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Mai 2018
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Conseil Municipal
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2018 DAC 550 - Communication relative à la politique culturelle de la Ville de Paris - Les arts et la culture à Paris : d’infinies richesses en partage. Vœu déposé par le groupe RG-CI relatif au lieu "La Place" et à la place des femmes dans la culture hip-hop. Vœu déposé par le groupe RG-CI relatif à la simplification des démarches administratives pour l’organisation d’événements culturels sur l’espace public. Vœu déposé par le groupe RG-CI relatif à la culture de proximité. Vœu déposé par le groupe RG-CI relatif au soutien aux entreprises culturelles indépendantes qui favorisent la diversité culturelle. Vœu déposé par le groupe DP relatif aux expositions itinérantes. Vœu déposé par le groupe DP relatif à la médiation du street art. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à un comité d’engagement pour le "1 % marché de l’art". Vœu déposé par le groupe LRI relatif à la création d’ateliers d’artistes. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à un bleu budgétaire Culture. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à une déclinaison par arrondissement du Plan inclusion par les arts et la culture. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à l’opération "Plus Belle Paris". Vœu déposé par le groupe LRI relatif au recensement et à la restauration des œuvres d’art sur l’espace public. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à la rénovation des orgues et des œuvres d’art inventoriées au sein du patrimoine cultuel. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à la publicité du tirage au sort pour la sélection des conservatoires municipaux. Vœu déposé par le groupe LRI relatif à la valorisation numérique des œuvres dans les établissements cultuels.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Très chers collègues, nous allons à présent engager un débat organisé à partir d'une communication sur la politique culturelle de Paris, les arts et la culture à Paris. Le titre : "D'infinies richesses en partage". La conférence d'organisation a convenu d'un débat organisé sur ce thème et donc, ce débat, bien sûr, va inclure les temps de parole définis et notamment la présentation des v?ux qui doit être contenue dans ces temps de parole.

Mes chers collègues, l'art et la culture sont de puissants leviers d'expression, d'émancipation, d'innovation, en particulier dans cette grande capitale artistique et culturelle qu'est Paris. C'est pourquoi nous les avons placés, dès 2014, au c?ur de notre projet politique. J'ai souhaité, d'ailleurs, que la culture, les arts soient portés par mon premier adjoint, Bruno JULLIARD, que je tiens ici à remercier de son implication et du travail qui est le sien. Mais, art et culture, c'est l'ADN de Paris et c'est pour cela que je souhaitais vraiment que ce soit porté au plus haut niveau. Il est, bien sûr, aujourd'hui, accompagné par d'autres adjoints, dont je veux saluer le travail : Frédéric HOCQUARD, Véronique LEVIEUX et Catherine VIEU-CHARIER qui, à travers les questions de mémoire, intervient également sur ces sujets.

Donc, nous avons placé la culture, l'art au c?ur de notre projet politique, non pas au sens partisan du terme, mais au sens vie de la cité. Face aux mutations et aux opportunités nouvelles de la société parisienne, nous avons souhaité franchir un nouveau cap en faisant de la politique culturelle un enjeu démocratique, une réponse aussi aux crispations identitaires, au malaise civique qui, parfois, conduit jusqu'au meurtre. Nous l'avons dit précédemment dans l'hommage rendu notamment à Mireille Knoll. Cette priorité est notamment de permettre à chaque Parisien, quels que soient son âge, son origine, son quartier, d'accéder aux arts et à la culture, et d'en faire un acteur à la fois de sa propre pratique et de la construction d'un destin partagé.

Pour ce faire, Paris se doit de puiser dans toutes ses richesses, dans tous ses milieux, dans toutes ses cultures, au plus près des territoires et de leurs habitants. Enquête après enquête, les Parisiens témoignent de leur attachement à l'offre infiniment riche et diverse de notre ville qui est portée par un réseau d'acteurs culturels sans égal : plus de 400 écrans, 350 théâtres, 173 musées, un millier de galeries, 750 libraires et 60 disquaires ou 10.000 mètres carrés dédiés aux collectifs d'artistes. La singularité de Paris ne s'est pas faite en un jour. Cela s?est fait, bien sûr, grâce à tous les acteurs culturels, grâce à l'énergie de cette ville, mais aussi grâce à une mobilisation constante, depuis longtemps, une stratégie de long terme qui a été poursuivie par les élus de cette ville, notamment depuis 2001.

Je veux saluer aussi Christophe GIRARD qui a été l'adjoint à la culture dans les premiers mandats de Bertrand DELANOË. Je veux saluer les maires d'arrondissement qui portent également cette ambition culturelle au c?ur de leurs engagements de maire dans la proximité, et ils font vivre, et ils accompagnent, et ils impulsent, et ils innovent. Ils surprennent, et tant mieux. C'est cela, Paris. La singularité de Paris, c'est vraiment ce dialogue fécond que nous entretenons depuis maintenant 2001 avec l'ensemble des acteurs. Depuis 2014, l'essentiel des chantiers a été engagé. De très nombreuses réalisations profitent déjà aux Parisiens quand d?autres seront livrées dans les prochaines années.

Je veux aussi, ici, vous présenter des initiatives inédites que nous allons porter d'ici à la fin de cette mandature et qui donnent corps aux méthodes innovantes qui sont les nôtres :

- faire coopérer des acteurs très divers ;

- privilégier l'ouverture et le décloisonnement ;

- mobiliser les habitants à l'échelle des territoires ;

- favoriser la pratique artistique et culturelle de tous les habitants.

C'est notamment dans cet esprit les quatre contrats culture d'arrondissements pilotes et un plan d'orientation "Lire à Paris" que nous présentons aussi à ce Conseil.

Tout d'abord, nous voulons faire en sorte que Paris reste un territoire de création et non seulement, même si c?est essentiel, de diffusion et de circulation des ?uvres.

Pour s'épanouir, la création, l'imagination, les idées nouvelles ont besoin de temps, d'espace et de moyens. J'insiste de "moyens" parce que tout cela sans moyens, c'est quand même plus compliqué et on passe beaucoup d'énergie à rechercher des moyens plutôt qu'à s'engager dans la création.

Nous sommes ainsi attachés à développer une infrastructure pour la création professionnelle artistique à Paris. La Ville de Paris participe, bien sûr, au financement de plusieurs centaines de structures qui constituent des premiers soutiens des artistes et qui sont reconnues pour leur professionnalisme et leur engagement. Avec ces structures, nous travaillons à créer les conditions permettant aux artistes de continuer à répéter, travailler, inventer notre ville parce que c'est du travail et ce travail doit être soutenu également financièrement.

A côté de la Philharmonie de Paris, de La Place à vocation métropolitaine et nationale, nous aurons inauguré, d'ici 2020, quatre nouvelles fabriques culturelles dont Les Plateaux Sauvages et la rue Watt. Nous poursuivrons notre politique d'aide directe aux créateurs, avec l'accompagnement de projets et de résidences, autant d'espaces qui sont aussi des lieux de rencontres entre les artistes et les citoyens.

Nos établissements, comme Le Centquatre ou Le Monfort, font émerger de nouveaux talents. Ce sont des lieux majeurs pour la création à Paris, mais nous avons aussi à c?ur d'apporter un soutien particulier aux jeunes artistes, notamment par le F.M.A.C., et aux différentes disciplines telles que les arts de la marionnette, les arts de la rue, la bande dessinée ou les musiques actuelles.

Dans le prolongement de cette initiative, nous porterons cinq initiatives inédites :

D'abord, avec le Crédit municipal de Paris, nous inviterons les grandes maisons de vente aux enchères à s'engager à nos côtés dans un 1 % marché de l'art pour financer la création.

Nous réfléchirons aussi à la mise en ?uvre d'un fonds parisien de production pour le spectacle vivant afin de permettre à nos théâtres de produire leurs propres spectacles.

En outre, nous organiserons, dès 2019, une journée Portes Ouvertes des lieux de création à destination des Parisiens - par exemple, les 1.200 ateliers d'artistes financés par la Ville de Paris.

Nous prenons également l'engagement d'atteindre la parité femmes/hommes dans les nominations effectuées dans la mandature. Depuis 2014, sur 22 nominations à la tête d?établissements culturels parisiens, décidées par la Ville de Paris ou les Conseil d'Administration de ces institutions, 12 sont des femmes.

Enfin, nous organiserons, en octobre prochain, les rencontres de la culture à Paris, ouvertes aux professionnels comme au public, afin de construire avec nos partenaires les politiques publiques de demain.

Notre deuxième priorité : protéger, valoriser, transmettre notre précieux patrimoine à tous et à toutes, en particulier, bien sûr, à notre jeunesse dans un dialogue permanent entre l'histoire et le temps présent. C'est le sens de la campagne de sauvegarde des hommages dédiés aux victimes de novembre 2015, qui est conduite par les Archives de Paris et les services de la Propreté.

Nous avons fait le choix majeur aussi d'un investissement dans le patrimoine de Paris, avec plus de 220 millions d?euros apportés par la Ville. Nous poursuivons la mise en ?uvre de notre ambitieux plan pour le patrimoine cultuel et celui de la rénovation de nos musées. C'est un montant de plus de 100 millions d?euros. Ces musées connaissent un succès croissant - je veux saluer ici les succès de "Paris Musées" depuis sa création - et sont de plus en plus accessibles, accueillants, avec des parcours et des médiations adaptés.

Des offres spécifiques faites aux familles avec le dispositif "Paris Musées OFF" ou la mise en accessibilité et l'attention portée aux personnes en situation de handicap sont autant de moyens d'élargir le public et de le diversifier.

Nous continuons, bien sûr, à enrichir le patrimoine de notre ville en faisant confiance aux architectes contemporains et en développant l'art dans l'espace public.

A la fin de la mandature, ce seront 38 ?uvres qui auront été installées. Tous les quartiers sont concernés, des plus populaires - par exemple, la grande fresque de Lazoo à Stalingrad - aux plus aisés : les nouvelles décorations des fontaines du rond-point des Champs-Élysées qui seront inaugurées en octobre prochain.

D'ici à la fin de la mandature, nous porterons quatre nouvelles initiatives. Nous souhaitons d'abord que Paris devienne une ville refuge pour les ?uvres menacées dans le monde entier et ce, grâce au Crédit municipal qui dispose d'espaces de conservation.

Nous organiserons aussi un hackathon pour mobiliser les acteurs de l'innovation autour de la valorisation des ?uvres présentes dans l'espace public. Nous associerons à la première édition le Kiosque en musique, une initiative portée par la Confédération musicale de France et l'association "Orchestre à l'école".

Enfin, nous lancerons l'opération "Plus belle Paris" permettant, dans chaque arrondissement, une intervention artistique d?ampleur portée par les habitants sur des lieux qui doivent être à retravailler, à embellir.

Notre troisième objectif : rendre la culture et les arts accessibles à tous les Parisiens dans tous les quartiers. Nous ?uvrons, bien sûr, en particulier pour la démocratisation de la pratique pour les Parisiens, petits et grands. Je pense, bien sûr, à l'implication des conservatoires municipaux.

Je veux saluer le travail de réforme qui a été fait sous l'égide de Bruno JULLIARD dans les conservatoires municipaux, mais aussi dans les écoles pour favoriser l'apprentissage de la musique, le déploiement du dispositif "Art pour grandir". Je me souviens qu'il avait été créé en coopération entre Colombe BROSSEL, à l'époque, et Christophe GIRARD.

Le réseau des Maisons des pratiques artistiques amateurs s'est agrandi avec deux nouveaux lieux : à la Canopée des Halles, bien sûr, mais aussi à Breguet.

La lecture est essentielle en matière de partage des savoirs et de connaissances. C'est pourquoi nous continuons de développer notre réseau de bibliothèques, avec l?ouverture de trois nouvelles structures depuis 2014, mais aussi la promotion du HorsLesMurs qui favorise la découverte et le lien social.

Par ailleurs, le Pacte parisien de lutte contre la grande exclusion, porté par Dominique VERSINI et adopté en 2015, comporte un important volet d'accès aux pratiques artistiques et culturelles pour les personnes en situation de grande exclusion avec, par exemple, des actions de médiation menées dans les centres d'hébergement d'urgence et de réinsertion sociale. C'était un sujet cher à Geneviève Anthonioz de Gaulle à l'époque, lorsqu'elle était présidente de ATD Quart Monde, et ce sujet reste porté aussi par toutes les grandes associations humanitaires.

Une attention particulière est portée, bien sûr, aux habitants des quartiers populaires, avec un appel à projets qui soutient, chaque année, plus de 90 projets culturels au sein des 13 quartiers prioritaires, avec Colombe BROSSEL qui porte et impulse cette proposition.

Nous portons ainsi aujourd'hui six nouvelles initiatives. 3,5 millions d?euros seront consacrés, dans le cadre du budget participatif de 2017, à l'acquisition d'instruments de musique pour les conservatoires des centres d?animation.

Nous développons aussi deux nouveaux portails en ligne : l?un permettra d?accéder à l'ensemble de l?offre des pratiques artistiques amateurs dans la Capitale, tandis que l'autre portail sera dédié à l'activité des conservatoires municipaux.

Nous avons souhaité aussi accompagner la dynamique de transformation du Forum des images qui affirmera sa mission d'éducation aux outils de la création numérique, notamment en s'inspirant du projet arménien Tumo. Un certain nombre ici, y compris de présidents de groupe, notamment majorité et opposition, savent ce qu?est ce projet Tumo à destination des jeunes. Nous aurons le bonheur d'inaugurer l'école du numérique de Paris Tumo à la rentrée prochaine.

A l'occasion du Plan "Lire à Paris" qui incarne l'ambition pour la Ville pour l'ensemble de son réseau de bibliothèques, nous signerons avec l'Etat un contrat territoire-lecture afin de développer un programme d?action dans les quartiers populaires et en particulier en matière d'éducation aux médias et de lecture dès le plus jeune âge. Nous créerons aussi un grand prix des Lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris. Je veux d?ailleurs remercier les bibliothèques de la Ville de Paris ; cela a été commenté il y a quelque temps mais nous sommes la ville qui aujourd?hui ouvre le plus de bibliothèques le dimanche. Je tiens à le dire, cela a été un effort important, y compris de la part de nos agents. Cela a été un combat, cela reste un combat et je souhaite vraiment que ces lieux culturels soient des lieux qui permettent aux citoyens de tous les quartiers de pouvoir s'y retrouver, surtout le dimanche puisque c'est leur jour de liberté.

Enfin, nous déploierons un plan pour l'inclusion par les arts et la culture autour de plusieurs axes structurants : la création d'un observatoire des publics, la mise en place de rencontres professionnelles annuelles entre les acteurs du monde culturel et les acteurs du champ social, la mise en place de conventions "Paris pour tous" pour favoriser l'accueil des jeunes issus des quartiers prioritaires dans les établissements culturels, la création d'une enveloppe de 150.000 euros pour financer les projets innovants, le développement d'une offre à destination des publics de réfugiés, sujet important, bien sûr.

Quatrième enjeu, préserver le tissu culturel parisien, gage de la richesse de l'offre comme de sa capacité d'innovation. Nous avons à c?ur de protéger bien sûr la diversité, la densité du maillage culturel parisien face à des phénomènes de concentration. On pense bien sûr au livre, à la musique ou au cinéma et, par exemple, avec le soutien qui est le nôtre, aux petites salles, au commerce culturel indépendant. C'est un engagement que nous avons pris, que nous prenons, qui est d'ailleurs reconnu par les professionnels de ces secteurs ; je pense aux salles d'art et essai que nous avons aidées à numériser, mais je pense aussi aux libraires indépendants, avec lesquels nous avons un dialogue fécond et qui savent notre soutien à leur côté.

Paris s'est engagée depuis plusieurs années à développer un effort croissant auprès de tous ces professionnels. Je pense aussi à la filière musicale parisienne jusqu'aux disquaires. Nous avons eu un très beau Disquaire Day il y a encore quelques semaines à Paris, qui a montré combien cet engagement de la Ville est important.

Dans le domaine du théâtre, l'engagement financier de la ville auprès de l'Association pour le soutien du théâtre privé s'est renforcé depuis 2014 pour atteindre les 3 millions, parce que pour nous, il n'y a pas d'un côté le théâtre public et de l'autre côté le théâtre privé. Il y a des spectateurs, il y a des artistes, il y a des acteurs, il y a des fonctions différentes jouées par les uns et par les autres et nous les accompagnons. J'ai été heureuse d'accueillir ici la conférence de presse de lancement des Molières cette année qui, justement, dans ce même esprit, permet de conjuguer la force du théâtre public et la force du théâtre privé.

Par ailleurs, à côté des acteurs traditionnels, qu'ils soient privés ou publics, nous avons aujourd'hui beaucoup d'entrepreneurs culturels. Je pense notamment aux "start-up", aux 150 "start-up" d?industrie créative et culturelle qui existent à Paris, que nous aidons. Nous aidons des lieux hybrides et inspirants ; je pense à Paris Initiative Entreprise, qui permet justement d'allier et de développer des lieux comme Hasard ludique ou espace 360 Degrés. Un incubateur comme le Cargo réserve plus de 2.500 mètres carrés à toutes les actions, qui sont des actions privées et innovantes.

A côté des grandes institutions publiques, nous soutenons aussi, et je l'assume vraiment, les grandes fondations privées qui ouvrent à travers leur mécénat un certain nombre de lieux extraordinaires. Je pense évidemment aux fondations Louis Vuitton et Pinault qui, pour l?une a déjà ouvert un grand musée, pour l'autre ouvrira aussi un musée l'année prochaine. Je pense à la Fondation Pinault, à la Bourse de commerce, qui nous permettra de visiter, d?accéder justement à ces ?uvres magnifiques qui sont les ?uvres de cette fondation privée.

Nos grandes institution évoluent également en développant l'innovation numérique, qu'il s'agisse de "Paris Musées" avec 600.000 ?uvres en ligne à horizon 2020, mais aussi avec l'essor de la médiation numérique, les archives de Paris qui ont lancé en 2017 un nouveau portail et qui connaissent un succès extraordinaire, ou encore le réseau des bibliothèques qui multiplie l'offre de livres numériques.

Enfin, nous menons des politiques ambitieuses et ciblées afin que Paris reste toujours cette très grande capitale des arts qu'elle a toujours été, par exemple dans le domaine du cinéma. Nous sommes fiers, et je pense que vous l?êtes aussi, que Paris ait accueilli en 2017 plus de 1.000 tournages et nous avons aussi une émergence, au-delà du cinéma, des musiques actuelles. C'est une grande fierté de voir toutes ces innovations et ces créations se développer à Paris.

S'appuyant sur le Conseil parisien de la musique, la Ville a choisi de développer un effort croissant en faveur de ce secteur avec des cofinancements de nouveaux lieux. Nous le savons, nous avons à soutenir les nouvelles salles de concert ou encore les disquaires, mais parce que Paris et que la culture et l'art, c'est aussi le design, les métiers d'art, nous travaillons à maintenir ces métiers et le "Fabriqué à Paris", cher à Nicolas BONNET, avec les Ateliers de Paris ou le soutien au réseau professionnel et associatif. Je veux remercier aussi Olivia POLSKI pour le travail qui est fait autour notamment de ce label, puisque 234 produits ont été labellisés, notamment beaucoup d'entre eux dans les métiers d'art et de la création.

L?attractivité de Paris en matière culturelle repose évidemment sur notre capacité à dépasser les frontières traditionnelles et notamment les frontières géographiques. Nous avons un schéma de développement touristique - Jean-François MARTINS s'y est attelé - avec l'Etat et la Région et une saison culturelle qui participe à ce rayonnement. Nous mettons également en place une politique extrêmement volontariste afin de soutenir le rayonnement de Paris dans le monde, avec des tandems organisés chaque année entre Paris et une grande métropole étrangère, avec l'exportation de la Nuit blanche ou encore avec la programmation internationale des musées de la Ville, comme l'exposition Sonia Delaunay, à la Tate Gallery ou encore celle des robes haute couture du palais Galliera, qui se déplace au Japon ou encore en Espagne.

Dépasser les limites de la commune, c'est aussi considérer la Métropole toute entière, territoire incroyablement généreux et inventif en matière culturelle. Nous le faisons afin de permettre à l'ensemble de ses habitants d'en profiter. C'est comme cela que la Canopée et ses quatre grands équipements culturels sont venus conforter une dynamique métropolitaine qui existait déjà depuis longtemps aux Halles. Je vous informe d?ailleurs que le 19 mai prochain nous inaugurerons le jardin des Halles qui sera l?achèvement de cette grande opération du c?ur de Paris et vous y êtes bien sûr tous conviés.

Nous renforcerons aussi nos coopérations avec d'autres établissements culturels, de même ambition métropolitaine. Je pense notamment au projet des Ateliers Médicis à Clichy Montfermeil avec le maire de Clichy, Olivier KLEIN, ou avec le président du département de la Seine-Saint-Denis, puisque nous lançons également la Street Art Avenue ou la Reconquête urbaine.

Et parce que nous sommes convaincus que le dynamisme culturel de la Métropole est une des clés du rayonnement de Paris, nous allons porter deux initiatives fortes et structurantes ces deux prochaines années. L'édition 2019 de la Nuit Blanche, un événement résolument métropolitain, investira une portion du périphérique en 2019. Nous aurons aussi des Olympiades culturelles autour d'un grand projet conçu à la faveur des habitants de la Métropole et donnant plus de visibilité encore au Grand Paris de la culture et du sport pour saluer et couronner l'organisation de Paris 2024.

Mes chers collègues, plus que jamais, nous plaçons notre action pour la culture et les arts à hauteur de ce qu'ils sont pour notre ville : les sources essentielles de création et de rayonnement, le lien social, le renouveau démocratique. Je veux à nouveau remercier mon premier adjoint Bruno JULLIARD, l'ensemble de ses équipes, l'ensemble des équipes de la Direction des affaires culturelles, mais aussi "Paris Musées" et l'ensemble des adjoints qui contribuent à cette ambition culturelle et artistique, de s'être impliqués aussi fortement, aussi concrètement sur un sujet qui est reconnu de tous comme un point de nos activités et une marque de cette équipe qui anime Paris. C'est en assumant cette vocation de grande capitale de l'art et de la culture que Paris restera fidèle à son histoire, tournée vers l'avenir, inspirante pour ses habitants autant qu?inspirée par eux, toujours plus libre, plus attractive et plus fraternelle Je vous remercie.

Mes chers collègues, nous allons à présent passer à la prise de parole des groupes. Le tour des temps de parole a été défini.

Le premier orateur sera Julien BARGETON pour le groupe DP. Monsieur BARGETON, vous avez la parole.

M. Julien BARGETON. - Merci, Madame la Maire.

Les Parisiens sont satisfaits de la culture à Paris mais s'ils le sont, c'est pour aussi une singularité, singularité que vous avez quand même moins citée, qui est la présence de l'Etat, très forte traditionnellement dans cette ville.

Les opérateurs nationaux sont très présents, ils financent des manifestations, ils financent des événements, ils financent des opérateurs.

Quand la Ville met 150 millions d'euros par an pour la culture, l'Etat, dans son équivalent, met à peu près 1,2 milliard à Paris. Prenons un exemple : 70 millions d'euros pour l'enseignement supérieur artistique, et la Ville de Paris, par rapport à d'autres grandes capitales et grandes villes, n'a pas d'opéras à financer, ce qui n'est pas le cas de tout le monde en France ou dans le monde.

Ainsi, quand la Ville de Paris met un euro, l'Etat met à peu près 10 euros voire 15 euros à Paris. C'est une singularité, un levier qu'il aurait été bon de rappeler à ce stade.

Je remercie le directeur de ne pas trop me perturber. La plupart des équipements que vous avez évoqués avaient été programmés sous la mandature précédente, la Philharmonie, La Place, les bibliothèques, les conservatoires. Nous avons donc deux leviers très importants : la présence forte de l'Etat et une politique qui avait été menée, depuis 2001, de façon ambitieuse. Ces deux leviers mériteraient d'être soulignés pour affirmer quelques priorités sur la politique culturelle, priorités qui pourraient être approfondies. Je vais prendre quelques exemples.

Un vrai plan pour les bibliothèques. Vous citez le fait que la situation s'est améliorée. Je pense que quand même l'amplitude d'ouverture des bibliothèques à Paris reste trop faible. Le mois de mai qui s'ouvre va voir six jours fermés, voire sept puisque beaucoup de bibliothèques seront fermées le 9 mai. Tous les Parisiens ne peuvent pas partir en vacances, et notamment pendant les ponts, et donc sept jours de bibliothèques fermées pendant le mois de mai alors même que certains auraient aimé en profiter, c'est évidemment quelque chose qui n'est pas très agréable pour les Parisiens.

D'autant qu?aucune des bibliothèques n'est ouverte le lundi, qu'elles ouvrent uniquement à 13 heures, sauf deux jours dans la semaine, alors que les personnes âgées aimeraient y avoir accès.

Bref, pour 1.300 agents, l'amplitude horaire d'ouverture des bibliothèques - 35-38 heures par semaine - n'est pas satisfaisante. Evidemment, cela nécessite d'engager des discussions et je pense qu'il faut aller plus loin.

Les bibliothèques, comme le montre le rapport Orsenna, ne sont pas qu'un lieu de prêt, c'est aussi un lieu de vie, un lieu d'échange, un lieu où l'on vient chercher un travail et, à ce titre, je trouve que la communication, le Plan Bibliothèque, n'insiste pas assez sur les partenariats à mettre en avant avec les bibliothèques, avec d'autres lieux, par exemple, des lieux culturels, des salles de concert, ou bien avec des bibliothèques de l'Etat.

Deuxième sujet, le patrimoine de proximité. On va demander aux Parisiens d'intervenir. Je crois qu'il faut aussi là se concentrer sur quelques grandes priorités, la fontaine Kandinsky qui n'est pas dans un bon état et qui mériterait d'être davantage entretenue, ou bien l'?uvre de Richard Serra qui attend toujours d'être installée et qui devrait évidemment pouvoir trouver une place.

L'autre sujet que je voulais évoquer, ce sont les partenariats avec l'Etat. Vous le citez très peu. Vous prenez l'exemple du fait de faire de Paris une ville refuge pour les ?uvres d'art, ce qui peut être une bonne idée, au moment même où l'Etat met en place un fonds sur les sites en danger avec l'UNESCO.

Pourquoi avoir voulu créer encore un dispositif particulier parisien alors même que l'Etat est en train de le mettre en place, notamment relatif à la Syrie ? Je crois que cela donne l'idée d'une ville qui s'isole.

Vous parlez d'un fonds pour la création, fonds pour la création alors même qu'il existe déjà un fonds pour Paris. Pourquoi multiplier les fonds pour la création ?

La marge artistique des théâtres se réduit. Il faut peut-être là aussi exercer un certain nombre de priorités. 12 millions d'euros pour le Châtelet par an qui va être fermé deux ans, c'est-à-dire 24 millions d'euros en fonctionnement pour un théâtre qui est fermé. La hausse de certaines subventions, peut-être qu'il y a des priorités, des choix et des arbitrages à mener.

