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Mai 2018
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II - Question d'actualité posée par le groupe les Républicains et Indépendants à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la manifestation du 1er mai 2018. III - Question d'actualité posée par le groupe Démocrates et Progressistes à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux violences en marge de la manifestation du 1er mai. VI - Question d'actualité posée par le groupe Ecologiste de Paris à M. le Préfet de police relative aux manifestations parisiennes du 1er mai.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vous propose à présent de regrouper trois questions qui ont trait à la manifestation du 1er mai et qui sont posées à M. le Préfet de police. La première de ces questions est posée par le groupe les Républicains. Qui est-ce qui la pose ? C'est M. GOUJON ? Madame BERTHOUT ? Très bien. La deuxième question sera posée par le groupe DP, par M. LAURET, et la troisième, par M. BELLIARD pour le groupe Ecologiste de Paris.

Je vous propose, Monsieur le Préfet, de répondre après les trois questions. Madame BERTHOUT, pour le groupe les Républicains et Indépendants, vous avez la parole.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, je regrette le regroupement des trois questions. Je pense que chacune des questions pouvait peut-être mériter une réponse personnalisée puisque vous ne pouvez pas présupposer du contenu des questions qui sont posées. Mais enfin ! Je note que vous faites les règles vraiment au gré des circonstances.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, le 1er mai, le c?ur de Paris, notamment le 5e arrondissement, a été livré aux casseurs et à des scènes inacceptables de guérilla urbaine, de violences envers les forces de l'ordre et d'exactions sur les commerces.

Je salue le professionnalisme, Monsieur le Préfet, des forces chargées du maintien de l'ordre, qu'il s'agisse des unités de la Préfecture de police, des C.R.S. ou des gendarmes mobiles, et je n'oublie pas les pompiers de la brigade des sapeurs-pompiers qui ont permis d?éteindre très rapidement un départ de feu devant le concessionnaire automobile totalement saccagé du boulevard de l'Hôpital dans mon arrondissement.

Monsieur le Préfet de police, vous dirigez une institution dotée de capacités de renseignements connues et reconnues. 1.000 policiers s?attellent, en effet, à la détection des signaux faibles. Dans un communiqué publié la veille de la manifestation, la Préfecture a d'ailleurs alerté sur la volonté de groupes contestataires de s'en prendre violemment aux forces de l'ordre pour, je cite, "leur faire vivre une journée aux enfers". Sur les réseaux sociaux, un mouvement annonçait clairement vouloir prendre la tête du cortège pour transformer cette manifestation en une démonstration d'extrême violence.

Dès lors qu'elle était connue, pourquoi ces professionnels de la casse n'ont-t-ils pas été neutralisés ? J'ajoute que le solide réseau de caméras des transports en commun a d'ailleurs probablement confirmé ces craintes bien avant la constitution du cortège. Les violences survenues le 1er mai 2017 auraient peut-être dû inciter à déployer des effectifs en nombre. 2.500 policiers et gendarmes ont été mobilisés pour tenter de mettre fin à l'occupation de Notre-Dame-des-Landes par 150 "zadistes". Pour sécuriser une manifestation de 34.500 personnes dans la Capitale, dont 1.200 "black blocs", 2.000 forces de l'ordre seulement ont été déployées. M. le Ministre de l'Intérieur lui-même a reconnu l'insuffisance des moyens déployés.

Dès le début de la manifestation, ces 1.200 "black blocs", cagoulés, parfois casqués, armés de barres, de cocktails Molotov et autres objets contondants ont été massés en tête de cortège. Or la participation à un groupement en vue de la préparation de violences dont le fondement a pour le coup une base législative, donc juridique, pouvait justifier des arrestations. Certes, le fait que ces groupuscules extrémistes, nous le savons bien, Monsieur le Préfet, se mêlent à la foule, rend complexe leur interpellation, mais la P.P. dispose des outils et des compétences pour le faire ; encore faut-t-il le décider. L'absence d'ordres politiques clairs a, semble-t-il, retardé la neutralisation des casseurs. Les policiers eux-mêmes reconnaissent qu'ils étaient prêts à intervenir ; ils attendaient simplement les ordres, exposés au péril de leur intégrité physique.

Dans ces conditions, quelques minutes on suffit pour transformer le boulevard de l'Hôpital en champs de ruines. 31 commerces ont été dégradés dont 2 incendiés, 6 véhicules ont été incendiés et 10 autres ont été vandalisés, sans oublier les dégâts causés au mobilier urbain. Madame la Maire de Paris, qui s'est rendue sur place hier, a pu elle-même constater ces dégâts.

Monsieur le Préfet de police, ma question est simple. Comment est-t-il possible que 1.200 individus se revendiquant de mouvements particulièrement violents puissent se réunir, se déplacer en plein Paris sans que le moindre ordre d'interpellation en amont n'ait été donné au préalable ? Quels enseignements entendez-vous tirer de ces événements ? Par ailleurs, comment l'Etat compte-t-il assurer l?indemnisation des commerçants dont l'outil de travail a été mis à sac ? Pour les avoir rencontrés, ils sont aujourd'hui en état de choc. Je vous ai écrit hier pour que la procédure d'indemnisation soit accompagnée et accélérée.

Enfin, le climat social ambiant pourrait se traduit par de nouvelles manifestations dans les prochaines semaines. Il faudra revoir les itinéraires autorisés par le P.P. pour que ne se soient pas toujours les mêmes. Pouvez-vous vous y engager ?

