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Juillet 2018
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Vœu déposé par M. Pascal CHERKI, Mmes Virginie DASPET, Nathalie MAQUOI, Carine PETIT, les groupes Communiste - Front de Gauche et Ecologiste de Paris relatif à "Parcoursup".

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Nous passons à l'examen d'un v?u non rattaché, le v?u référencé n° 177 relatif à "Parcoursup".

Je donne la parole à Jean-Noël AQUA.

M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, "Parcoursup" révèle désormais au grand jour sa réalité.

Passé les effets de manches, la réalité apparaît crue, d'une violence sociale manifeste, que le Gouvernement cherche à taire. "Cachez cette sélection que je ne saurais voir" a été sa stratégie. Je me souviens qu'Anne-Christine LANG, supportrice zélée du Président, avait défendu ici même que "Parcoursup" n'introduisait aucune sélection.

Six mois après les tartufferies de "La République en mots", "Parcoursup" se révèle être une manifeste machine à sélection massive. Plus de 170.000 futurs étudiants n?ont aujourd'hui toujours pas d'affectations qui leur conviennent. On voulait éviter les tirages au sort, qui concernaient 0,4 % d'une promotion, le Gouvernement a de facto mis en place une loterie pour tous, une loterie où devinez qui sont les perdants : les enfants des catégories populaires.

Dans certains lycées populaires, ce sont des classes entières qui n?ont aucune affectation. A l'inverse, dans certains quartiers favorisés, tous les lycéens ont leurs v?ux exaucés. Et comme pour d'autres déterministes, le déterminisme social de "Parcoursup" se double d?une ségrégation géographique. Le Gouvernement, en imposant des taux d?acceptation par secteurs géographiques, a renforcé les inégalités, avec une énième tartuferie, la carte magique offerte aux lycéens des lycées français à l'étranger qui ont priorité partout. Au final, comme par hasard, la discrimination auprès des lycéens des quartiers populaires est manifeste dans les premiers retours que nous avons pu avoir.

Deuxième entrée de la sélection, le taux plancher de boursiers. Alors que certaines filières peuvent avoir jusqu?à 10 % de demandes de boursiers, nos informations, là aussi, indiquent que le ministère garantit seulement 1 ou 2 % de boursiers. "Ite missa est", les déterminismes sociaux seront conservés et renforcés.

Vous comprendrez que nous ne laisserons rien passer sur le sujet. Nous demandons donc à avoir les moyens d'évaluer le dispositif. Nous demandons donc que la Ville interpelle le Rectorat afin d'avoir la publication des taux d'acceptation, par université, des promotions entrantes, en fonction de l'origine géographique des étudiants et en fonction du caractère boursier.

Certains se targuent ici de disruption. Nous avons envie de leur dire : "Chiche, demandons la transparence et l'évaluation du dispositif, à moins, bien sûr, qu?il y ait un tri social à cacher." Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Marie-Christine LEMARDELEY, puis à Patrick BLOCHE, pour deux minutes en tout.

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe. - Comme je l'ai déjà rappelé au dernier Conseil de Paris, nous sommes favorables à la plus grande transparence en ce qui concerne les règles d?affectation dans l?enseignement supérieur. L'intérêt des étudiants est un objectif essentiel et, à cet égard, je réitère la position de l'Exécutif déjà affirmée, qui est une position de vigilance quant aux effets que pourrait produire ce dispositif.

Nous maintenons cette vigilance en lien avec le Rectorat, avec lequel j'ai des réunions très régulières, pour que chaque bachelier ait une place dans l?enseignement supérieur parisien.

La publication des chiffres par établissement, d'abord, le nombre de boursiers. Le département de résidence et le type de baccalauréat, me semblent répondre à un objectif de transparence légitime. Cela me permettrait d?évaluer l?égalité réelle dans l?accès à l?enseignement supérieur.

Bien sûr, le taux de boursiers, fixé par le Rectorat, avait pour but avoué de favoriser la mixité sociale. Et la mesure du taux de candidats extra-académiques visait à favoriser la mobilité géographique. Mais, dans les faits, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne et, pour une même filière, ces taux peuvent varier sensiblement. En fonction de l'établissement, on constate des écarts importants.

Deuxièmement, pour ce qui concerne le lieu d'origine, les écarts aussi sont importants dans les candidats extra-académiques, qui varient d'une université à l'autre. Il est vrai que l'opacité autour des règles de définition de ces pourcentages alimente les craintes.

En conclusion, je rappelle que la reproduction sociale est très forte à l'université. Les enfants d'ouvriers ne représentent que 11 % des étudiants, soit trois fois moins que leur part parmi les jeunes de 18 à 23 ans. A l'opposé, les enfants de cadres supérieurs représentent 30 % des étudiants mais seulement 17 % des 18-23 ans. Ce sont les chiffres de l'observatoire des inégalités.

L?enjeu pour la Ville est de tout mettre en ?uvre pour que les étudiants, dans la diversité de leurs parcours et de leurs origines, soient bien accueillis, vivent bien à Paris et trouvent les meilleures conditions de réussite, poursuivant ainsi l'objectif de démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur et de l'accès au diplôme. Nous pourrons donc sensibiliser tout d'abord le Recteur, pour aboutir à la publication des chiffres ainsi que les établissements eux-mêmes via les conseillers de Paris membres des conseils d?administration. Pour ces raisons, j'émets un avis favorable à ce v?u.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Monsieur BLOCHE.

M. Patrick BLOCHE, adjoint. - Inévitablement rapidement, Monsieur le Maire, je souhaiterais seulement compléter ce que vient de dire Marie-Christine LEMARDELEY en vous faisant part de la consultation que j'ai effectuée à la demande de la Maire de Paris auprès des fédérations de parents d'élèves, confirmant ce que nous savions déjà, à savoir le fait que les lycéens ont vécu une séquence particulièrement anxiogène au moment même où ils étaient évidemment déjà très stressés par le passage du bac.

Et vous confirmer également que "Parcoursup" n'échappe pas aux soupçons d'un renforcement des inégalités sociales, avec des interrogations sur de possibles discriminations géographiques - Jean-Noël AQUA l'évoquait lui-même - ou des discriminations en fonction des filières, surtout qu'il peut y avoir des effets cumulatifs, notamment quand, à la Seine-Saint-Denis, on ajoute la problématique des filières techniques.

De ce fait et j'en termine là, les fédérations de parents d'élèves ont quand même rappelé avec force que "Parcoursup" restait un processus qui avait l'inconvénient d'obliger les jeunes à faire des choix quasi-définitifs à un moment où ils pouvaient légitimement, compte tenu de leur âge, se poser des questions sur leur avenir dans l'enseignement supérieur et sur leur avenir professionnel.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par M. Pascal CHERKI, Mmes Virginie DASPET, Nathalie MAQUOI, Carine PETIT, les groupes Communiste - Front de Gauche et Ecologiste de Paris, assortie d'un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2018, V. 417).