historiques classés ? N'aurait-il pas été plus pertinent, compte tenu de son intention mémorielle, de l'ériger à proximité du Bataclan, ou de l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes ?

Ensuite, l'absence de consultation des familles des victimes pose aussi question. Ainsi, l'association "Life for Paris" a exprimé publiquement sa réprobation. Enfin, et c'est très dommageable, ce cadeau n'est pas tout à fait désintéressé. Il ressemble à une opération de communication supplémentaire de cet artiste très coté et interroge sur le symbole de l'hyperluxe que son art véhicule.

En effet, l'?uvre financée par de généreux mécènes, qui pourront bénéficier d'avantages fiscaux qui impliquent de facto, un financement de chacune et chacun d'entre nous, est déjà en cours de fabrication, avant même que la représentation parisienne en ait débattu. C'est un peu, vous en conviendrez, nous forcer la main.

Plus largement, l'art dans la rue est l'une des priorités des Parisiennes et Parisiens. Si l'on en croit les éditions du budget participatif qui ont permis de financer deux fresques élaborées en concertation avec les habitants, nous avons besoin de l'art dans la rue. Nous avons peut-être et surtout besoin de dialogue et de concertation. Cela questionne sur la façon dont nous favorisons, permettons et installons des ?uvres d'art dans l'espace public. Le don d'un artiste en hommage aux victimes du terrorisme devrait nous rassembler ; force est de constater que ce n'est pas le cas.

Aussi, Madame la Maire, nous souhaiterions savoir quelle est votre intention en acceptant ce cadeau, dont l'installation pose problème à de nombreuses et nombreux Parisiennes et Parisiens. Quel symbole et quel lien faites-vous entre ce bouquet coloré de tulipes monumentales devant le Palais de Tokyo et les attentats de Paris ? Pourquoi ne pas saisir le comité de l'art dans la ville dans le choix de cette ?uvre et son implantation ?

Enfin, plus généralement, comment comptez-vous répondre à ce besoin exprimé à plusieurs reprises par nos concitoyennes et concitoyens d'art dans la rue ? Quels dispositifs concertés impliquant l'ensemble des parties prenantes vont être mis en place pour développer l'art dans la rue, dans sa diversité et qui pourraient nous éviter des débats clivants, comme nous le constatons pour le don de Jeff KOONS alors qu?il aurait dû nous rassembler ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur BOUTAULT. La parole est à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Madame la Maire, et merci beaucoup, Monsieur le Maire du 2e arrondissement, pour cette question qui nous permet de revenir à nouveau sur ce sujet déjà longuement évoqué ce matin et sur lequel, tant Patrick KLUGMAN que vous-même, Madame la Maire de Paris, avez pris le temps de répondre.

Je ne vais donc pas répéter l'ensemble des arguments qui ont été longuement explicités ce matin. Il ne s'agit pas que d'une question artistique et culturelle, je vais y revenir, mais aussi d'une question diplomatique. Puisqu'il s'agit d'un cadeau à Paris mais aussi à la France, puisqu'il commémore des attentats à Paris mais également à Nice, la France et Paris ne refuseront pas un cadeau d'une Nation amie, a fortiori lorsqu'il s'agit de commémorer et de rendre hommage aux victimes d'attentats à Paris et à Nice.

Quant au financement, pas un euro public ne sera dépensé pour la mise en place de cette ?uvre entre le Palais de Tokyo et le musée d'Art moderne. Vous faites référence, tout comme Mme SIMONNET ce matin, à l'existence de réductions fiscales pour des mécènes qui souhaiteraient financer cette ?uvre. C'est vrai pour les mécènes français mais il se trouve que l'essentiel des mécènes qui ont financé cette ?uvre sont américains et n'auront donc pas droit aux déductions fiscales de l'Etat français, puisque le Fonds pour Paris a créé un fonds aux Etats-Unis qui permet aux mécènes américains de financer cette ?uvre.

Quant au lieu, dont nous pouvons effectivement reconnaître qu'il peut susciter un certain nombre de questions, c'est un lieu qu'a choisi Jeff KOONS, l?artiste lui-même, et il appartient dorénavant au Ministère de la Culture de donner son accord ou pas pour l'installation de cette ?uvre.

Par ailleurs, je ne souhaiterais pas laisser penser que la Ville de Paris - ce n'est pas le c?ur de votre intervention, d?ailleurs, Monsieur BOUTAULT - se précipite pour accepter un don de la part d'un artiste américain populaire, tandis qu?elle ne laisserait aucune place à des artistes plus fragiles. Je ne voudrais pas non plus laisser penser que la Ville se préoccupe de renforcer la place de l'art dans l?espace public dans les beaux quartiers, tandis qu?elle délaisserait les autres. Nous avons d'ores et déjà engagé l'installation de plusieurs dizaines d'?uvres depuis le début de la mandature, et en priorité dans les quartiers populaires.

