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Mars 2018
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Conseil Municipal
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VII - Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris relative à l'inaction de la Région Ile-de-France en matière de mobilité et de lutte contre la pollution.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Question d'actualité suivante. La parole est à M. Rémi FÉRAUD pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, chers collègues, ces dernières semaines une mobilisation massive s'est organisée pour défendre le parc des Rives de Seine.

La Maire de Paris a elle-même signé récemment un nouvel arrêté de piétonisation qui tient compte des attendus du Tribunal administratif, en lien avec les représentants de l'Etat, dont M. le Préfet de police.

Comme une majorité de Parisiens, nous nous réjouissons que cet arrêté permette aujourd?hui de maintenir les quais à disposition des piétons et des circulations douces, et qu?il n?y ait aucun retour en arrière.

Je voudrais ici aussi m?étonner des revirements, des tergiversations de la droite parisienne comme régionale - bien souvent, les élus sont les mêmes - qui sont à l?origine de ce recours en justice et qui désormais feignent de nous "tendre la main", selon leur expression. Cette attitude nous est, par ailleurs, très familière au Conseil de Paris car, sur beaucoup de sujets, comme le logement social ou l?accueil des migrants, la droite est, bien entendu, toujours favorable, mais jamais comme nous le proposons de le faire. Ce n?est jamais le bon endroit, jamais la bonne méthode, jamais le bon moment. Nous avons l?habitude de ces postures.

Nos concitoyens ne doivent pas en être dupes, ni de la tactique dilatoire qui conduirait "in fine", si on la suivait, à ne rien faire et à ne jamais rien décider. Or, nous avons été élus pour transformer ; pour empêcher aussi que les Parisiennes et les Parisiens ne subissent une pollution dangereuse que l?Etat, comme la Commission européenne, ainsi que tous les experts en santé publique, considèrent désormais comme insupportable. Car les chiffres sont incontestables : la pollution de l?air entraîne 48.000 décès par an en France, dont 2.500 à Paris et plus de 6.000 dans la Métropole. Les cartes de la pollution elles-mêmes sont éloquentes : elles se concentrent sur la zone dense, c?est-à-dire Paris, et sont principalement causées par la circulation automobile.

En ce sens, à qui peut-on encore vouloir faire croire que favoriser la circulation automobile est un vecteur de baisse de la pollution de l?air à long terme ? Depuis que les voies sur berges ont été rendues aux piétons, nous avons par ailleurs appris que plus de 1,5 million de visiteurs, parisiens comme touristes, s?y sont déjà promenés. Pourtant, en signant son recours juridique, la droite s?est rendue responsable d?une tentative du retour des voitures sur les berges, rejetées majoritairement par les Parisiens, tout en se sentant aujourd?hui presque gênée d?avoir été à l?origine de ce recours ; tout en n?assumant aucune de ses compétences régionales en matière de transports collectifs ; tout en s?opposant à toutes les solutions alternatives pour lutter contre la pollution atmosphérique ; tout en évitant le plus longtemps possible d?avancer avec la Ville de Paris que ce soit sur la question des parkings relais ou sur celle des financements des pistes cyclables.

Pourquoi repousser, de la part de la présidente du Conseil régional, Valérie PÉCRESSE, le financement du bus à haut niveau de service sur les quais hauts de la rive droite à 2021 au lieu de 2019, comme nous l?envisagions ? La Région crée l?absence de transports alternatifs en même temps que la piétonisation des berges, alors que c?est elle qui a la compétence de la mise en place de ces transports alternatifs et qui préside l?autorité de transports d?Ile-de-France. Cela revient finalement, pour la présidente du Conseil régional, à se critiquer elle-même.

Pourquoi n?agit-elle pas plus vite sur la question des parkings relais ou sur la demande d?investissements sur le matériel roulant, malgré la hausse du "pass" Navigo, par ailleurs contraire à ses promesses de campagne ?

C?est pourquoi - dernière phrase - je souhaiterais connaître l?état des discussions en cours entre la Ville, la Métropole et la Région pour améliorer enfin les transports publics à Paris et en Ile-de-France, dans le c?ur de l?agglomération et lutter ensemble contre la pollution.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Président.

Je donne la parole à Christophe NAJDOVSKI, pour vous répondre.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Président, votre question permet de recontextualiser la question des berges de Seine rive droite.

Nous assistons en effet, depuis la fermeture des berges à la circulation en 2016, à un exercice de désinformation mis en place par la droite régionale pour instiller l?idée que cette fermeture - qui ne concerne qu?un axe de 3,3 kilomètres au c?ur de Paris - jouerait un rôle majeur dans la congestion routière en Ile-de-France.

S?il est indéniable que la piétonisation des berges a eu un impact sur quelques axes de report intra-muros, principalement sur les quais hauts rive droite et sur le boulevard Saint-Germain, impact d?ailleurs conforme aux prévisions de l?étude d?impact qui prévoyait une augmentation, puis une baisse progressive qui a d?ailleurs eu lieu entre 2017 et 2018.