Je vous remercie de vos réponses.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame. Je donne la parole à M. Thomas LAURET.

M. Thomas LAURET. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, Madame la Maire, mes chers collègues, le droit de manifester est une liberté constitutionnelle. Cette liberté doit aller évidemment de pair avec la sécurité des manifestants, des habitants, des commerces et des citoyens.

Nous avons tous été consternés par les saccages et les violences survenues en marge de la manifestation du 1er mai. Les "black blocs", au nombre de 1.200 militants de l'ultra-gauche, ont troublé cette manifestation, se sont fondus dans les cortèges pour ensuite passer à l'acte. Ils étaient dans une logique émeutière et de provocation, guidés par la volonté de détruire et de déstabiliser. Nous déplorons bien évidemment les nombreux dégâts matériels et la violence des actes sur les véhicules, sur les commerces, les incendies et les dégâts sur l'espace public, sur le mobilier urbain, sur les chaussées et la voirie, estimés à plusieurs centaines de milliers d'euros. Par ailleurs, nous avons appris, et nous pensons à lui, qu'il y avait un blessé léger chez les forces de l'ordre et trois légers également chez les manifestants. Nous craignions, nous aurions pu craindre bien pire au regard des violences des actes, des slogans et des images. Aussi, si nous condamnons cette violence et la destruction opérées par ces militants, nous voulons saluer le professionnalisme des forces de l?ordre et des pompiers et de leurs dirigeants, dont l'action a permis d'éviter des victimes. Notre groupe souhaite rendre hommage à l'action de la Préfecture qui, avec sang-froid et analyse, est intervenue au bon moment afin d'éviter de causer ce qu'on appelle des dégâts collatéraux parmi les manifestants pacifiques. Selon les chiffres que vous avez donnés à la presse, Monsieur le Préfet, 283 personnes auraient été interpellées. Les suites de l'interpellation ont permis de présenter 153 personnes à un officier de police judiciaire et 109 étaient en garde à vue. Nous aimerions savoir aujourd'hui quelle est la situation actuelle de ces 109 personnes placées en garde à vue, combien ont été libérées, combien ont été incarcérées, et si vous pouviez éclairer le Conseil de Paris sur les suites éventuelles de cette affaire en termes de préparation des manifestations à venir, et nous préciser ce qui peut être fait également pour les commerces et les victimes des dégradations et des violences. Nous vous remercions.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur LAURET. La parole est à M. BELLIARD, président du groupe Ecologiste de Paris.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, mes chers collègues, mardi 1er mai comme tous les ans se sont déroulés dans toute la France et dans notre ville des manifestations à l'occasion de la fête des travailleuses et des travailleurs. Plusieurs d'entre nous ont participé à ces rassemblements qui constituent une tradition importante, qui cette année avaient une signification politique majeure et qui se sont déroulés en effet dans un contexte où le Gouvernement a lancé plusieurs réformes d?ampleur contestées par une partie de l'opinion publique.

Or ces manifestations ont été perturbées par des actes de vandalisme commis par des personnes dites "casseurs" ou "black blocs", agissant à visage masqué. A leurs actes de vandalisme contre du mobilier urbain et privé, se sont rajoutées de leur part des agressions contre les forces de l'ordre. Tous les responsables politiques associatifs et syndicaux ont immédiatement et vigoureusement dénoncé ces actes de violence. Comme eux, les Ecologistes condamnent fermement ces comportements de violence et de destruction.

Toutefois, si nous condamnons ces actes, permettez-moi, Monsieur le Préfet, au nom de mon groupe, de vous faire part d'un certain nombre d?interrogations sur la stratégie de maintien de l?ordre que vous avez choisie. Ces nombreuses interrogations ont d?ailleurs été relayées par des responsables syndicaux de policiers eux-mêmes. Si vous vous êtes félicité de la faiblesse des casses au regard de l'importance des individus appartenant aux "black blocs", votre stratégie a exposé une partie des manifestants pourtant pacifistes à la violence des affrontements en les soumettant aux tirs de lacrymogènes, ce qui n'a pu que contraindre ces manifestants à quitter le cortège. Cette exposition semble être une des conséquences d?une intervention très tardive et sur des effectifs qui apparaissent manifestement sous-dimensionnés au regard de l'ampleur des manifestations et des risques.

En effet, vos services avaient eux-mêmes alerté la veille sur la très forte probabilité d'actions violentes. En outre, plusieurs témoignages vérifiables et filmés font état de policiers exerçant de manière disproportionnée l?exercice de la violence légitime.

Notre première question porte donc sur les conditions d'intervention pendant ces manifestations. Vous avez seul la lourde responsabilité de garantir ce droit constitutionnel qui est celui de manifester. Quelle a été exactement votre stratégie d'intervention ? Pourquoi avoir attendu avant de donner les ordres ? Quelles ont été vos actions pour prévenir ces débordements ? Quelle enquête comptez-vous mener sur les violences constatées vis-à-vis de certains manifestants ? Au final, quel bilan tirez-vous de cette stratégie dans un contexte de forte charge politique et symbolique qu'elle revêt ? Il est plus que légitime de bien comprendre comment de tels débordements ont pu avoir lieu.

Enfin, plus largement, suite à l'adoption par le Conseil de Paris d'un v?u initié par mon groupe, le Préfet CADOT était venu rendre compte et échanger en 3e Commission à l?automne 2016 sur les difficultés posées à la police par ces casseurs. Nous avions alors formulé des propositions de méthode ayant fait leurs preuves à l'étranger.