Nous sommes en effet persuadés de l'importance de faciliter la rencontre entre les ?uvres et le public dans les lieux du quotidien, sur le chemin de l?école, devant les arrêts de tramway, dans nos services publics. Paris, c'est aujourd'hui plus de 800 ?uvres installées dans l'espace public.

Sans me lancer dans un inventaire à la Prévert, je citerai tout de même quelques-unes de ces réalisations, sur lesquelles je me permets de regretter que notre Assemblée ne se soit pas attardée autant qu'elle le fait sur le projet du jour. Je pense par exemple à l'?uvre de Leandro ERLICH, la "Maison fond", qui interpelle le public sur le réchauffement climatique. Je pense à l'action du fonds municipal d'art contemporain avec des ?uvres exceptionnelles, notamment l'Arc-en-ciel d?Ugo RONDINONE, installé rue de la Fontaine-au-Roi ou encore le street painting de LANG & BAUMANN, place Martin-Nadaud dans le 20e arrondissement. Je pense aussi aux nombreuses réalisations qui ont vu le jour grâce au budget participatif, puisque chaque année des projets culturels sont plébiscités par les Parisiens et les Parisiennes. Plusieurs murs de street art notamment ont ainsi été réalisés, en particulier par des grapheurs historiques, parisiens ou internationaux.

Je voudrais aussi mettre en avant la démarche innovante que nous avons mise en place pour l'accompagnement artistique du tramway T3, avec la constitution de groupes de citoyens commanditaires impliqués dans la rédaction d'un cahier des charges, dans le choix d'un artiste, puis dans le suivi des projets. Nous inaugurons par exemple bientôt une magnifique ?uvre de Joana VASCONCELOS le long du T3 dans le 17e arrondissement. Je ne développe pas davantage la politique de la ville en matière de renforcement de l?art dans l?espace public et volontaire. Surtout, elle s'attache à représenter la diversité des esthétiques. Je voudrais rappeler enfin qu?il existe une commission pour l'art dans l'espace public, commission consultative souhaitée par la Maire de Paris, composée de personnalités qualifiées du monde de l'art, chargée de rendre un avis, mais aussi de nous conseiller sur tous les projets d'installation pérenne dans l?espace public, commission qui a été sollicitée pour l'?uvre de Jeff KOONS. L'art fait débat et c'est bien heureux. Je ne crois pas qu'il existe des ?uvres d'art qui ne soient pas clivantes ou, en tout cas, je doute de leur pertinence, cher Jacques BOUTAULT. Toutes les questions sont légitimes, notamment celles concernant le financement - les réponses ont été apportées. Il me paraît délicat de nous engager ici dans des débats esthétiques, tant les jugements et les sensibilités individuelles ne se discutent pas, quelles qu'elles soient. Oui, KOONS est un artiste populaire, oui, le monde de l'art contemporain se déchire actuellement autour de ce projet avec même une certaine outrance peut-être excessive. Mais, de grâce, ne faisons pas de ce débat l'alpha et l'oméga de nos échanges sur un sujet qui, je crois, nous rassemble largement, à savoir la promotion de l'art dans le quotidien des Parisiens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, cher Bruno JULLIARD.

Oui, Monsieur BOUTAULT ?

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Madame la Maire, je voudrais dire que j'ai trouvé la réponse de Bruno JULLIARD intéressante, voire convaincante. C'est vous dire si on avance.

Pourquoi je l'ai trouvé convaincante ? Pas simplement parce qu'il fait allusion au principe même de l'art dans la ville, au budget participatif et à notre volonté d'implanter des ?uvres d'art dans les quartiers qui en sont le plus dépourvus, mais parce qu?il semble que la localisation de cette ?uvre de Jeff KOONS, fait polémique plus, à mon sens, en raison de son lieu d'implantation qui nous est un peu imposé, reconnaissons-le, qu'en raison du cadeau lui-même. Si cette ?uvre d'art était implantée à la fois dans des quartiers qui en sont dépourvus, comme la porte de Vincennes par exemple, elle constituerait un hommage réel et désintéressé aux victimes des attentats. En l'occurrence, ce serait un beau geste.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Je me suis exprimée ce matin, je n'y reviens pas, et Bruno a été excellent dans sa réponse.