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Mai 2018
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IV - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris relative au service Vélib'.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vous propose de passer à la question d'actualité suivante qui est posée par le groupe UDI-MODEM. Je crois que c'est Madame Maud GATEL.

Vous avez la parole.

Mme Maud GATEL. - Merci.

Madame la Maire, mes chers collègues, vous le savez, notre groupe UDI-MODEM n?a eu de cesse, depuis juillet 2016, de vous faire part de ses craintes quant à la continuité de service dans le cadre du renouvellement du marché Vélib?. Durant des mois, vous avez balayé nos interrogations en nous promettant un service étendu et modernisé dès le mois de mars 2018. Aujourd'hui, plus personne n'y croit, pas même l'opérateur si j'en crois les annonces qu'il vient de faire. Pour le plus grand désarroi des abonnés, évidemment, et également pour le plus grand désarroi des personnels. Des personnels dont on n'a pas suffisamment parlé et qui reviennent sur le devant de l'actualité, non pas sur la question de leurs conditions de travail, sur lesquelles il y aurait pourtant beaucoup à dire, mais parce que certains souhaiteraient leur faire porter la responsabilité du fiasco Vélib'.

Or, les personnels sont les grands laissés-pour-compte dans cette affaire. Laissés-pour-compte une première fois, car les modalités du premier contrat Vélib' entre la Ville et DECAUX ne prévoyaient pas d'obligation pour le nouvel allocataire de reprendre les personnels, ce qui constitue, à n'en pas douter, une faute de la part de la Ville. Une deuxième fois au moment de leur transfert chez "Smoovengo", fin 2017. Le syndicat mixte s'en était réjoui. C'était oublier les conditions de reprise beaucoup moins favorables de la part du nouvel opérateur.

Nous avions pourtant pris des engagements, nous, élus parisiens, en votant à plusieurs reprises un v?u demandant que les salariés de "Cyclocity" passant chez "Smoovengo" puissent - je cite : "Bénéficier de conditions salariales et sociales similaires à leur situation actuelle". En acceptant ce moins-disant social, le syndicat oubliait une deuxième fois les personnels. Aujourd'hui, ils sont à nouveaux les laissés-pour-compte de ce système en raison de l'impréparation du prestataire retenu et des nombreux dysfonctionnements constatés. Depuis le 17 avril, une partie des salariés, 80 % des agents de terrain, sont en grève pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail et réclamer une revalorisation de leur rémunération. Le conflit social dure maintenant depuis 15 jours et, ni la Ville, ni le syndicat "Autolib' Vélib' Métropole" ne sont intervenus pour tenter d'y mettre fin.

Nous ne reconstruirons pas ce qui a été cassé sans que chacun assume ses responsabilités : la Ville, le syndicat, "Smoovengo". Nous ne sortirons pas de l'impasse sans les personnels. Ils portent l'expertise de l?offre Vélib' souvent depuis 10 ans au sein de "Cyclocity". C'est avec eux que nous devons trouver des solutions. Ils y sont prêts. Leurs revendications sont légitimes et doivent être entendues.

Madame la Maire, vous avez appelé hier à ne pas nier la réalité sur une transition Vélib? qui se passe mal. Cette prise de conscience, ô combien tardive, doit désormais passer par des actes. Nous vous demandons d'agir pour la mise en place d'une médiation entre le syndicat "Autolib' Vélib' Métropole", "Smoovengo" et les salariés grévistes, une médiation d'autant plus nécessaire que les instances de dialogue au sein de "Smoovengo" ne sont pas encore installées. Madame la Maire, au-delà des effets d'annonce d?hier, êtes-vous prête à prendre toutes vos responsabilités dans ce fiasco, y compris à l'égard des personnels ? Comment comptez-vous concrètement faire respecter les engagements pris par les élus du Conseil et ne pas abandonner une nouvelle fois les personnels sans lesquels Vélib? ne pourra se relever ?

