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Mars 2018
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Conseil Municipal
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2018 DEVE 33 - Adoption du Plan Biodiversité de Paris 2018-2024. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à la construction et à la rénovation des bâtiments. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif aux études sur la faune et la flore. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à un bilan des abribus végétalisés. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à l'accompagnement des jardinier.e.s citoyen.nes. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à un dispositif sur la biodiversité chez les bailleurs sociaux. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à une grille de critères. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif au renforcement des moyens humains dans les espaces verts. Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif aux conventions et partenariats avec les communes et départements limitrophes. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif au financement. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif au rôle de l'école du Breuil. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la réversibilité de la Petite ceinture ferroviaire. Vœu déposé par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants relatif au développement des tours à énergie positive. Vœu déposé par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants relatif au développement des outils numériques. Vœu déposé par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants relatif à l'évaluation du Plan. Vœu déposé par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants relatif à l'implication des acteurs privés. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à la distribution de larves de coccinelles. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à un comité parisien d'évaluation et de contrôle des documents stratégiques. Vœu déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants relatif à l'ouverture nocturne des espaces verts. Vœu déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants relatif à la présentation du Plan. 2018 DEVE 6 - Extension du jardin public Debergue (12e) - Autorisation de déposer les demandes d'autorisations administrative. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif au programme et à la concertation. 2018 DEVE 10 - Aménagement d’une rivière et d’un cheminement au niveau de l’avenue des Minimes dans le Bois de Vincennes (12e) - Autorisation de déposer les demandes d'autorisations administratives. 2018 DEVE 11 - Réaménagement de l'esplanade Saint Louis (12e) - Autorisation de déposer les demandes d'autorisations administratives. 2018 DEVE 17 - Création du jardin boulevard Victor (15e) - Autorisation de déposer les demandes d'autorisations administratives. 2018 DEVE 21 - Extension du jardin public Alban Satragne (10e) - Autorisation de déposer les demandes d'autorisations administratives. 2018 DEVE 27 - Convention-cadre entre la Ville de Paris et le Muséum National d'Histoire Naturelle. 2018 DEVE 28 - Communication sur le lancement d’un projet d’aménagement en faveur des pollinisateurs sauvages dans le Parc de Bercy (12e). 2018 DEVE 49 - Étude des trames verte et bleue dans les espaces verts parisiens - Accord de partenariat avec l’Université Paris-Sud / Laboratoire ESE - CNRS. 2018 DEVE 53 - Lancement la première édition de l’événement "Faites le Paris de la Biodiversité" du 22 avril au 10 juin 2018. 2018 DEVE 56 - Mise en œuvre d’un dispositif de subventionnement en nature sous forme de distribution de larves de coccinelles et de chrysopes aux Parisiennes et Parisiens. 2018 DEVE 57 - Communication sur le projet "+ de nature en ville" du budget participatif 2016, relatif à la création de vingt espaces de biodiversité et de dix zones humides. 2018 DEVE 58 - Communication sur l'édition 2018 de la Fête des Mares. 2018 DEVE 61 - Convention de partenariat pour la conception, la production et la mise en œuvre de l'édition 2018 de BiodiversiTerre, entre la Ville de Paris, la société Grand Public et Monsieur Gad WEIL. 2018 DASCO 5 G - Mise à disposition du toit terrasse du Collège Flora Tristan (20e) pour développer un potager pédagogique - Convention d’occupation du domaine public avec l’association Veni Verdi. 2018 DEVE 62 - Convention de partenariat avec la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous engageons aujourd?hui le débat organisé tel que le Conseil de Paris en a décidé dans sa conférence d'organisation sur le Plan Biodiversité de Paris. Il s'agit du projet de délibération DEVE 33, auquel il convient d'ajouter les projets de délibération DEVE 6, 10, 11, 17, 21, 27, 28, 49, 53, 56, 57, 58, 61 et DASCO 5 G et DEVE 62. La conférence d'organisation a convenu d'un débat organisé sur ce thème. Ce débat inclura dans les temps de parole définis la présentation des v?ux.

Chers collègues, permettez-moi d'abord de vous remercier toutes et tous et, en premier lieu, bien sûr Pénélope KOMITÈS pour le travail remarquable qu'elle a accompli sur les questions de biodiversité et, avec l'ensemble de l?Exécutif et des maires d'arrondissement, permettez-moi de saluer dans la tribune Allain BOUGRAIN-DUBOURG, Président de la Ligue de protection des oiseaux, qui nous a aussi accompagnés avec les grandes associations environnementales dans l'élaboration de ce Plan de Biodiversité de la Ville de Paris.

Mes chers collègues, nous sommes actuellement à la croisée des chemins. Plus personne ne peut aujourd?hui ignorer la situation d'urgence dans laquelle se trouve notre planète et bien sûr l'humanité qui y vit. Face aux enjeux environnementaux incontournables, Paris doit faire le choix de l'avenir. Ce choix, nous le savons, exige de la vision, du courage et de la détermination, et nous nous y attelons. Nous avons adopté notre stratégie de résilience en septembre dernier pour mieux faire face aux chocs, qu?ils soient prévisibles ou pas, et nous savons combien ces deux dernières années nous avons été confrontés à des chocs climatiques importants : quatre pics de canicule, deux grandes inondations de la Seine et des épisodes de froid que nous n?avions pas connus depuis longtemps. Le zonage pluvial, que nous vous soumettrons aussi lors de ce Conseil de Paris, ainsi que le Plan Climat porté par Célia BLAUEL et l?ensemble de l?Exécutif, adopté à l?unanimité en novembre dernier et qui sera, comme le savez, à nouveau soumis au vote dans cet hémicycle demain, contribueront à faire de Paris une ville plus durable et plus respirable. De la même façon, la piétonisation des berges, pour laquelle nous nous battons, va dans le sens d?une réappropriation de l?espace par les Parisiens, un espace que nous souhaitons plus sain, promoteur de mobilités douces, un véritable corridor écologique consacré corridor écologique.

Notre action est cohérente et justifiée. Mais alors que nous traversons la sixième grande crise d'extinction massive des espèces, qui pourrait conduire à la disparition de 25 % d'entre elles d'ici 2050, nous avons le devoir d'agir davantage en faveur de la biodiversité. Les scientifiques du monde entier se sont réunis en Colombie pour dresser ce constat il y a quelques jours et nous sommes ici pour prendre en compte ce constat et pour agir.

Cette crise est étroitement liée au changement climatique qui fait courir un vrai péril aux populations comme aux espèces animales et végétales. Ce changement climatique est devenu une réalité du quotidien. Ces deux dernières années, je l'ai dit, Paris a connu deux crues décennales, quatre pics de canicule et des chutes de neige d'une rare intensité.

Il y a une très forte attente des Parisiennes et des Parisiens à développer la place de la nature à Paris. Ils nous le rappellent chaque fois qu'ils en ont l'occasion. Par exemple, lorsqu'ils votent pour le budget participatif massivement des projets de végétalisation, des projets liés à la place de la nature en ville. Lorsqu'ils demandent aussi les permis de végétaliser, plus de 2.500 permis déjà attribués par nos services. Lorsqu'ils répondent massivement aux appels à projets, par exemple "les Parisculteurs" : 15 hectares ont été alloués à l'agriculture urbaine depuis 2014, nous installons de jeunes agriculteurs sur ces 15 hectares, et ceci en lien avec la Chambre d'agriculture.

Et pour cause, Paris reste une ville très minérale, elle est l'une des plus denses du monde en nombre d'habitants par kilomètre carré, 20.000 habitants par kilomètre carré. Elle ne possède pas de grands poumons verts au c?ur de ville contrairement à Londres, Berlin ou New York sauf le parc des Rives de Seine qui est venu en partie combler ce manque.

Développer la végétation à Paris contribuera à améliorer le cadre de vie des Parisiens, car la biodiversité végétale présente de nombreux atouts. Elle améliore l'environnement visuel. Elle réduit le bruit, elle améliore la qualité de l'air par la capture de polluants, et régule les températures en créant des espaces de rafraîchissement. Elle réduit aussi les risques d'inondation en augmentant la perméabilité des sols.

Ce devoir d'agir pour la biodiversité, Paris s'en est déjà emparée. D'abord de façon symbolique, mais les symboles ont leur importance. En accordant la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris à la biodiversité, nous en avons fait une citoyenne. Décision de notre Conseil de Paris du 26 septembre 2016, et de façon plus concrète, bien sûr, au-delà des symboles, avec l'adoption dès 2011 d'un premier plan biodiversité. Depuis 2014, nous avons créé 15 hectares supplémentaires de parcs et jardins. Nous avons donc alloué 15 hectares à l'agriculture urbaine avec les programmes "Parisculteurs 1 et 2". Nous avons planté 10.000 arbres, transformé en parc 8 hectares de berges rive droite autrefois dévolus à une autoroute urbaine. Nous avons attribué 2.500 permis de végétaliser à des Parisiens et crée 125 jardins partagés.

Aujourd'hui, je vous propose bien sûr de poursuivre et de renforcer cette action en adoptant le plan de biodiversité de Paris 2018 - 2024, qui fixe des actions à mettre en ?uvre dès 2018 et d'ici 2020, qui définit les engagements pour 2024 et trace les perspectives de moyen terme pour 2030.

Dès 2016, nous avons associé les Parisiens et plusieurs partenaires de la Ville, je pense aux associations, que je salue, aux chercheurs, aux gestionnaires d'espaces, aux mairies d'arrondissement, et ceci dans une vaste démarche participative. Ce nouveau plan biodiversité est donc le fruit d'un travail collaboratif de plus de deux ans. Il présente une vision partagée de la biodiversité urbaine, et reprend les propositions issues de la concertation en les articulant autour de trois axes. D'abord, ce plan définit les actions qui visent à faire de Paris une ville exemplaire. Nous avons un devoir d'exemplarité, nous ville qui donnons notre nom à l'accord sur le climat de Paris. Une ville exemplaire, une ville en action, une ville engagée pour la préservation de sa biodiversité.

Nous donnerons ainsi les moyens de mieux connaître et de mieux faire connaître la biodiversité, afin d'aménager la ville en fonction. Il s'agira par exemple de conforter la place de la biodiversité dans l'urbanisme, en adaptant le PLU. Nous savons que c'est le document essentiel. Mais, nous financerons aussi les actions et encouragerons les coopérations participant à une meilleure prise en compte de la biodiversité. Je pense notamment à l'organisation en 2018 d'un premier forum "Emplois de l'environnement et de la biodiversité" dans un environnement pilote et à la participation de la Ville à l'élaboration du schéma régional de cohérence écologique métropolitain.

Nous ne devons pas, en effet, oublier que Paris s'inscrit au c?ur de territoires plus vastes et que seule une action engagée à l'échelle métropolitaine est vraiment pertinente. Le plan prévoit, par ailleurs, de renforcer la sensibilisation et la formation de tous les publics à la promotion et à la protection de la biodiversité. Il accompagne les acteurs de la biodiversité pour les impliquer dans son développement. Je suis heureuse de soumettre au vote de notre Assemblée plusieurs initiatives y concourant. Nous proposerons ainsi de lancer la première édition de l'événement "Faites le pari de la biodiversité", chère Pénélope, à la fin du printemps, pour mutualiser l'ensemble des animations et des événements sur le territoire parisien.

J'ai salué la présence d'Allain BOUGRAIN-DUBOURG, mais nous sommes très heureux qu'il ait accepté aussi d'être le parrain de cet événement qui va être un grand événement parisien et c'est un honneur et aussi une grande ambition que de vous avoir comme président de cet événement, parce que nous savons votre engagement et nous savons que ce n'est jamais avec complaisance que vous vous engagez dans ce type d'action, donc vous serez aussi notre vigie pour que nous soyons à la hauteur de l'enjeu.

Paris constitue un vaste champ d'expérimentations ouvert aux programmes de recherches liés à la biodiversité. Après la convention de partenariat que nous avons conclue avec une grande école parisienne Agroparistech, nous vous proposerons d'approuver aussi la convention entre la Ville de Paris et le Muséum national d'histoire naturelle. L'étude des trames vertes et bleues dans les espaces verts parisiens, à travers un accord de partenariat aussi avec l'université Paris Sud, et enfin, nous approuverons la convention avec la fondation sur la recherche pour la biodiversité.

La charte "Paris action biodiversité", qui encourage et récompense la mise en ?uvre d'actions concrètes en faveur de la biodiversité permettra de sensibiliser et d'engager ces entreprises pour faire d'elles les actrices du Plan Climat à Paris.

Enfin, le plan définit un panel d'actions pour faire de la Ville un atout pour la biodiversité qui doit s'inviter partout. Il s'agit de proposer un nouveau modèle urbain où la nature se déploie partout où cela est possible. Ainsi, le plan prévoit que 20 espaces de biodiversité voient le jour d'ici 2020, que 35 % du territoire soit constitué de surfaces perméables végétalisées d'ici 2024 et que 100 % du territoire Parisien ait fait l'objet d'un diagnostic biodiversité d'ici 2030.

