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2018 DU 71 - "Bercy-Charenton" (12e). Déclaration de projet emportant mise en compatibilité du P.L.U. Dossiers de création et de réalisation de la Z.A.C. Désignation de l’aménageur. Protocole foncier Ville/S.N.C.F./Aménageur. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la Râpée inférieure. Vœu déposé par les groupes Socialiste et Apparentés et Communiste - Front de Gauche relatif à l'implantation d'une piscine. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à la création d'une piscine. Vœu déposé par le groupe Démocrates et Progressistes relatif aux consultations. Vœu déposé par M. LAURET relatif à la part de logements sociaux et à la maîtrise des charges. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à une votation citoyenne sur les immeubles de grande hauteur. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif aux impacts des immeubles de grande hauteur. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif aux immeubles de grande hauteur. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à la proportion de logements sociaux. Vœu déposé par le groupe les Républicains et Indépendants relatif à l'implantation d'un commissariat. Vœu déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants relatif à une réévalutation à la hausse de la végétalisation dans le cadre du projet. Vœu déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants relatif au projet de création d'une nouvelle gare du RER D. Vœu déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants relatif à une étude d'évaluation des flux tous modes. Vœu déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants relatif à la diversification des catégories de logements sociaux. Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à la mise en place de votations citoyennes. 2018 DASCO 10 G - Approbation du principe de construction d’un collège avec logements de fonction dans la Z.A.C. "Bercy-Charenton" (12e).

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

Mme Pauline VÉRON, adjointe, présidente. - Nous avons maintenant le débat organisé sur "Bercy Charenton". Il s?agit du projet de délibération DU 71 : déclaration de projet emportant mise en compatibilité du P.L.U. ; dossiers de création et de réalisation de la Z.A.C. ; désignation de l?aménageur ; protocole foncier Ville/S.N.C.F./Aménageur.

Juste pour préciser, le dossier DASCO 10 G figure dans ce débat organisé.

Je vous propose une suspension de séance de 2 minutes et nous reprendrons nos débats.

(La séance, suspendue à seize heures cinquante-trois minutes, est reprise à seize heures cinquante-quatre minutes, sous la présidence de Mme la Maire de Paris).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous reprenons, après une suspension expresse, notre séance dont le débat vient d?être annoncé par Pauline VÉRON. Nous allons donc aborder les projets de délibération relatifs à la Z.A.C. "Bercy-Charenton".

Mes chers collègues, depuis le début de cette mandature, nous avons à c?ur de bâtir un aménagement urbain qui soit mis au service des Parisiens, au service du développement durable, de la mixité, de l?accès de toutes et tous à un cadre de vie agréable. Ce sont des objectifs qui guident ce qui s?annonce à tout point de vue comme un des grands chantiers de la décennie, à savoir l?aménagement de la zone Bercy-Charenton qui constitue un enjeu fort pour les Ville de Paris et de Charenton-le-Pont.

Je sais que nous allons avoir un débat dans lequel des positions, parfois exprimées de façon historique dans cette Assemblée, avant même cette mandature, vont trouver à s?exprimer. Je voudrais que chacune et chacun resituent le débat que nous avons et que nous allons avoir sur Bercy-Charenton dans le contexte, dans le cadre qui est celui de notre mandature et celui de ce mois de juillet 2018.

Dès 2001, la question de l?urbanisme, de l?évolution urbaine de Paris a été posée par Bertrand DELANOË, par l?équipe, et certains ici sans doute se souviennent du vote du premier P.L.U. de Paris en 2006, qui avait été l?objet de très nombreux débats, parfois de vives controverses, notamment sur des questions fondamentales comme celles de la mixité des fonctions à Paris, la place du logement social, mais aussi de la mixité de la ville sous tous ces aspects ou encore celles relatives à la question des hauteurs.

Dans la mandature de 2001 à 2008, il n?y avait pas eu de majorité pour porter l?idée qu?à certains endroits dans Paris, la question des hauteurs pouvait ne pas être taboue et pouvait donner lieu à des émergences, à des propositions architecturales qui viennent apporter un plus à notre ville sans la transformer, bien sûr, en ce que sont devenues d?autres métropoles que l?on aime, mais dont personnellement je n?aime pas du tout l?évolution urbaine et architecturale. Je pense notamment à la métropole de Londres : alors que nous faisions le pari d?une architecture plus délicate, intégrant toutes les fonctions de la ville et laissant une place importante au logement social, d?autres villes, comme Londres, avait fait le choix de ne justement pas faire de logement social. Cela nous avait été beaucoup reproché. Je pense que, 15 ans après, nous mesurons à quel point nous avons eu raison de suivre un chemin beaucoup plus équilibré, en tout cas qui cherche à mixer les différentes fonctions de la ville. D?ailleurs, mon ami, le maire de Londres, Sadiq KHAN, est lui-même confronté aujourd?hui à une évolution de cette ville dans laquelle il souhaite inscrire beaucoup plus d?habitants, en inscrivant notamment une dimension relative aux logements sociaux et en prenant l?exemple de Paris pour remettre des habitants au c?ur de la ville.

En 2008, deuxième mandature de Bertrand DELANOË, nous avons porté le débat, et je l?ai porté directement, en charge de l?urbanisme et de l?architecture. J?ai porté le débat relatif à l?évolution urbaine et architecturale, mais aussi à la question des émergences, de la hauteur dans Paris. Ce débat, pour ceux qui s?en rappellent ici, avait été un débat fort, avec ses controverses, avec, ce qui est normal dans une enceinte démocratique, différentes visions de la ville qui s?opposaient. Ce débat a été tranché dans le sens d?une évolution qui est celle qui a pu s?exprimer sur des sites qui, dès 2008, ont fait l?objet d?un travail particulier, des sites qui pouvaient être des sites dans lesquels ces émergences pouvaient avoir lieu parce qu?ils s?inscrivaient en couture urbaine avec nos voisins.

Jean-Louis MISSIKA, alors en charge de l?innovation, avait accompagné ce mouvement car c?est un même mouvement d?innovation qui nous a permis de faire bouger l?urbanisme parisien sans rien retirer à la force et à la qualité de Paris et à sa dimension historique. Les sites que nous avions retenus dans la mandature précédente pour être des lieux qui pouvaient donner lieu à de la créativité, à de la création architecturale, voire même à de la hauteur, sachant que la créativité architecturale ne passe pas forcément par la hauteur, sont des sites sur lesquels nous avons apporté des preuves.

Je pense au très beau secteur de "Paris Rive Gauche", Monsieur le Maire du 13e arrondissement, secteur qui vous doit beaucoup, qui montre aussi le renouveau architectural parisien, qui fait aujourd'hui l'objet pas simplement d'une curiosité mais d'une intention toute particulière, site sur lequel nous avons cette créativité architecturale avec des immeubles de logement de 50 mètres qui ont été réalisés, mais également site sur lequel nous aurons un immeuble, une tour de Jean NOUVEL, la tour Duo, deux tours qui viendront apporter un signal dans la relation, notamment avec Ivry.

Un autre site qui avait été aussi l'objet de très nombreuses controverses et parfois oppositions assez viscérales, c'est le site de Clichy-Batignolles. Clichy-Batignolles, un secteur pour lequel nous sommes ici un certain nombre à nous souvenir de ces réunions publiques dans lesquelles on nous accusait de vouloir faire des tours et des barres. En fait, un site sur lequel, aujourd'hui, s'est exprimée une grande qualité architecturale, avec des architectes du monde entier qui sont venus construire des immeubles de logement, des équipements, des immeubles de bureaux, un magnifique tribunal de grande instance, premier immeuble de très grande hauteur à Paris après la Tour Montparnasse et les tours du front de Seine, un immeuble magnifique construit par Renzo PIANO, qui d'ores et déjà montre ce signal, ce signal très important sur un site que nous avions prédéterminé pour cette émergence.

Il y a aussi le site de la porte de Versailles, sur lequel nous avons eu à débattre, à nous opposer, avec les soubresauts que nous avons connus sur la tour Triangle mais avec un vote qui nous permet d'avancer sur la création, là aussi, d'un signal vers nos voisins, une émergence qui marque aussi une porte, une ouverture sur Paris.

Parmi tous ces sites, un autre site, un site ressemblant beaucoup plus, d'ailleurs, par ses caractéristiques au site de Clichy-Batignolles, puisque c'est construit sur des emprises ferroviaires, des lieux qui étaient dédiés à une logistique urbaine en pleine mutation, et un site qui va donner lieu à un nouveau quartier de Paris, en lien avec sa Métropole. Nous avons commencé à travailler sur ce site dès 2008.

Dans la mandature précédente, il y a eu un travail porté par l'architecte urbaniste ROGERS et ses équipes, Madame la Maire du 12e arrondissement, qui a permis de faire venir, de travailler avec des collectifs d'habitants, quoique, par définition, c'est un site sur lequel il n'y a pas d'habitants. Il y a forcément un arrondissement, des riverains mais aussi des gens qui aspirent à pouvoir habiter dans ces lieux, des associations aussi. Je pense aux associations qui se mobilisent à Paris pour le logement, qui interviennent et qui sont intervenues sur l'urbanisme de ce site.

Sous cette mandature, Jean-Louis MISSIKA porte non seulement l'architecture, l'urbanisme mais aussi l'innovation et le Grand Paris, autant de sujets qui se conjuguent précisément à cet endroit de la Capitale.

