Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mars 2018
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

Vœu déposé par le groupe LRI relatif à la création d’une permanence sociale d’accueil dans le secteur Sud-Ouest. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à la mise en place d’un comité de vigilance sociale dans chaque arrondissement. Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif aux centres d'hébergement et au droit au logement. Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Nous examinons maintenant les v?ux nos 202, 203, 204 et 204 bis, relatifs à la création d'une permanence sociale d'accueil dans le secteur Sud-Ouest, la mise en place d'un comité de vigilance sociale dans chaque arrondissement et aux centres d'hébergement.

La parole est à Mme Valérie NAHMIAS.

Mme Valérie NAHMIAS. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, en premier lieu, je souhaiterais adresser, au nom du groupe UDI-MODEM, toutes mes félicitations à Mme Dominique VERSINI ainsi qu?à l?ensemble des 1.700 bénévoles et 300 professionnels qui se sont mobilisés pour la "Nuit de la solidarité" à Paris, à laquelle plusieurs élus du groupe UDI-MODEM ont participé.

L'ampleur de la mobilisation citoyenne et de celle des associations montre que les Parisiens se sentent concernés par ces situations dramatiques. Pour nous, élus, cette mobilisation nous rappelle que l'urgence et l'ampleur du problème commandent de dépasser les polémiques et querelles de chiffres habituelles pour rassembler tous les moyens, tous les efforts, pour tenter d'améliorer le sort des personnes en situation de grande précarité à Paris et dans la Métropole.

Mais, assurément, avant de trouver des solutions, il faut savoir de quoi l?on parle. La "Nuit de la solidarité", mise en place sur l'exemple new-yorkais, est un point de départ essentiel puisqu?elle permet une évaluation objective de la situation des personnes, et donc, une identification précise des besoins tant quantitatifs que qualitatifs.

Sur la base de cette première analyse des questionnaires recueillis, on peut considérer qu'il y a plus de 5.000 personnes en situation de rue, si l'on prend en compte les 2.952 personnes recensées dans les rues parisiennes, le métro, les grandes gares parisiennes, les services d'urgence de l'A.P.-H.P. et dans certains parkings publics, mais aussi les 2.149 personnes hébergées temporairement dans le cadre du Plan Hiver et du Plan Grand Froid, cette nuit du 15 février dernier. Compte tenu des 16.000 autres personnes accueillies dans le dispositif d'hébergement pérenne, c'est donc près de 1 % de la population parisienne qui se trouve en situation de précarité extrême.

Paris ne peut agir seul pour garantir à tous une solution d'hébergement pérenne adaptée à la complexité et à la diversité des citoyens de rue : personnes seules, femmes seules, familles avec enfants. En tout état de cause, le groupe UDI-MODEM attend beaucoup de l'analyse qualitative des données recueillies lors de cette "Nuit de la solidarité", qui permettra d'affiner au mieux les solutions visant à la mise à l'abri de ces personnes vulnérables, en mettant autour de la table l'ensemble des acteurs, notamment institutionnels : Ville de Paris, Etat, mais aussi Métropole du Grand Paris, Région Ile-de-France. Il soutiendra, d'ici là, les actions prévues par le v?u de l'Exécutif et notamment : un, la mobilisation du domaine intercalaire ou vacant des acteurs publics, mais aussi des personnes privées qui l'autorisent ; deux, le développement d'expérimentations d'hébergement de très grande urgence avec, nous l'espérons, une attention particulière à ce que ces solutions, même temporaires ou mobiles, permettent l'accès à un service d?hygiène minimum, tel que les douches ; trois, le renouvellement annuel de cette opération.

Enfin, et ce sera mon dernier propos, il semble indispensable que les résultats de l'analyse qualitative des questionnaires soient transmis aux élus du Conseil de Paris afin qu?ils puissent aussi participer à la recherche de solutions ou d'outils pour mieux répondre aux besoins sociaux identifiés. Je vous ai fait cette demande en espérant qu'elle soit satisfaite. Merci beaucoup.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci, Madame NAHMIAS.

Je donne la parole à Rémi FÉRAUD.

Rémi FÉRAUD n'est pas là.

Est-ce qu?il y a quelqu'un ? Le voilà.

Ah ? Alexandra CORDEBARD ? D?accord. Alors, je donne la parole à Alexandra CORDEBARD.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire, de me donner la parole.

Mes chers collègues, chère Dominique VERSINI, je vais, pour commencer, comme l'a fait Mme NAHMIAS, saluer votre engagement, chère Dominique VERSINI, ainsi que celui de la Maire de Paris, Anne HIDALGO, pour leur détermination sans faille à lutter contre la précarité sous toutes ses formes et leurs actions en faveur des sans-abri, trop nombreux - nous l'avons constaté - dans les rues de Paris. Car il en faut, de l'engagement, et aussi beaucoup de détermination pour affronter ce que certains refusaient encore de voir jusqu'à peu.

Le Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion, initié par la Ville, signé en 2015 par l'ensemble des partenaires institutionnels et associatifs investis dans la lutte contre la précarité, a marqué un tournant dans la mobilisation des acteurs de terrain en ce qu'il a engagé une mobilisation exceptionnelle de chacun. Mais tant de choses restent à faire quand on sait que, chaque jour, arrivent entre 60 et 100 personnes nouvelles dans notre Capitale. Je le sais particulièrement comme élue d'un territoire dense dans lequel vivent de très nombreux sans-abri, attirés notamment par la présence des deux gares, des deux hôpitaux et, également, qui savent pouvoir compter sur des dispositifs d'accueil et de prise en charge nombreux et, pour beaucoup, financés par la Ville.

Force est de constater que des solutions nouvelles sont à inventer pour mieux comprendre les phénomènes de grande exclusion, mieux connaître les sans-abri, leurs besoins et, surtout, pour y répondre. Sans doute nous faut-il, pour cela, nous inspirer de ce qui existe dans d'autres métropoles mondiales, comme Londres, New York, Athènes ou Sidney, dans lesquelles cohabitent, comme à Paris, les plus fortunés et les plus démunis. S?appuyer aussi sur nos nouvelles formes d?engagement : celles que nous avons vu émerger, en particulier celles exprimées par les plus jeunes qui sont prêts, nous l'avons vu, et qui souhaitent s'investir dans le champ de la solidarité. L'organisation de la "Nuit de la solidarité" a d'ailleurs été une première réponse à cette recherche de nouvelles manières d'aider.