Votre prédécesseur ayant accepté le principe de reprendre ultérieurement la discussion, nous vous demandons, Monsieur le Préfet, au nom de la continuité de l'Etat, de reprendre dès que possible nos échanges dans le cadre de cette 3e Commission. L'objectif serait de présenter un bilan précis des victimes civiles et policières ainsi qu?un bilan des destructions matérielles, de faire état du nombre de procédures disciplinaires engagées contre les fonctionnaires de police et de gendarmerie pour fautes commises à cette occasion ainsi que le nombre de procédures judiciaires engagées contre les casseurs et autres manifestants, et ce que vous souhaiteriez mettre en ?uvre pour contenir plus efficacement les actes de vandalisme que nous avons connu le 1er mai. A ce titre, des précisions sur le fonctionnement de la chaîne de commandement seraient souhaitables.

Ma dernière question est donc simple : acceptez-vous, comme l?a fait votre prédécesseur, de participer à cette commission et à ses échanges ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président. Monsieur le Préfet de police, bien sûr, vous répondez avec le temps de réponse qui convient à trois questions et pas une seulement. Vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire de Paris, Mesdames, Messieurs les Présidents de groupe, Mesdames, Messieurs les Conseillers et Conseillères de Paris, je me félicite de l'occasion que me donne cette séance de questions d'actualité, en ce 3 mai, c?est-à-dire deux jours après les événements, de m'exprimer devant votre Assemblée sur les manifestations du 1er mai, plus exactement sur la manifestation de l'après-midi du 1er mai, puisque d'autres manifestation ont eu lieu et n?ont donné lieu à aucune difficulté particulière.

Pour répondre aux interrogations, évidemment légitimes, mais aussi dissiper des doutes, ambiguïtés, voire des inexactitudes parfois, que de très nombreux commentateurs ont pu contribuer à diffuser. Mais votre hémicycle, fort heureusement, ne rentre pas dans cette catégorie.

Plusieurs des orateurs l'ont rappelé, vous l'avez vécu, c'est le temps des télévisions en "live". La manifestation du 1er mai a été marquée par des dégradations et des comportements d'une violence extrême, commis par une minorité d'individus, que l'on qualifie de "Black Blocs", cela fait référence à leur propre choix d'accoutrement, individus dont la seule intention est de casser, d'agresser les forces de l'ordre, de casser tout ce qui peut faire référence à leurs yeux à la société capitaliste, et de tout faire pour que dérape en quelque sorte le cortège traditionnel du 1er mai.

Je veux d'abord remercier les orateurs, et j'en suis sûr, au-delà d'eux, Madame la Maire de Paris, vous-même, et tous les élus parisiens, du soutien exprimé aux forces de l'ordre. J'y suis sensible et je tiens à le dire à cette tribune.

Je veux ensuite dire naturellement notre soutien aux riverains et commerçants victimes de ces dégradations.

M. Gérard COLLOMB, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur, s'est rendu hier matin à la rencontre de certains d'entre eux. J'étais naturellement à ses côtés. Je l'ai guidé plus particulièrement dans le bas du boulevard de l'Hôpital, Madame la Maire du 5e arrondissement, puisque les faits les plus graves se sont concentrés là.

Je sais, Madame la Maire de Paris, que vous êtes allée vous-même à la rencontre des riverains victimes, comme vous-même, Madame la Maire du 5e arrondissement.

Mon objectif est que les procédures d'indemnisation soient mises en ?uvre dans les meilleurs délais. J'ai eu hier un échange précis sur ce sujet avec le président de la Fédération française des sociétés d'assurance, M. Bernard SPITZ, pour bien caler, pour bien préciser l'articulation des démarches relevant des assureurs d'une part, de celles relevant de la responsabilité de l'Etat, dans le cadre de ce que l'on appelle la responsabilité du fait d'émeutes.

J'adresserai aujourd'hui même - j'ai signé ce courrier ce matin - une lettre à chacune des personnes concernées : commerçants, exploitants de tel ou tel site économique, etc. Je vous donnerai, Madame la Maire de Paris, Mesdames et Messieurs les maires d'arrondissement, les adresses des personnes concernées ainsi que mon courrier pour que vous en ayez la complète information.

Soyez certains que je veillerai à ce que les démarches relevant de l'Etat soient menées avec diligence et qu'elles traduisent de la sorte la solidarité qu'il convient d'apporter aux personnes, aux victimes en pareilles circonstances.

Permettez-moi maintenant de revenir sur les événements ayant conduit à ces dégradations. Les informations dont nous disposions en amont, et qu'avait collectées la Direction du Renseignement de la Préfecture de police, dont je salue la qualité, faisaient craindre, et je l'avais fait savoir publiquement, la présence de militants radicaux qui avaient déclaré vouloir faire de cette journée, je cite "un rendez-vous révolutionnaire".

Certaines organisations avaient même diffusé des messages indiquant qu'elles voulaient faire vivre aux forces de l'ordre une journée en enfer, en utilisant l'image de la photographie, hélas, du fonctionnaire de police qui, l'an passé, avait vu son uniforme être enflammé par le jet, vous vous en souvenez, d'un engin incendiaire.

