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Juillet 2018
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II - Question d'actualité posée par le groupe Communiste - Front de Gauche à Mme la Maire de Paris relative aux rythmes scolaires à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne à présent la parole, pour la deuxième question, au groupe Communiste et Front de Gauche. Je crois que c'est Jean-Noël AQUA qui pose la question.

M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, une nouvelle fois nous voulons aborder la question des rythmes scolaires. Certains penseront que les Communistes sont déterminés, d'autres que l'on est peut-être têtu mais, pour nous, ce sont les faits qui sont têtus et il faut faire entrer à nouveau la question des rythmes dans l'actualité.

Le fait nouveau est l'organisation d'une consultation des conseils des maîtres par les organisations syndicales. Cette consultation unitaire a réuni syndicats : S.N.U.I.P.P.-F.S.U., F.O., U.N.S.A., S.U.D. Education, C.N.T., C.G.T. Education. Les résultats sont sans appel : sur les 656 écoles parisiennes, 402 ont participé à cette consultation, soit 61 % des écoles, et 98 % des enseignants ont demandé que l'organisation de la semaine scolaire soit revue.

L?aménagement des rythmes scolaires à Paris a ainsi singulièrement fait de nos enseignants des "anti-semaine de 4 jours et demi". Plusieurs éléments se sont probablement conjugués pour parvenir à ce rejet massif. Le plus important est la confusion entre le temps scolaire et le temps périscolaire. Cela est sans doute lié à l'arythmie de la semaine à Paris, où il n'y a pas deux journées de suite avec le même temps scolaire.

La question des locaux à Paris est aussi une question importante. Les enseignements scolaires et les activités périscolaires se tiennent dans les mêmes lieux, générant confusion et désorganisation. Nous saluons bien sûr les efforts de notre collectivité pour améliorer le périscolaire et la filière animation. Nous y avons contribué et nous saluons l'engagement de l'Exécutif en la matière, mais l'articulation entre les temps scolaires et périscolaires nécessite une séparation entre les deux, que notre organisation ne permet pas.

Je veux répéter ici que notre conception de l'éducation va à rebours de celle développée par le ministre BLANQUER, qui vise à la territorialiser. Pour nous, l?éducation est nationale et nous souhaitons un cadre national, seul garant d?égalité républicaine. En l?attendant, comment prendre en compte l?alerte de celles et ceux qui font l?éducation ? Les enseignants nous envoient un message clair ; qu?allons-nous faire pour y répondre ?

Les enseignants sont une pièce incontournable de toute action progressiste en matière d?éducation. Ils sont non seulement les principaux intervenants au contact des élèves, mais ils sont en outre les experts du terrain, qu?aucune autre expertise ne peut ignorer. Ils vivent au quotidien les difficultés et les facilités que rencontrent les élèves. Si nous voulons évaluer nos réformes, dans l?intérêt des enfants, les retours de l?expérience à la base sont la matière première par excellence à considérer.

Madame la Maire, ma question est donc simple : quelle réponse allez-vous donner à l?interpellation des personnels enseignants qui demandent une consultation de la communauté éducative sur les rythmes scolaires ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à M. Patrick BLOCHE pour vous répondre.

M. Patrick BLOCHE, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

C?est la deuxième fois que le groupe Communiste souhaite vous interroger, Madame la Maire, sur l?aménagement des rythmes éducatifs en 6 mois. Vous avez dit vous-même, Monsieur AQUA, que les élus communistes étaient têtus. Moi, ce que je retiens surtout de votre question, c?est qu?elle m?intrigue, pour quatre raisons au moins.

Tout d?abord, parce qu?en 2008, nous faisions front commun contre le décret Darcos qui avait institué la semaine de 4 jours.

Parce qu?en 2013, les parlementaires communistes, députés et sénateurs, ont voté la loi de refondation de l?école de la République.

Parce que vous êtes à l?initiative d?un Observatoire parisien de la mixité sociale et de la réussite éducative. Justement, l?aménagement des rythmes éducatifs, la création d?un temps périscolaire répondent à cette volonté de mixité sociale en permettant à des enfants d?avoir des activités culturelles et sportives auxquelles ils n?auraient pas droit.

Enfin, parce qu?on sait votre attachement à l?emploi public. De ce fait, l?aménagement des rythmes éducatifs a amené à l?embauche de plusieurs centaines, voire de quelques milliers d?animateurs, d?une filière animation que nous avons professionnalisée. Si nous allions jusqu?au bout de cette logique que faudrait-il ? Mettre fin à ces emplois publics et mettre fin à cette filière animation.