La proposition qui vous est faite aujourd'hui est une proposition qui s'inscrit pleinement dans la vision qui est la nôtre et nous avons une preuve de cette vision avec ce que nous avons déjà réalisé. N'en déplaise aux uns et aux autres, ce qui est réalisé, par exemple à Paris Rive Gauche ou à Clichy-Batignolles, ce sont des preuves d'un urbanisme délicat, d'un urbanisme qui prend soin justement des habitants en proposant une mixité aussi des fonctions de la Ville. Et cela a à voir avec cela.

En effet, le débat que nous allons avoir ? J'invite chacun après cette séance à reprendre les débats que nous avions, notamment sur Clichy-Batignolles et j'espère qu'il ne sera pas aussi copier-coller que ce qui avait pu être dit avant que Clichy-Batignolles ne soit ce quartier, dont je suis heureuse qu'aujourd'hui il nous rassemble. Je suis heureuse parce qu'en septembre prochain, lorsque nous allons inaugurer la dernière tranche de logements sur Clichy-Batignolles, je suis sûre que toutes et tous nous allons nous retrouver pour dire combien c'est formidable.

Eh bien, justement, c'est parce qu'il y a ces preuves que ce que nous voulons faire à Bercy-Charenton est crédible. Ce que nous voulons faire à Bercy-Charenton, c'est un programme d'aménagement ambitieux qui répond à des déséquilibres territoriaux que nous connaissons bien à Paris. J'écoutais tout à l'heure un certain nombre d'interventions sur notamment le Scot. On nous dit "il n'y a pas assez de logements, il y a trop de logements, il n'y a pas de couture", mais si sur des territoires, comme celui de Bercy-Charenton, on ne crée pas un morceau de ville, avec toutes ses fonctions, y compris des fonctions d'habitat, si sur ces territoires, une ville comme Paris - qui est une ville qui ose et qui a gagné des places dans tous les grands challenges internationaux - revient à quelque chose qui relève de "pas trop de logement, pas de logement, pas à cet endroit-là", alors c'est une ville qui s'arrête.

Moi, je suis pour une ville qui bouge, qui innove et qui prend soin de ses habitants en créant le logement et en créant les activités qui vont avec. C'est ce projet que nous portons, ici, à Bercy-Charenton. Un projet dans lequel on rééquilibre l'emploi vers l'Est. 12.600 emplois sont prévus, là où d'autres avant nous avaient pensé les emplois à l'Ouest et des logements très loin à l'Est. Nous rééquilibrons. Mais un vrai quartier de vie dans lequel 9.000 habitants vont venir résider. Cela aussi, c'est une innovation.

On ne peut pas nous dire qu'à cet endroit on va faire de la densité. Non, la densité à cet endroit sera beaucoup moindre, bien inférieure à la densité du c?ur de Paris. Et n'essayons pas de faire croire que ce que nous faisons là, nous voulons le faire partout dans Paris, y compris dans les quartiers historiques. La question des tours a été tranchée dans la façon dont elle a été votée sous la précédente mandature. En tous les cas, je suis en cohérence avec moi-même, permettez-moi au moins d'être cohérente avec moi-même, à savoir que les tours, les émergences ont leur place à des endroits où on est en couture, en relation avec nos voisins et avec le Grand Paris. C'est difficile, d'ailleurs, de prôner le Grand Paris tout en prônant le fait qu'une friche ferroviaire reste une friche ferroviaire.

Mes chers collègues, avant d'ouvrir ce débat, je veux vous dire et je veux dire aux Parisiens qui nous écoutent que ce qui nous guide, ce n'est pas quelque chose qui pourrait relever d'un certain nombre de fantasmes, de propositions ou de caricatures qui peuvent être prononcés ici et là. Ce qui nous guide, c'est ce que nous avons aussi déjà réalisé.

Moi, je fonctionne avec des preuves et ces preuves sont là. Ces preuves sont là, elles sont là et elles sont récompensées. D?abord, par la façon dont les habitants vivent dans ces nouveaux quartiers, quartiers dans lesquels ils nous disent combien ils sont heureux de pouvoir trouver un immense espace vert - je pense au parc Martin-Luther-King -, combien ils sont heureux de trouver des écoles, des équipements, des crèches. Oui, nous sommes la première ville aujourd'hui en nombre de places de crèche par enfants de moins de trois ans, combien ils sont heureux de trouver un certain nombre de services et des logements.

Oui, cela a été dit tout à l'heure, Monsieur AZIÈRE, vous le disiez, Paris est une ville qui est chère, qui a besoin de logements. Il y a une crise du logement et, bien sûr, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi, il ne s'agit pas de bétonner Paris, mais venez me dire que la preuve que je vous apporte avec Clichy-Batignolles, c'est du bétonnage ; on en parle et je veux bien assumer publiquement le débat que nous aurons là-dessus. Non, je suis responsable de Clichy-Batignolles du début à la fin ; chers amis, j'en revendique la responsabilité pleine et entière.

Alors, mes chers collègues, voilà comment je souhaite aborder ce débat. Ce débat, je veux l'aborder dans la clarté et dans la transparence. Chacun assume ses actes, j'assume les miens. Ce Paris que nous voulons construire, c?est ce Paris qui s'inscrit bien sûr dans le Grand Paris mais c'est un Paris qui prend soin de ses habitants, qui remplit ses fonctions, notamment la fonction de logement, la fonction de rééquilibrage, mais aussi avec cette volonté de faire de notre Ville une ville durable.

Merci, mes chers collègues.

Je vais à présent donner la parole?

Eh oui, vous savez, je me sens responsable de tout le bilan depuis 2001 ! De tout le bilan, de ce qui est positif comme de ce qui est négatif, mais de tout le bilan, y compris ce qui est positif et y compris Clichy-Batignolles. Et il y a des témoins ici et il y a des témoins chez les Parisiens. Il y a des témoins !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - M. Nicolas BONNET-OULALDJ, président du groupe Communiste - Front de Gauche, vous avez la parole.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

C?est un plaisir d?être le premier à m?exprimer sur ce projet de délibération.

C?est un nouveau quartier qui concentre à lui seul tous les défis auxquels nous devons répondre.

D?abord, construire la ville de demain dans un rapport complexe entre le besoin d?un habitat densifié mais qui tienne compte du déficit en logement social dans notre Capitale.

Construire l?emploi de demain en renonçant au zonage qui a été source d?étalement de la ville, qui a éloigné l?emploi de l?habitat. Les nouveaux modes de production nous permettent désormais d?envisager une ville, un quartier où l?on peut vivre et travailler.

Utiliser les entrées de la ville, ferroviaires ou fluviales, pour que la logistique propre soit l?avenir du développement urbain et le fer de lance de la lutte contre la pollution.

Faire ville, c?est aussi concevoir dès le départ des équipements publics, des espaces verts qui sont indispensables à la qualité de vie.

Après douze ans de débats et de concertation, nous devons aujourd?hui décider devant les Parisiens. Ce sont des heures de discussion au Conseil du 12e arrondissement, au Conseil de Paris, des dizaines de réunions avec les habitants, une enquête publique qui nous a incités à modifier le projet selon l?avis du commissaire enquêteur et des habitants. Nous voici à l?heure des choix sur l?un de nos engagements de campagne.

Personnellement très impliqué sur ce dossier dans le 12e arrondissement, j?ai défendu avec mon groupe un objectif : permettre à des Parisiens de rester vivre et travailler à Paris. Et ce sont trois exigences que nous retrouvons dans ce projet de délibération : le logement social, l?emploi et la lutte contre la pollution.

La construction de 270.000 mètres carrés de logements sociaux, dont 57 % de logements sociaux de tous types permettent dès la conception de ce nouveau quartier une réelle mixité sociale.

Ce sont 210.000 mètres carrés d?activités tertiaires qui répondent à notre engagement de rééquilibrer l?emploi entre l?est et l?ouest de Paris.

Ce sont 18.000 mètres carrés de commerces et d?artisanat qui doivent s?inspirer des politiques publiques que nous avons initiées au cours de ce mandat, avec notamment la valorisation de la localisation de la production à Paris, la création des "FabLab" innovants, et le maintien et la réhabilitation de l?ancienne gare de la Rapée, autrement appelée tunnel Baron-Le-Roy. Je vous propose d?ailleurs ici même un amendement afin que cette exigence autour de la relocalisation de la production soit un axe fort dans ce projet de délibération.

Enfin, 45.000 mètres carrés pour un nouvel hôtel logistique urbain qui permettra une meilleure connexion avec le c?ur de notre ville, des espaces verts plus nombreux qu?aujourd?hui, le maintien et l?utilisation de la petite ceinture dont nous continuons à plaider pour sa réversibilité et son utilisation.

Ce sont des équipements publics : trois crèches, deux groupes scolaires, un collège et sa salle de sport, un gymnase, une bibliothèque, un espace de tri et, comme nous le demandons avec la maire du 12e, Catherine BARATTI-ELBAZ, une nouvelle piscine à travers un v?u que nous avons déposé.

Alors, certains ne voient que les tours. Moi, j?y vois tout cela, tout ce qui fait un nouveau quartier expérimental à une porte de Paris.

Je reconnais le mérite de la constance depuis quarante ans de nos amis écologistes qui sont contre les tours. Nous avons un débat : faut-il construire la ville de manière verticale ou horizontale ? Je pense qu?une métropole qui s?étend à l?horizontale entraîne des conséquences en matière environnementale et sociale encore plus graves : éloignement entre lieu de travail et lieu d?habitation, augmentation du trafic, pollution et aussi, ce n?est pas rien, l?augmentation des temps de transports, moins de temps familiaux et de loisirs, moins de temps pour la vie citoyenne et sociale.