Ces individus étaient animés, je l'évoquais tout à l'heure, de la volonté de perturber le défilé syndical traditionnel, de perturber la journée, de s'en prendre aux forces de l'ordre et de détruire des biens.

Le dispositif d'ordre public, placé sous ma responsabilité et dont j'assume seul la complète responsabilité, avait été conçu et dimensionné en conséquence. 21 unités de forces mobiles ont été mobilisées pour cette manifestation, en renfort des services et unités propres de la Préfecture de police, à la fois les moyens de la Direction de l'Ordre public et de la Circulation, également des moyens de la Direction de la Sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, en particulier sa compagnie d'intervention, et la Brigade des réseaux ferrés. Au total plus de 1.500 policiers, gendarmes mobiles et fonctionnaires.

J'avais également mobilisé la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris - vous l'avez évoqué, Madame la Maire du 5e arrondissement - pour qu?elle soit positionnée afin d'être en capacité d'intervenir dans les meilleurs délais.

Des moyens nautiques avaient été disposés sur le fleuve, en contre-bas du pont d'Austerlitz, pour intervenir en cas de besoin, puisque le pont d'Austerlitz se situait sur l'itinéraire entre la place de la Bastille et la place d'Italie. J'ajoute que des réquisitions avaient été obtenues auprès de M. le Procureur de la République pour procéder aux contrôles d'identité dans le cadre des dispositions de l'article 78-2 du Code de procédure pénale. Ce dispositif avait un but : prévenir les risques de troubles à l'ordre public et intervenir si des violences venaient à être commises.

J'avais tenu lundi à recevoir personnellement les organisateurs du défilé syndical déclaré. Les déclarants étaient la CGT, l'UNEF, FO Ile-de-France, Solidaires et SUD. J'avais tenu à les recevoir pour bien les informer du contexte, leur exposer le dispositif mis en place par la Préfecture de police, leur demander d'inviter les participants à leur défilé parfaitement paisible à se désolidariser des individus les plus violents susceptibles de commettre des exactions.

J'avais également évoqué lundi, avec les déclarants de la manifestation, hypothèse que je n'excluais pas, que nous avions anticipé d'inviter le cortège déclaré à emprunter un autre itinéraire que celui projeté. Comme vous le savez, mais j'y reviendrai, c'est ce qui s'est produit.

Je vous avais également écrit, Madame la Maire, pour vous informer du contexte et demander autant que possible que l'itinéraire de la manifestation puisse être débarrassé du maximum d'engins qui peuvent s'y trouver et qui peuvent être ensuite utilisés comme armes par destination, voire pour essayer de constituer des barricades ou des simili-barricades.

Que s'est-il passé ? Devant le cortège syndical classique qui devait démarrer à 14 heures 30 depuis la place de la Bastille et qui n'a pu démarrer quasiment qu'une heure et quart plus tard, cortège syndical classique, pacifique, régulièrement déclaré, qui a réuni 20.000 personnes, devant ce cortège, s'est constitué ce que j'appelle un autre cortège. Un autre cortège qui a regroupé 14.500 personnes parmi lesquels 1.200 individus ressortissants des "Black Blocs".

Je me permets d'insister sur ces nombres. C'est la première fois à Paris que nous voyons un autre cortège, ce qu'on appelle parfois un pré-cortège, je préfère parler d'autres cortèges puisqu'il n'a rien à voir avec les déclarants? C'est la première fois que nous voyons un autre cortège d'une taille aussi importante. Il était hétéroclite, composé pour partie d'étudiants, de lycéens, de militants divers et variés, ne se reconnaissant sans doute pas dans les organisations syndicales elles-mêmes, mais aussi de parents, de curieux.

D'autre part, au regard du nombre que j'ai cité de 1.200 individus, ayez bien à l'esprit que la mobilisation des "Black Blocs" s?est située à un niveau qui n?avait jamais été atteint et qui allait même au-delà de la fourchette haute de nos prévisions.

Nous avons eu au demeurant - c?était indiqué, même si cela est resté à un degré faible - la présence de "Black Blocs" venus de l?étranger : Allemagne, Italie? J?insiste aussi sur le fait que ces 1.200 personnes ne se trouvaient non pas en tête du pré-cortège, mais au sein du pré-cortège, ce qui n?est évidemment pas la même chose pour les forces de l?ordre qui devaient intervenir. En amont du "Black Bloc" se trouvait en effet, notamment sur le boulevard de l?Hôpital - j?y reviendrai tout à l?heure -, un groupe d?environ un millier de personnes qui défilaient en montant de la place d?Italie - je m?empresse de le dire - de manière non agressive.

Les premières dégradations ont été commises peu avant 16 heures, à l?encontre du McDonald?s situé au bas du boulevard de l?Hôpital, à l?angle de la rue Buffon. Vite ensuite ont suivi des dégradations contre des commerces voisins, notamment des restaurants et la concession automobile située 200 mètres plus haut.

A 16 heures - je dis bien à 16 heures -, j?ai donné l?ordre d?arrêter la progression du cortège et de faire converger vers le bas du boulevard de l?Hôpital le maximum de moyens disponibles. Les forces de l?ordre se sont alors avancées vers le boulevard de l?Hôpital pour constituer un barrage qui s?est mis en marche vers le bas du boulevard de l?Hôpital, avec cette particularité du groupe d?un millier de personnes qui se trouvait entre ce barrage constitué et les casseurs qui avaient été à l??uvre en bas.