Dans cette dynamique, nous soumettrons également au vote de notre Assemblée plusieurs actions visant au renforcement de la végétalisation de la ville, comme la construction d'immeubles à biodiversité positive, avec au moins un projet d'équipement municipal labellisé biodiversité chaque année.

Le développement de l'agriculture urbaine sera également encouragé. De la même façon que la ville est un atout pour la biodiversité, nous ferons en sorte que la biodiversité soit perçue comme un atout pour la ville, car la biodiversité n'est pas seulement bonne pour la santé des Parisiennes et des Parisiens, elle est aussi un facteur de convivialité, une esthétique. Elle est aussi le support d'activités sportives, récréatives, créatrices d'emplois, d'emplois verts, de richesses écotouristiques et de denrées comestibles.

Avec ce nouveau plan biodiversité, qui allie pragmatisme et détermination, Paris dispose d'un programme ambitieux, contribuant à faire d?elle une ville toujours plus résiliente et riche d?une biodiversité mise au service des Parisiens.

Je veux à nouveau remercier Pénélope KOMITÈS, l?ensemble de l?Exécutif parisien et toutes celles et ceux qui ont permis l?élaboration de ce plan biodiversité. Je veux remercier aussi celles et ceux - beaucoup en faisait partie ici - qui, autour de Bertrand DELANOË, ont pris des décisions courageuses en 2006. Je pense à cette décision qui nous a fait proscrire tous les phytosanitaires et pesticides dans nos jardins et parcs parisiens, qui a été un élément décisif dans le retour d?un certain nombre d?espèces animales et végétales à Paris. Si nous pouvons avoir aujourd?hui l?ambition du nouveau plan biodiversité, c?est que nous nous inscrivons aussi dans cette audace, qui fait, je crois, la marque de fabrique de l?équipe qui est réunie autour de moi.

Nous devons inventer des solutions qui n?existent pas. Nous devons être très visionnaires et très créatifs. Nous sommes confrontés à des problèmes, à des défis - le défi climatique, le défi de la biodiversité, des défis sociaux - que personne n?a eu à relever avant nous et que nous devons inscrire avec des outils nouveaux. Les boîtes à outils que nous avions, au temps des Trente Glorieuses, n?existent plus, ne sont plus adaptées. Notre responsabilité, celle de notre équipe, en action, ici, aujourd?hui, mais qui doit aussi penser demain, est d?inventer ces outils et de fixer un cadre nouveau. Nous ne le faisons pas seuls : nous le faisons avec les citoyens, avec les grandes associations, avec les entreprises, car le secteur privé a aussi, à nos côtés, une responsabilité majeure.

Non, nous ne sommes pas tranquillement dans des pas qui auraient été dessinés avant nous, et dans lesquels il suffirait de mettre nos propres pieds. Non, nous sommes en train d?inventer. Lorsqu?on invente, bien sûr que l?on prend des risques ; bien sûr que l?on innove ; bien sûr que l?on ose ; bien sûr que, parfois, il faut aussi tâtonner. Toutes les grandes entreprises, toutes les grandes associations, tous les grands acteurs savent qu?il faut aussi cette part de souplesse, dans l?action qui est la nôtre, pour inventer.

Nous sommes là pour inventer et nous le faisons. Je suis très fière de cette équipe ; je suis très fière de cette majorité. Je suis très fière du travail qui est entrepris par chacune et chacun d?entre vous en porosité totale, en connexion totale avec cette société parisienne si complexe, si multiple, si diverse.

Ce que nous sommes en train de faire, nous le faisons pour aujourd?hui, car si ces actes ne sont pas posés aujourd?hui, on ne parlera même plus de demain. Je sais que nous avons tous le sentiment et la pression de cette responsabilité, qui pèse sur nos épaules.

Je vois des jeunes à la tribune du Conseil de Paris : je veux les saluer ; je veux leur dire que cet engagement est celui d?une équipe qui, pour reprendre les mots d?Edgar Morin, pense que la démocratie est en profondeur, aussi l?organisation de la diversité. Alors, faisons ensemble le pari de la diversité et de la biodiversité. Je vous remercie. Nous allons donc passer à présent aux différentes prises de parole.

La parole est donc à Mme Marie-Laure HAREL, pour le groupe PPCI.

Mme Marie-Laure HAREL. - Je vous remercie, Madame la Maire.

Madame la Maire, vous avez annoncé hier, dans les médias, que la biodiversité était de retour à Paris. Ce n?est pas faux, car - personne ne le contredira - il y a au moins une espèce qui prolifère dans notre ville : les rats. Ils sont aujourd?hui, selon les statistiques, 3,7 millions à Paris : c?est 1,5 million de plus que le nombre d?habitants dans notre ville.

Pour les autres espèces, c?est malheureusement le phénomène inverse que l?on observe : l?agriculture intensive, l?exploitation forestière ou l?urbanisation galopante anéantissent tous les jours un peu plus les animaux et pulvérisent la biodiversité. Pour ceux qui ont écouté les informations ce matin, c?est aujourd?hui le rhinocéros blanc qui a disparu : le dernier rhinocéros blanc mâle est mort ce matin au Kenya.

Le risque est de voir s?effondrer des écosystèmes qui rendent de très nombreux services à l?humanité, comme les abeilles, par exemple, sans lesquelles il n?y aurait pas de plantes. Les scientifiques disent qu?ils restent 20 à 30 ans pour inverser la tendance. C?est donc clair : il y a urgence. La Ville de Paris, si elle n?est pas directement concernée par les problématiques de déforestation, porte néanmoins la culpabilité de la pollution et, surtout, le devoir de changer la situation. Selon le Centre ornithologique d?Ile-de-France et la Ligue pour la protection des oiseaux, 3 moineaux sur 4 ne chantent plus à Paris et pour cause, leur population a décru de 75 % en 15 ans.

Deux raisons sont soulevées : premièrement, la rénovation urbaine n?a pas tenu compte de ces oiseaux urbains dans l?ergonomie des nouveaux bâtiments et, deuxièmement, les insecticides, employés dans nos parcs et jardins, détruisent l?alimentation principale des volatiles. Même chose pour les hirondelles ou les martinets, qui sont, peu à peu, décimés eux aussi.

Autant le dire franchement, le premier plan biodiversité, voté au Conseil de Paris en 2011, n?a pas servi à grand-chose. Sur 30 objectifs, un seul a été atteint, sans doute le moins contraignant, qui visait à participer, et seulement à participer, à l?élaboration du schéma régional de cohérence écologique d?Ile-de-France. Encore heureux que Paris ait pris part à une initiative régionale de la sorte, on ne va pas s?en féliciter !

Pour une fois, l?Exécutif lui-même a reconnu ses torts, puisqu?il a admis que ce premier plan n?était pas assez opérationnel et qu?il identifiait mal les acteurs et les actions, ce qui est tout de même handicapant. Alors, on a fait de la biodiversité un citoyen d?honneur, comme vous venez de le rappeler, Madame la Maire. On a le droit de trouver que c?est un concept absurde. Cependant, force est de constater que la biodiversité est une citoyenne très occupée avec laquelle nous avons eu du mal à prendre rendez-vous pour l?instant. C?est bien d?identifier ses failles mais c?est dommage : si on y avait mieux réfléchi la dernière fois, on aurait sans doute perdu moins de temps.

Donnons, en tout cas, sa chance au deuxième plan biodiversité, pour lequel nous allons voter, même si on peut déjà, d?ores et déjà, pointer quelques faiblesses. Je remarque que vous venez de faire un petit cours de biologie très intéressant, Madame la Maire, mais, comme dans beaucoup de plans d?action parisiens, en particulier lorsqu?il s?agit d?environnement -, on a beaucoup d?objectifs, mais on en a rarement les moyens.

On vise, par exemple, une rue végétale dans chaque arrondissement ; vingt nouveaux espaces de biodiversité? En 7 ans, depuis le dernier plan, on aurait peut-être pu avoir le temps de pousser la question en proposant une cartographie précise, associée à ces objectifs.

Une fois de plus, dans ce plan, nous ne voyons pas de budget. Une fois de plus, de nombreux points importants sont ignorés. Par exemple, la biodiversité ne s?arrête pas aux portes de Paris. Comment entend-on coopérer avec les communes voisines ? Rien n?est évoqué sur cette question stratégique. Autre exemple : la Ville de Paris déploie les ampoules LED dans l?éclairage public, ce qui est une excellente idée sur le plan énergétique ; cela génère néanmoins une pollution lumineuse tout à fait nuisible pour les oiseaux et les insectes. Comment compte-on y remédier ? Là encore, il n?y a pas vraiment de réponses.

Pourtant, certains organismes préconisent une solution simple que l?on aurait pu s?approprier. L?Association nationale pour la protection du ciel et de l?environnement nocturne suggère, par exemple, de mettre en place des trames écologiques noires, en parallèle des trames vertes et bleues, qui peuvent être des couloirs continus en ville où l?éclairage est absent ou, du moins, fortement limité, ce qui permet à la faune de trouver un refuge.

En tout état de cause, le travail sur la biodiversité n?est pas fini. Il ne fait que commencer. Je note que le groupe des Verts, qui est pourtant associé à la majorité et qui a donc, théoriquement, étroitement contribué à l?élaboration de ce plan, n?a visiblement pas trouvé suffisamment d?écoute chez vous, Madame la Maire, puisqu?il dépose un nombre de v?ux très conséquent. Nous allons faire comme eux et vous souffler des idées. Le plan biodiversité doit être dynamique et sans cesse s?améliorer. Vous pouvez compter sur nous, sur notre groupe, pour faire de notre mieux afin d?y contribuer. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, la Ville élabore, depuis de nombreuses années, des politiques intégrant la sauvegarde de la biodiversité. Les élus du groupe RGCI ont toujours soutenu cette démarche d?une ville engagée, créative et visionnaire sur le long terme, comme vous l?avez souligné, Madame la Maire, conscients de l?urgence à agir et faire avancer les choses.

Le premier plan biodiversité en 2011 a posé les bases de notre action et a permis de faire de la biodiversité un élément structurant de la politique municipale. Il a servi de base à un travail de deux ans et demi et a lancé une véritable stratégie et une philosophie de la biodiversité. Je ne suis pas du tout d?accord avec ce que je viens d?entendre sur le fait que ce plan n?aurait servi à rien.

Puis est venu le plan de la santé environnementale de 2015, concrétisé par la création du service parisien de santé environnementale, la mise en place du Plan Vélo ou encore la végétalisation des cours d?écoles parisiennes. Enfin, en 2016, la biodiversité est devenue citoyenne d?honneur à Paris, symbole fort de l?engagement de notre majorité.

Paris s?est aussi engagée à l?échelle internationale en réunissant à l?occasion de la COP 21, le 4 décembre 2015, près de 700 maires de grandes villes qui se sont engagés pour le passage à une énergie 100 % renouvelable et une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre d?ici 2050. Paris préside le C40, réseau mondial de villes visant à lutter contre le dérèglement climatique.

Autre axe fort de notre politique en faveur de la biodiversité : l?accord conclu en 2016 avec la ville de Montréal permettant l?émergence de politiques communes comme la mise en place de trames bleues et vertes, la végétalisation croisée des deux villes ou encore la prise en compte des continuités écologiques en milieu urbain.

Conscients que nous ne gagnerons pas ce combat sans l?implication de toutes et tous, nous construisons nos outils avec les Parisiennes et Parisiens. La consultation menée avec un large panel d?acteurs pendant deux ans en témoigne, pendant plus de deux ans.

Ces différents engagements ne relèvent pas du simple affichage politique, ils montrent, et nous le saluons, la remise en question permanente de la Ville qui, sur ces sujets, se veut exemplaire et véritable moteur. Vous l?avez également souligné, Madame la Maire.

C?est avec des outils audacieux et des postures responsables que nous pouvons freiner l?extension des espèces et le réchauffement climatique, enjeux directement liés à la biodiversité. Ces actions, nous les retrouvons dans ce Plan Biodiversité.

Je tiens à saluer, en tant que présidente du groupe et au nom des élus RG-CI, la qualité du travail fourni et des méthodes employées, dont le résultat est un plan de grande qualité que nous voterons, bien entendu, mais auquel nous souhaitons apporter quelques améliorations.

Nous défendons une vision laïque de la biodiversité. Vous avez bien entendu, je vous rassure, rien de dogmatique, au contraire.

Pierre-Henri GOUYON, chercheur sur la théorie de l?évolution, connu et reconnu pour ses travaux, combat une vision de la biodiversité héritée de la Bible, façon Arche de Noé, qui prévoit l?imperméabilité entre les espèces regroupées dans une île qu?il conviendrait de protéger. La biodiversité est comme un vélo qui ne tient debout que s?il avance et la biodiversité est avant tout un mouvement, une dynamique entre les espèces, les espaces et leurs interactions.

Cet équilibre indispensable à notre espèce pour respirer, boire et nous nourrir, nous devons le protéger. C?est une vision que nous souhaitons défendre et que justifie l?amendement de notre groupe sur la définition de la biodiversité dans ce Plan.

