Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mars 2018
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

VI - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à l'accueil des migrants.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité suivante, celle qui est posée par le groupe UDI-MODEM.

Je vous donne la parole, Madame JOHNSON.

Mme Olga JOHNSON. - Cela va être un peu plus calme, je pense.

Madame la Maire, l'hiver touche à sa fin et, avec lui, l'activité du centre d'accueil de la porte de la Chapelle. De nouveaux centres vont donc ouvrir pour faire face à l'augmentation attendue du nombre d'arrivées de migrants à Paris avec les beaux jours qui viennent. Face au drame humanitaire et à la crise migratoire que nous connaissons depuis plus de deux ans, la Mairie a été force de propositions et a su coopérer avec l'Etat pour gérer l'urgence permanente.

Paris peut s'honorer des 60.000 passages dans la Bulle en 16 mois, de la mobilisation solidaire de nombreux Parisiens et d'associations en faveur de l'accueil, de l'hébergement, de dons de temps et de vêtements aux migrants. Nous avons soutenu cette démarche humaniste dès la première heure et continuons aujourd'hui à la soutenir, tout en jouant notre rôle de sentinelle.

Nous étions notamment vigilants sur le caractère temporaire du centre de la Chapelle et saluons aujourd'hui que les engagements pris par la Mairie aient été tenus.

Pendant ces 16 mois, il y a eu aussi des revers. Des associations ont jeté l'éponge dans cette tâche, des campements sauvages se sont éternellement reformés et subsistent porte d'Aubervilliers et quai de Jemmapes. Des riverains sont très énervés et excédés aujourd'hui, et les élus parisiens pas assez informés, à notre goût.

A l'aube de l'ouverture de 5 centres d'accueil et d'examen des situations en Ile-de-France, dont un boulevard Ney et de 4 centres d'accueil de jour, il nous semble nécessaire que Madame la Maire et Monsieur le Préfet, vous puissiez nous apporter des éléments de réponse sur les trois points suivants :

Quels enseignements et bilan qualitatif la mairie tire-t-elle du fonctionnement de la structure d'accueil - points forts, points d'amélioration - qui puissent servir d'aiguillon pour le bon fonctionnement du futur centre boulevard Ney et des 4 centres d'accueil de jour parisiens. Ce bilan serait nécessaire et nous souhaitons vraiment que tous les groupes politiques puissent être autour de la table et y participer.

Quelles réponses la Mairie apporte-t-elle à l'inquiétude des élus et des riverains du 18e arrondissement concernant l'implantation d'un nouveau centre sur le même boulevard Ney ?

Dernière question : où en sont les négociations avec le Gouvernement concernant l'augmentation des crédits dédiés à la prise en charge des mineurs non accompagnés étrangers ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame JOHNSON, pour cette question extrêmement importante et réellement d'actualité.

Je vais donner la parole tout d'abord à Dominique VERSINI, puis M. le Préfet de police apportera aussi des éléments de réponse. Chère Dominique VERSINI.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Madame la Maire, mes chers collègues.

Madame la conseillère de Paris Olga JOHNSON, effectivement, le centre de premier accueil de la Chapelle fermera ses portes le 31 mars, dans 10 jours, pour laisser place, ainsi que nous nous étions engagés dès son ouverture, à l'installation du campus universitaire Condorcet.

Pendant un an et demi et vous l'avez dit, Madame JOHNSON, beaucoup de travail a été réalisé. Plus de 60.000 personnes ont été accueillies dans ce qu'on appelle la Bulle, et 25.000 personnes ont pu bénéficier d'une proposition d'hébergement adaptée. Des hommes, des femmes, des familles qui, elles, ont été orientées dans l'autre centre de premier accueil pour familles que nous avons créé à Ivry.

En fait, il y avait aussi un pôle d'accueil, je l'ai dit, un pôle santé qui était très important, qui a été géré par "Médecins du Monde" dans un premier temps, puis par le S.A.M.U. social de Paris. Je vous précise que "Médecins du Monde" n'est pas parti comme cela. Ils avaient prévu de faire le démarrage pendant la première année. Je veux vraiment remercier et saluer les équipes de "Emmaüs Solidarité" qui ont fait un travail remarquable pendant un an et demi.

Que dire du bilan de ce centre ? Tout d'abord, un bilan positif parce que beaucoup de personnes ont eu ce lieu repère, ont pu y arriver, se poser, se reposer, être informées sur les dispositifs nationaux, être orientées dans un partenariat d'ailleurs Etat, Ville et "Emmaüs Solidarité", "France Terre d'asile", l'O.F.I.I., tous les grands acteurs.