Le cortège a été stoppé. Les forces de l?ordre ont avancé - c?étaient des C.R.S. à pied, appuyés par deux engins lanceurs d?eau -, ont descendus le boulevard de l?Hôpital, ont mis fin de la sorte aux exactions commises et ont repoussé les fauteurs de troubles jusque sur la place Valhubert.

Là, nous avons assisté au fait qu?un certain nombre d?entre eux se sont dispersés dans le Jardin des Plantes. C?est à ce moment-là, entre la place Valhubert, le Jardin des Plantes, la rue Buffon que nous avons pu procéder, sur mes instructions expresses à un grand nombre d?interpellations.

Le dispositif d?ordre public a ensuite été redéployé sur la rive droite où des groupes avaient pu refluer pour se livrer, par petits groupes de 30 à 50, à d?autres dégradations contre des véhicules ou certains commerces dans le quartier Bastille-gare de Lyon.

J?ajoute enfin que, pendant toute la soirée du 1er mai et dès le début de la soirée entre 19 heures et 20 heures, nous avons eu des "soubresauts" - si je puis dire - dans le Quartier latin, en particulier place de la Contrescarpe, où nous sommes intervenus et où nous avons procédé à des interpellations. Les dernières interpellations sont intervenues, rive droite, à 23 heures 30.

Voilà le déroulé des faits.

Le bilan.

D?abord, le bilan humain : il est très faible. Heureusement, très faible. Quatre blessés légers, dont un parmi les forces de l?ordre. On a vu, hélas, d?autres rendez-vous de manifestations avec des bilans beaucoup plus lourds, notamment du côté des forces de l?ordre. C?était en particulier le cas le 1er mai 2017 avec 6 blessés, dont 2 particulièrement graves.

Le bilan matériel est sérieux. Nous le savons. Nous l?avons constaté. Les dégradations ont été principalement commises boulevard de l?Hôpital, entre la place Valhubert et la concession automobile qui suit l?angle de la rue Nicolas-Houel, mais également rive droite avenue Ledru-Rollin. Je l?évoquais ; c?était la suite de notre intervention. Au total, une trentaine de commerces ont été touchés, dont trois très sérieusement : le restaurant McDonald?s, la concession automobile du boulevard de l?Hôpital et une autre concession automobile rue de Bercy. Au total, 6 véhicules ont été détruits, 10 dégradés et tous ne l?ont pas été - je me permets de le préciser - au boulevard de l?Hôpital. On a eu d?autres véhicules dégradés, en particulier sur la rive droite. Du mobilier urbain a été lui-même dégradé. Comme je l?indiquais tout à l?heure, nous avons engagé toutes les procédures pour faire jouer, lorsque c?est nécessaire, la responsabilité de l?Etat, du fait des émeutes.

Le bilan judiciaire : 283 personnes ont été interpellées ; 153 ont été présentées à un officier de police judiciaire - vous l?avez rappelé - ; 109 mesures de garde à vue ont été prises. Le bilan à ce jour, que je me suis fait communiquer juste avant de vous rejoindre, fait apparaître que 43 personnes se trouvent en prolongation de garde-à-vue, que 6 individus déjà ont été déférés et vont être jugés en comparution immédiate dès cet après-midi.

Le Procureur de la République, que j?ai eu à plusieurs reprises et encore hier soir, a indiqué qu?il engagerait des procédures sur la base de la participation à un attroupement en vue de commettre des dégradations ou des violences à agent de la force publique. C?est ce qu?il nous a indiqué.

Au-delà de ces faits, au-delà de ce bilan, permettez-moi de mettre l?accent sur trois aspects.

Le premier, c?est que j?ai tout mis en ?uvre pour que le défilé traditionnel, déclaré, conformément à la loi, puisse se dérouler dans le calme. Dès ma décision de faire intervenir les forces de l?ordre boulevard de l?Hôpital, et donc de stopper la progression du cortège, des collaborateurs, qui sont au contact, ont fait part de cette décision aux responsables de la manifestation déclarée et leur ont suggéré - comme je l?avais évoqué avec eux dès le lundi - de prendre un changement d?itinéraire qui les conduisaient par le pont Charles-de-Gaulle jusqu?au boulevard Vincent-Auriol, en passant par l?avenue Mendès-France. Ils ne l?ont pas accepté de gaieté de c?ur - ce que je peux comprendre - mais ils l?ont accepté et ce défilé a ainsi pu poursuivre sa route, si je puis dire, jusqu?à la place d?Italie, encore une fois, sans la moindre difficulté, sans le moindre incident. Je le dis parce que le devoir du Préfet de police, c?est de permettre à la liberté de manifester de s?exprimer lorsqu?elle est contenue et lorsqu?elle se déroule dans les règles de droit.

Deuxième aspect sur lequel je me permets d?appeler l?attention, c?est le cadre juridique dans lequel nous évoluons. Je crois que vous connaissez tous mon attachement à l?Etat de droit et la règle de droit. Ce cadre juridique est défini par le Code de la sécurité intérieure, les articles 211-1 et suivants. Je rappelle que c?est le régime de la déclaration préalable et non pas - comme on le dit trop souvent - le régime de l?autorisation. Une manifestation est déclarée ; elle n?est pas soumise à autorisation. Ce n?est pas une nuance : c?est un changement très fondamental de paradigme. Les organisateurs déclarent leur projet de manifestation et il appartient au Préfet de police de prendre les dispositions pour l?accompagner. Vous savez que la seule possibilité est en réalité - mais elle est extrême - celle d?interdire une manifestation.

