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Mars 2018
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à Aung San Suu Kyi.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Nous examinons le v?u référencé n° 55 relatif à Aung San Suu Kyi.

La parole est à Mme Danielle SIMONNET qui l?a déjà manifestement et qui la garde.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, est-ce que cela vous dérange que je puisse présenter mon v?u ?

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Danielle SIMONNET, vous seule avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, les Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie, ont été visés en 2017 par une répression collective de l?armée birmane qui a fait des milliers de morts et poussé des centaines de milliers de personnes à l?exil, dont 200.000 enfants. Un objectif de nettoyage ethnique, selon les termes mêmes de l?ONU, est poursuivi par les autorités depuis le retrait collectif de la nationalité birmane aux Rohingyas en 1982 par la junte militaire.

A l?approche de la mousson, les 900.000 Rohingyas désormais réfugiés sur le territoire bangladais, dont 585.000 sont entassés dans le plus grand camp de déplacés au monde, sont plus que jamais exposés à des risques majeurs d?épidémie et de catastrophes naturelles comme les glissements de terrain.

Face à cette répression, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix et citoyenne d?honneur de Paris, a non seulement fait preuve d?un silence accablant mais a repris à son compte la propagande de l?armée birmane en accusant les Rohingyas d?être des terroristes. Cette attitude inacceptable ne saurait être excusée par le fait que le Gouvernement auquel appartient Aung San Suu Kyi est lui-même sous pression de l?armée et d?une société au sein de laquelle le racisme anti-Rohingyas a été développé depuis des décennies.

Le musée de l?Holocauste de Washington a, pour les motifs énumérés ci-dessus, eu le courage de retirer le 7 mars dernier à Aung San Suu Kyi un prix décerné pour son combat contre la dictature et en faveur des libertés, tout en réitérant ses appels à la dirigeante à user de son autorité morale pour répondre de cette situation. Notre Assemblée, qui a le devoir d?exprimer la solidarité de Paris à l?ensemble des victimes d?atteintes aux droits humains les plus fondamentaux, ne peut rester silencieuse face à l?attitude d?Aung San Suu Kyi qui porte atteinte à la valeur même du titre de citoyen et citoyenne d?honneur de Paris que la Ville lui avait décerné. C?est pour cela que je vous propose d?adopter ce v?u par lequel le Conseil de Paris s?engage à retirer à Aung San Suu Kyi le titre de Citoyenne d?honneur de la Ville de Paris.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Danielle SIMONNET.

La parole est à M. Hermano SANCHES RUIVO pour vous répondre.

M. Hermano SANCHES RUIVO. - Merci, Monsieur le Maire.

Il y a deux thèmes dans ce v?u et je vais essayer de les reprendre.

Je vais d?abord remercier notre collègue Danielle SIMONNET de ce v?u qui nous permet finalement de redire la tristesse, la colère, la révolte de la Ville de Paris face à la situation terrible que vivent les Rohingyas, ainsi que de rappeler ce qu?est exactement la Citoyenneté d?honneur de notre Ville.

Chère Danielle, vous avez bien raison de dire toute l?horreur de la situation à laquelle doivent faire face les Rohingyas. C?est pourquoi je tiens à rappeler que la Ville de Paris a voté en 2017 deux aides pour un montant total de près de 100.000 euros. La dernière de 45.000 euros a été votée en septembre et versée à "Action contre la faim", dans une perspective d?assistance pluridisciplinaire : shelter, eau, assainissement, nutrition et soutien médico-social. La première d?un montant de 50.000 euros a quant à elle été versée à "Solidarité internationale" après notre vote en mai. Elle a permis de manière urgente la distribution de kits d?hygiène dans les camps de réfugiés situés en Birmanie.

Tout comme vous, je veux évoquer le musée de l?Holocauste de Washington, que vous citez dans le v?u que vous déposez aujourd?hui devant le Conseil de Paris, pour insister sur le fait que la Maire de Paris a, elle aussi, écrit à la chef de l?Exécutif birman pour lui dire l?émotion de la Ville de Paris et lui demander d?être à la hauteur du rôle que le monde attend d?elle.

Vous avez donc raison de dire que le Conseil de Paris a le devoir d?exprimer la solidarité de la Ville de Paris avec les victimes des atteintes aux droits de l'homme les plus fondamentaux. C'est ce que nous faisons et c'est ce que nous ne cesserons jamais de faire.

En revanche, nous vous demanderons effectivement, Madame la Conseillère de Paris, de bien vouloir retirer votre v?u, et pourquoi ? Votre v?u opère un glissement de sens, s'agissant de la citoyenneté d'honneur. En effet?

C?est difficile parce que je les entends plus que je ne m?entends, moi.

En effet, la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris n'est pas un titre honorifique. Il ne vaut qu'à un instant "T" pour une femme ou un homme menacé afin de lui offrir la protection de la Ville de Paris. Ainsi, c?est à la femme menacée, militante des droits de l'homme et assignée à résidence, que s'adressait le Conseil de Paris et non à celle que nous connaissons aujourd'hui. Votre demande, tout à fait compréhensible, n'a donc pour ainsi dire plus d'objet. C'est pourquoi nous vous remercions néanmoins pour ce v?u qui a permis de rappeler ces éléments et que nous vous demandons de bien vouloir le retirer. Merci.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Je comprends, Danielle SIMONNET, que vous ne retirez pas votre v?u ?

Mme Danielle SIMONNET. - Non, parce que je pense que ce titre, justement, n'honore plus les principes de la Ville de Paris. Vous ne pouvez pas faire cette distinction temporelle.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Danielle SIMONNET.

Je soumets donc à vos voix ce v?u n° 55 avec un avis...

Oui, Alexandre VESPERINI, explication de vote ?

M. Alexandre VESPERINI. - Pour une explication de vote au nom du groupe PPCI. Nous, nous voterons NPPV car le peuple rohingya a certes, évidemment, besoin de soins, de médecins, mais il n'a pas besoin d'incantations politiciennes, il n'a pas besoin de ce genre de débat. Le débat sur l'attitude du régime, au-delà des institutions birmanes, du Myanmar, sur la question est un débat tout à fait légitime mais je crois que sa place n'est absolument pas dans cette enceinte. C'est la raison pour laquelle, sur ce v?u comme sur d?autres v?ux, il fallait marquer le coup et nous voterons NPPV - ne prend pas part au vote. Merci.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup.

Pas d'autres explications de vote ?

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par Mme SIMONNET, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

Ne prend pas part au vote ? NPPV pour les Républicains.

La proposition de v?u est repoussée.

Merci, Hermano SANCHES. 2018 DJS 110