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Mars 2018
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Vœu déposé par le GEP relatif à la campagne contre le harcèlement dans les transports.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Nous allons passer au v?u n° 161, relatif à la campagne contre le harcèlement dans les transports.

Je donne la parole à David BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire.

Nous avons constaté une campagne de sensibilisation contre le harcèlement dans les transports présentée par "Ile-de-France Mobilités", le 5 mars dernier, qui représente des harceleurs sous forme d'animaux sauvages et les victimes dans un environnement éloigné des transports en commun du quotidien.

Outre le fait que cette campagne met en scène des animaux qui sont, pour la plupart, et pour l'intégralité d'ailleurs, en voie de disparition, ce qui est quand même loin d'être le cas du harcèlement lui-même, ces animaux sauvages ne peuvent pas être utilisés comme une représentation collective des auteurs du harcèlement.

Elle minimise l'importance du problème et le nombre d?hommes qui se mettent, même parfois, sans en avoir pleinement conscience, en situation de harceleur. La désincarnation du problème ne peut pas permettre aux agresseurs de s'identifier, et donc, de prendre conscience de la gravité de leurs actes et de leur caractère répréhensible.

Elle conforte les idées reçues sur les violences sexuelles comme ayant majoritairement lieu dans des situations exceptionnelles et non au quotidien.

C'est la raison pour laquelle mon groupe dépose un v?u qui demande, d'abord, la suppression de cette campagne de sensibilisation et, ensuite, que l?on puisse la remplacer par une campagne qui soit réellement effective, celle qui a été menée par la Ville de Paris.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Merci.

Pour vous répondre, M. NAJDOVSKI.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Je réponds en lieu et place de notre collègue Hélène BIDARD, qui n'a pas pu être présente ce matin, pour vous dire qu?"Ile-de-France Mobilités" a effectivement lancé, au début du mois, une campagne de communication visant à lutter contre le harcèlement sexiste et sexuel subi par les femmes dans les transports en commun. Sur le principe, nous sommes favorables à une telle campagne. La Ville de Paris a, en effet, fait de la prévention et de la lutte contre les violences faites aux femmes un axe central de ses politiques publiques, avec la création, en novembre 2014, de l'Observatoire parisien des violences faites aux femmes.

La lutte contre le harcèlement de rue et dans les transports constitue, dans ce cadre, l?un des enjeux de l?approche sur le genre et l'espace public lancé par la Ville de Paris au titre de l'égalité entre les femmes et les hommes, et dans la perspective de faire de Paris un exemple de ville inclusive plus agréable et adaptée à toutes et tous.

Sachez, par ailleurs, que ma collègue Hélène BIDARD a interpellé de nombreuses fois les instances dirigeantes d?"Ile-de-France Mobilités", de la R.A.T.P. et de la S.N.C.F. concernant les violences sexuelles et sexistes subies par les femmes dans les transports, et notamment le harcèlement, les agressions sexistes et sexuelles, les publicités sexistes ou encore ce que l'on appelle le "manspreading".

Cette campagne est donc nécessaire. Elle est réclamée de longue date par les associations féministes et de soutien aux victimes. Toutefois, et nous sommes d'accord avec vous, le parti-pris de représenter les harceleurs des transports en commun comme des animaux et non comme des hommes ne permet pas une identification réaliste. D?autres campagnes contre le harcèlement sexiste et sexuel dans les transports menées dans d?autres pays sont beaucoup plus explicites et montrent clairement les situations en question. Pour autant, est-ce suffisant pour condamner cette campagne et demander le retrait des affiches ?

Pour l?Exécutif, cela ne ferait pas avancer les choses. Cette campagne existe, elle pourrait être meilleure, mais retirer les affiches ne serait pas plus productif et nous ne pourrions pas la remplacer par une campagne municipale.

Nous demanderons que les prochaines campagnes de sensibilisation contre le harcèlement sexiste et sexuel dans les transports en commun mettent directement en scène des individus afin de permettre une réelle contextualisation des situations, mais nous ne pouvons accéder aux demandes portées dans votre v?u.

C'est la raison pour laquelle l?Exécutif demandera le retrait de votre v?u.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Merci.

Je vais donner la parole à M. AZIÈRE pour une explication de vote.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Je trouve que la métaphore animale dans cette campagne de publicité me paraît très justifiée et très puissante dans le cas précis de la lutte contre le harcèlement sexuel. Je suis désolé d?avancer ici des poncifs, mais le monde de l'animalité est sous le signe de la violence, la violence la plus fondamentale, quasi-vitale puisque la vie des uns dépend de la vie des autres. Et donc, la violence dans le monde animal divise le monde animal entre les dévoreurs et les dévorés, les tueurs et les tués, et elle me paraît parfaitement bien adaptée pour illustrer les agresseurs et les harceleurs. A travers ces images, se nouent - vous le savez peut-être ou pas - des fantasmes de peur dans les représentations archaïques : celle du loup évidemment, celle de l'ours dans la représentation infantile ou, plus récemment, cinématographique, avec le requin.

