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Septembre 2001
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Conseil Général
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21 - 2001, ASES 102 G - Subventions de fonctionnement et d'investissement à l'association "Les amis du bus des femmes" (11e). - Montant total : 410.000 F

Débat/ Conseil général/ Septembre 2001


Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Nous passons à l'examen du projet de délibération ASES 102 G : subventions de fonctionnement et d'investissement à l'association "Les amis du bus des femmes" pour un montant de 410.000 F.
Nous avons deux inscriptions, Mme DECORTE, puis Mme HIDALGO.
Mme DECORTE a la parole.
Mme Roxane DECORTE. - Madame la Présidente, mes chers collègues, si je me suis inscrite à propos de ce projet de délibération concernant l'attribution de deux subventions à l'association "Les amis du bus des femmes", c'est pour vous exposer plusieurs remarques.
En premier lieu, il ne s'agit nullement de remettre en question ces subventions, car cette association fait un formidable travail de terrain, mais cette association interpelle les élus, c'est-à-dire nous tous.
En effet, depuis environ 3 ans, elle constate l'arrivée massive et brutale d'une nouvelle forme de prostitution composée de femmes jeunes. "Les amis du bus des femmes" recensent en particulier 80 mineures sur les Maréchaux. Elles sont originaires d'Europe centrale et orientale, des Balkans, des Pays baltes et d'Afrique de l'ouest. Elles sont abusées, trompées, vendues, revendues sur le trottoir même, violées et torturées aux fins d'exploitation sexuelle par des groupes criminels internationaux organisés. Elles ont leurs papiers confisqués. Amenées clandestinement en France souvent Après avoir été asservies dans d'autres pays d'Europe, ces femmes sont privées de tous leurs droits fondamentaux et même réduites littéralement en esclavage.
"Les amis du bus des femmes" constatent l'extrême précarité de la situation sanitaire de ces femmes, une dégradation constante de leur Santé et la présence de toutes les pathologies liées à l'exclusion et aux mauvais traitements, comme la gâle.
Les membres de la plate-forme contre la traite des humains, dont font partie "Les amis du bus des femmes", ont alerté à plusieurs reprises les pouvoirs publics sur cette question. Ils constatent et regrettent leur immobilisme. Je pensais à cet été où, au Conseil de Paris, on avait voté pour la cause des femmes afghanes. On avait de grands panneaux sur les Maréchaux pour la cause des femmes afghanes et, juste en-dessous, ces mineures qui étaient sur le trottoir. Cela, j'ai du mal à l'accepter et je ne l'accepte pas.
Aussi, il apparaît plus que nécessaire que la Ville de Paris et l'Etat prennent l'initiative dans ce dossier qui piétine et qui suscite l'incompréhension des Parisiens et de celles et ceux qui se battent et se dévouent au quotidien.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "Rassemblement pour la République et apparentés").
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente. - Mme HIDALGO a la parole.
Mme Anne HIDALGO. - Merci.
Je me réjouis des propos positifs concernant cette association que vient de tenir Roxane DECORTE. Je me réjouis aussi de l'attribution de ces deux subventions pour un montant global de 410.000 F qui ne peuvent être considérées comme de l'immobilisme. L'action conduite depuis 1994 sur le terrain de la prostitution par cette association se verra ainsi récompensée.
Composée d'une équipe de 12 permanents, cette association a reçu, depuis 1994, des subventions de fonctionnement du Département de Paris, mais ces moyens financiers étaient insuffisants pour mener à bien l'accompagnement psychologique, médico-sanitaire et social réalisé auprès des personnes prostituées et les actions de prévention et de réinsertion qui leur sont proposées.
L'augmentation de cette subvention de fonctionnement à hauteur de 250.000 F est une première mesure d'urgence qui démontre bien la volonté de cette nouvelle mandature de commencer à apporter des réponses concrètes au problème de la réinsertion des prostituées à Paris.
Le versement d'une subvention d'investissement de 160.000 F va permettre à l'association l'achat d'un bus cofinancé en partenariat avec le Conseil régional d'Ile-de-France, afin de remplacer un véhicule devenu hors d'usage qui permet d'aller vers des personnes prostituées.
L'organisation des permanences mobiles de cette association permet de traiter des formes de prostitution de plus en plus mobiles, complexes et variées. Le soutien de la Municipalité pour l'action menée par l'association "Les amis du bus des femmes" constitue un des volets de la politique qu'entend mener cet Exécutif parisien sur le terrain de la prostitution, notamment celui de la prévention sanitaire et sociale.
En effet, la prostitution s'est mondialisée et recouvre aujourd'hui des réalités complexes qu'il convient de distinguer. Un trafic des personnes, l'esclavagisme, la prostitution des mineurs, organisée en réseaux, et des formes plus classiques de prostitution des adultes exigent des traitements spécifiques qui seront le résultat d'une coopération entre pouvoirs publics, associations et organismes internationaux.
Cependant, la Municipalité a déjà le pouvoir d'agir en soutenant davantage les associations qui travaillent sur la prostitution. Autour de Bertrand DELANOË, le nouvel Exécutif municipal entend conduire un travail de concertation et de partenariat avec les services de l'Etat afin d'apporter des solutions dans le champ de la protection des victimes. La création de centres d'hébergement constitue une de ces réponses, mais nous apporterons, également en partenariat avec l'Etat, des réponses dans le champ de la lutte contre les trafics humains.
Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs de la majorité).
Mme Gisèle STIEVENARD, présidente, rapporteur, au nom de la 5e Commission. - Je remercie les deux intervenantes. Il est vrai que notre pays présente un retard certain dans la lutte contre la prostitution, qu'il nous reste beaucoup de chemin à parcourir, que les actions à mener ne sont pas du tout faciles à initier. Mme HIDALGO a indiqué, au nom de l'Exécutif, l'investissement dont elle fait preuve dans ce dossier parce qu'il est vrai que dans les temps passés, j'ai souvenir que cette question de la prostitution apparaissait souvent à travers des questions orales, mais pour dénoncer les nuisances. Je me réjouis qu'enfin, au-delà des nuisances qui sont une réalité dans les quartiers et notamment sur les boulevards des Maréchaux que vous avez cités, Madame DECORTE, on essaye de rechercher un traitement plus en profondeur.
C'est ce à quoi nous allons nous atteler avec l'ensemble des pouvoirs publics bien sûr. "Les amis du bus des femmes" sont incontestablement des pionnières par rapport à cette lutte et elles ont une vraie connaissance de ces publics auxquels elles viennent en aide de manière extrêmement concrète.
Il est judicieux que la collectivité parisienne s'appuie sur leur savoir-faire, ce qui est le cas, en l'occurrence, à travers la subvention qui leur est accordée aujourd'hui.
Mais nous sommes bien d'accord - et je me réjouis s'il ne subsiste pas de divergences sur ce plan - pour rechercher toutes les voies et moyens de faire reculer ce fléau.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération ASES 102 G.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2001, ASES 102 G).