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Mars 2018
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2018 DICOM 11 - Mastercard partenariats des expositions.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Le projet de délibération DICOM 11 porte sur Mastercard partenariats des expositions.

Evidemment, une carte de crédit, un partenariat des expositions, Danielle SIMONNET !

Mme Danielle SIMONNET. - Si je retrouve mon intervention... Ce serait dommage, un sujet comme celui-ci ! Pour lequel vous êtes tous ravis d'en appeler au soutien des intérêts privés, puisque d'année en année dans cette Assemblée il y a deux éléments totalement corrélés, à savoir la baisse des dotations de l'Etat parfaitement corrélée, de fait, à la nécessité d'augmenter les entrées par le biais de finances privées.

Je ne retrouve pas mon intervention ; c'est fort dommageable, n'est-ce pas ? Il va donc falloir improviser. Je suis toujours farouchement opposée à ces recours aux intérêts privés. Je cherche mon hologramme et je ne le trouve pas.

Les patrons, non, Monsieur, on peut discuter de cela ; je ne pense pas que les patrons, en soit, soient des pourris, mais c'est un vaste sujet. Je pense en revanche que le système dans lequel nous sommes, oui, pousse à la recherche d'un profit maximum, et je suis fortement attachée à une politique publique qui défend l'intérêt général, qui s'appuie justement sur la redistribution des richesses produites et qui permet à l'ensemble des citoyens d'exercer leur souveraineté par le biais de leurs représentants que nous sommes et de pouvoir défendre l'intérêt général.

Je viens de l'imprimer, en plus, cette intervention. Mais vous en avez donc compris le sens. Un autre ? Il est possible que je sois inscrite dans d'autres projets de délibération à la suite de ce Conseil mais j'ai encore trois minutes avant de pouvoir retrouver ma feuille. La situation n'est pas totalement désespérée, même si elle le semble, n'est-ce pas ! Peut-être quelques petits éléments puisqu'ils n'avaient pas été rédigés mais quelques petits éléments, voilà.

Nous allons récupérer de Mastercard 50.000 euros pour les expositions que la Ville organise dans la salle Saint-Jean. En échange, Mastercard bénéficie d'une visibilité de Mastercard sur les documents de communication de la Ville, estimée à une valeur de 25.000 euros, d'une mise à disposition d'espaces pour des événements, cocktails, invitations à des événements d'une valeur de 25.000 euros.

Mes interrogations sont donc les suivantes, mes chers collègues, puisque vous a été suspendus au suspense de cette intervention. Interrogations : de quels avantages fiscaux bénéficie Mastercard en contrepartie de ce genre de contrat ? Est-ce que ce sont les mêmes avantages qu'un mécénat ? Il est clair que Mastercard sort gagnant de cet accord et qu'une fois de plus on se désengage de nos politiques culturelles au profit des entreprises privées, car oui, je souhaiterais que nos politiques culturelles ne dépendent pas de ces mécénats et conventions de partenariat. J'ai toujours dénoncé ce genre de partenariat qui constitue une manière supplémentaire pour les intérêts privés de mettre la main sur nos politiques et dans le cas présent sur notre culture et d?en dégager des profits. Il révèle dans le même temps la baisse de nos dépenses publiques et le lien direct entre austérité et privatisation. Oui, je souhaite plutôt que l'on rompe avec ce genre de contrat de partenariat. Vous vous souvenez que j'étais intervenue assez régulièrement sur les musées de la Ville et les conventions de partenariat qu'il pouvait y avoir, et qui faisait que d'année en année la présence visible des entreprises privées était de plus en plus forte. Au départ, c'était un petit logo apposé en petit, en bas d'une à fiche, et maintenant elles ont la possibilité d'avoir, pour les ?uvres rénovées, notamment par la participation à ces rénovations de partenariats privés, carrément leur logo en dessous du cartel de l'?uvre. Ainsi, oui, je souhaite que nous mettions fin à cette dépendance de nos politiques culturelles à ces conventions de partenariat. Je préférerais voir les élus qui cumulent avec un poste de député, dénoncer ces partenariats à l'Assemblée nationale et exiger une autre évolution fiscale. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Jean-Noël AQUA.