Il n?y a pas eu un millième de seconde dans mon esprit qui aurait pu me conduire à l?idée d?interdire la manifestation du 1er mai. Permettez-moi de dire que ce serait liberticide et qu?il ne faut pas compter sur moi. Cette manifestation devait se tenir et nous l?avons fait.

J?ajoute aussi que j?ai entendu beaucoup de commentateurs ou d?observations, faisant référence à des règles de droit qui n?ont plus cours : "la mise en place d?un périmètre avec des fouilles systématiques", me dit-t-on. Ou bien, "pourquoi n?y avait-t-il pas des interdits de manifester ?", me dit-on. Je rappelle que ce cadre juridique a été utilisé au moment de l?état d?urgence?

Excusez-moi?

On va retrouver son calme. Son sourire, on ne le perd jamais.

Le cadre juridique, auquel on m?a dit : "Mais pourquoi, pourquoi ?", était un cadre juridique qui avait été sollicité au moment de l?état d?urgence. N?oubliez pas les critiques auquel il avait donné lieu, puisque la finalité de l?état d?urgence était de prévenir et lutter contre le terrorisme, or le sujet du 1er mai ou des manifestations semblables auparavant, ce n'est pas un problème de terrorisme, mais de lutte contre les fauteurs de trouble, situation du 1er mai.

Je me permets d'appeler l'attention sur ce point, pour qu?il n'y ait pas de confusion et qu'on ne puisse pas faire reproche d'utiliser des outils qui n'existent pas.

Le troisième point que je veux indiquer pour terminer, excusez-moi d'avoir été un peu long, le sujet le méritait, c'est pour vraiment vous redire à quel point nous avons affaire à des individus très déterminés, conduits et animés par ce seul désir de casser, de détruire, avec deux cibles dont l'une sont les forces de l'ordre, d'où le choix que j'assume et que j'ai mis en place, qui consiste à éviter que les forces de l'ordre soient au contact direct.

Je l'ai dit publiquement, je le répète. Ne pensez pas qu'on puisse mettre devant chaque cible potentielle, une agence bancaire par exemple, un commerce sensible, un groupe de 7, 8 ou 10 fonctionnaires statiques. Ils seront des cibles, ils se feront agresser à coups de barres de fer, et en même temps le commerce sera victime de ces dégradations. Selon la formule que j'ai employée publiquement, c'est la double peine et à mes yeux la double faute.

En revanche, les consignes permanentes, c'est d'être auprès, d'intervenir le plus vite possible. Si on le peut en prévention, et en tout cas dès que les dégradations se produisent. Ce sont les consignes que j'ai données.

S'ajoute à cela bien sûr, la nécessité dans un périmètre large de multiplier les contrôles dans le cadre juridique que la loi nous donne, c'est ce que nous avons fait le 1er mai. Je constate comme vous la gravité des dégradations, une part de soulagement néanmoins sur le fait que le bilan humain n'a rien à voir avec le drame qu'on aurait pu connaître.

Je terminerai sur ce témoignage. C'est un des commerçants que nous avons rencontrés hier matin avec M. Gérard COLLOMB au bas du boulevard de l'Hôpital. Il a dit au Ministre, et ce n'est pas le Ministre, ni le Préfet qui le lui ont dit : "Monsieur, si les forces de l'ordre étaient intervenues au moment de cette violence extrême, c'était la guerre civile, il y aurait eu des morts".

Je vous remercie de votre attention.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.

Je vais demander à Colombe BROSSEL d'ajouter les remarques et observations, notamment sur le travail de la Ville après ces événements.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire, merci beaucoup, Monsieur le Préfet, merci à l'ensemble des collègues pour leurs différentes questions d'actualité.

Vous le savez, les manifestations visées, M. le Préfet le rappelait à l'instant, sont des manifestations revendicatives au sens du Code de sécurité intérieure et elles sont donc réglées par le régime déclaratif assuré par la Préfecture de police, le Préfet y faisait allusion à l'instant.

Au-delà de ces sujets de compétence, les questions d'actualité que vous avez posées sont bien sûr marquées par les événements qui viennent de marquer la Capitale, notre ville et les habitants de Paris.

Il convient tout d'abord de condamner avec la plus grande fermeté les actes d'une extrême violence et les débordements que nous avons connus. La Maire de Paris s'est immédiatement prononcée à ce sujet pour condamner ces faits graves, ils n'ont rien à voir avec l'esprit d'un défilé du 1er mai.

Je souhaite à cet égard remercier l'ensemble des services de police et des agents de la Préfecture de police comme les forces mobiles et les pompiers de Paris, qui ont été mobilisés dans des conditions extrêmement difficiles.

Permettez-moi de remercier également les agents de la Ville de Paris qui sont intervenus à la suite de cette manifestation afin de nettoyer les sites concernés et d'engager les réparations des dégradations relevant du domaine public. Et permettez-moi de réaffirmer bien sûr en notre nom à tous notre total soutien aux riverains et aux commerçants, qui pour certains ont perdu leur outil de travail.

Madame la Maire, vous vous êtes rendue dès hier sur place avec le maire du 13e. La maire du 12e et la maire du 5e ont évidemment été très présentes avec ma collègue Olivia POLSKI, et c'est évidemment un dialogue qu'il convient de nouer et continuer à nouer dans les jours qui viennent.

