Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2018 DAC 745 - Convention d'occupation du domaine public relative à l'installation et à l'exploitation d'un espace d'affichage sur l'échafaudage de restauration de l'église de la Trinité (9e).

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous pouvons maintenant passer à l'examen du projet de délibération DAC 745 concernant une convention d'occupation du domaine public relatif à l'installation et à l'exploitation d'un espace d'affichage sur l'échafaudage de restauration de l'église de la Trinité, dans le 9e arrondissement.

La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

On va nous dire que la bâche qui sera installée en façade de l?église de la Trinité respecte le Règlement local de la publicité, et c'est vrai. On nous dira que la redevance est importante, environ 1,7 million d?euros sur la durée totale du chantier et qu'elle permet de remplir notre engagement en matière de restauration des monuments à caractère historique et cultuel, et c?est vrai. On nous dira que la tutelle qu?est la Direction régionale des Affaires culturelles donnera son autorisation, et c'est vrai. On nous dira que la consultation des entreprises s'est faite dans le respect du droit lié à la mise en concurrence, et c'est aussi vrai.

Il n'en demeure pas moins que la multiplication des chantiers sur les bâtiments culturels d'Etat, les bâtiments culturels de la Ville et les grands chantiers privés sont désormais couverts de bâches publicitaires pendant la durée des travaux. Il nous faut, à terme, trouver des montages économiques et financiers qui nous épargnent progressivement de cette pollution visuelle et permettent aux collectivités de rénover leur patrimoine sans avoir recours à une publicité aussi envahissante. Mais vous me direz que l'Etat n'est pas un exemple, puisqu?il veut tellement la sauvegarde de son patrimoine qu'il va créer un loto spécial, dès l'automne, idée géniale que M. BERN a vendue au Président de la République.

Je suis peut-être de l'ancien monde, mais je considère que l'Etat ne fait que réduire les financements publics et s?en remet de plus en plus au mécénat, masquant ainsi l'indigence de son budget culturel. Vous me direz que ce n'est pas le cas de notre Ville, que le mécénat est un plus et que le budget culturel de la Ville ne baisse pas et vous aurez raison.

Nous ne voterons pas contre ce projet de délibération mais nous nous abstiendrons pour alerter sur cette dérive que nous voyons poindre : une place trop importante de la publicité sur les murs de notre ville. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET. La parole est à Sandrine MÉES.

Mme Sandrine MÉES. - Merci, Monsieur le Maire.

Le Plan de restauration des églises parisiennes nous a été présenté il y a 3 ans. Il a été élaboré par des spécialistes du patrimoine qui ont hiérarchisé et établi des priorités de travaux. Fidèles à nos convictions relatives à la protection et à la mise en valeur du patrimoine, nous aurions en effet souhaité que la Ville renforce son financement pour ce plan.

Cependant, tel qu'il était, ce plan était solide et sérieux. Nous sommes donc toujours aussi choqués de voir le paysage parisien se consteller de bâches publicitaires sur les échafaudages des églises. A l'initiative et à la demande du Diocèse, elles permettent de mener à bien davantage de travaux plus vite, mais à quel prix pour la collectivité ? Au prix que les Parisiennes et les Parisiens doivent subir ce redoublement d?incitations à consommer, dont nous ne pouvons partager les valeurs, alors que les ressources de la planète sont limitées.

Le 5 mai 2018, c'était le jour du dépassement français. Notre pays a consommé depuis le 1er janvier plus que ce que la nature sur notre territoire peut nous procurer sur une année d?après l?O.N.G. "Global Footprint Network". Il faudrait donc 2,9 Terres si toute l'humanité vivait comme les plus privilégiés d'entre les Français.

Dans ce contexte d'urgence écologique, il ne nous semble absolument pas opportun de multiplier les supports d'appel à consommer, ni sur les églises ni sur les autres monuments. Nous voterons donc contre ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Sandrine MÉES.

Je donne la parole à Mme Véronique LEVIEUX pour répondre aux intervenants.

Mme Véronique LEVIEUX, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire. Je remercie les deux intervenantes?

M. Patrick BLOCHE, adjoint. - Pardon, excusez-moi. Danielle SIMONNET est entrée discrètement dans notre salle du Conseil de Paris. Mon dernier regard faisait qu?elle n?était pas dans mon champ de vision. J'interromps donc Véronique LEVIEUX, j'en suis sincèrement désolé, et je donne évidemment la parole à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - La discrétion est une de mes grandes qualités.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Je sais, c'est pourquoi je lui rendais hommage.

Mme Danielle SIMONNET. - Je souscris à 100 % aux propos de ma collègue Sandrine MÉES. On est dans une course de vitesse à la recherche des financements ou, plutôt, vous vous mettez dans une situation de course de vitesse à la recherche de financements et vous continuez et poursuivez le recours à des publicités géantes sur des bâches pour financer les travaux de restauration de nos monuments historiques, notamment les églises qui font partie du patrimoine historique.

C'est une aberration écologique et c'est une aberration culturelle. On sait tous que l'hyperconsumérisme s?adosse à un matraquage permanent de la publicité dans l'espace public, qui fait que les citoyens et les citoyennes n'ont plus de liberté de recevoir ou de ne pas recevoir le message publicitaire et sont ainsi conditionnés à ne plus être des citoyens pouvant faire usage de leur libre arbitre, mais conditionnés à être purement des consommateurs qui doivent consommer et consommer toujours plus, alors que notre monde est un monde aux ressources finies et que cet hyperconsumérisme met en péril les conditions mêmes de la vie de notre humanité dans notre écosystème.