Le problème de ce centre, et c'est l'enseignement que nous avions vu dès le départ, c'est le problème de la fluidité, c'est-à-dire que l'Etat ait la possibilité et les moyens peut-être d'orienter, en temps réel, les personnes vers les centres d'accueil et d'orientation en province. Beaucoup a été fait. Environ 65 à 70 % des gens ont pu l'être, mais il y a toujours eu un delta qui a entraîné la constitution de campements aux abords du centre et dans le Nord de Paris, d'autant que des personnes continuent à arriver chaque jour.

Cela a entraîné évidemment des opérations de mise à l'abri. La dernière opération de mise à l'abri d'ampleur date du mois d'août dernier, 2.500 personnes. Mais depuis le mois de septembre, l'Etat organise, avec l'appui de nos services, deux opérations de mise à l'abri par semaine. Force est de constater que cela ne suffit pas à prévenir la reconstitution de campements puisque les équipes de maraude et les services de la Ville considèrent, au moment où je vous parle, qu'il y a environ 1.500 à 1.800 personnes sur les campements du Nord de Paris.

C'est un modèle que j'étais allée étudier en Allemagne et qui fonctionnait bien à partir du moment où la fluidité fonctionnait. Nous avons proposé à l'Etat, parce que nous savions que le chantier Condorcet qui devait commencer, de reproduire le concept sur un autre site, mais l'Etat nous a indiqués ne pas vouloir le poursuivre sous cette forme. A aujourd'hui, peut-être que M. le Préfet en dira plus que moi, le dispositif prévu par l'Etat consiste à ouvrir 4 centres d'accueil et d'examen des situations administratives que l'on appelle C.A.E.S., des sortes de C.P.A. mais pas tout à fait sur le modèle du C.P.A., qui permettent d'accueillir les gens, de les orienter, d'analyser leur situation administrative. Actuellement, ils sont répartis sur l'Ile-de-France. Un premier a ouvert à Cergy, un autre est prévu dans le 18e arrondissement à la Boulangerie. Mais je précise pour les élus parisiens que nous n'avons pas eu notre mot à dire sur la Boulangerie car il ne s'agit pas d'un site qui appartient à la Ville. Il s'agit d'un site qui appartient à l'Etat, je crois à l'armée. Il y aura également deux autres C.A.E.S. hors de Paris. Par ailleurs, l'Etat nous a fait savoir qu'il souhaitait mettre en place des guichets d'accueil sur Paris, qui permettraient aux migrants primo-arrivants de s'y rendre pour être informés et orientés s'ils souhaitent demander l'asile. Je pense que le Préfet précisera les modalités de ce dispositif. Quant à nous, nous allons continuer dans un accueil - je suis trop longue - sur les migrants primo-arrivants, notamment les femmes et les familles avec enfants puisqu'ouvrira la semaine prochaine un lieu d'accueil, boulevard Henri IV, qui permettra aux femmes et aux familles d'arriver et d'être ensuite orientées notamment vers le centre d'Ivry. A ce stade, c'est ce que je peux vous dire. Au prochain Conseil de Paris, je pense que nous aurons plus d'éléments, nous le dirons. Sur votre dernière question, sur les négociations avec le Gouvernement sur les mineurs non accompagnés, à ce jour, je ne peux pas vous répondre car nous n'avons pas encore été destinataires des décisions du Premier ministre et donc du Gouvernement, mais nous les aurons pour le prochain Conseil.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame VERSINI.

Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - En complément, Madame la Maire, Madame la Conseillère, Mesdames, Messieurs les Conseillers, quelques éléments sur la mise à l'abri où le travail est partagé entre l'Etat, plutôt le Préfet de région que le Préfet de police et vos équipes, et quelques éléments sur le traitement administratif des demandeurs d'asile.

Sur la mise à l'abri des migrants, quelques données : plus de 10.000 places d'hébergement ont été créées pour les demandeurs d'asile en Ile-de-France. Cela représente un effort budgétaire annuel de 150 millions d'euros, ce qui n'est pas négligeable.

J'ajoute que l'ensemble des structures d'hébergement d'urgence en Ile-de-France comptent 103.000 places, dont environ les deux-tiers sont occupés d'une manière ou d'une autre par des migrants. Cela représente un effort annuel en Ile-de-France pour le budget de l'Etat de 970 millions d'euros. L'effort de l'Etat est très significatif et il a beaucoup augmenté au cours des dernières années.