Comme le Plan le rappelle, nous connaissons actuellement la sixième extension massive d?espèces, bien que ces espèces nous paraissent parfois lointaines ou exotiques, nous en côtoyons certaines quotidiennement sans même nous en apercevoir. En France, nos abeilles sont en danger. Les loutres ne seraient plus qu?un millier et plus concrètement près de 21 % des espèces animales présentes sur notre territoire seraient menacées.

Concernant Paris, selon l?Inventaire national du patrimoine naturel, ce serait près de 73 espèces qui seraient menacées, parmi lesquelles on compte la linotte mélodieuse, l?alouette lulu, des noms sympathiques derrière lesquels se cache une triste réalité : la disparition de notre faune et de notre flore garante de la richesse et de l?équilibre de l?écosystème parisien.

Nous proposons dans le v?u n° 28 la création d?une application mobile de la Ville pour permettre aux habitants d?identifier et répertorier, grâce à l?appareil photo de leur téléphone portable, les espèces qui nous entourent. Un outil simple et ludique qui permettrait aux citoyens d?être acteurs, de contribuer et prendre conscience de l?environnement et de sa richesse à préserver.

Toujours dans cette logique d?appropriation et de pédagogie, les élus RG-CI vous proposent également la création d?une cartographie de services écosystémiques rendus à Paris. Cela permettrait de comprendre les apports de la biodiversité et donc d?une certaine façon les avantages que l?on a à s?investir dans sa préservation.

Si ce Plan est complexe, c?est aussi grâce à la concertation qui s?est tenue pendant deux ans, durant lesquels près de 1.000 habitants et professionnels ont pris part aux échanges, émettant près de 200 propositions d?actions.

Pour poursuivre dans cette voie, nous proposons dans notre v?u n° 30 une plus grande implication des acteurs privés. Si les pouvoirs publics doivent évidemment être moteurs et modèles, c?est aussi pour entraîner avec eux l?ensemble de la société, et en particulier les entreprises. Certaines ne nous ont pas attendus et on voit fleurir des ruches, des potagers ou encore de l?aquaponie.

Ces actions sensibilisent les salariés, contribuent au changement des habitudes et davantage de bien-être, et ont un effet bénéfique sur la biodiversité. Nous savons que l?élément urbain atteint ses limites. Les tours apparaissent pour certains d?entre nous comme une option nécessaire pour assurer un logement décent pour tous. C?est dans cette optique et pour s?inscrire dans ce Plan que nous proposons, à travers le v?u n° 26, d?engager la construction de bâtiments à énergie positive et de tours lorsqu?elle est maître d?ouvrage. Quand le béton représente à lui seul 5 % des émissions mondiales annuelles de CO2, il faut envisager des constructions en matériaux "bio-sourcés" qui contribuent à la lutte contre le réchauffement climatique.

Enfin, le groupe demande le développement de forêts verticales partout où cela est possible quand la Ville décide de la construction de nouveaux bâtiments ou que les bailleurs sociaux de la Ville construisent de nouveaux logements. Peut-être certains d?entre vous ont eu l?occasion d?admirer le "Bosco verticale" de Milan qui a reçu le Prix de l?Innovation 2014.

Enfin, pragmatisme oblige, et j?en terminerai par-là, nous avons demandé une grille d?évaluation. C?est l?objet du v?u n° 29 face à la gravité et l?ampleur des enjeux auxquels nous souhaitons répondre. Par ce Plan, nous souhaitons questionner nos politiques et nos dispositifs et les évaluer au fur et à mesure pour les améliorer.

Je voudrais terminer en saluant l?action de la Ville et de l?adjointe chargée de ce Plan, Pénélope KOMITÈS, et vous redire que nous voterons bien entendu ce Plan.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame la Présidente.

Je donne la parole à Mme BÜRKLI, pour le groupe les Républicains.

Mme Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement. - Et Indépendants, Madame la Maire.

Bien ! Madame la Maire, vous lancez ce matin un vaste Plan Biodiversité. S?il y a bien un sujet sur lequel nous sommes tous d?accord, c?est de verdir la Capitale et de réintroduire en ville la nature qui lui est aujourd?hui parfaitement hostile. Personne ne peut être contre. Seulement voilà, tout est question de volonté politique et d?actions concrètes. Et là, le compte n?y est pas.

Pour ne pas être trop dure dans la critique, cela fait maintenant deux années pleines qu?il n?y a aucun Plan Biodiversité à l?échelle de Paris, donc aucune action concrète entreprise. Vous allez me répondre que beaucoup de choses ont été engagées depuis 2011, mais malheureusement ce n?est pas exact et vous avez d?ailleurs l?honnêteté de le reconnaître dans le bilan. Chaque action y est répertoriée avec en regard son état d?avancement et on constate assez rapidement qu?il ne s?est pas passé grand-chose.

Si je vous parle de volonté politique, c?est parce que, sur la biodiversité, il ne faut pas seulement des v?ux pieux, pas seulement des espaces de végétalisation, il faut de vrais investissements, Madame la Maire, pour protéger et développer la diversité biologique.

Dans le 9e arrondissement de Paris, j?ai conclu dès le début de la mandature un partenariat avec la Ligue de protection des oiseaux et, au-delà de la labellisation de tous nos squares en refuges LPO, l?association nous conseille sur nos projets de végétalisation. En ayant ce partenariat avec cette belle et grande association, j?ai été très frappée de voir la complexité du sujet, bien sûr, mais aussi le fait que les services techniques de la Ville de Paris n?y sont pas forcément sensibilisés. Si le "zéro phyto" est rentré dans les habitudes professionnelles, il faut aller plus loin.

Pour résumer, sur la biodiversité, il faut vraiment passer à la vitesse supérieure. Je vais vous donner l?exemple du recours aux plantes du bassin parisien. La Ligue de protection des oiseaux insiste beaucoup sur la nécessité de réintroduire cette flore indigène, c?est-à-dire des plantes qui poussent à quelques kilomètres de la Capitale, donc pas besoin de les faire venir en avion. Sur ce point, c?est vraiment le parcours du combattant pour obtenir que les arbres abattus et que les végétaux utilisés dans les espaces verts soient remplacés par des espèces indigènes.

Madame KOMITÈS, je vous avais adressé un courrier sur ce sujet et vous m?avez très aimablement adressé une réponse très positive me disant que ce sujet était bien amorcé depuis 2011. Pourtant, à chaque fois qu?un arbre est abattu, on me propose de le remplacer par une essence américaine ou asiatique, et jamais par une espèce du bassin parisien, probablement parce que ces arbres coûtent moins cher.

Un mot également sur la pollution lumineuse qui tue des populations d?oiseaux et d?insectes diurnes. Même constat : l?action était bien dans le Plan Biodiversité de 2011, j?ai vérifié et il ne s?est pas passé grand-chose mis à part une expérimentation dans le 13e arrondissement.

Alors je vous propose ce matin un amendement pour concrétiser les engagements. En 2021, le nouveau contrat de performance énergétique va être passé et je vous invite à profiter de ce contrat pour que Paris soit exemplaire sur ce sujet. Je voudrais vous rappeler que 30 % des vertébrés et plus de 60 % des invertébrés vivent la nuit, et que la lumière impacte négativement le rythme biologique. Il y a des actions simples à mener, des expérimentations passionnantes également à entreprendre et je pense que ce serait un beau signal adressé à la biodiversité si ce prochain contrat sur l'éclairage public était non seulement un contrat de performance énergétique, mais aussi performance pour la diversité biologique. J'espère que nous pourrons nous retrouver sur ces différents points.

Je veux, à mon tour, saluer la présence et l'action remarquable d'Allain BOUGRAIN-DUBOURG.

Merci, Allain.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur Julien BARGETON, président du groupe DP, vous avez la parole.

M. Julien BARGETON. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, la biodiversité recouvre trois réalités : la diversité des milieux, la diversité des espèces, la diversité des individus au sein de chaque espèce. C?est bien en étant conscients de ce qu'elle recouvre que nous pouvons agir efficacement et précisément. Elle n'est pas un sujet mineur, accessoire, qui ne serait pas digne d'intérêt. Notre devoir est de maintenir les écosystèmes fragiles à l'heure des grands bouleversements. La biodiversité est précieuse et nécessaire. D'ailleurs - on l?a rappelé - "bio" en latin signifie "la vie". C'est sans doute parce que cela paraît tellement banal, normal et quotidien qu'on pouvait la placer au second plan des préoccupations. C?est justement l?écueil à éviter. De manière générale, la préservation de la biodiversité rejoint le combat contre la pollution et l'épuisement des ressources.

A l'heure du dérèglement climatique, qui participe à l'extinction des espèces et des milieux, la responsabilité des hommes et des villes en la matière est cruciale. Cet enjeu, par conséquent mondial, global, doit bien évidemment être pris au sérieux au niveau local. L'implication des territoires est complémentaire de l'action nationale. Les objectifs ambitieux doivent être réalisables et nécessitent l'engagement de tous les acteurs : élus, chercheurs, citoyens, entreprises privées et publiques.

Le Président de la République, après l'annonce du désengagement des Etats-Unis de la COP 21, a invité les chercheurs à venir travailler en France et a réuni l?ensemble des pays volontaires autour du "One Planet Summit", le 12 décembre dernier, pour fédérer les forces vives et résolues. 12 engagements ambitieux ont été pris. Parmi ces engagements, l?engagement 4 sur les marchés publics et l'accès des collectivités au financement Climat attire particulièrement notre attention. Les villes et les régions européennes et du bassin méditerranéen se voient ainsi faciliter l'accès à des fonds publics et privés pour la mise en ?uvre du Plan Climat grâce au programme "Global Urbis".

Je tiens à rappeler que la biodiversité n'est donc ni une tare ni un boulet qui nous empêcherait d'accomplir ce que nous souhaitons. Au contraire, la biodiversité est une richesse qu'il ne faut pas simplement préserver ou valoriser mais développer, en lui installant des espaces dédiés et favorables, mais aussi en l?intégrant dans les projets urbains en tant que telle parce que c'est évidemment important de penser la ville en la prenant en compte. Je tiens à saluer aussi le travail de Jean-Louis MISSIKA, de ce point de vue, qui a voulu, à chaque fois, que nous prenions en compte la nature dans les projets urbains.

Entre une perspective cartésienne dépassée, où l'homme serait maître et possesseur de la nature, mais aussi une vision parfois idyllique qui isole la nature, qui la sanctifie en tant que telle, il y a une place pour une biodiversité pensée comme intégrée, ouverte, partagée. Pour les Progressistes, tout ce qui est naturel n'est pas intrinsèquement bon, mais notre devoir en responsabilité est de suivre la maxime de Hans Jonas : "Agis constamment en sorte que les conséquences de ton action demeurent compatibles avec la persistance d'une vie authentiquement humaine sur terre". Ces mots résonnent. Ils nous rappellent que l'homme est en mesure de s?autodétruire et d?entraîner avec lui le reste de la vie. Cet impératif catégorique nouveau doit donc nous aider à voir plus clair dans les choix que nous faisons. De ce point de vue, il y a des critères à prendre en compte : la biodiversité, le rapport à la nature doit être partagé, et vraiment partagé. L?appréhension de tous est importante. Ainsi, les jardins partagés doivent l'être et doivent être ouverts pour tous, et non appropriés. Cela requiert un suivi constant pour les élus.

Reconnaissons aussi qu'il y a parfois des sujets de conflit. Le lac Daumesnil l'a montré. On parle de la luminosité, mais, parfois, les mêmes que ceux qui réclament la luminosité en moins, évidemment, dès qu?il y a des problèmes de sécurité, réclament qu'il y ait davantage de luminosité. J'ai bien connu ce sujet. Et puis, il y a parfois des conflits entre des jardins qu'on veut comme des corridors et des habitants qui ont envie d'avoir accès à des jardins et d'en profiter. Je me souviens d'un cas, notamment, dans le 20e arrondissement.

Il faut donc être transparent et mettre sur la table les impacts, les choix à faire et le rapport, évidemment, entre cette nécessité de maintenir la biodiversité et aussi la vie dans une grande ville. A cet égard, je pense que nous devons penser à l'échelle de la Métropole. Penser à l?échelle de la Métropole, c'est aussi regarder ce que font les autres, regarder le rapport des Parisiens aux forêts qui les environnent et qu?ils ne connaissent - il faut le reconnaître - pas toujours très bien. Donc c'est aussi une façon de traiter ce sujet que de regarder un peu en articulation la Région, la Métropole et la Ville de Paris.

Sur l'évaluation, la page 103 et suivantes des rapports, ainsi que les pages sur les ateliers, proposent une évaluation et un bilan du Plan précédent. Reconnaissons que le tableau qui fait 7 pages est un peu cursif et n'est pas facile à lire. Je partage, de ce point de vue, la remarque de ma collègue Laurence GOLDGRAB sur le fait qu'il faudra insister davantage sur l'évaluation pour ce Plan. Mais je voudrais saluer le travail de Pénélope KOMITÈS parce que piloter, superviser un document de 150 pages, je vois ce que c'est. Je connais sa méticulosité, je sais qu'elle a regardé cela de près, ligne à ligne. C'est un travail absolument incommensurable qui a été accompli. Pour autant, nous pouvons toujours nous améliorer et nous pouvons notamment renforcer la partie évaluation pour les années à venir.