Le rapport de la Préfecture de police, que je salue au passage pour la qualité du travail réalisé, de juin 2017 précisait, concernant un éventuel report sur les axes régionaux : "qu?aucune tendance franche ne se dégage, mis à part un éventuel report limité et absorbable sur l?A86 Sud". Sur les autres portions, rien n?était observé.

La droite régionale, soutenue par la droite parisienne, n?a pourtant cessé de marteler que cette fermeture des berges était la cause de tous les maux, au point d?attaquer en justice la décision de fermeture, dans le droit fil de son opposition à la piétonisation des berges de la rive gauche. Elle a beau jeu de tendre la main, avançant des demi-mesures incohérentes, comme le retour de la circulation automobile sur une file de circulation, au détriment de l?ensemble des cyclistes et piétons.

Une main tendue pour faire quoi ? Pour remettre des voitures sur les berges ? Une main tendue pour concerter, alors que la droite régionale a déserté les réunions de concertation tenues en 2015 pour discuter des projets sur les berges ? Une main tendue, alors que la Région a mis en place son propre observatoire en y instrumentalisant le travail d?un institut d?urbanisme pour servir son propre discours et en ayant ignoré les conclusions de l?observatoire mis en place par le Préfet de police ? Tout cela ressemble au comportement du pompier pyromane.

La presse se fait écho d?une absence de dialogue entre la Ville et la Région. Sachez, Mesdames et Messieurs les Conseillers, que la Ville de Paris a bien engagé le dialogue. C?est la Ville de Paris qui a pris l?initiative sur la question des parkings relais avec Ile-de-France Mobilités. Nous travaillons également au prolongement de la ligne de bus 72 à gare de Lyon et à la mise en place d?une ligne à haut niveau de service sur les quais hauts.

Alors que j?ai adressé un courrier à Mme PÉCRESSE sur ce sujet - qui est resté d?ailleurs sans réponse -, nous avons appris par un "tweet" que la présidente du S.T.I.F. et de la Région décalerait son ouverture de 2019 à 2021. Curieuse façon de dialoguer? Oui, nous discutons mais force est de constater que nous ne courrons pas après les mêmes objectifs.

Quand notre politique est entièrement tournée vers un meilleur partage de l?espace public et l?apaisement de la ville, la Région finance un plan de 250 millions d?euros en faveur de quarante projets routiers sans évaluation de l?impact global sur la pollution atmosphérique. Là où nous sommes engagés dans la création d?un véritable réseau cyclable, notamment avec nos communes riveraines, la Région a refusé de subventionner les dix projets de pistes cyclables sécurisées qui lui ont été soumis par la Ville en 2016 et 2017. Pas un centime d?euro pour les pistes cyclables en deux ans, c?est du jamais vu !

Alors que nous mettons une zone à basse émission dont les effets sur la qualité de l?air sont mesurables sur l?ensemble de la Région Ile-de-France, la Région dans sa feuille de route pour la qualité de l?air en est toujours à poser la question de la pertinence de ce dispositif, qui a pourtant fait ses preuves dans de nombreuses villes d?Europe.

Conformément aux objectifs du Plan de déplacements urbains d?Ile-de-France, nous cherchons à augmenter la part de déplacement en transports en commun, alors que la présidente du S.T.I.F. décide de l?augmentation du "pass" Navigo sans que les Parisiens ne voient d?ailleurs d?amélioration de la qualité de service et elle ne répond toujours pas aux questions des besoins de transports nocturnes.

On ne peut pas déclarer vouloir lutter contre la pollution à Paris et en Ile-de-France, dire que l?on va répondre à l?urgence sanitaire et, en même temps, ne pas toucher au volume de circulation automobile ou, pire, l?augmenter. L?électoralisme a ses limites.

Nous avons fort heureusement un partenaire plus constructif avec la Métropole du Grand Paris. Ainsi, nous aborderons, dans le cadre de la prochaine commission relative au Plan Climat Air Energie métropolitain, la question de la qualité de l?air. Nous lancerons les études permettant de définir le contour d?une possible Z.C.R. métropolitaine. Nous travaillons en bonne intelligence avec la Métropole, puisque nous cofinançons déjà la réalisation de pistes cyclables aux portes de Paris pour résorber les coupures urbaines.

Quant aux berges de Seine et au parc des rives de Seine, ils continuent d?être un succès populaire, soutenus par une majorité de Parisiens, malgré les campagnes de désinformation, fréquentés par plus de 1,5 million de Parisiens, Franciliens, touristes et amoureux de Paris, depuis leur ouverture. Ils savent que la lutte contre la pollution de l?air n?est pas un long fleuve tranquille.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Christophe NAJDOVSKI.

Monsieur le Président, Rémi FÉRAUD, souhaitez-vous reprendre la parole ? Merci beaucoup.