Enfin, sur l'innovation, là aussi, il faudrait être peut-être plus clair sur la façon dont on s'appuie sur les structures existantes en les accompagnant. Les élus doivent être en proximité, accompagner les acteurs culturels, notamment les acteurs culturels de la Ville de Paris, pas simplement les convoquer pour leur expliquer ce qu'ils font déjà très bien en général, c'est-à-dire accueillir les publics les plus exclus de la culture, travailler sur les différents publics qui sont un peu exclus, mais plutôt finalement être en appui, en soutien avec les lieux existants.

Cette communication donne donc parfois le sentiment que la Ville ne souhaite pas s'appuyer assez sur l'Etat et sur ses voisins. Je vois bien qu?il y a l'idée, par exemple, de la "Nuit blanche" élargie, etc., mais là aussi, avant de faire une "Nuit blanche" sur le périphérique, peut-être que cela se construit aussi avec la Métropole, en associant en amont les communes riveraines, les communes, limitrophes, plutôt que de l'annoncer, le construire de façon directement métropolitaine, puisqu'il s'agit quand même de faire une opération sur le périphérique.

Cette communication est donc bien tardive, et si elle a des éléments intéressants, ils me paraissent trop disparates pour définir une ligne stratégique claire sur la politique culturelle. Par exemple, la culture n'est pas qu'un simple supplément d'âme, elle doit être au c?ur de la politique. Elle doit irriguer toutes les politiques culturelles, elle doit être au c?ur de tout puisqu'elle est le ciment, le ferment de la construction des cités et des métropoles de demain.

Elle doit être évidemment en prise avec l'ensemble des autres politiques et, plutôt que de présenter dix-sept actions en mai 2018, il faut dessiner quelques axes stratégiques clairs si, bien sûr, des choses très importantes naissent des arrondissements, naissent en venant des acteurs culturels. Il faut davantage peut-être admettre qu'il faut faire des choix. Parce que j'entends et je sais ce qu'on va me dire, que j'ai été adjoint aux Finances et que tout cela requiert des moyens.

Je vais vous répondre. Moins que d'un budget supplémentaire global, la culture mérite du courage dans l'allocation des ressources - je vous ai donné un certain nombre d'exemples - et aussi un courage dans la transformation, avec les agents publics notamment, pour pouvoir ouvrir davantage les bibliothèques.

Au fond, c'était un choix qui avait été fait. Mais je pense qu'à l'usage, vu la place de la culture dans cette ville, elle a besoin d'une délégation à part entière. Ce n'est pas une critique vis-à-vis de Bruno JULLIARD dont on connaît l'estime que je lui porte, mais un premier adjoint qui est par ailleurs chargé d'animer aussi politiquement la majorité, et c'est bien normal, qui est chargé des relations avec les arrondissement, cela prend beaucoup de temps.

Donc, on voit bien qu?à l'usage, la culture, parce qu'elle nécessite un partenariat serré avec l'Etat, parce qu'elle nécessite un accompagnement de proximité des acteurs, parce qu'elle nécessite aussi de faire des choix dans un budget contraint, mérite et méritera une délégation pleine et entière pour finalement marquer quelques grandes priorités. Les bibliothèques comme lieu aussi où l'on va chercher un emploi, où l'on va travailler et qui sont davantage ouvertes le dimanche, parce que contrairement à ce que vous avez dit, la situation n'est pas satisfaisante. Le patrimoine de proximité, notamment cultuel, mais aussi sur le tramway, mieux revalorisé. Les partenariats avec l'Etat travaillés, et on voit qu'avec la Philarmonie, cela marche, et l'innovation culturelle au c?ur de tout, voilà ce qu'auraient pu être des lignes stratégiques et non pas 17 actions disparates pour la culture à Paris.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, intéressant.

Mme Béatrice LECOUTURIER pour l'UDI-MODEM.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, Paris ville lumière, Paris ville capitale, Paris ville métropole, Paris est un fleuron culturel envié dans le monde.

La culture à Paris, vous l'avez rappelé, c'est un tissu extrêmement dense d'artistes, de salles de concert, de théâtres, de libraires, de galeries, mais aussi un patrimoine exceptionnel.

Les Parisiennes et les Parisiens sont globalement satisfaits de la culture à Paris sans qu?ils ne fassent la distinction de ce qui relève de la Ville de Paris, de l'Etat, ou des opérateurs privés.

Nous rendons à la Ville ce qui lui revient, ses réussites, mais aussi ses échecs.

Côté réussites, je voudrais saluer le succès de ses musées municipaux, de ses bibliothèques, qui est certain et doit être encouragé. En 2017, "Paris Musées" a attiré plus de 3 millions de visiteurs, soit une hausse de 4 % par rapport à 2016. Une réussite qui tient à la qualité des expositions temporaires proposées, qui a suscité un véritable engouement auprès du public.

Quant aux bibliothèques, le Plan "Lire à Paris" présente des pistes intéressantes, notamment tout le travail réalisé avec les personnels des bibliothèques et médiathèques qui font chaque jour, rappelons-le, un travail formidable et précieux aussi bien en ce qui concerne le rôle des bibliothèques que la diversification de leurs usages et de leurs missions.

Autre élément à mettre au crédit des choix que vous avez faits, le recours à de nombreux partenaires et mécènes privés, que ce soit l'installation passée ou à venir de plusieurs fondations d'art contemporain, un mécénat qui a permis d'améliorer les projets de rénovation des théâtres et des musées en cours, ou encore un usage utile des bâches publicitaires. Il s'agit là d'autant de projets sur lesquels notre groupe a été heureux de vous accompagner.

Je n'aurai malheureusement pas le temps de détailler chaque mesure ou proposition qui va dans le bon sens, ou chaque inquiétude que nous avons, car il y en a aussi, et je regrette par exemple que la question de la Gaîté lyrique ne soit pas abordée dans cette communication.

La préoccupation la plus grande que nous avons concerne les pratiques artistiques amateurs. La culture à Paris ne peut pas se résumer à une grande fête permanente.

Au groupe UDI-MODEM, nous considérons que les pratiques artistiques amateurs doivent être au c?ur d'une politique municipale digne de ce nom.

Nous considérons que faire partie d'une troupe de théâtre amateur, pratiquer le dessin, la peinture, la danse, programmer un jeu vidéo ou une animation 3D ouvre un horizon culturel, une porte d'entrée vers l'art et correspond aux aspirations contemporaines de toujours plus de nos concitoyens.

Cela permet aussi de renforcer l'attractivité des acteurs culturels, car plus les Parisiennes et Parisiens seront susceptibles de pratiquer un art, plus ils auront envie de voir ce que les professionnels sont susceptibles de proposer à Paris.

Faire sauter le monopole de la création, c'est un calcul gagnant-gagnant.

Alors en débutant la lecture de votre communication, Madame la Maire, et vous l'avez encore rappelé ce matin, nous étions rassurés puisque vous sembliez partager ce constat en affirmant que chaque Parisien devait passer, je cite, du statut de "consommateur" de la culture à celui "d'acteur".

Le dire c'est bien, mais le faire c'est mieux. Or, fort est de constater que le budget des ateliers des beaux-arts qui regroupent 4.500 élèves ou "Paris Ateliers" n'a jamais été abondé depuis 2014.

La réforme des pratiques amateurs, appelée par l'Inspection générale en 2016, n'est même pas esquissée mis à part la création d'un portail commun d'inscription, alors que la diversification des publics de ces ateliers, notamment en termes de tranche d'âge, est aujourd'hui un véritable enjeu.

Quant à la question de la valorisation des créations amateurs dans les structures municipales, elle est globalement absente. Pourtant, elle devrait être totalement revisitée avec l'ouverture des conservatoires ou des théâtres municipaux aux amateurs, ou l'organisation d'événements sur l'espace public.

Par exemple, vous proposez de créer un grand prix des lecteurs et des bibliothèques. C'est une bonne idée, mais pourquoi ne pas aller plus loin en créant un prix réservé aux premières ?uvres auto-éditées des Parisiennes et des Parisiens ?

Au contraire, la seule orientation que vous semblez donner c'est d'accompagner uniquement la création professionnelle. Vous justifiez cela car vous souhaitez surtout éviter que la création artistique ne sorte du périphérique et n'essaime dans la métropole. Mais au contraire, quelle plus belle manière de faire la métropole qu'en portant des projets culturels ?

S'il faut créer des ateliers ou des lieux de création intercommunaux sur Paris comme chez nos voisins, pourquoi s'en priver ?

Cela peut se faire avec des établissements existants. Par exemple, est-il normal que La Place qui accueille des élèves des départements limitrophes, notamment de Seine-Saint-Denis, ne soit financée que par la collectivité parisienne ? Nous pensons que la construction d'une métropole de la culture doit passer par de vraies coopérations et ne pas reproduire une forme de péréquation bis.

Mettre en place des fabriques artistiques, pourquoi pas ? Mais à la condition que ce soit un lieu de rencontre entre amateurs et professionnels. De la même manière, nous ne pensons pas que votre projet, qui revient à créer une troupe résidant dans chaque théâtre municipal aille dans ce sens. Doit-on créer plusieurs mini "Théâtre de la Ville" dans chaque arrondissement ?

Nous pensons au contraire, nous, que ces établissements doivent retrouver leur vocation, celle d'être des équipements culturels de proximité ouverts aux associations des quartiers environnants. Pour cela, il faut faire preuve de plus d'ambition, les Maisons des pratiques artistiques amateurs sont une bonne chose, mais elles ne sont pas assez nombreuses. Il faut aussi faire preuve de plus d'ambition dans les choix des disciplines enseignées, comme a commencé à le faire "Paris Ateliers".

J'arrive à présent à la réforme des conservatoires et à son bilan. Si la création d'un parcours de sensibilisation musicale est une excellente chose en faveur de la démocratisation de l'accès au conservatoire et semble être effectivement un succès, cela semble ne pas être le cas des autres aspects de la réforme.

Je pense notamment à l'inscription par tirage au sort qui a été mise en place en 2015 et reste toujours d'actualité, symbole d'un manque d'ambition et de moyens accordés à cette question. Nous ne répéterons jamais assez, rien n'est plus injuste que le hasard, rien n'est plus injuste que de créer de nouvelles envies et nouvelles vocations par le parcours de sensibilisation musicale et de confier le destin de ces envies d'enfants de 6 ans au hasard d'un tirage au sort.

Or, dans cette communication, aucune mention n'est faite de l'absolue nécessité de mettre fin à ce système. C'était pourtant un engagement que M. JULLIARD avait pris à de nombreuses reprises. Nous nous interrogeons aujourd'hui, qu'en est-il ? La situation est préoccupante, car même si nous n'avons toujours pas obtenu de données précises de demandes d'inscription que nous vous demandons depuis des mois, votre premier adjoint nous a précisé qu'à l'heure actuelle, seule une demande de première inscription sur trois, une demande sur trois en musique pouvait être honorée dans les conservatoires. Un mot enfin sur la question des subventions aux associations, qui n'est même pas abordée alors qu?elle représente un tiers du budget de fonctionnement de la culture. Je le rappelle, en 2016, ce sont environ 76 associations qui se partageaient 140 millions d'euros sur un budget total de 152 millions d'euros.

Les petites associations, qui ont une subvention inférieure à 50.000 euros, se partagent 8 % du montant des subventions accordées à la culture, la mémoire, et le patrimoine.

La question n'est pas tant de pouvoir faire des économies sur le budget global de la Ville en taillant dans les subventions aux associations culturelles, que la répartition de ces subventions en fonction des différentes structures qui ont chacune leur importance et leur rôle et mériteraient que l'on en débatte.

Madame la Maire, nous le savons, rien de tout cela ne pourra être entrepris sans une ambition, je le répète, supplémentaire, mais aussi des moyens dédiés à ces questions et vous venez de le rappeler.

Mais nous ne pouvons alors que nous interroger sur le rôle que vous donnez à la culture, Madame, est-ce vraiment un élément essentiel, un pilier de votre politique parisienne ?

Depuis 2014, les seuls projets inaugurés que vous reprenez à votre initiative ont été impulsés sous la mandature de Bertrand DELANOË et les seuls projets novateurs sont portés par des acteurs privés.

Vous reprenez à votre compte la "Nuit blanche", l'ouverture de la Philharmonie, du Centquatre, du centre "la Place", mais aussi de plusieurs médiathèques, conservatoires, ou Maisons de pratiques artistiques amateurs impulsés avant 2014.

Monsieur JULLIARD, je ne doute pas de votre bonne volonté et du fait que vous ayez des idées intéressantes pour en avoir parlé avec vous. Cependant, elles se révèlent malheureusement contrariées par un sens des priorités municipales qui ne va pas dans le sens de la culture, cette dernière ne remportant pas, hélas, la timbale des arbitrages budgétaires.

Car le péché originel de ce ronronnement culturel remonte bien au programme d'investissement de la mandature. La part consacrée à la culture, au patrimoine et à la mémoire est au niveau du budget participatif, c'est-à-dire 5 % de ce programme, contre 30 % consacrés au coûteux conventionnement de logements.

La part du budget de fonctionnement consacrée à la culture est encore moindre puisqu?elle ne dépasse pas 4 %. Il suffirait donc, au final, de peu de choses pour augmenter le budget consacré à la culture, au patrimoine et à la mémoire, ne serait-ce que de 20 %. Vous imaginez alors ce qu'il serait possible de faire. Au contraire, vous avez préféré rater un moment important, un marqueur de votre mandature que vous avez ignoré. C'est dommage pour Paris, c'est dommage pour les Parisiennes et les Parisiens qui aspirent de plus en plus à une culture qui s'inscrit dans l'excellence pour tous.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme Nathalie MAQUOI pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Nathalie MAQUOI. - Merci.

Madame la Maire, mes chers collègues, en introduction, je voudrais vous parler de Lou et Nahim, et peut-être, comme cela, je pourrais rassurer un peu Mme LECOUTURIER sur la question des pratiques artistiques amateurs à la Ville de Paris. Lou et Nahim ont 18 ans. Ils habitent Belleville. Ils sont donc nés en 2001, l'année où la gauche a gagné Paris. Lou joue du violon aujourd'hui. Elle a rencontré la musique en maternelle, quand les musiciens de l'Orchestre de chambre de Paris sont venus jouer un après-midi. Le professeur de la Ville de Paris en musique a remarqué en CE1 son appétence. Il l'a encouragée à oser entrer dans le groupe Démos, initié avec le centre social de son quartier. Au bout de trois ans, Lou est entrée au conservatoire. Depuis, elle travaille beaucoup, beaucoup la musique. Elle profite de la Philharmonie. Elle joue en orchestre, depuis un an maintenant, dans l?une des grandes salles de la M.P.A.A. des Halles. Elle pratique.

Nahim écrit du théâtre, des contes, des nouvelles. Un peu moins cette année parce que c'est le Bac. S?il l'obtient, il sera le premier de sa famille à l'avoir. Un Bac Pro Mode qui lui ouvrira, qui sait, les portes de l'école d'art Estienne. Nahim a rencontré les mots très jeunes, en accompagnant sa mère à la bibliothèque Couronnes. Pendant qu?elle suivait un cours de français, il participait à une heure de contes avec l'une des bibliothécaires. Un jour, elle lui a fait une carte pour qu?il puisse repartir avec le livre qu'il n'avait pas fini. Les mots, pour Nahim, font partie de son quotidien : quand il écrit sur son téléphone portable, quand il écrit dans le hall de La Place en regardant les danseurs qui viennent pratiquer librement dans les couloirs.

Comme Nahim et Lou, les Parisiens et Parisiennes ont une pratique artistique. Celle-ci est variée, diverse, quotidienne ou ponctuelle. Et c'est à cette diversité que la politique culturelle que la Ville essaie de répondre au mieux.

Madame la Maire, votre communication s'intitule "Les arts et la culture à Paris : d'infinies richesses en partage". Vous avez montré l'importance que vous accordiez à la culture en la déléguant à votre premier adjoint, Bruno JULLIARD. Contrairement à ce que pense M. BARGETON, c'est plutôt un signe de considération et un signe d'importance. La feuille de route remise il y a quatre ans est ambitieuse : assurer à la fois le rayonnement de Paris comme capitale mondiale de la culture et assurer que la culture soit en partage pour l'ensemble des Parisiens et des Parisiennes, quels que soient leur origine, leur scolarité, leur âge, leur langue, leur situation sociale, leur parcours. D'une aporie, vous en avez clairement fait une ambition.

Vous avez également choisi de lier la culture au territoire en le chargeant des liens avec les mairies d'arrondissement. L'intuition derrière ce choix est qu'aujourd'hui, une politique culturelle part de la pratique artistique des habitants, de celle des artistes qui ont choisi d'avoir une place particulière dans la cité, et peut-être pas non seulement, uniquement, du rapport de la Ville avec l'Etat comme matrice pour construire une politique culturelle. Ces praticiens en art, qu'ils en vivent ou qu?ils soient amateurs, permettent à la ville de ne pas être un simple agglomérat de populations dans un monde de flux, mais de développer sa part d'urbanité. Ce qui fait la force de Paris, c'est de penser une politique culturelle avant tout pour les gens, par exemple pour Lou, par exemple pour Nahim. Et c'est le sens des contrats culture qui vont être présentés aujourd'hui.

Comme Nahim et Lou, tout le monde a besoin d'art, c'est-à-dire du beau au sens large. Prenez un moment pour vous rappeler ce que vous ressentez au sortir d'une exposition, d'un musée, d'un concert, d'un spectacle. L'émotion ressentie est à la fois personnelle et universelle. C'est pour cela que l'art se joue des frontières, des cultures, du niveau socioculturel. C'est pour cela que l'art rend tous les humains potentiellement égaux dans cette capacité à s'émouvoir. Et cette capacité à s'émouvoir commence dès le plus jeune âge, souvent par une rencontre humaine via le travail d'un ou d'une artiste. Elle est aussi parfois fortuite. Dans les petits miracles du quotidien qui ont lieu dans un cours d'un des professeurs de la Ville de Paris. Dans les petits miracles du quotidien dans les bibliothèques et médiathèques de la Ville de Paris, autour d'un livre, d'un jeu, d'une musique. Indispensable service public parisien de la culture : merci à tous ceux et celles qui le font vivre chaque jour. Nous, nous ne les accusons pas d'être réactionnaires ou de ne pas vouloir évoluer. Au contraire, on sait les miracles qui s'y passent.

L'éducation artistique, c'est un temps de transmission, d'épanouissement, un incroyable réseau constitué de conservatoires, de la M.G.I., bientôt du Forum des images, pour ne citer qu'eux. C?est pour cela que j?ai du mal à comprendre, Madame LECOUTURIER, que vous puissiez dire que la Ville de Paris n'a pas de politique en la matière en termes de pratiques artistiques. Dans ces lieux des possibles, personne ne peut prédire l'avenir de chaque enfant qui les fréquente, mais nous pouvons avoir une certitude : une part d'urbanité, c'est-à-dire une part d'hospitalité, de partage, d'accueil aura été transmise. Quelques-uns d'entre eux, comme Lou, choisiront d'en faire le métier d'une vie. Les autres, comme Nahim, continueront à consacrer une part de leur vie à la pratique artistique en amateur.

Alors se posera la question de créer et de pratiquer à Paris. Cela signifie avoir besoin, selon son esthétique, ponctuellement, durablement, d'espace pour son art. Par exemple, une danseuse pour revoir une séquence pour quelques dates de spectacles. Par exemple, une auteure metteuse en scène pour une écriture au plateau. Par exemple, une ébéniste pour fabriquer à Paris. C'est donc l'avenir de cette génération que nous préparons aujourd'hui. Or, dans une ville mondiale, où la terre est rare, et donc, source de spéculation, les lieux pour créer, pratiquer se trouvent en concurrence avec d'autres projets. L?une des pistes possibles, sans densifier là où la ville est déjà si minérale, est la mutualisation des espaces, des lieux, tout en accompagnant les projets.

Cette mutualisation se retrouve dans le projet de fabrique culturelle : celle des "Plateaux sauvages" qui accueille 14 compagnies de spectacle vivant par an ; celle, bientôt, de la rue Watt pour une esthétique si essentielle à notre urbanité, les arts de rue. Cette mutualisation peut aussi se penser dans des lieux qui ne sont pas dédiés à la culture, des résidences d'artistes dans les établissements scolaires, dans les centres sociaux, dans les hôpitaux. Mutualiser des lieux ouvre le champ des possibles en termes de partages artistiques, multiplie les moments où l'artiste dit le monde. Si la question de l'espace est essentielle, dans le contexte de l'une des villes les plus denses au monde, la création ne peut pas exister sans soutien financier.

Pour ceux et celles qui pourraient être tentés d'y voir une source possible d'économies, ramenez-le au salaire touché pour un concert. Quand Lou sera musicienne à la Philharmonie, son salaire ne pourra jamais quasi correspondre au nombre d'heures qu'elle aura passées à apprendre à jouer du violon et à s'entraîner à le manier avec virtuosité. Les artistes consacrent leur vie à cet éphémère. Quand la mondialisation met en concurrence les villes de rang mondial, y compris dans la culture, quand la spéculation est aujourd'hui une réalité de la création artistique contemporaine, maintenir ce haut niveau de soutien public garantit un bien commun qui n'appartient à personne et donc, à tous. C'est important, aujourd'hui, ce que l'on crée en commun, à l'heure des replis, qu'ils soient identitaires, individualistes ou communautaristes.

En guise de conclusion, merci, Madame la Maire, ainsi qu'aux adjoints qui portent cette communication - Bruno JULLIARD, Véronique LEVIEUX, Frédéric HOCQUARD - pour les propositions nouvelles qu?ils ont faites dans ce cadre et qui permettront, j'en suis certaine, d'approfondir, d'améliorer, d'enrichir le travail engagé jusqu'à la fin de la mandature.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Nathalie MAQUOI.

Permettez-moi de saluer la présence dans les tribunes des élèves de l'école de la 2e chance. Merci beaucoup d'être là. Nous poursuivons les prises de parole avec Sandrine MÉES pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Sandrine MÉES. - Merci, Madame la Maire.

Choisir le mois de mai 2018 pour présenter la politique culturelle de la Ville, 50 ans après mai 68 qui a permis l'éclosion de nouvelles pratiques culturelles, est-ce un signe ? En tout cas, pas pour M. BARGETON qui appelle plutôt à une culture administrée d?en haut, alors que c'est plutôt Paris qui aurait des choses à apprendre à l'Etat en cette matière, à notre avis, puisque la décentralisation est un combat permanent et, visiblement, il n'est pas encore gagné.

Le groupe Ecologiste de Paris salue ce bilan et les perspectives qu'il dessine. Cependant, la culture est présentée dans le document comme un outil de réarmement intellectuel et citoyen. Ce terme de réarmement - je dis bien de "réarmement" - intellectuel et citoyen, employé plusieurs fois, ne nous semble évidemment pas du tout adapté au sujet.

Nous partageons tout de même les grandes orientations de la politique culturelle mise en ?uvre depuis le début de cette mandature. La culture, sous tous ces aspects, doit demeurer un facteur d?intégration et de promotion sociale dans une société marquée par l?injonction à la consommation de biens matériels et par l?uniformisation.

Nous tenons évidemment à remercier toutes les agentes et tous les agents, sans qui la vie culturelle de Paris ne serait pas aussi riche et variée, et nous soulignons que la reconnaissance et l?écoute à l?égard des revendications des personnels nous semblent incontournables pour pérenniser les objectifs élevés en matière de culture de la Ville de Paris.

Je vais maintenant développer trois points.

Tout d?abord, le rééquilibrage territorial et la proximité : évidemment nous saluons la création de lieux culturels d?envergure à l?Est de Paris - le Centquatre, la Philharmonie - qui a permis de corriger un déséquilibre flagrant. Ces grands établissements effectuent un travail remarquable auprès de tout type de public. Cependant, nous souhaiterions que les Parisiens puissent davantage participer au fonctionnement même de ces équipements par la création d?un collège de citoyens, par exemple, au sein de chaque établissement. Nous avions déjà abordé ce point, au sujet des Maisons des pratiques amateurs.

Nous appelons donc à une plus grande participation des citoyens dans le fonctionnement de ces grandes institutions. Evidemment, ces grands équipements ne font pas tout et nous soulignons l?importance de maintenir un maillage de lieux de culture de taille modeste car tous les arts doivent rester présents en bas de chez soi. C?est la vocation que remplissent, par exemple, la Maison de la poésie, la Maison des métallos et les petits théâtres de quartier. Nous pensons particulièrement au Théâtre ouvert et au Tarmac, et bien sûr au Lavoir moderne parisien, un théâtre en péril, seul véritable et dernier théâtre du quartier de la Goutte d?Or, qu?une équipe de bénévoles a repris et anime depuis un an en alliant sérieux et créativité. Il serait bienvenu de les soutenir encore davantage. Il y a actuellement une lettre ouverte sur le sujet signé par des grands noms du théâtre.

Nous pensons aussi au cinéma d?art et d?essai avec de grandes réussites, même dans les quartiers populaires, et nous attirons l?attention sur la nécessité de les soutenir, aussi dans les huit premiers arrondissements - nous pensons au cinéma "La Clef". Nous serons vigilants sur le devenir du Forum des images.

Nous voulons souligner aussi la mise en valeur du petit patrimoine urbain. C?est à notre sens un dossier sur lequel, même si de nombreux projets sont à l?étude, il était temps de regarder de plus près car ce petit patrimoine est de l?histoire vivante qui rentre dans le quotidien des Parisiens. C?est un domaine que Mme Véronique LEVIEUX contribue pleinement à redynamiser dans sa délégation.

Deuxième point : la gratuité. Le groupe Ecologiste de Paris souhaite souligner l?importance d?un outil de démocratisation qu?il nous semble important de sanctuariser, qui est la gratuité d?accès. Elle ne permet pas de résoudre tous les problèmes de l?inégalité d?accès à la culture et ne constitue pas la seule solution à ce problème, mais de nombreuses enquêtes montrent qu?elle contribue à combattre ces inégalités. C?est elle, par exemple, qui assure aux collections permanentes de nos musées une fréquentation plus importante de certaines catégories sociales, comme les employés ou les ouvriers, que dans les musées nationaux et ce, malgré des collections plus pointues et plus spécialisées.

Il en est de même pour les bibliothèques, formidables réussites en matière de mixité sociale tout au long de l?année. Le Plan "Lire à Paris" répond à la demande formulée par le groupe Ecologiste de Paris de schéma directeur des bibliothèques, notamment par la personne d?Aurélie SOLANS, qui avait vraiment porté cette idée. Nous rappelons que, pour nous, les bibliothèques doivent rester des endroits silencieux, des endroits de silence, où les gens peuvent se réfugier loin du bruit, comportant des espaces de travail qui permettent notamment aux collégiens et aux adultes, qui continuent d?apprendre et qui ne peuvent pas le faire chez eux, de pouvoir travailler au calme.

