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Juillet 2018
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Conseil Municipal
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IV - Question d'actualité posée par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police concernant les actes homophobes à Paris et comment la Ville de Paris peut-elle lutter contre la hausse des actes homophobes. VIII - Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la lutte contre l'homophobie.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous poursuivons, nous avons deux questions que je propose aussi de regrouper, qui concernent les questions relatives à l'homophobie.

La première question sera posée par Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants, et la seconde par Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, en mai, S.O.S. homophobie publiait son rapport annuel qui dressait le triste bilan d'une hausse de 4,8 % des actes homophobes et transphobes. 1.650 témoignages reçus en 2017, contre 1.575 en 2016. Insultes, harcèlements, agressions physiques sont notés dans ce rapport et plus spécifiquement ils révèlent une augmentation de 15 % des agressions physiques et une explosion des actes transphobes et biphobes et ces violences se déroulent partout : sur Internet, dans l'espace public, sur son lieu de travail, dans son entourage, ou dans le milieu scolaire. Dans ce dernier cas, le milieu scolaire, l'augmentation du nombre d'actes est de 38 %, ce qui est vraiment très inquiétant.

Si Paris n'est pas l'une des villes où il y a le plus d'actes homophobes ou transphobes dénoncés, Paris a pourtant été la semaine dernière et encore hier le théâtre d'odieux messages haineux à l'encontre de la communauté LGBT.

Alors que le Marais s'était drapé des belles couleurs du symbolique drapeau arc-en-ciel, du sol aux arbres à l'occasion de "La quinzaine des fiertés", les passages piétons arc-en-ciel ont été vandalisés, et pas qu'une fois.

Hier, ce "tag" sur la porte d'un habitant de Paris.

Vous avez, Madame la Maire, immédiatement réagi et condamné avec fermeté ces actes. Vous avez dénoncé les messages odieux et réaffirmé la fierté de la ville d'être une ville ouverte, tolérante et accueillante pour tous, et tout comme Paris les élus de mon groupe en sont très fiers.

Ces actes n'en restent pas moins une réalité, et je peux évoquer le cas de Nantes et son escalier arc-en-ciel vandalisé, et l'inscription "légalisez la pédophilie".

Nous discutions il y a quelques semaines encore au sein de cet hémicycle des politiques menées par la Ville dans ce domaine et nous savons les mesures nombreuses qui ont été prises par notre majorité. Les associations notent que l'ouverture de certains débats de société, tels que la P.M.A., la G.P.A. et l?homoparentalité, nourrit et légitime l'homophobie.

Cette libéralisation de la parole se traduit par un passage à l'acte pour certains. Cela avait été le cas lors du mariage pour tous, on s'en souvient, mais elle libère aussi, et heureusement, la parole des victimes. Si c'est le cas et au regard des débats qu'il nous reste à mener pour une réelle égalité des droits, nous devons redoubler d?efforts pour prévenir d'autres hausses de ces actes abjects.

Ainsi, face à ce fléau, face à cette volonté de s'en prendre à tout ce qui symbolise les L.G.B.T. et leur émancipation, face à cette hausse des actes LGBT-phobes, de quelle manière la Ville de Paris peut-elle lutter pour mettre au tapis la haine et la discrimination ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame GOLDGRAB, et merci pour votre engagement.

M. le Président du groupe Socialiste et Apparentés, Rémi FÉRAUD, vous avez la parole.

M. Rémi FÉRAUD. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet de police, chers collègues, j'essaierai d'être bref, car ma question va dans le même sens que celle de Laurence GOLDGRAB.

Quelques jours après la Marche des fiertés, qui a réuni des centaines de milliers de personnes à Paris et alors qu?une recrudescence inquiétante d'actes homophobes et transphobes a été constatée, notamment par l'association "S.O.S. Homophobie", nous savons que les victimes sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses à témoigner mais que cela manifeste aussi une augmentation des actes et des agressions homophobes dans notre Ville. Les semaines dernières ont été marquées par certaines agressions médiatisées. Chacun de ces faits nous rappelle la difficulté des personnes lesbiennes, gays, bi et trans à vivre librement leur identité de genre et leur orientation sexuelle.

Alors que nous souhaitons depuis plusieurs années faire de Paris une ville fière de sa diversité, que notre politique est volontariste en la matière, que l'Exécutif parisien s'appuie notamment sur les recommandations contenues dans le rapport remis par Jean-Luc ROMERO l'an dernier pour "Paris, Ville phare de l'inclusion et de la diversité"? C'est d'ailleurs le cas de l'organisation de la Quinzaine des fiertés, matérialisée par la peinture d'arcs-en-ciel à côté de passages piétons dans les rues du Marais, arcs-en-ciel qui ont été vandalisés, recouverts de "tags" homophobes la semaine dernière, de même que ce fut le cas d'un des drapeaux arc-en-ciel accrochés à l'initiative de son président sur le bâtiment de l'Assemblée nationale, dans la nuit de vendredi à samedi dernier. Dans le 2e arrondissement également - et le maire du 2e le rappelait tout à l'heure - la plaque apposée en mémoire de Jean Diot et Bruno Lenoir a été vandalisée au mois de mai dernier.