Deuxième élément : l'Etat a parfaitement anticipé la fermeture du centre de premier accueil Dubois, là aussi en travaillant en pleine intelligence avec vos équipes.

Effectivement, 5 centres d'accueil et d'examen de situation seront ouverts à Cergy, à Ris-Orangis, à Paris, vous l?avez cité, à Vaux-le-Pénil dans le 77 et à Nanterre pour créer 750 places et offrir une capacité au moins égale à ce qui existait. S?ajoutent à cela, notamment à Paris, quatre structures d?accueil de jour.

Vous l?avez souligné, Madame la Conseillère, les maraudes sont en place depuis la dernière grande opération d?évacuation du mois d?août. Elles ont permis de mettre à l?abri plus de 4.200 personnes. Pour autant, on le constate, moi le premier, des campements se sont reconstitués sur les quais, dans le Nord de Paris des 10e et 19e arrondissements, le long du canal. C?est un sujet qui reste devant nous.

La demande d?asile en Ile-de-France a représenté l?an passé 53.533 attestations initiales. C?est 40 % de la demande d?asile du niveau national. Pour Paris même, près de 19.000 demandes. Beaucoup de ces attestations concernent des personnes relevant de la procédure Dublin.

J?étais pleinement conscient des difficultés que posait le premier accueil des demandeurs d?asile et nous avons pris un certain nombre d?initiatives fortes.

La première est d?augmenter très sensiblement la capacité d?accueil au guichet des demandeurs d?asile, aux guichets préfectoraux. Là où, en 2016, le nombre de rendez-vous quotidien était de l?ordre d?une centaine, il est passé à 320.

J?ajoute que pour les mois à venir, à ces 320 va s?ajouter une capacité supplémentaire de 165 places. Pourquoi ? La situation de la plateforme d?accueil des demandeurs d?asile boulevard de la Villette a appelé l?attention des élus des deux arrondissements, de vous-même, Madame la Maire, de vos équipes, et évidemment des services de l?État et des riverains. J?ai souhaité mettre fin à la situation actuelle qui était fondée sur un système de premier arrivé, premier servi, conduisant chaque soir à la constitution de queues et à des phénomènes sur la voie publique qui ne sont guère acceptables.

Le dispositif, qui est en train de se mettre en place et qui a été validé par le Ministère de l?Intérieur, est le suivant : les rendez-vous seront désormais pris par téléphone ; c?est une plateforme téléphonique gérée par l?O.F.I.I. à l?échelle régionale qui orientera les personnes qui auront pris ce rendez-vous dans les guichets d?accueil les plus proches de l?endroit où le rendez-vous aura été pris. Cela permettra de fermer la plateforme d?accueil qui se trouve boulevard de la Villette et d?accueillir, parce qu?ils doivent continuer leurs missions, les équipes de "France Terre d?Asile" qui sont en appui des demandeurs d?asile dans les locaux qui sont les nôtres boulevard Ney.

Tout cela sera en place le 2 mai prochain. Le stock de rendez-vous qui n?avaient pas été pris sera purgé dans les deux mois qui viennent avec l?effort supplémentaire que j?indiquais tout à l?heure pour qu?à cette date de début mai, nous respections les engagements de la France, tels que traduits dans la loi, c?est-à-dire un rendez-vous au bout de trois jours.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet de police, pour ces réponses, et Dominique VERSINI bien évidemment.

Madame JOHNSON, je vous redonne la parole.

Mme Olga JOHNSON. - Merci, Madame la Maire.

Merci, Monsieur le Préfet de police. J?ai bien saisi qu?il y avait quelques difficultés mais que vous faisiez des efforts, en termes de fluidité et de mise à l?abri. Toutefois, je n?ai pas entendu de réponse très rassurante sur la tranquillité des riverains. Je pense que vous y travaillez mais c?est vraiment le problème crucial. Sur la tranquillité des riverains du 18e arrondissement, je n?ai pas eu de réponse précise mais peut-être n?en avez-vous pas.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet, si vous souhaitez dire un mot.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - En ce qui concerne la question des demandeurs d?asile, j?ai entendu beaucoup d?inquiétudes des riverains boulevard de la Villette à cause du fonctionnement de la P.A.D.A. et le dispositif va cesser son activité. A partir de début mai, la plateforme d?accueil du boulevard de la Villette sera fermée. Il sera mis fin à la situation qu?à juste titre dénonçaient les riverains.