Puis il y a les critiques des opportunistes, celles et ceux qui aimaient les tours des années 1970 et 1980 dans le 13e et le 19e quand c?était à droite, qui aiment les tours à Charenton quand c?est à droite, mais qui détestent les tours dans le 12e quand c?est à gauche parce qu?il s?agit de logements sociaux.

Leurs arguments, on les connait, ils ont été même jusqu?à dire dans le Conseil du 12e arrondissement que l?on refaisait la cité des 4.000 de La Courneuve. Quelle honte quand on ne connaît pas ces quartiers, quartiers populaires dont on devrait pourtant s?inspirer, notamment à travers un grand programme de rénovation urbaine qui a eu lieu dernièrement.

Alors reste une question, celle des transports. Vous le savez, Madame la Maire, c?est notre réserve. Aujourd?hui, le tramway est saturé, il faudra donc une station RER ou un métro à cet endroit. On peut également imaginer l?utilisation de la petite ceinture, ce que nous défendons depuis toujours. Didier LE RESTE reviendra sur ce sujet. Ce serait la plus belle manière de défendre l?histoire et l?héritage de la vocation ferroviaire de cette porte de Paris que d?allier l?histoire et l?innovation. Pour toutes ces raisons, Madame la Maire, avec cette réserve sur le transport, nous voterons pour ce projet car nous obtenons toutes les garanties que nous avons portées depuis le début sur ce projet de délibération. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Président.

Je donne la parole à M. Alexandre VESPERINI, pour le groupe PPCI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, je crois qu?il y a quatre questions simples et fondamentales qu?il faut se poser quand on observe ce projet.

La première question est une question sociale : veut-on loger, oui ou non, les Parisiens à Paris ? Je rappelle un chiffre : sur 200.000 demandeurs de logements sociaux, 130.000 sont parisiens. Par conséquent, je ne vois pas comment nous pouvons d?un côté vouloir renforcer la vitalité de Paris, et de l?autre nier à ceux qui font cette vitalité la capacité de pouvoir y habiter. Mon collègue Nicolas BONNET-OULALDJ vient de le dire.

J?ajoute également que si nous refusons Bercy-Charenton, ces logements ne seront pas supprimés mais simplement déplacés et créés ailleurs, en grande banlieue, générant ensuite l?amplification de l?étalement urbain avec les conséquences que nous connaissons sur le plan financier, les dépenses pour les transports, et également sur le plan écologique avec la perte de nombreuses terres agricoles. On le voit depuis de très nombreuses années déjà en Ile-de-France.

La deuxième question qu?il faut se poser : veut-on, oui ou non, renforcer l?attractivité de Paris ? Paris n?est pas seulement en compétition avec Londres, New York et Tokyo, Paris est aussi en compétition avec des territoires qui sont au c?ur de la région Ile-de-France. Dans quelques années, dans moins de dix ans, moins de cinq ans parfois, de très nombreuses villes vont être desservies par le Grand Paris Express et par des gares flambant neuves avec de nouveaux quartiers de logements. Ce sont ces villes-là qui nous concurrenceront demain. Si nous refusons Bercy-Charenton, je vous le donne en mille : les investisseurs commenceront à nous tourner le dos et à aller vers ces territoires qui sont aux marches de la Métropole.

La troisième question que je voudrais évoquer : voulons-nous, oui ou non, faire une métropole ? On vient d?évoquer le Scot. On veut faire une métropole, très bien. Alors commençons par regarder d?un ?il un peu bienveillant, un peu positif ce projet de délibération et ce projet.

J?ai eu le maire les Républicains de Charenton au téléphone, très franchement, je pense que si on veut faire une métropole, commençons par dire oui à ce collège interdépartemental qui va faire se réunir des élèves parisiens et des élèves de Charenton. Commençons par dire oui à ce grand projet de plateforme de logistique urbaine qui sera le premier pôle de logistique urbaine mené par La Poste en France grâce au projet "Inventons la Métropole".

La quatrième et dernière question que je voudrais évoquer ici et qui est probablement la plus importante. C?est une question d?ordre politique : sommes-nous en cohérence avec nos convictions ? Sommes-nous en cohérence avec le mandat qui nous a été confié par nos électeurs ?

Sur ce sujet, je comprends très bien la position des écologistes. Ils sont contre les tours. La croissance, très franchement, depuis des décennies n?a jamais été leur priorité. Je ne partage pas cette position ou très partiellement, mais je la respecte, je la conçois. La position de la France insoumise, je la connais. La position de la majorité, on la connait.

Je pense qu?à un moment donné, il faut être en accord avec ses convictions et je ne comprends pas certaines positions, plus exactement certaines postures. A titre personnel, j?ai longtemps appartenu à une famille politique qui donnait la priorité à la croissance, à la création de richesses, à la maîtrise des finances publiques, qui appelait par exemple les villes à générer de nouvelles recettes fiscales. Avec Bercy-Charenton, nous aurons de prochaines recettes fiscales. J?ai appartenu à cette famille politique jusqu?à ce qu?une grande partie de ses leaders commence à dire n?importe quoi sur l?augmentation du Smic, sur la suppression de l?I.S.F. et tout à coup ils étaient favorables à l?I.S.F?

Vous allez très vite voir le rapport.

Bref, je retiens de l?année dernière l?élection présidentielle d?Emmanuel MACRON, au cours de laquelle nous avons tous appris une chose. En tout cas, personnellement, c?est ce que j?ai retenu. J?ai retenu qu?à un moment donné il fallait parfois regarder les choses en se débarrassant de ses appartenances partisanes, de ses réflexes d?opposant ou de pro-majorité. J?ai eu ces réflexes partisans à titre personnel, par exemple sur la tour Triangle.

Maintenant, je crois qu?il est temps, quand des projets de délibération de ce type nous sont présentés, de les regarder en se disant non pas quel est l?auteur de ce projet de délibération, mais quel est le contenu de ce projet de délibération.

Alors bien évidemment, il y a des correctifs qu'il faudra adopter. Bien sûr, ce projet n'est pas parfait. Jérôme DUBUS présentera les amendements du groupe PPCI sur ce sujet, sur le plan environnemental, sur le plan social, sur la proportion du nombre de logements sociaux. Mais à un moment donné, je crois qu'il faut parfois dépasser ces vieux clivages, cette vieille façon de faire de la politique politicienne dont nos électeurs ne veulent plus. Il faut parfois prendre ses responsabilités, et c'est ce que je vous invite à faire à titre personnel. Il y a des oppositions de principe autour, je les comprends tout à fait, elles dépassent largement les clivages écologistes, mais il y a aussi, à un moment donné, des convictions en faveur de l'économie, en faveur du social, en faveur du logement, en faveur de la création de logements, sur lesquelles nous devons être au rendez-vous. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur VESPERINI.

M. Buon Huong TAN pour le groupe RG-CI.

M. Buon Huong TAN. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, nous voici donc réunis pour débattre et surtout pour voter un projet de délibération décisif pour un projet d'aménagement urbain emblématique.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Juste un instant, Monsieur Buon Huong TAN, pouvez-vous écouter les orateurs ? Merci. Monsieur Buon Huong TAN, vous pouvez poursuivre.

M. Buon Huong TAN. - ... un projet emblématique qui a fait couler tant d'encre et nourri tant de débats depuis plus de deux mandatures.

Pour mon groupe, ce projet est aussi emblématique que nécessaire parce qu'il occupe l'une des dernières réserves foncières dans le c?ur de Paris.

Ce projet fait sens car il s'inscrit dans la transformation de notre pays.

D'abord, au niveau national, avec le projet de loi Elan qui libère la construction et protège les plus fragiles, et au niveau local ensuite, nous venons de nous prononcer sur la contribution parisienne au Scot métropolitain, car c'est bien à l'échelle métropolitaine qu'il nous faut désormais penser notre aménagement pour voir naître des projets cohérents.

Cohérent, ce projet l'est. Alors, oui, certains s'y opposent frontalement. Nous écoutons les détracteurs de projet et nous entendons leurs craintes qu'il faut savoir non seulement écouter mais aussi apaiser.

Mais comment aujourd'hui s'opposer à la création de 13.000 emplois et de logements pour 9.000 personnes ?

Lors du débat précédent, la présidente de mon groupe rappelait son attachement au rééquilibrage à l'Est de l'attractivité économique, et ce projet y contribue pleinement.

Ce rééquilibrage, qui a débuté à la Z.A.C. P.R.G. "Paris Rive gauche" dans le 13e arrondissement, il y a une vingtaine d?années maintenant, doit se poursuivre. C'est une formidable opportunité de créer des emplois et de l'activité économique dans le Sud-Est parisien. Pouvons-nous y renoncer ? Je ne le pense pas. Pouvons-nous refuser également le désenclavement des quartiers de Bercy et de la Vallée de Fécamp par l'arrivée de nouvelles infrastructures et d'équipements publics ?

Que la construction de six tours inquiète est concevable. L'expérience de certains projets des années 70 peut susciter des inquiétudes.

Depuis, la technologie a évolué, et le projet lui-même a beaucoup évolué au cours de ces années de débat, notamment dans la procédure d'enquête publique. Mais nous concédons qu'il reste encore beaucoup à faire et qu'il nous faudra être particulièrement vigilant pour que l'objectif affiché d'un quartier résilient exemplaire ne relève pas du simple affichage, mais soit aussi une réalité.