Ces actes de violence, même lorsque celle-ci est symbolique, sont inacceptables et ne doivent évidemment pas rester impunis. Surtout, nous ne pouvons pas tolérer que dans notre ville, en 2018, subsistent des insultes, des violences qui visent des individus en raison de leur genre ou de leur orientation sexuelle, d'autant que l'homophobie, la transphobie, la lesbophobie comptent parmi les premières causes de suicide chez les jeunes, par exemple, et alors que notre volonté est de faire une ville où chacun puisse se sentir libre.

Madame la Maire, nous connaissons votre détermination et celle de l'Exécutif parisien à lutter résolument contre les LGBT-phobies et, plus largement, pour la construction d'une société inclusive ouverte à tous, nous comptons sur l'action de la Ville de Paris mais aussi de tous les acteurs publics, de la Préfecture de police et de tous les acteurs privés, associatifs, citoyens de notre ville pour faire de cet enjeu une véritable priorité. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, Monsieur le Président, et je donne la parole tout d?abord à Hélène BIDARD, puis à Monsieur le Préfet de police, si vous souhaitez ajouter un mot.

Hélène BIDARD ?

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire. Merci, Monsieur le Président et Madame la Présidente, chers collègues, d'attirer l'attention du Conseil de Paris sur la hausse des actes LGBT-phobes.

Vous avez rappelé les chiffres nationaux de l'association "S.O.S. Homophobie". Je voudrais vous donner des chiffres parisiens. Selon cette association, à Paris, 216 témoignages recueillis au numéro d'écoute anonyme de "S.O.S. Homophobie". Mais, selon François MOLINS, invité la semaine dernière de l?E.G.P.A., la Conférence des policiers et policières LGBT européens, et que nous avons eu le plaisir d'accueillir pendant trois jours à l'Hôtel de Ville, en 2017, sur les 350.000 à 400.000 nouvelles affaires traitées par le parquet de Paris, seulement 47 concernaient les violences ou les propos à caractère homophobe ou transphobe, dont 4 ont débouché sur des poursuites en correctionnelle, et les chiffres du parquet sont en baisse tendancielle par rapport aux années précédentes, ce qui est donc à l?opposé des tendances révélées dans les enquêtes. Voilà pourquoi j'incite, nous incitons ensemble toutes les personnes victimes à porter plainte et nous nous inquiétons fortement, vous l?avez compris, de ce non-recours au droit.

Vous avez aussi souligné les dégradations inadmissibles qui ont eu lieu à l'égard des symboles LGBT durant la Quinzaine des fiertés LGBT. Je vous rappelle que cette Quinzaine des fiertés a néanmoins été un succès, un très bon succès avec plus de 70 animations, des événements sans dénombrer de difficultés particulières, et que la "Marche des fiertés" a été particulièrement réussie cette année avec la présence notable d'un char de la Ville de Paris. Je veux à nouveau renouveler nos encouragements et nos félicitations à l'interassociative LGBT, à qui nous réaffirmons notre soutien.

Sur les deux faits dont vous avez parlé, sur les passages piétons, deux plaintes ont été déposées par la Ville de Paris avec un service enquêteur déjà saisi. Ces deux sujets sont loin d?être anecdotiques, vous l?avez dit. Ils ont aussi été l?occasion pour certains de déverser des propos haineux sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux. Là encore, nous invitons chacun et chacune à ne rien laisser passer et à signaler ces propos via la plateforme "P.H.A.R.O.S." du Ministère de l?Intérieur qui, ensuite, doit conduire des enquêtes. Internet ne peut pas être une zone de non-droit ; il faut là aussi faire valoir ses droits et lutter contre les LGBT-phobie.

Je voudrais rappeler en quelques mots l?action de la Ville de Paris ; j?en profite. Vous le savez, nous avons fait une communication, lors du dernier Conseil de Paris, sur ce sujet avec notamment Bruno JULLIARD, particulièrement engagé sur la question des archives LGBT.

Je voulais vous redonner quelques éléments parce que cette politique a commencé en 2001 et a été renforcée depuis 2014, notamment sur les questions internes de la Ville de Paris. Nous avons un travail très important avec l?"Autre Cercle" et l?I.F.O.P. sur la thématique de l?inclusion des personnes LGBT au travail. Avec Christophe GIRARD, nous avons un travail de fait ; néanmoins, 21 % des agents répondant de la Ville de Paris ont dit avoir été témoin de comportements hostiles envers les personnel LGBT, ce qui est nettement supérieur à la moyenne mais qui veut dire aussi une sensibilité supérieure, une vigilance renforcée parmi nos équipes. Nous avons également mis en ?uvre un dispositif interne de signalement et d?accompagnement des agents victimes de violence. Je rappelle que nous avons commencé à faire ce travail avec Emmanuel GRÉGOIRE et qu?il y a un numéro d?écoute spécifique sur cette question du harcèlement et des violences.

