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Juin 2018
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Conseil Municipal
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Subventions de fonctionnement (3.700.000 euros) et d'investissement (2.134.944 euros) et signature d'un avenant à la convention d'objectifs 2018 avec le Forum des images. Vœu déposé par Mme Danielle SIMONNET relatif au retrait de l'ordre du jour du projet.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2018


 

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Nous allons examiner le projet de délibération DAE 196 et le v?u n° 127. Subventions de fonctionnement et d'investissement, et signature d'un avenant à la convention d'objectifs 2018 avec le Forum des images.

Je donne la parole à Mme Béatrice LECOUTURIER pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, nous le savons, culture et éducation sont indissociables. Par la curiosité qu'elle suscite, la culture aiguise le sens critique de chacun, formant des êtres libres, capables de réfléchir avec leurs propres repères.

La culture numérique s'est invitée dans le XXIe siècle à une vitesse extraordinaire, investissant tous les domaines de notre vie quotidienne, du monde du travail, de l'éducation mais aussi de la culture.

Une structure d'éducation aux arts numériques s'imposait donc à Paris. C'est ce que propose ce projet de délibération pour nos jeunes Parisiens de 12 à 18 ans, pour une école aux arts numériques, au sein du Forum des images.

Ces jeunes seront initiés à la modélisation 3D, l'animation, le jeu vidéo ou encore le graphisme. C'est, bien sûr, un projet que nous soutenons.

Nous le soutenons d'autant plus que ce dispositif s'appuie sur le projet de l'école Tumo, qui a vu le jour en 2011 en Arménie et qui est reconnue mondialement, formant des jeunes adolescents aux arts des nouvelles technologies.

C'est un projet que nous approuvons d'autant plus également car, puis-je vous le rappeler, Monsieur le Maire, notre groupe exhorte l'Exécutif depuis 2014 à prendre des initiatives pour favoriser le développement de l'animation 3D et du jeu vidéo à Paris.

Nous soutenons plus encore cette école parce que la France est un véritable fer de lance mondial en la matière, et notamment en Ile-de-France. Vous l'aurez compris, nous voterons donc évidemment cette nouvelle école au sein du Forum des images.

Néanmoins, des questions restent en suspens et appellent quelques remarques. Tout d'abord, il apparaît que ce projet manque d'ambition métropolitaine. En effet, accorder une dimension métropolitaine à cette école aurait du sens à un partenariat avec la Seine-Saint-Denis, car cela aurait permis un partage des frais avec cette collectivité, puisque nous rappelons quand même que le budget de cette école est de 2 millions d'euros, sans compter les frais de fonctionnement. Cela aurait eu également une cohérence, puisque la Seine-Saint-Denis accueille déjà la Cité du cinéma.

Ce projet manque également d'une ambition partenariale. On aurait pu imaginer un partenariat avec le Centre national du cinéma ou l'Ecole des Gobelins, voire avec le musée des Arts ludiques ou "Paris-ateliers" qui proposent déjà des ateliers d'animation 3D, ou enfin avec les cours municipaux pour adultes.

Ces cours sont payants et auraient généré des recettes, ce qui aurait permis aussi des économies d'investissement, notamment en termes de logiciels et de matériels informatiques. Vous voyez, le projet est donc perfectible, et nous serons très attentifs à son évolution.

Revenons, si vous le voulez bien, à l'emplacement choisi pour accueillir cette école, à savoir le Forum des images situé aux Halles, en plein c?ur de Paris. C'est une bonne idée d'implantation par sa situation centrale bien desservie par les transports, qui bénéficie de bonnes synergies avec d'autres établissements qui existent déjà aux Halles.

La structure du Forum des images existe déjà, ce qui entraînera moins de frais d'investissement et ce qui est bon pour les finances de la Ville de Paris qui sont mises à mal ces derniers temps.

En revanche, ces bons points ne doivent pas dispenser la Ville de Paris de poursuivre le renforcement de l'enseignement de ces disciplines artistiques dans les quartiers, notamment pour les enfants comme pour les adultes. Je fais référence aux Ateliers des beaux-arts à "Paris-ateliers" ou les cours municipaux pour adultes.

Enfin, pour finir, je souhaiterais que nous soyons particulièrement attentifs à ce que cette école n'ait pas un effet conservatoire. Je veux dire que nous ne passions pas par le tirage au sort pour les inscriptions. En effet, il est à prévoir nécessairement un véritable engouement pour cette école qui va créer un afflux important de demandes d'inscription de nombreux jeunes.

