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V - Question d'actualité posée par le groupe Démocrates et Progressistes à Mme la Maire de Paris relative aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité suivante - pardonnez-moi, j?ai inversé deux questions - qui est celle du groupe DP posée par Mme Fadila MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Madame la Maire, chers collègues, comme vous le savez, notre groupe Démocrates et Progressistes est très favorable à l?organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques à Paris.

Nous pensons que ces Jeux rassembleront les Français ainsi que le reste du monde autour des valeurs universelles de l?olympisme et du sport qui sont le dépassement de soi, l?excellence, le respect, la cohésion sociale et même nationale.

Que ce soit dans les domaines du sport, bien sûr, mais aussi le développement touristique, économique, urbanistique, ces jeux seront bénéfiques, à condition, bien sûr, de maîtriser les coûts et les engagements pris. C?est une condition sine qua non de jeux responsables qui, pour rappeler les propos de Mme la Ministre des Sports, se doivent d?être à la fois durables et irréprochables.

Cependant, nous avons appris dans un rapport d?experts commandé par le Gouvernement que certains sites situés en Seine-Saint-Denis, trois en l'occurrence, pouvaient connaître des risques de non-réalisation dans les délais impartis et de surcoûts importants dans la construction. Je rappelle le site aquatique, le site village olympique et le village des médias dont il est question, donc trois équipements absolument primordiaux et nécessaires. Et, paraît-il, les 130 millions dédiés par exemple à ce site aquatique risqueraient de doubler.

Alors, Madame la Maire, nous connaissons tous votre implication très forte pour ces Jeux et je sais que la candidature de Paris a nécessité l'engagement de tous, des associations bien sûr, mais aussi des territoires de la petite couronne et notamment de la Seine-Saint-Denis qui ne doit pas pâtir de ces risques annoncés.

Par conséquent, Madame la Maire, nous souhaitons d'abord savoir si ces inquiétudes concernant ces équipements sont fondées. Ainsi, Laura FLESSEL a demandé que soit engagé un travail de concertation avec les élus locaux. Pouvez-vous, Madame la Maire, nous préciser comment se dérouleront les concertations avec le Ministère des Sports, les élus du Conseil de Paris et, bien sûr, les élus des autres communes ? Enfin, est-il possible de nous donner des éléments de calendrier sur les prochaines étapes à venir sur les décisions relatives à ces 10 équipements ? Je vous remercie, Madame la Maire, d'éclairer le Conseil sur ce sujet.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame Fadila MÉHAL. C'est Jean-François MARTINS qui vous répond.

M. Jean-François MARTINS, adjoint. - Merci, Madame la Maire, merci, Madame MÉHAL.

Permettez-moi en introduction de rappeler l'équation financière globale de ces Jeux olympiques et paralympiques 2024 à Paris. C'est d'abord un comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques, le C.O.J.O. qui a, avec 3,7 à 3,8 milliards d'euros, la responsabilité d'organiser les compétitions sportives et les animations qui vont autour, ainsi que l'ensemble des programmes marketing de ces Jeux olympiques, ces 3,8 milliards d'euros étant quasi-exclusivement financés par des dotations privées, celle du C.I.O., celle des revenus issus de la billetterie et celle issue du marketing. Il reste environ 100 millions d?euros de ces 3,8 milliards qui sont payés par les acteurs publics au titre de leur soutien à l'événement paralympique, qui lui-même n'a pas de modèle économique.

A côté de cet événement, de cette compétition, charge aux acteurs publics de livrer les équipements et infrastructures olympiques nécessaires à ces Jeux olympiques. Nous avons une chance et ce n'est pas qu'une chance mais une condition qui a été fixée par la Maire de Paris pour s?engager dans cette candidature : nous avons fait le choix de construire peu d?infrastructures sportives, de faire le pari d'une candidature intrinsèquement sobre puisque 95 % des sites de compétition seront des sites déjà existants : le Stade de France, Roland-Garros, Jean-Bouin, le Parc des Princes, le Vélodrome national, le Golf national ou des sites temporaires transformés en sites olympiques, tels le Grand Palais, la Seine évidemment ou le Champ-de-Mars, par exemple.

Ces acteurs publics ont confié à "Solideo", la société de livraison des équipements olympiques et à sa présidente, Anne HIDALGO, Maire de Paris, le soin de livrer ces équipements olympiques. Ce budget, c'est environ 3 milliards d?euros, dont 1,5 milliard d'euros d'argent public, et c'est bien ce chiffre-là que nous devons à la fois avoir en tête et surveiller comme le lait sur le feu, afin d'engager une démarche unique, singulière dans l?histoire des Jeux olympiques. Les acteurs principaux du dossier, la Maire de Paris présidente de "Solideo", le Chef de l'Etat lui-même et ses Ministres concernés, ainsi que les acteurs du comité d'organisation, ont décidé de lancer préventivement trois études qui permettent en même temps, avant de lancer les travaux et avant de prendre des décisions, de s'assurer que ces décisions ne nous mettraient pas dans 2 ou 3 ans dans une situation budgétaire délicate. C'est un effort de prévention qui nous conduit à la situation actuelle.

Le processus est sous trois formats différents. D?abord, il y a un travail engagé par le C.I.O., qui s'appelle - excusez l?anglicisme - "Games management plan 2020", qui est la liste de 118 recommandations adoptées par le Comité international olympique à Pyeongchang lors de sa session antérieure aux Jeux olympiques et paralympiques en Corée, 118 préconisations pour réduire le coût de livraison des Jeux olympiques. Cela va passer par le nombre de lits dans le village olympique, le nombre de mètres carrés dédiés dans l?International Broadcast Center, un certain nombre de questions logistiques qui vont permettre de réduire la facture côté comité d'organisation. Mais évidemment, les coûts que ne dépensera pas le comité d'organisation et qui étaient prévus pourront être versés, nous l'espérons, au soutien à un certain nombre d'infrastructures.