Comment ? En fixant des orientations stratégiques précises avec l'aménageur concessionnaire. A nous aussi d'être vigilants et d'anticiper les possibles détériorations dans le temps pour ne pas reproduire les erreurs du passé.

A nous aussi de veiller à une qualité architecturale, énergétique et écologique sans faille pour ces six tours. Nous avons voté, en début d'année, le Plan Biodiversité qui fixe des objectifs ambitieux qu'il faudra prendre en compte. Comment ? En insérant au mieux le végétal dans ces constructions, à la fois bénéfique pour l'environnement et le bien-être des futurs résidents.

Cet objectif d'un quartier résilient exemplaire s'applique en premier lieu en matière de logement. Un seuil de 57 % de logements sociaux a été fixé. Il faudra assurer une véritable mixité avec des logements accessibles à tous, et notamment aux classes moyennes.

C'est d'ailleurs ce que je portais à l'Assemblée nationale, il y a quelques semaines, dans le cadre d'examen du projet de loi Elan.

Le projet "Bercy-Charenton" doit contribuer concrètement au maintien de toutes les classes sociales dans Paris. Nous devons en faire une priorité, sans oublier le logement intermédiaire en vente ou en accession à la propriété.

Alors que nous parlions hier de la politique en faveur du handicap par la Ville de Paris, on ne peut parler de logement sans évoquer l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Un objectif de 100 % a été affiché par Mme la Maire, au-delà donc des réquisitions au fait de la loi, mais comment les rendre adaptables à tous les types de handicap. Il sera important de travailler avec les associations pour comprendre et intégrer au mieux la multiplicité des besoins.

Enfin, il ne faudra pas oublier l'importance des espaces verts qui permettront à ce nouveau quartier d'être agréable à vivre.

Il y a sûrement à s'inspirer de ce qui se fait chez certains de nos voisins. Je pense, par exemple, à Milan, ville industrielle, qui a réussi le pari de construire de nouveaux quartiers modernes avec, en son c?ur, des îlots de verdure. Comment traduire l'objectif d'un quartier résilient exemplaire dans le développement d'activités économiques ? Des programmes hôteliers annoncés sont d'excellentes nouvelles pour l'attractivité du Sud-Est de Paris, développement qui pourra irradier les quartiers voisins et contribuer à leur dynamisme pour renforcer notamment l'attractivité commerciale et touristique de Bercy Village ou du 13e au travers des quartiers des Olympiades et d'Italie. Nous ne devons pas tomber dans le piège des grandes tours d'affaires dévitalisées et vidées les heures de bureaux achevées, d'où l'importance de voir fleurir en bas des immeubles, des commerces, des services, des restaurants ou encore des artisans pour créer une véritable vie de quartier. Le quartier rénové de la B.N.F., dans le 13e arrondissement, est un bon exemple de mixité urbaine respectée entre nouveaux logements, activités économique, culturelle et éducative. Enfin, pour conclure, j'aimerais formuler le v?u d'un futur quartier modèle qui incarnera le visage d'un quartier moderne et innovant, et où la culture aura toute sa place. Que le projet, dès sa conception, se nourrisse des innovations de demain pour ne pas s'apercevoir à sa livraison qu'il est déjà obsolète. Qu'il se construire également en connecté, que chaque espace, chaque immeuble, chaque infrastructure soit imaginé les uns vis-à-vis des autres, dans une logique de réseau cohérent et équilibré, avec notre vision de la ville pour l'horizon 2030. Vous aurez compris, notre groupe votera donc ce v?u. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Monsieur Buon Huong TAN.

La parole est à Mme Florence BERTHOUT, présidente du groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, chers collègues, en vous entendant, je me disais "mais est-ce que les dieux de l'Olympe de l'Exécutif parisien vont enfin descendre, de temps en temps, sur la terre ferme de nos quartiers, avec les vrais gens, toutes ces Parisiennes et Parisiens qui aspirent légitimement à respirer et à travailler dans un environnement apaisant et dans une ville à visage humain".

Car, enfin, chers collègues, qui oserait sincèrement prétendre dans cet hémicycle qu'il rêve pour lui, pour sa famille, pour ses proches, pour ses collègues de travail, d'un avenir radieux dans l'une des six tours de la Z.A.C. "Bercy-Charenton", coincée entre les voies ferrées, le périphérique et un n?ud autoroutier saturé que vous n'envisagez même pas de cacher.

Qui ? J'entends Jean-Louis MISSIKA qui dit "moi" ! Prenons rendez-vous, tu n'iras pas, cher Jean-Louis !

Alors, pourquoi et au nom de quelle vision anachronique et autoritaire de l'urbanisme, nous allons imposer cela aux habitants du 12e arrondissement ? Quels sont, Madame la Maire, vos engagements devenus ? Vos engagements dans le P.L.U. révisé en 2016 où vous promettiez de limiter la densification ? Paris est la ville la plus dense au niveau européen.

Vous indiquiez au passage vouloir imposer une hauteur maximale de 37 mètres, sauf exception. Promesse reniée puisqu'à Bercy, les immeubles d'habitations et de bureaux culmineront, au moins pour deux d'entre eux, respectivement à plus de 140 mètres et à plus de 180 mètres.

Que sont, Madame la Maire, vos engagements devenus dans le Plan Climat ? Car, dans le Plan Climat adopté à l'unanimité il y a quelques semaines, nous imaginions que chaque espace vert soit préservé et classé en espace libre à végétaliser. Promesse bafouée puisque moins de 3 % de la Z.A.C. "Bercy-Charenton" seront consacrés aux espaces verts, quand 20 % de la Z.A.C. "Clichy-Batignolles" a été végétalisée. Non, Madame la Maire, comparaison n'est pas raison.

Si encore la somme de tous ces reniements contribuait à la cohérence d'ensemble du projet, pourquoi pas ? Mais il n'en est rien. Vous décidez de construire 200.000 mètres carrés de bureaux alors qu?il y aurait dans Paris même entre 800.000 et 1 million de mètres carrés de bureaux inoccupés. Où est la cohérence, chers collègues ? Et vous persistez à vouloir entasser dans trois tours 4.000 logements, sans doute pour faire oublier que vous ne construisez que 2.500 logements par an sur les 7.500 promis en début de mandature. 4.000 logements dont près de 60 % seraient des logements sociaux, quand tous les maires de France, quelle que soit leur couleur politique, ne cessent de dire que la ghettoïsation, très en vogue dans les années 60-70, a produit plus de difficultés qu'elle n'en a résolu, laissant en particulier le champ libre, y compris dans une belle ville comme Paris, à ce que des anthropologues ont appelé ces "non-lieux".

A chaque fois, ce sont les même tristes symptômes : densification à outrance, environnement inesthétique, insuffisante présence de la nature, absence de mixité sociale. A l'heure de la métropolisation des enjeux, cette vision étriquée du logement paraît aussi inadaptée, je le dis et je le pense, que dangereuse. Donc, vous persistez. Vous persistez - c'est d'ailleurs votre marque de fabrique - comme pour "Streeteo", comme pour "Moovia". Vous imposez, comme dans la rupture unilatérale du contrat Autolib'. Et puis, adviendra que pourra, vaille que vaille, au jour le jour, comme dans la gestion calamiteuse du dossier Vélib'.

Monsieur l'adjoint à l'urbanisme, cher Jean-Louis MISSIKA, je sais que tous les projets d'urbanisme sont très difficiles à porter, qu'ils suscitent des craintes, c'est vrai, des peurs, et souvent des attentes totalement démesurées. Mais quand les oppositions, en l'espèce celles des habitants du 12e, des riverains, sont aussi unanimes, votre devoir d'élu responsable est quand même d'écouter. Je ne vous demande pas de ne rien faire, de ne pas faire de logement social, de ne pas faire une Z.A.C. Je vous demande simplement de bien vouloir faire autrement - comme n'a cessé de vous le demander notre collègue, Valérie MONTANDON, appuyée par les associations de quartier - pour embellir l'environnement, en recouvrant, par exemple, le périphérique, pour revoir à la baisse les hauteurs des immeubles, dès lors qu'aucune étude sérieuse d?impact environnemental n?a été réalisée sur les ombres portées, les couloirs de vent, la résonnance acoustique ou encore l'évaluation énergétique, pour encourager la mixité sociale en évitant d'imposer 57 % de logements sociaux et en fléchant au moins la moitié d'entre eux pour les étudiants, les apprentis, les chercheurs qui sont un peu les oubliés du projet.

Mais, hélas, si j'ai bien compris, la copie n'est absolument pas amendable. Et on nous demande de voter en bloc pour ou contre ce projet contraire à l'intérêt général. Certains élus de votre majorité, dans les couloirs, peu enclins à soutenir ce projet, laissent entendre que le vote n'engage à rien et que la copie pourra être révisée en 2020. Il est vrai que "lorsque les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots", comme disait Jean Jaurès. Jaurès n'est pas votre propriété, il appartient à tout le monde. Je crois, pour ma part, que la politique est affaire d'exigence, de cohérence et d'engagement. Et là, au moins sur le Plan Climat et le P.L.U., on voit que la cohérence et les engagements ne sont pas vraiment au rendez-vous. Tout le contraire du projet que vous présentez aujourd'hui au Conseil de Paris. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Quand Mme BERTHOUT cite Jean Jaurès, il se passe quelque chose à Paris, là, mes amis.

Je donne maintenant la parole à Didier GUILLOT pour le groupe Démocrates et Progressistes.

