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Juillet 2018
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2018 DICOM 27 - Convention de co-organisation de la conférence "Mécénat territorial et collectivités".

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Projet de délibération DICOM 27. Convention de co-organisation de la conférence "Mécénat territorial et collectivités". Danielle SIMONNET.

M. Julien BARGETON. - Cela va trop vite.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, ce projet de délibération est fort intéressant. J?aimerais qu?on s?attarde sur une jolie phrase : "Le mécénat territorial stimule de nouveaux modèles de gouvernance et participe au développement de nouveaux usages". Je voudrais qu?on s?arrête sur cette phrase, parce que c'est vraiment une caricature de la novlangue libérale.

Pourquoi les collectivités territoriales... Cela fait rire M. Mao PENINOU, mais pourquoi les collectivités ne cessent de développer le recours au mécénat ? On peut se le dire, là, de manière "cash", franche et arrêter l?hypocrisie ? Tout simplement parce que les dotations de l?Etat aux collectivités territoriales ne cessent de diminuer. Et pourquoi les dotations de l'Etat aux collectivités territoriales diminuent ? Eh bien parce que les gouvernements successifs ne cessent de développer des cadeaux fiscaux, des niches fiscales aux grandes entreprises et aux plus hauts revenus et tournent donc le dos au principe de l'impôt redistributif, qui a fait le socle de la Révolution française, de notre République, et laissent ainsi faire l'optimisation fiscale et l'évasion fiscale qui appauvrissent l'Etat.

De la même manière, dans le même temps où les institutions européennes, avec un discours extrême libéral, font une injonction aux Etats de réduire les dépenses publiques et donc de briser aussi l'impôt républicain redistributif, on bascule dans le "à votre bon c?ur, Messieurs-Dames", "à votre bon c?ur, les grandes entreprises", "à votre bon c?ur, les plus riches", "choisissez le mécénat territorial, dans quoi voulez-vous donner pour financer les politiques publiques ?" Quelle est donc cette logique ? En plus, pour les remercier, la fiscalité concernant le mécénat, vous le savez bien, est toujours favorable et permet des cadeaux en retour. De l?obligation de l'impôt, on bascule dans le bon-vouloir des plus riches.

Quels nouveaux modèles de gouvernance cela donne ? Est-ce que cela donne de nouveaux modèles de gouvernance ? Qu?y a-t-il derrière ce terme ? C?est une jolie hypocrisie. Est-ce que notre Assemblée a véritablement la possibilité de délibérer sur la ventilation de ce mécénat ? Est-ce que notre démarche de démocratie participative se trouve renforcée par ce mécénat ? Non, puisque le mécène choisit où il affecte l?argent ! Ce n?est pas notre projet de délibération collectif qui en décide, y compris d?un point de vue de ce terme de "nouveau modèle de gouvernance". Oui, c?est moins de démocratie, excusez-moi !

Le peuple souverain et ses représentants qui siègent dans les différentes Assemblées se trouvent dépossédés de sa capacité de contrôle sur la manière dont on collecte l?argent public et dont on l?affecte, en fonction de quelle politique publique.

On nous parle de nouveaux usages. Là aussi, vous vous gargarisez ! Quelles sont donc les innovations et le nouvel usage ? Tarte à la crème ! "Nouveaux usages de l?espace public" : l?espace public sert pour valoriser les grands mécènes, leur permettre de redorer leur image de marque. Voilà toute l?hypocrisie à travers cette novlangue qui pousse à cela.

Autre mot magique dans ce projet de délibération : "l?attractivité des territoires". Bien sûr, personne ne souhaite que les territoires soient repoussants? mais va-t-on un jour arrêter d?utiliser ce terme totalement hypocrite ? L?attractivité des territoires est une façon de masquer tout simplement la logique de mise en concurrence et de compétition des territoires. Eh oui ! Dans la grande compétition des territoires, les mécènes choisissent ce qu?ils veulent investir au lieu que l?ensemble de la collectivité puisse bâtir des coopérations.

Je voterai contre, comme vous vous en doutez, ce genre de projet de délibération. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Monsieur le Maire, chère Danielle SIMONNET, malgré toute l?estime que j?ai pour vous, vous le savez, je vais épargner à l?hémicycle un énième numéro de duettistes sur la pertinence du mécénat. Quoique? J?étais assez déçu, vendredi soir, quand j?ai constaté que vous ne vous étiez pas encore inscrite sur le projet de délibération mais vous avez trouvé le temps de le faire ce matin. Je rappellerai simplement que le mécénat dans le secteur culturel, comme les partenariats, lorsqu?ils sont encadrés et répondent à des exigences, non, n?est pas une doctrine néolibérale qui tue la culture publique et son financement public. Nous avons des exigences très nettes. Il s?agit effectivement de refuser que le mécénat pallie le désengagement budgétaire et financier de la Ville de Paris. En ce qui nous concerne, c?est parfaitement le cas puisque les budgets continuent à être soit stables, soit en augmentation, lorsque nous faisons appel à du mécénat. Il faut que les contreparties soient acceptables - c?est systématiquement le cas - et contrôlé par le Conseil de Paris. Enfin, il faut garantir la liberté totale de l?artiste et de la programmation artistique. C?est évidemment toujours le cas en ce qui concerne la Ville de Paris.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DICOM 27.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DICOM 27).