Nous proposons alors que suffisamment d'alternatives dans les arrondissements soient proposées aux jeunes et à leurs parents pour ne pas créer un sentiment de frustration à ne pas pouvoir intégrer cette nouvelle école, dont les jeunes adolescents seront particulièrement friands.

Ne créez pas de frustrations, Monsieur le Maire, la culture aux arts numériques pour tous doit être déclinée sur tous les territoires de Paris avec autant d'exigence et d'excellence que préfigure cette nouvelle école.

Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Mme PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Mes chers collègues, le Forum des images est un levier fort d'accès à la culture pour tous, à travers une programmation soutenue dédiée au cinéma, à l'image, au numérique. Son activité a suivi et s'est adaptée tout au long de ses trente années d'existence aux évolutions technologiques nombreuses qu'a connues le domaine de l'image ces dernières années.

Le Forum des images s'est construit autour des missions de préservation et de mise en valeur d'un patrimoine et de la mémoire cinématographique de la Ville de Paris. La programmation du Forum est riche, diverse, elle s'adresse à tout type de publics et par différents moyens, ateliers, cours, projections, festivals.

Grâce à ses coopérations avec le champ social, il assure également une mixité. La première pratique culturelle des jeunes est celle de l'image : cinéma, photo, télévision, jeu vidéo, Internet. Cela nécessite donc un apprentissage, une éducation. Il s'agit, entre autres, de rendre le spectateur actif et conscient de ses choix, de développer un esprit critique capable de décrypter l'information et d'initier aux différentes pratiques artistiques.

Dans ce projet de délibération, on propose de répondre à ces enjeux avec l'exportation d'un centre de création numérique inspiré directement de l'école Tumo en Arménie, destiné à devenir un emblème du Forum des images. Le projet est coûteux et semble plaqué, sans tenir compte de l'histoire des publics et des spécificités du Forum, ce qui inquiète à juste titre les personnels ainsi qu?un certain nombre de cinéastes et de professionnels du cinéma qui ont interpellé Mme la Maire dans une tribune parue dans "Mediapart", car ce projet semble être mené dans une grande précipitation, avec beaucoup d'incertitudes budgétaires.

Des travaux énormes sont effectués et la subvention supplémentaire de 700.000 euros, issue de la récompense du concours européen "e-capitale", ne sera pas de par sa nature reconduite l'année prochaine. Quelles sont les prévisions budgétaires pour les années suivantes ? Qui va payer ? Les emplois seront-ils tous conservés ? Et les activités, et la programmation ?

Le projet Tumo est peut-être très intéressant, mais on aurait peut-être pu réfléchir à partir des réalités parisiennes. En tout cas, il ne doit en aucun cas prendre la place des activités existantes du Forum qui connaissait un succès bien au-delà de Paris, et même à un niveau international.

En fait, comme le disent les signataires de la tribune qui vous est adressée, c'est moins d'une évolution que d'une destruction dont il s'agit. Bien souvent, la Ville se précipite sur des projets au détriment de la réflexion de fond nécessaire pour faire évoluer les institutions et leurs activités. C'est souvent beaucoup plus de temps perdu au final.

Au sujet du v?u déposé par Danielle SIMONNET rattaché à ce projet de délibération, nous parlons du numérique avec l'école Tumo. Nous sommes plutôt pour des logiques d'"open data". Mais cela ne veut pas dire que nous soutenons les logiques d'"open v?ux" au Conseil de Paris. Le copier-coller est une méthode simple, mais qui ne trompe personne. Danielle SIMONNET reprend sans les nommer un amendement budgétaire que nous avions déposé en décembre dernier. Cette demande avait été réitérée dans un v?u du groupe Communiste au Conseil de Paris de mars et une issue favorable y avait été apportée.

C'est parce qu'il est déjà adopté et que cette même demande a déjà été portée devant notre Conseil que nous ne voterons pas le v?u que Danielle a déposé à ce sujet.

Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Je vous remercie, Madame PRIMET.

La parole est à M. BOUTAULT.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Jusqu'à maintenant, les missions du Forum des images n'avaient jamais été remises en cause et sa vocation première toujours réaffirmée. Le Forum des images a été fondé en 1988 sous le nom de Vidéothèque de Paris, et installé sur 6.000 mètres carrés au c?ur du Forum des Halles, dans le 1er arrondissement.