M. Didier GUILLOT. - Madame la Maire, mes chers collègues, la question d'aujourd'hui qui fait débat sur la Z.A.C. "Bercy-Charenton" est bien celle des six tours de logements et de bureaux qui soulèvent la question de la densification de Paris et de l'esthétique que cela implique. Il est possible de pouvoir construire des tours de logements si cela est fait avec intelligence, avec efficacité, avec parcimonie et en périphérie. Les tours ne sont pas les ennemis de l'écologie. En matière d?urbanisme, l?erreur écologique n?est ni la ville dense, ni la ville haute, mais, bien au contraire, la ville étalée, la ville par le mitage des terres agricoles, la ville par la construction de zones pavillonnaires dans le périurbain sans transport collectif et sans bien public.

Il faut cesser de considérer que la Ville de Paris doive vivre éternellement à l'heure du baron Haussmann. L?unité architecturale du Paris haussmannien est d?une absurdité historique si l'on considère que cela doit figer à jamais notre ville, ses perspectives et ses règles d'urbanisme. Nous devons sortir du Paris de 1860 de deux façons : en sortant de cette vision d'un Paris uniforme où tous les immeubles devraient être à la même hauteur. La Grande Arche complète parfaitement la perspective historique des Champs-Elysées. Pour tout visiteur qui débarque à Paris et dont les limites de Paris sont à peu près informes, si je puis dire, les tours de La Défense font partie du paysage urbain, comme toutes les tours ou tous les événements de l?ensemble du Grand Paris. Les grandes richesses architecturales de Paris Rive gauche ou des Batignolles, en cours de finition, ont fait entrer notre ville dans le XXIe siècle. La réussite de ces deux quartiers, en termes de créativité, d'urbanisme et de mélange des usages, doit nous rendre très optimistes sur ce projet de "Bercy-Charenton". Le palais de justice de Renzo PIANO est un très beau signal à l?interface du Grand Paris. La tour Triangle et les tours Duo, ou ces tours de Bercy-Charenton, seront aussi de beaux signaux pour tous ceux qui arriveront dans cette belle région.

Deuxièmement, nous ne pouvons plus continuer à raisonner dans l'anneau du périphérique qui correspond à peu près aux limites du Paris de 1860. Or, en 1860, 80 % de la population de la ville dense vivait dans cette limite. Aujourd'hui, 80 % de la population de la ville vit précisément en dehors de cette limite, devenue absurde.

C?est la raison pour laquelle nous proposons de voir la question de la construction de logements et des attributions de logements devenir une compétence métropolitaine, comme nous l'avions défendu ici en mai dernier. Tant que nous ne raisonnerons pas dans cette aire urbaine, où vivent plusieurs millions d?habitants, nous aurons un gouffre entre l'offre et la demande de logement social et cela n'aura aucun sens.

La préemption dans le diffus et le conventionnement ne créent pas techniquement de logements non plus. C'est pourquoi nous sommes heureux de voir qu'après avoir voté de très nombreux projets de délibération ici, créant du logement social virtuel, nous allons enfin passer à la création importante de logement réel. Ainsi, sont prévus ici 57 % de logements sociaux au lieu des 60 prévus initialement, et 20 % de logements intermédiaires dans des tours conçues en partie à cet effet. 270.000 mètres carrés sont donc dédiés à la construction de logements pour 9.000 habitants. C?est loin d'être négligeable.

Il est dès lors nécessaire d'avoir une mixité, certes sociale, mais surtout d?usage dans ces tours et dans le quartier. La diversité programmatique est à souligner et à affirmer : activité économique, programme hôtelier, équipement public, dont un collège et peut-être une piscine, seront en complément du projet de logements, 200.000 mètres carrés de bureaux, et donc, d'emplois. Il faut pouvoir garantir dans ce nouveau quartier à vocation métropolitaine un réel brassage social fort économiquement, dynamique culturellement, ouvert à tout Paris. C'est bien cette double ligne qu'il faut réussir à garantir, réfléchir au niveau de la Métropole et ne pas refuser à Paris de loger des tours, surtout si elles sont soigneusement réfléchies et écologiques.

Nous souhaitons des garanties et un contrôle accru. C'est pourquoi nous déposons un v?u demandant notamment que les tours soient construites dans l'esprit des appels à projets innovants et écologiques de "Réinventer". Nous considérons, en effet, que la qualité architecturale de ces tours est un enjeu majeur. Celle-ci doit s'insérer finement dans le tissu urbain, de près ou de loin, que ce soit au rez-de-chaussée ou depuis les vues lointaines à l?échelle de la Métropole. L'innovation doit servir l?architecture et prendre en compte l'ambition écologique et celle des usages. Cette Z.A.C. sera sans doute l'une des dernières opérations de ce type dans le vieux Paris de 1860. Alors, nous ne pouvons pas rater ce rendez-vous, ni perdre de temps. J?espère que la prochaine grande Z.A.C., dont ce Conseil aura à délibérer, sera une Z.A.C. métropolitaine et qu?elle sera l'objet de nos financements. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur GUILLOT.

M. WEHRLING pour l'UDI-MODEM.

M. Yann WEHRLING. - Madame la Maire, chers collègues, Manille, Karachi, Delhi, Calcutta, Mumbai, Hong Kong, Tokyo, Séoul, Gaza, Paris. Quel est cet ordre d'après vous, Madame la Maire, vous qui aimez les classements ? Vous le devinez, car ce constat, nous l'avons déjà fait dans cette Assemblée il y a deux ans, lors du débat sur la tour Triangle : c'est la liste des 10 villes les plus denses du monde. Si je le pouvais, j'assortirai mon propos d'une projection photo. Je vous invite à regarder cela sur Internet - c'est très facile - pour vous montrer aussi à quoi ressemblent ces villes : des tours et des bâtiments les uns à côté des autres, des rues bondées, un air irrespirable.

Si je comprends bien votre politique, Madame la Maire, en matière d'urbanisme, c'est ce que vous voulez nous proposer et que vous poursuivez : un idéal urbain qui pose en modèles les cités que je viens de lister. Vous démentirez, je n'en doute pas, et pourtant, vos projets, votre frénésie de construire ne semblent pas avoir de limite. Tout cela est bien enrobé avec des arguments sociaux, des maquettes époustouflantes, voire des arguments écologiques sur une densification qui épargnerait les terres agricoles de grande couronne francilienne. Pour une fois que vous vous préoccupez de ce qui se passe au-delà du périphérique, c'est une bonne chose.

Arguments écologiques également sur la qualité environnementale des bâtiments et des tours que vous nous annoncez. Et, au final, nous sommes tous sommés d'être pour ou contre les tours. Et, évidemment, à ce petit jeu, face à ce faux choix que vous vous évertuez dans les médias à poser en opposition entre modernes et conservateurs, les élus que nous sommes sont titillés sur l'image forcément moderne que nous devrions avoir, donc forcément pour les tours de grande hauteur, symboles des grandes métropoles.

Je disais, il y a deux ans, qu'il y a quelque chose de phallique dans cette course à la tour. Nous en sommes toujours là. Mais, au-delà de la plaisanterie et du focus sur les tours, je voudrais surtout insister sur la question plus importante, je crois, et plus fondamentale, de la densité que recouvre votre politique urbanistique. Oui, tout comme nous l'avions affirmé lors du débat sur la tour Triangle, nous redisons aujourd'hui que le vote que nous avons à faire ici est un vote d'orientation générale sur l?urbanisme, parce que Paris est l?une des 10 villes les plus denses du monde, parce que les Parisiens n'ont pas moins droit à une ville respirable que d'autres citoyens de grandes villes, parce que les limites ont été atteintes, il doit être posé sur la table sans tabou, qu'un numerus clausus du nouveau mètre carré à Paris doit être fixé.

Je vois bien que depuis le début de cette mandature, c'est un point de divergence important que nous avons et qui fonde en partie notre opposition à votre action.

Vous ne renoncerez pas à poursuivre la bétonisation, car c'est votre vision folle de l'urbanisme. Dans ce cas, une fois encore, des centaines de millions vont être dépensés pour bétonner encore et encore. Pendant ce temps, vous négligez l'état général de la ville.

Je préférerais que ces mêmes centaines de millions d'euros soient investis dans la propreté de la ville et dans la réfection des rues qui obligent notamment les cyclistes et les deux-roues, non pas à rouler, mais à faire du tout terrain entre crevasses et nids-de-poule.

Paris doit garder un minimum de respiration, d'espaces sans construction, de parcs, de jardins, de grands arbres, d'eau, de grandes artères, d'air tout simplement.

La barrière du périphérique ne doit pas se transformer non pas en couture, comme vous le dites, Madame la Maire, mais en grande muraille de tours nous isolant encore plus de l'Ile-de-France, sous une cloche d'un air irrespirable.

Notre urbanisme doit se penser à l'échelle de toute l'Ile-de-France et non seulement à l'échelle de Paris. C'est même à l'échelle du pays tout entier que doit se penser l'équilibre de répartition des activités et donc des populations. Ne pas le faire, ne pas l'anticiper, ne pas le prévoir, c'est offrir immanquablement aux Parisiens une ville invivable.

C'est votre projet avec "Bercy-Charenton" tout comme ce fut le cas avec la tour Triangle, ce n'est pas le nôtre, nous ne voterons donc pas votre projet.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, c'est une réelle satisfaction de voir aujourd'hui se concrétiser ce projet emblématique pour le 12e arrondissement pour Paris, mais aussi pour la Métropole, et le hasard du calendrier a fait que nous l'examinons après ce débat enrichissant sur l'avenir de la Métropole.