Améliorer l?accès à ces lieux essentiels, ce n?est pas seulement ouvrir certaines d?entre elles le dimanche, travail qui est abondamment accompli en collaboration avec le personnel, c?est aussi aller vers l?extension des horaires d?ouverture en semaine et l?extension du nombre de jours d?ouverture par an, notamment pendant les petites et grandes vacances scolaires, en effectuant bien sûr les recrutements nécessaires et non en pressurant les personnels, ou bien en recrutant des vacataires.

Dans d?autres domaines que le livre, des festivals gratuits, musicaux ou bien de courts métrages, de cinéma documentaire, et bien d?autres manifestations - nous pensons à "Kiosques en fête" - donnent l?occasion aux familles ou aux promeneurs de croiser sur leur chemin des artistes et des créations qu?ils n?auraient peut-être pas eu l?idée d?aller chercher par eux-mêmes.

Pour nous, ce cap de gratuité doit donc être maintenu pour continuer à mettre les grands domaines de la création artistique de toutes les époques à la portée de tous, non sans être évidemment renforcé - comme c?est le cas très souvent - par des dispositifs volontaristes adaptés à la situation de chacune et chacun.

Le développement de l?art dans la rue va dans le même sens. Le groupe Ecologiste de Paris rappelle l?importance de donner toute leur place aux ?uvres des femmes artistes dans l?espace public, et d?associer les habitants aux projets de murs peints, aux installations de sculptures dans l?espace public et à veiller aux matériaux employés et à l?entretien des ?uvres pour leur pérennité et aussi pour l?aspect écologique.

Troisième point : la pratique des arts à Paris. C?est un autre enjeu majeur de conserver à Paris sa tradition de centre de création artistique en développant les ateliers, les logements, les résidences. Marie ATALLAH avait proposé un v?u sur le sujet dernièrement ; je n?y reviens donc pas. Ces dernières années, de gros efforts ont été réalisés en ce domaine pour que ceux qui fabriquent ou qui conçoivent des ?uvres ne soient pas obligés de le faire à l?extérieur de Paris.

Nous voulons parler aussi de l?accès aux enseignements artistiques. Concernant les conservatoires, nous serons évidemment vigilants sur les réformes en cours, notamment sur la transparence par rapport au choix des postulants retenus et sur le recrutement de suffisamment d?enseignants pour que les effectifs de classe ne soient pas pléthoriques.

Trois questions avant de conclure.

Le document contient l?annonce des rencontres de la culture à Paris en octobre prochain, pourriez-vous nous donner des détails sur ce projet ?

Il y a aussi l?annonce de l?opération "Plus Belle Paris" dans chaque arrondissement, des interventions artistiques pour embellir des lieux dégradés. Nous voudrions savoir - cela rejoint ce que j?ai dit plus haut - la façon dont les habitants seront associés à cette démarche. Pour nous, cela reste vraiment important. C?est de l?art à la portée de tous, mais tous peuvent aussi s?exprimer sur le sujet.

Troisième question : pouvez-vous nous faire un point sur les retards pris par les travaux du théâtre du Châtelet ? Ainsi, que l?art fasse partie intégrante de la vie de chacune et de chacun, pas seulement en tant que spectateur mais en tant qu?acteur, que chacun puisse dégager du temps pour cela, quelle que soit sa condition, et que l?on donne enfin aux femmes la place qu?elles méritent dans la sphère artistique, que les politiques culturelles soient pensées avec les Parisiennes et les Parisiens et pas seulement pour eux, c?est à cela qu?aspirent les écologistes. Mes collègues Marie ATALLAH et Jérôme GLEIZES poursuivront ces réflexions.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame MÉES. Nicolas BONNET-OULALDJ, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, mes chers collègues, dans les jours qui ont suivi les attentats terroristes de "Charlie Hebdo" et de l?Hyper Cacher de Vincennes, puis ceux du Bataclan qui ont frappé Paris, la culture comme l?éducation ont été brandies comme l?étendard face à la barbarie. Une réaction nécessaire et salutaire : la culture est effectivement ce refuge contre la barbarie, qui préserve et défend la part d?humanité que nous portons. Nous l?avons encore vu. Cette barbarie est présente ce matin avec l?hommage rendu au gendarme Beltrame et à Mireille Knoll. Cette communication est donc la bienvenue et nous partageons l?ambition et les objectifs fixés.

La culture, c?est d?abord et avant tout du lien. Roland GORI, psychanalyste et créateur du mouvement "L?appel des appels", nous dit : "La culture, c?est ce qui relie les êtres humains entre eux par leur ?uvre, leur production, leur manière de sentir, d?éprouver, de dire, de faire". Le lien au monde et le lien à l?autre, si semblable et si différent. Un lien qui, parce qu?il fait immédiatement sens et parce qu?il s'incarne dans une émotion, une rencontre singulière avec une ?uvre ou un artiste éphémère et non reproductible, s'oppose frontalement à la conception libérale où la concurrence, la rentabilité, la standardisation et la consommation tiennent haut le pavé.

Toutefois, la culture, ce n'est pas que du lien, c'est aussi une arme, une arme de paix et d'émancipation. Paul Vaillant-Couturier, en 1936, lors d'un discours qui se veut un appel en faveur des états généraux de l'intelligence française dira : "C'est à esprit qu'il faut faire confiance pour résoudre les problèmes de paix, de liberté et du pain des hommes".

Vous comprendrez donc, mes chers collègues, que lorsque certains ont fait le choix de la sécurité et de l'état d'urgence, nous avons fait le choix de la culture.

Aujourd'hui, dans un contexte général d'austérité, sous la pression d'une idéologie marchande qui s'est infiltrée partout, l'art est lui aussi devenu un produit culturel de masse. On consomme de la culture. On parle d'industries culturelles, d'objectifs, de rentabilité, de poids économique de la culture.

Il faut donc un vrai courage politique, Madame la Maire, pour soutenir une autre approche de la culture et de la création ; affirmer qu'elle se rattache à notre passé et ouvre des perspectives sur notre futur dans le même mouvement ; affirmer qu?elle est un prolongement naturel de l'éducation et plus précisément encore de la formation du sujet et de la constitution de la collectivité ; affirmer qu?elle est un des rares espaces de pensée et de liberté où la société peut se réfléchir librement en dehors justement des contraintes propres au monde économique et même parfois au monde politique.

Pour nous, la culture est au c?ur de notre projet politique qui vise au plus près du progrès de la justice et de l'humanité. Nous appelons à une refondation du service public de l'art et de la culture en réaffirmant la responsabilité de l'Etat. C'est d'ailleurs en ce sens que nous soutenons l'appel de Montreuil pour des états généraux de la culture, lancé en janvier dernier.

Nous devons mettre un coup d'arrêt au processus de marchandisation du service public de la culture, une culture toujours menacée par les directives européennes et les accords de libre-échange. N?oublions jamais que c'est à Paris qu'a été portée la mobilisation contre les accords Blum-Byrnes en 1948, qui avait pour objectif de défendre la place du cinéma français.

Nous affirmons également le lien étroit qui doit exister entre le soutien à la création et l?appropriation sociale et citoyenne des ?uvres et des pratiques culturelles. Cela passe par la refondation de l'éducation artistique à l'école et de l'éducation populaire, et dans la cité et à l'entreprise.

Face à l'emprise des industries culturelles sur l'ensemble du champ artistique, littéraire et médiatique, nous demandons la mise en place des régulations qui s'imposent.

Vous l'avez compris, notre vision en matière de politique culturelle, c'est d'opposer au modèle dominant le soutien à la richesse de la création, le soutien à sa liberté et à son ouverture à toutes et tous.

Education populaire, formation à l'esprit critique, médiation et transmission, rencontres et échanges avec les artistes, autant de leviers à mettre en ?uvre pour élever le niveau de conscience de nos concitoyens, et les rendre aptes à appréhender les enjeux de notre monde et leur donner les moyens d'agir, sinon de conquérir, au moins de leurs désirs, leurs combats, leurs croyances et leurs convictions. Plus encore qu'un devoir social, il s?agit là d'une nécessité démocratique.

Récemment, dans le Manifeste des ?uvriers, Roland GORI, Bernard LUBAT et Charles SILVESTRE appellent à remettre les femmes et les hommes à l'?uvre, au c?ur des activités de production et de la création pour lutter contre la normalisation technocratique et financière. Ces ?uvriers existent à Paris, ils sont là. Ce sont eux qui fabriquent Paris, des artisans d'art, des artistes, des intellectuels.

C'est tout le sens aussi de notre politique, notre volonté de relocaliser la fabrication à Paris, de valoriser le "Fabriqué à Paris", de valoriser les métiers d'art.

Je voudrais aussi évoquer une autre ?uvre qui n'est pas tellement évoquée, mais abordée dans cette communication, et Bruno JULLIARD était présent le 14 novembre 2010 aux EPSiliades et a pu entendre ces conclusions des professeurs d'EPS qui disaient : "Les activités physiques et sportives sont des ?uvres et constituent un champ culturel incontestable, au sens où l'on parle de la poésie du roman, du théâtre, des sciences et des langues".

C'est à ce titre qu'elles sont dignes d'être transmises, enseignées parce qu?elles sont porteuses de valeurs intrinsèquement éducatives. Les activités physiques et sportives sont des activités profondément humaines parce qu?elles mobilisent la totalité des êtres qui s'y adonnent.

L'ambition d'une culture sportive pour toutes et tous repose sur un enseignement de qualité ne se réduisant pas à l'animation sans contenu ni à une éducation physique eugéniste ayant comme unique visée la santé ou un discours moral centré sur des valeurs. L'enjeu est bien l'appropriation de son corps, de son espace, du mouvement, des techniques, de son environnement et de techniques appropriées au corps.

L'organisation par notre Ville des Jeux olympiques et paralympiques en 2024 nous offre une opportunité formidable pour développer la culture sportive pour toutes et tous à Paris.

Tout cela ne fait que renforcer notre soutien à l'Olympiade Culturelle qui se tiendra quatre ans durant, qui débutera au lendemain des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo et s'achèvera à la fin des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Quatre ans pour faire rayonner l'art et la culture, quatre ans pour exposer notre vision de la culture et sa place dans la société, quatre ans pour construire les ponts entre Paris et sa banlieue, quatre ans pour construire une entité culturelle forte de la Métropole du Grand Paris.

Vous l'avez compris, l'Olympiade Culturelle est sans doute l'une des plus grandes manifestations culturelles à venir sur notre territoire. Nous souhaitons faire de ces Jeux olympiques et paralympiques un événement populaire. Voilà un moyen d'impliquer, dès maintenant, les populations dans cette formidable aventure.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

Madame Agnès EVREN, vous avez la parole, pour le groupe les Républicains.

Mme Agnès EVREN. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, une fois n'est pas coutume, vous nous livrez une communication relative à la politique culturelle de Paris ; la première en quatre ans ! Il était temps, pour une Ville dont vous exposez, sur 16 pages, le brillant éclat culturel et artistique.

Mon regret, Madame la Maire, c'est qu'une fois de plus, vous êtes davantage dans la communication que dans l'action. Votre discours a alors le mérite de pointer votre incohérence. Il est, en effet, difficile de distinguer les propositions que cette communication était censée nous dévoiler, d'autant qu?elle ne s'accompagne ni d'un plan de mise en ?uvre ni d'un budget correspondant.

Les sujets réellement épineux sur lesquels nous ne cessons de vous alerter sont abordés avec un manque d'ambition certain, voire occultés. Qu?en est-il de la situation des personnels des bibliothèques ? De celle des conférenciers des musées de la Ville ? De celle des bouquinistes ? Du sous-investissement pour le patrimoine cultuel ? Du triste état de nos fontaines ? Et je ne saurai ici tout citer.

Des paroles aux actes, il s'agit, Madame la Maire, d'être cohérent. S?il vous faut un exemple, c?est ainsi que nous raisonnons à la Région Ile-de-France. La culture est le ciment de notre politique régionale, alors nous déployons une stratégie, un budget et un plan d'action :

- une stratégie qui se décline en trois principes : inclusion, itinérance et création afin de briser les barrières entre le centre et la périphérie et permettre un accès du plus grand nombre à la culture ;

- un budget ambitieux qui a augmenté de 12,5 % en deux ans ;

- et un plan d'action qui s'est déjà traduit par l'adoption de neuf projets de délibération dans tous les champs de la culture.

De votre côté, Madame la Maire, où est la stratégie ? Où est le budget ? Où sont les actes ? Que fait la Ville pour l'émergence des nouveaux talents quand la Région en fait l'une de ses priorités en créant un fonds d'un million d'euros dédié aux jeunes créateurs ?

Car, vous le n'ignorez pas, les jeunes artistes n'ont plus les moyens de créer en Ile-de-France. Ils partent à Madrid, Barcelone, Berlin ou Bruxelles, là où la vie est moins chère. Que fait la Ville pour briser les fractures culturelles ?

Seuls quatre arrondissements bénéficient de contrats d'inclusion quand la Région lutte contre la désertification culturelle en favorisant notamment la mobilité des équipes artistiques dans des territoires sous dotés, grâce à des bonus accordés à celles qui s'engagent à diffuser leurs ?uvres et leur travail de médiation au-delà du périphérique.

Que fait la Ville en matière d?éducation artistique et culturelle ? Elle se désengage du F.R.A.C. qui, je le rappelle, propose des médiations à près de 7.000 élèves parisiens par an, présidé excellemment par Florence BERTHOUT - je le rappelle - quand la Région fait des 465 lycées franciliens la porte d'entrée vers la culture.

Que fait la Ville en matière de livres et de lecture ? Un Plan Lire intéressant à certains égards, il faut le reconnaître, mais aussi un peu fourre-tout et fait se côtoyer la création d?un énième prix littéraire quand il en existe déjà de nombreux dans les bibliothèques parisiennes et le développement des "grainothèques".

Que fait la Ville enfin, Madame la Maire, pour rayonner en matière de culture sur son territoire et à l'international ? Elle affirme s'extraire de ses limites géographiques pour stimuler son dynamisme de demain. Pour la "Nuit Blanche", elle est donc fière d'investir le périphérique.

Pour les nouvelles Olympiades Culturelles, c'est la Métropole qu'elle considérera ; et l?Ile-de-France, Madame la Maire, vous en souciez-vous ? La Région, elle, ne se désintéresse pas de Paris.

Si notre ambition est de mieux répartir l?offre culturelle sur l?ensemble du territoire francilien, il est faux de croire que ce rééquilibrage se fait au détriment de Paris. Nous y sommes pleinement investis. Nous consacrons à la Capitale un budget de 9,4 millions d'euros, ce qui en fait le département francilien qui reçoit le plus d'aides régionales.

Nous sommes présents sur toutes les grandes manifestations parisiennes, comme "Solidays", "Rock en Seine" ou "We Love Green". Nous sommes engagés sans hésiter pour la renaissance de la Scala dans le 10e, l'Atelier des Lumières ou encore les Ateliers Médicis que vous avez à juste titre mentionnés. L'Orchestre national d?Ile-de-France programme près d'une centaine de concerts à Paris, y compris dans les lycées parisiens. Nous soutenons activement les réseaux parisiens des librairies indépendantes et allons déployer 200 boîtes à livres dans les gares franciliennes, et je pourrais poursuivre longtemps ma litanie.

Oui, la Région Ile-de-France se soucie de Paris et la réciproque devrait être vraie. C'est beaucoup plus large et moins métropolitaine que doit être la vision culturelle de Paris pour assurer son dynamisme. Vous refusez de constater que c'est en s'appuyant sur le formidable potentiel de Paris ainsi que de la petite mais aussi de la grande couronne que nous favoriserons l'attractivité de Paris et de sa Région. L'entre-soi n'a jamais été une solution ; il faut faire le pari de l'ouverture et de l'action qui doit être collective pour que rayonne toujours plus Paris et la Région, Capitale dans le monde. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Madame Laurence GOLDGRAB, vous avez la parole, pour le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Madame la Maire.

Riche, dense, diverse, moderne et innovante, l'offre culturelle à Paris est exceptionnelle. Les Parisiens ne s'y trompent pas, Madame EVREN, et sont fiers de leur Ville, de son attractivité et de son maillage unique de musées, monuments, théâtres, salles de spectacle, cinémas, librairies, galeries d'art, conservatoires, bibliothèques, etc.

Les nécessaires rééquilibrages en faveur des quartiers populaires qui ont été opérés sous la précédente mandature, l'accès favorisé aux musées municipaux parisiens, la politique de maintien des commerces culturels en centre-ville via la SEMAEST, une aide circonstanciée aux théâtres et salles de spectacle, pour prendre quelques exemples, sont des outils de réussite de notre politique culturelle en faveur de la diffusion. Et si je mélange le public et le privé, c?est volontairement car notre responsabilité est de reconnaître qu'aider l'économie culturelle indépendante à survivre, comme nous le faisons, est un enjeu majeur en faveur de la diffusion de la culture à Paris. C'est une vision nouvelle que vous avez initiée lors de cette mandature et nous nous en félicitons.

Mais si Paris est en pointe de la diffusion culturelle, il ne doit pas y avoir de déséquilibre. Notre Ville doit axer ses priorités en faveur de la création d'une part et de l'accès à la culture pour tous d'autre part. Ces enjeux sont permanents, ils évoluent sans cesse. Chaque Parisien acteur de la culture - je vous cite - plutôt que consommateur de produits culturels, c'est un défi que vous lancez et qui suscite l'adhésion.

Pour nous, cela passe d'abord par la démocratisation de la culture. Les inégalités sociales d'accès aux équipements culturels persistent, avoir un équipement culturel en bas de chez soi ne signifie pas qu'on en poussera les portes. Des barrières existent et il est de notre responsabilité de les identifier pour les faire tomber.

Nous proposons tout d'abord de renforcer la culture de proximité vers les territoires. Les contrats culture en arrondissements pilotes, que vous proposez, poursuivent cet objectif. Nous espérons que cette méthode sera rapidement étendue à l'ensemble des arrondissements et qu'elle s'accompagnera de moyens supplémentaires, qui peuvent par ailleurs être de différentes natures, financiers comme humains. Nous formulons le v?u que davantage de moyens soient octroyés aux mairies d'arrondissement, afin de leur permettre de mettre en place une vraie politique culturelle déconcentrée, au plus près des habitants et de leurs attentes. Des initiatives et des festivals locaux d'arrondissement existent. Mais souvent, face au peu de moyens qui leur sont accordés, les mairies d'arrondissement ne peuvent organiser un événement culturel et mener d'autres actions en parallèle. Pourtant, ces événements locaux rencontrent généralement un beau succès et permettent de soutenir la diversité culturelle et l'émergence de projets divers, professionnels ou amateurs.

Nous proposons aussi par un autre v?u une simplification des démarches administratives nécessaires à l'organisation d'événements culturels sur l'espace public. Tous les acteurs de ce domaine sont unanimes, les démarches actuelles sont longues, laborieuses, complexes et coûteuses. Elles constituent un frein et parfois même un coup d'arrêt à des projets qui ont pourtant le mérite de permettre à la culture d'aller à la rencontre du public sur l'espace public et potentiellement, d'ailleurs, de nouveaux publics. Cela nous semble parfaitement s'inscrire dans notre travail et votre travail de démocratisation de la culture.

Nous devons également renforcer la médiation culturelle partout où cela est possible ; c'est un enjeu majeur. Je voudrais vous féliciter pour ce projet ambitieux et extraordinaire d'investir les tronçons du périphérique lors de la prochaine Nuit Blanche, territoire symbolique, véritable fracture du territoire francilien. C'est une excellente initiative pour favoriser l'accès de tous à la culture et offrir une nouvelle vision de cet espace et je sais que vous avez approuvé l'idée de renforcer la médiation culturelle lors de cette Nuit Blanche, puisque nous en avions déjà parlé.

Pour l'ensemble de ces missions, nous devrons réfléchir aux modèles économiques de nos institutions. Il existe une grande disparité des modèles économiques et des missions, des équipements culturels et le public ne comprend pas toujours notre politique en ce domaine. Nous souhaitons une meilleure cohésion, une meilleure lisibilité des missions poursuivies et, surtout, une mutualisation des moyens afin de dégager des marges de man?uvre pour servir avec un maximum d'efficacité notre politique culturelle d'accès de la culture à tous les Parisiens.

Autre priorité de la mandature, enfin, le soutien à la création. Inventer de nouvelles formes de financement pour la création, développer une infrastructure pour la création professionnelle à Paris, proposer des espaces de travail adaptés et accessibles, créer ce fonds de 1 % marché de l'art avec le Crédit municipal de Paris et les maisons de vente aux enchères pour financer la création artistique, créer un fonds parisien pour le spectacle vivant, autant de mesures que nous approuvons. Surtout, quatre fabriques culturelles qui auront été inaugurées d'ici 2020. C'est un signe fort envoyé aux acteurs de la création et le reflet de notre engagement.

Des lieux de création partagés et de transmission pour tous les publics au c?ur des quartiers populaires, comme les Plateaux Sauvages ou le Grand Parquet, Centre d'art et de recherche ou encore un lieu de travail dédié aux arts de la rue et du cirque, ce sont ces initiatives qui permettront à Paris de demeurer un territoire de création.

Dans le secteur de l'économie culturelle, nous soutenons depuis le début de la mandature, comme je le disais tout à l'heure, les entreprises culturelles qui diffusent, comme c'est le cas des start-up hébergées dans les différents incubateurs, bien sûr Créatis, le Cargo, Centquatre, 104factory, etc., mais, et j'insiste beaucoup sur ce point, nous devons impérativement renforcer le soutien de la Ville aux entreprises indépendantes qui créent et produisent du contenu. Cela, pour favoriser la diversité culturelle dans le domaine par exemple de la musique, du cinéma et de la vidéo. Des structures existent comme le Mila, le Labo de l'édition, etc., mais comment mieux soutenir ces producteurs et éditeurs qui sont les garants de l'éclectisme et de la richesse de la culture ? Nous ne devons donc pas simplement soutenir ces entreprises qui diffusent, mais bien des entreprises de contenu. J'en ai déjà parlé à de nombreuses reprises à Bruno JULLIARD, qui connaît mon souci dans ce domaine, car il faudrait éviter de créer une bulle avec beaucoup de diffusion et pas assez de contenu à l'intérieur.

Voilà, la richesse, l'éclectisme sont également symbolisés par la diversité des lieux de création soutenus par la Ville. Je pense au centre culturel "Hip Hop La Place". Ouvert en avril 2016, il a pour vocation à devenir le poumon du hip-hop parisien et à contribuer à la création et à la diffusion de cette culture à part entière. Nous souhaitons obtenir un premier bilan de son activité pour en avoir une vision exhaustive. Je sais que l'ouverture est assez récente mais ce serait bien déjà d'avoir un premier bilan.

Vous l'évoquez dans votre communication, la culture, comme les autres secteurs professionnels, n?est pas épargnée par les inégalités entre femmes et hommes. Vous avez pris des dispositions pour lutter contre le plafond de verre qui empêche encore trop souvent les femmes d'accéder aux postes de direction, et nous le saluons. Mais, dans le domaine de la culture hip-hop, musique, danse, graff?, ces domaines sont essentiellement des secteurs majoritairement masculins et là je parle de création et non pas de direction des établissements. Il y a pourtant des artistes féminines qui excellent, mais elles souffrent d'un déficit de notoriété. Ainsi, nous souhaitons que La Place - je l'avais d'ailleurs déjà souligné - contribue à la féminisation du hip-hop et à l'émergence de talents féminins. Nous avons formulé un autre v?u en ce sens. Innover pour permettre aux oubliés d?avoir accès à la culture, permettre à la culture d'être présente partout et aussi dans les lieux où on ne l'attend pas ou plus, comme la prison, l'hôpital, c'est là tout le sens d'une politique culturelle que nous souhaitons porter. Nous devons être un véritable médiateur entre les acteurs pour voir naître des projets pérennes, comme c'est le cas dans le cadre du Plan d'accueil des réfugiés. Il y a encore de nombreuses idées et projets que nous souhaiterions développer et sur lesquels nous espérons travailler avec vous et l'ensemble des acteurs de la culture ainsi que le public. La réunion d'octobre en sera, je le pense, sans aucun doute, l'occasion. Je voudrais terminer en remerciant tous les adjoints qui ?uvrent dans ce secteur : Bruno JULLIARD, Frédéric HOCQUARD, Véronique LEVIEUX et saluer leur travail. De belles réussites sont derrière nous, mais également devant nous. Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame la Présidente.

Je donne la parole à Mme SIMONNET.

Pardon, excusez-moi, j'avais donné mon accord pour une inversion de deux prises de parole. C'est donc au tour de Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER pour le groupe PPCI. Et ensuite Mme SIMONNET.

Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, cette discussion autour de la politique culturelle de la Ville de Paris est un moment important pour notre Assemblée. Comme le dit Erik ORSENNA dans son excellent rapport "Voyage au pays des bibliothèques", la culture n'est pas une simple ligne sur un budget, c'est un élan collectif singulier. Autrefois évalué à tort comme un sujet secondaire, l'accès à la culture pour tous est plus que jamais synonyme d'accès au savoir et demeure - chacun s'en rend compte - un grand facteur de cohésion sociale.

Je souligne ici le mot "accès", car c'est bien de cela que les élus parisiens que nous sommes doivent traiter. L'action publique dans ce domaine doit s'attacher à réduire les fractures de la société et en déterminer l'évolution. Il n'y a, par conséquent, rien d'anodin ni dans le respect de l'héritage transmis par les Parisiens d'hier, ni dans la définition du patrimoine que nous transmettrons aux Parisiens de demain.

La culture n'appartient pas à tel ou tel, elle nous est confiée momentanément, et nous avons le devoir d'en prendre un soin tout particulier.

Pour s'assurer que la culture soit ouverte à tous, quels que soient l'âge, l'adresse, la condition socio-économique et l'appartenance communautaire, il est nécessaire de prendre de la hauteur et adopter une attitude visionnaire. Cette ambition, l'Exécutif semble la partager. Toutefois, si nous reconnaissons la prise en considération de ces enjeux fondamentaux, le bilan et les mesures qui sont aujourd'hui évoqués, révèlent quelques erreurs d'évaluation.

A Paris peut-être plus qu'ailleurs, l'exploitation du capital historique et culturel est un gage d'attractivité économique. Chaque année, plus de 30 millions de touristes viennent à la découverte de la ville-lumière. Nous nous félicitons d'ailleurs des effets plus que positifs de la création de "Paris Musées" sur la fréquentation des musées parisiens.

Les investissements de la Mairie doivent en effet être à la hauteur de la prééminence de la marque "Paris" dans le monde. Pour continuer à promouvoir cette dernière et maintenir en l'état son statut de capitale culturelle, nous devons commencer par garantir la survie du vieux Paris. La protection des édifices religieux, la rénovation de nos églises sont une priorité incontournable de notre patrimoine. Pourtant, le plan actuel qualifié d'ambitieux par l'Exécutif est aujourd'hui grandement insuffisant pour réaliser les travaux nécessaires, et les maigres 80 millions du P.I.M. ne suffiront pas à les sauver.

La communication de l'Exécutif citait Aragon. Permettez-moi de reprendre les mots d'André Malraux qui écrivait : "La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert."