Aujourd'hui, il est proposé de lui adjoindre le projet Tumo, une école numérique artistique gratuite pour les jeunes Parisiens. Le projet Tumo ne manque pas d'intérêt. D'ailleurs, les équipes du Forum elles-mêmes en conviennent, mais la crainte de voir disparaître ou du moins considérablement affaiblir la fonction initiale de leur institution est réelle.

Malgré les efforts budgétaires importants consentis par la Ville de Paris pour mener à bien son projet TUMO, tant sur le plan budgétaire, qui permettront de mener à bien le projet, que sur le plan social les craintes existent.

Néanmoins, le v?u que j'avais porté en décembre dernier au sein de ce Conseil a permis d'obtenir des avancées et je me réjouis que des engagements aient été pris sur la préservation de l'emploi, et sur la poursuite des activités initiales du Forum, à savoir la diffusion des images concernant Paris.

Aujourd'hui, ce n'est plus tant la question des moyens qui se pose, mais celle de la vocation du Forum des images, qui doit conserver une mémoire audiovisuelle et filmique de Paris, et transmettre et diffuser les images dont il est le gardien et le garant.

Le Forum des images a un statut associatif. Il a l'obligation de par ses statuts d'entretenir et de montrer ses collections parmi lesquelles des films qu'il a produits et dont il détient les droits, mais aussi de montrer des "rushes", car les "rushes" sont un trésor précieux qu'il faut aussi protéger, ceux-ci ont pour vocation de servir le travail des générations futures, des historiens, des cinéastes, des chercheurs, et de toute personne qui s'intéresse à l'histoire filmique de la Ville de Paris.

Or aujourd'hui, seule une partie de ces documents audiovisuels est visible. Nous devons donc nous assurer que les archives soient maintenues en bonnes conditions techniques, et être vigilants à ce que les statuts de l'institution s'appliquent particulièrement en matière de diffusion.

C'est la raison pour laquelle les écologistes soutiennent avec vigilance ce projet de délibération et le voteront favorablement.

Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci, Monsieur BOUTAULT.

La parole est à Mme MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Monsieur le Maire, chers collègues, le Forum des images est une institution cinématographique incontournable qui a une identité forte dans le paysage culturel parisien. Cette institution porte en elle-même l'ambition de conserver et de transmettre le patrimoine cinématographique de la Ville, des projections, des rencontres, des festivals y sont nombreux.

Malgré les 300.000 visiteurs en 2017, nous pensons qu'il est possible de faire mieux et d'ouvrir davantage cette institution, d'en faire plus d'ailleurs qu'une institution locale, parce que d'abord, cela a été signalé, elle est stratégiquement très bien située au c?ur de Paris.

A l'heure où disparaît notamment le festival "Séries Mania" parti à Lille avec sa directrice, nous pensons qu'il est temps de procéder à une transformation en profondeur du Forum des images, tout en garantissant ses missions principales et historiques.

A cet égard, la Ville a souhaité ouvrir une nouvelle page avec un nouveau directeur, Claude FARGE, nommé en décembre dernier.

Les missions du Forum sont essentielles à Paris, mais nous savons aussi que l'institution est confrontée à de nombreux défis, relatifs d'une part à son modèle économique, mais aussi à son attractivité, à l'accès à ses collections, et aussi, parfois, à la diversification des publics.

Financièrement, Paris soutient fortement le Forum depuis toujours. La Maire l'a annoncé dès la rentrée scolaire prochaine, il y aura à l'interne et à l'intérieur du forum, une école numérique appelée Tumo, qui sera gratuite et destinée aux jeunes de 12 à 18 ans, et qui trouvera sa place, semble-t-il, au sein de l'équipement.

D'ailleurs c'est en Arménie, j'ai cru comprendre, que l'école Tumo a fait ses preuves, dont la formation est reconnue à travers le monde.

Lors du "Web Summit" qui s'est tenu en novembre dernier à Lisbonne, Paris a été élue "e-capitale", c'est-à-dire capitale européenne de l'innovation, et c'est à ce moment qu'elle a promis l'implantation de cette école à Paris.

C'est vrai que c'est une très grosse subvention qui est allouée au Forum pour cela, 3,7 millions en fonctionnement, 2,1 millions en investissement, et j'avoue qu'il serait peut-être opportun de nous détailler plus précisément ces dépenses. On sait particulièrement qu'une partie de l'enveloppe de la récompense du concours européen "e-capitale" sera attribuée à l'institution à hauteur de 700.000 euros. Est-ce que cela est vrai ? Et cela est logique car elle avait pour objectif de récompenser l'innovation de la Ville, objet de cette école numérique.

