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Mai 2018
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Conseil Municipal
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Condoléances.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous avons aussi appris avec tristesse la disparition, ces dernières semaines, de deux anciens conseillers de Paris, MM. Jean-Jacques Danton et Jean Wlos.

Jean-Jacques Danton avait été élu sur la liste "Paris s?éveille" du 15e arrondissement de Paris en 1995. Il avait accédé au Conseil de Paris suite à la démission d?un conseiller de Paris en 1998. Il avait siégé de 1998 à 2001 sur les bancs du groupe Socialiste et Apparentés et avait participé aux travaux de la Commission de l'Administration générale, du personnel, du contentieux et de l?informatique. Jean-Jacques Danton était avant tout un fervent militant qui ne transigeait pas avec ses convictions. Il a ?uvré pendant des décennies pour les défendre dans sa section socialiste du 15e arrondissement de Paris - c?est là que je l?ai connu -, tout en privilégiant toujours le dialogue avec ceux qui ne partageaient pas ses opinions. Il était amateur de grands espaces. Il s?était retiré dans sa campagne auvergnate et a combattu la maladie, et c?est là qu?il a fini sa vie.

Jean Wlos est né dans le 18e arrondissement de Paris. Il y avait vécu sa jeunesse et bien sûr aussi les années sombres de la guerre et les persécutions antisémites, en échappant de peu à la rafle du Vél? d?Hiv. Il était demeuré fidèle à cet arrondissement au point d?y fonder sa famille, dont je salue les membres présents aujourd?hui : Micheline, Alain et Emilie WLOSZCZOWSKI, et d?y mener, bien sûr, toute sa vie politique après son adhésion au Parti communiste en 1946. Il avait alors 16 ans. Employé à la CGT durant près de vingt ans, il avait gravi les échelons au sein du Parti communiste en intégrant sa fédération parisienne en 1969, puis son siège, où il fut chargé du secteur "élections" dès 1982.

Enfin, il avait rejoint le Comité national du Parti communiste de 1990 à 2000. Elu du 18e arrondissement au Conseil de Paris en 1995 sur la liste d?Union de la gauche emmenée par Daniel VAILLANT, il a siégé sur les bancs du groupe Communiste et participé aux travaux de la Commission des affaires financières et budgétaires et des subventions. Il demeurera dans la mémoire des habitants du 18e arrondissement par la force de ses convictions, son militantisme sans faille et ses grandes qualités humaines.

Au nom de tous les Parisiens, des élus de Paris, nous rendons hommage aujourd?hui à ces deux collègues décédés. Je vous propose une minute de silence.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Je vous remercie.

Y a-t-il des interventions, notamment au sujet de l?hommage que nous venons de faire à nos collègues Conseillers de Paris disparus ? Monsieur BONNET-OULALDJ, pour le groupe Communiste et Front de Gauche, vous avez la parole.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, ma chère Micheline, chère Emilie, cher Alain, c?est évidemment avec une profonde émotion que je prends la parole devant vous pour évoquer la mémoire de Jean. Vous le savez, comme président du groupe Communiste au Conseil de Paris, mes camarades et moi-même plaçons nos pas dans les pas des communistes qui ont siégé avant nous dans cette enceinte. Jean y a siégé un mandat de 1995 à 2001, marquant ainsi la victoire de la gauche dans six arrondissements de Paris, dans le 18e arrondissement. Nous étions d?ailleurs au cimetière du Père Lachaise pour lui rendre un dernier hommage avec de nombreux élus. Je pense à Eric LEJOINDRE, Annick LEPETIT, Mme BOUYGUES, Catherine VIEU-CHARIER et moi-même.

Vous l?avez dit, Jean était membre de la 1ère Commission, en charge des finances et du personnel, un lieu privilégié pour examiner la politique de la Ville, à l?époque où Jean TIBERI dirigeait Paris.