Tous les sujets choisis dans cette campagne de publicité me semblent être parfaitement adaptés, et trois archétypes de la peur.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Il faut terminer, Monsieur AZIÈRE.

M. Eric AZIÈRE. - Je vais terminer.

Avec votre raisonnement simpliste, on aurait éliminé le serpent tentateur du jardin d'Eden ou le loup du lit de la mère-grand dans "Le Petit Chaperon rouge".

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Monsieur AZIÈRE, s'il vous plaît.

M. Eric AZIÈRE. - Voilà.

En tout cas, merci de vos v?ux distrayants parce qu'on n'a pas abordé le côté carnivore des prédateurs dans leur campagne de publicité?

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Alors, Monsieur AZIÈRE?

M. Eric AZIÈRE. - Mais les végétariens auraient pu s?en émouvoir.

Je vous remercie.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Je suis saisie d'une explication de vote de M. VESPERINI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci.

J'ai beaucoup apprécié les explications anthropologiques d'Eric AZIÈRE et je crois qu'elles sont tout à fait justifiées et méritaient leur place dans ce débat. Cela étant dit, je crois que le v?u du groupe Ecologiste est tout à fait justifié, à mon avis. À titre personnel, j'ai rencontré beaucoup de femmes qui avaient été très émues du caractère très pusillanime et très timoré de cette campagne de publicité. Je crois que, malheureusement, la R.A.T.P., contrairement à ce que dit Eric AZIÈRE très justement, a fait preuve, encore une fois, de pusillanimité. Ce n'est pas la première fois que les campagnes de publicité du transport public, d?"Ile-de-France Mobilités" tournent autour du pot et n'assument pas la réalité très difficile, dramatique que vivent beaucoup d'usagers des transports en commun.

Nous, au groupe PPCI, on ne votera pas forcément parce que l?on considère qu?à un moment donné, il faut laisser cette campagne aller à son terme. Cela étant dit, ce débat mérite d'avoir lieu. Il est important que la Ville de Paris soit davantage attentive aux campagnes publicitaires de la R.A.T.P., qui sont parfois navrantes de politiquement correct.

Merci.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - J'ai une dernière explication de vote de Mme BOILLOT.

Mme Julie BOILLOT. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, d'abord, la métaphore animale est un grand classique dans l?histoire, dans la littérature, dans la tradition populaire. Par ce v?u, vous semblez nier cette tradition pure et simple. Sur le fond, maintenant, donner l'impression de mettre sur le même plan la lutte contre le harcèlement sexuel et la protection des animaux sauvages, c?est créer un peu une polémique inutile.

Vous avez la chance, Monsieur BELLIARD, d'être un homme charpenté. C'est une chance quand on prend les transports publics. Mais lorsque vous êtes une femme, et la plupart des femmes qui ont pris les transports publics ont toutes connu parfois la violence, la peur, la culpabilité d'être victimes d'un frotteur, d?un exhibitionniste, d?un pervers bavard. Honnêtement, dans ces conditions, voir cette campagne affichée dans tous les métros, c'est rassurant. Oui, tous les jours, cela fait du bien de voir que, finalement, les institutions "Ile-de-France Mobilités", la R.A.T.P., la société prend en compte cette question. Et vous savez pourquoi c?est d'autant plus une réussite ?

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Madame BOILLOT, il faudrait terminer.

Mme Julie BOILLOT. - Avec mon jeune fils, j'ai pris le métro et il m'a demandé : pourquoi, maman, ces dames sont poursuivies par un requin et un crocodile ? J?ai pu avoir une discussion avec lui sur le harcèlement sexuel et je l?ai formé. Rien que pour cela, c'est une réussite.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Madame BOILLOT, je vous remercie.

Monsieur BELLIARD, est-ce que vous retirez votre v?u ?

M. David BELLIARD. - Non, on ne retire pas notre v?u. Juste un point pour préciser qu?évidemment, on n'est pas opposé au fait de faire une campagne contre le harcèlement. Ce n'est pas le fait qu'il existe une campagne, mais c?est la qualité de la campagne qui nous pose question. Donc, on ne retire pas le v?u.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente. - Donc il y a un avis défavorable de l?Exécutif.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 161 du groupe Ecologiste de Paris.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est rejeté.