C'est donc un choix totalement catastrophique et suicidaire en termes de civilisation que de développer cet hyperconsumérisme. Et quel cynisme absolu quand il s'agit d'y avoir recours pour préserver un patrimoine architectural et culturel. Quel terrible cynisme. Que voulez-vous que je vous dise ? Hier, vous avez, une fois de plus, dans le vote du budget, souscrit à la transcription, finalement, de cette règle d?or européenne absurde dans la façon de concevoir les budgets. Je n'ose imaginer comment certains peuvent encore prétendre qu'ils s'opposeront à cette Europe technocratique, ultralibérale, s'ils se soumettent eux aussi au vote des contrats imposés par le Gouvernement MACRON, qui condamne notre collectivité à chercher ce type de financement.

Si nous ne nous imposions pas cette règle des 12 ans sur les emprunts, nous pourrions avoir recours à bien plus d'investissements et nous aurions la possibilité de trouver les recettes qui permettent de pouvoir assurer les responsabilités de la Ville dans la préservation de son patrimoine. Mais voilà, vous vous mettez dans cette logique extrême, libérale, qui fait le bonheur des annonceurs publicitaires pour le malheur des Parisiennes et des Parisiens, mais aussi pour le malheur, plus globalement, d'une certaine conception de civilisation qui va nous réduire à des animaux de la consommation. C'est vraiment regrettable.

Ainsi, je voterai contre ce projet de délibération. Je me souviens d'une époque, dans une autre mandature où, au contraire, vous vous opposiez au Gouvernement, lorsqu'on était sous Nicolas SARKOZY. Vous vous opposiez alors au Ministère de la Culture quand celui-ci avait recours à ces pages publicitaires, à ces publicités pour financer la rénovation des monuments, des bâtiments. Finalement, dans votre macronisme compatible, vous montrez que vous êtes en capacité, chaque fois, d'être les bons élèves de cette doctrine libérale et d'avoir recours, sans plus aucun complexe, au matraquage parisien de la publicité alors que vous savez que les citoyennes et les citoyens y sont opposés. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET. Je redonne la parole avec mes sincères excuses à Véronique LEVIEUX pour répondre aux intervenantes.

Mme Véronique LEVIEUX, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Il s'agit effectivement d'un débat assez féminin.

Je vois que ce n'est pas vraiment le projet de délibération en soi qui porte sujet mais le principe des bâches publicitaires posées dans le cadre du plan de rénovation, de restauration de nos édifices cultuels. Dans ce cadre, je rappelle que l'on s'inscrit dans les engagements pris dans le plan qui a été voté au début de la mandature. Les travaux qui seront lancés sur l'église de la Trinité, dans le 9e arrondissement, sont des travaux qui ont été, dans le principe, votés, et le principe d'avoir recours aux bâches publicitaires faisait également partie de ces éléments de base. Il n'y a donc pas de nouveauté en la matière.

En l?occurrence, on est en phase d'installation de ce chantier, de cet échafaudage, qui est un des chantiers les plus importants de cette mandature. Je rappelle que sur les 96 édifices qui appartiennent à la Ville, plus d?une vingtaine font l?objet de travaux dans le cadre de cette mandature, et seuls quatre font l?objet d?un recours à des bâches publicitaires.

On n?est donc pas dans une extension de la procédure et on ne s?étend pas sur toutes les églises ou les frontons des églises de Paris avec des bâches publicitaires. Elles sont choisies minutieusement et en fonction de leur attrait, de leur potentiel, mais c?est un élément qui vient compléter l?engagement financier de la Ville à hauteur de 80 millions d?euros, je dois le rappeler. Ce n?est pas un mince engagement pour ces travaux qui sont absolument nécessaires. Pour certains, ce sont des éléments de sécurité qui sont menés.

En ce qui concerne La Trinité, l?échafaudage est en cours et sera terminé au mois d?août. Il sera d?une superficie de 700 mètres carrés. Le visuel - je tiens à le rappeler, Bruno JULLIARD y avait été particulièrement vigilant - fait l?objet d?une sélection, d?un choix, à la fois avec l?avis de l?adjointe en charge du patrimoine, donc le mien, celui du maire ou de la maire d?arrondissement concerné, de l?affectataire et du diocèse quand il s?agit d?une église. Dès lors que l?un émet un avis négatif, on ne retient pas la proposition. C?est donc vraiment une procédure très cadrée et chacun peut exprimer ses différentes alertes sur le type de projet qui nous est soumis.

Encore une fois, on s?inscrit vraiment dans le cadre qui a été établi. Il n?y a pas d?évolution d?accentuation de ce recours mais c?est nécessaire.

Je souligne que Raphaëlle PRIMET a fait référence à la participation des citoyens par le loto du patrimoine. Il faut savoir que les Français et les Parisiens aiment leur patrimoine et aiment aussi à contribuer par eux-mêmes à ce type de démarche participative. Si différents outils le permettent, je trouve plutôt bien de leur proposer de le faire. On a inauguré une partie de la restauration de l?intérieur de Saint-Germain-des-Prés. Cela a été rendu possible grâce au mécénat, grâce à différentes personnes qui ont voulu y contribuer. Je trouve cela bien parce que les gens aiment leur patrimoine et ont envie de participer à cela. Mais cela est possible parce que d?abord la Ville de Paris s?est engagée à mener ces travaux.

Je ne peux que vous amener à soutenir ce projet de délibération.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Madame la Maire. Merci, Véronique LEVIEUX.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 745.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2018, DAC 745).