Je tiens à les saluer, ces habitants qui se sont mobilisés massivement aux côtés des professionnels du secteur et qui ont largement contribué au succès de cette "Nuit de la solidarité". Pour mémoire, plus de 1.700 d'entre eux, répartis en 350 équipes, ont participé à l'opération. Parce qu'aller à la rencontre, en une nuit, de près de 3.000 personnes parmi les plus précaires, dont près de 300 d?ailleurs dans le 10e très impacté comme je vous le disais, cela ne va pas forcément de soi.

Nous sommes désormais certains, cette expérience le prouve, que les Parisiens sont prêts à se mobiliser encore davantage et sous de nouvelles formes pour des actions de solidarité. C?est le sens de la mission demandée par notre groupe à l?Inspection générale la Ville, dont les conclusions seront prochainement connues et qui, je l?espère, permettront de tracer de nouvelles perspectives dans ce domaine. Ce qu?il faut maintenant, après le succès de cette opération, chère Dominique, et après en avoir tiré les premiers enseignements, c?est la traduire en actions concrètes utiles pour améliorer la situation des personnes à la rue, en tenant compte de la diversité de leurs situations. Les grands axes de ces évolutions ont été présentés mardi par la Maire et par vous-mêmes, à l?occasion d?une restitution organisée à l?Hôtel de Ville. La première priorité est de créer davantage de places d?accueil. Si près de 3.000 personnes ont été recensées, alors ce sont 3.000 places supplémentaires qu?il nous faut créer et je salue l?engagement que vous avez pris avec la Maire de Paris. Il nous faut aussi davantage encore accompagner les personnes à la rue par la multiplication des lieux d?accueil et leur forme qui permettront d?assurer le suivi social et qui représenteront de véritables lieux de respiration. Nous devons également renforcer les actions d?aide alimentaire qui servent aujourd?hui pourtant déjà 4 millions et demi de repas par an, développer les bains-douches et pourvoir à l?ensemble des besoins qui sont ceux des personnes sans-abri. Le v?u présenté par l?Exécutif parisien va donc dans le bon sens, celui du sursaut et de la prise de conscience de tous et de l?action. Il est évident que ce diagnostic désormais partagé sur le nombre de personnes sans-abri à Paris doit être régulièrement reconduit, en particulier pour mesurer les impacts des mesures prises et pour sans cesse adapter nos solutions aux besoins nouveaux. Enfin, forts de la mobilisation des Parisiens, de leur solidarité exprimée de nouveau pendant cette nuit, il nous faut soutenir l?émergence de cette nouvelle alliance citoyenne. Elle nous permettra de refuser ensemble l?inacceptable et de persuader tous nos partenaires qu?il faut affronter la réalité, faire face à la situation en prenant ensemble de nouveaux engagements et en les tenant. Je serai naturellement pour ma part, comme maire du 10e arrondissement, aux côté de vous, Madame VERSINI, aux côtés de la Maire de Paris et aux côtés de l?Exécutif pour continuer ce combat.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Il faut conclure.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Comme tous les élus du groupe Socialiste et Apparentés qui apporteront leur soutien à ce v?u.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

La parole est à M. BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci.

Monsieur le Maire, chers collègues, les élus communistes comme beaucoup d?autres ont participé activement à la "Nuit de la solidarité", afin d?avoir un regard et des données objectives sur le nombre de personnes sans domicile fixe à Paris. Depuis 2011, nous ne disposions d?aucune donnée officielle, ce qui a pu permettre à certains parlementaires de minimiser, voire de culpabiliser les personnes victimes d?exclusion sociale.

Nous voterons pour ce v?u. Cette démarche s?est appuyée sur des expériences internationales qui ont fait leur preuve, comme New York ou Athènes. Un comité d?experts a analysé minutieusement les questionnaires remplis par les personnes sans domicile. La démarche n?est donc pas dépourvue de sens méthodologique, contrairement à ce qui a pu être avancé.

Cette "Nuit de la solidarité" participe, pour la part qui est la sienne, au Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion et la grande précarité. Grand axe de la mandature, elle permettra de mener plus efficacement la lutte contre ce phénomène dans les villes.

A ce stade de mon intervention, je voudrais saluer l?engagement indéfectible de Dominique VERSINI sur ce sujet. Les chiffres, dont nous disposons, permettront d?adapter les dispositifs d?urgence sociale et d?insertion aux besoins et problématiques de ces personnes. Le bilan fait ressortir environ 3.000 personnes sans domicile fixe. Ce chiffre ne peut pas être minimisé mais il ne reflète pas entièrement la réalité. Il faut y ajouter les personnes sans domicile cachées à cause du froid, celles qui dormaient et qui n?ont pas été comptabilisées ou celles hébergées dans le cadre du Plan hivernal et d?un Plan Grand froid. Pour le Samu social, ce serait près de 5.000 personnes sans domicile fixe à Paris. Il convient donc d?être vigilant sur l?utilisation statistique de ces chiffres. Le bilan doit être complété par un dialogue entre la Ville, qui est dans une situation très spécifique, et l?État, mais aussi les citoyens et les acteurs associatifs. L?État, qui ne peut abandonner sa responsabilité dans ce domaine, a pourtant tenté de discréditer cette démarche, en distinguant les personnes en situation de rue avérée et non avérée. Ce qui lui a permis de minimiser largement l?opération. Cette position va à l?encontre des ambitions qui avaient été portées par le Président MACRON au début de sa mandature. Avec les résultats de cette opération, le Gouvernement se retrouve face à une réalité catastrophique. Cette démarche a permis de voir émerger une très forte mobilisation citoyenne, puisque 1.700 bénévoles ont activement participé à la "Nuit de la solidarité". Paris n?est donc pas dépourvue d?acteurs qui veulent s?engager dans la lutte pour l?hébergement des personnes sans-abri dans une démarche démocratique et de solidarité. De nombreux acteurs de la société civile participent aussi chaque nuit, il faut le souligner, à des maraudes solidaires dont il ne faut pas négliger le travail. Ces acteurs participent fortement à la lutte contre l?exclusion sociale et nous apportent des outils analytiques importants. C?est sur l?ensemble de ces ressources qu?il faut pouvoir s?appuyer pour lutter contre les grandes inégalités sociales qui persistent dans notre territoire. Pour tout ce qu?elle engage, cette démarche ne doit pas représenter une opération de communication mais bien une analyse objective de l?existant pour construire un dialogue avec les acteurs concernés, évaluer les inégalités entre arrondissement et construire des solutions adaptées. Je vous remercie.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Je donne la parole à Mme Marie ATALLAH.

