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2018 DAE 187 - Budget participatif 2017 "Rénover le Pavillon Laprade" : subvention (317.000 euros) et convention avec la Cité internationale universitaire de Paris (14e).

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2018


 

Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - M. AZIÈRE nous ayant rejoints, nous examinons le projet DAE 187. Budget participatif 2017 "Rénover le Pavillon Laprade", subvention et convention avec la Cité internationale universitaire de Paris. Monsieur AZIÈRE, c'est à vous.

M. Eric AZIÈRE. - Merci beaucoup de m'avoir attendu.

Tout d'abord, je voudrais dire que ce projet concernant le Pavillon Laprade est un très beau projet. Le Pavillon Laprade est désaffecté, et lui donner une nouvelle vie, un nouvel usage voué au partage, à la solidarité, à l'éco-responsabilité est une très bonne chose.

Je note au passage que le Pavillon Laprade n'est pas la propriété de la Ville de Paris - je croyais que c'était une condition requise pour un projet soumis au budget participatif - mais c'est en quelque sorte, aujourd'hui, une subvention que nous allons voter à la Fondation Cité internationale universitaire de Paris.

Nous allons voter cette subvention de 317.000 euros relative à la réalisation d'une étude préalable destinée à définir les travaux à effectuer pour réaliser ce projet. Je rappelle que le montant total du projet, quant à lui, a été estimé par les services municipaux à 1,3 million d'euros. Cela en fait de loin le projet le plus coûteux du budget participatif, au moins dans le 14e arrondissement.

Il était légitime de se demander comment un projet aussi important avait été choisi par les habitants du 14e arrondissement. Après quelques recherches effectuées par un de mes collègues du 14e arrondissement, Bertrand LESAIN, conseiller d'arrondissement qui siège à mes côtés, on découvre que l'idée initiale a été déposée au budget participatif par un particulier, en l'occurrence une particulière dont on ne connaît, en respectant la règle de l'anonymat des propositions, que le prénom : Justine.

En continuant les recherches, on découvre un autre site Internet consacré à la promotion de ce projet. Le site s'appelle "Justineauneidée.fr", et il est entièrement consacré, sous la plume de ladite "Justine", à inciter les citoyens parisiens à voter en faveur de ce projet, lors du budget participatif, et ce à grand renfort de vidéos très bien faites. Les vidéos, comme le site web, sont manifestement un travail de professionnels, mais le site, lui, n'est pas signé, il n'y figure aucune mention légale ou indications de l'auteur.

On poursuit les recherches en cherchant qui a déposé le nom de domaine de ce site Internet. Grâce aux données publiques disponibles, on se rend compte qu'il s'agit d'une "start-up" appelée "Twelve Monkeys Company" et que son président est aussi président d'une autre entreprise, une agence de communication qui s'appelle "Gorille".

En allant sur le site de cette agence de communication, on se rend compte qu'elle a, parmi ses clients, la Fondation Cité universitaire. Sur son site et sur ses réseaux sociaux, cette agence se réjouit d'avoir produit pour la Cité universitaire une campagne de communication visant à ce que le projet de rénovation du Pavillon Laprade recueille le maximum de votes lors du budget participatif.

La boucle est bouclée. Résultat : le projet de rénovation du Pavillon Laprade, dont une certaine Justine a eu l'idée lumineuse, recueille, lors du scrutin, un total de 967 votes. Et la Cité universitaire de se réjouir, dans les jours qui ont suivi l'annonce des résultats, au travers d'un communiqué de presse intitulé "Les Parisiens ont plébiscité la création de notre espace solidaire et citoyen".

Après cette petite enquête, j'ai trois questions à vous poser, Madame la Maire. La première question est de savoir si vous étiez au courant de cette histoire. La deuxième question est : connaissez-vous le coût de cette campagne de publicité, en quelque sorte, engagée par la Fondation de la Cité universitaire, pour investir dans une campagne de communication auprès d'une agence spécialisée, dans le but d'obtenir le nombre de voix nécessaires ? En gros, qu'est-ce que cela coûte à une structure pour s'acheter une subvention de 1,3 million d'euros qui va lui être versée par la Ville de Paris ?

La troisième question, plus importante, est de savoir si cela ne pose pas un problème au sein de la majorité municipale de voir que l'esprit du budget participatif est ainsi détourné, qu'une structure associative avec de très forts moyens financiers, qui sont des moyens publics, influe, par l'achat d'un lobbying téléphonique ou Internet, sur le résultat du budget participatif.