Paris, notre ville, est profondément attachée à la liberté de manifester. C'est une liberté fondamentale - l'un d'entre vous le rappelait - mais c'est une liberté fondamentale qui est au c?ur de l'histoire de notre ville. Cette liberté ne peut s'exercer que si chacun bénéficie d'une pleine et entière sécurité. Et pour garantir cette liberté, il faut donc que les violences et les débordements soient condamnés, que leurs auteurs soient poursuivis, vous venez d'y faire référence, Monsieur le Préfet.

Je tiens à saluer à cet égard l'engagement pacifique, militant, festif qui est celui du 1er mai. Cet engagement qui est celui de ceux qui sont descendus dans la rue à visage découvert pour faire vivre leurs idées. Cet engagement qui ponctue chaque année le début du printemps et dont je sais qu'il est partagé par un grand nombre d'entre nous dans cet hémicycle, car ces faits violents ne doivent pas faire oublier l'engagement des citoyens dans ces rassemblements et manifestations pacifiques.

Ces faits violents ne doivent pas être minimisés. Pour les riverains, pour les commerçants, pour les citoyens engagés, pour les élus de Paris que nous sommes, ils sont intolérables.

En tant qu?élus parisiens, notre préoccupation aujourd'hui doit être double, au-delà d'un débat intéressant et d'ailleurs nous l'avions eu en effet en 3e Commission, cher David BELLIARD, sur la façon dont le maintien de l'ordre s'effectue et se met en ?uvre dans une ville comme Paris.

Pour nous, la préoccupation doit être double : gérer l'urgence, et anticiper l'avenir.

Gérer l'urgence, vous l'avez compris, chacun d'entre nous est mobilisé dans ses compétences pour accompagner les victimes des dégradations.

Et, pour l'avenir, nous savons que notre ville est et restera une ville de mobilisations, qu'elles soient sociales, citoyennes, politiques et le mois de mai qui débute sera de nouveau ponctué de manifestations, de mobilisations syndicales, étudiantes, sûrement de blocages, je crois qu'il y en a un aujourd'hui à l'E.N.S.

Aujourd'hui, nous souhaitons que tout soit mis en ?uvre pour que ces événements à venir soient préparés au mieux, et que la Préfecture, en lien avec les organisateurs, vous l'avez dit, Monsieur le Préfet, puisse garantir ces deux impératifs. D'une part, la liberté de manifester en toute tranquillité, en toute sécurité pour les manifestants, et d'autre part, la sécurité totale des Parisiens, des riverains, des commerçants, des badauds, des forces de l'ordre, car jamais nous ne considérerons que les dégradations subies par les habitants de notre ville ne seraient qu'un dommage collatéral ou une quantité négligeable.

Voilà donc, si je peux me permettre, le sens qu'il faut donner à ce moment des questions d'actualité, que nous puissions poser ensemble les différents sujets afin que notre ville ne connaisse plus de telles scènes de violence en son c?ur.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame Colombe BROSSEL.

Je vais redonner la parole aux présidents et orateurs des groupes.

Permettez-moi, comme je l'ai fait dès dimanche et hier encore, de redire ici le soutien aux forces de police qui assurent notre sécurité et ont été une cible directe tout à fait déclarée par ces groupes extrêmement violents, et les assurer du soutien des élus de Paris et des Parisiens, et bien sûr de la Maire que je suis.

Je veux aussi remercier les équipes de la Ville, qui dès qu?elles ont pu, après avoir obtenu le feu vert de vos services, Monsieur le Préfet de police, se sont rendues sur place pour commencer à nettoyer, à accompagner, à rencontrer les riverains et bien sûr les commerçants.

Hier, lorsque nous nous sommes rendus sur place avec Jérôme COUMET et avec Florence BERTHOUT, beaucoup de ces riverains et commerçants nous ont remerciés, m'ont remerciée pour le travail et la rapidité avec laquelle les services de la Ville sont venus leur porter attention.

Vous avez évoqué, Monsieur le Préfet, les rencontres, les échanges avec la Fédération nationale des assurances. Hier, nous avons eu l'occasion de discuter avec plusieurs commerçants de leur situation, dont un qui a eu tout son outil de travail détruit. La question des responsabilités, notamment lorsque le local commercial se situe dans une copropriété a été posée, notamment la question de l'indemnisation permettant à ces personnes de pouvoir redémarrer une activité le plus vite possible.

Bien sûr, nous sommes à leurs côtés. J'ai demandé à nos équipes de regarder quels étaient les possibilités d'action, au-delà du travail que nous faisons avec la Fédération des assurances et avec Bernard SPITZ, comme nous l'avions fait d'ailleurs sur d'autres événements, je pense aux crues de la Seine qui avaient affecté les activités économiques du fleuve. Nous réfléchirons pour savoir s'il est nécessaire de mettre en place des mécanismes relais sur lesquels la Ville pourrait apporter son soutien à ces commerçants pour qu?ils retrouvent, le plus vite possible, leur activité.

Enfin et avant de vous repasser la parole, les images qui ont circulé sur les chaînes du monde entier, montrant ces scènes de violence, sont extrêmement préjudiciables à notre ville. Nous avons connu d'autres moments, d'autres événements tragiques avec, bien sûr, d'autres raisons à cela.