Je partage donc les axes et les mesures du Plan qui prennent en compte de nombreux enjeux : la finance, la sensibilisation des publics, l'aménagement de la ville, et qui sont des leviers indispensables pour agir concrètement et de manière responsable. Je tiens à le redire clairement : l'enjeu climatique est lié à l'enjeu de la biodiversité. Il faut traiter les sujets ensemble. Nous sommes responsables du changement climatique et de la disparition des espèces. Nous pouvons inverser le cours des événements, réduire notre empreinte carbone, préserver la diversité biologique tout en développant nos infrastructures, nos villes, de manière éco-reponsable, en travaillant main dans la main entre les territoires et l'Etat.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BARGETON.

Je donne la parole à M. WEHRLING, pour le groupe UDI-MODEM.

M. Yann WEHRLING. - Madame la Maire, ce nouveau Plan Biodiversité est ambitieux. Il traduit une véritable volonté politique que nous ne pouvons que saluer. Dans une ville comme Paris, si éloignée de ce qu'on peut imaginer être la nature, avouons tout de même que nous resterons toujours plus dans le symbolique que dans une réelle contribution forte au retour de la biodiversité. Nous faisons au mieux dans un tissu dense, et c'est déjà bien.

Mais je voudrais insister sur ce qui me semble le plus important dans ce Plan, à savoir sa portée politique en tant que message d?une ville capitale sur un sujet essentiel qui est la préservation de la biodiversité qui, on le sait, à l'échelle du pays, du continent et de la planète, est l'autre grande urgence environnementale avec le réchauffement climatique.

Je crois, Madame la Maire, que, dans le cadre d'un tel discours, il convient avant tout, dans notre rôle d'élu, de pointer ce qui globalement relève du paradoxe ou de contradictions flagrantes. Premier paradoxe : nous restons sur les constats structurants que nous faisions au début du mandat. Ce constat, c?est que nous ne partageons pas la même vision de l'urbanisme, de la respiration qui s'impose à Paris, du besoin de ne pas construire encore et toujours partout où cela est possible. Or, c?est cet urbanisme que vous nous proposez, fait de tours géantes, de programmes de construction de logements dans les moindres interstices de foncier disponible, dans une ville pourtant parmi les plus denses du monde - c'est ce que vous avez d'ailleurs rappelé -, ou, en tout cas, la plus dense d'Europe.

Or, le retour de la biodiversité s'explique majoritairement non pas grâce à une quelconque action municipale - même si, encore une fois, je salue ce qui est proposé et ce qui va être fait -, mais très majoritairement par, si j'osais, une inaction municipale. Car la biodiversité n?aime rien tant que la quiétude et viendra toujours se réfugier là où on la laissera tranquille. La biodiversité aime les espaces sauvages ou laissés comme tels par l?homme, les friches, les recoins abandonnés, les voies ferrées désertées. N'y faisons rien et, en réalité, elle sera heureuse. En somme, elle s'accommodera toujours mal de toute densification urbaine.

Au passage, pourrions-nous convenir d'un langage commun quand on parle de biodiversité ? Les très urbains que nous sommes ont décidément tendance à confondre biodiversité et verdissement. Tout au long de ce document, le mélange est souvent fait. Les deux questions ont évidemment des cousinages, mais il est néanmoins plus juste de les distinguer. Encore une fois, faciliter la biodiversité, nous ne ferons jamais mieux que de laisser le plus possible les zones et espaces sauvages sans y intervenir. Quant au verdissement, il est certes indispensable pour permettre à la biodiversité de s'y développer. Pour autant, rien n?est automatique. Même si on ne peut pas avoir la biodiversité sans verdure, on peut avoir du vert sans biodiversité.

Second petit paradoxe : la végétalisation des murs. Nous l'avions déjà évoqué lors des précédentes discussions. Même si l'effet n'est pas aussi immédiat, la végétalisation murale n'a de sens, d'un point de vue écologique, que si l'on privilégie des plantes grimpantes. La solution de type bacs suspendus est une gabegie d?eau, d?arrosage et d?énergie pour alimenter les pompes d?arrosage. Ces solutions dites à bacs demeurent néanmoins des solutions que l'on continue de voir à Paris. Ceci mériterait peut-être des règles d'urbanisme plus claires.

Troisième exemple d'incohérence, la question du rôle du rafraîchissement que nous assignons au végétal dans la ville. Il est indéniable, nous sommes d'accord. Mais dès lors, comment expliquez-vous votre choix de renoncer à l'effet de rafraîchissement des rares bassins présents dans la ville comme le sont les bassins de Grenelle dans le 15e arrondissement ?

Un des principaux attraits de la politique de végétalisation de la ville réside principalement dans son adaptation au phénomène de bulle chaude que notre ville connaît durant les canicules. En la matière, les solutions les plus efficaces, nous les connaissons : maintien et création de points de rafraîchissement, les espaces verts, les grands arbres et les points d'eau étant les sources les plus efficaces de rafraîchissement.

Quatrième et dernier paradoxe auquel je tiens beaucoup : l'éducation des plus jeunes pour les sensibiliser aux enjeux cruciaux de l'érosion de la biodiversité est un point-clé de la responsabilité de tous. Ce que nous faisons chez nous a un impact sur cette érosion, positivement ou négativement.

Sensibiliser, c'est diffuser des messages, donner l'exemple, montrer et expliquer ce qu'il se passe dans le monde. Que croyez-vous qu'un enfant puisse penser d'un documentaire, d'un livre ou d'un exposé qui lui explique quels sont les phénomènes à l'?uvre dans la disparition des grands singes, des baleines, des cétacés, des zèbres, des éléphants, ou des tigres ?

Que toutes ces espèces et tant d'autres sont en danger critique d'extinction, que c'est nous humains qui sommes responsables de leur disparition, et que c'est aussi nous humains qui pouvons être responsables de leur survie.

Que c'est nous, habitants des pays riches, qui sommes plus particulièrement en possibilité d'agir, car nos modes de vie sont plus prédateurs que les modes de vie des habitants de bien d'autres pays dans le monde.

Que pensez-vous que ce même enfant puisse penser ensuite de ce qu'on lui aura dit quand dans le même temps, ces mêmes animaux en danger lui sont montrés sous des chapiteaux dans des cages, grimés comme des clowns à faire des cabrioles contre-nature à coups de fouet ?

Quelle est la cohérence, Madame la Maire ?

Je ne la saisis pas, vous non plus, n'est-ce pas ? C'était le sens du v?u adopté lors du Conseil de Paris de décembre, qui parlait de cirque, surtout de biodiversité, du symbole important que nous pourrions porter si, comme nous l'avons appelé de nos v?ux, de telles démonstrations anachroniques cessaient.

Permettez-moi de profiter de ce débat pour vous poser la question : qu'en est-il aujourd'hui, Madame la Maire, de la mise en ?uvre de ce v?u ?

Pour le reste, comme je le disais au début de mon propos, nous ne pouvons qu'approuver les actions qui sont par ailleurs développées dans votre Plan.

Encore une fois, le message politique est essentiel, mais je crois aussi, Madame la Maire, qu'il vous faut entendre les voix et griefs qui vous sont faits par ailleurs sur la question de la densification, des cohérences à préserver à tous les niveaux, y compris et surtout sur les messages que nous envoyons aux plus jeunes sur la question des espèces animales en danger, les plus emblématiques.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est au président du groupe Socialiste et Apparentés, M. FÉRAUD.

M. Rémi FÉRAUD. - Mercredi dernier, W.W.F. a publié un nouveau rapport particulièrement inquiétant sur la biodiversité dans le monde. La moitié des espèces des zones à haute biodiversité sont menacées d'extinction si la température augmente de 4,5 degrés dans les décennies prochaines. C'est un constat alarmant et dramatique pour les générations futures. Si rien n'est fait, 50 % de ces espèces disparaîtront d'ici 2080.

Ce rapport, mené en collaboration avec des chercheurs d'universités anglaises, élabore également des scénarios qui montrent que si nous limitons le réchauffement climatique à 2 degrés, comme le demande l'Accord de Paris, les pertes seront limitées de moitié, ce qui reste déjà très important.

Avec ce rapport, W.W.F. veut montrer que préserver le climat et la biodiversité vont ensemble, comme nous l'avons dit ce matin. Avec le Plan que l'Exécutif parisien nous présente aujourd'hui, sous l'impulsion de Pénélope KOMITÈS que je veux remercier, nous avons une preuve supplémentaire que Paris s'engage concrètement, et pour le climat et pour la préservation de la biodiversité.

Le 26 septembre 2016, notre Conseil avait d'ailleurs déjà symboliquement attribué la citoyenneté d'honneur à la biodiversité, afin de faire prendre conscience au plus grand nombre du risque que ferait peser sur nous sa disparition irréversible.

Certains ont ironisé à l'époque, mais l'essentiel était bien là : mobiliser toutes nos énergies pour aboutir à des actions concrètes en faveur de la biodiversité dans notre ville et sur la planète.

Car nous le savons, la biodiversité n?est pas un concept : c?est une réalité qui favorise la réduction d?îlots de chaleur urbain jusqu?à cinq degrés. C?est une manière de diminuer l?évaporation de l?eau de près de 30 %. C?est un moyen de favoriser l?infiltration des eaux pluviales et de limiter les crues. C?est donc un facteur d?équilibre indispensable, aussi à l?espèce humaine, qu?il nous faut préserver.

Je veux saluer particulièrement la démarche de ce plan, qui a mobilisé de nombreux Parisiens, auteurs de plus de 200 propositions d?actions concrètes ; qui a mobilisé des associations, les mairies d?arrondissement, les groupes politiques. A travers ce plan, notre ville poursuit son action volontariste, engagée avec le Sommet pour le climat et avec le Plan Climat, que nous avons adopté, et permet à chacun d?agir à son niveau pour promouvoir et protéger la biodiversité, partout où elle se trouve. Ce sont, par exemple, les jardins parisiens qui deviennent des refuges pour les oiseaux, pour protéger les moineaux domestiques dont la population a, ces dernières années, drastiquement chuté à Paris. C?est la multiplication des grainothèques, qui permettent de sauvegarder des espèces endémiques ou spécifiques. Nous pourrons ainsi mieux utiliser ces espèces dans nos parcs et jardins, promouvoir une biodiversité locale et lutter, aussi, contre certaines espèces invasives.

D?ici 2020, le plan prévoit également la création d?une rue végétale par arrondissement et, d?ici 2024, l?aménagement de plus du tiers de notre territoire en surfaces perméables végétalisées. Depuis 2014, ce sont d?ailleurs près de 100 hectares de toits et de murs qui ont été végétalisés ; 8.000 arbres nouveaux plantés ; 13 hectares supplémentaires d?espaces verts ouverts à Paris. Et nous continuons.

Parmi les projets de délibération joints au débat ce matin, figurent notamment l?extension et la création de plusieurs jardins, comme le jardin Debergue dans le 12e arrondissement, le jardin du boulevard Victor dans le 15e arrondissement ou encore le jardin Alban-Satragne dans le 10e arrondissement. Je me réjouis tout particulièrement de cette dernière extension de près de 1.900 mètres carrés dans l?arrondissement où je suis élu.

Je salue également dans ce projet de délibération l?introduction de clauses ou de critères favorables à la biodiversité dans les marchés de la Ville, lorsque cela est possible et pertinent.

Pour construire la ville durable et résiliente dans nous rêvons, nous avons besoin de ce plan, de sa mise en ?uvre dans toutes les politiques que nous menons. C?est pour cela d?ailleurs que sa gouvernance est très importante. Je sais que celle-ci est solidement pensée et sera mise en ?uvre, que ce soit à travers le Comité parisien de la biodiversité, son Comité stratégique, son Comité de pilotage, sous l?égide du Secrétariat général de la Ville.

Car, sur ce sujet comme sur d?autres, nous avons aussi besoin de constance et de courage politique lorsqu?il s?agit de passer des intentions à la mise en ?uvre, tant nous savons que certaines décisions peuvent se heurter aux habitudes, aux lobbies ; modifier des habitudes solidement ancrées, que certains n?ont pas envie de faire l?effort de changer. Je pense bien sûr à la création du parc des Rives de Seine, dont vous avez parlé, Madame la Maire, qui va constituer le long de la Seine un formidable corridor de biodiversité dans une ville dense, encore trop polluée et nous savons l?importance de l?eau, de la Seine et des canaux à Paris, pour favoriser des corridors de biodiversité. Il faut que nous soyons cohérents, que nous nous donnions les moyens de nos ambitions lorsqu?elles sont bonnes, notamment pour la santé de nos concitoyens et l?équilibre et la résilience de notre ville.

Hubert REEVES, en parrainant l?Agence française de biodiversité, disait il y a quelques mois : "La reconquête de la biodiversité est impérative, elle est aussi possible, mais elle nécessite la mobilisation de tous les acteurs, publics et privés à toutes les échelles." Et il ajoutait : "A défaut, nous coupons la branche sur laquelle nous sommes assis, c?est nous qui sommes désormais dans le collimateur de cette destruction".