M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Mastercard souhaite "faire vivre des expériences uniques aux détenteurs de ses cartes et enrichir le service proposé".

Voilà certainement un très bon slogan publicitaire, mais celui-ci est extrait du projet de délibération DICOM 11 sur lequel nous sommes amenés à voter, le projet de délibération par lequel la Ville entend établir un partenariat avec Mastercard.

Échange de bons procédés : Mastercard profite de l'image de la Ville de Paris ; la Ville de Paris profite de l'argent de Mastercard. Ce dernier pourra ainsi apposer son logo sur les différents supports de communication liés aux expositions qui se tiendront à la salle Saint-Jean de l'Hôtel de Ville.

Mastercard pourra bénéficier de contreparties matérielles et d'invitations, mais aussi de la mise à disposition d'espaces à l'Hôtel de Ville.

Je vois bien la logique qui conduit Mastercard à passer ce genre d'accord, je m'inquiète en revanche du mélange des genres, qui produit ce type de partenariat pour notre collectivité.

La Ville de Paris devient ainsi l'instrument d'une stratégie marketing d'une entreprise privée.

Nous mettons à disposition d'une firme l'image de l'Hôtel de Ville. Les expositions culturelles que nous développons se transformeront donc en vitrine pour une opération de relations publiques et d'image de marque qui profitera à un investisseur privé, car Mastercard ne fait pas du mécénat ici. Les 50.000 euros versés à la Ville sont pour cette entreprise un investissement qui lui rapporte bien davantage en matière d'image.

Je peux comprendre que la Ville ait besoin de rechercher des partenariats pour financer certains événements, néanmoins je m'inquiète, jusqu'où pourrait nous conduire cette recherche de fonds ?

Jouons un peu : mettons-nous à la place d'un consultant marketing qui veut "booster" l'image de son entreprise avec ce genre de partenariat.

Pourrions-nous imaginer nos 55.000 agentes et agents portant des vêtements de travail avec des logos des marques sponsors, comme une équipe de football géante ? Et pourquoi ne pas utiliser l'image dynamique, démocratique et jeune des conseillères et conseillers de Paris pour mettre des logos dans la salle de presse, comme dans les interviews d'après-match de football ?

Pourquoi aussi ne pas utiliser le service Vélib' si populaire, pour mettre de jolis logos sur nos vélos, un support de communication à l'échelle macroscopique ? Imaginons enfin que certains de nos équipements publics, par exemple une salle omnisports, portent le nom d'une chaîne hôtelière? Ah non, je m'égare, je vais trop loin. Je vois sûrement le mal partout, il va de soi que notre collectivité saura raison garder et ne versera pas dans ces excès.

Mais pour en revenir au projet de délibération qui nous occupe aujourd'hui, permettez-moi d'insister sur le fait que ce mélange des genres n'est pas complètement sain.

Je rappelle ici que ce sont les cartes "Payoneer" de Mastercard qui ont déclenché la polémique en décembre dernier. Vous vous souvenez, "Airbnb" proposait aux hébergeurs qui le souhaitaient cette carte de crédit rechargeable, émise depuis une filiale à Gibraltar, sur laquelle les paiements pouvaient passer sans transiter par des comptes bancaires. Habile man?uvre qui aurait pu permettre aux propriétaires d'encaisser les revenus de location sans les déclarer, une jolie opération d'évasion fiscale contre laquelle nous ne cessons de lutter.

Alors, souhaitons-nous vraiment que la Ville de Paris accole son image à cette entreprise ?

Voulons-nous associer par exemple Cabu et Gilles Caron, pour parler des dernières manifestations, à celle de cette entreprise ?