Si ce projet de délibération va accompagner et permettre au Forum sa transformation en vue de partenariats, l'objectif que nous partageons est de former des jeunes à la création numérique dans sa pluralité, allant de l'animation à la modélisation 3D, des jeux vidéo, du "design". Il est important qu'à l'heure du numérique, à l'heure des réseaux sociaux, des applications et du "streaming" par exemple, nos jeunes soient accompagnés.

C'est vrai que de nombreux masters ou des industries créatives culturelles commencent à se développer. Il serait opportun de créer des liens, des partenariats avec l'écosystème numérique de la Ville. Je pense aux incubateurs tels que "Le Cargo". L'exposition "Klimt" à l'Atelier des lumières est pour nous une incarnation parfaite de ce lien entre l'art et le numérique. C'est donc bien un enjeu contemporain qu'il nous faut développer et traiter.

Cependant, nous avons tout de même de nombreuses interrogations, vous savez qu'une lettre ouverte a été signée par de nombreux professionnels de la culture qui s'inquiètent de cette implantation, et notamment des 70 postes actuellement au Forum.

Nous pensons qu'il y a aussi une attention particulière à porter à la salle des collections, pour nous c'est un trésor patrimonial important de 9.600 films, documents et documentaires numérisés, que vont-ils devenir ?

Enfin, je crois que mon temps va être assez vite pris, nous voudrions pour terminer, que vous puissiez nous donner des éléments sur ce qu'il va advenir de l'identité du Forum avec l'arrivée de cette école, comment vont être formés les nouveaux professionnels, les lieux à aménager, le volume futur des programmations, et en même temps, cela fera plaisir à Mme SIMONNET, la nécessaire articulation entre cette éducation aux industries créatives, l'histoire et la mémoire du Forum des images.

Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci beaucoup.

La parole est à Mme SIMONNET, qui présentera également le v?u n° 127.

Mme Danielle SIMONNET. - Madame MÉHAL, je dirai que le diable se cache bien souvent dans tous ces "en même temps", qui pourraient bien se contredire.

On a, je pense, sur le Forum des images, trois sujets : celui des missions, des objets - à quoi va-t-il servir, ce projet à venir ? -, celui des emplois - que vont-ils devenir ? Qui va faire quoi ? -, et ensuite, celui des moyens - d'où vient l?argent ? Est-il d'un montant suffisant ? Comment le choisit-on ?

Prenons le premier sujet. Je pense que la réussite et le rayonnement du Forum des images ne sont plus à démontrer. Tout le monde le reconnaît et reconnaît la qualité du travail qui est, par ailleurs, salué par le public, le corps enseignant et l'ensemble des professionnels du cinéma et de l'audiovisuel. Tout le monde reconnaît aussi la nécessité de préserver absolument cette collection unique de films sur Paris et les Parisiens, dans laquelle la Ville a investi depuis 30 ans. C'est une ressource essentielle du travail sur la mémoire de notre ville. C'est capital. C'est un patrimoine de plus de 9.600 films qui nécessitent d'être bien conservés, de pouvoir continuer à être diffusés et qu'il y ait toujours bien des activités autour de cela.

Le Forum des images est un lieu unique de transmission, de partage, d?éducation aux images et d'ouverture au monde, un modèle de démocratisation culturelle, d'appropriation sociale de la culture, d'éveil de l?esprit critique, d'organisation de projections, rencontres, cours de cinéma, ateliers éducatifs. On interroge les pratiques des enfants, des adolescents, leur expérience de la réalité virtuelle. Le Forum des images a multiplié des initiatives très innovantes et des approches pour s'adresser à toutes et à tous, sans distinction d'âge ou d'origine sociale. Que se passe-t-il ? Pourquoi sommes-nous inquiets ? Parce que l?on a un peu le sentiment que l'on va y plaquer l?école Tumo. On plaque cela dessus. Une école Tumo qui sera peut-être, sans doute, très intéressante. Un centre de création numérique dont l'objectif est d'accompagner des jeunes de 12 à 18 ans pour qu?ils puissent, eux aussi, accéder à ces langages de l'informatique, de l'économie et du numérique. On importe quasiment clé en main l'école Tumo d?Erevan, d'Arménie.