Ce projet de délibération est fait pour faire entrer ce projet en phase opérationnelle, c'est l'aboutissement de plus de 10 années de travail et d'échanges approfondis avec les habitants et l'ensemble des acteurs sous cette mandature, mais aussi les précédentes au cours desquelles l'élaboration du projet a été enclenchée, et je tiens à saluer nos prédécesseurs au niveau parisien comme au niveau du 12e arrondissement.

Dès 2014, avec l'extension du périmètre de la Z.A.C. à la porte de Charenton approuvée ici même, nous avons travaillé aux côtés de la S.N.C.F. pour aboutir à un projet exceptionnel à l'échelle de Paris, ayant pour vocation l'émergence d'un nouveau morceau de ville à la croisée des quartiers existants de Bercy et de la Vallée de Fécamp, mais aussi du bois de Vincennes et de la ville de Charenton-le-Pont, ville mitoyenne que nous avons associée à chacune des étapes de l'élaboration de ce projet.

Et que personne ne se trompe, aujourd'hui il y a des friches ferroviaires sur ce terrain, elles sont inaccessibles et infranchissables. C'est de là que nous partons aujourd'hui, pas d'espaces verts existants ouverts au public.

A chaque étape, nous avons écouté et pris en compte les remarques des habitants et des acteurs qui se sont particulièrement mobilisés, et certains se souviennent des réunions à plus de 100 personnes organisées dans le 12e. Le projet soumis aujourd'hui a ainsi beaucoup évolué au fil du temps. Ainsi, une phase de concertation très riche s'est tenue au printemps 2015 autour d'une dizaine de rendez-vous rassemblant des centaines d?habitants, conseillers de quartier, associations, curieux et désireux de s'impliquer pour l'avenir de ce secteur. Cette participation importante s'est renouvelée au moment de l'enquête publique de l'automne 2016, qui a abouti, n'en déplaise à certains, à un avis favorable du commissaire-enquêteur, qui a déclaré que le projet avait un intérêt général contrairement à ce qui a été dit, et à l'issue de laquelle nous avons tenu compte des expressions en réorientant le projet, notamment sur le secteur Léo Lagrange, en abandonnant par exemple l'intention d'y construire des logements.

"Bercy-Charenton" recréera des liaisons essentielles pour notre arrondissement, dont certaines parties sont aujourd'hui très isolées.

Demain, les habitants s'affranchiront de la coupure urbaine que représente le faisceau ferroviaire, grâce à la mise en place notamment de la passerelle dite "Nicolaï", reliant les quartiers de Bercy et de la Vallée de Fécamp.

La rue Baron-Leroy sera peut-être, enfin, prolongée jusqu'à Charenton-le-Pont, constituant la future artère principale du quartier et attendue majeure du projet par les habitants de "Paris Bercy" comme de Charenton depuis tant d'années.

Alors que le Plan Climat a été adopté en novembre dernier, "Bercy-Charenton" sera un quartier exemplaire à bas niveau carbone et s'inscrira dans une démarche de résilience conforme à ce Plan Climat, là aussi contrairement à ce que j'ai entendu tout à l'heure.

Entre le parc de Bercy et le bois de Vincennes, le corridor écologique sera renforcé grâce à la création d'espaces verts dont un parc de 2 hectares et l'aménagement de la Petite Ceinture en promenade ouverte à tous, car oui, ce projet ce sont aussi de généreux espaces verts et une trame verte nouvelle.

Sur près de 600.000 mètres carrés, nous avons développé une programmation mixte et équilibrée avec autant de logements que de bureaux afin de favoriser l'émergence d'un quartier vivant de 9.000 habitants, 13.000 emplois, sans compter tous ceux qui viendront, Parisiens, Métropolitains, touristes, profiter des équipements sportifs, des espaces verts et de la Rapée inférieure qui sera mise en valeur et enfin ouverte au public, de l'offre hôtelière qui existe déjà et sera renforcée, et des nombreux commerces en pied d'immeuble.

Alors qu?une grande partie des emplois se trouve aujourd'hui à l'Ouest de Paris, le quartier "Bercy Charenton" permettra ce rééquilibrage vers l'Est que nous sommes beaucoup à avoir évoqué tout à l'heure. En amenant de nombreux emplois dans le secteur tertiaire, mais aussi en développant les métiers de la logistique ou de l'artisanat.

En effet, première pierre du projet, l'hôtel logistique de 7.000 mètres carrés s'implantera le long du boulevard Poniatowski.

Priorité de la mandature, 4.000 nouveaux logements seront livrés afin d'augmenter l'offre de la Capitale, grâce à un programme de logements familiaux et spécifiques.

25 % de l'ensemble de la programmation de la Z.A.C. sera dédié à du logement social, c'est peu en somme pour répondre à une demande si importante des Parisiennes et Parisiens de pouvoir rester vivre dans la Capitale, alors que plus de 70 % de Parisiens et de Parisiennes y sont éligibles.

Nous comptons dans le 12e arrondissement pas moins de 10.700 demandeurs de logement, en augmentation malgré nos efforts. Il demeure nécessaire de répondre à ces besoins importants liés au coût du privé à Paris.

Aujourd'hui, un programme neuf se vend à plus de 12.500 euros dans le 12e arrondissement. Ces besoins, ce sont ceux de nos familles, ceux des jeunes couples avec enfants, ceux de nos jeunes, de nos aînés, ceux des foyers modestes de la classe moyenne de nos fonctionnaires, tous ceux-là sont ceux qui aujourd'hui bénéficient du logement social à Paris. Afin d'accompagner ces nouveaux habitants, mais aussi d'accroître l'offre de services pour les habitants actuels des quartiers limitrophes, qui sont impatients, plusieurs équipements publics seront implantés. 200 places en crèche seront créées, ainsi que 38 classes élémentaires et de maternelles. Nous rénoverons ainsi les écoles existantes et construirons un collège sur le boulevard Poniatowski. Oui, il sera probablement partagé avec la commune de Charenton et c'est un vrai défi que je porte avec mon collègue, un collège à cheval sur deux départements, sur deux académies, ce n'est pas la moindre des ambitions, mais nous la portons conjointement et nous avons commencé les démarches en ce sens, deux gymnases et un équipement culturel. Si nous avons souhaité prendre en compte la remarque de la Commission d'enquête de ne pas construire sur le secteur Léo Lagrange, nous maintiendrons l'investissement initial prévu concernant le centre sportif. Ainsi, grâce à une participation de la Ville, ce seront plus de 8 millions d'euros qui seront investis pour rénover les équipements sportifs, en lien avec les associations, pour permettre de continuer de développer l'offre sportive dans cet arrondissement, et nous veillerons aussi à reboiser ce site qui pourra constituer, comme certains l'ont demandé, une nouvelle entrée végétalisée dans le bois de Vincennes. Pour compléter cette offre en équipements publics, il m'apparaît également essentiel qu'une piscine publique soit implantée dans ce futur quartier, alors même que les équipements aquatiques sont parmi les plus fréquentés à Paris et que les deux seules piscines publiques du 12e ne suffisent plus à combler la demande existante. Dans la continuité des deux v?ux déposés et votés en novembre 2014 et juillet 2015, j'ai donc souhaité présenter un nouveau v?u avec les élus de la majorité du 12e arrondissement, demandant l'intégration d'une piscine publique dans le projet, et son inscription dans la programmation qui sera transmise à l'aménageur. Ce v?u a été voté à l'unanimité en Conseil d'arrondissement le 18 juin dernier, je le porte aujourd'hui avec mon collègue Nicolas BONNET-OULALDJ, comme il l'a évoqué tout à l'heure. Ce futur quartier empreint d'une histoire ferroviaire doit pouvoir mettre en lumière cet héritage. C'est pourquoi nous avons décidé de conserver la gare de la Rapée inférieure et de la réhabiliter dans le cadre d'un appel à projets qui déterminera précisément ses usages en vue de l'ouvrir au public autour d'activités liées à l'artisanat, à la détente, aux sports et aux loisirs. Ce site bénéficiera d'une entité architecturale et paysagère forte par la création de grands espaces verts, de places publiques, et l'implantation d'immeubles de grande hauteur innovants en matière environnementale, marquant un quartier métropolitain d'ampleur, en cohérence avec les tours Duo imaginées par Jean NOUVEL dans le 13e, de l'autre côté de la Seine.

Ce paysage s?inscrira également dans la continuité du nouveau quartier de Charenton-le-Pont, de l?autre côté du périphérique, qui émergera dans les prochaines années et verra notamment l?implantation d?un immeuble de grande hauteur.

Ce projet de délibération marque ainsi la mise en ?uvre opérationnelle de ce futur quartier, en actant aussi le protocole foncier entre la Ville et la S.N.C.F. et en confiant son projet à la S.E.M.A.P.A., aménageur d?expérience, avec qui nous continuerons de travailler à toutes les étapes du projet, que ce soit en matière de concertation avec les habitants, de choix architecturaux et d?ambition environnementale.

Il nous faudra aussi continuer à militer auprès d?Ile-de-France Mobilités pour le développement de modes de transports en commun efficaces. Certains l?ont évoqué et ils ont raison : nous allons, avec mon collègue maire de Charenton, avec lequel nous portons ce combat en commun, saisir la présidente d?Ile-de-France Mobilités.

Pour l?ensemble de ces raisons, notre responsabilité est engagée dans la réussite de cette opération ambitieuse, attendue et déclarée d?intérêt général. Nous avons une occasion unique de donner une réalité opérationnelle à la plus opération d?aménagement actuellement en cours à Paris.

