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Juin 2018
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2018 DAC 143 Subvention (1.300.000 euros) et avenant à convention avec l'association ICI (18e).

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2018


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DAC 143 relatif à l'attribution d'une subvention de 1,3 million d'euros et d'un avenant à la convention avec l'association ICI.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues.

Dès sa création, même si nous n'étions pas tous dans le même groupe à ce moment, nous avons tous unanimement soutenu la naissance de cet équipement culturel d'envergure, ambitieux et novateur, unique en France, et même en Europe. Inédit aussi au c?ur de la Goutte d'Or, dans le 18e arrondissement.

A un moment particulièrement crucial où le vivre ensemble connaît de nombreuses attaques, ce lieu avait dès sa création, affiché une double mission : faire connaître les cultures plurielles nées d'un Islam de la modernité aux Musulmans eux-mêmes et notamment aux plus jeunes, dans un souci de transmission afin de les préserver d'une vision rigoriste et archaïque de la dernière religion du livre.

Mais aussi, et double mission, s'adresser à tous les non-Musulmans pour leur faire connaître la civilisation islamique, pour parfois déconstruire les préjugés nés d'un contexte international alarmant qui a parfois fait naître à l'égard de l'Islam suspicion et défiance.

Chacun se rappelle la crise institutionnelle qu'a traversée cet institut avec les démissions en cascade de ses dirigeants. Mais aujourd'hui, force est de constater qu'avec la nouvelle équipe avec à sa tête Bariza KHIARI, ancienne députée de Paris, sa directrice, Stéphanie CHAZALON, et toute l'équipe, cette crise a été largement dépassée et plus encore. Un travail important a été effectué. Il s'agit aujourd'hui de le reconnaître.

L'Institut des cultures d'Islam est en train d'écrire une nouvelle page de son histoire. Je dois dire par ailleurs que je me réjouis que la présidence de cet équipement culturel revienne à une femme. Une femme dans un équipement qui s'occupe d'Islam, à un moment où les femmes en terre d'Islam sont devenues de véritables marqueurs identitaires. Il est symboliquement fort que l'Islam de France soit représenté par cet institut, par une femme farouchement laïque et d'inspiration soufie.

Je me félicite aussi de la programmation très riche de cet institut, rappelons que ce dernier est à la fois un centre d'art contemporain, une scène musicale, un lieu de découverte, et un lieu d'apprentissage. Il est multidisciplinaire comme en témoignent l'exposition "Bagdad mon amour", qui se tient jusqu'au 29 juillet prochain, présentant de nombreux artistes contemporains, ou encore le concert "Refugees for refugees" à l'occasion de la nuit du destin dans ce mois sacré du Ramadan. C'est dire combien l'ICI reflète les enjeux contemporains internationaux. Chers collègues, après moult défis, l'ICI a réussi à trouver son équilibre, mais son identité doit être encore consolidée. C'est le sens du projet d'établissement qui a été voté à l'unanimité par ses administrateurs. Un projet d'établissement qui allie à la fois la culture et la citoyenneté, qui est le fruit d'une large consultation, exemplaire à bien des égards, avec des élus, des experts, et tous les acteurs engagés sur la question de l'Islam. C'est aussi un projet qui dessine les contours d'un nouvel équipement culturel à construire rue Léon. En effet, ce projet d'établissement est articulé avec la programmation culturelle du site Stephenson tout en veillant à la bonne réalisation du site rue Léon, désormais exclusivement dédié à la dimension culturelle comme l'a arbitré l'Exécutif. Dans cet esprit, Monsieur le Maire, pouvez-vous nous apporter des éléments sur l'avancement de la rénovation du site Léon, le choix architectural qui sera fait, le calendrier des travaux, mais aussi les coûts estimatifs. Enfin, je formule le v?u que l'ICI soit résolument ouvert à l'ensemble des Parisiens, mais aussi dans une dimension métropolitaine. Ce serait d'ailleurs une garantie pour sa viabilité. Notre groupe soutient avec fermeté mais aussi vigilance la subvention pour l'ICI, et votera donc la subvention présentée, parce que nous sommes engagés pour une culture à la fois ouverte, diverse, accueillante, loin du repli sur soi. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - La parole est à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Je voterai contre ce projet de délibération, et je pense qu'il y a une confusion toujours, volontaire d'ailleurs, très importante.

Il y a une programmation culturelle très intéressante sur ce lieu. Je la salue. Cette programmation n'a rien à voir avec l'Islam. Bon nombre des artistes et des animations culturelles sont plus en lien avec le monde arabe en tant que tel et pas avec l'Islam.