Mme Marie ATALLAH. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, je souhaite d?abord saluer l?initiative de l?opération de la "Nuit de solidarité" pour le dénombrement des sans-abri à Paris. Bien qu?elle soit forcément améliorable, cette action a permis d?avoir une photographie de la situation des personnes qui vivent et dorment dans la rue dans notre ville.

Nous remercions à ce sujet Mme Dominique VERSINI de la collaboration que nous avons pu avoir concernant le v?u de l?Exécutif. Nous saluons les annonces concernant l?ouverture de deux accueil de jour, dont un pour les familles, l?amélioration de l?accès aux bains-douches avec une ouverture d?un bains-douches pour les femmes, l?ouverture d?une bagagerie par arrondissement, l?ouverture de deux restaurants solidaires pour permettre de manger assis.

Nous saluons également le fait que la Ville mette à disposition son domaine intercalaire pour permettre la création de 50 % des 3.000 places d?hébergement manquant à Paris révélées par la "Nuit de la solidarité".

Nous avons cependant quelques interrogations ou peut-être plusieurs interrogations sur les propositions qui ont été annoncées avant-hier, mardi 20 mars, à l?Hôtel de Ville par Mme la Maire et par Dominique VERSINI.

Le dispositif des abris pour les sans-abri nous semble être une initiative très intéressante car, pour les personnes sans-abri ancrées dans un quartier, cela leur permettrait de retisser des liens avec la société, mais aussi d?entreprendre des démarches d?accès aux droits avec l?aide d?un réseau citoyen de solidarité, en complément d?une intervention sociale par des professionnels.

Cependant, pour ce qui concerne ce dispositif intéressant, nous avons des interrogations. Les personnes sans-abri pourront-elles y passer la nuit ? Ces lieux seront-ils ouverts jour et nuit ? Sinon y aura-t-il une structure de gestion de ces lieux ? Et si oui, sous quelle forme ?

Pour certains profils de S.D.F., notamment les migrants, y seront-ils accueillis ? Quel sera le dispositif d?accompagnement social mis en place ? Quelle articulation de ce dispositif dans les quartiers avec le Plan Grand froid ou le Plan hivernal de l?an prochain ?

Les migrants justement sont les grands absents dans ce plan. Nous reconnaissons que cette question relève désormais de la responsabilité de l?Etat.

En effet, Mme VERSINI nous a présenté en 4e Commission les propositions de l?Etat suite à la fermeture de la "bulle" porte de la Chapelle, qui aura lieu le 30 mars.

Avez-vous des informations complémentaires plus précises concernant les guichets et les C.A.E.S. qui seront mis en place ?

Nous savons que le flux de migrants ne se tarira pas et ce, d?autant moins que la future loi Asile et Immigration, dont les débats vont bientôt commencer à l?Assemblée, risque fort d?amplifier la précarisation des migrants dans nos villes. Ainsi, un campement de près de 900 personnes sur le périphérique s?est installé, depuis déjà plusieurs semaines, dans le Nord du 18e arrondissement à proximité du centre commercial "Le Millénaire". Quelle est la position de la Ville de Paris sur cette question et quelles actions entreprendra-t-elle auprès de ces migrants du campement pour répondre aux besoins essentiels de la vie quotidienne ?

Concernant le déplacement et le changement de fonction de la "bulle" de la Chapelle, vous proposez qu?elle devienne la Maison de la solidarité citoyenne pour accompagner la mobilisation et la demande citoyenne en faveur de la solidarité dans notre ville. Cependant, cette Maison et les initiatives qui y seront portées ne devront pas prétendre aux solutions que doivent apporter la collectivité et l?État, bien évidemment, au problème des sans-abri.

D?où notre question : quelle démarche entreprendra la Ville et l?État pour accompagner, ou intégrer, l?action des collectifs citoyens déjà existants et qui interviennent auprès des migrants pour distribuer, par exemple, de la nourriture, à l?instar des petits-déjeuners de la rue de Flandre ? De même, quelle articulation de la mobilisation citoyenne les instances de démocratie locale, comme les conseils de quartier, les conseils de la jeunesse ou les mairies d?arrondissement ?

Pour résumer : quelle forme de coordination de plateformes sera mise en place pour assurer le suivi de toutes les formes de mobilisation, associative ou citoyenne, en faveur des S.D.F. ?

Enfin, les résultats de la "Nuit de la solidarité", présentée le 20 mars, ont fait apparaître des particularités auxquelles nous pensons que des réponses sont à envisager au plus tôt. Près de la moitié des personnes rencontrées se considèrent être en mauvaise santé. Serait-il possible d?envisager l?ouverture d?un centre d?hébergement médicalisé pour le profil des S.D.F. malades ? Nous avons appris que des résultats?

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Il va falloir conclure.

Mme Marie ATALLAH. - ? que des résultats plus complets sont encore attendus pour les personnes rencontrées. Il y aura des statistiques à tenir par arrondissement.

D?où notre question : quelle place ferez-vous à l?articulation de l?échelle parisienne et l?échelle locale au niveau de chaque arrondissement, surtout que le souci de prendre en compte la proximité est bien présent à travers les dispositifs des abris pour les sans-abri ? Pour avoir expérimenté cette démarche de coordination?

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Madame ATALLAH, il va falloir conclure.

Mme Marie ATALLAH. - Je termine.

? et de mise en réseau des acteurs du territoire à l?échelle d?un arrondissement, je peux témoigner que la démarche de proximité est essentielle pour accompagner les sans-abri dans un parcours de réinsertion.

J?avais encore de nombreuses interrogations, mais je sais que le dispositif n?est pas fini : on attend encore des résultats. Le groupe Ecologiste fera des propositions lors des Conseils de Paris des mois à venir. Je vous remercie.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup.