Vous évoquez effectivement la consultation lancée par des syndicats enseignants mais quels sont les éléments nouveaux dans cette consultation ? Les syndicats enseignants étaient contre la semaine de 4,5 jours en 2013 ; ils sont toujours contre la semaine de 4,5 jours en 2018.

Nous restons convaincus et cohérents, non pas par dogmatisme, comme je l?entends parfois, parce que nous sommes convaincus que la semaine de 4,5 jours qui a d?abord été la création d?une matinée supplémentaire d?apprentissage, est et va dans l?intérêt des enfants et des familles parisiennes, permettant aux familles de concilier vie professionnelle et vie personnelle.

De ce fait, oui, nous ne changeons pas. D?autres communes, non pas pour des raisons pédagogiques mais pour des raisons financières, sont passées aux 4 jours. Par conséquent, ne nous en voulez pas si nous voulons maintenir quelque chose qui marche, qui n?est en rien de la confusion car, entre le temps scolaire et périscolaire, il y a une complémentarité éducative. Quel scandale à utiliser des locaux qui sont des locaux publics, qui sont les locaux de nos écoles ? En l?occurrence, comme Toulouse, comme Nantes, comme Rennes, comme Brest et comme beaucoup d?autres communes en France, nous resterons évidemment à la semaine de 4,5 jours, non seulement à la rentrée 2018, mais aussi à la rentrée 2019 et, je l?espère pour l?avenir des enfants parisiens, pour l?intérêt des familles, très longtemps encore.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BLOCHE.

Je n?ai rien à ajouter. Nous travaillons pour les familles et pour les enfants.

Je vous redonne la parole, Monsieur Jean-Noël AQUA.

M. Jean-Noël AQUA. - Bien sûr, je ne doute pas une seule seconde de votre volonté de travailler dans l?intérêt des enfants. Un certain nombre d?actes le démontrent bien concrètement.

En revanche, vous me permettrez de répondre à la réponse qui m?a été faite sur la question de : quels éléments nouveaux ? Indéniablement, quand nous avons eu les premières discussions ensemble sur ce thème, nous n?avions pas, à l?époque, le retour des enseignants. Or, comme j?ai essayé de le dire dans mon interpellation, les enseignants sont une pièce maîtresse car ils nous font un retour d?expérience. Je me permets d?être physicien ; quand on est physicien, on fait d?abord l?expérience, puis la théorie. Les bons physiciens font d?abord l?expérience, puis la théorie et on valide ensuite la théorie par rapport à l?expérience. Là, nous avons un retour d?expérience.

A la question sur ce qu?il y a de nouveau, je réponds donc que nous avons un retour grandeur nature de la part des enseignants. Ma question consistait à dire : qu?allons-nous faire de ce retour grandeur nature des enseignants ? Considérons-nous que nous avons raison, tout seul, et que les enseignants se trompent ? Je pense que c?est une mauvaise façon d?aborder le débat et je continue à penser que parler avec les enseignants, dialoguer avec eux et débattre avec eux est absolument incontournable, au vu de ce qui a été fait au niveau de la consultation.

Permettez-moi aussi de préciser : nous ne sommes pas, si vous avez noté notre interpellation avec attention, contre les 4,5 jours. Vous m?avez posé la question sur les 4,5 jours. Cependant, à l?intérieur du cadre des 4,5 jours, il y a plusieurs façons de le décliner et de le réaliser. C?est ce que nous nous permettons, en tout cas, de pointer du doigt en disant que les 4,5 jours peuvent se réaliser de différentes manières ; la manière que nous avons choisie n?est peut-être pas la meilleure et pourrait peut-être être questionnée. A l?intérieur du questionnement du dispositif, on peut être tout à fait pour les 4,5 jours. Vous noterez aussi que certains syndicats, notamment le S.N.U.I.P.P.-F.S.U. qui est assez moteur en la matière, n?a jamais posé comme préalable l?abandon de la semaine des 4,5 jours. Si je puis me permettre, regardez la consultation et les textes plus précisément.

Dernière chose, par rapport à la filière Animation, nous sommes bien évidemment attachés à l?emploi public et nous ne sommes bien évidemment absolument pas pour mettre fin à l?emploi public. Encore une fois, à l?intérieur du cadre imposé, nous avons différentes façons de répondre à l?organisation des rythmes scolaires. Je pense que l?alternative n?est pas simplement ce plan où on abandonnerait tout ; on peut faire évoluer le dispositif. Répondre à la communauté des enseignants me paraît être incontournable aujourd?hui. J?espère que nous irons à l?avant de cette démarche. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur AQUA.