Il y a une volonté d'avoir une lecture du monde qui correspond finalement aux théories du choc des civilisations, et confessionnalise la lecture du monde, qui est totalement en contradiction avec les engagements laïques que nous devons avoir.

En ce moment, je suis et trouve que l'on devrait beaucoup plus soutenir, par exemple le Rojava. Le Rojava, vous êtes dans cette région du monde, sur une expérience démocratique, pluraliste, d?un communalisme qui se construit avec à la fois des Kurdes mais aussi avec des hommes et des femmes de confession musulmane, avec des hommes et des femmes d?autres religions, d?autres cultures, d?autres origines. C'est vraiment l'exemple même d'une alternative favorable à la paix qui se fait dans cette région du monde. Faut-il, un jour, qu'on les intègre dans notre programmation et qu'on les affuble de l'étiquette "culture d?islam" ? Non. Vous avez des artistes tunisiens, marocains, algériens, qui n'ont pas envie d'avoir cette étiquette sur leur front "culture d?islam", sous prétexte qu'ils viennent de ce pays-là.

Je vous le répète : si, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, vous aviez un institut des cultures où l'on ferait venir des artistes, par exemple français, souhaiteriez-vous qu'ils soient sous le tampon de "culture catholique" ou "culture judéo-chrétienne" ? Non. Donc, sortons de cette confessionnalisation. Ce n'est absolument pas propice à la vision du monde que nous devons avoir et à la défense de la laïcité.

Ensuite, toujours le même argumentaire par rapport au quartier. Dans les délibérations, l'I.C.I. est justifié parce qu?il y aurait, dans le quartier de la Goutte-d'Or, beaucoup d?hommes et de femmes de confession musulmane. Mais on n'a pas à faire d'assignation à résidence communautaire réelle ou supposée dans quelque quartier que ce soit. Que ce soit à la Goutte-d'Or ou ailleurs, les citoyens et citoyennes sont d?abord et avant tout des citoyens et citoyennes. La religion relève de la sphère privée. Ils ont droit à avoir accès à des lieux transculturels, laïcs, d'émancipation pour toutes et tous. Par ailleurs, on sait pertinemment que la raison d'être de ce projet a été, par la confusion du cultuel et du culturel, de pouvoir déroger à la loi de 1905 pour permettre le financement de lieux cultuels. C'est cela, le fond du problème.

Je le répète : je voterai contre ce projet de délibération. Ce n'est pas un vote contre le travail qui est fait dans ce lieu, même si je constate, par ailleurs, qu'il y a souvent aussi des décalages entre la programmation et la recherche de l'implication de l'ensemble des publics du quartier dans la vie du lieu - il y a toujours cette problématique qui me remonte - et un souhait de bon nombre d'associations d'avoir accès à un lieu véritablement laïc d'éducation populaire pour toutes et tous, sans stigmatisation, sans assignation à résidence communautaire.

C'est donc un vrai désaccord que nous avons. Je regrette que, d'année en année, les projets de délibération se suivent, se ressemblent. Il n'y a jamais un bougé sur la conception, que ce soit sur le rôle, sur le contenu de l'identité même. Par contre, oui, je me félicite qu'il y ait eu un énorme bougé, avec l'abandon du projet initial qui était d'ouvrir en plus un autre lieu. Mais, sur le fond de la compréhension de ce que l'on devrait faire dans l?approche transculturelle, je trouve qu'il y a vraiment une pauvreté politique, si ce n'est un vrai désaccord de fond.

Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame SIMONNET.

La parole est à présent à M. Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - Madame SIMONNET, je vous invite très officiellement à passer deux, trois heures à l'Institut des cultures d'Islam. J'y serai. Je suis sûr que la directrice générale y sera, voire la présidente, dont je ne suis pas fanatique, mais bon, qui fait son travail. Je crois que vous parlez de quelque chose que vous ne connaissez pas. Je ne peux pas reprendre votre intervention. C'est un tissu de contrevérités et, notamment, précisément, l?un des intérêts de l'I.C.I. est de montrer qu'il ne faut pas confondre arabe et musulman. C'est précisément cela. Vous faites dire à l'I.C.I. le contraire de ce que l'on y fait.