M. Alexandre VESPERINI.

M. Alexandre VESPERINI. - Je serai très court : c?est un sujet grave mais qui nous réunit tous. Il faut, surtout, être ici dans ce Conseil de Paris pour encourager l?adjointe chargée du sujet, Dominique VERSINI, que je veux saluer, au nom des membres du groupe PPCI, pour son travail et, surtout, pour son expérience car elle est longue à la Ville de Paris, mais également au niveau de l?État et du Gouvernement.

Je voudrais saluer cette initiative, la grande Nuit de la solidarité, qui est?

Cela me fait penser à cette phrase de François Mitterrand qui disait, en 1992 : "face au chômage, on a tout essayé". Non, moi, je crois que face au chômage, on n?a pas tout essayé ; face à la grande pauvreté, on n?a pas tout essayé.

Toutes les initiatives doivent être testées, d?où qu?elles viennent. Celle-ci vient - pour avoir assisté à la réunion de lancement - de New York et de la fondation Bloomberg. Cette initiative présente plusieurs avantages.

Le premier d?entre eux est de collecter de meilleures informations, d?avoir des précisions sur les gens qui dorment dans la rue. Hervé BÉGUÉ le disait dans son intervention : on parle de 3.000 personnes. En réalité, on sait bien que le nombre de personnes qui passent à travers, en dehors des radars du comptage, sont nombreuses et que ces personnes sont probablement celles qui souffrent le plus.

Le deuxième avantage de cette initiative, ce sont les volontaires qui vont augmenter. Je connais évidemment beaucoup moins bien le sujet que Mme VERSINI mais - si j?ai bien compris - il y a déjà, heureusement, sur le terrain des organisations reconnues, qui se retrouvent à devoir maintenant gérer et c?est bienheureux d?ailleurs, le flux de tous ces volontaires qui ont été particulièrement enthousiasmés, motivés, par cette grande "Nuit de la solidarité". J?ai pu le constater, notamment dans le 6e arrondissement. Avec M. LECOQ, nous avons ouvert la mairie sans aucune réserve, dès que nous en avons entendu parler. Jean-Pierre LECOQ était partant pour cette idée.

Là encore - et je terminerai sur ce point -, le troisième avantage important de cette initiative, c?est de nous donner l?occasion de dépasser les clivages. En cette enceinte, les clivages sont normaux : c?est la démocratie. Cependant, sur la grande pauvreté, il ne peut pas y avoir de clivage. Il ne peut y avoir de clivage entre l?Etat et la Municipalité, même si, naturellement, parfois, il faut encourager l?Etat et le Gouvernement à agir et à prendre ses responsabilités.

Paris fait face à un défi de l?hébergement de la grande pauvreté particulièrement important et très particulier dans ces années. C?est aussi l?occasion d?en finir, pour au moins quelques heures, avec les clivages traditionnels et pour tout dire, un peu épuisants : ce à quoi nous avons assisté en fin de matinée sur les voies sur berges est un exemple de ces clivages dont les Parisien sont parfois las. Cette initiative permet de réunir tous les élus au-delà des clivages.

Enfin, cette initiative en appelle d?autres. J?attire votre attention sur deux points : cette "Nuit de la solidarité" a été poussée?

Oui, c?est cela. On a accéléré les choses en raison du grand froid et de ces températures particulièrement glaciales que nous avons vécues au cours de ces dernières semaines, avec la fin particulièrement tardive et fatigante de cet hiver.

Cependant, cet été, nous serons également confrontés à des problèmes d?hébergement d?urgence très importants, de souffrance de beaucoup de gens. D?après ce qu?on m?a dit et pour avoir passé très peu de vacances hors de Paris, je vois à quel point la situation des S.D.F. est en réalité beaucoup plus douloureuse l?été que l?hiver, car Paris se vide aux alentours du 15 juillet. Je voulais attirer votre attention sur cette question.

Enfin, la deuxième chose et j?en terminerai là-dessus, car Marie ATALLAH l?a dit?

Pour conclure, il y a un autre sujet?

C?est pour cela que je ne partage pas vraiment ce clivage dont on parle beaucoup entre, d?un côté, le rural qui serait victime de tous les maux de la terre et, de l?autre côté, des métropoles, avec la mondialisation heureuse. Non, ce n?est pas vrai : une métropole comme Paris devra affronter des flux de réfugiés croissants, notamment des réfugiés climatiques. Il faudra donc que cette initiative nous donne l?occasion, encore une fois, de relever ce défi de l?accueil des réfugiés. C?est une question qui ne va pas...

Nous n?allons pas consacrer les prochaines heures du Conseil de Paris à ce sujet, mais il fallait que nous appelions l?attention de l?Exécutif : nous aurons de plus en plus de réfugiés climatiques face auxquels les barrières naturelles et les barrières administratives ne pourront pas grand-chose. Je vous remercie.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup, Monsieur VESPERINI.

Je donne la parole à Mme Sylvie CEYRAC sur le v?u n° 202, pour deux minutes.

Mme Sylvie CEYRAC. - Merci, Monsieur le Maire.

Je vais revenir sur ce v?u.

A la suite de la "Nuit de la solidarité", le 15 février dernier, 5.000 personnes ont été rencontrées dans la rue, parkings, métros, hôpitaux.

Lors de la présentation de bilan que vous avez faite mardi soir, il est apparu que seulement 1 sans-abri sur 3 est suivi par un travailleur social et que seulement 8 % des personnes rencontrées étaient suivies par les permanences sociales d?accueil, dites P.S.A., à Belleville dans le 20e arrondissement, à la Bastille dans le 12e et rue Gauthey dans le 17e, chacune de ces permanences sociales d?accueil étant spécialisées dans le suivi d?une population dédiée.

Ces P.S.A., dont le travail est essentiel pour l?accès au droit et la domiciliation administrative, sont, d?une part, très encombrées. Je vais vous donner un exemple : j?ai reçu une dame, il y a un peu plus de trois semaines, qui avait rendez-vous à la P.S.A. Gauthey trois semaines plus tard. Je trouve que c?est extrêmement long, quand on est dans la rue et que le R.S.A. n?est pas mis en place, que de faire attendre une personne pendant trois semaines. Quand elle se présente au rendez-vous, on lui dit : "Ah mais non, il est annulé ! On a oublié de vous le dire". Ce n?est pas une bonne chose.