J?entends les débats qui sont ouverts sur la question des hauteurs mais j?appelle chacun à sortir des postures et à envisager ce projet dans sa totalité, comme un projet moderne, métropolitain, conforme à nos engagements en termes de libération de surfaces perméables, de rééquilibrage est-ouest et d?équilibre logement-activités? Un beau projet !

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C?est moi qui vous remercie, Madame la Maire, pour votre engagement.

Monsieur BELLIARD, président du groupe Ecologiste de Paris, vous avez la parole.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, cela fait maintenant plusieurs années que nous gérons cette ville à plusieurs voix et, pourtant, malgré cette habitude de faire ensemble, je ne peux que constater que, sur certains sujets, des limites sont atteintes, comme autant de seuils manifestement indépassables.

L?urbanisme, et les grands projets d?aménagements qui lui sont associés et qui traduisent la vision que nous avons de la ville et de son futur, en est une. Le projet de la Z.A.C. "Bercy-Charenton" en est en effet une nouvelle illustration.

Nouveau quartier assis sur ce qui constitue la dernière grande emprise foncière dans la Capitale, imaginé par les tenants d?une urbanité verticale, puissante et conquérante, il propose non pas une tour, comme cela avait pu l?être pour la tour Triangle, mais six tours qui culmineront, pour l?une d?entre elles, à 180 mètres.

A ce désir obsessionnel de toucher le ciel, si humain, trop humain, pourrait-on dire pour paraphraser Nietzsche, s'ajoute la volonté de continuer à surdensifier la ville, la destruction partielle de voûtes et de caveaux qui font pourtant partie de l?identité de la Capitale, et la construction de bâtiments dont on sait que, par leur structure et conception même, ils ne respectent pas et ne respecteront pas les objectifs du Plan Climat que nous nous sommes fixés. Ils sont pourtant essentiels pour répondre aux enjeux climatiques qui sont les nôtres. Tout cela au nom de l?attractivité de la Capitale, sacro-sainte antienne d?une vision qui met en compétition tout le monde tout le temps.

Qu?importe que Paris capte déjà une très grande partie des richesses de sa Métropole au détriment de ses voisins ; qu?importe que Paris étouffe déjà, plein comme un ?uf, que les transports soient à certains horaires congestionnés et qu?à chaque rayon de soleil, ses habitantes et ses habitants soient obligés de littéralement s?agglutiner dans les quelques mètres carrés d?espaces verts dont ils disposent ; qu?importe que Paris regorge déjà de centaines de milliers de mètres carrés non utilisés qui pourraient l?être utilement, nous continuons à vouloir construire, ajouter, rajouter, rajouter au rajout, pour capter l?activité, développer la croissance, soutenir la consommation et la surconsommation.

A cette politique, nous opposons une vision de Paris radicalement différente. Si les écologistes se battent, bien sûr, pour des villes denses, la Capitale a ceci de spécifique qu?elle a atteint un point qui n?est plus supportable. A la hauteur des tours, nous opposons une ville à taille humaine ; à la surdensification, nous voulons la respiration, les espaces verts, la qualité de vie de celles et ceux qui y vivent et y travaillent ; à la spécialisation des territoires et du bâti, nous aspirons à la mixité des usages - travail, logement, services publics et privés - pour éviter les transports inutiles ; à la surconcentration sur Paris des activités et des richesses, nous voulons une Métropole mieux équilibrée et plus concertée et, en particulier, sur ces nouveaux centres métropolitains qui sont aux abords de la périphérie de notre ville.

Ces différences d?approche de la ville répondent, selon nous, aux aspirations profondes de nos concitoyens d?une capitale plus verte, plus conviviale et moins très stressante. Cette aspiration qui, depuis 40 ans, ne cesse de s?amplifier, nous la partageons et nous nous en ferons encore le relais ici.

Je laisserai Yves CONTASSOT détailler les critiques, nombreuses, que nous portons sur ce projet.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Madame SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Madame la Maire, tout à l?heure, lors de nos échanges concernant le Scot de la Métropole du Grand Paris, j?avais alerté sur les conséquences globales d?une vision mégalo-urbaine pour Paris et toutes les communes concernées.

Cette vision mégalo-urbaine se décline en une multitude de l?actuelle Mairie de Paris. Bercy-Charenton est l?une de ces contributions et l?une des plus emblématiques. Là encore, le discours coche toutes les cases du "bingo soso", la doctrine du socialisme soft qui, comme M. Jourdain, avec la prose mais encore plus fort, faisait déjà, dès la campagne de Mme HIDALGO, du MACRON sans le savoir et avant même l?émergence du mouvement "en même temps".

Que nous promet ce projet pour Bercy-Charenton ? Plus de béton et, en même temps, plus d?écologie ; plus d?employés de bureaux que de résidents et, en même temps, un équilibre entre lieu de travail et lieu de vie ; plus de logement social et, en même temps, moins de place pour les plus pauvres. C?est une Z.A.C. HIDALGO macroniste : une zone d?annonces contradictoires.

Le plus caractéristique peut-être dans cette affaire, puisque c?est bien de cela qu?il s?agit aussi : "une zone d?affaires, conçue comme une mini-Défense de l?Est parisien", c?est ainsi que la Maire de Paris a répondu aux nombreuses critiques des études d?impact environnemental et de la Commission d?enquête. A chaque fois qu?une contre-indication est donnée sur des parcelles que les promoteurs et l?Hôtel de ville entendent exploiter, au maximum bien sûr, alors on commence en exploitant encore un peu plus ailleurs.

Toujours plus haut ! Comme pour les Jeux Olympiques, les tours sont tendus vers le cash avant tout. Quel symbole en effet que ce projet de tours pour Bercy-Charenton ! Après le passage en force de la tour Triangle, ou plutôt, puisque la Maire de Paris est favorable au "naming", de la tour Unibail-Triangle, cette nouvelle tentative d?imposer le productivisme monumental enterre toutes les vertes promesses du manteau d?arlequin qui, aujourd?hui, fait office de majorité municipale.

Pour ma part, je ne souhaite qu?une chose à cette Z.A.C., qu?elle devienne une Z.A.D., une zone à défendre.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame SIMONNET. Je ne commente pas !

Je donne la parole à Didier LE RESTE, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Madame la Maire.

Vous connaissez l?attachement de notre groupe à la question des transports et, particulièrement, au devenir des sites S.N.C.F. dans notre Capitale.

Le site en question aujourd?hui s?étend sur 80 hectares, dont 30 hectares d?emprise ferroviaire, même s?il n?y a que 18 hectares aménageables, ce qui nous intéresse aujourd?hui. La S.N.C.F. est donc un partenaire indispensable pour la réussite de cette opération. Cela dit, je pense que la S.N.C.F. souffre encore d?un manque de vision stratégique sur l?utilisation des terrains qu?elle possède.

Nous en avons pour preuve ses atermoiements sur sa stratégie patrimoniale qui nous a obligés, par deux fois, à revoir le projet et son périmètre. Le transport des voyageurs et de marchandises par rail ont subi les aléas des politiques de contraction de l?offre ferroviaire, rythmées par d?incessantes restructurations internes avec l?organisation du système en plusieurs entités qui n?ont fait qu?affaiblir l?efficacité organisationnelle et technique du service public ferroviaire.

Depuis des années, notre combat comme élus communistes est de travailler à une nette amélioration du transport d?usagers et du fret sous maîtrise publique. L?arrivée d?une Z.A.C. comme celle dont nous débattons aujourd?hui constitue un bouleversement pour l?Est parisien d?une ampleur inégalée : 9.000 habitants et plus de 12.000 emplois dans un quartier de Paris qui, bien que jouxtant de grandes infrastructures de transport, n?est pas suffisamment desservi par les transports publics.

Comme le confirme une étude de l?ex-S.T.I.F., la ligne de tramway T3, plus de 140.000 voyageurs transportés par jour est déjà largement saturée, ainsi que le réseau de bus, tout comme de nombreux axes routiers. Il est prévu plus de 30 % de voyageurs dans le T3a entre la porte de Charenton et Baron-Le-Roy, alors que la ligne 8 du métro est déjà aujourd?hui à saturation, la plus grande partie de la journée.

Aujourd?hui, on peut dire que la problématique transport n?est pas suffisamment prise en compte dans le projet de la Z.A.C. "Bercy-Charenton", ce qui obère les ambitions affichées en matière d?environnement et de mobilité. Il est donc indispensable, comme le prévoit le projet de délibération, qu?une étude fine des besoins à venir soit réalisée. Cela signifie bien entendu de renforcer la desserte du R.E.R. D à la limite de Paris et de Charenton, sur ce qu'on appelle les voies M, comme le demandent certains de nos collègues et des associations, et ils ont raison. Mais cela signifie aussi d'être "inventif" et volontariste pour que d'autres modes de transport, bus en sites propres ou navettes fluviales, soient pensés pour l?avenir de cette Z.A.C. dans une conception multimodale.

Il y a là la nécessité d?un engagement fort d?Ile-de-France Mobilités, que je trouve pour l'instant un peu timide. Il serait impensable que l'on reproduise aux portes de Paris ce qui s'est souvent passé en banlieue. On crée un nouveau quartier sans que d?un même pas on crée des infrastructures de transport public. Combien de projets ont été annulés, reportés ou recalibrés pour des raisons d'économies budgétaires ? L'Etat et la Région sont coutumiers du fait. Nous l'avons vu récemment au sujet du Grand Paris Express ou du prolongement de certaines lignes de métro ou de tram, a contrario du volontarisme manifesté par l'Etat pour réaliser à tout prix le C.D.G. Express, dont le coût global est estimé aujourd?hui à plus de 2 milliards d?euros pour transporter 17.000 voyageurs par jour, sans arrêt, de Paris à l?aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Le maillage des transports est donc une des clés de réussite de ce projet.