Vous comprendrez que ce partenariat ne nous semble pas pertinent. Nous ne cessons de dénoncer un mélange des genres délétère, qui va de ce type de partenariat au "naming". Aussi, nous nous abstiendrons sur ce projet de délibération.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup pour ces interventions qui ont un petit air de déjà vu, il faut bien le reconnaître, puisque nous avons très régulièrement en Conseil de Paris, ces débats sur nos partenariats, mécénats, avec tout type d'entreprises privées, qui suscitent sur certains rangs du Conseil de Paris des oppositions systématiques que je respecte, mais qu'une fois de plus, je ne partage pas.

D'abord, permettez-moi tout de même de souligner que ce projet de délibération nous permet de nous féliciter de deux très belles expositions que je suis particulièrement fier et heureux de pouvoir vous présenter aujourd'hui. L'exposition "Gilles Caron, Paris, mai 68", nous allons célébrer l'anniversaire de "Mai 68" à travers une très belle exposition artistique et culturelle, à travers le magnifique travail de Gilles Caron, grand photographe, d'abord photographe de presse, qui a particulièrement photographié les événements de mai 68, la vie culturelle parisienne de cette époque, et ensuite les théâtres de guerre de la deuxième partie du XXe siècle.

Et une autre très belle exposition "Le rire de Cabu", que nous accueillerons dans les salons de l'Hôtel de Ville.

Concernant ces mécénats et ces parrainages, vous dire qu'ils sont importants et nécessaires, parfois même essentiels pour mener une partie de notre politique culturelle, notamment dans le domaine de l'événementiel, c'est vrai pour "Paris-Plages", pour un certain nombre d'expositions.

Deux mots pour vous dire et répéter d'ailleurs que nous avons toujours eu un certain nombre de conditions quant à la mise en place de ce type de partenariat ou de mécénat.

La première condition, c'est qu'en aucun cas l'indépendance des artistes ou des commissaires d'exposition ne doit être remise en cause, c'est évidemment le cas. C'est une banalité que de le dire sur les dessins de Cabu et les photographies de mai 68 évidemment, mais c'est aussi vrai concernant bien sûr le travail des commissaires d'exposition.

Ensuite, il faut que ces mécénats et ces partenariats culturels issus du monde privé ne se traduisent en aucun cas par un désengagement des financements publics et je suis étonné, Madame SIMONNET, que vous citiez "Paris Musées" comme étant victime d'un trop fort investissement d'entreprises privées, puisqu'il se trouve que ces investissements privés s'ajoutent à un financement public qui n'a jamais été aussi important dans les travaux de rénovation et d'investissement au sein de "Paris Musées".

Jamais nous n'avons autant rénové de musées que ce que nous faisons aujourd'hui, je pense à Carnavalet, je pense au déplacement du musée de la Libération, aux travaux du musée d'Art moderne, et lorsque nous avons des financements privés supplémentaires, c'est toujours pour faire plus et mieux, en aucun cas pour pallier un désengagement de la puissance publique, encore moins dans le domaine culturel.

C'est aussi vrai pour nos théâtres, je pense au théâtre du Châtelet ou au théâtre de la Ville.

Je conclus sur un désaccord de fond, mais que nous avons déjà eu à plusieurs reprises, sur le rôle social, politique, culturel des entreprises.

Une entreprise a d'abord un rôle de création de richesses, de redistribution par l'emploi, la recherche, par le développement d'abord par l'impôt et l'impôt que doit payer cette entreprise sur le territoire français, mais je me demande à côté de ces rôles majeurs des entreprises, ce que seraient vos propres attitudes si vous étiez vous-mêmes des représentants des personnels dans les conseils d'administration, dans toutes les instances de ces entreprises. Que penseriez-vous de votre propre entreprise si elle ne s'investissait pas par ailleurs dans certaines politiques de soutien au champ social ou au champ culturel ?

Je trouve qu'il est parfois de l'honneur des entreprises que d'ajouter à leur rôle traditionnel un rôle d'accompagnement de politiques sociales ou culturelles lorsque cela se fait en total respect de l'indépendance des artistes et des intervenants du champ social.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur JULLIARD.

Vous avez répondu à l'ensemble des intervenants.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DICOM 11.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2018, DICOM 11). V?u déposé par le groupe Socialiste et Apparentés