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Mars 2018
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Vœu déposé par le GEP relatif à une pêche sans hameçon à ardillon. Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à la pêche.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous passons aux v?ux nos 142 et 143 relatifs à la pêche. La parole est d'abord à M. BOUTAULT, pour le groupe Ecologiste de Paris. Vous avez 2 minutes pour le présenter.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Je vais tenter, Monsieur le Maire, de me substituer au président de groupe et tenter de vous convaincre que les poissons sont des animaux qui ont quelques défauts, dont le principal est qu'ils n'émettent pas de sons, pas de cris, qu?ils n'ont pas d'expression faciale et, en plus, ils respirent dans l'eau. En revanche, ce sont parfois pour certaines espèces en tout cas, des animaux sensibles, intelligents, qui mettent en place des stratégies de survie parfois collectives, qui peuvent être solidaires entre eux. C'est pour cette raison que nous pensons que comme les autres animaux, les poissons doivent être protégés et considérés autrement que comme des jouets. Or à partir du moment où la pêche est interdite à Paris et que les poissons sont rejetés en Seine après avoir été péchés, il nous semblerait intéressant de limiter leurs souffrances et notamment de ne plus autoriser les hameçons à ardillon qui sont des hameçons empêchant l'animal de se détacher après avoir été arçonné par l'outil et qui ont pour inconvénient de mutiler gravement ces animaux qui, ensuite, ne survivent pas. Si on pouvait progresser un peu en expliquant aux pêcheurs, qui ont, certes, le mérite d'être proches de la nature, que ces animaux souffrent et qu'utiliser d'autres sortes d'hameçons les ferait moins souffrir, en tout cas ne les tuerait pas, nous aurions beaucoup progressé dans notre conception de la vie, en tout cas en considérant que ces animaux souffrent, que nous les faisons souffrir et que quand cela est inutile, il est essentiel de l'éviter.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur BOUTAULT. Mme SIMONNET, pour deux minutes également.

Mme Danielle SIMONNET. - "J'ai abandonné la pêche le jour où je me suis aperçu qu'en les attrapant, les poissons ne frétillaient pas de joie". C?est Louis de Funès qui disait cela en 1981 après avoir été un passionné de la pêche.

Chers collègues, par arrêté préfectoral, il est interdit de consommer et de commercialiser les poissons pêchés dans la Seine et l'Ourcq pour des raisons de santé évidente liée à la pollution. Notre Municipalité est par ailleurs pleinement engagée dans la lutte contre la pollution de l'eau de la Seine et s'engage de plus en plus dans la prise en compte de la question de la souffrance animale.

Mais en attendant, la pêche, qui est autorisée encore à Paris, est un loisir, certes populaire, mais qui inflige une souffrance gratuite aux poissons puisqu'on ne peut pas les manger. Je propose donc que la pêche y soit interdite au nom de la prise en compte de cette souffrance animale.

Je tiens vraiment à remercier sincèrement les défenseurs de la pêche "no-kill" pour leurs messages argumentés qu'ils m'ont envoyés très nombreux. Mais ils ne m?ont pas convaincue, car même lors d?une pêche "no-kill", il y a une souffrance et, même avec des hameçons sans ardillon, nombre de poissons relâchés meurent quelques jours après avoir été péchés.

Je tiens en revanche à vous informer que j'ai reçu plusieurs centaines de message d'insultes sexistes, à caractère pornographique, y compris de nombreuses menaces de mort suite à la publication de la vidéo que j'ai effectuée avec une militante de "Zoopolis" que je remercie.

