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Mai 2018
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Conseil Municipal
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V - Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris relative au rapport de M. Jean-Louis BORLOO sur la situation des quartiers prioritaires de la politique de la ville et à l'engagement de Paris pour les quartiers populaires.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vais à présent donner la parole à M. Rémi FÉRAUD pour la prochaine question d?actualité.

M. Rémi FÉRAUD. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, en octobre dernier, la Ville de Paris s'est engagée aux côtés d'élus, d'acteurs locaux, de citoyens à l'occasion de la première étape des Etats généraux de la politique de la ville, et de cette mobilisation est né l?appel de Grigny. Il s'agissait notamment d'alerter le Gouvernement et l'opinion publique sur la dégradation des conditions de vie dans les quartiers populaires et sur les conséquences des baisses de dotations et de la réduction des emplois aidés. Il s'agissait également d'appeler à une mobilisation massive en faveur des quartiers populaires, qui débordent d'initiatives et de talents mais qui sont encore trop souvent délaissés.

Jeudi 26 avril, les Etats généraux de la politique de la ville faisaient étape à Paris dans le 19e arrondissement. Vous avez ouvert cette journée, Madame la Maire, accompagnée de plusieurs de vos adjoints, dont Colombe BROSSEL, devant des centaines d?élus de différentes collectivités, d'associations, d'entreprises, de citoyens venus de toute la France. Cette journée fut l'occasion d'entendre l'interpellation des acteurs de terrain sur la situation de leur quartier et surtout, sur leurs solutions et les outils qui fonctionnent sur le terrain. Emploi, éducation, formation, culture, sur ces sujets, associations, entreprises et collectivités ont montré qu'en alliant leurs forces, il était possible d'avancer.

Le rapport "Vivre ensemble, vivre en grand pour une réconciliation nationale", remis depuis par Jean-Louis BORLOO au Premier Ministre, est aujourd?hui le reflet de cette dynamique et de cette ambition. Jean-Louis BORLOO était d?ailleurs présent lui-même aux Etats généraux de la politique de la ville, pour détailler ce plan de bataille qu'il propose et qui est construit autour de 19 thèmes, qui rappellent au Gouvernement l'impérieux besoin d'engagement de l'Etat, engagement notamment financier en faveur des quartiers populaires. La presse s'est largement fait l'écho de ce plan ces derniers jours, mais aussi des difficultés à le mettre en ?uvre, relevant certaines préventions exprimées quant à l'investissement financier dans les quartiers populaires.

Pourtant, si l'on reprend les mots mêmes du Président de la République, "l'argent, on le trouve pour nos priorités". La question qui se pose aujourd'hui, c?est : est-ce une priorité pour le Gouvernement ? Madame la Maire, à l'heure où certains élus ont démissionné pour dénoncer l'abandon des quartiers les plus défavorisés, à l'heure où pèsent beaucoup d'incertitudes aussi sur les politiques nationales et la politique de la Région Ile-de-France en faveur de la politique de la ville, nous devons de notre côté, ici à Paris, réaffirmer notre pleine ambition pour l'égalité des territoires dans notre commune, comme partout en France. Aussi, avec les élus de mon groupe et notamment ceux des arrondissements qui comptent des quartiers classés en politique de la ville, je compte sur la Ville de Paris pour participer à cette mobilisation dans les semaines et dans les mois qui viennent. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Président, pour cette question. Je donne la parole à Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Madame la Maire, merci, cher Rémi FÉRAUD, pour votre question sur ce sujet absolument majeur qu'est la situation dans les quartiers populaires et sur laquelle nous sommes pleinement engagés à Paris. Nous sommes pleinement engagés, notamment parce que, je me permets de le rappeler, Paris est la ville qui compte le plus de citoyens vivant en quartiers populaires - près de 360.000 personnes, ce n'est pas rien.

Nous nous sommes donc pleinement engagés en faveur des Etats généraux initiés à Grigny en octobre dernier. Dès le Conseil de novembre, nous avions voté tous ensemble, à l?unanimité de ce Conseil si ma mémoire est bonne, un v?u du groupe Socialiste pour soutenir l'appel de Grigny.

Depuis, nous avons continué à nous engager dans le cadre de cette démarche qui s'est déployée dans toute la France. Nous avons accueilli la semaine dernière à Paris une étape de ces Etats généraux au gymnase Jean Jaurès dans le 19e, en présence de la Maire de Paris et de plusieurs de mes collègues. Merci à eux de leur présence et, évidemment, du maire du 19e arrondissement.

Ces Etats généraux visaient à montrer l'ensemble de la palette de solutions qui existent et qui doivent être mises en ?uvre, qui doivent être déployées, qui doivent être mobilisées pour changer durablement la donne dans les quartiers, pour lutter contre les inégalités dans les quartiers populaires.

Le constat, et nous le vivons pour un certain nombre d'entre nous tous les jours, c'est que les habitants de nos quartiers voient leur situation se dégrader, notamment en matière d'emploi, d'éducation et de sécurité. Si le rapport remis par Jean-Louis BORLOO au Premier Ministre reprend de nombreuses idées, propositions, solutions portées par les acteurs de la société civile, citoyens, citoyens engagés, associations et les collectivités, il est la preuve, s'il en fallait encore une, que les quartiers populaires reçoivent moins de moyens que les autres quartiers de notre pays, et qu'il est donc urgent de rétablir l'égalité républicaine dans nos quartiers populaires.