C'est avec ces mots en tête que doit être menée la recherche intensive d'investissements privés. Le travail du fonds pour Paris doit en ce sens être renforcé et élargi auprès de plusieurs interlocuteurs. Le développement du mécénat correspond de plus en plus à un souhait de la société civile. L'engouement des entreprises est d'ailleurs à la hauteur de cette attente, puisque 79 % des mécènes annoncent des perspectives annuelles positives leur permettant de stabiliser, voire d'augmenter, leur budget dédié à l'activité culturelle. Dans cet esprit, les plus grandes entreprises, bien qu'aujourd'hui de plus en plus enclines à créer leur propre fondation culturelle, doivent continuer à être sollicitées et récompensées de leurs initiatives de partenariats publics privés.

L'Exécutif a exprimé sa volonté de rendre chaque Parisien acteur de la culture plutôt que consommateur de produits culturels. Je partage cette vision et je pense que le meilleur moyen de mettre cet idéal en pratique est le développement du mécénat de proximité ou "crowdfunding" culturel qui consiste à amener un grand nombre de personnes à participer à l'élaboration en termes économiques et financiers d'un projet.

Ce dernier permettrait de venir en aide aux petits musées dont les grands investisseurs tendent à se détourner et qui sont pourtant si essentiels à l'intégrité de notre ville. Je pense, par exemple, au musée de la Poupée dans le 3e arrondissement, forcé de fermer ses portes en 2017.

Le musée des Beaux-Arts de Rennes est parvenu à finaliser l'acquisition de "Saint Jude Thaddée" grâce au mécénat de proximité. Pour couvrir le prix de vente de 300.000 euros demandés par la galerie, l'Etat a apporté 100.000 euros, la Ville de Rennes 140.000 et les 60.000 euros restants ont été rassemblés par le biais d'une souscription publique. Chacun était invité à apporter sa contribution à un fonds de dotation créé pour la circonstance, même à partir d'un euro.

Autre exemple, parisien cette fois, l'opération de "crowdfunding" au profit de la restauration de l'orgue Cavaillé-Coll de l'église Notre-Dame d'Auteuil dans le 16e arrondissement a été une réussite pour cet orgue merveilleux que nous allons inaugurer dans les semaines qui viennent, après des années de chantier de relevage.

Le succès de ces opérations, associées à l'engouement incontestable des Parisiens pour les Journées du patrimoine, mettent en évidence la volonté des riverains de se familiariser avec l'histoire et la valeur culturelle des bâtiments qui les entourent. Ce n'est pas nouveau, mais cette tendance tend à s'accroître.

Nous en avons eu un bel exemple très récemment avec le succès rencontré lors de l'exposition temporaire sur Hector Guimard, dans l'hôtel Mezzara, dans le 16e arrondissement.

Avec le concours de P.M.E, T.P.E. et commerces de quartier, ces initiatives de journées Portes ouvertes pourraient devenir source de financement participatif conséquent assurant la pérennisation des lieux culturels de proximité. Cela serait une opportunité de rendre Paris aux Parisiens en les impliquant dans la protection du patrimoine de leur arrondissement.

De plus, le mécénat de compétence, qui consiste à mettre à disposition des collaborateurs d'entreprise pour réaliser des actions d'intérêt général au profit d'associations à but non lucratif, doit également être encouragé et promu auprès des entreprises de proximité parisienne.

Le patrimoine culturel, c'est aussi le respect de l'intégrité de l'architecture préexistante. Accueillir la création est un gage de modernité, mais cela doit autant que possible donner lieu à la recherche d'un consensus.

Certes, le consensus est rendu complexe par la nature même de l'expression artistique, mais demeure important lorsqu'il est question d'aménagements publics auxquels les citoyens sont confrontés quotidiennement.

Je pense, par exemple, à la possible installation du "Bouquet de tulipes" de Jeff KOONS sur le parvis du palais de Tokyo. Bien qu?honorés de l'offre de l'artiste et admirateurs de son ?uvre dans un autre contexte, les habitants du 16e arrondissement s'inquiètent de voir ce projet faramineux d'art moderne, installé de façon permanente, dans un lieu rendant par son architecture hommage à une inspiration plus classique. Entravant la perspective entre le palais de Tokyo et la Tour Eiffel, ce bouquet de tulipes haut de 10 mètres, large de 8 et pesant 27 tonnes pourrait - je dis bien pourrait- dénaturer la cohésion architecturale d'un endroit emblématique de Paris.

Il ne doit pas en effet y avoir une dichotomie entre les discours de la Mairie de Paris prônant la cohésion territoriale et son mode de fonctionnement encore beaucoup trop centralisé.

Autre sujet primordial : l'accès à la lecture, développé dans le Plan Lire à Paris, doit être renforcé sur la base des préconisations du rapport Orsenna.

Par-delà la nécessité d'étendre les horaires d'ouverture des bibliothèques publiques et universitaires sur lesquels mon collègue Thierry HODENT s'exprimera plus longuement, la Municipalité doit se mobiliser pour, je cite, "développer partout tous les outils qui permettent aux livres et aux textes de se projeter hors les murs".

Cela est notamment le cas des boîtes à lire qui rassemblent tous les éléments permettant de faciliter l'accès à la lecture : liberté, gratuité, proximité. Toutes ces initiatives liées au concept des livres nomades doivent être démultipliées. Cela commence par l'installation de boîtes à lire supplémentaires dans tous les arrondissements de la Capitale. Il est ensuite indispensable d'assurer l'entretien de ces lieux de partage et de s'assurer qu'ils ne soient pas dégradés, ni pris à tort pour des poubelles de recyclage. Une action est nécessaire pour en assurer non seulement la quantité mais aussi la qualité.

Autre sujet : la méthode de contractualisation avec les mairies d'arrondissement au domaine culturel est une bonne idée, mais nous devons souligner le manque de moyens humains rendant l'animation culturelle locale de plus en plus compliquée à organiser et à maintenir.

J'ai personnellement attiré plusieurs fois l'attention de l'Exécutif sur le manque de moyens humains en faveur de l'animation culturelle de proximité au sein des arrondissements, indispensable car elle prend en compte les spécificités locales.

Cette dernière représente à la fois une porte d'accès à la culture au sens le plus large du terme et permet de faire vivre le caractère humain et intergénérationnel de l'échange culturel. En d'autres termes, au-delà de l'effet d'annonces, donner de vrais moyens aux mairies d'arrondissement pour animer.

L'effort de décentralisation de la politique culturelle doit être renforcé. Cette contractualisation semble montrer que la Mairie de Paris a enfin entendu cette demande, mais cet effort doit se concrétiser rapidement et durablement.

Enfin, à l'aune du lancement des phases d'expérimentation gouvernementale du "pass" Culture, les initiatives des dernières années de création du "pass" de même type dans plusieurs arrondissements parisiens - 16e, 19e, 11e, 12e et 17e - sont une nouvelles fois à souligner et applaudir.

Il est toutefois nécessaire que ces dispositifs soient systématiquement élargis et non réservés aux seuls étudiants et jeunes de moins de 25 ans. En effet, nombre de nos aînés retraités dans des situations financières précaires doivent bénéficier du même accès à l'activité culturelle. Cette uniformisation est garante du lien intergénérationnel et de la nécessité de rendre à la culture sa vocation profonde qui n'est autre que de rassembler.

En conclusion, le souci de l'attractivité du territoire parisien pour les artistes du monde entier, la volonté d'animer le patrimoine culturel et architectural, le désir d'ouvrir la voie à l'innovation, l'engagement à travailler de concert avec les arrondissements et la promotion du Plan "Lire à Paris" sont autant d'initiatives auxquelles nous ne pouvons que souscrire.

Je me dois de souligner que la politique culturelle, élément clé de l'attractivité de Paris est indissociable de toutes les autres politiques qui doivent être menées par la Mairie de Paris. Une ville propre où la circulation est aisée et la sécurité assurée est consubstantielle à une politique culturelle d'envergure.

Je vous remercie.

(Mme Colombe BROSSEL, adjointe, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - La parole est à Mme Danielle SIMONNET pour 4 minutes maximum.

Mme Danielle SIMONNET. - 4 minutes qui ne seront pas à la gloire du mécénat ni de votre bon c?ur, messieurs les riches, pour financer nos politiques culturelles comme vous pouvez vous en douter.

Dans cette communication sur la culture, certains mots mis bout à bout sont parfois agréables à l'oreille. Je cite : "rendre chaque Parisien acteur de la culture plutôt que consommateur de produits culturels" belle opposition à MACRON qui vante, lui, son "chèque culture".

L'objectif de notre politique culturelle devrait être de concourir à l'émancipation. S'émanciper, c'est s'extraire de tout déterminisme. Pour y contribuer, nous devons permettre les rencontres, les échanges culturels et artistiques avec toutes les formes de langage au sens large.

Diversifier les publics qui fréquentent les lieux culturels, banaliser la culture dans tous les lieux de vie, et encourager une diversité de pratique du plus jeune âge jusqu'à celui de nos anciens, quelles que soient les situations, les origines, les situations de handicap essentielles. Accompagner les créations en soutenant les lieux et les créateurs. Décloisonner et surtout mettre en débat toute réception culturelle comme programmation culturelle.

Dans les faits, qu'en est-il ? Nos échanges d'ores et déjà resteront dans le flou, car nous ne disposons pas de bleu budgétaire culture, cela en dit long.

Depuis le début de cette mandature, il n'y a pas de PIM Culture. Fini la planification des investissements. Avons-nous pour autant rattrapé le retard de la Capitale en la matière ? Non, loin de là.

Les moyens alloués à la culture sont concentrés sur quelques gros établissements, et les travaux du patrimoine concentrés sur les églises aux dépens des petites structures. Ainsi en 2016, trois établissements, le théâtre de la Ville, le théâtre du Châtelet et le Centquatre concentraient à eux seuls près de 15 % des subventions d'équipements culturels pour un montant de 100 millions d'euros par an.

Ce déséquilibre aux dépens des structures indépendantes associatives culturelles témoigne d'une absence de réelle volonté de contribution à l'appropriation sociale de la culture par toutes et tous.

Les recours à des fonds privés se multiplient : explosion du recours au mécénat, à tous les prétextes pour financer les expositions, des rénovations d'établissements culturels, et cela continue à s'étendre avec l'idée nouvelle dans cette communication d'un fonds parisien de production pour le spectacle vivant pour regrouper fonds publics et privés.

Le financement de la culture par le privé est avant tout pour les grands mécènes un moyen de contourner l'impôt en s'achetant à peu de frais une image de généreux donateurs.

Résultat : la Ville cède aux diktats du marché de l'art. Après le faux cadeau du Jeff KOONS qui, je le répète, n'a rien à faire devant le musée d'Art moderne, la Maire et l'Etat déroulent le tapis rouge aux oligarques français de PINAULT à ARNAULT multipliant les fondations payées par nos impôts.

Le soutien aux artistes ne bénéficie qu'à trop peu face à la violence de la spéculation immobilière et l'austérité s'attaque à la culture. Quand le Gouvernement veut sacrifier "le Tarmac", combien de lieux alternatifs avez-vous laissé s'éteindre quand vous n'êtes pas directement responsables, comme c'est le cas de "la péniche Demoiselle", et on pourrait citer bien d'autres exemples ?

L'austérité s'incruste ici en maintenant les professeurs de la Ville de Paris en statut précaire, là en privatisant le nettoyage des bibliothèques ou en augmentant discrètement mais sûrement les tarifs des expositions des musées, loin des ambitions de gratuité des mandatures précédentes.

Le pire signe de votre mépris en faveur de la diversification des publics, c'est la fin du financement au dispositif cascade porté par l'association "Sémaphore".

Les personnes en situation de handicap ne sont même pas citées dans cette communication. Fini les belles ambitions des mandatures précédentes en la matière.

Hélas, je terminerai en disant que je crains que MACRON ne soit pas le seul à faire des citoyens des clients pour des produits culturels choisis par l'oligarchie et en même temps - parce que avec MACRON et toute la "macronie" on a toujours droit au "en même temps" - à sacraliser la culture dominante dans son rôle de domination, balayant ainsi les droits culturels de la déclaration de Fribourg inscrits pourtant dans la loi NOTRe de 2015 garantissant liberté de création et de diversité.

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

La parole est à M. Eric AZIÈRE à qui il reste 9 minutes 53.

M. Eric AZIÈRE. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Mes chers collègues, après que ma collègue Béatrice LECOUTURIER, notre présidente de la Commission de la culture, a traduit très exactement le jugement mitigé qu'est celui du groupe UDI-MODEM sur quatre années d'une politique culturelle à Paris, dont il faut bien avouer qu'elle laisse les Parisiens et les Parisiennes sur leur faim, on constate qu'il y a toujours plus d'aspirations de l'ensemble des acteurs du monde culturel à Paris et de la part du public et toujours moins d'inspirations de l'Exécutif.

Je voudrais pour ma part souligner deux aspects de cette politique, l'un très positif et l'autre plus inquiétant.

Le premier portera sur l'importance des travaux préparatoires du comité de préfiguration du parcours de la Révolution française, projet que vous avez bien voulu soutenir et que nous avons adopté à l'unanimité. Je voudrais à ce sujet remercier particulièrement Catherine VIEU-CHARIER, adjointe à la Maire de Paris, chargée de la mémoire, ainsi que les membres de son cabinet pour le sérieux, l'opiniâtreté, le suivi dont elle a bien voulu faire preuve pour que ce projet avance et se construise.

Nous en sommes bientôt à la troisième réunion de travail autour du comité d'histoire de la Ville de Paris? Madame la Maire, si vous présidez la séance, faites respecter le silence.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - J'essaie désespérément, Monsieur AZIÈRE. Merci de votre coup de sang.

Chers collègues, M. AZIÈRE est le seul à parler, comme les autres locuteurs avant lui.

M. Eric AZIÈRE. - Je ne suis pas sûr que ce soit entendu?

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Vous remarquerez que c'est un échec total, Monsieur AZIÈRE, moi-même je le remarque.

M. Eric AZIÈRE. - Mais moi je ne préside pas la séance.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Mesdames, pourriez-vous s'il vous plaît continuer vos conversations particulières à l'extérieur, que nous puissions écouter nos orateurs, merci.

M. Eric AZIÈRE. - Nous en sommes donc à la troisième réunion de travail autour du Comité d'histoire de la Ville de Paris animé par Marie AYNIE, entourée d'un conseil scientifique historique remarquable. Je voudrais remercier ici Danielle TARTAKOWSKY, Jean-Claude CARON, Roland GOTLIB et bien sûr Guillaume MAZEAU pour leur aide et tout le savoir qu'est le leur et qu'ils mettent au service de ce futur parcours.

Je n'oublie pas l'ensemble des représentants des groupes et leurs collaborateurs que je remercie, les élus d'arrondissement, les directions nombreuses de la Ville de Paris, et la représentante du musée Carnavalet.

J'en oublie certainement, mais en les citant ici ce matin je voulais vous montrer l'ampleur de la mobilisation qui est celle des responsables de ce projet. Cette mobilisation de toutes les ressources humaines, qui annonce une mobilisation de tous les moyens permet d'ores et déjà de commencer à définir le format du parcours, sa fluidité, le nombre d'étapes et leurs liaisons, les différentes thématiques abordées, l'ensemble des publics visés, la signalétique urbaine du parcours, sa visibilité, les supports technologiques qui seront nécessaires et bien évidemment, les aspects budgétaires.

Voilà, c'est un formidable travail qui est accompli et devrait bientôt déboucher sur l'annonce de l'existence d'un inédit et sans précédent parcours de la Révolution française à Paris, parcours guidé, animé, expliqué, à la portée de tous, chronologique et modulable, dont la nouvelle de sa création recevra, j'en suis sûr, un accueil enthousiaste en France et dans le monde. Tout ceci méritait bien l'unanimité du Conseil de Paris.

Paris complète ainsi son offre culturelle après la Conciergerie et bientôt le musée Carnavalet. Paris garde et sublime la mémoire de ces grands bouleversements, de ces grands moments qui font l'histoire de France et qui font surtout ce que nous sommes ici, aujourd'hui. Soyez-en remerciés.

Le deuxième sujet, cette fois, concerne les autres aspects de votre politique culturelle, mais particulièrement sur le terrain du 14e arrondissement, dont je suis l'élu, et à propos du contrat culture du 14e arrondissement signé en marge de ce Conseil de Paris demain. La culture et le 14e arrondissement, c'est véritablement une histoire d'amour. Souvent désigné par le toponyme que les étudiants parisiens du début du XVIIIe siècle ont attribué avec humour, le "Mont Parnasse", cet arrondissement abrite non seulement les muses, mais aussi les artistes de tous les temps qui s?en inspirent, artistes des plus méconnus aux plus connus. Ce quartier est, dans les années folles, le c?ur de la vie culturelle et artistique à Paris. Comment ne pas lui reconnaître cette vocation ?

Alors, sans tomber dans une présentation dithyrambique, la présentation du contrat culture du 14e arrondissement manque, pour le moins, de mémoire et de caractère. On y trouve, pour toute introduction, une note sociologique et statistique du 14e digne du Quid des années 1970, puis un panorama, véritable inventaire administratif de l'offre culturelle qui pourrait convenir à n'importe quel arrondissement, suivi d'un tableau non moins administratif sur les chiffres clés des financements de la culture dans le 14e. Aucune annonce nouvelle : la plupart des projets ont déjà, depuis longtemps, été engagés et, en l'occurrence, je voudrais, moi, attirer votre attention sur quelques sujets ou orientations qui me semblent aujourd'hui en danger dans le 14e arrondissement.

Tout d'abord, celui de la Fondation Cartier. Si j'ai bien compris la politique de la Mairie de Paris, c?est : pas de quartier pour la Fondation Cartier. Le contrat, d'ailleurs, présente la Fondation Cartier pour l'art contemporain comme un établissement de l?arrondissement, feignant d?ignorer que la Fondation va quitter l'arrondissement pour rejoindre le Centre de Paris. Pour rappel, la Fondation Cartier, depuis de nombreuses années, souhaitait s?agrandir. Elle s?était montrée intéressée par les potentialités, par exemple, du foncier présent à Saint-Vincent-de-Paul, mais on a carrément refusé d'étudier cette offre. Le 14e va donc perdre un de ses lieux de diffusion culturelle les plus emblématiques, mais il est vrai que les partenariats public/privé ne sont pas dans les bonnes feuilles ou, en tout cas, ne semblent pas intéresser particulièrement la mairie du 14e.

Deuxième sujet : je voudrais parler de la Comédie italienne de la rue de la Gaîté qui est toujours dans une situation critique. Je rappelle que, de 2004 à 2011, elle touchait une subvention de 30.000 euros, que cette subvention est passée à 15.000 euros de 2011 à 2013. En 2014, elle est passée à 7.500 euros et, depuis, elle a été supprimée. Le groupe UDI-MODEM, en 2014, était intervenu au Conseil de Paris pour soutenir ce théâtre et demander un rétablissement de la subvention par un v?u. Pour tenter de survivre, faute d'argent, le théâtre a mis en vente plusieurs de ses décors et ses costumes, loue la salle pour des événements. Aujourd'hui, il apparaîtrait nécessaire de donner des arguments de fond pour justifier l'absence de subvention et l'absence d'aide de la Mairie pour la Comédie italienne. On ne peut pas reprocher au dernier théâtre de la commedia dell'arte d'avoir un fonctionnement de commedia dell'arte fondé sur une création unique et originale par saison.

Troisième sujet d'inquiétude : "L?Entrepôt". La mairie du 14e présente encore "L?Entrepôt" comme un cinéma d'art et d'essai, mais il faut savoir qu'en décembre 2017, "L?Entrepôt" a été vendu. Il a été vendu, certes à un producteur de cinéma, mais aussi à son associé qui est un des rois de la nuit parisienne. Aujourd'hui, les contours précis du nouveau projet ne sont pas connus. Gardera-t-il une vocation cinématographique ? Si "L?Entrepôt" a vocation à devenir un lieu de fêtes nocturnes, alors ce serait bien de demander l'avis des riverains qui étaient attachés aux activités traditionnelles de "L?Entrepôt". Les propos de l'ancien propriétaire, Philippe BRIZON, sur le devenir de ce projet laissent entrevoir des difficultés ou, en tout cas, une inquiétude.

J'insisterai aussi sur la Ferme Montsouris. La Ferme Montsouris, c'est le Loch Ness du 14e arrondissement. C'est un objet culturel non identifié. La mairie prévoit d'y créer un laboratoire de création artistique culturelle et sociale ouvert sur le quartier. C'est dire le flou du projet. Evidemment, pour ce qui est du reste, on est engagé et face à un projet de construction de logements sociaux. Mais, au fond, est-ce qu?il y a d'autres projets que des projets de construction de logements sociaux dans le 14e arrondissement ? J'en veux pour preuve la destination du projet Saint-Vincent-de-Paul dont, vous le savez, aujourd'hui, aucun appel à projets n'a voulu sortir de la vocation dans laquelle la mairie du 14e l'avait mis.

Un bon point, cependant, sur les Catacombes, le projet de modernisation des Catacombes, et le déménagement du musée de la Libération qui est une bonne nouvelle pour le 14e arrondissement. En revanche, on peut regretter que, vu la teneur des travaux de ces deux établissements, il est dommage qu'on n'ait pas terminé le travail pour requalifier la place Denfert-Rochereau, comme cela avait été pourtant annoncé dans le programme d'Anne HIDALGO en 2014. Projet finalement abandonné.

Dernier point pour rester dans mon temps de parole : j'évoquerai le marché de la création Edgar-Quinet. Est-il à la hauteur de ce qu'on peut attendre, encore une fois, d?un arrondissement comme celui du 14e ? Nous avions proposé que ces événements des marchés de la création puissent également accorder des espaces festifs, histoire d'animer un peu par d'autres performances culturelles ces lieux et donner envie aux Parisiens d'y retourner plusieurs fois dans l'année. En l'occurrence, aujourd'hui, le marché de la création Edgar-Quinet va doucement susciter le désintérêt général.

Voilà tout ce que l'on ne dit pas dans le contrat culture du 14e et, au fond, tout ce qu'il manque.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci à vous.

M. Eric AZIÈRE. - Je termine simplement. Ce contrat est un alibi à une politique de désertion du 14e arrondissement de la part de la Mairie de Paris.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur AZIÈRE. Merci beaucoup.

La parole est à Jérôme COUMET.

M. Jérôme COUMET, maire du 13e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Permettez-moi deux remarques liminaires. On ne peut pas dire que je me désintéresse des questions culturelles et, pourtant, j'ai été tout de même étonné, et le mot est faible. Je crois que, pour toutes les personnes de bonne foi ici, cet étonnement est partagé sur les différents bancs de notre hémicycle. J?étais étonné, surpris par la richesse et par le foisonnement des actions culturelles menées à Paris. J'avoue que j'en ai découvert, tellement il y en a. D'ailleurs, c'est tout l'intérêt de poser et d'effectuer un tel bilan.

Au moment où de nombreuses collectivités territoriales opèrent des coupes sombres sur les actions culturelles, par nécessité certes, mais nécessité ne fait pas toujours loi - il s'agit d'abord de choix -, je pense qu'il convient de saluer la politique de la Maire de Paris sur cette préservation de la culture, des actions culturelles, malgré cette disette budgétaire.

J'ai été un peu surpris aussi, je vous le dis, par les propos de notre collègue, Agnès EVREN, au moment où la Région, justement, se désengage très fortement - on le vit chaque jour dans nos arrondissements - de beaucoup d'actions. Donc, il me semble juste et normal de saluer ces choix, de saluer cette action, de saluer aussi l'action du premier adjoint, Bruno JULLIARD, et, au passage, de Frédéric HOCQUARD et de Véronique LEVIEUX.

J'en viens aux quelques sujets que je souhaite évoquer durant ce débat. Hier, j'écoutais la divine Patricia PETIBON sur France Inter et elle a rappelé l'une de ces dernières conversations avec Didier Lockwood. C'était un grand moment de radio. Elle disait ces mots, de Didier Lockwood : "Tu sais quel est le sourire de l'humanité, lui a-t-il demandé ? C'est la transmission". Oui, la transmission, c?est aussi le c?ur des actions culturelles de la Ville de Paris. Au moment où la Cour régionale des comptes s'interroge sur l'opportunité de maintenir les professeurs de la Ville de Paris, les P.V.P. qui enseignent les arts plastiques et la musique dans les écoles parisiennes, je pense qu'il est nécessaire de le souligner.

Il y a un moyen très simple de vérifier l'intérêt de ce dispositif. Il suffit d?aller voir ou d'écouter. Alors, j'invite mesdames et messieurs les magistrats de la cour à venir. Comme d'autres mairies, dans le 13e, nous organisons un printemps des arts et c?est tout à fait merveilleux. Alors, venez voir les travaux des élèves, les représentations plastiques exceptionnelles. Venez voir la créativité des élèves libérés. Venez écouter les représentations, les chorales, les orchestres. Venez voir les tout-petits s'émerveiller en écoutant les concerts réalisés par l?Orchestre de Paris. La culture, les codes culturels comme l?on dit pudiquement, c'est d'abord cela, un des premiers obstacles à la réussite des élèves issus des classes populaires, leur véritable plafond de verre. Alors, l?A.R.E., les interventions des P.V.P., les centres "Paris Anim?" et leur tarification adaptée, les actions des musées dans les écoles, les artistes en résidence, l?évolution des conservatoires qui s?ouvrent et projettent leur action vers le plus grand nombre, c?est magnifique pour la culture ; c?est aussi un vrai combat utile et juste en faveur de l?égalité. Ma collègue Nathalie MAQUOI le rappelait d?une bien belle façon.

De manière plus large, je voulais aussi souligner le mouvement de fond qui s?opère en faveur des quartiers populaires. Le succès est toujours au rendez-vous, en témoignent - pour ne citer que ceux-là - les premiers bilans de la Philharmonie, qui dépassent toutes les prévisions. Quel succès populaire !

Une identité forte de Paris, c?est la culture. Paris ne pouvait pas laisser de côté certains arrondissements. Je peux en témoigner en tant que maire d?un arrondissement longtemps laissé de côté. C?est sans doute l?évolution la plus importante qu?a connu le 13e arrondissement, que je prends en exemple, ces dernières années. Je me souviens, quand j?étais jeune, quand je voulais aller au cinéma, à un concert, quand je voulais voir une exposition, découvrir une pièce de théâtre, me rendre dans une galerie, je ne me posais même pas la question : je prenais le bus pour aller vers le Quartier latin et le Centre de Paris. Ce n?est plus le cas aujourd?hui. Le cercle vertueux, c?est que les équipements municipaux et les lieux privés se complètent. C?est le même environnement. La culture peut évidemment être un moteur, un formidable accélérateur pour un territoire.