Sur le 18e arrondissement, je n?ai pas eu de difficultés autour du site du boulevard Ney qui existe et où fonctionne le guichet unique des demandeurs d?asile de la Préfecture de police. Il y a des difficultés dans le 18e, comme ailleurs, mais sûrement pas au boulevard Ney à proximité de ce centre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Sur le 18e, le maire du 18e arrondissement et avec nos équipes, nous ferons bien sûr tout un travail puisqu?il il y aura un très grand projet.

On s?était engagé, et je tenais vraiment à ce que la parole donnée soit tenue, sur le fait que le centre de premier accueil - il a tout de même permis à plus de 20.000 personnes de pouvoir y séjourner et d?y être hébergés, ce qui nous a évité beaucoup de campements dans Paris - laisserait place au projet d?aménagement concernant l?université Condorcet. C?est chose faite. Je pense que les riverains qui ont accepté, accompagné, et ce n?était pas facile pour eux, l?arrivée du centre de premier accueil sont aujourd?hui informés et réunis, d?ailleurs par le maire du 18e arrondissement, et on va engager tout un travail.

C?est important, pour des propositions comme celles que nous avions faites pour répondre à une situation d?urgence, où nous avons utilisé ce que nous appelons entre nous le domaine intercalaire de la Ville, c?est-à-dire un endroit où avant un aménagement programmé, il y a un espace pour y faire autre chose qui peut régler l?urgence. Mais que ce ne soit pas des situations qui ensuite durent et empêchent le projet qui est vraiment un projet de revitalisation du 18e, et notamment de la porte de la Chapelle, qui est très attendu par nous, les élus de cette majorité, par le maire du 18e et bien sûr par les habitants de l?arrondissement. Cependant nous aurons l?occasion d?y revenir et de travailler ensemble sur ce point.

Pardon, Monsieur le maire du 19e.

En tant que maire d?arrondissement, il a le droit d?intervenir.

M. François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement. - En vous remerciant de me donner la parole, je voulais d?abord remercier le Préfet de police.

Avec Rémi FÉRAUD, Alexandra CORDEBARD, Colombe BROSSEL et la Maire de Paris, nous avions en effet alerté sur les sérieuses difficultés de fonctionnement de la P.A.D.A. du boulevard de la Villette. Nous avions travaillé depuis plusieurs mois sur le sujet et nous vous remercions de tenir les engagements que vous aviez pris auprès de nous et des riverains.

Je voulais rebondir sur la situation que vous avez rapidement évoquée du campement du Millénaire, porte de la Villette, en disant que "le sujet était devant nous". Monsieur le Préfet, il est hélas sous nos yeux.

Je voulais une nouvelle fois profiter de l?occasion, je me suis permis de vous interpeller la semaine dernière, lors d?une réunion que vous avez organisée avec les maires d?arrondissement, pour rappeler que nous faisons face à une situation que les élus de Paris doivent connaître et qui est en train de devenir catastrophique : aujourd?hui, 900 personnes dorment à la rue, au bord de l?eau. On est à deux doigts d?avoir un accident sérieux.

Je le dis ici, comme je vous l?ai déjà dit, Monsieur le Préfet de police, si rien ne bouge, dans quinze jours, ce sont 2.000 personnes qui seront là. C?est aujourd?hui devenu le point d?entrée principal dans Paris. C?est un centre de transit.

On est dans une configuration encore différente de celles que nous avions déjà connues par le passé. Je sais qu?avec vos services vous faites le maximum. Je sais que la Ville de Paris est pleinement engagée avec Dominique VERSINI et toutes les équipes de la Ville sur cette situation, mais elle implique évidemment la mobilisation de moyens d?envergure. Nous ne laisserons pas 1.000 personnes aujourd?hui, 2.000 demain dans ces conditions, à côté d?une école, à côté d?une crèche. C?est vrai que c?est dans un lieu un peu isolé aux marges de Paris, mais ce n?est pas pour autant que l?on doit fermer les yeux.

Je vous conjure d?utiliser toute votre influence, Monsieur le Préfet, auprès du Ministère, auprès de toutes les autorités publiques d?État, pour nous aider à régler cette situation. Elle est aujourd?hui largement passée sous silence par les médias. Je souhaite qu?ils puissent relayer la préoccupation qui est la nôtre, l?inquiétude que nous partageons vis-à-vis de ceux qui vivent dans ces conditions, comme l?inquiétude de ceux qui vivent à proximité et qui ne pourront pas accepter longtemps d?être les témoins impuissants de cette situation terrible.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire du 19e arrondissement. C?est un sujet sur lequel nous travaillerons ensemble, bien évidemment.