Je vais même vous lire quelques exemples. Eh bien si : il faut que vous en preniez conscience, chers collègues. "Plus on donne de pouvoir aux femmes, et plus elles ont l'esprit carrément tordu. La plupart du temps, elles ne savent même pas de quoi il retourne. Qu?elles retournent à leur cuisine." "Ta gueule mal baisée". Voyez, cela vous réveille ! "C'est vous que l'on devrait faire souffrir." "On lui met une balle quand dans sa tête à celle-là ?" "Une conne comme ça, il faut l'abattre tout de suite, elle est juste bonne à mettre sur le trottoir". Comme j'en ai 300 environ de cet ordre-là, je ne vais pas vous les lire.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Surtout que vous avez dépassé votre temps de parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Je terminerai par dire la chose suivante : évidemment, je vais porter plainte. Mais j'en profite pour dire à toutes mes collègues femmes de ce Conseil de Paris : il ne faut plus que l'on accepte sur les réseaux sociaux ce genre d'attaque. Moi, je vais porter plainte. Je vous invite aussi à porter plainte quand vous recevez ce genre de message et je souhaite que l'on échange nos expériences à ce sujet car il faut que cela se sache, car il faut que cela cesse. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame SIMONNET. Vous avez évidemment la solidarité de l'ensemble des membres de cette Assemblée face à ces attaques. La réponse de l'Exécutif, c?est Mme Pénélope KOMITÈS qui la porte et qui répondra à la fois à Jacques BOUTAULT et à Danielle SIMONNET.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe. - Je vais essayer d'être rapide.

La pêche est une activité de loisirs. Je rappellerai que les pêcheurs portent un regard très attentif, notamment à la qualité de la Seine, des lacs, des cours d'eau parisiens et des canaux, qu'il s'agit d'une pratique qui revendique l'intention de renforcer les liens entre les citadins et les milieux aquatiques présents en ville, que la pêche joue un rôle de surveillance de l'état des cours d'eau et d'alerte en cas de dégradation de l'écosystème. Les pêcheurs sont, par là même, des sentinelles de l'écosystème et ils participent aussi, il faut le savoir, avec leur fédération dans ce pays, au repeuplement des lacs et des rivières, et ils sont vecteurs de la nécessité de la protection des milieux aquatiques. Ils ont aussi un rôle de diffusion de la pédagogie de la nature. C'est une activité importante dans les territoires. C'est une activité accessible à tous, c'est une activité qui développe du lien social, du lien intergénérationnel. Elle peut permettre un rôle de veille sur l'encadrement. Nous avons d'ailleurs rencontré différentes associations dans le cadre de la mission Animaux. Autant je suis d'accord avec le premier alinéa du v?u du groupe Ecologiste de manière à ce que l'on étudie un peu plus en profondeur la pratique de la pêche à Paris et ses implications sur la faune et la flore, autant j'émettrai un avis défavorable au deuxième alinéa du groupe Ecologiste et un avis défavorable au v?u de Mme SIMONNET.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame KOMITÈS.

Je suis saisi de deux demandes d'explication de vote. La première de M. AZIÈRE pour le groupe UDI-MODEM, la deuxième de M. LAURET pour le groupe DP.

M. Eric AZIÈRE. - Je voulais dire à Mme SIMONNET, au titre du groupe, ma solidarité pour les attaques qu'elle a subies. Mais aucun pêcheur à la ligne, à ma connaissance, ne pêche, comme elle le dit, pour se nourrir. L'estomac n'a pas une place très grande dans cette pratique culturelle. Le foie peut être mis à contribution dans un moment de convivialité, mais la pêche, c'est d'abord un loisir, une passion, qui se partage entre toutes générations de toutes conditions sociales, au bord de l'eau, immergées dans une nature dont on profite, dont on devient témoin privilégié, attentif, émerveillé souvent, à l'écoute de tout ce qui rampe, tout ce qui nage, tout ce qui flotte, dans une lumière souvent merveilleuse.

On est très loin de vos impressions sur la pêche et surtout de vos réticences sur la consommation ou la commercialisation de la pêche, qui n'ont rien à voir avec cette passion qui se pratique comme telle en France depuis la nuit des temps. Je vous assure que les pêcheurs sont des gens calmes et tranquilles. Nous ne voterons pas votre v?u.

Je voudrais dire au groupe Vert, pour avoir testé l'efficacité d'un hameçon ardillon sur mon doigt, que leur retrait mérite qu'on s'y arrête, si j'ose dire, car il est vrai que cela se finit souvent au bistouri. C'est la vraie réalité de cruauté dans l'ardillon. C'est une proposition que l'on peut retenir, que de pêcher avec des hameçons sans ardillon.

Mais je vous conseille de le faire, là aussi, en étroite concertation avec les pêcheurs, avec l'Association départementale de la pêche, qui sont des gens parfaitement responsables et sensibles, qui savent quelle est leur capacité de prélèvement piscicole, mais aussi qui aiment les poissons, qui connaissent le monde piscicole et qui peuvent vous aider à trouver un terrain commun, un terrain d'entente sur ce sujet.

