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2018 DAE 154 - Organisation de la Rencontre professionnelle des mobilités propres.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DAE 154 : organisation de la Rencontre professionnelle des mobilités propres.

La parole est à M. Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - On y revient.

C?est la suite du débat précédent. Bien sûr, je sais que ce n?est que 50.000 euros sur 1 million et c?est la raison pour laquelle on ne votera pas contre ce projet de délibération.

En termes d?affichage budgétaire, il est facile de flécher la recette vers la bonne dépense, plutôt que de tout mélanger. Tout n?est pas dans tout malheureusement.

Ce projet de délibération présente l?organisation d?une rencontre professionnelle dite "des mobilités propres", le lundi 9 avril prochain, de 8 heures à 16 heures, au Carreau du Temple. Cet événement présentera de nombreux véhicules qui pourront être testés sur place : véhicules utilitaires légers électriques, scooters électriques, triporteurs et biporteurs électriques? Des entreprises et des constructeurs seront également présents.

Si les véhicules électriques représentent certes une avancée technologique utile face aux contraintes climatiques et énergétiques, je pose la question : le véhicule dit "zéro émission" représente-t-il une option parmi tant d?autres ? Autrement dit, la Ville ne fait-elle pas fausse route en soutenant une solution technique qui est à l?automobile ce que le Minitel était à Internet ? Pour le dire autrement, le soutien massif au secteur automobile, à notre échelle municipale, est-il dicté par des impératifs écologiques ou procède-t-il d?un suivisme du Gouvernement visant à financer et proroger la survivance de modèles économiques industriels irrémédiablement dépassés ?

Autre question qui devrait aussi intéresser au premier chef : la voiture électrique est-elle sans émission de gaz à effet de serre ? Si la seule réponse était positive, la motorisation électrique acquerrait un avantage écologique indubitable. Cependant, à y regarder de plus près, il existe un certain nombre de données qui mettent à mal cette communication qui induit manifestement le consommateur en erreur, ainsi que nombre d?élus de cet hémicycle apparemment.

On rentre dans ce que Illich avait appelé la "contre-productivité" : une innovation devient, à un certain moment, contre-productive. C?est peut-être ce que nous avons avec la voiture électrique. En effet, une note publiée en 2010 par l?A.D.E.M.E., qui malheureusement a disparu de l?A.D.E.M.E. - sans doute suite à des pressions de constructeurs automobiles -, considérait qu?en calculant et en comparant les émissions globale des véhicules thermiques et électriques, fabrication et fonctionnement, la différence n?était pas significative. Alors que le bilan carbone d?un véhicule thermique s?établissait à 161 grammes de CO2 par kilomètre, le véhicule électrique rejetait, lui, 128 grammes de CO2 par kilomètre. Stupeur pour un modèle qui présuppose que le bilan carbone d?un véhicule "zéro émission" soit de zéro. Or, il n?est pas de zéro.

On me rétorquera que des progrès flagrants ont été faits depuis. Pas tant que cela : nous sommes encore très loin du zéro tant brandi.

Par ailleurs, nous sommes en France, où le tout électrique présuppose donc, aussi, une dépendance à l?énergie nucléaire, ce qui - vous le comprendrez - ne nous satisfait pas, en tant qu?écologiste.

Je reprendrai donc l?adage que ma collègue, Fatoumata KONÉ, a énoncé lors du vote de notre Plan Climat, un peu plus tôt dans la journée? Non, il y a quelques jours.

"La meilleure énergie est celle que l?on ne consomme pas". La vraie innovation, c?est d?abord et avant tout d?appliquer à nos politiques publiques cette exigence de sobriété énergétique. Appliqué à l?enjeu de la mobilité, c?est de travailler à la réduction du nombre de véhicules ; à penser les liaisons domicile-travail ; à aménager la ville pour que l?on puisse travailler près de son lieu de vie ; à développer les transports en commun et les mobilités douces, ce que la Ville a fait, d?ailleurs, en grande partie.

Même si cette rencontre professionnelle tient plus du symbole que de la politique publique structurante, essayons d?être cohérents et de regarder dans la même direction. Il est vrai que la pensée de Illich est toujours très complexe. Je pense que l?on oublie parfois une partie de son discours écologiste et que l?on oublie la suite. Merci de votre attention.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - La parole est à M. Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - C?est très intéressant de discuter de Illich. Je l?ai beaucoup lu quand j?étais jeune et j?ai beaucoup appris en le lisant.

Je voudrais essayer de vous montrer pourquoi votre raisonnement ne tient pas la route, c?est le cas de le dire.

D?abord, il y a, à Paris et en Métropole, un grand nombre de professionnels qui ont un besoin d?un outil de travail qui leur permette, non seulement de se déplacer, mais de transporter les outils dont ils ont besoin. Les artisans, par exemple, ne peuvent pas se déplacer sans transporter les outils dont ils ont besoin. Quelqu?un qui travaille dans la maintenance des ascenseurs a besoin d?un certain nombre d?outils. Aujourd?hui, tous ces gens se déplacent dans des camionnettes, qui fonctionnent pour l?essentiel au diesel. Je veux bien que l?on m?explique qu?un biporteur électrique ou qu?un triporteur électrique ou qu?un vélo-cargo électrique ait une empreinte carbone équivalente à celle d?un Kangoo ou d?une camionnette diesel, mais j?en doute beaucoup.

Vous semblez oublier que, quand on parle de nouvelles mobilités électriques, on ne parle pas que des voitures : on parle de ce que l?on appelle les vélos augmentés. C?est une des choses que nous voulons montrer, justement, au cours de cette journée, aux commerçants, aux artisans, aux professions libérales. Les infirmières, par exemple, ne peuvent pas se déplacer en métro, parce que ce qu?elles ont à transporter est relativement lourd ; même chose pour les médecins et les kinésithérapeutes. Toutes ces professions sont concernées par des outils électriques qui leur permettraient de se déplacer de façon beaucoup moins polluante à Paris et, peut-être, beaucoup plus rapide.

Les salariés mêmes de la Ville de Paris : nous travaillons avec la DCPA pour voir s?il est possible, aujourd?hui...

Lorsque nous faisons de la maintenance des systèmes de chauffe dans les écoles, nous avons des ouvriers de la Ville qui se déplacent en véhicule, en camionnette. Il est possible d?imaginer d?autres modèles d?organisation pour transporter les personnes et les matériels dont ils ont besoin.

Je pense que cette journée est très utile. Lorsque nous faisons la politique que nous menons aujourd?hui de diminution des véhicules polluants dans les villes, nous avons tout à fait conscience qu?un certain nombre de gens qui sont des professionnels ont tout de même besoin d?outils de transport et de stockage de leurs outils de travail dans des véhicules. Nous allons leur montrer qu?il existe d?autres solutions que la camionnette diesel pour pouvoir se déplacer et travailler dans Paris. Je crois que, ce faisant, nous faisons ?uvre utile.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 154.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAE 154).