Ces P.S.A. sont non seulement très encombrées, mais elles sont toutes les trois localisées dans l?Est et le Nord de Paris, ce qui décourage certains d?y aller.

C?est pourquoi, avec mon groupe, nous demandons l?ouverture d?une quatrième permanence sociale d?accueil, qui serait située dans le Sud-Ouest de Paris afin de désencombrer celles qui existent et de faciliter leur accès à un plus grand nombre. Merci.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci, Madame.

Je vais maintenant donner la parole à M. Atanase PÉRIFAN, sur le v?u n° 203.

C'est bien cela ?

M. Atanase PÉRIFAN. - Absolument. Merci, Monsieur le Maire. Bonsoir, chers collègues.

Le Pacte de lutte contre la grande exclusion prévoyait un volet relatif à la coordination, au pilotage et à la gouvernance.

Parmi les engagements figuraient notamment l'amélioration du pilotage des différentes interventions, de la fluidité des parcours et la construction d'une prise en charge globale, la mise en place d'une gouvernance partenariale, la territorialisation du Pacte et la mobilisation des Parisiens.

Je prends deux exemples. L'action 88 proposait ainsi de mieux gérer les situations complexes en expérimentant la mise en place de commissions ou de gestionnaires. Les actions 99 et 100 incitaient à la territorialisation de l'action sociale et à l'adaptation du Pacte en fonction des spécificités des territoires, en lien avec les arrondissements.

Les maires d'arrondissement ont bien évidemment un rôle essentiel dans la mise en ?uvre des politiques de lutte contre l'exclusion sur leur territoire. Ils sont très mobilisés en ce sens aux côtés des associations.

Pour poursuivre cette gestion de proximité des politiques de solidarité, nous pourrions peut-être mettre en place dans chaque arrondissement des comités de vigilance sociale, tel que celui qui existe dans le 5e arrondissement, ou des comités équivalents, tels que les comités de coordination des maraudes dans les 6e, 8e, 9e, 15e, 16e et 17e arrondissements. Ces comités sont présidés par les maires d'arrondissement et réunissent, une fois par mois, l'ensemble des acteurs institutionnels et associatifs des politiques sociales, y compris les services de la Ville et le commissariat de police.

Au-delà d'un point précis de la situation de l'arrondissement, ce comité de vigilance sociale permet à tous de mieux partager l'information et d'évoquer les situations individuelles et le suivi de l'accompagnement pour chaque personne.

Pour cette raison, le groupe LR propose à l'ensemble du Conseil de voter ce v?u qui propose la mise en place de comités de vigilance sociale dans chaque arrondissement.

Je vous remercie, chers collègues.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup, Monsieur PÉRIFAN.

La parole est à Mme Laurence GOLDGRAB.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, ma chère Dominique, la Maire de Paris a fait de la lutte contre l'exclusion, la grande cause de la mandature, cause qui nous rassemble et nous mobilise.

Ces premiers jours de printemps si froids nous rappellent que notre action et notre vigilance à l'égard des plus fragiles doivent être constantes et permanentes. En effet, il n'y a pas de sujets de clivage sur ce thème.

C'est aussi un rappel que notre devoir est double : sortir de la rue ceux qui y sont et empêcher les plus vulnérables d'y basculer. A quelques jours de la fin de la trêve hivernale, c'est là aussi un sujet plus que jamais d'actualité. Cet engagement de campagne s'est matérialisé depuis 2015 par l'adoption du Pacte parisien de lutte contre la grande précarité, rappelant à tous que la solidarité est le fondement de notre engagement et de notre Ville.

Parmi les engagements de ce Pacte figure celui de mobiliser la solidarité des Parisiennes et des Parisiens qui sont nombreux à s'engager bénévolement. Ils l'ont encore prouvé en participant massivement à la Nuit de la solidarité qui s'est tenue entre le 15 et le 16 février dernier. Cette opération correspond d'ailleurs à l'action 105 du Pacte visant à améliorer la connaissance des publics en situation de rue.

Je ne peux, comme mes collègues, aborder la Nuit de la solidarité sans saluer l'investissement et la détermination farouche ainsi que le travail de notre collègue Dominique VERSINI. Cet événement a été une réussite totale sur le plan de l'engagement et de la mobilisation citoyenne. Plus de 1.700 Parisiennes et Parisiens et 350 professionnels du social ont participé. Preuve supplémentaire que la solidarité est partie intégrante de l'A.D.N. de notre Ville capitale. J'insiste vraiment sur ce point. Une opération d'envergure, menée de façon simultanée sur l'ensemble des 20 arrondissements de la ville, afin de recenser les personnes en situation de rue et ainsi permettre à l'ensemble des partenaires du Pacte d'adapter les dispositifs leur permettant de faire face à l'urgence sociale.

La Nuit de la solidarité est donc un outil précieux permettant de collecter des données les plus fines possibles sur ces femmes, ces hommes et ces enfants en situation de rue. Des données qui devront désormais être analysées pour mieux comprendre et connaître leurs profils et ainsi nous permettre de mieux leur venir en aide.

Ces chiffres ont été rappelés : 2.952 personnes sans-abri dans notre Capitale au creux de l'hiver, 672 personnes hébergées dans le cadre du Plan grand froid, et 1.477 dans le cadre du Plan hiver.

Quels sont les premiers enseignements à tirer de cette opération ? Les chiffres nous rappellent que notre combat contre l'exclusion est loin d'être fini et malgré la mobilisation déjà importante de la Ville, 6.000 des 16.000 places d'hébergement ouvertes à Paris tout au long de l'année se trouvent sur des sites municipaux. Il manque encore environ 4.000 places d'hébergement.

Nous en avons compté, sur cette Nuit de la solidarité, 3000, mais il y a, on le sait et cela a été dit d'ailleurs, beaucoup de personnes qui n'ont pas été recensées vraisemblablement, qui n'étaient pas dans la rue au moment du recensement.

Il faut développer aussi de nouveaux outils d'accompagnement adaptés pour mieux répondre aux besoins sociaux identifiés, enclencher les mécanismes de sortie des situations de rue et un retour progressif pour ceux qui le souhaitent vers l'insertion. Prévenir l'exclusion, venir en aide, réinsérer durablement autant de missions qu'il faut poursuivre. Les enjeux sont de taille.