Le développement des cinémas ; l?arrivée des bibliothèques universitaires ; la construction de notre nouveau conservatoire et de sa salle de diffusion ; l?installation des péniches café-concert ; l?ouverture récente du 13ème Art, une grande salle de spectacles ; la nouvelle vie du Théâtre 13 avec dorénavant deux salles magnifiques ; l?inauguration d?EP7, la guinguette numérique ; jusqu?à l?arrivée prochaine d?une fondation d?art contemporain? Tout cela - il y a des options publiques et des options privées -, ce sont des offres nouvelles pour les habitants. Tout cela change aussi l?image du territoire.

Quand on impose systématiquement des interventions artistiques lors des constructions des nouveaux immeubles, quand on travaille sur la lumière, quand on essaie de réinventer Paris Ville Lumière, en utilisant les LED, évidemment de manière artistique, quand on laisse les artistes du street art s?exprimer, quand on agit pour créer un vrai musée à ciel ouvert sur le boulevard Vincent-Auriol, l?art, les artistes sont au contact direct des habitants et modifient évidemment de manière cette fois très concrète la physionomie de la ville. Toutes ces actions sont à mettre au crédit d?un élan : l?art dans la ville, c?est une ville vivante. Ce qui se joue, c?est évidemment l?accès à la culture pour tous, c?est l?image de notre ville mais c?est aussi la place de Paris dans la compétition internationale. La culture est une arme de diffusion massive pour l?attractivité de Paris.

Paris est évidemment la capitale mondiale incontestée des grandes institutions muséales mais elle avait perdu, au moment de la Seconde Guerre mondiale notamment, le statut de grande capitale internationale de la création artistique. Elle le redevient en bien des domaines, mais aussi dans les arts plastiques. Le fourmillement de la cité, "cité pleine de rêves" selon cette belle formule de Baudelaire? Elle le redevient pour une raison simple : nous avons laissé souffler le vent de la liberté, la liberté de créer, la liberté de s?exprimer et donc, merci pour cette liberté.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup au toujours très jeune Jérôme COUMET. La parole est à Marie ATALLAH.

Mme Marie ATALLAH. - Merci, Madame la Maire, mes chers collègues.

Comme vous, Madame la Maire, nous avons la conviction que la politique culturelle peut et doit être une partie de la réponse politique aux problèmes observés aujourd?hui dans nos sociétés par rapport aux crispations identitaires. Nous faisons le choix, avec vous, de porter un discours fort avec les acteurs culturels parisiens pour faire de la culture un outil de réarmement intellectuel et citoyen permettant à chacun de prendre part à la construction d?un destin partagé.

Ainsi, pour nous, écologistes, nous souhaitons aborder ici le volet important du rôle principal que peut jouer la politique culturelle dans un projet de ville favorable à l?intégration de toutes les catégories de la population parisienne et au mieux vivre-ensemble dans nos quartiers. Au regard du bilan et des perspectives que vous nous avez présentés, Madame la Maire, nous avons noté des avancées incontestables pour faire de la culture un levier important contribuant à la lutte contre les exclusions et à l?intégration des publics éloignés de la fréquentation de nos équipements culturels pour des raisons économiques ou culturelles.

Je ne vais pas revenir sur la grande richesse et l?immense diversité de l?offre culturelle et artistique qui caractérise notre ville. Le bilan quantitatif et qualitatif que vous nous avez présenté aujourd?hui est bien l?illustration concrète de l?ampleur de l?attractivité de Paris et de son rayonnement artistique et culturel sur la scène nationale, européenne, voire mondiale.

Dans le contexte de globalisation de l?économie de la culture et des arts, et face à la puissance de ses acteurs industriels et du numérique, nous saluons aujourd?hui une démarche d?une politique culturelle tournée vers la réalité de notre territoire et des besoins réels des habitants dans ces quartiers.

A ce titre, nous avons souhaité souligner trois points forts de ce bilan et formuler quelques propositions, qui nous semblent importantes pour amplifier notre action culturelle dans le domaine.

Le premier point, c?est le lien créé entre les acteurs de la politique culturelle et les acteurs du champ social pour soutenir l?expression, la création et la participation des publics les plus éloignés de la vie culturelle. Les exemples, dont des projets culturels dans des centres d?hébergement construits par les résidents et ouverts sur les habitants de leur quartier, sont nombreux. Pour n?en citer qu?un, je citerai le centre d?hébergement Jean-Quarré, dans le 19e arrondissement, qui n?en finit pas d?attirer artistes, journalistes, écrivains et habitants, qui écrivent et publient sur la dynamique de ce lieu et la qualité originale des projets artistiques qui y émergent.

Je citerai aussi les médiations adaptées et gratuites dans des équipements culturels de la Ville pour contribuer à faciliter l?accès au droit à la culture pour tous. L?expérimentation de "Paris Musées" est à saluer ici, avec une démarche cohérente et complète pour attirer de nouveaux publics, comme des familles et des jeunes en difficulté.

Aussi, l?action des conservatoires dans le cadre de la réforme qui reflète une volonté d?élargir la mixité sociale de ses usagers et faciliter l?accès à l?enseignement musical des élèves des quartiers "politique de la ville".

Le deuxième point que je souhaite souligner est le développement de la promotion des cultures étrangères, favorisant la reconnaissance de l?apport des patrimoines et pratiques artistiques et culturelles des populations immigrées, et encourageant les échanges et le dialogue des cultures à Paris.

Plusieurs exemples d?actions menées par nos équipements : je pense à la Philharmonie, au Centquatre et à bien d?autres musées également, sans oublier un équipement phare, dont la programmation est tout à fait remarquable dans ce domaine - je parle bien de l?Institut des cultures d?Islam dans le 18e arrondissement. Double lieu d?exposition, d?animation, d?enseignement et de spectacle, doté d?un hammam et d?un espace de restauration, l?I.C.I. devait aussi être un outil de réflexion et de recherche sur les cultures d?Islam, ce qui implique par exemple l?usage d?une bibliothèque, d?une salle de travail, d?un auditorium, lesquels devaient trouver leur place sur le site de la rue Polonceau que vous avez décidé d?abandonner. Aujourd?hui, nous avons tout lieu de craindre l?abandon de cette partie intellectuelle du projet initial. Ainsi, par exemple, son comité scientifique, pourtant fondateur du projet, n?a plus été réuni depuis 2014. Pourriez-vous, Madame la Maire, nous éclairer sur le développement de cet aspect du projet, bien inscrit dans son projet initial ?

D?autres exemples dans l?éducation, notamment à l?école, avec l?offre d?activité éducative T.A.P. pour la sensibilisation aux cultures et aux langues des pays d?origine ; dans l?action du réseau des bibliothèques, notamment à travers le Plan "Lecture", les livres de littérature étrangère, les résidences d?écrivains et d?artistes dans les quartiers. Nous rappelons également le v?u du GEP qui a permis la création du salon Orient des livres, qui a rejoint le Maghreb des livres, qui a lieu tous les ans à l?Hôtel de Ville. Nous nous réjouissons du succès indiscutable de sa première édition dans son nouveau format du salon Maghreb-Orient des livres, qui a eu lieu en février dernier, attirant plus de 6.000 visiteurs.

Les exemples sont nombreux pour décrire une démarche d?ouverture sur la promotion des cultures des minorités vivant dans notre ville. Cependant, nous pensons que la Ville pourrait mieux rendre visible son action par une manifestation parisienne populaire comme le font, par exemple, les villes de Strasbourg et de Montpellier avec leur festival Strasbourg-Méditerranée ou Montpellier-Méditerranée.

Le troisième point que je souhaite souligner est la nouvelle stratégie de territorialisation de la politique culturelle, favorable à l'amélioration de l'intégration et la participation des habitants des quartiers populaires par le levier de la culture.

Avec les contrats d'arrondissement, l'action culturelle déjà en place entre la DAC et les acteurs de la politique de la ville pour les quartiers populaires pourrait mieux s'épanouir, être mieux réfléchie et envisagée en toute cohérence avec le projet culturel d'arrondissement.

Les contrats d'arrondissement permettraient aussi un meilleur accompagnement et une intégration des espaces informels source de créativité et d'émergence de projets alternatifs. Nous pensons aux friches, aux squats d'artistes et d?autres espaces urbains investis par des artistes et collectifs d'artistes.

L'expérience que je souhaite ici est celle du projet des Grands Voisins sur le site Saint-Vincent-de-Paul, qui a été accompagné par la mairie du 14e arrondissement et qui a été aussi une réelle fabrique d'un morceau de ville participative, inclusive et solidaire.

Très favorables donc à ces contrats d'arrondissement, nous souhaitons savoir, Madame la Maire, selon quels critères vous avez choisi les quatre premiers arrondissements et quelle serait la perspective de la généralisation de cette démarche à l'ensemble du territoire parisien et notamment là où se trouvent les quartiers populaires, comme dans le 13e arrondissement, le 10e arrondissement, le 11e arrondissement et bien d'autres.

Nous pensons qu'il faut accélérer cette territorialisation, levier de démocratisation de l'accès à la culture et en priorité pour l'accompagnement des acteurs et habitants des quartiers populaires et notamment le public des jeunes.

Nous pensons qu'un budget plus ambitieux pour les projets culturels dans ces quartiers "politique de la ville" doit être largement augmenté pour qu?il soit à la hauteur des enjeux dans ces quartiers.

Nous souhaitons d?ailleurs savoir, Madame la Maire, comment vous comptez accompagner la nouvelle mesure du Gouvernement du "pass" culture pour les jeunes.

Ces exemples du bilan que nous soutenons nous incitent à exprimer la nécessité de les rendre encore plus visibles et plus lisibles par les Parisiens. Pour cela, il faut pouvoir créer un lieu spécifique pour fédérer et coordonner toutes les initiatives et les énergies qui agissent et innovent dans nos quartiers afin de faire de la culture une action ambitieuse face au défi de l'intégration et du mieux vivre ensemble dans notre ville.

Cela nous amène à terminer notre intervention en rappelant les travaux de la M.I.E. "Paris ville interculturelle" et ses 100 recommandations qui mériteraient bien d?être mises en ?uvre dans le cadre d'un projet lisible et intégré dans la future Maison des migrants et de l'intégration dont le groupe GEP attend la création, conformément à l'adoption du v?u budgétaire en décembre dernier.

Je vous remercie.

(M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, remplace Mme Colombe BROSSEL au fauteuil de la présidence).

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint président. - Merci beaucoup.

La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Mes chers collègues, du fait que les communes ont la compétence générale, la Ville de Paris n'a cessé de s'impliquer en matière culturelle. Son budget est d'ailleurs, proportionnellement, bien plus important que celui de l'Etat qui n'est que d'un peu plus de 1 %.

La culture ne doit pas être victime des restrictions budgétaires imposées aux collectivités locales et elle est en danger. L'année 2018 est marquée par une innovation dans les rapports financiers entre l'Etat et les collectivités territoriales les plus importantes. Nous entrons dans une nouvelle ère : celle de la contractualisation entre l'Etat et les collectivités alors que, pourtant, toutes les associations d'élus avaient dit leur désaccord.

Ce que propose l'Etat n'a, en effet, rien d'un contrat. Ce n'est ni plus ni moins qu'une feuille de route qui exige des collectivités locales 13 milliards d?euros d'économies obligatoires sous peine de sanction financière. Dans un tel contexte, la tentation de réduire ou de renoncer à telle ou telle politique publique est grande ; et bien souvent, ce sont les politiques culturelles qui en sont les premières victimes.

Jack Ralite disait : "La culture, c'est peut-être au moment où ça va le plus mal qu'on en a le plus besoin". Nous saluons donc ce qui nous est exposé dans cette communication qui, en dressant un état des lieux, montre le travail important déjà réalisé, tout en se donnant de nouvelles et belles ambitions. Ce qui manque, comme d'ailleurs dans le Plan "Lire à Paris", ce sont les moyens financiers mobilisés au regard de tous ces objectifs.

Je dirai que ce qui transparaît et qui est en filigrane dans la communication, c'est la volonté, face aux restrictions imposées par l'Etat, d'avoir recours à de nouvelles sources de financement privé.

Vous le savez, notre groupe porte un regard critique sur les partenariats public/privé, les mécénats ou les fondations. Nous les acceptons dans une moindre mesure, en complémentarité du financement public, mais en aucun cas en substitution. Le secteur public doit garder la maîtrise de ses compétences car c'est lui seul qui peut garantir l'égalité d'accès de tous ainsi que la qualité, la diversité, l'indépendance ou encore que le pluralisme soit respecté. Nous serons donc très vigilants à cet égard.

Par ailleurs, nous avons eu un très long et riche débat autour de la Mission "Paris, ville interculturelle", mais qui n'a peut-être pas suffisamment abouti sur des préconisations concrètes car il nous semble que cette dimension, comme celle de la francophonie, manque un peu dans la communication.

Dans un rapport d'activité de 2016, l'Association internationale des maires francophones dont la Maire de Paris est présidente, il est souligné que la francophonie est, surtout dans ce monde en crise, un repère qui porte des messages d?espoir, de paix et d'acceptation de la culture de l'autre. C'est une culture qui se nourrit des mélanges de cultures.

Le Président MACRON a fait de la promotion de la francophonie, entendue dans sa diversité, un axe fort de sa mandature, en défendant une langue monde, une langue archipel. Et pourtant, nous avons porté avec plusieurs élus la nécessité que le théâtre du Tarmac reste dans le 20e arrondissement, dans un premier temps parce qu'il s'est ancré dans un territoire symbole des diversités culturelles et dans un deuxième temps parce qu'il a fait de la francophonie une définition plurilinguistique en promouvant des artistes venus de tous les pays du monde et particulièrement d'Afrique subsaharienne. Nous ne souhaitons pas l'opposer au travail du Théâtre Ouvert indispensable dans sa mission de découverte de nouvelles écritures.

C?est pourquoi nous demandons, à travers un v?u, que la Ville intervienne pour qu?il puisse être installé dans la salle Louis Jouvet. Ce n?est d?ailleurs qu?une possibilité. Nous ne sommes pas arc-boutés sur ce lieu en particulier, mais il faudra en trouver un.

Monsieur JULLIARD, avez-vous des nouvelles ? Les choses avancent-elles depuis notre v?u du mois de mars ? J'espère que vous aurez des annonces à nous faire.

Paris est une capitale mondiale culturelle. Il en va aussi des enjeux internationaux de visibilité de sa langue. On ne peut confondre langue et territoires. La francophonie n?est pas une langue hexagonale en raison de son histoire coloniale et migratoire. Elle est devenue la langue de différents pays.

Paris est une des rares villes où les salles de cinéma proposent des films en français. Des réalisateurs comme Ettore Scola ou Idrissa Ouédraogo l'ont souligné à plusieurs reprises, rappelant que le cinéma local est essentiel à la production, finalement, de ce qui est universel ; et cela, nous devons le préserver.

Dans un autre domaine, nous regrettons l'abandon de la Parisienne de la Photographie, de la richesse de son patrimoine, de ses savoir-faire et des compétences de ses salariés.

Venons-en au Plan "Lire à Paris". Je dois d'abord saluer son existence et remercier les services pour ce travail de qualité. Le livre est un des outils les plus pertinents pour permettre la démocratisation et l'accès à la culture. Ce rapport vient après celui d'ORSENNA, paru en février dernier, qui est loin d?être révolutionnaire puisque nombre de préconisations sont déjà mises en pratique à Paris.

Le point principal est l'ouverture des bibliothèques le dimanche, avec une enveloppe de 8 millions d?euros accordée dans le cadre de la dotation globale de décentralisation. L'ouverture du dimanche serait donc l'alpha et l'oméga de nos politiques culturelles dans les bibliothèques, soit !

Vous le savez, nous n'étions pas favorables à celles-ci, mais puisqu'elles ont lieu, il faut qu'elles puissent se faire dans de bonnes conditions pour les usagers, avec un service proposé d'aussi bonne qualité que les autres jours ; et pour les agents, avec les compensations et primes à la hauteur, mais aussi les moyens humains suffisants. Huit recrutements ont été faits. Le compte n?y est pas. Il faut aller plus loin, sans utiliser le tour de passe-passe que constituent les redéploiements.

Nous ne souhaitons pas que les médiathèques ouvertes le dimanche soient le paravent ou la vitrine sur laquelle tous les moyens seraient mis au détriment d'autres équipements de proximité.

Sur la question des salles de travail pour les étudiants, nous avons déposé un v?u non rattaché que je vous présenterai plus tard et qui permettrait de régler cette question.

Je le disais tout à l'heure : de belles ambitions sans moyens ne permettront pas les avancées souhaitées. Nous avons vu les 3 millions d?euros de budget participatif qui viennent au secours de la modernisation de nos bibliothèques ainsi que la signature du contrat territoire-lecture avec l'Etat qui donnera des moyens supplémentaires, mais ce ne sera sans doute pas suffisant, d?autant que l?on attend beaucoup de nos bibliothécaires, avec le développement des "bibliothèques hors les murs", ce que nous approuvons, mais encore les missions sociales pour toucher des publics éloignés comme les migrants ou les missions pour réduire la fracture numérique.

Le plan prévoit beaucoup de formations ainsi qu?un travail de réflexion sur les évolutions du métier. C'est essentiel et nous y serons très attentifs.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Il y a quelques jours, nous avons appris la privatisation des services de ménage, qui vont être confiés à un sous-traitant pour au moins 17 bibliothèques. Des personnels des bibliothèques n'ont pas été prévenus en amont ; ils sont scandalisés et ils seront d?ailleurs en grève vendredi pour soutenir leurs collègues. La cohérence des équipes englobe ces agents de la propreté qui concourent à l'obtention du label "QualiParis".

Je suis intervenue ici de nombreuses fois sur ces questions de la sous-traitance dans le nettoyage. Vous le savez comme moi, ces entreprises ne respectent aucune clause sociale et traitent mal leurs salariés. Comment pouvons-nous encore avoir recours à ces exploiteurs ? Pour finir, si des travaux participatifs ont pu être menés avec les habitants et le Conseil parisien de la jeunesse afin d'analyser les besoins et les types de fréquentation, nous manquons de données. Il nous semble qu'une analyse approfondie, quantitative et surtout qualitative des besoins des habitants au sein des différents arrondissements et quartiers reste à faire. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame PRIMET.

La parole est à M. Thierry HODENT, pour le groupe PPCI.

M. Thierry HODENT. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, l'Exécutif a décidé d'investir massivement dans le domaine culturel et nous sommes bien entendu favorables au principe. Cependant, nous aimerions attirer votre attention sur certaines dépenses qui nous paraissent excessives et quelques points qui semblent à nos yeux problématiques.

Tout d'abord, les investissements dans les bibliothèques municipales sont essentiels au maintien d'une culture ouverte à tous mais doit s?accompagner d'avancées en matière d?accès au livre. Comme le rappelait Pierre-Yves BOURNAZEL dans une récente tribune, il n'est pas normal que l'ampleur d'ouverture des bibliothèques soit seulement de 38 heures par semaine à Paris contre 88 à New York ou 98 à Copenhague.

De plus, Paris ne peut rester éternellement à la traîne des grandes capitales sur l'ouverture le dimanche. Aujourd'hui, seules 7 bibliothèques municipales et bibliothèques universitaires sont ouvertes le dimanche à Paris, ce qui est trop peu, car l?ouverture aussi grande que possible des bibliothèques représente une question démocratique de justice sociale et d'égalité des chances. En effet, les collégiens, lycéens et étudiants qui ne bénéficient pas d'un cadre de vie optimal chez eux pourraient profiter du refuge et du cocon que représente une bibliothèque pour travailler sereinement le soir et le week-end.

Les investissements financiers dans le domaine des bibliothèques, s'ils sont les bienvenus, ne doivent pas phagocyter toutes les attentions. L'Exécutif doit donc désormais prendre à bras le corps la question des horaires et de l'accès de ces lieux de culture, de lecture et de travail.

Par ailleurs, conformément aux engagements pris devant le Conseil, une réforme des conservatoires de musique a été initiée en 2015 afin d'accroître le nombre de places disponibles. Pourtant, nous ne connaissons pour l?heure toujours pas ce nombre exact. En effet, aucune précision ni aucun chiffre n'ont été communiqués sur le sujet et le comité de suivi de la réforme n'a fait aucune déclaration. Alors, pouvez-vous nous dire quel sera finalement le nombre de places disponibles dans les conservatoires parisiens ?

Autre sujet, un plan ambitieux de rénovation de nos musées est actuellement en cours. Nous soutenons cette initiative. Avec 173 musées et 100 expositions majeures chaque année, Paris est la capitale de la culture en France et dans le monde. Pour le rester, elle ne peut s'asseoir sur ses lauriers et doit se réformer. De salutaires travaux permettront à certains musées de s'offrir une seconde jeunesse tout en étant davantage tournés vers leur public et en étant plus accessibles et plus accueillants.

A ce sujet, une subvention de plus de 35 millions d?euros doit être allouée à l'établissement public "Paris Musées", chargé de la gestion des musées de la Ville de Paris. Parmi les musées en question, un nombre très important d?entre eux sont actuellement en travaux pour les raisons que je viens de rappeler. Pêle-mêle, on peut citer le déplacement du musée du Général Leclerc, la rénovation partielle du musée Galliera, la rénovation globale du musée Carnavalet, les travaux au musée de la Vie romantique, ainsi que dans la Maison de Balzac dans le 16e arrondissement et Hauteville House, la maison d'exil de Victor Hugo à Guernesey. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le suivi et la concrétisation de ces travaux ? Je vous en remercie à l'avance.

En ce qui concerne les théâtres, Paris a fait le choix d'un soutien affirmé au secteur public. Cette politique permet de maintenir dans la Capitale un choix riche et diversifié de création et de diffusion théâtrale. Cependant, les programmes de rénovation du théâtre de la Ville et du théâtre du Châtelet semble patiner et prendre du temps. S'agissant tout de même d'une opération à 50 millions d?euros, nous aimerions légitimement savoir où en est le calendrier des travaux pour ces deux théâtres.

En effet, alors que les opérations ont déjà pris beaucoup de retard au théâtre de la Ville - la réouverture qui était annoncée en 2019 est retardée d'au moins un an, voire un an et demi -, nous apprenons que la Mairie est en litige avec les anciens architectes du lieu. De plus, il faudrait pouvoir ouvrir sans hystérie un débat sur le modèle économique du théâtre public en France, sur ses possibles évolutions, ses nécessaires mutations et la part que le mécénat privé peut prendre en appoint de la collectivité.

Du reste, le cinéma indépendant occupe une place très importante en général et dans l'ensemble de la Capitale en particulier. En subventionnant de nombreux cinémas d'art et d'essai, tout spécialement dans le quartier latin, Paris entend préserver l'exception culturelle française, faire une cinématographie exigeante et de qualité au service des Parisiens. Cette politique d?aide publique est nécessaire mais il faudrait pouvoir ouvrir un débat sur les enjeux que connaissent aujourd'hui les cinémas indépendants.

En effet, d'importants défis se présentent à eux avec le développement de la technologie numérique, l'évolution des normes de consommation, la concurrence de la vidéo à la demande, particulièrement de Netflix, l'irruption de nouveaux acteurs, la diversité croissante de la distribution ou encore la présence de quelques "blockbusters" qui phagocytent chaque année le marché. En outre, parmi les différents établissements que nous soutenons, un grand nombre d'entre eux rencontrent des difficultés économiques structurelles. La question de la viabilité à long terme de leur modèle économique est un sujet sérieux qui devrait certainement pouvoir se poser.

D'autre part, de très importantes subventions soumises au vote lors de ce Conseil et des Conseils précédents permettent de faire vivre les lieux uniques de création et de diffusion de culture à Paris. J'aimerais en citer quelques-uns afin de les mettre en exergue, d?autant plus que je suis administrateur de certains de ces établissements. Je connais donc le sujet car je suis assez assidu aux Conseil d'administration.

Premièrement, j'attire votre attention sur la Maison des métallos, formidable établissement culturel de la Ville de Paris, qui grâce à sa programmation pluridisciplinaire - théâtre, arts visuels et numériques, danse, cultures urbaines, littérature, etc. - réunit chaque année environ 50.000 spectateurs dans son arrondissement. Deuxièmement, j'aimerais parler de la Philharmonie de Paris. Cet établissement inauguré en 2015 grâce à des subventions exceptionnelles de la Ville de Paris comprend 3 salles de concert, 6 salles de répétition, le musée de la Musique, une médiathèque, ainsi qu?un pôle éducatif incluant une salle de conférence et de nombreux espaces adaptés à la pratique musicale. Je suis fier qu'un lieu tel que celui-ci ait pu voir le jour dans notre ville. Enfin, je conclurai en évoquant le Centquatre et le Carreau du Temple, deux hauts lieux de la diversité culturelle. Grâce aux subventions publiques qu'octroie notre Conseil, nous pouvons nous enorgueillir de donner à partager une culture vivante et démocratisée au service des Parisiennes et des Parisiens ; j'en suis comme vous très fier. Toutefois, Paris, qui reste et demeure une ville prospère, doit faire attention à distribuer de manière intelligente ses aides à la culture en soutenant les grands projets, comme ceux que je viens de citer, et non en arrosant certains plans électoraux pour que pousse l'arbre du clientélisme. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. Pierre-Yves BOURNAZEL, pour le groupe les Républicains.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, nous héritons d'une histoire, d?un patrimoine, d'une architecture, d'?uvres et de musées exceptionnels qui ont fait et font de Paris la ville des arts et des artistes.

Paris est la ville de la beauté, des amoureux de la vie et de la culture. C'est pour cela que les Parisiennes et les Parisiens aiment tant leur ville, que partout dans le monde on rêve de Paris. Paris continue d'inspirer les passions et les imaginaires. Cet héritage, nous devons le chérir, l'entretenir et le transmettre. C'est notre devoir. Il nous faut aussi l'enrichir des talents de notre époque. Paris doit continuer de surprendre, de créer et d'émerveiller par son audace. C'est notre responsabilité. L'essentiel est de donner à chacun les moyens d'être actifs devant une ?uvre d'art, de donner le goût de la découverte et de pouvoir s'enthousiasmer devant la beauté.

La première mission qui doit être la nôtre en tant que collectivité est bien de faire entrer la culture dans la vie de chacun. Cette mission de culture de proximité est essentielle parce qu?elle participe de l?égalité des chances. Elle est très concrète. Elle se joue dans les bibliothèques, dans les conservatoires et dans les écoles. L'élaboration d'un grand plan d'ouverture des bibliothèques en soirée et le week-end, comme le préconise le rapport d?Erik ORSENNA, est un enjeu décisif. Nous devons rattraper notre retard face aux autres villes-monde. Dans une récente tribune publiée avec ma collègue Anne-Christine LANG, je rappelais en effet qu'à Paris les bibliothèques sont ouvertes en moyenne 38 heures par semaine contre 78 à Londres, 88 à New York ou 98 à Copenhague. Il est urgent de rattraper notre retard.