Excusez-moi, mais il ne suffit pas qu'il y ait les mots magiques "innovation", "numérique", pour qu?il y ait, derrière, un projet éducatif et pédagogique d'envergure. Je vous demande quand même d'entendre ce scepticisme qui n'est pas simplement le mien, mais qui est partagé par nombre de personnes qui s'interrogent. Tout à coup, il y a les mots magiques, tout à coup, il faut s?incliner. On a le sentiment qu'il faudrait s'incliner pour oublier toutes les missions d'avant. Eh bien, non, on a une réelle inquiétude sur ce que vont devenir ces 9.600 films et toutes les activités que j?ai citées auparavant.

Le problème, c'est que l'enveloppe est contrainte et que, pour les moyens qui sont alloués, on a un peu l'impression que le résultat va se traduire par la substitution d'un projet à un autre. Que se passe-t-il au Forum des images depuis un bout de temps ? C'est le recours aux CDD et aux contrats précaires. Il y a donc une inquiétude : plus de la moitié des CDD pourraient bien être menacés par l'arrivée du projet Tumo qui justifierait, de la part des ressources humaines du Forum des images, d'accompagner vers la porte de sortie un certain nombre de personnes qui y travaillent. Donc, oui, il y a un sujet.

Ensuite, troisième sujet : d'où vient l'argent ? Je m'appuie sur le travail qu'a pu faire le groupe Communiste au précédent Conseil, notamment au moment du budget. Je souhaiterais donc que le groupe Communiste ne fasse pas preuve d'un sectarisme absolu, comme je l'ai entendu de la part de Raphaëlle PRIMET, et qu'au contraire, elle se félicite que l'on reprenne les travaux du groupe. Parce que qu?est-ce que le groupe Communiste a fait ? Il a mené tout un travail sur la question du fabriqué à Paris, sur la question de la relocalisation de l'activité. Ce n'est pas pour rien qu'à un moment donné, la Ville a gagné le prix de l'innovation. C'est aussi par rapport à la spécificité de ce travail, du fabriqué et du refabriqué à Paris, que la candidature de Paris avait été présentée.

Il y a donc une contradiction entre le fait de voter des amendements au budget pour dire que le million d'euros - ou à la délibération quand on avait reçu ce prix - que l?on a reçu le prix du concours européen "iCapital" permette bien de soutenir les dispositifs permettant de relocaliser la production, d'ouvrir un soutien aux "fab labs" pour penser la ville dans une dynamique de "fab city", et que l'on se retrouve à l'arrivée?

Si vous lisez le projet de délibération, chère Raphaëlle PRIMET, sachez que 70 % du montant est basculé sur l'unique centre de création numérique. C'est quand même une sacrée contradiction en très peu de temps. En quelques mois, tout l'argent, le million - quasiment 70 % - est mis dans cette création numérique. Voilà pourquoi, personnellement, je n'approuverai pas ce projet de délibération. Je demande, à travers un v?u, qu'il soit retiré parce que, manifestement, les choses ne sont pas mûres, ne sont pas prêtes, et que l'on se préoccupe bien de préserver le projet du Forum des images.

Concernant l?école Tumo - je terminerai par cela - qu'on lui donne les moyens de pouvoir se développer et fonctionner, mais que ce ne soit pas pris sur le Forum des images et que les emplois du Forum des images soient bien préservés et même déprécarisés.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci, Madame SIMONNET.

Pour répondre à l'ensemble des orateurs, la parole est à M. Patrick BLOCHE.

M. Patrick BLOCHE, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Merci, chers collègues, pour toutes vos interventions qui ont toutes témoigné de l'intérêt que vous portez, que nous portons à cette institution bien connue des Parisiens, le Forum des images, et aux perspectives d'évolution permises par le projet de délibération qu'il vous est proposé d'adopter.

Vous l'avez très bien dit : le Forum des images n'a plus à prouver sa réussite et son rayonnement. Je partage avec vous un attachement très fort à cette belle institution culturelle qui tient une place de choix au sein d'un paysage parisien pourtant dense. Le Forum des images a 30 ans. Il a toujours su s'adapter aux évolutions technologiques et aux demandes de la société. En 1988, lors de son ouverture, cette institution s'appelait d'ailleurs "Vidéothèque de Paris". Elle était, à cette époque, le symbole d'une très grande modernité, en particulier avec un système de manipulation des films entièrement robotisé. Au fil des ans, sous l'impulsion de ces différentes et différents directeurs et directrices, elle a su évoluer pour répondre aux attentes du public, au travers d'événements, de festivals qui ont fait sa notoriété.