J'arrête de vous répondre. Venez, et puis, comme cela, vous pourrez reprendre l?I.C.I. en connaissance de cause. Parce que, là, franchement, depuis des années que vous racontez les mêmes "trucs" qui ne tiennent pas la route, cela ne va plus. Alors, on va se retrouver ensemble. On sera à égalité d'information et tout ira mieux.

Quant à Mme MÉHAL, je suis ravi de vous entendre toute bouche bée. C'est merveilleux, tout va bien dans le meilleur des mondes. L?I.C.I., c?est génial. J'étais pour, même quand je n'étais pas dans le même groupe politique. Vous aviez un petit machin, mais vous êtes retombés sur vos pattes. Bravo. Très bien. Mais vous avez dit quelque chose que j'ai pris en note. Vous écrivez : "Je me réjouis que l?islam de France soit si bien représenté par cet institut". Alors, là, j'ai bondi, parce que, excusez-moi, l'I.C.I. ne représente pas du tout l?islam. D?abord, c'est le pluriel : l'Institut "des" cultures d?islam. Cela ne représente pas l'islam. C'est un contresens de dire cela.

Je vous invite, Madame MÉHAL, à venir avec Mme SIMONNET. Ainsi, on se verra tous ensemble, on pourra discuter, on sera à égalité d'information. Vous verrez qu?il est écrit en haut : Institut "des" cultures d?islam. En gros, il n'y a pas de problème.

Maintenant, je me tourne enfin vers?

C?est vrai qu?il a longtemps boycotté, pas lui mais la Maire, les inaugurations. D'ailleurs, on ne voit toujours pas la maire venir, bien souvent, dans cet établissement, alors que bien d'autres établissements ont la joie de l'accueillir. L?I.C.I., pas tout à fait. Maintenant, cela devrait pouvoir se faire puisque l'ancienne équipe, vilaine équipe, est partie, maintenant qu'elle a réussi à imposer avec l'agrément, hélas, d'une majorité, enfin, rétrospective, puisqu?elle a d'abord imposé, ensuite, elle a fait valider. C'est un peu compliqué, mais enfin, tournons la page. La deuxième moitié du projet a été abandonnée, c'est bien dommage.

Je me tourne, donc, vers l'adjoint au maire pour l'interroger sur l'avenir, parce que, malgré tout, là, on est en train de voter une subvention et vous savez que la société qui exploite le hammam a fait faillite. C'est un problème. Avez-vous des explications à ce sujet ?

Moi, si j?ai une demande? De 5 minutes ? 3 minutes 20 ?

Je vous ai supporté beaucoup plus longtemps, Madame la Maire du 5e arrondissement, et je ne pense pas être plus ou moins ennuyeux que vous ne l'êtes. Sur le contenu, mon taux d'âneries doit être à peu près équivalent au vôtre. Vous n'êtes pas obligée de m'interrompre alors que je suis dans mon temps de parole, chère Madame la présidente du groupe les Républicains.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Monsieur JULIEN, poursuivez et terminez votre intervention.

M. Pascal JULIEN. - Je vais poursuivre, si Mme la Maire du 5e arrondissement veut bien.

Je souhaiterais que l?on vante davantage cette cohabitation heureuse qu'il y a entre deux voisins de palier : l'établissement cultuel et l'établissement culturel. On est voisins de palier et on se dit bonjour. C'est ce qui doit choquer certaines personnes sur ces bancs : que l'on se dise bonjour alors que l?on a effectivement de grandes différences. Cela s'appelle la tolérance. Cela s'appelle la laïcité. Car cet établissement - là aussi, je l'ai entendu dire - est totalement laïc. Il n'y a pas un euro de la Ville qui a été accordé, évidemment, à l'existence de cette salle de prières. C?est une salle de prières et pas une mosquée. Je souhaite, au contraire, que, dans la communication, on vante davantage ce modèle unique - effectivement, cela a été dit - en Europe.

Et puis, dernière chose, j'ai eu l'occasion de le dire à la directrice générale il y a peu?

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Monsieur JULIEN, il faut conclure vraiment.

M. Pascal JULIEN. - Oui, j?arrête.

Artistique, culturel, scientifique : le troisième aspect mériterait d'être un peu approfondi.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur JULIEN.

Pour vous répondre à vous trois, puisque vous étiez trois à parler sur ce projet de délibération, je donne la parole à Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire, et merci aux trois intervenants qui, il faut le reconnaître, interviennent très régulièrement sur le sujet de l'Institut des cultures d'Islam. Merci à l?ensemble de l?Assemblée de suivre le feuilleton de nos débats - répétitifs, je le reconnais - concernant l?Institut des cultures d?Islam qui porte, depuis 2006, la mission de faire connaître la diversité et la richesse des cultures d?Islam à travers le monde. C?est une mission importante et nécessaire en ces temps de repli sur soi et de fantasmes.