Je pense aux attentats de 2015 et à la façon dont nous avons pu nous relever. L?écosystème - le monde économique et citoyen - parisien a pu se relever. Cela a été un effort, d?abord, de tous les acteurs, de tous les Parisiens. Cela a été aussi une mobilisation très forte et unanime des élus que nous sommes pour porter l'image du Paris tel qu'il est et pas cette image dégradée et violente qui a été diffusée et qui nous fera du mal.

Néanmoins, je crois, là aussi, que nous sommes tous concernés par cette image, ce besoin de dire au monde entier que : oui, il y a des manifestations ; oui, il y a eu des dérapages de personnes extrêmement violentes. Nous attendons comme vous et nous suivrons, bien sûr, le sort réservé à ces personnes et nous espérons que les condamnations seront exemplaires.

Toutefois, nous sommes une ville dans laquelle on peut manifester. C'est une ville dans laquelle l'expression publique, y compris dans la rue, fait partie de notre histoire. Elle est, bien sûr, réglée par le droit et c'est au droit que nous devons nous référer en permanence.

Vous l'avez rappelé, Monsieur le Préfet. Je vous en remercie, bien sûr. Nous n'avions pas de doute, mais je vous remercie de l?avoir fait à nouveau ici.

C'est cette image aussi que nous devons porter pour dépasser ces scènes diffusées dans le monde entier qui, forcément, nous conduiront, à nouveau, à aller rechercher la confiance que l'on avait retrouvée à l'échelle internationale, pour ne pas la perdre. Nous savons que perdre cette confiance, c'est perdre beaucoup de capacités, notamment économiques et en termes d'emplois.

Je sais que, ici, nous serons tous mobilisés pour porter l'image de ce qu'est Paris réellement : une ville qui ne tolère pas la violence, une ville qui sait accueillir, une ville qui sait débattre, qui sait confronter ses idées, mais une ville qui reste un symbole aussi de tolérance et de sécurité dans le monde.

Je vais, à présent, redonner la parole aux trois orateurs comme c'est prévu dans notre règlement du Conseil : Mme BERTHOUT, M. LAURET, puis M. BELLIARD ; et puis, Monsieur le Préfet, si vous voulez rajouter un mot, bien évidemment, vous pourrez le faire.

Madame BERTHOUT ?

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet.

Merci, Monsieur le Préfet, pour ces très longues explications. Ce n'est pas vous faire injure que de dire que nous avons encore quelques questions à vous poser et zones d'ombre auxquelles, d?ailleurs, il vous est peut-être difficile de répondre dans un cadre public : sur le dimensionnement des forces de l'ordre, sur la stratégie de maintien de l'ordre et de la chaîne du commandement et sur les techniques de filtrage et d'adaptation de nos forces de l'ordre, nouveaux modes opératoires.

J'en donnerai un seul pour mémoire : vers 20 heures-20 heures 30, beaucoup de mes administrés m'ont appelée pour me dire que de nombreuses personnes étaient en train de prendre des sacs à dos dans des bases de chantier à proximité de Mouffetard et c'est à ce moment-là que continuaient à se propager des actes de violence.

Aussi, je souhaiterais, Madame la Maire, que la proposition que notre collègue BELLIARD à faite, qui consiste à proposer une audition de M. le Préfet, sans doute à huis clos en 3e Commission mais 3e Commission élargie, puisse être retenue.

Je voudrais ajouter, Monsieur le Préfet, si vous le permettez que, concernant le cadre juridique, vous avez fait allusion à la fin de l'état d'urgence qui ne donnerait plus de base légale pour un certain nombre de choses, c'est vrai, notamment pour fouiller les participants à une manifestation sans justifier d'une menace terroriste et on le comprend.

Je me permets de rappeler, comme je l'ai dit dans mon propos liminaire, que la participation à un groupement en vue de la préparation de violences, qui est prévue par la loi, peut permettre des arrestations ; que des peines complémentaires d'interdiction ponctuelle de manifester, en cas de condamnation pour des violences commises lors de troubles à l'ordre public, devraient être plus systématiques, même si je comprends bien que cela ne dépend pas totalement de vous ; qu'enfin, des arrêtés d'interdiction de participer à une manifestation pour certains individus gagneraient à être pris avec un pointage au commissariat pour empêcher le noyau dur habituel car c'est un noyau dur qui est en train de s'inviter de manière très habituelle dans les manifestations qui doivent pouvoir continuer à se dérouler à Paris, bien sûr. C'est un droit fondamental !

Je regrette toujours que M. le Premier adjoint, à chaque fois qu?un élu de l'opposition s'exprime sur les droits, sourie comme si la défense des droits n'était que votre apanage. Cela devient très agaçant.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il a un sourire derrière la nuque pour que vous le voyiez sourire ?

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Un point complémentaire, pardonnez-moi : le dispositif "hooligans" qui a été appliqué dans les stades devrait, je crois, pouvoir trouver enfin une application concrète appliquée aux manifestations.

Je crois qu'il est urgent de rompre avec cette spirale qui expose à chaque manifestation, vous l'avez rappelé, Monsieur le Préfet et Madame la Maire, un peu plus de policiers à une violence toujours plus forte et également expose les riverains et les commerçants. Ceux qui garantissent l'ordre républicain comme nos concitoyens méritent que tout soit mis en ?uvre pour préserver leur sécurité.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Je pense, Monsieur le Préfet, vous en êtes d'accord, sur l'idée proposée par David BELLIARD, qu'une réunion de la 3e Commission puisse se faire et que vous puissiez tirer aussi le bilan et apporter ces éléments d'information.