Ensuite, deux autres processus d?analyse et d'évaluation. La première, c'est la "Solideo" elle-même. La Maire de Paris, présidente de la "Solideo", en lien avec le délégué ministériel, a demandé au directeur général de "Solideo" une contre-expertise des coûts menée par un économiste de la construction qui vise l'ensemble des 26 projets financés par "Solideo", une contre-expertisation ex ante dès maintenant de l'ensemble des coûts et des risques, les risques par exemple liés aux dépollutions des sols, à l?évolution du coût du bâtiment et de l'ensemble de ce qui mérite d'être mis en ?uvre. Ce rapport sera connu d'ici la fin du printemps.

Enfin, le dernier élément d'analyse et d'évaluation, c'est le rapport commandé par l'Etat avec l'accord de la Maire de Paris sur trois inspections générales mobilisées, celle de la jeunesse et sports, celle des finances et celle de l?environnement pour une analyse complète de l'ensemble des risques liés au concept olympique.

C'est ce rapport qui n'est malheureusement pas sorti, Madame MÉHAL, et dont "Le Parisien" a eu visiblement quelques bonnes feuilles mais que nous n'avons pas nous-mêmes et qui semble conduire à un certain nombre de zones de risque.

Je veux dire sur ces zones de risque, d?abord que je ne souhaite pas qu'elles soient stigmatisées sur le fait qu'elles se trouvent en Seine-Saint-Denis. Par nature, quasiment l?intégralité des structures nouvelles et de notre investissement est en Seine-Saint-Denis. Par définition, c'est là que se situent les risques puisque c'est là que se situent les projets.

Deuxième élément, ils sont sur des projets d'envergure, avec à la fois un village qui aura plus de 3.000 logements et un nouveau centre aquatique olympique. C'est donc fort de ces éléments, quand ils nous seront livrés, que nous pourrons désormais engager la phase de revue de projet. Elle commencera les 27 et 28 mars prochain avec la venue du Comité international olympique à Paris et nous allons regarder avec le Comité l'ensemble de ce concept, l?ensemble de ces chiffres pour identifier et évaluer ces zones de risque telles qu'expertisées par les trois processus que j?ai indiqués.

Le 30 mars aura lieu le premier conseil d?administration de "Solideo" où la présidente de "Solideo" aura l'occasion de partager les premiers éléments, les directions, une méthode de travail pour résoudre un certain nombre de risques, les anticiper, les réduire, les résorber ou dégrader un certain nombre d'options pour rester dans les clous, mais j?y reviendrai.

Enfin, tout cela se conclura en juin 2018 avec évidemment une concertation permanente des acteurs olympiques - parce qu'ils sont ceux, à un moment donné, à qui on va livrer ces Jeux olympiques -, des territoires car c'est à eux qu?on livre un héritage et, évidemment, de chacune et de chacun d'entre vous au sein de la Commission des élus olympiques, que la Maire de Paris a souhaité créer au sein de ce Conseil.

Cette étape cruciale du mois de juin, ce sera la Commission de coordination du C.I.O., qui se réunira sous l'égide de Pierre-Olivier BECKERS, président de le Commission de l?organisation, mais nous l'aborderons avec la même philosophie qui est la nôtre depuis la candidature et qui a trois aspects : l'efficacité de livraison des Jeux olympiques, l'héritage maximal pour nos populations et, évidemment, la sobriété budgétaire.

Si je dois vous convaincre de ce qui est aujourd'hui une déclaration de méthode, une manière de faire, Madame MÉHAL, c'est que sur le cas de la deuxième Arena de Bercy, c'est précisément quand nous avons identifié un risque potentiel de surcoût budgétaire que nous avons décidé, sagement, sereinement et en conscience, de trouver un nouveau lieu qui maximise l'héritage et qui, lui, rentrera dans l'épure budgétaire prévue par ce dossier olympique.

L'approche de ces prochains mois restera donc la même. La position de la Maire de Paris a même été rejointe et soutenue par le Président de la République lui-même et le Ministre des Compte publics et de l?Action publique Gérald DARMANIN à l'occasion du Conseil olympique qui s?est tenu au Stade de France il y a quelques semaines, convenant tous, acteurs publics autour de la table, que le montant d'argent public - 1,5 milliard d'euros - ne serait pas dépassé et que nous prendrons dans les mois à venir les décisions qui permettront de livrer les Jeux olympiques, de livrer un héritage aux habitants et de tenir cet engagement qui nous paraît fondamental.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. La réponse?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - On serait obligé de le croire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Oui, mais je pense qu?il faut éclairer notre Conseil et personne ne se plaint d'avoir une information précise et l'information précise est tout à fait positive et utile au bon fonctionnement de notre Assemblée. Ce n'étaient pas des mots pour ne rien dire.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Je prends note de votre réponse très rapide mais en même temps très circonstanciée qui nous rassure. Soyez en même temps assurés que notre groupe, tout en soutenant fortement les Jeux olympiques, continuera d'exercer une vigilance très sourcilleuse, notamment sur la question et vous l'avez évoquée, des surcoûts budgétaires mais aussi de l'empreinte écologique, car on ne voudrait pas que ces deux questions viennent amoindrir la portée et le rayonnement des Jeux olympiques. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame Fadila MÉHAL.