Oui, chers collègues, plus que jamais relevons ce défi à Paris. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C?est moi qui vous remercie, Monsieur FÉRAUD.

Je donne la parole à M. BELLIARD, président du groupe Ecologiste de Paris.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, cela a été rappelé à plusieurs reprises, s?il est maintenant une certitude pour une part de plus en plus importante de l?opinion publique, c?est que, tous les jours, des espèces disparaissent. On parle maintenant d?effondrement à plus ou moins court terme, avec une disparition brutale et massive d?une écrasante majorité des espèces vivantes sur Terre, avec des conséquences majeures pour l?humanité et l?écosystème dont notre survie dépend. En 2010, lors de la COP 10 Biodiversité au Japon, un plan collectif pour stopper la perte de la biodiversité a été adopté.

Des objectifs ambitieux ont été fixés pour la période 2011-2020 mais, pour l?instant, malgré ces engagements internationaux en faveur de la faune et la flore sauvage, des milieux naturels continentaux ou des océans, tous les indicateurs sont au rouge. Le bilan de la France, selon le Fond mondial pour la nature, est lui-même mitigé. Malgré les conventions sur la diversité biologique, signées il y a maintenant un quart de siècle, ainsi que les stratégies nationales pour la biodiversité mises en place dès 2004, le patrimoine écologique français s?effondre, avec toujours le même constat : celui du manque de moyens, humain et financier ; celui, aussi, de l?absence de cohérence.

Lutter pour la biodiversité, ce n?est pas mener un combat en marge. Non, lutter pour la biodiversité, c?est agir pour un modèle de développement respectueux du vivant, sobre, écologiquement responsable. Or, au niveau national, nous n?avons mis ni moyens suffisants, ni cohérence avec le respect de la biodiversité dans les politiques publiques. Pas étonnant donc que déjà - nous le savons - la France n?atteindra pas les objectifs de la COP 10 Biodiversité. Cette lutte, comme celle du climat, nous engage toutes et tous.

L?adaptation doit se faire aussi au niveau local, car c?est là qu?elle est le mieux qualifiée et la mieux mise en ?uvre. Cela d?autant plus que la biodiversité, ce n?est pas uniquement la préservation d?espèces naturelles menacées, grands fauves africains ou cétacés des océans. C?est aussi la préservation des espèces parfois invisibles qui constituent les écosystèmes dans lesquels nous vivons. En milieu urbain, nous l?oublions trop souvent : ces écosystèmes sont aussi riches que fragiles. L?artificialisation des sols, tout comme la rareté des espaces verts et aquatiques, ou encore la pollution très intense du milieu, met sous tension les espèces vivantes dans la capitale. Il n?est qu?à constater, pour qui y attache un peu d?importance, la baisse brutale et massive du nombre de moineaux à Paris.

Notre Ville s?est dotée, dès 2011, sur l?impulsion de Fabienne GIBOUDEAUX, d?un premier plan biodiversité, fruit d?un travail considérable, en concertation avec les associations, des professionnels et les citoyens.

Aujourd?hui, nous débattons sur une version actualisée que nous souhaitons plus opérationnelle, avec en tête l?accélération des mouvements d?extinction de pans entiers du patrimoine vivant de la planète.

Il y a beaucoup de propositions positives dans ce nouveau plan - que nous voterons - avec la mise en place d?une ville reconquise par la nature ou encore celle de développement d?immeubles à biodiversité positive.

Mais des points nous semblaient en deçà des enjeux actuels. Pour nous, comme aux niveaux international et national, la question de la biodiversité et de sa préservation appelle au moins deux points de vigilance majeure.

Le premier est la mobilisation de moyens pour effectivement mettre en ?uvre les actions que nous décidons. Aujourd?hui, le montant de ces moyens mobilisés est encore trop flou.

Le second, c?est encore et toujours la cohérence. Nous devons bien entendu nous engager pour ce plan biodiversité, mais nous devons intégrer cette question dans le modèle de ville et d?urbanisme que nous défendons. Certains de mes collègues ont pointé, à juste titre, les contradictions chez nos concitoyennes et concitoyens entre, par exemple, leur volonté de préserver la biodiversité et, dans le même temps, leur désir de profiter des espaces verts.

Ces contradictions sont d?abord politiques. Ainsi, lorsque nous, écologistes, nous mobilisons pour sauver les espaces de pleine terre de l?artificialisation ; lorsque nous luttons contre la publicité dans l?espace public, en particulière lumineuse ; lorsque nous menons des combats sur des projets urbains qui aboutissent à la disparition d?espaces naturels qui sont - cela a été rappelé - tellement rares à Paris et dans le Grand Paris, comme, par exemple, pour le TEP de Ménilmontant ou la Z.A.C. "Bercy-Charenton" ; lorsque, enfin, nous sommes critiques et opposés à l?organisation de grands événements internationaux, comme les Jeux olympiques, dont les impacts sur l?écosystème seront, nous le savons, préjudiciables pour la biodiversité ; quand nous faisons tout cela, nous luttons aussi pour la biodiversité.

Sans cette mise en cohérence, nous ne pourrons pas répondre aux enjeux vitaux que sont aujourd?hui la préservation du vivant et de notre écosystème.

Je laisserai mes collègues Joëlle MOREL et Jérôme GLEIZES compléter en détail notre analyse de ce travail, et présenter les 21 v?ux et amendements que mon groupe a déposé pour enrichir ce Plan.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BELLIARD.

La parole est à M. Nicolas BONNET-OULALDJ, président du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, mes chers collègues.

"Les droits de l?homme, écrivait Claude Lévi-Strauss en 1979, trouvent leurs limites à ce moment précis où leur exercice entraînerait ou risquerait d?entraîner l?extinction d?une espèce animale ou même végétale. Il faudrait poser au départ une sorte d?humilité principielle, l?homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l?abri de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l?humanité même".

Avec le Plan Biodiversité qui nous est soumis aujourd?hui, nous avons l?obligation de traduire ces mots par une politique publique volontariste. Le Plan Biodiversité de Paris est ambitieux et c?est pour cela que nous le soutenons. Avec 150 pages et 30 actions déclinées dans des domaines divers et transversaux, Paris se veut exemplaire.

Évidemment la biodiversité a toujours intéressé les communistes et depuis bien longtemps. Je citerai, par exemple, le parc Georges-Valbon de La Courneuve qui est aujourd?hui un espace particulièrement important pour la biodiversité dans notre région. Ce sont les politiques volontaristes des élus de la ceinture rouge en faveur des classes populaires qui ont permis à ce parc de voir le jour. Aujourd?hui, c?est un réel poumon vert de l?Ile-de-France. Nous resterons vigilants, Madame la Maire, pour que l?aventure olympique donne un second souffle dans le sens de notre ambition pour la biodiversité. Eh oui, l?aventure olympique, mon cher collègue David BELLIARD, peut être un moteur aussi pour la biodiversité.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Chers collègues, veuillez-vous asseoir, s?il vous plaît. Merci.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Les politiques volontaristes permettent de conjuguer les enjeux sociaux et environnementaux.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vraiment, veuillez-vous asseoir, s?il vous plaît.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

Nous défendons un nouveau mode de production éloigné des logiques capitalistes de court terme qui épuisent aussi bien l?homme que la nature. C?est la volonté qui nous anime avec constance depuis le début de la mandature. Je l?ai déjà dit à plusieurs occasions, il est nécessaire de sortir du triptyque "produire, consommer, jeter".

Nous avons ainsi, lors des précédents Conseils, proposé des v?ux et des amendements qui visent à favoriser l?économie circulaire et les circuits courts : réduire les déchets à la source en luttant contre l?obsolescence programmée et en développant la consigne et le réemploi. D?ailleurs, nous voterons le v?u présenté par le groupe écologique sur la question des bouteilles en plastique dans ce sens.

Réduire les déchets à la source, c?est ce que les sénatrices et les sénateurs communistes ont tenté de faire en 2016, au moment du vote de la loi pour la reconquête de la biodiversité. Ils ont déposé des amendements pour s?opposer à l?industrie du plastique. Ils ont réussi à interdire les bâtonnets en plastique du coton-tige mais ils ne sont pas parvenus à faire de même avec les cosmétiques contenant des microbilles de plastique. Pourtant ces plastiques ont des conséquences néfastes indiscutables, notamment sur la biodiversité marine.

La lutte menée par les parlementaires communistes rejoint notre combat d?aujourd?hui pour éliminer les déchets à la source. J?utilise le terme de lutte à dessein : c?est bien une lutte que nous avons à mener, une course contre la montre. Il s?agit de renouveler le mode de production pour considérer les écosystèmes dans leur ensemble, pour cesser d?avoir pour seule obsession la productivité et la rentabilité.

Ce changement de braquet concerne les modes agricoles mais aussi les modèles urbains. Le Plan Biodiversité à Paris qui suit le Plan Climat le montre. Pour illustrer mon propos, je prendrai l?exemple des insectes pollinisateurs. Je me félicite du projet de délibération relatif au projet d?aménagement en faveur des pollinisateurs sauvages dans le parc de Bercy. Le mode de gestion "zéro phyto" de la Ville de Paris va à l?encontre des modèles agricoles productivistes. L?utilisation d?insecticides à base de néonicotinoïdes a porté atteinte aux insectes pollinisateurs et aux abeilles notamment. Pourtant des industriels agrochimiques se sont élevés contre les décisions européennes visant à limiter l?usage. C?est irresponsable ! L?agriculture a été transformée en catastrophe écologique car elle a été monomaniaque d?une fonction : la production. Elle n?a pas considéré les systèmes écologiques comme un tout.

Il existe pourtant un sentier vertueux qui nous permet de développer une agriculture respectueuse de l?environnement. C?est ce sentier, Madame la Maire, que vous nous proposez : il s?agit de la permaculture, une méthode qui consiste à prendre en considération la biodiversité à chaque écosystème pour parvenir à une agriculture durable.

Madame la Maire, l?Ecole du Breuil de la Ville de Paris est nécessaire au développement de la permaculture. Vous le savez, nous sommes préoccupés par l?avenir de cet établissement. Le projet de changement de statut de cette école comporte encore des inconnues. C?est pourquoi, nous déposons à nouveau un v?u pour réaffirmer l?importance de l?Ecole du Breuil dans le dispositif de préservation de la biodiversité.

Il faut que les moyens qui lui seront alloués soient à la hauteur des enjeux immenses auxquels nous sommes confrontés. Plusieurs actions du Plan Biodiversité mettent au centre la question de la formation aux métiers de la biodiversité et de la diffusion de la connaissance de la biodiversité urbaine. L?Ecole du Breuil est un acteur clé de la réussite du Plan, lui donner les moyens, c?est donner des moyens à la biodiversité à Paris. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Merci.

Il est heureux que toutes les interventions soient unanimes à ce Conseil pour que Paris s?engage dans la protection et l?enrichissement de la biodiversité à l?aune du changement climatique. Si tout le monde sort de ce débat en ayant enfin compris le terme anthropocène, cette nouvelle ère géologique imputable à l?espèce humaine et responsable de la sixième grande crise d?extinction des espèces, vous me direz, c?est déjà cela.

Mais encore faut-t-il en conclure qu?il est plus que temps de modifier notre mode de développement de façon radicale et non par du "green washing" pour réagir et y remédier. C?est bien notre mode de développement capitaliste productiviste qui en est responsable. Et la spatialisation de ce système dans la métropole hyper dense l?aggrave.

Il ne faut donc pas simplement réintroduire de la nature en ville dans des pots de fleurs, des toitures, des murs végétalisés : il faut cesser de bétonner la capitale. Paris est d?ores et déjà une ville extrêmement dense, la plus dense d?Europe, disposant de très peu d?espaces verts par habitant.

Voilà pourquoi j?avais défendu en vain le fait de bloquer dans le P.L.U. tous les espaces verts et espaces non construits. Il faut également limiter la minéralisation des sols qui fragmente les habitats naturels, les écosystèmes et affecte fortement la biodiversité. Je voterai d?ailleurs l?ensemble des amendements écologistes à ce sujet.

Notre objectif doit être d?augmenter la surface de pleine terre et désimperméabilisée. Il faut assumer de poursuivre et repenser en ce sens la couverture du périphérique. Il faut préserver la petite ceinture ferroviaire en tant que poumon vert de biodiversité. Il faut n?avoir recours qu?aux plantes de notre région, comme je l?avais déjà défendu dans un de mes v?ux à un précédent Conseil. La trame noire liée à l?éclairage public exige bien plus de contrôles contre notamment les nouvelles formes de projections publicitaires murales, jusqu?aux murs face à l?Hôtel de Ville pas plus tard que la semaine dernière.

Pour conclure, afin de planifier, contrôler, évaluer le politique en faveur de la biodiversité, je plaide pour que soit effectué un bilan des mesures prises, notamment dès le premier plan de 2011, une cartographie précise et des évaluations indépendantes à la disposition des citoyennes et des citoyens. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. VESPERINI, pour le groupe PPCI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Madame la Maire.