J'ajoute que, dans la Seine, il y a quelques espèces de poisson, au moins deux particulièrement néfastes à l'écosystème fluvial, et qu'il s'agit de prélever. Il y a aussi des silures qui sont des prédateurs sur les poissons migrateurs. Enfin, j'ai une toute petite réticence sur les appâts vivants. Mettre un asticot sur un hameçon, c'est sûr que c'est quelque chose qui est à relativiser par rapport au côté vivant de l'appât. La sensibilité ou la conscience écologique universelle doit pouvoir surmonter l'appâtage à l'asticot.

Nous proposons de nous abstenir sur votre v?u.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur AZIÈRE.

Il était effectivement temps de conclure puisqu'une explication de vote normalement, c'est une minute.

Monsieur Thomas LAURET, vous avez la parole, pour le groupe des Démocrates et Progressistes.

M. Thomas LAURET. - Nous condamnons évidemment les injures dont a fait l'objet Mme SIMONNET. Nous rejetons les deux v?ux. Nous suivrons l'avis de l'Exécutif sur ce sujet, pour les mêmes raisons que celles qui ont été évoquées par M. AZIÈRE.

Il faut travailler en concertation avec les pêcheurs sur la question des hameçons à ardillon, mais il ne faut surtout pas rejeter cette pratique ancestrale, y compris à Paris. Les pêcheurs sont des amoureux de la nature.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Monsieur Nicolas BONNET-OULALDJ, vous avez la parole, pour une explication de vote, du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Je voudrais apporter tout le soutien de mon groupe à Danielle SIMONNET sur les menaces qui sont proférées. L'alerte de Danielle SIMONNET est récurrente. Certains élus de mon groupe ont été menacés avec des propos d'homophobie, comme Ian BROSSAT, qui a d'ailleurs porté plainte et a gagné son procès.

Hélène BIDARD a été menacée au moment du débat sur la grossophobie. Il y a eu des propos plus que sexistes. C'est donc un vrai sujet. La Ville peut porter plainte au titre du Conseil de Paris. Je propose d'ailleurs qu'à chaque fois que c'est le cas, la Ville porte plainte.

Concernant la pêche, Pénélope KOMITÈS a apporté beaucoup de réponses que je partage. D'abord, évidemment, le premier danger pour les poissons, c'est la pollution. Les deux amis contre la pollution, c'est d'abord notre service public de l'assainissement de l'eau, et les pêcheurs qui sont les principaux, au bord des rivières, à mener une politique fédérale, justement par rapport au milieu aquatique.

Je voudrais dire à mes collègues écologistes que votre v?u est peut-être intéressant mais doit être travaillé avec la Fédération pêche. D'ailleurs, c'est une pratique qui a énormément évolué, et a évolué progressivement. Dans la pêche à la mouche, dans certains cas, l'ardillon est écrasé. C'est ce que vous proposez. C'est déjà pratiqué par certains pêcheurs.

La question n'est pas une question du Conseil de Paris, c'est une question qui est à discuter avec les fédérations de pêche. Après, sur la souffrance animale, on a déjà eu un débat la dernière fois. Une commission travaille sur ce sujet. Si, à chaque fois que l'on vient à ce Conseil de Paris, on doit parler d'un animal en particulier, on aura à chaque Conseil de Paris un v?u sur la souffrance animale. Je propose que la Commission qu'a présidée Pénélope KOMITÈS rende ses conclusions en juillet et que l'on puisse arrêter là ce débat.

Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Président.

Madame SIMONNET, vous m'avez demandé la parole ?

Mme Danielle SIMONNET. - Une phrase pour remercier les expressions des collègues au regard de ces attaques. Dire que, par ailleurs, je soutiendrai également le v?u des écologistes. Je suis tout à fait d'accord que beaucoup de pêcheurs sont des amoureux de la nature, beaucoup se mettent d'ailleurs à pratiquer la pêche avec des hameçons sans ardillon. Raison de plus pour promouvoir cela. Je reste néanmoins convaincue que là où on ne peut pas consommer le poisson, mieux vaut ne pas le pêcher. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame SIMONNET.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 142 du groupe Ecologiste de Paris.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est rejeté.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 143 de Danielle SIMONNET.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est rejeté.

Bonne soirée, à tous, et à demain.