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Mars 2018
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par le groupe Socialiste et Apparentés relatif à un hommage au groupe de mathématiciens Nicolas Bourbaki.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Nous revenons au v?u référencé n° 107.

Paul SIMONDON doit être toujours dans les starting-blocks pour intervenir, pour deux minutes maximum.

M. Paul SIMONDON. - Merci, Madame la Maire.

Qui est Nicolas Bourbaki ? Non pas un illustre mathématicien, mais plutôt le nom de code qu'a pris une aventure humaine et scientifique. En 1934, se réunissent de jeunes mathématiciens rencontrés à l'Ecole normale supérieure. Ils trouvent les mathématiques françaises poussiéreuses, ne supportent plus la pression mandarinale, l'académisme sclérosant, et dénoncent en particulier la mauvaise qualité des manuels d?enseignement supérieur.

A côté, l'école allemande de Hilbert, à Göttingen, leur semble en plein renouveau. Elle est dynamique, innovante et fait la place aux jeunes talents. Ils se mettent alors d'accord sur un projet dont l?ambition ira croissante : écrire un livre, un traité de mathématique et fournir ainsi aux scientifiques des outils mathématiques aussi robustes et universels que possible. Le groupe se met au travail et se fixe des règles de fonctionnement contraignantes : l'anonymat et le secret ; chaque publication était signée par l?avatar du groupe, Nicolas Bourbaki, du nom d'un ancien général napoléonien ; un âge limite strict de 50 ans ; l'unanimité pour chaque décision éditoriale.

Qu?en reste-t-il ? Ses membres ont eu des carrières individuelles brillantes : André Weil, Henri Cartan, Laurent Schwartz, Alexandre Grothendieck, Jean-Pierre Serre, dont plusieurs récompensés par des médailles Fields. Mais le groupe a laissé en lui-même un héritage : des livres groupés sous l'appellation "Eléments de mathématiques" en référence aux éléments d?Euclide, des séminaires réguliers, qui continuent à se réunir d'ailleurs. Ce ne sont pas à proprement parler de nouveaux résultats, de nouveaux théorèmes, mais plutôt une vision renouvelée des notations des terminologies précises et très imagées qui seront souvent ensuite adoptées par la communauté internationale mathématique.

L'esprit bourbakiste, c'est surtout la volonté de procéder par une abstraction la plus générale possible, basée sur une axiomatique solide, avant de passer aux exemples particuliers. Il devient symbolique des mathématiques à la française, rigoureuses et parfois arides. Ces très sérieux savants cultivaient un esprit potache et un goût du canular. L?audace et l?intransigeance bourbakistes ont fait déborder leur influence au-delà des sciences. Leur mode de travail collectif inspire l'Oulipo et leur rigueur fascine le structuralisme. Paris et sa région constitue le principal pôle mondial de recherche en mathématiques. La Ville de Paris soutient la promotion des mathématiques. C'est pourquoi, en reprenant le v?u adopté à l'unanimité par le conseil du 5e arrondissement à l?initiative de Marie-Christine LEMARDELEY, je vous propose d'inscrire cette histoire sur la montagne Sainte-Geneviève devant le café "A Capoulade".

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Mon interruption est très peu "bourbakiste" et je m?en excuse néanmoins.

Pour vous répondre, en deux minutes maximum, la parole est à Mme Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - C'est une très belle proposition que nous font Marie-Christine LEMARDELEY et Paul SIMONDON d'honorer ce groupe de jeunes mathématiciens réunis sous le pseudonyme de "Nicolas Bourbaki" et qui avait eu l'envie et la volonté de renouveler et d'améliorer l'enseignement universitaire à une époque, celle de l'après-Première Guerre mondiale où la France avait réellement besoin de se reconstruire et de repartir de l'avant. Il est excellent aussi, à travers cette plaque et cette histoire, de rappeler aux touristes et aux Parisiens eux-mêmes, notamment aux étudiants du Quartier latin, que leur ville, leurs quartiers ont rayonné et rayonnent encore à travers le monde entier par un fort dynamisme sur le plan universitaire et de la recherche. Je sais qu'il existe des spécialistes de ce groupe de mathématiciens, je pense notamment à M. Roger MANSUY, professeur à Louis-le-Grand, et nous aurons bien évidemment à le consulter pour élaborer avec la DAC, lors de l'instruction, le texte de la plaque. C'est donc bien sûr un avis favorable.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. J'ai été saisie de deux demandes d'explication de vote, Mme STOPPA-LYONNET et M. GLEIZES.

Mme Dominique STOPPA-LYONNET. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, seule la fantaisie des mathématiciens pouvait imaginer un canular aussi brillant que celui de "Nicolas Bourbaki", fantaisie mais aussi une certaine humilité car les noms des membres du collectif se sont effacés derrière l'un des plus célèbres et des plus immortels de ces matheux.

Florence BERTHOUT et l'ensemble des élus du 5e arrondissement soutiennent naturellement le v?u de nos collègues du groupe Socialiste pour l'apposition d'une plaque à la mémoire du groupe Nicolas Bourbaki.

Le Quartier latin est l'un des centres de gravité le plus important du monde pour les mathématiciens, avec l'Ecole normale supérieure, Sorbonne Université et l'Institut Henri Poincaré. Tous les récipiendaires français de la Médaille Fields sont passés, au cours de leur cursus, par la Montagne Sainte-Geneviève. En 2020, la rénovation de l'I.H.P. et la création d'un musée des mathématiques sont la preuve vivante de cette identité. Donc, il est important que la Ville de Paris rende hommage aux grandes figures de la discipline, en particulier quand c'est dans le Quartier latin.

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. La parole est à Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Madame la Maire.

Le groupe Ecologiste se félicite aussi de ce v?u et me permet de revenir sur des choses qui ont été énoncées hier sur un v?u qui a été voté sur les mathématiques, et notamment sur une petite erreur qui a été commise sur la question que les mathématiques sont trop abstraites.

Il n'y a pas plus abstrait que les livres du groupe "Nicolas Bourbaki" qui sont d'une rigueur très importante et d'une abstraction aussi très élevée. Le problème des mathématiques n'est pas l'abstraction, mais c'est le fait que l'on ne donne pas les règles de compréhension, donc des règles qui s'enchaînent. Le plus important dans les mathématiques, c'est ce que l'on appelle l'épistémologie, c'est-à-dire la manière dont se construit le savoir. Ce qu'a apporté aussi Nicolas Bourbaki, c'est la manière dont on construit les mathématiques et c'est très important. C'est normal que Paris le mette à l'honneur et dans ce quartier qui est le Quartier latin où beaucoup de mathématiciens et de médaillés Fields ont été formés.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe Socialiste et Apparentés, assortie d'un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2018, V. 110).

V?u déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche