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Juillet 2018
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IX - Question d'actualité posée par Mme Danielle SIMONNET à Mme la Maire de Paris relative à Autolib' et Vélib'.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Dernière question d'actualité, Madame SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Madame la Maire, honte à vous ! Mme BARATTI-ELBAZ, présidente du syndicat Vélib Autolib' Métropole, honte à vous ! M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint écologiste des transports, honte à vous !

Oui, vous arrêtez de façon précipitée Autolib' sans vous soucier du devenir des salariés ni de la vie des usagers. Vélib' est un fiasco, pas simplement un fiasco industriel, mais aussi un dumping social inacceptable qui a conduit au licenciement de grévistes, sans que je n'ai entendu la moindre expression de votre part, la moindre intervention publique de votre part, pour soit l'empêcher soit qu'il y ait une reprise immédiate des salariés de Vélib'.

Et résultat, vous nous annoncez à ce Conseil et dans la presse que le must de l'innovation pour demain, l'innovation de nos déplacements, et bien, ce serait le "free floating" pour les deux-roues comme pour les voitures. Honte à vous !

D'abord, sachez que le coût pour les usagers est bien plus élevé par le biais du "free floating" que lorsque les services de vélo ou de voiture en auto-partage relèvent du service public.

Pourquoi ? Parce que, d'abord, vous avez un coût de l'espace public qui est de fait non pris en charge par le "free floating", qui s'en lave les mains et que la collectivité aura à payer. Oui, le coût global pour la Ville et ses habitants est élevé, et même irresponsable.

Considérer que le service public, y compris en délégation ou en marché, ou au moins en concession, considérer que tout cela ferait "has been", considérer que le monopole serait le mal absolu, alors que pour les biens communs, il est utile. Considérer en somme qu'il n'y aurait pas d'alternative à la privatisation des services et des espaces publics, c'est une politique irresponsable. C'est même une démission du politique.

A quoi nous servent d'abord une Maire de Paris, un Conseil de Paris ? A quoi nous sert la démocratie, si votre but est de vendre la ville, ses rues, ses transports, son avenir ? Un commissaire-priseur ferait mieux ce travail que vous.

300 euros ou 500 euros, je ne sais même plus, annuels par véhicule pour que les loueurs de voitures, parce qu'on va les appeler comme cela, ce seront des loueurs de voitures, arrêtons avec cette noble langue qui se gargarise des nouvelles mobilités et d'auto-partage, ce sont des locations de voiture "one way" sans réservation. Donc, pour que ces loueurs de voitures puissent bénéficier de se garer à volonté dans Paris, comme vous le proposez dans le projet de délibération qui va suivre, sachez que c'est une mauvaise vente. C'est même un suicide municipal.

Vous qui n'avez que la gestion à la bouche, je vous le dis, vous ne savez pas gérer. C'est pourquoi nous en sommes là, à cause de contrats léonins avec Vincent BOLLORÉ. D'ailleurs, vous vous apprêtez avec le cousin, Thierry BOLLORÉ, directeur général délégué de "Renault", de lui permettre de se gaver avec la carte "Auto-partage Paris".

Mais ce sont à cause de ces contrats léonins Bolloré, de ces appels d'offres bâclés - "Smovengo" -, à cause de forfait qui n'est qu'une forfaiture, à cause d'une absence de vision autre que la privatisation.

Pour Paris, et parce que le pire est à craindre, si vous persistez à faire du sous-MACRON en guise de politique, ce serait pire avec du vrai MACRON ou ce serait l'équivalent, ma question est aujourd'hui une demande.

Quand allez-vous avoir une vraie politique municipale de l'espace public et des transports parisiens ? Quand allez-vous comprendre que nous sommes en République et qu'il y a des biens communs au nombre desquels le territoire municipal ? Quand allez-vous demander au législateur de faire son travail de régulation ? Quand allez-vous comprendre que le "free floating" n'est pas un modèle de développement durable mais, au contraire, un nouveau champ de bataille libérale ? Quand allez-vous arrêter de vendre notre ville, de mal la vendre et de la vendre tout court ? N'est-il pas temps, au contraire, d'engager la municipalisation de ces services et d'encourager les législateurs à rencontrer les activités des entreprises?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il faut conclure, Madame SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - ... privées du "free floating" dans l'intérêt écologique et républicain de la maîtrise de l'espace public.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - M. Christophe NAJDOVSKI pour vous répondre.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Madame SIMONNET, je pourrais vous retourner le compliment que vous nous avez adressé, mais je ne m'abaisserai pas à ce genre de pratique et de discours. Je répondrai sur le fond de votre question.

La question qui nous intéresse est la suivante. Comment l'intérêt général peut-il combiner intérêt financier des collectivités publiques, donc des citoyens contribuables, et intérêt des utilisateurs, donc des citoyens usagers ?

Les services de mobilité partagée sont aujourd'hui confrontés à la révolution digitale qui a bouleversé les offres de mobilité depuis quelques années. En témoignent l'apparition et le développement très rapide du nombre de V.T.C. qui a certes apporté de nouveaux services de mobilité, mais a aussi contribué à aggraver la congestion automobile, sans parler des conditions de travail des chauffeurs, obligés de travailler parfois jusqu'à dix-sept heures par jour pour gagner leur vie.

Nous devons aujourd'hui réfléchir et définir de nouveaux modèles de mobilité partagée. Avec Vélib', le choix a été fait de rester dans une logique de service public. Le service est prévu pour être déployé à l'échelle métropolitaine, y compris dans des zones moins bien desservies, donc moins rentables financièrement par définition, ce qui suppose donc des contributions publiques des collectivités.

Nous avons choisi aussi de rester dans une tarification de service public : 3,10 euros par mois pour l'abonnement de base, avec gratuité de la première demi-heure d'utilisation ; une tarification spécifique pour les jeunes de moins de 27 ans ; une réduction de 50 % de la tarification pour les boursiers ou encore les jeunes en insertion.

Pour ce qui est des offres de mobilité dite de "free floating", c'est-à-dire fonctionnant sans station et sans borne, nous avons entamé un processus d'encadrement qui a abouti, la semaine dernière, à la signature par la Maire de Paris d'une charte contenant des engagements sur le respect de l'espace public et le partage des données publiques avec les opérateurs de vélos et de scooters électriques dits en "free floating", cela alors qu'il n'y a aujourd'hui aucun cadre règlementaire. Nous avons donc devancé la loi.

Ce modèle de développement maîtrisé peut également être choisi pour les alternatives nouvelles à Autolib'. Avec le projet de délibération sur la carte Auto-partage que nous passons à ce Conseil, nous créons les conditions du développement d'une activité d'auto-partage en "free floating", mais nous exigeons une motorisation électrique et le paiement d'une redevance d'occupation du domaine public, sans que cela coûte aux contribuables, permettant ainsi d'investir dans d'autres équipements et services publics. Nous prenons également l'engagement de mettre en ?uvre une charte de bonnes pratiques avec les opérateurs. Nous souhaitons toutefois pouvoir compter sur des outils supplémentaires de régulation. C'est la raison pour laquelle nous avons demandé que la future loi d'orientation des mobilités nous permette d'accorder des licences d'exploitation, ce qui renforcera notre capacité à définir le modèle qui nous semble le plus vertueux. En conclusion, je dirai que nous continuerons à combiner initiative publique, comme l'aide au service Vélib', et régulation des activités des nouveaux opérateurs privés, avec un système de licence et de cahier des charges qui imposera des principes d'intérêt général et de service public à ces nouveaux services de mobilité.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Madame SIMONNET, vous reprenez la parole ?

Mme Danielle SIMONNET. - Oui, parce que ce que j'entends est consternant.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Excusez-moi?

J'ai Jean-Louis MISSIKA. Pardon, je vous redonnerai la parole après.

Jean-Louis MISSIKA ?

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Je constate que Danielle SIMONNET utilise l'expression "free floating" qui fleure, un peu quand même, l'impérialisme américain. Vous qui êtes une "insoumise", chère Danielle SIMONNET, vous ne devriez pas vous soumettre à ce type de vocabulaire. On peut parler de service de vélos en flotte libre, ou de service de scooters ou de voitures en flotte libre.

Je voudrais vous dire simplement qu'aujourd'hui, la régie dont nous avons besoin n'est pas celle que vous imaginez. Ce n'est plus aux collectivités publiques de fournir directement un service aux usagers. Par contre, nous sommes convaincus que la collectivité a encore un rôle majeur à jouer pour organiser, réguler, voire même interdire si cela s'avère nécessaire, les offres privées qui sont amenées à se développer, que ce soit pour le transport de personnes ou de marchandises.

Oui, la collectivité publique doit pouvoir réguler ces véhicules qui circulent et stationnent dans les rues et dans l'espace public, mais elle doit le faire en collaboration avec les opérateurs privés pour définir des règles qui profitent à tous, participent à l'intérêt général, intègrent les externalités environnementales, garantissent un partage équitable et de l?espace public, et répondent à nos objectifs d'accessibilité.

La régie dont nous avons besoin, c'est une plate-forme de plates-formes pour organiser les mobilités connectées, et nous y travaillons. J'espère que nous pourrons annoncer des avancées à la rentrée. Mais nous avons déjà signé cette charte de bonne conduite qui est une préfiguration de la façon dont nous devons nous y prendre. Mais, non, ce n'est pas à une collectivité publique, et encore moins à la Ville de Paris toute seule, de fournir un service de transport en régie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Je vous redonne la parole, Madame SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Je trouve cela encore plus consternant. M. Jean-Louis MISSIKA a le mérite, au moins, de la franchise.

Sur le petit jeu sur le mot, si j'utilise "free floating", c'est parce que vous n'arrêtez pas de vous gargariser de tous ces mots anglo-saxons, dont vous vous empêtrez à longueur de journée dans l'ensemble des projets de délibération et l?ensemble des articles de journaux.

Franchement, votre plate-forme des plates-formes. Vous pensez que l'objectif de notre collectivité est simplement d'accompagner par des chartes non contraignantes l?"ubérisation" de l'ensemble des activités humaines et de permettre que la Ville de Paris soit un vaste terrain de jeu pour que certains se gavent sur le dos des autres ? Je crois encore aux services publics. Je pense encore qu'il n'y a pas de République sans services publics. Je pense que notre rôle d'élu, ici, c?est de justement organiser ces services publics et pas simplement de soi-disant réguler avec des chartes qui n?ont aucun pouvoir. Parce que, franchement, vous allez permettre au cousin de BOLLORÉ, à coup de 300 euros par mois pour une voiture posée, de pouvoir développer de la location de voitures "one way", un seul voyage? Excusez-moi, mais "one way", ce sont des mots que vous utilisiez lorsque vous avez fait voter la délibération sur Bolloré Autolib? à l'époque.

Un voyage où l?on n'a pas besoin de ramener sa voiture : cette vision irresponsable qui ne permet pas de réduire l'encombrement de la voiture en ville, vous nous vantez ce modèle-là, où ce sont les entreprises privées qui prennent notre Capitale comme terrain de jeu. Franchement, quand j'ai vu le fiasco que représentait la manière dont vous n'avez pas été capables de développer la plate-forme "Paris : le taxi", quand je vois votre incapacité à gérer Vélib' 2, oui, je suis inquiète par le fait que vous ne faites qu'accompagner l'accélération des intérêts privés, de la vente et du dépeçage de la Capitale en fonction de ces intérêts privés. Le fait que, dans aucune de vos deux réponses, chers collègues, vous n'ayez mentionné le devenir des salariés d'Autolib', le devenir des salariés de Vélib? et que dans aucune de vos deux interventions, vous n'ayez répondu à : quel sera concrètement le coût pour les usagers ? Combien ces services vont-ils coûter à l'usager et combien cela va-t-il coûter à la collectivité ? Parce que qui fait l'entretien des routes ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame SIMONNET?

Mme Danielle SIMONNET. - Qui fait l'entretien des places de stationnement ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous avez épuisé votre temps de parole et nous en avons terminé avec les questions d'actualité. Je vous remercie.