Je ne referai pas le 23e débat sur les conditions juridiques et sur le modèle juridique de l?Institut des cultures d?Islam. Je rappellerai que nous respectons évidemment la loi républicaine de séparation de la puissance publique et des religions, et donc la loi relative à la laïcité.

Je me permets simplement, Danielle SIMONNET, de dire que je pense être tout à fait d?accord avec vous sur le fait que, dans le débat public - en France, car c?est probablement bien pire ailleurs -, il y a trop de place pour la religion, les religions, et trop de place pour différents types de bigoterie. C?est toutefois autre chose que nier l?apport des religions à la création et au monde culturel. C?est une évidence que la religion, les religions ont apporté beaucoup à la création culturelle et ce, à travers les siècles. Il peut donc tout à fait exister des établissements culturels, en l?occurrence qui permettent de faire connaître les cultures de l?Islam sans pour autant rompre avec le principe de laïcité.

C?est la même réponse d?ailleurs que je fais, depuis plusieurs années maintenant, à Pascal JULIEN. C?est justement parce qu?il s?agit d?un établissement culturel légitime en lui-même que son existence n?est pas obligatoirement liée à une cohabitation de lieu avec un lieu de culte. C?est parce qu?il y a cette pertinence d?un établissement qui, en soi, est légitime, qu?il n?y a pas obligatoirement, intrinsèquement et identitairement cette cohabitation avec un lieu de culte. C?est d?ailleurs la raison pour laquelle j?étais personnellement, et la Maire également, plutôt favorable à ce que, dans le second lieu de l?Institut des cultures d?Islam, il n?y ait pas de cohabitation comme pour le premier lieu avec un lieu de culte.

Je voudrais tout de même profiter de ce projet de délibération pour souligner le dynamisme et la qualité de la programmation de l?Institut des cultures d?Islam qui s?affirme de plus en plus dans son caractère culturel. Les dernières expositions - je pense particulièrement à l?exposition consacrée à la calligraphie et à l?actuelle exposition consacrée à Bagdad - ont fait l?objet d?une reconnaissance importante de la part de la presse, des institutions et du public. C?est à souligner. Il faut reconnaître que l?Institut reste un établissement hors norme, évidemment, par rapport aux autres établissements culturels, notamment en raison sur le site de la rue Stephenson de cette cohabitation avec l?espace cultuel. Il n?en demeure pas moins que ce qui, aujourd?hui, est reconnu, c?est son identité culturelle. Nous en sommes très satisfaits.

Concernant le hammam, cher Pascal JULIEN, il avait retrouvé un repreneur et réouvert ses portes début mars. Malheureusement, l?Institut des cultures d?Islam a appris la semaine dernière que l?entreprise avait été placée en liquidation judiciaire, ce qui est très regrettable, d?abord, pour les usagers, évidemment, mais également pour l?Institut car le hammam se retrouve à nouveau fermé.

Le prochain Conseil d?administration sera l?occasion d?aborder ce point et de réfléchir avec l?Institut au devenir de ce lieu, suite à ces différents échecs, d?un point de vue strictement budgétaire. Nous faisons des points réguliers avec la direction de l?Institut des cultures d?Islam pour être très attentifs aux conséquences de cette mauvaise nouvelle sur le budget de l?établissement.

Concernant le projet architectural de rénovation du second site, rue Léon, c?est l?engagement que nous avons pris avec la Maire de Paris, nous sommes en train de travailler avec la direction de l?Institut des cultures d?Islam, sa présidente évidemment. Un programme de rénovation fait actuellement l?objet d?échanges entre les équipes de la Ville et de l?I.C.I. pour proposer un programme qui allie besoins exprimés dans le projet d?établissement mais, en même temps, une nécessaire sobriété budgétaire, ce qui ne veut pas dit un projet au rabais - j?ai déjà eu l?occasion de le dire. Nous étudions la piste d?un équipement mixte, suggéré notamment par Daniel VAILLANT, dans cette enceinte, avec du logement ou des espaces de co-working et, dans les étages bas, l?Institut des cultures d?Islam avec uniquement une partie culturelle. Le prochain Conseil d?administration sera l?occasion de présenter le travail en cours et, je l?espère, un calendrier.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 143.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAC 143). 2018 DAC 343