Nous devons aussi revoir notre politique de gestion des conservatoires pour en ouvrir davantage, pour mettre fin à l'inscription par tirage au sort qui est le plus injuste des systèmes et pour redonner plus de place aux cours individuels. Nous devons également renforcer la dimension culturelle des activités périscolaires avec des intervenants mieux formés et des liens plus étroits avec les professionnels du monde de la culture. La disparition du paysage parisien de 152 librairies et marchands de journaux, entre 2014 et 2017, doit nous amener à agir de façon beaucoup plus volontariste. Paris est aussi la ville, Madame la Maire, du cinéma, à la fois en termes d'emplois et de rayonnement. C'est une ville de cinéphiles avec le plus grand nombre de cinémas d'art et d'essai en Europe. Pourtant, alors que la fréquentation en salle se porte globalement bien, ces cinémas indépendants qui participent à notre exception culturelle connaissent des difficultés et sont menacés, en particulier en raison des loyers élevés. Ma collègue Florence BERTHOUT s'est notamment récemment battue pour un de ceux-là dans le 5e arrondissement. Ce phénomène touche également les théâtres. Nous en avons parlé avec Brigitte KUSTER. C'est le cas, par exemple, du Lavoir Moderne dans le 18e arrondissement, mais également de nombreux petits théâtres privés qui animent nos quartiers et qui peuvent de moins en moins prendre de risques de création. Le deuxième défi, que doit aujourd'hui relever la Ville de Paris, est de trouver une nouvelle unité dans la gestion de sa politique culturelle. La culture est par nature inclusive, interconnectée, on ne peut la compartimenter artificiellement. Le choix d'isoler, Madame la Maire, le service Patrimoine et Histoire du reste de l'administration de la DAC, en le délocalisant rue du Pré dans le 18e arrondissement, en juillet 2017, va à l'encontre d'un besoin d'unité de lieu, d'organisation des ressources humaines, de fluidité et de synergie. Le musée des Arts ludiques, qui s'était installé à la Cité de la mode et du design en 2013, vient de fermer ses portes. La Gaîté lyrique est en quête d'un nouveau directeur général, suite à une longue période agitée. Là encore, le lieu est en recherche d'un modèle pérenne. Le Forum des images, Madame la Maire, est quant à lui en plein doute.

Le festival Séries Mania s'est délocalisé à Lille. La Ville a décidé d'y implanter une école d'éducation à l'image.

Madame la Maire, une question toute simple : quel est votre véritable projet pour cet établissement emblématique ?

Quel est, par ailleurs, Madame la Maire, votre politique en matière de musique populaire ? Paris doit aussi être la ville du rock et du jazz.

Notre troisième défi est celui du Grand Paris de la culture. Nous en avons beaucoup parlé, notamment avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. Des potentialités pour créer des résidences et ateliers d'artiste capables d'attirer les talents du monde entier, c'est aujourd'hui un manque face aux autres grandes métropoles comme Berlin ou Bruxelles où s'épanouit, dans une effervescence, toute une génération d'artistes. Nous devons inventer les partenariats fonciers et financiers avec les collectivités voisines, mais aussi notre partenaire privé.

Des potentialités pour redynamiser, Madame la Maire, la vie nocturne de notre métropole et imaginer de nouveaux lieux dont l'énergie et la créativité participeraient de la dimension culturelle.

L'annonce d'une extension de la Nuit blanche sur une partie du périphérique va dans le bon sens. Il faut créer des ponts, l'inscrire dans la continuité du fleuve. Rêvons d'une "Nuit blanche" du Grand Paris qui fasse résonner la scène musicale avec la Cité du cinéma, avec les ateliers de Pantin, avec les laboratoires d'Aubervilliers ou Le Cube d'Issy-les-Moulineaux.

La culture est un moteur puissant de compréhension de l'autre, de rassemblement et d'intégration. André Malraux disait que "la culture est le plus court chemin de l'homme à l'homme". Dans la crise des réfugiés qui touche notre pays, et singulièrement notre ville, je crois qu'elle peut jouer un rôle important d'inclusion et de résilience. Le Gouvernement a lancé le programme Hope, programme qui vise à former 1.000 réfugiés, afin de leur permettre de s'insérer dans notre société et de trouver un emploi. Il mobilise, sur des projets, différents partenaires institutionnels et théâtres. Je crois que la Ville de Paris, à travers ses nombreuses institution et lieux culturels, devrait à son tour se porter candidate pour accompagner ce programme utile. Ce serait un acte fort.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Bernard GAUDILLÈRE, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. Bernard GAUDILLÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Le patrimoine, vous le savez tous, est l'une des principales richesses de Paris. Il est évidemment impossible d'en aborder toutes les facettes dans les quelques minutes qui me sont imparties. Je réserverai, par exemple, ma réflexion sur le patrimoine architectural pour le débat annuel sur la Commission du Vieux Paris

Je me bornerai aujourd'hui à quatre thèmes.

Premièrement, les musées, parce que c'est leur évolution récente qui a été de loin la plus spectaculaire. Les musées municipaux ont toujours été riches, mais leur gestion a été profondément renouvelée par leur intégration dans une structure unique "Paris Musées". Ceux d'entre nous qui siègent à son Conseil d'administration peuvent témoigner de la qualité et du dynamisme de son action.

Des expositions de haute tenue et sur des sujets très divers sont organisées dans tous les musées, et d'ailleurs souvent reprises par des musées étrangers. Des travaux très ambitieux ont été lancés. Les plus spectaculaires sont ceux de Carnavalet qui bouleverseront son parcours muséographique, mais Galliera, le musée de la Libération, les Catacombes, le musée d'Art moderne, Hauteville House vont pouvoir également bénéficier de ce programme d'une centaine de millions d'euros, et donc offrir des espaces plus étendus et plus adaptés à la visite. Jamais, je crois, de tels efforts n'avaient été consentis dans ce domaine.

La politique d'acquisition - une trentaine de millions sur la mandature - est aussi un enrichissement rare. De plus, ce n'est pas le moindre, une politique active a permis d'attirer nombre de publics nouveaux, inaccoutumés.

Je félicite au passage la Municipalité de ne pas avoir cédé aux sirènes qui l'incitaient à remettre en question la gratuité décidée en 2001.

Au total, les trois millions de visiteurs annuels sont la preuve que cette politique muséale réussit parfaitement, et la Ville peut en tirer une légitime fierté.

Deuxièmement, les églises. Le patrimoine cultuel parisien est l'un des plus riches du monde, derrière Rome bien entendu. Permettez-moi au passage de rectifier une erreur que l'on trouve souvent dans des articles et parfois dans des documents officiels, y compris municipaux. Le fait que les communes soient propriétaires des églises n'a rien à voir avec la loi de séparation de 1905. Celle-ci a réglé les modalités de gestion des églises, mais n'a en rien modifié la propriété. Cette propriété a deux sources -excusez-moi de ce petit cours d'histoire administrative - : la confiscation révolutionnaire pour les édifices construits avant 1789 et, pour les édifices du XIXe siècle, la construction par les communes et aux frais des contribuables puisque les cultes étaient un service public communal. Mais rassurez-vous, je n'ai aucun espoir d'éradiquer cette tenace idée reçue.

En tout cas, la Ville est très ambitieuse depuis 2001 pour ses propriétés cultuelles. La simple chronologie des crédits dépensés pour les rénover est très parlante : de 1995 à 2001, 27 millions d'euros ; de 2001 à 2008, 72 millions d'euros ; de 2008 à 2014, 66 millions d'euros.

Pour la mandature actuelle, 80 millions d'euros ont été annoncés en crédits strictement municipaux, hors les contributions de l'Etat. 35 millions ont été effectivement dépensés de 2014 à 2017 et je souhaiterais que la Municipalité, dans la réponse qu'elle nous fera à la fin du débat, nous confirme que les 80 millions seront bien atteints en fin de mandature.

Les réalisations les plus symboliques dans ce domaine ont été évidemment les fresques de Delacroix à Saint-Sulpice, mais aussi moins connue, la façade de Saint-Augustin qui est l'un des plus beaux legs de Baltard à notre ville.

Troisièmement, quelques mots sur les théâtres, non pas sur ce qui s'y joue, mais sur leur architecture. Les deux théâtres phares de notre patrimoine, celui de la Ville et le Châtelet, s'étaient fortement dégradés au fil du temps. Les rénovations en cours sont donc bienvenues. Les crédits qui y sont consacrés, une cinquantaine de millions d'euros, indiquent assez que la Ville a pris conscience de l'enjeu. D'ailleurs, la Commission du Vieux Paris, lorsqu'elle a étudié la rénovation du Châtelet, a salué la résurrection de décors et de volumes oubliés depuis très longtemps.

Quatrièmement, le Crédit municipal. Cette belle institution, dont la mission première n'est pas culturelle mais sociale, qui d'ailleurs peut faire à ce titre la fierté de la Ville, a décidé de s'engager sur deux objectifs culturels dont l'un est patrimonial.

Comme Madame la Maire l'a rappelé dans sa propre allocution, il va consacrer à la création contemporaine 1 % du chiffre d'affaires de ses ventes aux enchères, ce qui n'est pas négligeable, mais la Ville proposera aussi les espaces de conservation du Crédit municipal à toutes les villes dans lesquelles des ?uvres d'art sont menacées, notamment du fait de conflits armés. Le Crédit municipal serait honoré, et Paris avec lui, de devenir un refuge qui empêche les iconoclastes, au sens étymologique du terme, de détruire des éléments de la culture universelle.

Pardonnez-moi de m?être borné, faute de temps, à quatre sujets. D'autres auraient mérité votre attention, mais l'essentiel, pour moi, était de montrer que la Municipalité, dans ces domaines, s'est engagée avec détermination, ce que justifie à l'évidence l'exceptionnelle richesse du patrimoine de Paris.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Bernard GAUDILLÈRE. Merci aussi du travail que vous faites en tant que président de la Commission du Vieux Paris et du Crédit municipal, les deux d'ailleurs. Les évolutions du Crédit municipal ne sont peut-être pas étrangères au dialogue fructueux que nous avons avec vous, avec Bruno JULLIARD, sur le rôle de toutes nos institutions en matière d'art et de culture.

Jérôme GLEIZES pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Madame la Maire.

Comme il me reste très peu de temps, je me contenterai de répondre un peu à des choses qui ont été dites dans ce débat pour compléter l'intervention de mes deux collègues.

Tout d'abord, comme l'a rappelé M. GAUDILLÈRE, la singularité de Paris sur les questions de culture, c'est son histoire qui a permis de produire son patrimoine. Par contre, ce que l'on peut mettre en avant, c?est que, depuis 2001, avec Bertrand DELANOË et son premier adjoint à la culture, Christophe GIRARD, cela a été mis en valeur, ce qui n'avait pas été le cas, malheureusement, auparavant. Par rapport à ce débat, je voudrais alerter sur un risque sur la marchandisation de la culture, notamment dans l'intervention de Mme BOULAY-ESPERONNIER, où l?on voit que la culture devient une marchandise, un bien qui rapporte beaucoup d'argent et, grâce à l'argent que cela rapporte, cela permet de financer la culture.

C'est une grave erreur d'analyse et je rebondirai sur une référence de Nicolas BONNET-OULALDJ sur la question de l'?uvre et de revenir à une différence qu'Hannah Arendt avait faite dans la "Condition de l?homme moderne"?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il va falloir conclure, Monsieur GLEIZES. Merci.

M. Jérôme GLEIZES. - Oui, je vais finir là-dessus.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

M. Jérôme GLEIZES. - Je pensais que vous alliez me laisser un peu plus de temps. Attendez, je finis là-dessus. La différence d?Hannah Arendt sur le travail et l'?uvre, le ponein et la poesis, et notamment sa critique de Marx sur le fait que la culture est un bien non marchand qu'il faut valoriser différemment.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Merci, mais Hannah Arendt, nous allons la réserver pour un peu plus de temps qu'une intervention d?une minute puisqu'il ne vous restait qu'une minute, compte tenu des temps de parole de votre groupe.

Mme Danièle PREMEL pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Danièle PREMEL. - Madame la Maire, chers collègues, mon intervention portera sur notre conception de la culture comme processus d'émancipation, de pratique culturelle et de liberté dans lequel les politiques publiques, la Ville de Paris, doivent être et rester centrales. Pour cela, j'aborderai le rôle de l'éducation populaire dans la culture.

L'éducation populaire, comme la culture, ont en commun une démarche qui vise à apprendre et comprendre toutes les formes nouvelles de la vitalité créative, que ce soit celle des artistes ou celle des concitoyens. Toutes les deux permettent de renforcer notre capacité de voir et de donner à voir la réalité dans toutes ses facettes. Toutes les deux nous accompagnent dans l'univers du beau, de l'imaginaire et du savoir dont tout le monde a besoin, non pour oublier la dureté et les difficultés de la vie quotidienne, mais pour la regarder autrement et faire naître le désir de la transformer. L'éducation populaire contribue à l'appropriation de l'ensemble du processus culturel. Il s'agit de permettre l'accès au plus grand nombre à la culture, de construire une démarche d'appréhension des lieux à la disposition des publics, de développer des pratiques culturelles, de favoriser les pratiques amateurs.

Le travail de mise à disposition de l'histoire de Paris sous forme d'expositions, de colloques, comme le fait Catherine VIEU-CHARIER, participe pleinement à cette démarche. Pour cela, il faut identifier l'ensemble des structures, des organisations, des réseaux de toutes tailles qui facilitent le chemin des lieux culturels, la compréhension de l'?uvre et les pratiques culturelles. Nous avons un rôle à jouer pour construire, avec ces entités, des réflexions et des objectifs partagés. La culture pour tous est un enjeu démocratique fort. Les inégalités sociales participent chaque jour à l'appauvrissement culturel. L'éducation populaire permet l'action par la demande sociale et l'enrichissement des cultures. Je donnerai comme exemple l'université populaire de la musique que nous menons depuis 4 ans en mairie du 18e arrondissement sous forme d'un cycle d'ateliers, de conférences, de concerts ouverts à tous et à tous les jeunes, anciens et vieux, amateurs et novices. Initiative qui a pour ambition de faire partager et de s'ouvrir à la musique classique et contemporaine dans un cadre pédagogique et interactif. Mais l'éducation populaire ne s'enferme pas au seul espace de la cité. Elle traverse aussi le monde du travail. L'entreprise est un lieu de création, de richesse et de plus-value, mais aussi un lieu de vie sociale et, à ce titre, on ne peut laisser de côté les enjeux culturels liés au monde du travail. C'est particulièrement vrai à Paris. La Ville de Paris a un rôle à jouer dans leur direction. Depuis longtemps, le mouvement syndical a travaillé sur la question travail et culture. Aussi, les liens doivent être tissés avec les comités d'entreprise qui contribuent à favoriser l'accès à la culture au sein du monde du travail. Par exemple, un programme d'installation d'artistes en résidence dans toute une diversité de disciplines, dans toute une série d'entreprises, permettrait de créer des liens en matière d'éducation et d'accès culturel. Mais aussi en favorisant de nouvelles connexions entre les artistes, les associations et les comités d'entreprise.

Par ailleurs, il faut également savoir créer et inventer des coopérations nouvelles avec nos bailleurs sociaux, afin de promouvoir la culture auprès des populations des quartiers populaires.

Paris, capitale et métropole, doit se questionner au-delà de ses quartiers, de ses cités, de ses entreprises, sur son rapport et sa vision de la culture au sein de la Métropole du Grand Paris. Il existe deux façons d'appréhender la dimension et la place de la culture dans le cadre de la Métropole du Grand Paris. La première considère la dimension culturelle en termes essentiellement d'attractivité économique et de consommation de masse qui apporterait une part de prestige et de divertissement à ces espaces de développement économique. La seconde, qui correspond à notre vision communiste, s'attache à l'équilibre et à la singularité des différents territoires et à leur histoire. Composée de territoires aux atouts culturels indéniables - musées, sites historiques, festivals locaux, compagnies artistiques, friches culturelles -, la culture, dans le cadre de la Métropole, par sa transversalité, a un impact fort sur le développement économique et social et le développement durable.

De la survie des structures culturelles locales et du tissu extrêmement varié et dynamique des acteurs culturels, aujourd'hui menacés, dépend la vitalité culturelle de la Métropole. Préserver et développer ce maillage et cette présence multiple et diversifiée, est l?une des priorités à laquelle Paris doit participer pleinement. Pour renforcer une politique culturelle entre la Métropole et Paris, il pourrait être mis en place un groupe de travail pour réfléchir et proposer, dans le cadre du SCOT, les axes et les pistes de travail pour développer les synergies et les complémentarités d'une politique culturelle.

Je terminerai mon intervention en espérant que ce débat sur cette communication soit un moment d'évasion et de culture qui nous grandit dans notre humanité et dans l'imaginaire que nous portons tous en nous. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame PREMEL.

Mme KUSTER pour le groupe les Républicains.

Mme Brigitte KUSTER. - Madame la Maire, la culture est si intimement liée à Paris que les deux mots ont fini par ne faire plus qu'un. Paris est la ville de la culture par excellence, celle qui a su, à travers les siècles, soutenir les expressions culturelles les plus variées et attirer à elle les plus grands créateurs, celle qui a su combiner à merveille les formes artistiques classiques ou contemporaines. Mais, plus prosaïquement, Paris, c?est aussi la ville où l'Etat investit le plus pour la culture : 139 euros par habitant, contre 15 euros en moyenne pour le reste des Français. Paris parvient ainsi à jouir d'une formidable réputation culturelle, alors que vous investissez moitié moins par tête d'habitant que les capitales régionales que sont Bordeaux, Lille ou Lyon. Vous comprendrez que cela nous impose, pour le moins, d'apporter quelques nuances à l'autosatisfaction dont votre communication ne manque pas.

C'est le moins d'ailleurs que l'on puisse dire. Mélangeant par ailleurs ce qui relève de l'action municipale de celle d'autres acteurs, toute forme d'excès de confiance, on le sait, est révélatrice d'une certaine fébrilité. Nous avons dû attendre d'ailleurs plusieurs années pour cette communication aujourd'hui.

S'il faut reconnaître néanmoins des motifs de satisfaction, j'en veux pour preuve la très bonne fréquentation des musées nationaux, municipaux ou des théâtres subventionnés, des sources d'inquiétude existent bel et bien.

D'abord, parce que le grand mécène qu'est l'Etat est à bout de souffle financièrement. Il n'ira pas au-delà des engagements déjà conséquents qu'il a pris comme la rénovation du Grand Palais, la création de la Cité du théâtre et celle d'une deuxième salle à l'Opéra Bastille, des chantiers étonnamment absents de votre communication.

Pourquoi, Madame la Maire, êtes-vous aussi discrète sur les plus importants projets du quinquennat en matière culturelle ?

Est-ce la peur que l'Etat ne vous demande d'y prendre une part plus active sur le plan financier ?

Quoi de plus normal d'ailleurs s'agissant d'équipements qui profitent d'abord aux Parisiens ?

Lors des auditions que j'ai menées dans le cadre du rapport parlementaire sur le financement de la Cité du théâtre, j'ai été extrêmement étonnée par le manque de coopération entre le Ministère de la Culture et la Mairie de Paris.

Un étonnement qui tourne même à l'incompréhension quand je constate que ce projet unique dans l'histoire du théâtre qui, rappelons-le rassemblera la Comédie française, le Centre national des arts dramatiques, et le théâtre de l'Odéon Berthier en lieu et place des décors de l'Opéra boulevard Berthier, n'est même pas recensé dans votre communication. Vous y écrivez pourtant : "faire confiance et travailler avec tous ceux qui font la culture à Paris".

Alors, Madame la Maire, pourquoi refuser cette confiance au premier d'entre eux : l'Etat ?

Des motifs d'inquiétude s'expriment d'ailleurs dans bien d'autres secteurs de la vie culturelle parisienne. Je pense à notre réseau de libraires, par exemple, que fait concrètement la Mairie de Paris pour soutenir les 750 libraires fragilisés par les géants du numérique ?

Je pense aussi à notre patrimoine cultuel qui est en danger. Vous affichez des investissements à hauteur de 80 millions d'euros, sous votre mandature. Mais, votre action peine à trouver sa traduction sur le terrain. Les attentes sont nombreuses et je pense notamment à l'église Saint-Pierre de Chaillot, qui depuis 20 ans demande en vain le ravalement de sa façade.

Aucune motion non plus sur les ?uvres d'art que comportent ces édifices cultuels dont la détérioration est pourtant souvent signalée, que ce soit pour les orgues ou les tableaux, et pourtant là aussi il y a urgence à agir.

Urgence à agir aussi en faveur du spectacle vivant, qui peine à se redresser après les attentant de novembre 2015. La fréquentation des salles est repartie à la hausse, mais leur situation économique demeure précaire en raison notamment des très lourds investissements qu'elles doivent consentir en matière de sécurité.

Là encore, on peine à voir quelle politique de soutien vous envisagez de mettre en ?uvre. Vous dites vouloir réfléchir à la mise en ?uvre d'un fonds parisien de production pour le spectacle vivant, très bien, mais n'est-il pas grand temps de penser enfin à la démultiplier ?

Idem pour les théâtres privés dont le modèle d'organisation, qui garantit la diversité de la création non subventionnée, est aujourd'hui menacé et ne trouve pas auprès de la Mairie de Paris le soutien qu'il serait en droit d'attendre.

D'autres écueils de votre politique municipale sont tus. Comment pouvez-vous espérer soutenir la lecture si vous n'étendez pas les horaires d'ouverture des bibliothèques ? Le rapport Orsenna pointe d'ailleurs les terribles lacunes de Paris en la matière et pourquoi attendre 2018 pour lancer l'expérimentation des contrats culture dans trois arrondissements ?

Heureusement, Madame la Maire, que les mairies d'arrondissement n'ont pas attendu la Mairie de Paris pour défendre la culture de proximité. Dans le 17e arrondissement, nous avons pris des initiatives comme "Les jeudis du classique" ou le "Pass 17", qui connaissent un vrai succès populaire, mais d'autres arrondissements comme le 9e ou le 13e ont pris des initiatives fortes.

J'en reviens à la culture populaire. Oui, populaire, c'est le qualificatif qui fait défaut à votre politique culturelle. A travers "La Nuit blanche", votre prédécesseur avait su rapprocher l'art contemporain des Parisiens, il avait su inventer un événement fédérateur qui rassemble les habitants au-delà de leurs appartenances et origines.

Madame la Maire, en matière de culture les Parisiens rejettent globalement votre action et on le constate dans le dernier sondage encore récemment. Vous vous y accrochez dans l'espoir de redorer votre image et trouver un second souffle, mais vous n'y parvenez pas.

Votre communication navigue entre les habituels poncifs sur la culture, une description dithyrambique de votre bilan, et quelques vagues projets pour la plupart dont on ne saisit toujours pas la finalité.

Où est l'audace ? Où est l'ambition ? Où est la rupture ? J'ai beau lire et relire la communication, Madame la Maire, je n'en ai vu trace nulle part.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mme Catherine BARATTI-ELBAZ pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je me réjouis que la culture soit mise à l'honneur à l'occasion de ce Conseil de Paris, car je sais que comme nous les Parisiens sont fiers de cette ville, cette ville lumière qui rayonne dans le monde entier et qui pour sa richesse en termes d'offre culturelle accueille tous les publics. Les publics internationaux mais aussi beaucoup de Français et notamment des Franciliens qui viennent profiter effectivement de cette offre culturelle.

Je perçois chaque jour l'importance du tissu culturel parisien dans mon arrondissement avec mon adjoint à la culture Jean-Luc ROMERO, et je vous remercie d'avoir salué dans votre intervention, Madame la Maire, le rôle des maires d'arrondissement dans l'animation de cette politique culturelle.

Le 12e présente une richesse culturelle et variée dans tous les quartiers, comme beaucoup d'autres arrondissements. Nous nous appuyons ainsi sur tous les acteurs, à la fois des équipements municipaux de qualité et des structures nationales prestigieuses, et je voudrais ici rassurer mes collègues. Non, la Ville de Paris ne s'isole pas, nous travaillons au quotidien avec ces établissements culturels d'envergure nationale.

Chez moi, dans le 12e, nous avons l'Opéra national de Paris, le Musée national de l'histoire de l'immigration, la Cinémathèque française et ces acteurs culturels nationaux travaillent avec nous main dans la main, au quotidien, pour effectivement diversifier leurs publics et travailler contre l'isolement de certains quartiers. Grâce à ce partenariat initié dès 2014, nous avons pu diversifier les publics de ces grands établissements, parce que non, on ne mesure pas l'accessibilité d'un établissement culturel à la distance qui le sépare d'un Parisien, mais bien à la capacité à ce public parisien de franchir les portes de cet établissement prestigieux.

Nous continuons aussi d'agir avec les lieux de création, les lieux où les artistes peuvent travailler et il y en a de nombreux dans le 12e arrondissement, notamment la Cartoucherie, mais aussi le Viaduc des arts, des lieux de travail et de production pour les artisans d'art notamment.

Nous travaillons bien évidemment avec les associations culturelles qui sont inventives et nous proposent des offres culturelles diversifiées tous les jours. Nous travaillons aussi avec les libraires, chers collègues, nous n'attendons pas une injonction X ou Y pour travailler avec ces lieux de culture qui sont précieux et qu'il nous faut protéger.

Toutes les disciplines sont mises en avant, car une politique culturelle, ce n'est pas simplement une action culturelle qui se limiterait dans son champ, mais elle doit traverser toutes nos politiques, toute notre action doit être irriguée par cette ambition culturelle.

C'est particulièrement le cas dans mon arrondissement, qui se renouvelle beaucoup en termes urbain et j'ai mis un point d'honneur à mettre en ?uvre la charte signée par beaucoup de constructeurs pour installer des ?uvres d'art chaque fois qu'ils construisent un bâtiment, car la culture doit effectivement aller irriguer la vie quotidienne de tous nos habitants dans leur quotidien et pas simplement dans des lieux dédiés à la culture.

Alors oui, je souhaite pour ma part féliciter chaleureusement notre premier adjoint Bruno JULLIARD pour son action et l'ensemble des services de la Ville pour ces mobilisations et ces réformes nombreuses qui ont été mises en ?uvre depuis 2014.

Et puis, contrairement à ce qui vient d'être dit, notre action, cette action culturelle au quotidien auprès des Parisiens, les Parisiens en sont satisfaits, et je ne dois pas lire les mêmes résultats de sondage que certains, mais globalement, chaque fois que l'on demande aux Parisiens dans notre action ce qu'ils considèrent comme très satisfaisant, l'action culturelle sort systématiquement en premier.

Alors que nous connaissons encore une période difficile pour de nombreux acteurs culturels, notamment depuis les attentats de 2015, la Ville a fait le choix d'accompagner les disciplines particulièrement touchées comme les arts de la rue.

Ainsi, il y a une augmentation significative des dépenses de sécurisation des sites qui aurait pu durablement fragiliser cette activité d'art de la rue, mais nous avons assumé d'augmenter notre soutien à ces acteurs, et je voudrais vous en remercier. Je pense en particulier évidemment à la compagnie "Progéniture" dans notre arrondissement, qui depuis de nombreuses années assure un festival de rue dans de 12e arrondissement, très apprécié par l'ensemble des habitants du quartier mais aussi au-delà.