Chère Dominique, vous pouvez compter sur le soutien et la mobilisation de tous les membres de notre groupe pour vous accompagner et les surmonter. Nous soutenons pleinement le v?u présenté par l'Exécutif sur les suites à donner et les actions à mener pour poursuivre la lutte contre la grande exclusion et faire en sorte que demain il n'y ait plus personne en situation de rue.

Merci beaucoup.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame GOLDGRAB.

Je redonne la parole à Mme Sylvie CEYRAC sur le débat général.

Mme Sylvie CEYRAC. - C'est cela. Merci beaucoup, Monsieur le Maire.

Il est heureux que nous puissions échanger sur la Nuit de la solidarité du 15 février dernier. Je regrette simplement que ce v?u ait été déposé si tardivement.

Permettez-moi de féliciter tous ceux qui se sont mobilisés pour que cette opération se passe dans de bonnes conditions, le Centre d'action sociale de la Ville, la DASES, les mairies d'arrondissement, et les très nombreux Parisiens qui ont répondu présents. Bien entendu, opération pilotée, Madame VERSINI, par vous-même, que je remercie.

On peut seulement regretter que cette Nuit de la solidarité soit tombée en période de Plan grand froid, ce qui a poussé la Préfecture à ne pas y participer. Mais bien entendu, vous n'êtes pas maître de la météo.

Les résultats bruts font état de 2.952 personnes dans la rue, les gares, les stations de métro, les parkings et les bois. Il convient d'y ajouter 2.149 personnes hébergées cette nuit-là, grâce aux plans hivernaux, mais qui ne sont pas des places pérennes. Cela fait environ 5.000 personnes, et sans doute plus d'ailleurs, en situation de précarité, sans solution malgré des moyens considérables mis en place par notre collectivité et l'Etat.

Paris compte plus de 16.000 places d'hébergement pérennes et cumule à elle seule 40 % de l'ensemble de l'offre d'hébergement d'urgence de toute l'Ile-de-France. L'Etat consacre un milliard à l'hébergement en Ile-de-France, hors dispositifs pour demandeurs d'asiles et réfugiés, et permet à plus de 100.000 personnes d'être mises à l'abri sur l'ensemble de la région.

Tous ces efforts ne suffisent malheureusement pas. Comme vous l'avez vu, nous avions proposé des v?ux précédemment. D'autres, qui vont être présentés par mes collègues Daniel-Georges COURTOIS et Jean-Baptiste de FROMENT dans un instant, vont tout à fait dans le sens des premiers résultats que vous avez présentés mardi dernier.

Nous proposons que Mme la Maire de Paris, également vice-présidente de la Métropole du Grand Paris, revendique la compétence en matière d'urgence, dans un souci de clarification des missions des uns et des autres, pour un pilotage et une coordination aux mains de la Métropole, au plus près des territoires. La Métropole, qui a déjà en charge d'élaborer un plan métropolitain pour l'habitat et l'hébergement d'urgence, nous semble disposer de toute la légitimité et la proximité pour piloter l'hébergement d'urgence et s'assurer d'une répartition cohérente selon les possibilités de chacun sur le territoire.

Cette nouvelle répartition des compétences établie, nous souhaitons également réaffirmer le rôle des maires d'arrondissement dans la gestion au quotidien des politiques de solidarité. Aussi, nous vous demandons de créer, là où il n'en existe pas encore, un comité de vigilance sociale, présidée par le maire d'arrondissement, pour piloter et animer les politiques sociales dans son arrondissement.

Nous l'avons dit, les maires jouent un rôle important à Paris et sont mobilisés au quotidien, aux côtés notamment des associations et des maraudes avec lesquelles ils s'attachent à établir un contact, tisser des liens, aider, accompagner, tenter de trouver des solutions pour les personnes à la rue sur leur territoire.

Evidemment, il existe un panel de dispositifs et de structures financés par la Mairie de Paris pour assurer cet accompagnement des personnes en situation de précarité. Et comme je viens de vous le proposer il y a un instant, nous souhaiterions qu'une nouvelle permanence sociale d'accueil soit créée.

S'agissant de l'accompagnement sur la durée des personnes à la rue et parce que les chiffres évoqués par le Samu social quant aux publics accueillis dans les centres d'hébergement nous interpellent, nous proposons que la Mairie double son objectif de création de résidences sociales et de pensions de famille. Le logement accompagné montre de très bons résultats en termes d'insertion sociale et professionnelle, et nous pensons qu'il faut multiplier ces résidences à taille humaine.

Je sais ô combien ce type de projet peut être compliqué à mettre en place, notamment auprès des riverains, sans doute, mais je sais aussi que c'est là un moyen efficace de parvenir à une sortie durable des dispositifs d'urgence. Cette Nuit de la solidarité a été une bonne chose, mais ce n'est qu'un début.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci pour cette référence à Mai 68. Madame Danielle SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Je vous remercie.

Dans ce débat que nous avons, nous ne débattons pas des causes de la grande exclusion. Nous sommes là, hélas, simplement pour intervenir sur les conséquences des politiques qui ont provoqué cela. Donc, nous sommes là pour intervenir. Que faisons-nous face à cette situation d'urgence et ce manque criant de places en centres d'hébergement d'urgence ? Ce, pour toute personne, qu'elle soit en situation administrative régulière ou pas, quel que soit son statut, les personnes qui sont à la rue.

Je me joins à l'ensemble des collègues, qui ont toutes et tous salué l'opération de la "Nuit de la solidarité", qui a permis un engagement citoyen solidaire extrêmement fort des Parisiens et des Parisiennes, et a permis également, concrètement, d'avoir une estimation si possible la plus proche de la réalité. Nous savons qu'elle est très certainement bien en deçà du nombre de personnes sans-abri. Elles ont été recensées au nombre de 3.000, c'est-à-dire un nombre bien éloigné, bien plus élevé que des estimations complètement honteuses de certains députés de "La République en marche", qui estimaient qu'il y en avait tout au plus 50.

Maintenant, que fait-on ?

