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Juillet 2018
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Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à l'interdiction des concerts du rappeur MÉDINE au Bataclan.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Le v?u n° 86 est relatif au concert du rappeur MÉDINE au Bataclan.

Monsieur GOUJON, vous avez la parole.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Qu?un concert du rappeur MÉDINE, dont l?un des albums qui l?a fait connaître s?intitule "Jihad", soit programmé au Bataclan où - ceci est dans toutes les mémoires - 90 innocents ont été massacrés, apparaît légitimement insupportable et tout spécialement aux familles des victimes.

Soutien affiché de DIEUDONNÉ, du suprématiste antisioniste Kémi SÉBA, ce rappeur, qui se définit lui-même, d?ailleurs, comme une "islamo-caillera", promoteur d?une idéologie anti-française, oppose clairement les "martyrs de l?islam" à "l?Occident oppresseur" et crache sur la France à longueur de sa chanson "Don?t Laïk" et à longueur de quenelles.

"Crucifier les laïcards comme à Golgotha", "peindre Marianne en femen tatouée "Fuck God" sur les mamelles", "mettre des fatwa sur la tête des cons", font l?ordinaire de ses rimes.

Le laisser se produire au Bataclan constituerait une provocation inouïe, relevant de la profanation à l?égard de tous ceux qui ont été lâchement assassinés, ensemble, quelles que soient leurs origines et leurs confessions.

Ce serait le signe que nous leur serions indifférents, que tous les efforts entrepris pour resceller le pacte social auraient été vains, que toutes ces victimes tombées parce qu?elles représentaient un symbole de notre mode de vie et nos libertés seraient mortes une deuxième fois.

Les avocats des familles des victimes ont à juste titre déposé un recours en annulation de ces deux concerts. Le risque de troubles à l'ordre public, Monsieur le Préfet, par l'appel à manifester de différentes organisations extrémistes, est également avéré.

En conséquence, notre groupe demande au Préfet de police d'interdire les deux représentations prévues, comme ont été interdites celles de DIEUDONNÉ d'ailleurs et, au-delà même du respect des lois, il revient aux autorités publiques de défendre la décence publique et le respect des morts.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur GOUJON.

La parole est à M. JULLIARD pour vous répondre.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci, Madame la Maire, merci, Monsieur le Maire du 15e arrondissement, même si je ne crois pas qu'il soit pertinent de donner plus d'écho qu'elle n'en mérite à cette controverse.

Mais je voudrais d'abord saluer la dignité des associations qui représentent très majoritairement les victimes du 13 novembre, "13onze15" et "Life for Paris" avec qui nous travaillons quotidiennement et étroitement, qui ont, chacune de leur côté, fait part de leur position et regretté que certains partis ou certains hommes politiques veuillent soudainement se faire porte-parole des victimes.

Il ne nous appartient pas de prétendre savoir ce que pense cet artiste en son for intérieur, de décrypter mot à mot ses textes - j'en serais d'ailleurs bien incapable - mais simplement de nous appeler collectivement à ne pas céder à la facilité de la controverse frontale sur un sujet sensible et complexe. Et ce, d'autant plus quand il est évident que ceux qui se font entendre le plus bruyamment sont plus soucieux de prospérer sur les crispations identitaires que de défendre la mémoire des victimes du Bataclan.

La loi définit un cadre précis et je ne doute pas que la loi sera pleinement appliquée. Il se trouve que MÉDINE n'a jamais été condamné pour ses propos et a condamné encore récemment les attaques abjectes de novembre 2015.

Je n'ai pas terminé mon intervention, Monsieur le Maire.

S'agissant de troubles à l'ordre public, c'est à la Préfecture de police de se prononcer et je ne doute pas qu'elle le fera avec mesure.

Evidemment, ces rappels me semblaient nécessaires, mais bien sûr, il n'empêche aucunement de s'interroger sur ce choix de programmation et, à titre personnel, ma position comme celle de beaucoup d'entre nous, je l'imagine, est extrêmement claire. Tout ce qui peut réveiller la douleur encore si vive des victimes et de leurs familles est absolument malvenu. A chacun de prendre ses responsabilités pour éviter cela, et il ne fait guère de doute qu'il eut été largement pertinent d'éviter cette programmation au Bataclan.

Avis défavorable à ce v?u.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à M. le Représentant du Préfet de police.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire, comme vous le savez, le Premier Ministre et le Ministre de l'Intérieur ont été amenés à s'exprimer sur ce sujet devant la représentation nationale.

Je rappellerai ici que le cadre juridique vise à la fois à concilier la liberté d'expression et la prévention des risques de troubles à l'ordre public, ou des abus que cette liberté d'expression pourrait entraîner, notamment lorsque la dignité des personnes est en cause ou lorsque des incitations à la haine sont formulées. C'est à ce titre que le Préfet de police, en tant qu'autorité de police administrative à Paris, peut en effet interdire des spectacles lorsque des risques de troubles à l'ordre public se présentent et lorsque cette mesure est appropriée au regard de la gravité et de la probabilité de ces risques.

Le juge administratif est particulièrement vigilant à mesurer que la décision d'interdiction soit la mesure la moins attentatoire aux libertés, et vérifiera à chaque fois que d'autres mesures n'auraient pas pu être prises pour prévenir ces risques de troubles à l'ordre public.

En tout cas, il s'agit bien d'un problème d'ordre public. C'est ainsi que le Préfet de police l'appréciera. Il doit apprécier les circonstances et la situation "in concreto", c'est-à-dire au plus près de l'événement, et c'est à ce stade sa position. Aucune hypothèse n'est exclue de sa part s'agissant de ces concerts au mois d'octobre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Représentant du Préfet de police.

Je mets donc aux voix, à main levée, ce v?u n° 86 avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Ne prend pas part au vote ?

Le v?u est rejeté.