Les conditions sont nouvelles, elles interrogent aussi sur la manière d'amener la culture dans la rue, librement, mais elles ont amené les acteurs culturels à s'engager à la pérennité de ces événements culturels dans la rue et nous sommes satisfaits de ce soutien fort apporté par la Ville de Paris.

Parallèlement, je suis inquiète, je dois le dire, de voir la Région Ile-de-France retirer une partie de ses subventions à certains acteurs culturels. C'est le cas concrètement, dans mon arrondissement, à l?établissement situé au 100, rue de Charenton, l?établissement culturel solidaire, un lieu de production ouvert aux artistes, amateurs comme professionnels, et qui les accompagne dans leurs projets. Cette année, la subvention de la Région Ile-de-France est diminuée drastiquement et remet en cause la pérennité de cet établissement à l?avenir. Je suis très inquiète sur ce sujet.

Dans ce contexte, je remercie aussi la Ville de Paris d?avoir au contraire confirmé son soutien au festival culturel de mon arrondissement, porté justement par le 100 et par l?ensemble des acteurs culturels que j?ai évoqués, avec des événements dans tous les quartiers du 12e arrondissement.

Je me réjouis également du maintien des euros BLOCHE - nom charmant - dans les arrondissements. Malgré l?existence et la nécessité d?une sobriété budgétaire qui s?impose à nous depuis longtemps - tous les adjoints aux finances nous l?ont régulièrement rappelé -, cette enveloppe de subventions est réservée à chaque maire d?arrondissement sur le budget de la Direction des Affaires culturelles pour soutenir les initiatives culturelles locales et portées par des structures et des associations qui animent la vie artistique et culturelle de chacun de nos quartiers. Le maintien de cette enveloppe est emblématique du soutien à une politique culturelle locale dans les arrondissements qui doit être menée et je m?en félicite.

Je me félicite aussi que le 12e arrondissement fasse partie des quatre arrondissements d?expérimentation du Contrat culture d?arrondissement. Je suis convaincue qu?il est en effet important de travailler, en proximité, en partant des caractéristiques et des atouts de chaque territoire. C?est ce que nous avons fait dans le 12e arrondissement et je me félicite de cette signature aujourd?hui.

Sans renoncer à l?excellence, nous nous attachons chaque jour à amener la culture dans la vie quotidienne de chacun. C?est typiquement l?action, par exemple, de nos conservatoires qui, dans mon arrondissement, vise à continuer à travailler avec les équipes de l?Opéra Bastille et, en même temps, à aller dans chaque école de cet arrondissement pour amener la pratique culturelle à portée de chaque élève. C?est aussi l?ambition que nous avons de maintenir cette classe de C.H.A.M., dans un collège situé en quartier "politique de la ville", à la porte de Vincennes.

Et puis, bien sûr, cette action en proximité doit se développer à l?échelle du territoire métropolitain. La Métropole est un territoire incroyablement fécond en matière culturelle depuis longtemps et, pour cela, je me félicite que la Ville ait souhaité renforcer ses coopérations avec d?autres établissements culturels porteurs de la même ambition métropolitaine.

Les projets construits avec nos collègues - "avec nos collègues" et pas "imposés à nos collègues" maires au-delà du périphérique - ont existé préalablement à la création de la Métropole mais, désormais, effectivement, cette collectivité doit s?approprier ces actions culturelles. C?est ce que nous avons engagé au niveau métropolitain avec, notamment, la mise en ?uvre de l?urbanisme temporaire, dans les compétences d?amélioration du territoire qui sont celles de la Métropole. Nous allons continuer - oui, Madame PREMEL - à le porter dans le cadre de l?élaboration du S.C.O.T. car, en matière de culture, il ne faut pas que donner des mots mais aussi des preuves. C?est ce que nous continuerons à faire. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame BARATTI-ELBAZ. Je donne la parole à Mme BERTHOUT, présidente du groupe les Républicains et maire du 5e arrondissement.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Merci.

"Des Républicains et Indépendants", Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, c?est la première fois depuis votre élection que vous consacrez un débat, précédé d?une communication, à ce qui fait - disons-le tout simplement - le sel de la vie et fonde le pacte républicain : la culture. Car la culture est non seulement un formidable facteur d?émancipation individuelle mais c?est aussi un indispensable outil de cohésion sociale. C?est dire combien la puissance publique, l?Etat, les collectivités, ne peuvent se désintéresser d?un pareil sujet.

Je dirais même plus : elles ont l?obligation morale de veiller à ce que la culture, qui - comme chacun le sait depuis Malraux - ne s?hérite pas mais se conquiert, soit accessible au plus grand nombre, c?est-à-dire à tous et à chacun. Même avec retard, je vous sais gré d?avoir enfin organisé un tel débat mais je crains qu?il ne soit biaisé par une double méprise que révèle une lecture attentive de votre communication.

La première, révélée ou reprise par mes collègues, est celle d?un inventaire à la Prévert, de mesures dépourvues de ligne directrice - je dirais "de souffle" - susceptible de nous fédérer tous.

La seconde, c?est celle de l?autosatisfaction, alors que le propre de toute politique publique culturelle digne de ce nom est de s?entourer précisément de questionnement, de remise en cause au gré des indispensables évaluations et retours d?expérience.

La première traduction d?une politique publique, c?est son budget. Que nous dit le budget culturel de la Ville ? Pas grand-chose à la lecture d?une communication étonnamment silencieuse sur les chiffres.

Peut-être parce que - cela a été rappelé par plusieurs de mes collègues - une partie très importante des crédits du Ministère de la Culture se concentre historiquement sur la Capitale, qui accueille, par exemple, 70 % des établissements publics culturels nationaux. Cette tradition toute jacobine peut d?ailleurs expliquer, voire justifier, le fait que Paris consacre à la culture en moyenne 182 euros par habitant, quand une ville comme Bordeaux y consacre 310 euros. Mon propos n?est pas de dire qu?il faut que Paris dépense encore davantage mais l?analyse du budget, en particulier celle du budget 2018, nous amène à la conclusion que la Ville a une grosse marge de man?uvre pour dépenser mieux.

Deux exemples rapides : le théâtre, qui vient de subir successivement plusieurs coupes sombres - ma collègue Brigitte KUSTER y est revenue dans son propos - et les conservatoires municipaux. Ainsi, les dix-sept conservatoires municipaux disposent d?un budget de 1,2 million d?euros quand la "Nuit blanche" mobilise 1,7 million d?euros - et encore, sur une petite partie du territoire parisien -, au détriment d?un "Off", rebaptisé "Satellite" : seulement 3.000 euros, autrement dit une misère, par exemple, dans le 5e arrondissement. Trois mille euros dans le 5e arrondissement pour le "Off" de la "Nuit blanche"?

L?apport de financements privés complémentaires à travers le Fonds pour Paris et la venue de grands mécènes, comme François PINAULT à la Bourse du commerce - dossier sur lequel mon collègue Jean-François LEGARET s?est beaucoup investi -, pourraient pourtant vous inviter à redéployer des moyens financiers sur la culture de proximité. L?attente est forte et légitime dans nos arrondissements et j?espère que vous l?entendrez, quelle que soit la couleur politique de leurs auteurs.

Si le budget est toujours la traduction d?une politique, l?évaluation est toujours la mesure de son efficacité. Je regrette que celle-ci soit absente de votre communication et je voudrais dire de votre culture personnelle.

Cela fait beaucoup rire M. le premier adjoint.

Absence d?évaluation sur la réforme des conservatoires : vous avez remplacé la quasi-totalité des cours individuels par des cours collectifs, instaurant au passage un tirage au sort qui se substitue à la motivation et aux prédispositions des élèves candidats, comme ne cessent d?en témoigner les personnels des conservatoires, mais M. le premier adjoint est toujours dans le déni de réalité.

Absence d?évaluation sur la réduction des cours d?éveil.

Absence d?évaluation sur la gouvernance des musées de la Ville, alors même que la crise de direction est patente dans les musées Zadkine et Bourdelle.

Absence d?évaluation des politiques de médiation?

C?est effectivement extrêmement drôle, Monsieur le premier adjoint !

Absence d?évaluation des politiques de médiation culturelle : quand vous décidez de supprimer l?aide de la Ville au FRAC, que je préside - ceci expliquant peut-être cela -, alors même qu?il a densifié son programme de médiation dans les lycées franciliens et parisiens et que les expositions gratuites sur "le Plateau", lieu d?exposition dans le 19e arrondissement, se multiplient, évidemment au service de toutes les Parisiennes et Parisiens.

Absence d?évaluation sur les horaires d?ouverture des équipements culturels municipaux, en particulier des bibliothèques qui demeurent, malgré l?ouverture de quatre d?entre elles le dimanche, trop peu disponibles pour les Parisiens et les étudiants.

La question de l?extension des horaires des bibliothèques et, de manière générale, la politique du livre à Paris est un enjeu primordial, comme l?a bien rappelé mon collègue Pierre-Yves BOURNAZEL, car le livre reste aujourd?hui, malgré toutes les difficultés rencontrées, sans doute le plus formidable - et abordable - outil d?émancipation et de cohésion.

Paris a tout à la fois une dette et un défi à relever envers le livre, dont le berceau est, chacun le sait, au c?ur du Quartier latin, qui a accueilli la première imprimerie, les premiers libres penseurs, la première université. La SEMAEST, formidable outil mis en place par votre prédécesseur, a beaucoup défendu les commerces culturels en achetant des rez-de-chaussée. Je souhaiterais qu?on puisse consolider son rôle, et donc ses moyens d?intervention. Les librairies attendent également que vous leur apportiez votre appui sur des dossiers importants, tels que les tarifs postaux. Nous déposerons des v?ux en ce sens.

Enfin, cette dette à honorer et ce défi à relever à l?endroit du livre trouveraient un aboutissement concret, et sans doute joyeux, dans le soutien que la Ville pourrait apporter à la demande d?inscription au patrimoine mondial culturel immatériel de l?UNESCO du métier de bouquiniste, présent à Paris depuis le XVIe siècle que j?ai faite, pas toute seule : avec les maires des 1er, 4e, 6e et 7e arrondissements. J?espère que vous nous rejoindrez pour soutenir un dossier qui a déjà beaucoup mobilisé les maires au-delà de leurs sensibilités politiques.

La culture ne se décrète pas, elle se vit au quotidien et s'incarne dans une politique pour la servir sur tous ses aspects.

Tadao ANDÔ, l'architecte qui ?uvre pour le futur musée d'art contemporain Pinault a eu récemment une jolie formule : "Paris est et doit être l'épicentre des arts, de tous les arts". Eh bien, renouons et servons cette ambition faite de liberté de création que nous devons à Paris. C'est cette ambition que je vous invite à méditer.

Je vous remercie de votre écoute attentive.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur Philippe DUCLOUX, vous avez la parole, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. Philippe DUCLOUX. - Oui, Madame la Maire, mes chers collègues.

Je voudrais tout d'abord vous remercier, Madame la Maire, également l'ensemble de vos adjoints : Bruno JULLIARD, Frédéric HOCQUARD, Véronique LEVIEUX, la Directrice de la DAC, tous les membres qui travaillent au sein de la Direction des Affaires culturelles. Je voudrais citer également Delphine LÉVY qui est présente et qui fait un travail remarquable avec "Paris Musées". Je voudrais vous remercier de nous proposer aujourd'hui ce débat dans le cadre de notre Conseil de Paris.

Comme cela a déjà été dit, d'ailleurs, par de nombreux orateurs avant moi, la notion de culture dans sa diversité et aussi l'art, les pratiques et les ?uvres forment un tout qui constitue un maillon fort essentiel de notre vie en société.

Notre ville est particulièrement concernée lorsque l'on parle de culture d'art et de patrimoine. Paris est une véritable capitale artistique et culturelle reconnue et beaucoup appréciée dans le monde entier.

Les artistes, dans ce contexte, sont des acteurs indispensables et c'est du résultat de leur travail de la création artistique de l'art que naît, en quelque sorte, la sève qui nourrit l'énergie, les individus et la collectivité, les bousculant et favorisant les interactions qui contribuent à une meilleure cohabitation, au vivre ensemble.

C'est pourquoi le soutien de notre Ville à la création artistique doit se poursuivre, se diversifier et s'adapter aux nouvelles réalités. On doit donner toute la place nécessaire aux artistes qui, souvent, dans un dialogue fécond avec les habitants, peuvent ré-enchanter notre façon de vivre et d'envisager le monde. On doit donc combattre la marchandisation, les produits soi-disant culturels standardisés et favoriser un dialogue entre artistes et citoyens capables de créer la nouveauté, de faire émerger de nouvelles expressions et nouveaux modes de sociabilité.

Comme vous l'avez indiqué dans votre communication, Madame la Maire, ville de circulation des ?uvres, Paris doit aussi rester un territoire de création.

La création, néanmoins, suppose du temps, de la patience, du doute, des incertitudes. Et pour cela, depuis 2001 - et je tiens à saluer et à citer Bertrand DELANOË et Christophe GIRARD également -, nous avons déjà beaucoup ?uvré pour améliorer les conditions de travail des artistes. Des lieux de formation dédiés aux répétitions et à la construction d'?uvres ont été livrés et l'infrastructure créatrice s'est beaucoup diversifiée ces dernières années. Le nombre de lieux - comme cela a été rappelé - de rencontres entre les artistes, les ?uvres et les spectateurs est impressionnant.

A la hauteur de plus de 100 millions d'euros chaque année, notre collectivité participe au financement de plusieurs centaines de structures culturelles, opérateurs qui, au-delà de leur importance pédagogique de diffusion et de sociabilité, jouent un rôle majeur en termes de soutien à la création professionnelle. Cela va de la Philharmonie jusqu'aux petites associations qui, dans des réseaux de proximité et à petite échelle, réalisent des choses inédites et souvent exceptionnelles.

On peut énumérer quelques-unes des grandes réalisations des années précédentes comme le Centquatre, la Maison des Métallos, les centaines d'ateliers attribués aux artistes leur permettant d'avoir un lieu de création et de vie, la Gaîté Lyrique, le centre culturel Hip Hop La Place, qui offrent tous des possibilités créatrices dans de nouvelles disciplines.

Plus récemment - et c'est une réalisation de notre mandature, de votre mandature, Madame la Maire -, des nouvelles fabriques culturelles ont émergé : la  HYPERLINK "http://www.villavassilieff.net/" \t "_blank" Villa Vassilieff, le Grand Parquet à la frontière des 19e et 18e arrondissements, les Plateaux Sauvages dans le 20e arrondissement, la rue Watt dans le 13e arrondissement qui sera inaugurée l'année prochaine et dédiée exclusivement à la création dans le domaine du cirque et des arts de la rue.

En matière de danse, la Ville accompagne également le développement des lieux qui mettent des studios à la disposition des chorégraphes danseurs pour des temps de création et recherche, en particulier à travers quatre associations membres du Paris Réseau Danse.

Espaces de travail, de résidence et de diffusion pour les compagnies professionnelles émergentes, ces fabriques sont aussi le lieu des pratiques amateurs et d'une rencontre, à l'échelle des quartiers, entre les artistes et les Parisiens. Et je répondrai à Mme KUSTER et Mme BERTHOUT pour dire que ce qui fait aussi la force à Paris, c?est à la fois la Ville et les arrondissements.

Avec l'émergence de ces nouveaux lieux, la Ville a donc créé un contexte favorable au travail, à l'expression et à la reconnaissance des artistes. Désormais, la volonté affichée dans votre communication, Madame la Maire, qui nous est proposée - et que je soutiens, évidemment, totalement - est celle de replacer les artistes au c?ur des préoccupations et de faire évoluer et diversifier le mode de soutien dont ils bénéficient.

Ces dispositifs récents existent déjà comme les aides directes aux artistes afin d?encourager leurs démarches. Pour ce faire, une enveloppe de 800.000 euros permet désormais d'accompagner des projets de création, de diffusion et de résidence pour l'ensemble des disciplines artistiques. Par ailleurs, un programme d'accueil et de résidence, à destination d'écrivains étrangers, se développe au sein du couvent des Récollets.

Dans cette même logique, chaque année - vous l'avez rappelé ce matin au début de notre séance, Madame la Maire -, le F.M.A.C. fait l'acquisition d'une vingtaine d??uvres d'artistes émergents allant de la peinture à la photographie, en passant par la sculpture, des installations ou l?art vidéo. Sur l'ensemble de l'actuelle mandature, c?est près d'un million d'euros qui auront été consacrés à ces acquisitions.

Au-delà du soutien historique apporté aux acteurs des arts plastiques, du cinéma, de toutes les musiques, du théâtre et de la danse, du livre et de la poésie, notre Municipalité a fait le choix, depuis 2014, d'ouvrir encore plus le champ des disciplines soutenues en apportant de nouvelles aides aux arts des marionnettes, aux arts de la rue, aux cultures urbaines, à la bande dessinée et aux nouvelles écritures, transmédia.

La création du Conseil parisien de la musique a permis également à ce secteur de s'organiser pour préserver et développer la vitalité des musiques actuelles à Paris.

Enfin, avec un budget de 1,2 million d'euros, le soutien de la Municipalité à la création se confirme chaque année avec l'événement populaire mondialement reconnu qu?est "Nuit Blanche".

Depuis 2002, près de 3.000 artistes ont été invités pour présenter leurs ?uvres devant les centaines de milliers de personnes qui participent à cette manifestation chaque année, cher Christophe.

Pour conclure, je salue, Madame la Maire, l'objectif que vous avez indiqué dans votre communication de mettre en ?uvre, d?ici à la fin de la mandature, cinq initiatives inédites dans le champ de la création artistique dite "professionnelle".

Tout d'abord, le 1 % marché de l'art, en partenariat avec le Crédit Municipal ; ensuite, la mise en ?uvre de fonds parisiens de production pour le spectacle vivant, abondés par la Ville et par d'autres partenaires publics et privés.

Ensuite, dès 2019, une journée Portes Ouvertes des lieux de création sera proposée et permettra ainsi à des lieux peu connus par les Parisiens, comme les 1.200 ateliers d'artistes financés par la Ville et gérés par les bailleurs sociaux ou encore les 322 ateliers de la Cité internationale des arts qui pourront être visités? et provoquer cette rencontre entre les artistes professionnels, et les Parisiens et les touristes évidemment.

Inviter les communes et les territoires de la Métropole à participer à cette journée, c'est aussi une innovation.

La quatrième initiative consiste à promouvoir une réelle diversité, qu'elle soit générationnelle, de genres, de parcours, d'esthétique ou de projets.

Enfin, la cinquième initiative que vous proposez sera d'organiser, en octobre prochain, les Rencontres de la Culture à Paris afin de réfléchir, avec les partenaires de la Ville, aux mutations en cours. Ces rencontres pourront être l'occasion d'aborder sérieusement cette question de la place et de la création afin de lui donner une présence et une visibilité plus forte, à partir d'une organisation mieux ciblée, plus territorialisée et mieux concertée.

Des ateliers participatifs pourront d'ailleurs, sur les grands enjeux de transformation de la scène culturelle, être organisés et permettront aux acteurs de faire émerger les solutions pour les années à venir.

Vous l'aurez compris, Madame la Maire, c'est un sujet important que nous évoquons aujourd'hui ; et moi qui suis vice-président de la Commission, je voudrais saluer d?abord les travaux menés au sein de cette Commission car, contrairement à ce qui a été dit par certaines et certains, il y a un questionnement, des échanges, vraiment des communications sur la politique culturelle à Paris.

Je voulais également dire un mot à Éric AZIÈRE car c'est vrai que le travail mené sur le parcours de la révolution est un travail exemplaire, exceptionnel, qui permettra, là aussi, d'aborder une nouvelle approche culturelle dans les années qui viennent lorsque ce sera mis en place.

Et puis dire à Agnès EVREN que je pense qu'elle s'est trompée d'auditoire car elle donnait plutôt l'impression de s'adresser au Conseil régional qu'à l'Hôtel de Ville. Toutefois, elle a cité énormément de mesures mises en place quand Jean-Paul HUCHON était président de la Région et Marie-Pierre de LA GONTRIE et Francis PARNY, vice-présidents. Je suis donc ravi que ce qui a été mis en place quand j'étais conseiller régional continue à être mis en place à la Région.

Je voulais terminer, chère Brigitte KUSTER, sur la question de la reconnaissance des Parisiens vis-à-vis de la politique culturelle. Un sondage a été fait récemment, qui indique que 76 % des Parisiens sont satisfaits de la politique culturelle que nous menons. Le débat que nous avons ce matin est à l'image de ce que pensent les Parisiennes et les Parisiens de la politique culturelle.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, cher Philippe DUCLOUX.

La parole est à M. Jean-Pierre LECOQ, pour le groupe les Républicains et Indépendants et maire du 6e arrondissement.

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Merci, la foule !

Nous le savons, Paris, notre ville capitale de la France, jouit d'un patrimoine exceptionnel que le temps et l?histoire lui ont légué. Il s?y ajoute de grandes institutions culturelles, qu'elles dépendent de l?Etat, comme le Louvre, le centre Pompidou, l?Opéra, le théâtre de l'Odéon, l?Académie française, pour n'en citer que quelques-unes, où qu?elles dépendent de notre Municipalité, comme nos nombreux musées, le théâtre de la Ville, le Châtelet, les théâtres d'arrondissement, comme le Monfort pour ne citer que celui-là. Au cours des trois dernières mandatures, la Ville a ajouté des établissements culturels locaux dans les arrondissements qui avaient la couverture culturelle la plus légère. Ainsi le Centquatre, la Maison des métallos offrent à des publics jeunes et diversifiés des moyens d'expression culturelle indéniables.

Cet ensemble d'équipements constitue donc un environnement tout à fait exceptionnel, mais il ne peut à lui seul satisfaire la soif de pratique culturelle manifestée par de nombreux Parisiens. Faire participer le plus grand nombre, leur permettre de faire naître, de susciter ou de renforcer leur appétence pour une discipline artistique, voilà ce que beaucoup de Parisiennes et de Parisiens attendent d'une politique culturelle de proximité et de qualité.

Certes, l'offre culturelle à Paris est nombreuse - certains diraient même pléthorique - et diversifiée, mais si certains en profitent pleinement, d'autres, pour diverses raisons, ne s?y intéressent pas. Un grand nombre de lieux de culture restent trop souvent fréquentés - nous le regrettons, nous pouvons le regretter - par un public élitiste. Ainsi, nous proposons, en nous appuyant sur le réseau existant de nos établissements culturels de proximité que sont les bibliothèques, les conservatoires, les ateliers Adac et les ateliers des beaux-arts, de renforcer et de diversifier l'offre culturelle à destination de tous les publics.

En nous appuyant par exemple sur les P.V.P. de la Ville, auxquels la Cour des comptes semble actuellement s'intéresser, ainsi que sur une partie des animateurs recrutés dans le cadre des T.A.P., nous pourrions accroître leurs horaires d'ouverture. Les P.V.P. musique, par exemple, permettraient une plus grande ouverture des conservatoires aux publics adultes tandis que les animateurs renforcés par des artistes seraient en charge d'ateliers culturels ouverts prioritairement dans nos écoles, en soirée et le samedi.

Telle est notre volonté, Madame la Maire, mes chers collègues : faire participer le plus grand nombre et contribuer à développer chez nos concitoyens une fibre culturelle qui ne demande qu'à s'exprimer.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur LECOQ. Madame BÜRKLI?

M. Jean-Pierre LECOQ, maire du 6e arrondissement. - Je vais reprendre la parole pour la maire du 16e arrondissement qui m'a demandé de porter son intervention, qui sera consacrée principalement au patrimoine cultuel.

Madame la Maire, mes chers collègues, mon intervention - c?est Danièle GIAZZI qui parle - va porter sur le patrimoine cultuel de Paris, notamment sur le plan église. Vous avez annoncé à grand renfort de communication que vous alliez y consacrer 80 millions d'euros sur l'ensemble de la mandature. Bien sûr, c'est mieux que sous les deux mandats de votre prédécesseur, mais ce n'est pas assez et c'est même franchement insuffisant.

Paris ville historique visitée pour son patrimoine sublime, par des hommes et des femmes du monde entier, Paris voit son patrimoine cultuel en grand danger. La restauration très réussie de Saint-Germain-des-Prés - j'y adhère - ou la sauvegarde in extremis de Saint-Germain de Charonne doivent être saluées, mais, à côté, combien d'églises et de temples se dégradent sous l'effet de la pollution et des intempéries. Ces bâtiments ont pourtant un attrait culturel réel, nous le savons, et beaucoup sont classés ou inscrits à l'inventaire des monuments historiques. Je ne veux pas croire que des raisons idéologiques ayant la laïcité comme fer de lance en puissent être la cause. Prenons même conscience que certains édifices datant du Moyen Age sont en réel péril comme l'église Saint-Séverin, par exemple, que chacun sait situer dans le 5e arrondissement.

Le manque d'entretien et de travaux relève de la mauvaise gestion : plus on laisse dégrader un édifice, plus la note s'avère importante quand on se résout enfin à intervenir. La note sera forcément importante : elle se monte déjà, selon l?association "SOS Paris" et l'Observatoire du patrimoine religieux, à environ 500 millions d'euros, 500 millions là où vous n'investissez que 80 millions d'euros.

Il en va de même de l'état du patrimoine renfermé dans ces églises et dans les autres lieux de culte, temples ou synagogues. Est-il correctement recensé ? On parle de 40.000 meubles et objets dont 130 orgues. Ce patrimoine mobilier est-il donc toujours correctement entretenu ? Est-il correctement protégé contre le vol et les dégradations ? L'affaire heureusement dénouée du vol du cardiotaphe de la duchesse Anne à Nantes ou les cambriolages de musées parisiens montre le danger couru par notre patrimoine. Nous demandons ainsi dans un v?u de recenser et de valoriser ce patrimoine mobilier, ce patrimoine cultuel et dans un autre v?u d'inscrire au budget supplémentaire des crédits amplifiant la politique municipale de restauration de ces ?uvres souvent inestimables. Voilà, Madame la Maire, Monsieur le Maire adjoint. L'état des édifices cultuels parisiens nous inquiète vraiment et merci de votre réponse et de nous rassurer.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Maire.

La parole est à Delphine BÜRKLI pour le groupe les Républicains et Indépendants, maire du 9e arrondissement.

Mme Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Le temps passe et je serai donc brève. Je voudrais insister sur le fait que la culture est par excellence facteur d'égalité républicaine et se doit d'être accessible à tous les habitants d'une ville sans distinction aucune, ce qui ne semble malheureusement pas être une vision que vous partagez, puisqu'à défaut de permettre à chacun d'accéder aux pratiques culturelles, comme vous l'indiquez dans votre communication, vous avez supprimé les cours individuels de musique dans les centres d'animation. Le résultat, c'est que seuls les jeunes ayant eu la chance d'être tirés au sort à l'entrée du conservatoire bénéficient désormais d'un cours individuel et personnalisé.

Parmi les autres contradictions que contient cette communication, on découvre également votre soudain intérêt pour les lieux culturels privés. Habilement, malicieusement, vous affichez avec fierté le nombre de 300 spectacles joués chaque semaine à Paris, sans mentionner qu'ils sont diffusés dans l'immense majorité des cas au sein de lieux privés alors même que le théâtre du Châtelet, le théâtre de la Ville sont fermés poux travaux depuis deux ans.