3.000 personnes sans-abris recensées à Paris. En même temps, un dispositif d'hébergement d'urgence pour la période grand froid et la période hivernale, qui est donc arrêté. On est donc toujours dans une gestion en grande partie saisonnière des personnes sans-abris. Or, toutes les associations vous le diront et vous le rediront, on meurt aussi en plein été à Paris. Même si l'on croit toujours la chanson "La misère serait moins pénible au soleil", la vérité, c'est que les morts de la rue, c'est pendant toutes les saisons de l'année.

Nous rappelons toutes et tous que c'est de la compétence de l'Etat, d'abord et avant tout. La compétence de l'Etat, quand il n'y a pas de familles avec des enfants en danger, et un Etat qui est bien en deçà de ses responsabilités, qu'il s'agisse de ce gouvernement comme des précédents. Je salue les engagements pris par l'Exécutif. Je sais que l'engagement de Mme VERSINI et de la majorité municipale fait que la Ville de Paris va au-delà de ses compétences. C'est important de le dire, la Ville de Paris va au-delà de ses compétences. Pour autant, on ne répond pas à la situation de crise humanitaire que nous connaissons aujourd'hui. J'ai quand même une question qui fâche à vous poser. On a donc cette urgence humanitaire.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Il faut la poser très vite.

Mme Danielle SIMONNET. - Le budget social, prévention, santé de la Ville de Paris a diminué de 15,5 millions d'euros au total. Je pense que nous n'avons pas fait le choix de mettre l'argent là où il le fallait. Merci.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci.

Pour répondre à toutes ces interventions et à tous ces hommages, je donne la parole à Mme Dominique VERSINI.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Je précise que c'est 10 minutes que vous nous avez accordées.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Je n'avais pas indiqué de temps.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Je vais répondre à partir des v?ux nos 202, 203, 204. Madame CEYRAC, le v?u n° 205 n'est pas rattaché, j'y répondrai après.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, merci à tous d'avoir répondu nombreux et de façon extrêmement positive, engagée. D'ailleurs, je rappelle que le pacte parisien de lutte contre la grande exclusion avait été voté à l'unanimité. On est donc dans la continuité sur un sujet de fond, je ne dirais pas humanitaire, mais tout simplement humain, que nous devons tous partager et que nous partageons tous.

La "Nuit de la solidarité", cela a été un temps pour faire un décompte, une photographie sur la même nuit du nombre de personnes présentes dans la rue, sur une même soirée dans Paris et dans les 20 arrondissements.

Bien sûr, nous l'avons fait en situation de grand froid. C'est vrai que l'on n'était pas dans une situation tout à fait normale. Il y avait 2.000 places de plus ouvertes au-delà des 16.000 places que nous avons en permanence.

S'agissant d'un rendez-vous annuel, l'année prochaine nous choisirons peut-être un moment en dehors du plan grand froid, pour poursuivre nos analyses.

Ce qui est important, c'est de savoir que 1.700 bénévoles parisiens très enthousiastes et très sérieux se sont formés. 350 professionnels ont piloté les 350 équipes. Et puis, un comité scientifique a aidé le centre d'action sociale de la Ville de Paris, qui a piloté la "Nuit de la solidarité", appuyé par la DASES et toutes les autres directions de la ville et notamment l'APUR, qui a fait des études, des cartographies à destination de toutes les équipes.

Je réponds à Mme NAHMIAS pour lui dire que oui, on transmettra aux élus l'étude qualitative lorsqu'elle sera aboutie. Pour l'instant, on a des premiers chiffres et il y a encore des analyses croisées. Quand on aura fini, on vous les transmettra sans aucun doute.

Ce qui est important, c'est de voir que la majorité des sans-abris ont entre 25 et 54 ans, 13 % ont moins de 25 ans, les hommes sont surreprésentés, mais plus de 1 sans-abri sur 10 est une femme, avec beaucoup de familles avec des enfants. On n'en a pas trouvé cette nuit-là parce qu'elles sont prioritairement mises à l'abri, mais il y a beaucoup de femmes et de familles en situation de rue.

Egalement, ce qui est intéressant aussi, et là cela remet en question l'analyse des dispositifs, les deux tiers des sans-abris n'appellent jamais le 115, parce qu'ils se sont lassés, parce qu'ils ne le connaissent pas. Je crois aussi surtout parce que d'appeler un numéro qui ne répond pas dans toutes les périodes comme il faut? Il a bien répondu pendant la période grand froid, parce qu'il a été renforcé, mais moins de 1 sans-abri sur 3 est suivi par un travailleur social.

Il y avait un questionnaire, on a appris que les gens ont besoin, outre d'un hébergement et d'un logement, qui passent par la création de plus de résidences sociales, ils ont besoin de se laver, de laver leurs vêtements, de manger dans de bonnes conditions, d'avoir accès à des soins. Toutes ces informations nous aident à adapter nos dispositifs.

Sur l'hébergement, 3.000 personnes ont été décomptées, donc il manque au moins 3.000 places. Après, on était en plan hiver, donc il y avait 2.000 places de plus. Pour l'instant, l'Etat va sans doute, comme tous les ans, pérenniser un certain nombre de places hivernales. J'essaye d'être positive et je dis, il y a au moins 3.000 personnes, donc il manque au moins 3.000 places.

Avec la Maire de Paris, on s'est engagé à apporter dans notre dispositif intercalaire, à l'Etat, qui est, on le rappelle, en charge de la lutte contre la grande exclusion, au moins la moitié de ces places, au moins 1.500 places. On s'adaptera et on prendra nos responsabilités comme on l'a toujours fait, en lien avec l'Etat.

De belles opérations sortent, avec des centres d'hébergement, le centre du Bastion de Bercy dans le 12e, je remercie la maire du 12e qui est très aidante, qui a ouvert et monte en puissance en remplissage. Il y a le centre du quai de la Râpée encore dans le 12e, qui ouvre cette semaine et permettra d'accueillir 180 personnes. On a un autre projet à venir dans le 16e arrondissement, ce qui va dans le sens du rééquilibrage territorial qu'il est important de conduire, car quasiment tous les centres sont sur les territoires de l'Est et du Sud-Est. On essaie de s'adapter.

Egalement, pour l'hébergement, on va appeler tous les acteurs publics et privés à prendre leur part dans cet effort collectif aux côtés de l'Etat.