Malgré leur engagement, les villes ne peuvent pas agir seules sur un sujet qui touche à notre pacte républicain. Je dis "villes" à dessein : en effet, permettez-moi de rebondir sur un mot que vous avez prononcé, tant la Région Ile-de-France a orchestré sa désertion des quartiers populaires en réduisant par exemple drastiquement les subventions en contrats de ville, en supprimant les emplois tremplins ou - la politique publique est aussi faite de symbolique -, en souhaitant ne plus être signataire des contrats de ville, ce qui est quand même tout à fait extraordinaire.

Le rapport que Jean-Louis BORLOO a remis, à la demande des Ministres MÉZARD et DENORMANDIE, au Premier Ministre est une palette de solutions et, aujourd'hui, c'est donc du Gouvernement que nous attendons des réponses. Et je me permets d'être peut-être porte-parole de l'ensemble des maires qui sont engagés dans cette aventure collective depuis les Etats généraux de Grigny.

Les habitants des quartiers populaires n?auront pas beaucoup de temps, ils ne peuvent plus attendre trop longtemps que l'Etat se réinvestisse, s'investisse dans les quartiers populaires. Nous entendons les uns et les autres monter la petite musique qui consisterait à opposer la ruralité à l'urbain, et à mettre ces sujets dans deux plateaux différents de la balance des préoccupations.

La question aujourd'hui dans les quartiers, c'est qu'on ne peut pas faire la République sans les habitants des quartiers populaires et qu'aujourd'hui, le décrochage dans nos quartiers est réel et massif, et qu'il est urgent que l'Etat reprenne pied sur tous les sujets : renforcement des moyens de la police - pardon, Monsieur le Préfet, je profite de votre présence pour le dire -, une grande ambition pour les opérations de renouvellement urbain, une prise en compte des besoins des associations et des habitants.

Alors, si Grigny était le début d'une aventure collective, Jaurès était une étape de mobilisation du Collectif des territoires gagnants. Rendez-vous à Lognes le 14 mai pour une étape consacrée à la culture, cher Bruno JULLIARD. Nous attendons désormais avec impatience les suites réservées à ce rapport par le Président de la République et nous ne diminuerons en rien notre mobilisation.

Permettez-moi de terminer en vous citant, Madame la Maire de Paris, vous avez dit au gymnase Jean-Jaurès : "La mise en ?uvre du rapport remis par Jean-Louis BORLOO pourrait coûter cher, mais ce n'est rien par rapport à ce que coûterait d'y renoncer. Les maires sont là pour agir. Nous nous y engageons, nous nous y engagerons".

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Colombe BROSSEL, merci pour votre engagement. Je tiens à dire ici que le travail fait par Jean-Louis BORLOO est un travail absolument remarquable. Vous pouvez applaudir, Monsieur AZIÈRE, on peut être d'accord ensemble.

Je pense que ce travail doit être véritablement traduit en actes parce que nos quartiers, je ne pense pas qu'aux quartiers populaires parisiens, mais les quartiers de la Métropole du Grand Paris dont on parle souvent ici, les uns et les autres, se font souvent reproche de ne pas avoir une approche suffisamment métropolitaine, mais deux-tiers des quartiers en grande difficulté de la Région Ile-de-France sont dans la Métropole du Grand Paris. Nous devons absolument, mais absolument, mettre en place les outils pour accompagner ces quartiers, ces villes, vers un mieux vivre de leurs habitants. Cela passe par une approche globale dans laquelle, oui, il faut des moyens.

A Paris, nous avons décidé de consacrer 25 % de notre budget d'investissement à des quartiers qui représentent moins de 20 % de la population parisienne. On l'a fait parce que nous devions le faire, parce qu'il y a un rattrapage, parce qu'il y a forcément plus de services publics à installer là où il y a plus de chômage, plus de difficultés sociales. C'est le choix que nous avons fait. Je crois que notre pays s'honorerait de faire ce choix, et sans opposer territoires ruraux et territoires urbains en difficulté, les deux sont absolument concernés par la même ambition et promesse républicaine. C'est comme cela aussi, en tant que Ville de Paris, avec Colombe BROSSEL, que nous nous sommes engagés dans ce travail porté par Jean-Louis BORLOO, c'est par esprit de solidarité, de soutien.

Paris est la capitale de la France et, à ce titre, même si nous avons aussi des quartiers en difficulté, que nous ne sommes pas exactement dans la même difficulté que d'autres villes beaucoup plus enclavées, ce qui sauve Paris, c'est qu'il n'y a aucun quartier enclavé puisque nous avons un métro et des moyens de communication à moins de dix minutes à pied de chaque habitation.

C'est ce qui fait que nous ne sommes pas dans ces difficultés-là. Mais nous avons un devoir de solidarité et c'est aussi ce que nous avons souhaité faire avec Colombe BROSSEL en participant très activement à ce travail autour de Jean-Louis BORLOO. Donc nous attendons le 22 mai avec beaucoup d'impatience.

Monsieur Rémi FÉRAUD, souhaitez-vous redire un mot ? Je vous remercie.