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Christophe NAJDOVSKI, pour vous répondre.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Après une période de déploiement poussif en janvier février, puis accélérée en mars et début avril, seconde phase qui incitait à l?optimisme, le service Vélib? se trouve, depuis une quinzaine de jours, dans une situation de crise grave, avec des dysfonctionnements majeurs et un mouvement social des personnels qui rendent la maintenance hors d'usage, et avec un système aujourd'hui quasiment hors service. L'exaspération des usagers de Vélib? est à son paroxysme. Elle est tout à fait légitime. Vélib? est un service public aimé des Parisiens et la situation actuelle est parfaitement inacceptable.

C'est ce qu'ont, d'ailleurs, signifié la Maire de Paris, Anne HIDALGO, le président de la métropole du Grand Paris, Patrick OLLIER, la présidente du syndicat "Autolib' Vélib Métropole", Catherine BARATTI-ELBAZ, qui ont convoqué hier les dirigeants de "Smoovengo" pour les rappeler à leurs responsabilités et obtenir de leur part des engagements concrets en vue d'une sortie de crise rapide. Les représentants de "Smoovengo" ont ainsi présenté un plan d?urgence de sortie de crise, dont je peux vous énumérer les mesures, outre la reprise des négociations avec les salariés grévistes.

Sur ce point, je répondrai à Mme GATEL en disant que nous sommes, bien entendu, toujours ouverts à la discussion avec les salariés, sachant que la gestion du mouvement social est d'abord de la responsabilité de l'entreprise prestataire, puis de celle du syndicat "Autolib? Vélib? Métropole", mais que la Ville de Paris jouera pleinement son rôle et essayera de jouer ce rôle de médiation qu'elle a joué par le passé pour dénouer la situation.

Je le disais : plan de sortie de crise qui consiste tout d'abord à réinitialiser le système, avec le retrait de 3.500 vélos défectueux bloqués en station sur les 9.000 actuellement en circulation, l'arrêt de la mise en service de nouvelles stations sur batterie et l'accélération de l'électrification des stations actuellement sur batterie. Les vélos, mêmes mécaniques, nous le savons, ont besoin d'une certaine charge pour pouvoir communiquer avec le système d?exploitation. Or, il s?est avéré que le fonctionnement sur batterie ne permettait pas d'assurer une charge suffisante et régulière si les batteries ne sont pas fréquemment changées. Les mesures prises visent donc à sortir de cette contrainte et ainsi, à se focaliser sur l'électrification des stations et non sur l'ouverture la plus rapide de stations sur batterie avec un fonctionnement dégradé et fragile.

C'est également, dans son plan de sortie de crise, l'augmentation des effectifs du centre de relation client, la mise en place d'une équipe dédiée au déblocage des comptes ou encore l'amélioration de la communication de crise, notamment pour faciliter les modalités de remboursement et pour informer sur l'Etat des vélos des stations et du déploiement du service.

Il s?agit donc d?agir sur deux volets : un volet technique, avec la nécessité de parvenir le plus rapidement possible à un système fiable de dépose et de reprise des vélos, et un volet communication, avec la nécessité d'être transparent pour montrer aux Parisiens et aux Franciliens ce qui ne fonctionne pas, pourquoi cela ne fonctionne pas et quand cela va fonctionner.

Nous l'avons vu il y a un mois, alors que le système se déployait rapidement et commençait à fonctionner convenablement : le nombre de renouvellements d'abonnements et de nouveaux abonnements a connu, à l?époque, une forte progression pour atteindre les 220.000 alors qu?ils n'étaient que de 140.000 au début de l?année, ce qui montre un fort attachement des Parisiens au service Vélib'. C'est donc en résolvant le plus rapidement possible les problèmes techniques et en communiquant que "Smoovengo" et le syndicat "Autolib' Vélib'" pourront progressivement restaurer la confiance perdue.