Depuis plusieurs années, le Forum avait engagé des mutations afin de prendre en compte les usages qui bougent, afin, évidemment, de renouveler et d'élargir ses publics, et afin de trouver un nouvel équilibre parmi toutes ces missions. Il y avait et il y a toujours la nécessité de poursuivre cette mutation, au risque de voir l'institution péricliter dans un champ extrêmement concurrentiel. C'est la raison pour laquelle le conseil d'administration de l'association Forum des images, présidé par Marc TESSIER, a engagé un nouveau directeur général, Claude FARGE, après - cela a été rappelé, je crois, par Mme MÉHAL - le départ de Laurence HERSZBERG pour Lille, celle-ci emmenant avec elle - si j?ose dire - le festival "Séries Mania".

De ce fait, Claude FARGE a été choisi sur la base d'un projet novateur : celui d'implanter au sein du Forum des images une nouvelle offre autour de la création numérique à destination prioritairement des adolescents de 12 à 18 ans. Comme vous l?avez remarqué, cette offre n'est pas une création ex nihilo. Elle s'inspire directement d'une institution qui a fait une très forte impression à toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de la visiter. Vous l'avez évoqué dans vos interventions : c'est l'institution Tumo, à Erevan, en Arménie. Pauline VÉRON, que j'associe à mes propos, ne peut que confirmer cette très bonne impression qu'elle a eue elle-même.

Chère Danielle SIMONNET, la militante internationaliste convaincue que vous êtes ne pouvait être que sensible à ce que Paris, ville ouverte au monde, accueille le meilleur de ce qui se fait ailleurs et, pour une fois, qu'il ne vienne pas d'outre-Atlantique. Quand les idées sont bonnes, pourquoi les réinventer ? Paris doit être aussi fière d'accueillir la première implantation à l'étranger du Tumo. Alors, oui, ce Tumo à Paris, cette école de la création numérique, est une très grande opportunité pour les jeunes Parisiens, car ils disposeront d'un outil exceptionnel, qui plus est, entièrement gratuit. 150 postes de travail permettant d'accueillir 1.500 élèves sur un an. 8 spécialités : animation, jeu vidéo, "film making", "music writing", "3D modeling", graphisme, programmation. Des cycles pédagogiques de 4 semaines permettront de valider la progression des apprentissages, des offres spécifiques à destination des collégiens sur le temps scolaire, des associations du champ social à travers des ateliers. Même des adultes, au premier trimestre 2019, pourront être accueillis.

J'ai bien écouté l'intervention de Mme LECOUTURIER. Bien sûr, à l'avenir, nous mobiliserons d'autres territoires comme la Seine-Saint-Denis, avec laquelle, vous le savez, un certain nombre de collèges parisiens sont jumelés.

Pour revenir à votre suggestion d'un partenariat type école des Gobelins, ce partenariat est d'ores et déjà envisagé. Nous sommes même en cours de discussion pour le formaliser.

Les actuels salariés du Forum des images vont avoir ainsi de très belles et de nouvelles opportunités de faire évoluer et faire bouger leur métier, car l'ambition du nouveau directeur général, Claude FARGE, je vous l?affirme, est bien de bénéficier totalement et pleinement des compétences déjà présentes au Forum.

L'activité du Forum, telle qu'on la connaît depuis 30 ans, se poursuivra en évoluant bien sûr et, ainsi, un certain nombre de festivals continueront à être accueillis. Il y aura évidemment le maintien du tout petit cinéma des CinéKids et des ateliers d?activités périscolaires, et le festival NewImages sera développé. J'espère rassurer ainsi Raphaëlle PRIMET et je remercie Jacques BOUTAULT d'avoir été très présent, très vigilant et d?avoir apporté sa contribution dans son intervention.

De ce fait, évidemment, nous n'allons pas retirer le projet de délibération DAE 196, tellement ce projet est beau et porteur d'une grande ambition. Nous ne voulons pas priver les adolescents parisiens de la possibilité de s'emparer de nouvelles compétences.

Vous l'avez compris, l'Exécutif parisien donnera parallèlement un avis défavorable au v?u n° 127. J'espère vous avoir fait partager notre enthousiasme. Merci.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci, Monsieur BLOCHE.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 127 de Mme SIMONNET, avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est rejeté.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 196.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAE 196).

Je vous remercie.