Je voudrais, au nom du groupe PPCI, mettre un peu de miel, si je peux m?exprimer ainsi puisqu?on en reparle un peu, dans ce débat. Je sais que c?est un peu facile.

Je voudrais juste commencer très rapidement en faisant un tout petit peu de politique, parce qu?on parle de biodiversité mais il y a tout de même derrière tout cela l?action politique. On regarde tous l?actualité parisienne. Je suis personnellement assez frappé de voir que, dans toutes les critiques que subit l?Exécutif aujourd?hui - elles sont nombreuses et on peut les comprendre, et même moi, dans l?opposition, je les comprends - je suis frappé du fait que ce sont les plus grands contempteurs de la Ville de Paris, Madame HIDALGO, qui hier étaient ses plus grands glorificateurs et thuriféraires. Bien. Je pense notamment au groupe écologiste aujourd?hui.

Maintenant que j?ai dit cela, en tant que président du groupe Constructifs et Indépendants, je voudrais dire qu?il y a des choses qui ne vont pas bien - elles sont nombreuses et on aura l?occasion de le dire à nouveau dans ce Conseil de Paris - mais il y a aussi des choses qui vont bien. Elles vont même très bien et je crois qu?il faut le rappeler de temps en temps. Le Plan Biodiversité jusqu?en 2024 s?inscrit dans la continuité d?un plan, qui a commencé en début de mandature, qui va bien et qui va dans le bon sens.

Je voudrais saluer notamment deux choses qui ont été faites depuis le début de la mandature. D?abord sur la forme, sur les méthodes, il y a de bonnes relations entre la mairie centrale et les mairies d?arrondissement. Il y a de bonnes relations entre la Mairie centrale et les associations. Il en est une fois de plus question et je tenais à le souligner.

Je tenais également à saluer ensuite les engagements de ce nouveau plan 2018-2024. Je ne vais pas tous les rappeler parce qu?on n?a pas beaucoup de temps, mais je voudrais notamment insister sur quelques points importants : la plantation de 20.000 arbres. De ce point de vue, on sait que Paris est une grande capitale verte parce qu'elle a planté des arbres, parce qu?elle a su le faire, notamment au XIXe siècle, avec le baron Haussmann : 82.000 arbres plantés en 12 ans. D?une certaine manière, ce plan s'inscrit un peu dans cette lignée historique de reconnaissance de l?horticulture. Des grands sujets.

Il y a également beaucoup de choses qui sont faites, qui sont poursuivies sur l?agriculture urbaine. Pénélope KOMITÈS sait à quel point, à titre personnel, je suis très intéressé par la redécouverte à Paris de son patrimoine vitivinicole, et brassicole également. Paris a été, du bas Moyen Age jusqu?à la fin du XIXe siècle, une grande capitale de production vitivinicole. Nous redécouvrons ce patrimoine-là et la Mairie de Paris le fait sous votre impulsion. Je tenais à vous dire que nous voulons vous y encourager dans nos différents arrondissements.

Je tenais d'ailleurs, par exemple, à dire que, au cas où vous ne le sauriez pas, on fabrique près de 30.000 bouteilles de vin par an à Paris. Je crois d'ailleurs - nous avons un v?u qui le propose - je crois que ce serait bien que nos équipements municipaux accueillent, fassent une plus large place aux produits qui sont fabriqués ici, dans notre biodiversité. Il y a du vin de Paris qui, aujourd'hui, ne rend pas aveugle, qui est très bon, qui est très agréable. Il y a une bière également qui est produite 100 % à Paris, qui est cultivée ici même, avec du houblon et de l'orge, et cela va dans le bon sens.

Maintenant que j'ai dit cela, je voudrais aussi terminer sur les grandes avancées de ce plan. Je voudrais saluer aussi le côté équilibré de ce plan. Parce que, cela a été dit, un certain nombre de nos collègues laissent entendre que Paris est une ville qui est quasiment faite pour être une zone "Natura", une zone humide. Non, Paris, malheureusement ou heureusement - c?est un fait -, est une grande capitale économique et il ne faut pas se voiler la face, nier le fait que Paris est avant tout une grande capitale urbanisée, très densifiée, avec l'une des plus grosses densités au monde. Malgré cela, nous pouvons être aussi une capitale qui reconnaît sa biodiversité et qui met tout en ?uvre pour la préserver.

Je crois que ce plan, d'une certaine manière, relie ces deux caractéristiques : la dimension économique et urbaine profonde de Paris, et qu'il faut adapter, moderniser, bien sûr, à travers des constructions d'immeubles à biodiversité positive, et aussi, cette biodiversité, ce sont 1.300 espèces végétales.

Ensuite, pour terminer, j'ai quand même quelques interrogations. La première, c?est sur le suivi opérationnel de ce plan. C'est quand même un drame, je trouve, dans cet exécutif : vous ne pouvez pas vous empêcher, quand vous adoptez des grands plans, de mettre des comités partout. Le comité de pilotage, l'observatoire, le forum, le comité d'organisation. Très franchement, j?émets des doutes sur le suivi de ce rapport, de ce plan. Il y a des points d'étapes qui sont prévus dans ce plan - c'est très bien -, mais j'émets des doutes sur le pullulement d'organismes consultatifs. J'émets des doutes sur la gouvernance et l'efficacité du suivi opérationnel de ce plan quand je vois autant de comités Théodule.

Ensuite, sur les animaux, Marie-Laure HAREL a cité la question des rats. Je ne vais pas refaire le débat sur la propreté, mais je me demande si, au cours de ces dernières années, nous n'avons pas péché par naïveté, vous n?avez pas péché par naïveté. Il y a des militants - il faut le dire aujourd'hui - autour de la Ville de Paris, dans le débat public parisien, qui considèrent que les rats font partie de la biodiversité avant d'être un problème de salubrité publique.

Je regrette que la Mairie de Paris ait mis autant de temps à prendre la mesure du problème que constituent les rongeurs à Paris. J'ai un peu peur que vous ayez, j?ai la conviction en tout cas que vous avez péché par naïveté sur ce sujet. Je sais qu?on reparlera des animaux au mois de juillet avec la mission animaux, mais je tenais quand même à ce que ce soit bien noté dans le cadre de ce débat et que des réponses commencent à nous être apportées sur, je dirai, je ne vous demande pas de faire votre mea culpa, mais enfin je crois qu?il y a quand même des choses qui ont été faites sur les? En tout cas, des dossiers qui n'ont pas été vus, qui n'ont pas été pris en compte sciemment, notamment la question des rongeurs. Cela a été rappelé par mon groupe et par Marie-Laure HAREL.

Ensuite, troisième interrogation, et j?en aurai terminé là-dessus, c?est sur la coopération avec les villes aux alentours. La biodiversité de Paris, c?est une chose, mais la biodiversité de Paris ne peut pas se penser, ne peut pas être protégée si on n'a pas une action globale, intégrée avec l'ensemble de la métropole, avec le Grand Paris, avec la Région.

Cet élément est bien noté dans le plan, il y a des engagements qui ont été pris, mais j'aimerais quand même que vous nous donniez quelques précisions et j'aimerais que vous mettiez l'accent sur cette question qui, à mon avis, n'est pas suffisamment traitée. Ce n'est pas la faute de la Mairie, ni de la Métropole, ni de la Région.

Je crois qu?à un moment donné, il faudra quand même, sur ce sujet comme sur d?autres sujets, prendre en mesure le fait que la Mairie ne peut faire cavalier seul sur ce sujet. Je sais que, bien évidemment, les moyens de la Ville de Paris sont très importants et qu?ils permettent aujourd'hui de distribuer des larves de coccinelles en grande quantité, mais les autres villes des alentours de Paris n'ont pas ces moyens-là.

Je pense que ce serait une bonne idée qu?on travaille de manière beaucoup plus efficace, beaucoup plus étroite avec la métropole sur ce sujet. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame Claire de CLERMONT-TONNERRE, vous avez la parole, pour le groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Claire de CLERMONT-TONNERRE. - Madame la Maire, mes chers collègues, si le printemps s'est fait attendre, il en va de même pour ce deuxième Plan biodiversité maintes fois reporté. Le précédent étant arrivé à échéance en 2015, je regrette qu'il nous ait fallu attendre plus de deux ans pour que la capitale la moins verte d?Europe dispose d?un plan biodiversité actualisé. A travers ses 30 actions clairement déclinées, ce nouveau plan a donc des objectifs ambitieux, une ambition partagée par nombre de nos concitoyens qui ont exprimé à travers les différents budgets participatifs leur volonté d'agir pour mieux intégrer la faune et la flore au développement de la capitale.

En revanche, nous souhaiterions en savoir plus sur le financement de ses objectifs, sujet sur lequel le plan reste totalement muet. Si nous soutenons toutes les mesures de nature à développer la biodiversité, qu?il s'agisse du renforcement des trames vertes et bleues, du développement de nouveaux espaces de biodiversité ou encore de la mobilisation citoyenne, nous ne comprenons pas que l'inventaire et le diagnostic de la biodiversité soient reportés aux calendes grecques puisque seuls 40 % du territoire seront couverts en 2024.

S'il nous appartient de mieux connaître ce patrimoine parisien parfois très diffus, il est également essentiel de préserver les remarquables corridors écologiques parisiens dont nous avons hérité, en particulier la Petite Ceinture et l?île aux Cygnes, afin que ces réservoirs de biodiversité ne voient pas fleurir, sur ou en bordure de leur périmètre, des installations qui fragiliseraient la faune et la flore. Par ailleurs, je pense, ainsi que je l'avais suggéré lors du dernier Copil, qu'il serait intéressant d'étudier l'impact des crues de la Seine sur la biodiversité, au même titre que l'impact sur la faune de l'ouverture et de l'occupation des parcs la nuit, afin d'être en cohérence avec votre plan qui invite à la prise en compte de la trame nocturne.

J'ajoute que la biodiversité ne connaissant pas les frontières administratives, le renforcement des trames vertes et leurs connexions devra figurer dans le cahier des charges des sites proposés par la Ville dans le cadre de l'appel à projets "Inventons la métropole 2", notamment pour le site qui longe le quai d'Issy. Si les initiatives contenues dans votre plan sont louables, il est pour nous essentiel d'accélérer la réalisation de projets structurants et en pleine terre, à l'image de "l?arc vert" engagé par le maire du 15e arrondissement qui va relier la Petite Ceinture, les berges de Seine et les boulevards des fermiers généraux qui seront plantés.

D?autre part, nous souhaitons qu'à l'avenir, les projets de végétalisation, notamment sur le bâti, soient pensés non seulement en termes de coûts de réalisation mais aussi en termes de coûts d'entretien. Il ne suffit pas seulement d'afficher une belle vitrine, il faut la maintenir en l'état, ce qui se révèle complexe lorsque la question de l'entretien n'a pas suffisamment été appréhendée en amont.

Lors de vos v?ux aux élus, Madame la Maire, vous reconnaissiez que, notre capitale étant trop minérale, il fallait renforcer la végétalisation et développer la place de la nature en ville avec de nouveaux espaces de respiration. Un constat que nous partageons. Pour cela, encore faut-t-il planter de grands arbres pour remplacer les sujets abattus afin de favoriser le rafraîchissement et la captation de CO2 et la nidification. Il faut également exiger des bailleurs qu?ils arrêtent de bétonner la moindre parcelle libre et cessent de détruire les espaces végétalisés. Il faut agir pour que le Champ-de-Mars ne soit plus labouré et dénaturé par des manifestations à caractère événementiel. Il faut également enraciner la biodiversité dans les documents d?urbanisme, de telle sorte que les îlots existants ou offrant un potentiel de végétalisation, notamment sur le domaine des bailleurs sociaux ou de R.F.F., soient sanctuarisés dans le P.L.U.

Enfin, il faut arrêter de considérer les bois de Boulogne et de Vincennes comme des réserves foncières. Il en va de même pour certaines zones urbaines vertes, comme le square Sarrabezolles qui aurait dû être davantage valorisé comme espace vert et non considéré comme une emprise disponible pour recaser un cirque, ses caravanes et ses camions. Dans ce même esprit et avec un souci de cohérence avec le nouveau plan, nous demandons à votre Exécutif de revoir, en lien avec la mairie du 15e et les conseils de quartier, plusieurs projets localisés.

D'abord, le réservoir d'eau non potable de Grenelle qui offrait une étendue d?eau à ciel ouvert de 2.000 mètres carrés. Alors que sa préservation répond aux objectifs du Plan Climat et du Plan Biodiversité qui précisent que, face aux évolutions du climat, l?eau permet de lutter contre les îlots de chaleur et de renforcer la biodiversité, vous avez, Madame la Maire, fait le choix de vider ces réservoirs pour y installer une série de serres recouvertes de polyéthylène, c'est-à-dire de plastique, ce qui a pour effet de chasser la faune qui y trouvait refuge et de transformer un îlot de fraîcheur en îlot de chaleur, au détriment de la qualité de vie des habitants du quartier Yvart-Abbé Groult. Si nous souhaitons que ce site conserve sa vocation d?îlot de fraîcheur au c?ur de ce quartier particulièrement dense, en revanche, nous sommes prêts à accompagner et à soutenir tous les projets d'agriculture urbaine qui pourraient voir le jour sur des sites plus appropriés.