Nous soutiendrons également l'hébergement citoyen, car on s'aperçoit qu'à Paris il y a beaucoup de générosité et beaucoup de citoyens hébergent chez eux des personnes en situation de rue, qu'ils soient S.D.F. classiques ou migrants. C'est quand même important. On souhaite les soutenir, soit des gens à travers des collectifs, soit des gens sans collectif, en passant par des plateformes comme Elan, soit des paroisses, il y a 27 paroisses dans le cadre de "Hiver solidaire", qui accueillent aussi des personnes.

Il y a des gens très différents dans leur engagement, qui s'engagent aussi, ce qui fait des places en plus et des gens à l'abri dans du lien humain. Je trouve cela très important.

Il y a le projet annoncé des abris pour les sans-abris. C'est un projet issu des projets proposés par les citoyens dans le cadre du budget participatif, qui a donné lieu à la sanctuarisation du budget participatif pour ces petits abris. Il s'agit de petits abris, de petites unités permettant de s'adapter à des gens en situation de grande exclusion qui ne viennent jamais. Il ne s'agit pas de mettre des bulles ou que sais-je partout dans Paris, mais de s'adapter dans les dents creuses de la Ville, et de permettre à des personnes qui ne viendraient pas ou sont sur des matelas, sur les grilles du métro, où elles se brûlent du fait de la chaleur - elles vont chercher de la chaleur mais en réalité elles ont des brûlures extrêmement importantes -, d'être hébergées dans de bonnes conditions. Mais ce projet sera suivi par notre Centre d?action sociale de la Ville de Paris, en lien avec le Samu social, avec l'unité d'aide aux sans-abri et les maraudes, pour quelques personnes pour qui ce sera un temps pour aller vers des pensions de familles ou des résidences sociales. Ce sera fait extrêmement sérieusement et avec des citoyens qui aident déjà ces personnes et nos professionnels du social.

Evidemment, on ne regardera pas la situation administrative des personnes qui seront hébergées, je vous rassure, Madame ATALLAH.

La leçon aussi, c?est qu?il faut des places adaptées aux parcours et aux besoins des personnes. On s?est aperçu par exemple qu?il y a un manque énorme de lieux pour accueillir des S.D.F. qui sont accompagnés d'un chien, d'un animal. Il y a à travailler sur cela pour aller plus loin. Aussi, comme les gens avaient dit qu'ils avaient besoin de douches, de repas chauds, de se laver, de laver leurs vêtements, on le sait, il y a 41 lieux d'accueil à Paris mais le besoin est toujours là. On va créer très prochainement deux lieux d'accueil de jour dont un pour les femmes, familles avec enfants, qui sont malheureusement une population en augmentation sur le territoire de Paris, et - cela a été évoqué dans l'un des v?ux, je crois, par M. PÉRIFAN -, des cellules de veille sociale ou comités de vigilance, comme vous dites, en sachant qu'elles existent dans 15 arrondissement déjà sous des noms divers. Nous engagerons, comme vous, tous les maires d'arrondissement qui n'en ont pas à les mettre en place. Cela permet aux maires, avec les maraudes, les travailleurs sociaux du territoire de trouver des solutions fines et de proximité pour les S.D.F. de leur arrondissement bien connus.

De plus, les permanences sociales d'accueil sont des lieux d'accueil qui permettent aussi d'avoir de l'accès au droit et je suis d'accord avec le fait qu'ils sont tous situés sur des territoires est, sud-est et que l'idée d'en créer une à l'Ouest de Paris est une excellente idée. En effet, les S.D.F. ne se déplacent pas facilement à l'autre bout de Paris.

Sur la restauration, il y a 168 points de restauration à Paris mais il faut continuer. Le Centre d'action sociale de la Ville ouvrira deux restaurants solidaires et je veux dire un mot de salut aussi pour toutes les distributions citoyennes, même si cela pose parfois des problèmes sur l'espace public avec le voisinage. Mais il est vrai que c'est l'ensemble de toute cette générosité qui fait Paris et qui fait que l'on répond aux besoins des personnes.

Enfin, il y a un besoin très manifeste de bagagerie pour les personnes pour déposer leurs?

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Nous avons dépassé les dix minutes.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - ? leurs bagages.

Oui, cela va aller. Pour déposer leurs bagages, le temps de faire leur démarche. Il y a 9 bagageries à Paris et on s'engage à ce qu'il y en ait une par arrondissement d'ici la fin de la mandature.

Pour terminer, on a vu cet élan des Parisiens et c'est la raison pour laquelle, alors que le centre humanitaire ferme ainsi que la bulle d'accueil, nous avons décidé de lui donner une deuxième vie pour qu?elle ne soit pas un investissement perdu et qu'elle puisse être un lieu de solidarité qui permettra aux Parisiens qui ont des projets d'être accompagnés pour mettre en place leurs projets dans une sorte d'incubateur solidaire. Pour les Parisiens qui aident, d'être informés et d'être aussi formés aux gestes de l'urgence sociale, aux gestes de l'urgence médicale, à être hôtes s'ils veulent accueillir des gens chez eux, etc.

Je ne peux pas aller plus loin parce que j'ai épuisé le temps et le Maire m'a déjà accordé une minute de plus. Je me permets donc de vous demander le retrait des v?ux nos 202, 203 et 204 au profit du v?u de l'Exécutif, car j'ai le sentiment qu'il répond à beaucoup de vos questions et interrogations.

Bien évidemment, Madame SIMONNET, vous avez raison, c'est vrai qu'il y a une gestion saisonnière, c'est vrai que Paris va au-delà, c'est vrai que la misère est un phénomène vraiment complexe qu'il faut que l'on continue à travailler, mais nous sommes là pour assurer et nous le faisons tous ensemble et je vous en remercie.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame VERSINI.

Je vais poser la question au groupe les Républicains et Indépendants s'ils retirent les v?ux nos 202 et 203 au profit du v?u de l?Exécutif n° 204 bis. La réponse est oui.

Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 204 bis de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est adopté à l'unanimité. (2018, V. 155).

Je vous remercie pour ce débat et sa qualité.

Nous sommes obligés d'examiner le?

Pardon ?

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Le v?u n° 204 de Mme SIMONNET.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Pardon. Le v?u n° 204, vous le maintenez ?

Mme Danielle SIMONNET. - Oui.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint, président. - Alors je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 204 avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le v?u est rejeté. Merci.