Jean est né rue Boinod en 1930 dans ce 18e arrondissement populaire qui vit au rythme des trains, des cris des marchands des quatre saisons de ce Paris d?avant-guerre où, déjà, communistes et militants d?extrême-droite font le coup de poing.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - S?il vous plaît ! C?est un hommage. Je vous propose d?écouter le président du groupe qui parle d?un de nos anciens collègues.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

C?est dans ce Paris qui semble un refuge pour de nombreuses familles juives polonaises, qui ont fui les pogroms et l?antisémitisme, que la famille de Jean va prendre racine. Ils sont ouvriers, tailleurs, chapeliers, fourreurs, artisans et petits commerçants. Le père de Jean, communiste déjà en Pologne, veut croire que la France sera un rempart contre le fascisme et sa famille n?imagine pas que la patrie des droits de l?Homme va connaître pendant quatre ans un régime collaborationniste qui va éditer le statut des juifs - faut-il le rappeler ? - sans que les nazis ne le leur demandent. Quelques familles juives parisiennes pourront échapper à la rafle du Vél? d?Hiv. Jean est de ceux-là. Son frère, Ernest, est au maquis en Dordogne. Jean, à sa manière, commit un acte de résistance en arrachant l?étoile jaune que les autorités françaises l?obligeaient à porter. Il a 14 ans quand Paris est libérée et, comme beaucoup de jeunes Parisiens, ses yeux se tournent vers le communisme.

Dès 1946, il prendra toute sa place au sein des Jeunesses communistes. Parallèlement, il trouve un travail à la Société générale et ensuite dans une entreprise d?aviation à Issy-les-Moulineaux. Repéré, comme on le disait à l?époque, il travaille à la CGT de 1949 à 1968. Il sera de tous les combats, de toutes les solidarités : pour les cheminots qui, en 1953, connaissent une grève de longue durée ; pour la solidarité avec les familles de mineurs en 1963 ; et puis pour les luttes parisiennes dans les banques ou les grands magasins, ou encore dans les usines du 15e arrondissement. Paris est encore une ville ouvrière et d?employés ; les luttes y sont nombreuses. Il y a 50 ans, Jean devient permanent de la Fédération de Paris du Parti communiste. Il y restera jusqu?en 1982. C?est l?époque où, à gauche, les communistes sont majoritaires, où son ami, Louis Baillot, défend Paris et le 18e arrondissement sur les bancs de l?Assemblée nationale.

Nombre de militants et d?amis souligneront son caractère combatif et volontaire, parfois un peu rugueux dans le contact, surtout le matin. Jean reste discret, simple, accessible, mais toujours attentif à la vie de son parti et de ses militants. C?est après la campagne de 1977 et les soubresauts que connaît la Fédération de Paris que Jean, avec Henri Malberg, Alfred Gerson, Louis Baillot, Paul Laurent, Martine Durlach et tant d?autres, vont s?atteler à la reconquête de Paris. La situation a changé. Le parti est affaibli mais la volonté que notre ville bouge, que la spéculation cesse, que les classes populaires ne soient plus jetées hors les murs, est forte. La victoire dans le 18e arrondissement en 1995 sera une grande joie pour Jean, lui qui connaît son 18e sur le bout des doigts, fait du porte-à-porte et tient les points de rencontre. Il mène, avec les socialistes, avec M. VAILLANT, qui deviendra maire à cette époque, une négociation difficile mais son sens du compromis et son ancrage dans ce quartier populaire montrent combien est importante la place des communistes dans cette victoire.

Durant tout son mandat, il tiendra permanence et aidera les habitants du 18e à se battre pour les droits. Il siégera pendant dix ans au Comité central puis au Comité national. Il aura en charge notamment la formation et sera co-directeur d?école de quatre mois, comme on le disait à l?époque.

Nous retiendrons de la vie de Jean que l?histoire n?est pas écrite, que la lutte et l?engagement paient, qu?un élu communiste reste d?abord et avant tout un militant, un homme disponible pour ses camarades et les habitants de son arrondissement. Nous pensons à Micheline, à Didier, à Alain, à Emilie, à tous les membres de sa famille qui l?ont accompagné dans ses luttes et sur les bancs du Conseil de Paris. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C?est moi qui vous remercie, Monsieur le Président.