Autre sujet : la carte qui recense les chemins de la nature identifie le grand canal du parc André-Citroën comme une trame bleue. Bonne nouvelle ! Mais quel crédit apporter à ce Plan quand on sait que ce canal est non seulement totalement à sec et hors d'usage depuis des années, mais qu'en prime nous venons d'apprendre que vous avez décidé de reporter sa mise en état à la prochaine mandature ?

J'en viens au square du Clos Feuquières, que vous envisagez de ceinturer d'une construction de logements. Non seulement ce projet en milieu dense est absurde, mais qui plus est, il ignore les propositions formulées par le conseil de quartier Vaugirard, qui porte un projet citoyen d'extension du square et de respiration pour les habitants.

Madame la Maire, ces exemples illustrent les contradictions qui existent entre les bonnes intentions contenues dans le Plan Biodiversité et les réponses qu'apportent vos adjoints sur les projets locaux.

Si la biodiversité est une préoccupation réellement partagée par votre Exécutif, nous allons pouvoir apprécier concrètement la façon dont vous concevez la place de la nature en ville à travers le sort que vous réserverez au v?u n° 228, qui a pour objet la réalisation d'un écran végétal et d'un espace vert sur la parcelle libérée par le CPCU au 57, rue Castagnary, v?u que vous avez arbitrairement décidé d'extraire du débat Biodiversité, alors qu?il a été déposé, rattaché et voté à l'unanimité du Conseil du 15e arrondissement où vous siégez, Madame la Maire.

Madame la Maire, la communication ne suffit pas, il faut se donner les moyens de ses ambitions, surtout lorsqu'on décide d'élever la biodiversité au rang de citoyenne d'honneur de la Ville de Paris.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Edith GALLOIS, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Edith GALLOIS. - Nous partageons totalement cette conviction que la biodiversité est un enjeu capital. L'homme vit de la biodiversité, et pourtant il la menace gravement. C'est la raison pour laquelle, comme l'a dit mon collègue Yann WEHRLING, nous soutiendrons votre plan d'action qui fixe des objectifs ambitieux pour les 12 prochaines années.

Vos intentions sont bonnes, mais je vais vous exprimer des regrets, en espérant que vous les prendrez en compte parce qu'ils sont d'importance.

Le premier concerne la place des animaux en ville, l'absence de la fiche action 30 est bien regrettable. Une mission "Animaux" dirigée par Pénélope KOMITÈS s'est réunie pendant quasiment un an, a très bien travaillé avec l'ensemble des acteurs concernés par la place des animaux en ville, au sein de laquelle j'ai représenté mon groupe.

Une réunion de conclusion s'est tenue le 8 novembre dernier, il y a donc quatre mois et demi, et nous attendons toujours le rapport, pourtant prévu pour la fin de l'année.

Il est bien dommage que ces conclusions et les propositions que nous faisons ne soient pas disponibles alors que nous traitons aujourd'hui du Plan Biodiversité. La biodiversité sans le monde animal, ce n'est pas la biodiversité.

Le second regret dont j'aimerais vous faire part concerne le futur règlement des parcs et bois parisiens. Là encore, vous nous avez annoncé en juin dernier que ce nouveau règlement serait présenté en Conseil de Paris avant la fin de l'année 2017. Là encore, nous avions fait des propositions et attendons toujours de voir quelle sera la forme définitive de ce nouveau règlement.

Les conclusions de la mission "Animaux" et le nouveau règlement des parcs et bois parisiens sont deux textes majeurs qui auront un impact déterminant sur la politique parisienne en matière de biodiversité. Leur absence est plus que regrettable, elle vide le débat d'aujourd'hui d'une partie essentielle de sa substance.

Malheureusement, la liste de mes regrets ne s'arrête pas là. C'est bien dommage, tant je suis profondément convaincue de l'importance de ce dont nous discutons en ce moment.

Ainsi, concernant la propreté des espaces végétalisés, dans les actions visant à la végétalisation de l'espace public, si la question du nettoiement est abordée, elle ne l'est que bien trop superficiellement. D'ailleurs, incroyable, mais la Direction de la Propreté n'y est même pas associée. Pourtant, les auditions menées par la M.I.E. Propreté ont clairement établi que l'aménagement des espaces publics ne prend pas suffisamment en compte la technicité de leur nettoyage.

Deux fois seulement le sujet est abordé dans les 152 pages du Plan Biodiversité. Si la fiche action 20 sur le renforcement de la végétalisation de l'espace public évoque bien les contraintes du nettoiement, elle doit être impérativement complétée en associant systématiquement la DPE à la mise en ?uvre de cette action.

J'aimerais, et je pense que l'ensemble des membres de la M.I.E. Propreté le demanderont avec moi, que vous corrigiez, s'il vous plaît, cet oubli. La propreté est l'un des éléments majeurs du respect de la nature, de sa beauté, et de sa biodiversité. On en a récemment discuté ici, mais il faut maintenant mettre vos paroles en adéquation avec vos actions.

Concernant le souhait de la Ville de développer le permis de végétaliser dans le cadre de l'action 14, si nous sommes d'accord avec le principe, il nous paraît que ces permis nécessitent un encadrement beaucoup plus strict afin que les lieux végétalisés ne deviennent pas des zones abandonnées, en friche, et sales.

Pour rappel, la DEVE a réalisé un bilan de permis de végétaliser durant l'été 2017, qui a montré que 45 % d'entre eux ont fait réellement l'objet d'une végétalisation, parmi lesquels 68 présentaient une végétalisation en bon état, et 80 % étaient exempts de déchets.

Il ressort de ces résultats qu'au final, seuls 30 % des permis de végétaliser octroyés sont dans un état satisfaisant.

Je vois difficilement comment on peut se réjouir de tels résultats, et j'appelle donc l'Exécutif à la plus grande vigilance sur cette question. Je pense que vous devriez réfléchir à un système de contrôle et de responsabilisation durables des volontaires.

Pour finir, je souhaite évoquer l'exemplarité que souhaite afficher la Ville en matière de biodiversité. Comme pour le Plan Climat dont nous débattrons demain, j'ai le regret de devoir dire que le fossé est large entre l'exemplarité affichée à grand renfort de communication, et la réalité des actions menées en matière de biodiversité.

Parmi les causes de déclin de la biodiversité, vous évoquez justement les villes de plus en plus minérales. Alors, je ne reviendrai pas avec cruauté sur les malheureux exemples minéraux de l'aménagement de la place de la République ou de la rue Daguerre déjà largement cités, mais je veux vous parler de cette fameuse tour de la biodiversité dans le 13e arrondissement.

Dans le cadre de l'aménagement de la Z.A.C. "Rive gauche", la Ville a choisi de mettre en avant la construction d'une tour de la biodiversité de 50 mètres de haut qui devait, selon les visuels d'architectes, être richement arborée du sol jusqu'au sommet.

Le résultat aujourd'hui est bien loin des espérances. A défaut de végétation, c'est surtout le grillage qui devait supporter la peinture verte du revêtement qui habille la tour. Le pire est que ce résultat était attendu, puisque l'expérimentation menée par l'Ecole du Breuil avait montré que cela ne fonctionnait pas.

Une fois encore, l'Exécutif a choisi pourtant de privilégier l'effet d'annonce à l'efficacité.

Enfin, et je conclurai sur ce point, il nous paraît honnêtement impossible de prétendre défendre la préservation de la biodiversité tout en pratiquant l'ouverture estivale nocturne des parcs et jardins. C'est tout simplement dichotomique.

Premièrement, la nature animale et végétale a besoin de repos.

Deuxièmement, il est assez probable que les gens qui fréquentent les parcs toute la nuit ne soient pas là par amour de la nature.

Notre groupe vous a mis en garde sur les nuisances qu'engendrait cette mesure. Nuisances d'ailleurs confirmées par le docteur COURREAU qui, lors de la visite par la mission "Animaux" du centre d'accueil de la faune sauvage à Maisons-Alfort, avait souligné l'absurdité de cette mesure en matière de sauvegarde de la biodiversité.

Vous-même ne dites pas le contraire, Madame la Maire, à juste titre quand vous citez page 8, parmi les menaces qui pèsent sur la biodiversité : "La pression anthropique sur les êtres vivants et leurs habitats - fréquentation du public, piétinement des sols, bruits et éclairages nocturnes - ne laisse que peu d'échappatoires aux espèces fragiles".

La cohérence et l'exemplarité que cherche la Ville en matière de biodiversité voudraient donc que l'Exécutif mette fin aux ouvertures estivales nocturnes des parcs et jardins. L'exemplarité, Madame la Maire, cela ne se décrète pas, cela ne s'atteint pas à grands coups de communication, cela s'illustre par des actions concrètes dont nous souhaitons vivement qu'elles soient enfin mises en ?uvre pour l'atteinte des objectifs de ce Plan Biodiversité.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement. - Le dérèglement climatique pourrait menacer entre un quart et la moitié des espèces d'ici 2080 dans 33 régions du monde. Aussi, les problématiques d'adaptation au changement climatique et de préservation de la biodiversité sont très souvent vues et analysées comme une problématique mondiale et globale.

Néanmoins, comme le démontre ce Plan Biodiversité 2018-2024 porté par notre collègue Pénélope KOMITÈS que je voudrais saluer, car comme le montre ce débat, tout le monde a son avis sur la biodiversité... Elle a dû rassembler les propositions des uns et des autres pour nous proposer ce plan ambitieux pour notre ville.

J'aimerais souligner par cette intervention que cette action locale qui nous est proposée aujourd'hui est déterminante dans les réponses à apporter à cet enjeu mondial. A l'échelle d'un territoire comme le nôtre tout est possible, tout doit être fait en responsabilité et sans faux-semblants.

Nous avons en effet la responsabilité, en tant qu?élus locaux, de porter ces enjeux dans le débat public et de les mettre au c?ur de notre action municipale pour construire la ville de demain.

La préservation de la biodiversité, la création de trames vertes et bleues, ou encore la multiplication d'espaces verts accueillants pour la faune et la flore font partie de nos leviers d'action. Dans cette logique, je me réjouis que nous soyons amenés à nous prononcer aujourd'hui sur le Plan Biodiversité parisien mais aussi sur deux projets de délibération qui concernent le bois de Vincennes, et un troisième relatif à l'extension du jardin Debergue dans le 12e arrondissement, bois de Vincennes qui n'a jamais été considéré comme une réserve foncière, contrairement à ce que vient de dire notre collègue. Je ne sais pas ce qu'il en est de Boulogne, mais en tout cas, ce n'est pas le cas à Vincennes.

Je souhaite tout d'abord évoquer les projets de délibération portant sur le réaménagement de l'esplanade Saint-Louis et le prolongement de la rivière des Minimes qui nous permettent d'affirmer notre démarche de reconquête du bois de Vincennes dans sa vocation d'espace de respiration et de biodiversité au sein du Grand Paris.

Le premier projet vise notamment à proposer pour l'esplanade Saint-Louis, ancien parking toujours très minéral, une végétalisation imaginée en continuité de celle du bois comme celle de la commune de Vincennes d'ailleurs, qui a piétonnisé et végétalisé une grande partie de son centre-ville. Un projet plus favorable à la biodiversité du fait notamment de la réaffirmation de la trame verte, en cohérence avec son environnement immédiat.

Le second projet relatif à la rivière des Minimes permet, quant à lui, de créer un milieu favorable à la biodiversité en milieu humide sur plus d'un kilomètre. Pour cela, les principes d'aménagement proposés sont la recréation d'une rivière prévue par Alphand, accompagnée d'un cheminement stabilisé qui permettra aux piétons et cyclistes de s'y promener.

Je rappelle que si ces aménagements seront bénéfiques à tous, notamment à tout grand Parisien, ils ne sont financés uniquement que par la collectivité parisienne.

Je tiens ensuite à évoquer l'extension du jardin Debergue dans le 12e arrondissement au travers du projet de délibération qui nous est présenté et qui est également rattaché à ce Plan. Il nous est soumis aujourd'hui pour approbation de manière à étendre ce jardin, très apprécié et très sollicité, à plus de 9.000 mètres carrés dans un quartier déficitaire en espaces verts. Nous sommes évidemment très favorables à cette extension qui aura pour effet, au-delà de l'usage quotidien qu'en feront les habitants et notamment les familles, d'offrir un nouveau milieu favorable à la biodiversité, de faciliter l'implantation d'espèces variées et d'améliorer la trame verte sur ce territoire.

Je regrette, au vu de ces enjeux, que le groupe les Républicains ait voté contre ce beau projet en Conseil d'arrondissement, la semaine dernière. Projet qui pourtant prévoit un rapport un à un entre mètre carré construit et mètre carré végétalisé.