Bref, que tous les projets ne soient pas à armes égales entre un individu ou un collectif de quartier, d'une part, ou d'autre part, une fondation ou un réseau de professionnels public, parapublic ou privé qui a les moyens de s'offrir les services de professionnels de la communication et qui le fait.

Que comptez-vous dire, par exemple, aux parents d'élèves de l'école Rouvier qui souhaitaient réaménager les abords du groupe scolaire dans le même concours de projets, que son projet n'a pas été retenu ?

Si ce genre de recours à des sociétés professionnelles est aujourd'hui toléré et admis, alors il faut se poser des questions sur le futur du budget participatif. Que l'on puisse utiliser des sociétés professionnelles dans le lobbying téléphonique ou Internet sur un projet ou sur un autre peut engager la crédibilité, par exemple, d'un certain nombre de votes participatifs. Ou alors faut-il concevoir deux types de sélections de projet : une réservée aux professionnels, l'autre réservée aux particuliers ?

Je vous remercie.

Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - Pour répondre, je donne la parole à Mme Marie-Christine LEMARDELEY.

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe. - Monsieur AZIÈRE, merci pour votre intervention qui nous permet de mettre en valeur ce très beau projet de rénovation du Pavillon Laprade à la Cité internationale.

Ce projet de délibération, que je co-rapporte avec Antoinette GUHL et Pauline VÉRON, propose une subvention d'investissement de 317.000 euros pour financer les études nécessaires à l'émergence d'un nouveau tiers-lieu qui aura toute sa pertinence dans le Sud du 14e arrondissement, quartier universitaire en plein développement.

Comme vous le savez, notre ville a besoin de toujours plus de lieux d'études et de vie pour les étudiants. Dès 2014, en partenariat avec le C.R.O.U.S. de Paris, nous avons rénové des cafétérias et des salles de restauration collective inoccupées après le service du déjeuner. Donc, non, il n'est pas nécessaire que les bâtiments appartiennent à la Ville de Paris pour bénéficier des crédits du budget participatif puisque nous avons fait déjà des démarches avec le C.R.O.U.S.

Ces lieux équipés et adaptés aux activités de révisions, seul ou en groupe, permettent d'améliorer les conditions d'étude des étudiants parisiens et leur réussite. Cinq lieux sont désormais ouverts l'après-midi, pour certains jusqu'à 23 heures.

Ce projet de rénovation du Pavillon Laprade prévoit 1,3 million d'euros pour transformer ce bâtiment situé dans l'espace ouest de la C.I.U.P. en un lieu de partage, de solidarité et d'éco-responsabilité.

Vous l'avez dit, le bâtiment était désaffecté depuis la fin des années 80, et une étude est nécessaire avant les travaux de rénovation du Pavillon Laprade pour s'assurer de la faisabilité de l'opportunité de l'opération, et c'est l'objet de ce projet de délibération.

Monsieur AZIÉRE, j'ai entendu votre intervention et je souligne, à ce sujet, qu'en aucun cas, les cadres fixés par la charte du budget participatif parisien n'ont été outrepassés. Il s'agit au départ d'un projet porté par un particulier, qui a été ensuite soutenu par la C.I.U.P., c'est vrai.

Chaque porteur de projet a le droit de chercher à mobiliser autant que possible autour de son projet, et la Ville encourage même les porteurs de projet à structurer leur campagne pour mobiliser un maximum des habitants. Nous fournissons même des kits de communication.

Dans les quartiers populaires, nous finançons un certain nombre d'associations pour aider les habitants qui ont déposé des projets, à faire campagne.

Certes, la C.I.U.P. a utilisé des moyens significatifs avec le recours à un prestataire externe, ce qui est évidemment supérieur aux capacités de mobilisation d'autres acteurs et, donc je comprends votre remarque. Mais la C.I.U.P. l'a fait de bonne foi, au service d'un projet qui sert l'intérêt général de tous les habitants et dans le respect des principes du budget participatif. Rien ne s'oppose donc à la poursuite de ce projet, et je vous invite à voter ce projet de délibération pour rendre possible un projet très positif pour le 14e arrondissement et pour Paris dans son ensemble.

Mme Véronique LEVIEUX, adjointe, présidente. - Je vous remercie.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 187.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAE 187). Je vous remercie.