Nous avons aussi, en externe, un travail très important de fait. Il est essentiel de continuer le travail de prévention et de repérage des discriminations, ce que nous faisons avec le réseau "Répare". Nous nous organisons aussi avec les associations, qui interviennent dans les collèges mais je le disais, dans le réseau "Répare", que ce soit le centre LGBT, "S.O.S. Homophobie", le "M.A.G. Jeunes LGBT", "Outrans" ou encore "Acceptess". Enfin, nous soutenons avec conviction l?association "Flag !" qui a obtenu l?an dernier l?intégration des items "homophobie" et "LGBT" dans les statistiques officielles du Ministère de l?Intérieur. Nous allons d?ailleurs travailler avec Colombe BROSSEL sur ce sujet que nous suivrons, notamment pour qu?il y ait des publications régulières de ces chiffres.

En chiffres, en termes de subvention, cette politique donne lieu chaque année à 200.000 euros de subvention aux associations qui luttent spécifiquement contre les discriminations à l?égard des personnes LGBT-QI. Ce budget n?a jamais baissé ; au contraire, il est renforcé par des actions que nous menons et, Madame la Maire, nous en sommes extrêmement fiers.

La Ville va donc continuer à soutenir la visibilité, à reconnaître l?apport des mouvements LGBT et des personnalités LGBT-QI partout dans l?espace public et, même, de façon définitive - vous l?avez annoncé, Madame la Maire -, mais aussi via les dénominations, puisque je vous rappelle que, dans le rapport de Jean-Luc ROMERO, que nous saluons, la recommandation n° 44 nous demande de renommer certaines rues, places, équipements, parcs, stations de métro ou de bus en l?honneur de personnalités LGBT-QI.

J?ai là les chiffres grâce à ma collègue, Catherine VIEU-CHARIER : depuis le début du mandat, nous avons déjà fait 15 dénominations de personnalité LGBT-QI dans l?espace public ; 4 autres viennent d?être adoptées à la commission du 11 juin, présidée par Catherine VIEU-CHARIER.

Vous le voyez, nous allons non seulement inscrire cette fierté sur les passages piétons, mais également dans le marbre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Hélène BIDARD. Merci infiniment.

Monsieur le Préfet?

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire de Paris, Messieurs les Conseillers de Paris, je veux vous assurer de notre engagement sans faille dans ce combat. J?étais à vos côtés, Madame la Maire, pour l?ouverture de la conférence de l?"European Association LGBT Police", avec nos amis de "Flag !", que nous connaissons bien ici dans la Capitale.

Nous avons assuré, dans des conditions qui ont été, je crois, appréciées, la sécurisation de la Marche des fiertés où il y avait une foule tout à fait considérable ; il n?y a eu aucun problème de sécurité pendant tout l?après-midi. C?est, de ce point de vue, une réussite partagée.

Nous sommes attentifs aussi au contexte de la menace terroriste car nous savons que, souvent, la communauté gay peut être visée. Nous l?avons vu aux Etats-Unis, à Orlando, en 2016, mais nous l?avons vu aussi à Trèbes et Carcassonne, ne l?oublions pas, au vu du parcours de l?assassin, tel qu?il avait commencé sa matinée. Dans cet esprit, j?évoquais tout à l?heure les "Gay Games" du mois d?août. Les dispositifs que nous mettrons en ?uvre auront aussi ce souci de protéger les jeux de cette menace. La sécurité du quotidien, ce sont des faits d?insultes, de graffitis, jusqu?à des faits plus graves qui peuvent être des délits, voire même des faits criminels.

Sur ce sujet, il faut que les plaintes soient déposées pour que les dossiers soient instruits. Nous avons la capacité avec les moyens d?aujourd?hui avec la police technique et scientifique, avec la vidéo-protection, d?élucider ces affaires ou, en tout cas, de les mener à bonne fin. Vous savez au demeurant qu?au-delà des commissariats d?arrondissement, dans notre Capitale, un service de la police judiciaire est dédié à ce type de faits : la Brigade de la répression de la délinquance contre les personnes. Je ne puis qu?encourager toutes les victimes, tous les témoins de ce type de fait, à les faire connaître et à déposer plainte pour que nos services soient saisis et pour que l?autorité judiciaire puisse les connaître.

La lutte contre toute forme de discrimination est une exigence républicaine. Elle est au c?ur du devoir d?une police républicaine, donc de la Préfecture de police. Plus que jamais sur ces sujets, on illustre les valeurs de la République de liberté, d?égalité et de fraternité.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet.

Je souhaiterais vraiment témoigner ici de la détermination qui est la vôtre, du discours très fort que vous avez fait lors de l?accueil de cette conférence européenne des policiers gays, lesbiens, trans, et aussi du travail et de l?organisation, de la mise en place de toutes les forces qui ont assuré la possibilité pour nous de faire la fête. Cela a été une très jolie fête dans Paris avec des centaines de milliers de personnes et pas un fait n?est venu ternir la beauté de ce moment de rassemblement extraordinaire. Je voulais aussi vous en remercier, Monsieur le Préfet.