De la même manière, je regrette que l'on stigmatise certains de nos projets. Prenons l'exemple de Bercy-Charenton. Aujourd'hui, qu'y a-t-il sur ce territoire ferroviaire ? Des installations ferroviaires, des parkings, des hangars, et la majorité de la superficie est aujourd'hui imperméable et non plantée. Dans ce projet, nous prévoyons d'y installer un très vaste parc qui renforcera cette trame verte, notamment en connectant ce nouvel espace vert à la Petite Ceinture qui sera préservée dans ce projet.

J'invite donc tous mes collègues, sur tous les bancs, à faire attention à la manière dont on défend la biodiversité et à regarder dans le concret les projets tels qu'ils sont proposés.

Enfin, tout le monde a souligné que cette stratégie devait nécessairement être métropolitaine. Bien évidemment. Beaucoup l'ont demandé car la préservation de la biodiversité, à l'échelle de la zone non urbaine, est un enjeu bien spécifique, et les moyens mis en ?uvre doivent bien évidemment être coordonnés à cette échelle du Grand Paris, seule pertinente pour cela.

D'ailleurs, le Plan le prévoit bien. Certains ne semblent pas avoir bien lu - certes, le document est volumineux - pourtant il y a un petit tableau de synthèse où l'on lit bien, en action 6 : "Agir à l'échelle du bassin parisien." J'imagine qu'il faut prendre ce terme au sens géographique du terme, bien évidemment. Les actes sont donc déjà posés. La Métropole du Grand Paris étant compétente en matière d'aménagement, la Ville de Paris prévoit bien, dans ce Plan, de contribuer à l'élaboration du S.C.O.T. métropolitain. Car, en termes d'actions métropolitaines, il ne suffit pas de le répéter tous les jours, en sautant comme un cabri sur sa chaise, mais bien d'agir.

Permettez-moi de rappeler, chers collègues, que la Métropole du Grand Paris a ainsi adopté, en octobre 2017, sa stratégie Nature, en février dernier, son Plan Climat Air Energie métropolitain, en avance d'ailleurs sur certaines autres collectivités franciliennes, notamment en permettant d'intégrer l'enjeu Nature au S.C.O.T., d'instaurer des réseaux d'îlots de fraîcheur, de permettre une présence renforcée de l'eau et de la nature en ville, et de construire une stratégie de résilience métropolitaine.

Au prochain Conseil métropolitain, d'autre part, nous mandaterons le département Biodiversité de l'I.A.U., institut que tout le monde peut reconnaître pour ses compétences, ce qui permettra à la Métropole du Grand Paris d'agir encore plus concrètement dans le cadre de ses objectifs.

Bien évidemment, les élus du groupe Socialiste et Apparentés voteront à deux mains ce Plan Biodiversité, et saluent le travail de votre adjointe, Madame la Maire, Pénélope KOMITÈS.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Catherine BARATTI-ELBAZ.

Je donne la parole à Mme Joëlle MOREL, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Joëlle MOREL. - Merci, Madame la Maire.

La biodiversité mondiale va souffrir terriblement au cours de ce siècle, à moins que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir. C'est ce que nous dit le Fonds mondial pour la nature. Une des pistes pour atténuer cette érosion de biodiversité est la création de zones protégées et de corridors écologiques. C'est en visant ces objectifs que le groupe Ecologiste a déposé cinq amendements.

Le premier, c'est les trames vertes. Celles-ci peuvent être mises en place au niveau francilien en faisant des accords avec les communes limitrophes, avec "Eau de Paris", mais aussi avec tous les propriétaires de réseaux ferroviaires et routiers. Elles peuvent être mises en place au niveau des quartiers, en connectant les cours, les jardins privés, les espaces publics, de quelle que nature qu'ils soient.

Nous avons ainsi demandé que soit mise en place une trame verte dans le cimetière, entre le cimetière du Père-Lachaise et le jardin Truillot en passant par le square Gardette. Le square Gardette est historique, il a bénéficié, en 2003, de l'élaboration d'un inventaire et le square est riche de plus de 30 espèces d'arbres, d'insectes particulièrement rares, telle qu'une espèce de carabe identifiée seulement dans ce square parisien grâce à une parcelle de biodiversité non accessible au public.

Deuxièmement, les trames bleues. La Seine constitue un corridor écologique naturel. Notre v?u demande que les berges de Seine soient renaturées, que des zones de reproduction y soient installées et que des aménagements submersibles soient créés sur la Seine mais aussi sur les canaux. Les Tuileries, l'île aux Cygnes, Jussieu, quai de Valmy, canal de l'Ourcq, bois de Boulogne, autant de lieux favorables pour développer la vie aquatique citée par toutes les associations que nous avons rencontrées et qui font un travail considérable pour préserver la biodiversité à Paris et en Ile-de-France.

Troisièmement, les trames noires. Toutes les études le montrent, la pollution lumineuse a un impact très important sur le comportement de la nature, en particulier sur les oiseaux et sur les insectes.

Nous avons déposé un v?u afin que la pollution lumineuse soit diminuée en particulier au c?ur de la nuit, entre une heure et 6 heures du matin. Nous demandons simplement que la Ville fasse respecter la loi. Un travail est également à faire dans tous les espaces publics, en particulier les espaces verts, pour optimiser l'éclairage selon la fréquentation du lieu tout en assurant la sécurité des passants. Nous demandons également qu'une étude soit réalisée avec la Métropole pour étudier la possibilité de développer une trame noire à plus grande échelle.

Quatrièmement, les deux bois de Vincennes et de Boulogne permettent à la Ville d'améliorer son ratio nombre de mètres carrés et d'espaces verts par habitant. Ces deux bois, qualifiés de réservoir de biodiversité, sont pourtant menacés par de nouveaux projets et risquent d'être encore plus fragmentés.

Nous avons donc demandé qu'aucun bâti supplémentaire ne soit réalisé dans ces bois. C'est avec soulagement que nous avons appris la suspension du projet de baignade Daumesnil et nous resterons vigilants. Comme nous sommes vigilants sur le projet du T.E.P. Ménilmontant qui prévoit 6.000 mètres carrés artificialisés. Nous serons vigilants aussi sur le projet Charenton et sur l'Aréna 2.

Cinquièmement, le permis de végétaliser a bientôt 3 ans. Le groupe des élus écologistes est intervenu à de nombreuses reprises pour proposer des améliorations. Nous demandons tout d'abord que, dans chaque arrondissement, un animateur référent facilite les initiatives des jardiniers citoyens. Ensuite, nous demandons que la terre mise à disposition soit de bonne qualité et, enfin, que l?accès à l?eau soit facilité. Ce sont par ces actions concrètes que la Ville peut aider les Parisiennes et les Parisiens dans leur souhait de se rapprocher de la nature.

Je conclurai mon intervention en rappelant à quel point il est important que nous tous, élus, associations, citoyens, soyons informés des études que mènent la Ville avec les instituts de recherche : la connaissance est une des premières étapes de la prise de conscience. Nous constatons que des arrondissements prennent des décisions sans avoir accès à l?information qui leur est due. Une étude votée à cette Assemblée se doit d?être publiée et accessible à tous, afin que les décisions soient prises au mieux, en connaissance de cause.

Je ne citerai qu?un exemple : depuis presque un an, les associations et nous, écologistes, demandons que les résultats de l?étude sur les pigeonniers, votée par cette Assemblée en novembre 2016, soient communiqués. La dernière réponse qui nous a été faite est que cette étude sera publiée après le rendu de la mission "Animaux", c?est-à-dire en juillet 2018. Ceci n?est pas logique.

Dernière remarque : il nous est proposé de voter le Plan Biodiversité, contenant une fiche 30 qui est, pour l?instant, vide. Nous sera-t-il proposé de voter le rapport de la mission "Animaux en ville" avec une fiche sur la politique des pigeonniers également blanche ? Je vous remercie.

(Mme Colombe BROSSEL, adjointe, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Madame MOREL.

Je donne la parole à M. Jean-Noël AQUA.

M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, à partir du 2 août, nous vivrons à crédit. J?imagine que celles et ceux qui sont uniquement obsédés par le respect de normes austéritaires vont froncer le sourcil mais je les rassure : ce crédit est inquantifiable en matière financière. Ce crédit, c?est à la terre que nous l?imposons.

Chaque année, le "jour du dépassement" - le jour à partir duquel l?humanité a consommé ce que la planète peut renouveler en un an - ne cesse de s?avancer. Cette date survient cette année trois mois plus tôt qu?il y a 30 ans. Cette exploitation est à l?origine des changements climatiques et des extinctions massives des espèces qui nous préoccupent tant et qui sont à l?origine du présent projet de délibération.

Avec l?adoption de ce Plan Biodiversité, Paris favorise le changement de regard de l?ensemble des acteurs du territoire pour obtenir des effets à long terme. Ce Plan est ambitieux. Il a de très nombreux mérites, que nous saluons.

Néanmoins, comme pour le Plan Climat, comme pour le Paris Fonds Vert, nous avons une réserve sur le financement des actions du Plan.

Vous me pardonnerez de me répéter une nouvelle fois mais l?enseignant que je suis sait que la répétition est pédagogique. Le Plan Biodiversité prévoit, dans une large part, de recourir aux mécanismes financiers dits "verts". Or, c?est bien le mode de production capitaliste qui engendre l?épuisement des ressources naturelles. Pour nous, il ne peut y avoir de finance verte, comme il ne peut y avoir d?eau sèche ou de désert surpeuplé.

Ne nous trompons pas : c?est bien le système de production capitaliste, structurellement et essentiellement tourné vers le bénéfice de court terme, qui provoque l?exploitation de la nature, avec la surexploitation des ressources biologiques, la modification des écosystèmes, le changement climatique.

Aujourd?hui, ces mêmes acteurs, ces mêmes entreprises, ces mêmes décideurs, qui exploitent les ressources naturelles pour faire leurs profits indécents, investissent massivement dans des obligations vertes. Souvent, ils souhaitent même que ces prises de positions et investissements "verts" soient rendus publics.

Cela signifierait-t-il que la finance s?est convertie à l?écologie ? Permettez-moi d?en douter. Cette conversion est intéressée, tout d?abord, par l?attraction pour de nouveaux eldorados financiers ; mais intéressée, aussi et surtout, par une bonne communication, un rachat bien facile d?image pour des entreprises, bien souvent, en délicatesse avec leurs actions réelles.

Ce "green washing" est contre-productif. Derrière la façade se cache une réalité productiviste et court-termiste.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Chers collègues, comme nous allons suspendre la séance, toutes les conversations privées pourront avoir lieu. En attendant, la parole est à Jean-Noël AQUA.

M. Jean-Noël AQUA. - Ne soyons pas dupes : aujourd?hui, la nature est un gisement de profits pour les groupes industriels prédateurs. Du glyphosate aux néonicotinoïdes, en passant par le brevetage du vivant, sans parler de l?exploitation pétrolière, tout montre que les intérêts des financiers s?opposent, dans leur écrasante majorité, à la protection de l?environnement et des ressources naturelles.

Aussi, nous déposons un v?u relatif au financement du Plan Biodiversité, relatif au levier financier proposé. Nous proposons ainsi d?exclure des opérations financières de la Ville les entreprises participant activement à la destruction de la biodiversité : les entreprises productrices de produits nocifs ou pratiquant le brevetage du vivant, comme celles produisant massivement des produits phytosanitaires participant à la destruction de la biodiversité.

Le mois dernier, lorsque je suis intervenu pour souligner l?importance d?exclure certains investisseurs du Fonds Vert, on m?a répondu que "même Marx sait que, pour développer une entreprise, il faut des fonds". Certes, mais précisément pas de n?importe quelle origine.

Permettez-moi d?ailleurs de retourner à la lettre du texte. Marx écrit que "le capitalisme exploite avec la même férocité l?homme et la nature". Ses écrits sur la nature et son exploitation tiennent une large part dans son ?uvre, montrant que les enjeux écologiques sont indissociablement liés au dépassement du capitalisme. La lutte pour la biodiversité fait partie de ce combat.

Redonner du sens à l?action économique, en l?occurrence ici pour des objectifs environnementaux, c?est bien là la force d?une idée toujours neuve, voulant que les hommes décident collectivement de ce qu?ils produisent collectivement.

Par ailleurs, le Plan Biodiversité souligne le développement de la recherche et de l?éducation, qui sont essentielles pour viser une profonde transformation écologique. Pour cette raison, nous voyons d?un très bon ?il les projets de délibération rattachés au Plan Biodiversité qui entretiennent et approfondissent les partenariats avec les universités et instituts de recherche qui travaillent ces dimensions. Car la connaissance porte en germe les futurs possibles de notre transition écologique.

La rentabilité de cet investissement ne se mesurera certainement pas en termes comptables. Elle sera bien plus grande que cela. Elle se traduira par un développement harmonieux entre l?homme et la nature. C?est le bon sens de l?action publique. Pour cette raison, mais aussi pour toutes celles développées par mes collègues Nicolas BONNET-OULALDJ et Didier LE RESTE, nous saluons le Plan Biodiversité, son volontarisme, sa richesse et - permettez-moi - sa diversité. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Magnifique conclusion, merci beaucoup.

Mes chers collègues, conformément à la décision de la conférence d?organisation, je vous propose que nous suspendions notre séance et que nous la reprenions à midi pile.

A tout à l?heure.