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2018 DAC 373 - Attribution de la dénomination Violette Leduc à la bibliothèque Faidherbe (11e).

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2018


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Le projet de délibération DAC 373 porte attribution de la dénomination Violette Leduc à la bibliothèque Faidherbe.

La parole est à M. Philippe DUCLOUX.

M. Philippe DUCLOUX. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Un petit mot avant de parler de ce projet de délibération sur la bibliothèque Faidherbe. Il s?agit de l?une des 2 bibliothèques du 11e arrondissement dans un quartier et une rue emblématique, la rue Faidherbe, avec l?école Boulle, avec un certain nombre de commerces et l?hôtel Boutet. Je dis cela en préambule, car cette bibliothèque va être refaite et aménagée, grâce au budget participatif et grâce aux conseils de quartier, notamment celui de Nation-Alexandre Dumas.

Le projet de délibération qui nous est proposé vise à attribuer le nom de Violette Leduc à cette bibliothèque Faidherbe. Je voudrais en premier lieu remercier très chaleureusement et très sincèrement Christophe GIRARD, qui avait proposé ce v?u avec le groupe Socialiste et apparentés, lors de la séance de juillet 2014 de notre Conseil de Paris, afin que le nom de cette romancière soit attribué à un lieu de lecture à Paris.

Je me réjouis, en tant que conseiller de Paris, en tant que vice-président de la commission Culture et en tant qu?élu du 11e arrondissement, que la Commission de dénomination des voies, places, espaces verts et équipements publics municipaux ait donné un avis favorable et choisi la belle bibliothèque Faidherbe que je connais bien pour rendre cet hommage. Violette Leduc est née à Arras en 1907. Elle a fait ses premières études à Valenciennes, puis à Douai. En 1926, elle accompagne sa mère et son beau-père à Paris où elle poursuit ses études secondaires au lycée Racine. Elle deviendra ensuite échotière chez Plon, où elle rencontre de nombreux écrivains, et entre en 1936 chez Synops comme scénariste.

En 1939, elle est secrétaire pour la "Nouvelle Revue Critique", maison d?édition, où elle restera jusqu?à la déclaration de la guerre.

En 1940, elle collabore à la revue "Pour Elle" et au quotidien "Paris-Soir".

En 1942, elle s?installe pendant trois mois dans un village de Normandie, Anceins, où elle commence à écrire ses souvenirs d?enfance qui deviendront le roman "L?Asphyxie".

En février 1945, Violette Leduc est présentée à Simone de Beauvoir qui accepte de lire le manuscrit de "L?Asphyxie". D?emblée, Beauvoir reconnaît son talent. Dès lors, elle suivra son travail et la soutiendra jusqu?à la fin. Des extraits du manuscrit paraissent dans la revue "Les Temps modernes".

En 1946, "L?Asphyxie" sort chez Gallimard, dans la collection "Espoir", dirigée par Camus. Le livre ne connaît au départ aucun succès, mais Violette Leduc gagne l?estime de Jean Cocteau, de Jean Genet, de Marcel Jouhandeau, de Nathalie Sarraute et de Jean-Paul Sartre. Eprise de Simone de Beauvoir, elle entame la rédaction de "L?Affamée", poème en prose, journal onirique d?une amoureuse, consacré à sa passion pour Simone, nommée "Elle" tout au long des pages. Violette Leduc se lie d?amitié avec Colette Audry et surtout Nathalie Sarraute.

En septembre 1947, grâce à Jean Genet, qu?elle admire, elle rencontre Jacques Guérin, riche industriel, collectionneur de livres rares, de manuscrits, d??uvres d?art, ami d?artistes et d?écrivains. Il admire l??uvre de Violette et lui apportera son fidèle soutien pendant les dix-sept années de leur amitié. En 1948, il fait publier à ses frais chez Jean-Jacques Pauvert, aux éditions du Palimugre, une édition de luxe de "L?Affamée", qui sort la même année chez Gallimard.

Violette Leduc commence la rédaction du roman "Ravages". En 1949, Sartre et de Beauvoir lui versent une petite pension par l?intermédiaire des éditions Gallimard. En 1954, grâce au prix Goncourt, obtenu pour "Les Mandarins". Simone de Beauvoir assumera seule cette charge.

En 1954, Violette Leduc est victime de la censure éditoriale et Gallimard ôte les 150 premières pages de son roman "Ravages". L'auteure y décrivait dans un style imagé mais aussi une exactitude d'étymologiste les ébats passionnés de deux collégiennes, Thérèse et Isabelle.

En 1955, "Ravages" sort amputé de son début et Jacques Guérin publie un tirage restreint, à 28 exemplaires, de cette partie censurée par l'éditeur.

En 1970, elle publie "La Folie en tête". Violette a malheureusement un cancer du sein et décide de s?installer définitivement à Faucon dans le Vaucluse, dans sa maison. Elle continue à écrire malgré l'aggravation de la maladie et meurt chez elle le 28 mai 1972.

Le magazine culturel Télérama, mes chers collègues, du 9 novembre 2013 caractérise son ?uvre : le paradoxe la nourrissait. La contradiction la tenait en vie, tel est le secret de la vigueur indémodable de son écriture. Les phrases courtes s'entrechoquent comme des vents contraires, les mots se livrent à des bras de fer vite tranchés, les vérités claquent pour être démenties dans des pirouettes de désespoir. Violette Leduc est considérée comme l?une des pionnières de l?autofiction qui a fait de sa vie la matière principale de ses livres. L?apparente simplicité de son style?

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Monsieur le Maire ?

M. Philippe DUCLOUX. - ... et sa musique particulière leur donnent un ton vrai, personnel et très attachant.

Cet hommage, mes chers collègues, nous permet d'honorer une femme supplémentaire dans le cadre de notre politique de féminisation des dénominations et cela permettra aussi, j'en suis sûr, de promouvoir l'?uvre de Violette Leduc qui mérite d'être mieux connue par le grand public.

C'est pourquoi je vous invite à voter ce très beau projet de délibération. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Philippe DUCLOUX, merci à l'ensemble de votre groupe ainsi qu'à Christophe GIRARD qui, effectivement, avait porté cette idée de nouvelle dénomination Violette-Leduc il y a trois ans maintenant.

Ce très beau projet de délibération nous permet de nous réjouir doublement, d?abord de la réouverture après travaux, au deuxième semestre 2018, de la bibliothèque Faidherbe dans le 11e arrondissement, mais aussi et surtout de pouvoir exprimer, à notre tour, notre grande satisfaction de voir le nom de Violette Leduc bientôt associé à un équipement public municipal.

Vous avez parfaitement retranscrit sa superbe biographie et nous sommes très heureux, en effet, après Jacqueline de Romilly, après Françoise Sagan pour la médiathèque dans le 10e, après Assia Djebar tout récemment pour la médiathèque dans le 20e arrondissement, qu'une nouvelle écrivaine, essentielle, du XXe siècle, donne son nom à une bibliothèque parisienne.

Vous l'avez dit, amie de Simone de Beauvoir, jugée scandaleuse et sulfureuse en particulier en raison de son homosexualité, Violette Leduc est l?autrice d'une ?uvre encore trop méconnue mais progressivement redécouverte et je suis convaincu que donner son nom à une médiathèque en plein c?ur de Paris permettra de faire découvrir ou redécouvrir pour certains son ?uvre exceptionnelle. C'est donc un immense plaisir de rapporter ce projet de délibération.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Visiblement, Violette Leduc a des fans parmi cette Assemblée !

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 373.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2018, DAC 373).