Si on peut se réjouir, bien sûr, du dynamisme du théâtre privé, on doit aussi avoir conscience que le contexte économique reste bien difficile pour ce secteur d'activité absolument essentiel pour notre pays, avec encore cette année un chiffre d'affaires enregistré en baisse de 15 à 30 % qu'on constate depuis les attentats de 2015 mais pas seulement. Les professionnels du théâtre reconnaissent aussi l'absence de mesures compensatoires, et regrettent votre politique en matière de mobilité et la congestion de certains quartiers de Paris.

A cela, il faut ajouter un sous-financement de 300.000 euros de l'Association de soutien au théâtre privé qui a connu, jusqu'à très récemment, une baisse de 25 % des subventions de la Ville de Paris. Même si la subvention repart à la hausse depuis l'année dernière, elle ne suffit pas à combler le manque à gagner.

Je terminerai mon propos sur une erreur de diagnostic grave qui mérite d'être soulignée et qui ne l'a pas été jusqu'à présent dans notre débat. Dans cette communication, vous nous faites part de votre volonté "d'inviter" les grandes maisons de vente aux enchères à s'engager à travers une nouvelle taxe de 1 % pour financer la création artistique, en partenariat ou en lien avec le Crédit municipal de Paris. Ceci est, à mon sens, un non-sens justement, pour ne pas dire une mauvaise analyse de la situation actuelle, déjà parce que les maisons de vente aux enchères et le Crédit municipal de Paris ne fonctionnent absolument pas de la même façon. La rémunération des maisons de vente ne relève pas de prêts sur gage ou d?intérêt comme pour le Crédit municipal mais de commissions sur les enchères réalisées, sans parler de la fiscalité qui pèse sur ces établissements, dont vous devez ignorer le poids pour proposer une telle idée.

En revanche, ce que l'on aurait pu attendre d?une municipalité comme la nôtre, c?est qu'elle se préoccupe de la place de Paris dans le marché de l'art mondial et qu'elle accompagne vraiment les réelles opportunités qui s'offrent à nous après le Brexit pour favoriser le retour des acheteurs, le retour des ?uvres qui ont trouvé refuge à Londres depuis 15 ans. Mais de cela il n?est aucunement question dans votre communication, il n?y a pas un mot et c'est bien regrettable, car il en va de la valorisation et du soutien à nos artistes contemporains français.

Pour être juste et ambitieuse, une politique culturelle à l?échelle d?un territoire doit être appréhendée de façon globale. Ce n'est malheureusement pas l'impression que j'ai eue en lisant votre document. Je le regrette ; c'est une fois encore une occasion manquée. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. CRAVENNE, pour les Républicains et Indépendants.

M. François-David CRAVENNE. - Merci, Madame la Maire.

Certes, mieux vaut tard que jamais, mais quand même, il aura fallu 4 ans, oui, 4 ans, pour enfin vous atteler à un grand plan culture. Il était temps, grand temps !

Est-ce parce vous avez depuis 4 ans échoué dans tous les autres domaines, la propreté, la gestion, les transports, la circulation, que vous vous raccrochez à ce que la gauche considère comme son bien personnel et que vous gérez comme un monopole ? Une fois de plus, comme l'ont excellemment démontré mes collègues de l'opposition avant moi, votre communication se paie de mots, de jolies formules, de v?ux pieux, mais c?est à l'image de votre triste mandat, volumineux en phrases ronflantes, creux en propositions efficaces.

Je voudrais ici prendre un exemple de l?inanité de votre politique culturelle déconnectée des Parisiens : votre gestion des conservatoires.

Votre vision de l'enseignement musical plairait follement au "Roi Ubu", à Ionesco ou à Pierre Dac.

Monsieur JULLIARD, nous avons la formidable chance ici à Paris de disposer de conditions exceptionnelles d'enseignement de la musique, au sein de 17 conservatoires municipaux. Les professeurs sont passionnés, les élèves motivés, les familles investies et les méthodes d'apprentissage, polies par l'expérience, sont bonnes. Et vous arrivez là-dedans et vous bousculez tout, sans cohérence, mais avec votre idéologie en bandoulière.

Votre réforme, initiée en 2014 et mise en place depuis 2016, est un échec cuisant. Par exemple, l'une de vos mesures phares, le tirage au sort, nie les différences de chacun et ne saurait constituer un moyen raisonnable d'entrée au conservatoire. C'est incroyable, hallucinant que vous ne vous en rendiez pas compte et que vous continuiez dans cette voie. De même, la quasi-suppression des cours individuels, que vous avez osé renommer par un hallucinant délire sémantique "pédagogie innovante individualisée par petits groupes", est une profonde erreur, comme la suppression des cours d'éveil pour les enfants de moins de 7 ans. C'est honteux, Monsieur l'adjoint à la Culture, d'agir ainsi. Alors, je sais que, comme d'habitude, vous allez répondre avec vos éternels arguments aussi usés que votre majorité : mixité sociale, cours individuels juste transférés aux écoles, etc. Mais arrêtez de jouer avec les mots, regardez la réalité en face. Vous empêchez le bon développement culturel indispensable aux petits Parisiens, l'inverse exact de ce que vous proposez dans votre pompeuse communication. Les enfants de Paris ont en effet besoin d'un socle solide d'enseignement. C'est d'abord en maintenant le solfège, la lecture des notes, le déchiffrage, les règles d'harmonie et l'analyse musicale que les élèves des conservatoires pourront réussir et, si leur inspiration les guide, s'en affranchir ensuite, mais pas avant. C'est en connaissant la musique et ses grands maîtres que l'on peut le mieux s'en éloigner pour construire son propre chemin. Au lieu de favoriser l'indispensable accession de nos plus jeunes à l'éveil musical, vous contribuez à les en détourner. Je vous en prie, redevenez raisonnable et cessez de vous voiler la face en vous cachant derrière des habiletés sémantiques qui passent de moins en moins bien.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme FANFANT, dernière oratrice pour le groupe les Républicains et Indépendants. Il vous reste 2 minutes 45.

Mme Nathalie FANFANT. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les élus, chers collègues, le groupe les Républicains et Indépendants, auquel j'appartiens, vous soutient dans votre volonté d'encourager l'émergence et le renouvellement de la création. Nous sommes favorables à la mixité sociale au sein de notre ville afin que celle-ci se transforme en lieu d'échange et de création.

Nous notons votre volonté d'organiser, en 2019, une journée Portes Ouvertes des lieux de création. Nous partageons également cette idée. Cependant, nous ne pouvons que constater les faiblesses des engagements de la Municipalité en matière de soutien à la création d'ateliers d'artistes à Paris. En effet, entre 2009 et 2018, seuls 52 logements supplémentaires ont été produits pour les artistes. Cela signifie que, malgré votre intense politique de production et de rachat pour le logement social, vous n'êtes pas arrivée à préserver une part pour les artistes. C'est pour cette raison que, par ce v?u, le groupe les Républicains et Indépendants souhaite que chaque programme d'acquisition-réhabilitation ou de rénovation financée par la Ville de Paris puisse mêler mixité sociale et soutien à la création. Au-delà de cette volonté, nous souhaitons que soit inscrit un objectif chiffré en pourcentage dans les futures opérations immobilières. Je vous remercie de voter pour ce v?u de bon sens qui va dans le sens d'une meilleure mixité sociale au service de la création.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Alors, il ne nous reste pas beaucoup de temps. Je pense que nous allons passer aux réponses de l'Exécutif, mais peut-être que, pour le vote, nous serons obligés de le faire en début de séance cet après-midi. Je donne tout de suite la parole à Bruno JULLIARD, puis Véronique LEVIEUX et Frédéric HOCQUARD pour ajouter leurs commentaires et réponses.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Madame la Maire, et je m'efforcerai de faire une réponse la plus brève possible.

Merci à tous pour ce débat riche auquel nous avons souhaité consacrer du temps, beaucoup de temps, et de l'importance. Il a été, je le crois, à la hauteur de l'idée que nous nous faisons collectivement de la place de la culture dans notre ville, une question centrale, un puissant levier d'expression et d'émancipation qui doit profiter au plus grand nombre.

Je voudrais remercier l'ensemble des groupes et des élus, tous conscients de la responsabilité particulière qui est la nôtre. Paris se doit de chérir sa vitalité culturelle pour ses habitants d'abord, et pour le monde entier ensuite, toujours curieux de savoir ce qui se crée et s'invente ici à Paris.

Je voudrais aussi remercier l'ensemble des services de la direction des Affaires Culturelles, sa nouvelle directrice, Claire GERMAIN, les équipes de "Paris Musées", sa directive Delphine LÉVY, nos cabinets respectifs ainsi que les maires d'arrondissement, leur cabinet et leur équipe.

Cette communication était pour nous l'occasion de partager un premier bilan de ce qui a été fait depuis quatre ans, mais plus encore de donner à voir et restituer la cohérence et l'ambition de notre action. Vous me pardonnerez de ne pas revenir sur l'ensemble des dossiers pris un par un que certains ont pu évoquer. Nous aurons d'autres occasions pour cela, notamment en 2e Commission.

Notre ambition est de rendre chaque Parisien et Parisienne, acteur, actrice de la culture plutôt que consommateur de produits culturels. C'est considérer que l'accès à la culture a à voir avec l'autonomie et le pouvoir d'agir des individus.

Je reste convaincu que l'expression individuelle, sous toutes ses formes et notamment celle de la création artistique, est un enjeu profondément démocratique.

A partir de 2001, des années de rattrapage et d'investissement ont été nécessaires pour parvenir à un rééquilibrage du maillage des équipements culturels vers le Nord et l'Est de Paris, vers les quartiers populaires notamment. De grandes institutions ancrées dans leurs quartiers ont vu le jour et démontré que la création la plus ambitieuse avait toute sa place à Paris, dans tous les territoires parisiens. Je veux saluer bien sûr l'action conjuguée de Bertrand DELANOË et Christophe GIRARD en ce sens.

Depuis quatre ans, Madame la Maire, nous nous sommes efforcés de passer un nouveau cap. Notre responsabilité est bien sûr d'assurer les missions essentielles du service public de la culture, d'investir dans l'avenir et de soutenir la diversité des esthétiques, d'encourager la création et d'organiser l'éducation et la transmission.

Mais aujourd'hui, notre Municipalité est aussi un aiguillon, une force de proposition qui emmène vers elle une communauté d'acteurs divers, publics et privés, de traditions variées et aux fonctionnements hétérogènes. Par leurs envies et propositions à chacun, l'ensemble de ces acteurs façonnent la vie culturelle parisienne si riche que nous connaissons, celle qui est vécue et aimée des Parisiens et des Parisiennes, au-delà de toute segmentation administrative.

Pour porter des initiatives qui produisent des effets réels, nous devons parvenir à nous rassembler. Chaque projet doit être pensé avec et pour le territoire sur lequel il se déploie. C'est un défi d'organisation, de coopération et, je le crois, d'intelligence collective.

C'est l'esprit des quatre contrats culture d'arrondissement joints à cette communication : mobiliser toutes les énergies d'un territoire autour de projets culturels concrets et partagés avec les habitants. Je sais l'engagement des maires d'arrondissement pour faire vivre ce tissu local. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je donnerai un avis favorable au v?u du groupe RG-CI relatif à la culture de proximité ainsi qu'au v?u des Républicains et Indépendants relatif au plan pour l'inclusion par les arts et la culture demandant une déclinaison par arrondissement.

J'en profite pour réagir à quelques interventions d'intervenant. Notamment les interventions du groupe les Républicains et Indépendants et peut-être plus particulièrement celles de Mme BERTHOUT et de M. CRAVENNE qui, comme d'habitude, étaient toutes en nuances. Il faut reconnaître que tant Mme BERTHOUT que M. CRAVENNE, en général, en matière de subtilité, voyagent assez léger.

Il s'agissait d'une succession d'erreurs, d'approximations, de caricatures. Finalement, d'ailleurs en ce qui concerne Mme BERTHOUT comme la plupart des élus de l'opposition qui ont pris la parole, il y a une distorsion assez importante entre les relations que nous avons au quotidien, dans l'intérêt des Parisiennes et Parisiens, de l'intérêt de la politique municipale culturelle et puis, la radicalité des interventions. Peut-être que l'hémicycle se doit d'être ce théâtre d'affrontement. Je le regrette sur un sujet qui, en réalité, la plupart du temps, suscite une large unanimité.

Quant à l'intervention de Mme EVREN, il est assez regrettable que la première intervention du groupe des Républicains et Indépendants ait d'abord été celle de la porte-parole de la Région et de la vice-présidente en charge des Affaires culturelles de la Région Ile-de-France. Il eut été préférable que le groupe des Républicains et Indépendants se concentre sur la politique culturelle parisienne en émettant des critiques, c'est tout à fait leur rôle et leur droit. Cependant, il apparaît assez peu pertinent, alors même que la Région diminue massivement bon nombre de subventions dans le domaine culturel puisque près de 1,2 million de baisses de subventions ont été recensées, y compris sur le territoire parisien, je ne suis pas sûr que Mme la vice-présidente de la Région aux Affaires culturelles soit la mieux placée pour donner des leçons à la Ville de Paris.

Enfin, dans le lot des interventions, permettez-moi de regretter celle de mon ami Julien BARGETON. Connaissant son attachement à la culture en général et, je le crois aussi, à la politique culturelle parisienne, je regrette que Julien BARGETON, vous ayez fait le choix finalement de la petite politique, en refusant de vous placer au niveau d'exigence que ce débat impose pourtant. J'avais pourtant compris, de votre engagement politique, que vous souhaitiez jeter des ponts entre les personnes qui ne pensent pas forcément la même chose. C'est une intention, je crois, louable et que nous pouvons partager, mais je regrette qu'intervention après intervention, en général, ce ne sont pas des ponts que vous jetez, mais plutôt des ponts que vous dynamitez parce que, le moins qu'on puisse dire, c?est que, ces dernières années, nous avons partagé bon nombre de combats, notamment sur les questions culturelles.

Je vais vous rafraîchir la mémoire et vous rassurer. Vous rassurer d'abord en vous disant que je suis certainement moins intelligent que vous et ai plus de mal à cumuler une responsabilité d'adjoint à la culture et de premier adjoint, moins que vous, en tout cas, intelligent, puisque vous arrivez facilement à cumuler des responsabilités de sénateur, conseiller de Paris, président du groupe dont vous avez la charge actuellement. Je rajouterai même, dans cette instance, porte-parole du Gouvernement puisque cela a été l'essentiel de votre intervention.

Je me permets de vous rassurer et même de vous rafraîchir un peu la mémoire, mais il n'a peut-être pas toujours été tout à fait inutile que je sois à la fois premier adjoint et en même temps en charge de la culture, puisque lorsqu'il y avait des négociations difficiles avec l'adjoint aux finances que vous étiez et qu'il fallait convaincre ce même adjoint d'octroyer des moyens supplémentaires pour ouvrir les bibliothèques le dimanche, puisque vous nous appelez à faire beaucoup plus, heureusement que j'étais premier adjoint parce que je pense que cela a pu jouer dans la conviction qui a été la mienne et dans votre arbitrage pour que nous puissions ouvrir plus de bibliothèques le dimanche, et peut-être que ce cumul a été pertinent.

Enfin, je veux rassurer tout le monde sur les bancs de cet hémicycle sur les rapports excellents dans le domaine culturel qui unissent la Ville de Paris et l'Etat, ce Gouvernement comme le précédent, puisque, qu'il s'agisse des travaux du Grand Palais, qu'il s'agisse de la future Cité du théâtre, qu'il s'agisse de l'intégration annoncée la semaine dernière de l'Orchestre de Paris au sein de la Philharmonie, qu'il s'agisse des bibliothèques et des suites du très bon rapport Orsenna, nous travaillons ensemble et cela se passe de la meilleure des façons possibles. En tout cas au vu de votre intervention, si vous me le permettez, Monsieur le Président, nous nous passerons de vos services pour faire ce lien puisque ces relations sont aujourd'hui très bonnes.

Nous avons fait le choix, à Paris, de maintenir un engagement public remarquable pour la culture. Il y a de grandes déclarations d'amour budgétaires pour la culture et puis, il y a des actes, ceux que nous prenons ensemble, Madame la Maire, avec cette majorité. Le budget de la Direction des Affaires culturelles est ainsi passé de 254 millions d'euros en 2014, à près de 261 en 2017, avec une part stable consacrée aux subventions, autour de 107 millions d'euros. Il est important que nous puissions ensemble partager la traduction budgétaire de cet effort. Je donnerai donc un avis favorable aux v?ux des Républicains demandant qu'un "bleu budgétaire" consacré à la culture soit réalisé, sous réserve de faisabilité technique évidemment.

Enfin, concernant nos priorités, cet effort budgétaire, vous l?avez souligné, et cette volonté de privilégier systématiquement l'ouverture et le cloisonnement dans la construction et la mise en ?uvre de nos politiques publiques, nous permet d'avancer sur nos quatre priorités : permettre à Paris de se projeter en territoire de création, favoriser la diffusion et la diversité des productions et pratiques culturelles que nous connaissons à Paris. Evidemment, tout cela n'a de sens que si le plus grand nombre peut y accéder. C'est une mission de service public essentielle à laquelle nous consacrons la majorité de notre budget annuel à travers le financement des conservatoires, des bibliothèques, des Maisons des pratiques artistiques amateurs, mais plus qu'une exigence d'efficacité de service public, je crois que nous sommes face à un défi démocratique qui est celui de lutter contre tout repli identitaire. Comme Edouard Glissant le disait : "Agis en ton lieu, pense avec le monde", nous avons besoin de la culture pour ouvrir les yeux, pour permettre l'accès à la connaissance de l'altérité et à la reconnaissance des différences. C'est bien sur cet enjeu d'égalité et d'émancipation essentiel que je veux dire à quel point l'enjeu de l'accès à l'excellence artistique de Paris est majeur. Laisser certains de nos concitoyens sur le bord de la route à l'écart du festin, c?est se priver d'autant de talent et d'inspiration. A nous de faire l'effort de reconnecter nos politiques culturelles aux territoires et à leurs habitants, d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient. Ce n'est pas une contrainte, mais bien un choix résolu et conscient pour mettre au service de la création l'ensemble des talents et des envies de Paris. C'est évidemment le sens de la réforme des conservatoires que nous avons initiée.

Je donnerai tout de même un avis favorable au v?u du groupe les Républicains sur la publicité du tirage au sort. Vous voyez, je ne suis pas rancunier. L'ensemble des données statistiques sont régulièrement partagées avec les parties prenantes de la réforme et les groupes politiques lors des comités de pilotage de la réforme.

Je conclus en parlant de la dimension du Grand Paris de la culture. Cela fait des années qu'on en parle et des premières réalisations ont vu le jour : La Place, les équipements culturels de la Canopée. De nouvelles initiatives aussi : les Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois, les nombreux projets communs avec la Seine-Saint-Denis, le projet "Reconquête urbaine, nuit blanche sur le périphérique". Mais, nous le savons, la multiplication des projets n'a, jusqu?ici, pas permis de changer radicalement d?échelle, de penser d'emblée nos politiques culturelles au niveau pertinent pour embrasser cet horizon métropolitain déjà acquis pour les artistes comme pour les publics. Je suis convaincu que le projet des Olympiades culturelles, que nous commençons à construire avec l'ensemble du mouvement culturel, comme on parle du mouvement sportif, me semble être de nature à enfin provoquer cette rupture et sera à mes yeux un acquis essentiel de l'héritage des Jeux de 2024.

En conclusion, je citerai cette citation d?Albert Camus lors de son discours de Suède en décembre 1957 : "L?art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes [je rajouterai "et de femmes"] en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes". Tout est dit dans cette citation. Oui, il nous faut toucher, émouvoir le plus grand nombre. Personne ne peut être laissé de côté. Et puis, il nous faut proposer l'excellence artistique à tous. C'est le titre de cette communication, de votre communication : "Les infinies richesses en partage". Nous avons, je le crois, tous ici, malgré nos différences, des rêves en commun : que tous, Parisiens, toutes générations confondues, toutes catégories sociales et économiques confondues, que tous puissent avoir le droit d'aimer ou de ne pas aimer ce qu?il y a de plus beau dans la création contemporaine ou la création patrimoniale.

Je pense au droit d'aimer ou de ne pas aimer les ?uvres de Dutilleux, Fauré, Beethoven ou Higelin, GRAND CORPS MALADE, ou encore BOOBA pour le hip-hop. Je pense au droit d?aimer ou de ne pas aimer les plus belles mises en scène des grands opéras de Bob WILSON ou de Patrice Chéreau, d?aimer ou de ne pas aimer les ?uvres théâtrales de Molière, Shakespeare ou Tchekhov, d?aimer ou de ne pas aimer les romans accessibles dans nos bibliothèques de Gide, Camus, MODIANO ou Duras, d?aimer ou de ne pas aimer les ?uvres de "street-art" dans le 13e arrondissement, d?aimer ou de ne pas aimer les magnifiques tableaux de Delacroix à l'église Saint-Sulpice, d?aimer ou de ne pas aimer les ?uvres au Musée d?art moderne comme celles de Delaunay, ou les icônes du Petit Palais dans lequel nous avons ouvert une nouvelle salle, d?aimer ou de ne pas aimer l?architecture de Rem KOOLHAAS dans les nouvelles Galeries Lafayette et cette nouvelle fondation dans le Marais. Evidemment, cette tâche est par nature sans fin, mais je suis très heureux, je l'espère en votre nom à tous, grâce à cette communication, que nous puissions y apporter notre pierre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, cher Bruno JULLIARD, pour cette excellente réponse.

Je vais demander, très rapidement, à Véronique LEVIEUX et à Frédéric HOCQUARD un mot, et nous conclurons. Très rapidement parce que, dans trois minutes, nous devons quitter la séance.

Mme Véronique LEVIEUX, adjointe. - Merci, Madame la Maire.

Je vais essayer d'aller à l'essentiel, de remercier quand même l'ensemble des intervenants qui ont souhaité évoquer les dossiers relatifs au patrimoine. Le premier d'entre eux porte naturellement sur le Plan patrimoine cultuel, que vous avez souhaité lancer au début de votre mandature. Je confirme l'engagement financier qui est le nôtre, de 80 millions d'euros pour cette mandature. Je réponds en cela à Bernard GAUDILLÈRE, mais à chacun et chacune d'entre vous. Il est mis en ?uvre par les services de la Sous-Direction du Patrimoine et de l?Histoire, et, en particulier, je tiens à les saluer : le département des édifices cultuels et historiques et la conservation des ?uvres d'art religieuses et civiles qui font un travail exemplaire au quotidien, non seulement pour la mise en ?uvre de ce plan, mais également pour le travail d'entretien général de l'ensemble des ?uvres présentes dans le patrimoine cultuel, mais également sur l'espace public, qui vont des fontaines en dehors des espaces verts aux statues. Donc, c'est un travail remarquable que je tiens à saluer. Il a d'ailleurs été évoqué la question du déménagement. Je tiens à rappeler qu'au contraire, ce déménagement rue du Pré, dans le 18e arrondissement, a permis de regrouper l'ensemble des services de cette sous-direction qui était éparpillée, même s'il y a des contraintes de déplacement, nous en avons bien conscience.

Les principaux événements liés à la mise en ?uvre du P.I.M. patrimoine cultuel ont été rappelés : Saint-Germain-des-Prés, Saint-Eustache, Saint-Germain-de-Charonne. D'autres sont lancés : la Trinité, Saint-Joseph-des-Nations ou Saint-Merri, Saint-Philippe-du-Roule. Des recherches de financements complémentaires, financements participatifs et mécénats que vous avez souhaités, sont également mis en ?uvre.

Rapidement évoquer les 11 bibliothèques patrimoniales qui font un travail remarquable : de la bibliothèque de l?Hôtel de Ville, à la BiLiPo, en passant par Marguerite Durand et l'ensemble des associations qui y travaillent.

Permettez-moi de nous donner rendez-vous peut-être d'ici la fin de l'année pour évoquer de manière plus transversale l'ensemble des sujets relatifs aux patrimoines de la Ville de Paris dans leur diversité.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est très frustrant et je veux saluer le travail que vous faites sur le patrimoine. Nous aurons un temps spécifique, non pas pour lancer une nouvelle politique, une communication n'est pas quelque chose qui sert à cela, mais elle nous permettra d'expliquer ce qui a été fait et de mettre en perspective nos actions, et nous le ferons avec une communication spécifique sur le patrimoine.

Cher Frédéric HOCQUARD, une minute.

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint. - Une minute pour vous remercier toutes et tous pour vos excellentes interventions, vous dire que le soutien à la culture à Paris, c'est d'abord le soutien à sa diversité, car si effectivement il y a des interventions de l'ordre de grands établissements publics, il y a aussi une intervention à travers l'ensemble de ce que l'on peut faire au niveau de l'entreprenariat associatif ou privé.

La deuxième chose, pour vous dire que dans ce qui concerne la question de la diversité musicale, nous allons renforcer le travail dans cette direction dans les deux prochaines années pour rassurer sur les interventions faites sur ce sujet.

Je voulais signaler aussi la question de la mode, nous en avons parlé un petit peu, mais signaler que grâce à la signature en mars dernier de l'avenant à la convention entre la Ville de Paris et la Caisse des dépôts à partir de la rentrée 2019, nous allons ouvrir à la Cité de la mode une future grande école de la mode parisienne.

Enfin, pour conclure, dire que les lieux de culture, les ?uvres et savoirs ne sont nulle part ailleurs présents comme à Paris, ils structurent la ville et imprègnent ses habitants, c'est là qu'on compte le plus de librairies, de musées, de salles de cinéma, de théâtres. Nous sommes la ville dans laquelle nous avons le plus de disquaires et librairies indépendantes, la quatrième ville au monde pour le nombre de disquaires indépendants. Rassurez-vous, ce travail est fait dans le soutien à cette diversité. Si cette diversité est présente, elle peut être menacée et doit être soutenue par des politiques publiques ambitieuses garantes d'une richesse et d'un maillage qui permettent de créer les conditions de la diversité, de l'innovation, du changement social, de l'émancipation et du métissage. Nous portons l'idée d'une culture commune à l'image des Parisiennes et Parisiens.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, vous avez été efficaces vraiment tous les trois dans vos réponses. Je vous remercie. Pardon pour la frustration qui peut être celle des adjoints qui ont entendu beaucoup de choses auxquelles ils ont envie de répondre. Merci. On se retrouve à 14 heures 45 pour les votes. Je serai absente de l'hémicycle, car je dois aller sur le terrain là où il y a eu hier un certain nombre de dégâts, rencontrer notamment les commerçants mais évidemment je souhaitais être là pour clore ce débat sur la culture en vous remerciant de nouveau et en remerciant Bruno JULLIARD tout particulièrement. C'est vrai qu'être premier adjoint et adjoint à la culture, cela donne de l'influence à la culture. Merci.