Je voudrais dire également à Mme GATEL, qui a parlé de faute concernant la question de la reprise obligatoire des salariés d'ex-"Cyclocity", désormais "Smoovengo". Je voudrais rappeler que nous sommes dans un Etat de droit et qu'il y a des règles?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Enfin, cessez ces enfantillages !

Nous sommes en questions d'actualité et on répond, donc vous écoutez s'il vous plaît ! Soyez courtois ! Un peu de courtoisie républicaine, cela ne fait pas de mal par les temps qui courent. C'est Christophe NAJDOVSKI, mon adjoint, qui répond en toute responsabilité.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Je vous disais, Madame GATEL, que nous sommes dans un Etat de droit, qu?il y a des règles concernant les marchés publics et que nous nous y conformons strictement. Je vous avoue que je suis quand même très surpris que vous parliez de faute. Est-ce que vous voudriez que la Ville déroge aux règles des marchés publics et ne respecte pas les règles des marchés publics lorsqu'elle y a recours ? C?est quand même assez curieux comme façon de procéder.

Par ailleurs, à l?issue de la réunion d?hier, nous avons reçu l'assurance qu'il y avait une volonté affichée par le prestataire de faire fonctionner le système Vélib'. Nous ferons un nouveau point dans quelques semaines pour évaluer l'efficacité du plan de sortie de crise. La Mairie de Paris, les 68 communes du syndicat "Autolib' Vélib? Métropole" et la Métropole du Grand Paris sont aujourd'hui mobilisées pour obtenir de "Smoovengo" le service correspondant aux obligations du contrat et pour rétablir Vélib' dans les plus brefs délais. Nous pouvons encore construire le plus important et le plus performant système de vélos en libre-service d'Europe, voire du monde.

Nous sommes tendus vers un seul objectif : la réussite de Vélib?, car c'est d'abord et avant tout ce que demandent aujourd'hui les usagers, et le retour des Vélib? en état de marche dans les rues de Paris. Je continuerai par ailleurs pour ma part à convoquer, comme je le fais avant chaque Conseil depuis le mois de janvier, les dirigeants de "Smoovengo" pour qu?ils viennent s'expliquer en toute transparence devant les élus parisiens. Je note d?ailleurs que ceux qui vocifèrent ici sont ceux qu'on ne voit pas à ce genre de réunion. Ils viendront s'expliquer à nouveau devant les élus parisiens d'ici la fin du mois de mai.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur NAJDOVSKI.

Madame GATEL, vous avez la parole.

Mme Maud GATEL. - Merci.

J'ai cru qu'une nouvelle fois on aurait la même réponse que celle qu'on a depuis à peu près 12 mois, mais je vois que M. NAJDOVSKI, finalement, m'a vraiment écoutée. Concernant la reprise des personnels entre Vélib? 1 et Vélib' 2, c'est tout l'esprit du service public. Monsieur NAJDOVSKI, je connais le Code des marchés publics. En général, ce n'est pas de cette manière que cela se passe, c'est la différence entre la loi et l'esprit.

Par ailleurs, vous avez oublié de dire, Monsieur NAJDOVSKI, que le directeur général de "Smoovengo" vient d'annoncer à l?instant en conférence de presse la fin de l'"overflow" et la fin des Vélib? électriques. Je pense que c'est un sujet suffisamment important pour que l?on puisse en débattre dans cette Assemblée !

Enfin, on ne sortira jamais de cette impasse si vous n'assumez pas vos responsabilités. On les connaît, vos responsabilités. Simplement, à un moment, il faut auprès des Parisiens et des Franciliens assumer vos responsabilités. On est tous près ici, dans cette Assemblée, à sortir par le haut de cette situation, mais simplement commencez à assumer vos responsabilités !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Madame GATEL, vous avait dit quelque chose que je souhaite reprendre ici. Vous dites : "Il y a l'esprit de la loi et la loi." Je vais vous dire. En matière de marchés publics, il vaut mieux s'attacher à la loi qu'à l'esprit de la loi. Sinon, cela s'appelle le favoritisme.