Le transport public est source d'amélioration de la vie quotidienne de nos concitoyens et concitoyennes pour plusieurs raisons, notamment pour des questions environnementales évidentes. Il en est de même pour le transport des marchandises par rail. Tous ici, nous déplorons l'utilisation massive de la route pour livrer les biens et denrées dans notre Capitale. Tous, nous critiquons le tout-voiture ou le tout-camion. Réduire la voilure en matière de fret ferroviaire et fluvial, c'est mettre plus de camions sur la route. Je le rappelle, un train de marchandises, c'est au bas mot l'équivalent de 55 camions.

Alors, bien sûr, on peut se féliciter que la place de la logistique ne soit pas négligeable dans cette Z.A.C. et que le porteur du projet soit l'entité publique "Sogaris". Cependant, certaines des questions que je pose restent sans réponse ou bien les réponses ne me satisfont pas encore complètement. J'en veux pour preuve le traitement de la Petite Ceinture ferroviaire dans le projet qui nous est soumis. Je suis désolé de me répéter mais nous considérons que ne pas relier l'hôtel logistique à la Petite Ceinture au faisceau ferroviaire qui est en proximité est une hérésie. Là, nous insultons l?avenir. Cette rocade ferroviaire inscrite au réseau ferré national à vocation régionale a encore le mérite de relier deux pôles logistiques importants de notre Ville : Bercy et Chapelle International. Pourquoi ne pas envisager un transport propre qui relierait ces deux pôles et, mieux, la transformation de la Petite Ceinture en une ligne de métro favorisant les transports rapides de rocade entre les nouveaux quartiers d'affaires parisiens que sont les Batignolles, Rosa Parks-Macdonald, Bercy-Charenton, Massena-Bruneseau et la tour Triangle ? On me rétorque que pour des raisons techniques, il est difficile de franchir le T3 et le boulevard des Maréchaux. Je peux l'entendre, mais nous sommes en 2018 et les techniques évoluent vite. Ce sont, nous le savons bien, des raisons financières et la logique court-termiste de l?entreprise S.N.C.F. qui bloquent, car la direction de celle-ci préfère développer la route plutôt que le rail.

J'entends que les ouvrages détruits seront reconstruits, que la S.N.C.F. reste propriétaire, que la réversibilité est garantie, mais pour y faire quoi ? J'attends donc des réponses moins évasives de l'Exécutif parisien et surtout une vraie et forte pression auprès de la S.N.C.F. pour que l?on n?insulte pas l?avenir. Je sais que, sur ces bancs, on considère que c'est un combat d'arrière-garde mais, comme nous avons tort d'avoir raison trop tôt, nous considérons pour notre part que disposer encore d?une ligne ferrée qui relie plusieurs pôles ferroviaires essentiels est au contraire un gage d'avenir pour le fret et la logistique de proximité entre autres. Notre groupe attend donc des réponses claires sur le sujet. Je vous remercie. (Mme Colombe BROSSEL, adjointe, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup. La parole est à M. Jérôme DUBUS.

M. Jérôme DUBUS. - Merci, Madame la Maire.

Avec ce projet Bercy-Charenton, j'ai l'impression que l'on a enclenché la machine à remonter le temps. Nous avions exactement le même débat il y a deux ans sur la tour Triangle avec les mêmes postures, avec les mêmes coups de théâtre, avec les mêmes opérations plus ou moins correctes, etc. Là, j'ai l'impression que personne n'a évolué.

J'étais pour la tour Triangle, j'avais un désaccord très profond avec mon groupe de l'époque - cela a d'ailleurs été l?une des conditions de rupture avec celui-ci -, et je retrouve aujourd?hui exactement les mêmes problématiques et les mêmes positions. J'en suis très surpris. Pourquoi ? Parce que, dans notre groupe, nous avons considéré que nous pouvions améliorer ce projet. Il n'a jamais été dit qu'il était parfait. Le commissaire-enquêteur l'a dit lui-même, un certain nombre de remarques et réserves sont dans la commission d'enquête. Plutôt que provoquer une césure totale en disant "c'est affreux, il y a des tours", nous avons préféré améliorer ce projet sur 4 points et nous avons déposé 6 v?ux et amendements qui, tout ou partie, ont été acceptés par l'Exécutif à ce jour.

Premier point, la végétalisation. Oui, la végétalisation est aujourd'hui insuffisante. On a 3,6 hectares d'espaces verts qui sont prévus. Malgré la proximité du bois de Vincennes que l'on m'a rappelée récemment par voie de presse, comme si je l'avais oublié mais ce n'est pas grave, on peut faire plus en matière de végétalisation. Un certain nombre de secteurs n'ont pas été pris en compte, la rue Coriolis, par exemple, la promenade Valmy ou l'échangeur. On peut faire beaucoup plus. On peut faire aussi plus sur un certain nombre d'aménagements qui ne sont pas très bien définis aujourd'hui en matière de végétalisation : la place Baron-Le-Roy, la place de la Rapée, la place Lamé. Tout ceci peut être amélioré ; c'est l'objet d'un de nos v?ux. Il peut y avoir aussi une meilleure intégration de la proximité du bois de Vincennes. Tout cela est possible. On a demandé également par ce v?u un agrandissement de la promenade sur la Petite Ceinture, avec peut-être la création d'un belvédère.

Bref en matière de végétalisation, on peut faire mieux et je crois que l'Exécutif l?a compris.

Deuxième point, les dessertes en transport. On le sait, c'est aussi un point faible de ce projet. Il y a une insuffisance des dessertes en transport sur ce quartier, tout le monde l'a constaté, y compris le commissaire enquêteur d'ailleurs, et c'est la raison pour laquelle nous avons proposé deux v?ux pour améliorer ce projet. D'abord, la proposition d'une nouvelle gare RER du RER D, qui permettrait de relier ce quartier directement à la gare de Lyon au centre de Paris et à Saint-Denis Pleyel. Ce que nous demandons par notre v?u, c'est que les mesures conservatoires soient prises immédiatement pour réaliser ce projet de gare et d'arrêt du RER D.

Toujours sur les transports, une évaluation des flux est absolument indispensable. De plus, nous demandons une étude de mobilisation et une simulation de dynamique des flux avec la mise en place de stratégies efficaces sur la gestion des trafics.

Le troisième point, c'est le projet en matière générale avec ses aménagements. Là, nous avons déposé un amendement clair. Ces aménagements doivent être conformes, en matière d'innovation et de développement durable, aux critères d'innovation et de développement durable. Nous faisons deux propositions : des chantiers avec une économie circulaire plus importante, notamment la prise en compte de la problématique du dernier kilomètre, et une personnalisation de la nature en ville avec une sensibilisation des habitants dans la mise en place d'accès à la nature si la végétalisation est plus importante.

Quatrième point, le problème des logements, qui a été largement évoqué ici. Nous avons fait deux v?ux également, dont un v?u sur la répartition des logements. Nous demandons un tiers de logements P.L.A.-I., un tiers de logements P.L.S. et un tiers de logements PLUS. Je crois que c'est une bonne proportion sur cet emplacement, puisque cela permettrait à la fois - je l'ai entendu de la part de plusieurs orateurs - de répondre au besoin de logements à Paris qui est effectivement très important, mais aussi d'accueillir les classes moyennes avec un tiers de logements P.L.S.

Le dernier point pose plus de problèmes à l'Exécutif, ce que je comprends très bien : c'est la limitation à 50 % des logements sociaux ; nous l'avons demandée à plusieurs reprises. Nous sommes aujourd'hui à 57 % et c'est d'ailleurs une recommandation de la commission d'enquête - c'est écrit noir sur blanc - : une limitation à 50 % du nombre de logements sociaux.

Vous voyez que tout cela permet d'améliorer ce projet qui est un projet fondamental pour Paris. C?est la dernière emprise d?un seul tenant que nous pouvons urbaniser à Paris et je crois qu?il ne faut pas le rater.

Nous avons fait des propositions, nous avons entrepris une démarche constructive et, en fonction des réponses de l?Exécutif, nous nous prononcerons pour, contre ou abstention sur ce sujet. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Valérie MONTANDON.

Mme Valérie MONTANDON. - Chers collègues, étranglé entre une autoroute urbaine, les voies ferrées et le boulevard périphérique, le territoire de Bercy Charenton représente la dernière grande réserve foncière de Paris. C?est aussi certainement la plus exigeante, compte tenu de la trentaine d?hectares d?emprise ferroviaire qui la structure.

L?Atelier parisien d?urbanisme - APUR - a conduit dès 2008 une série d?études concernant l?avenir de ce site complexe qu?elle qualifie elle-même de chaînon manquant entre Paris et les communes le long de la Seine.

L?APUR proposait de réaliser la couverture intégrale des voies de chemin de fer, seul moyen de mettre fin à l?enclavement du quartier Cour Saint-Emilion et de créer ainsi le lien avec Charenton-le-Pont. C?était un choix ambitieux, exigeant et de bon sens.

Je ne relancerai pas le débat sur la couverture des voies ferrées. Je rappelle juste que c?était notre choix en 2014, que notre position a été constante, que notre projet était l?opposé de celui que vous avez présenté ce jour. Nous envisagions un quartier avec des immeubles à taille humaine et ce n?est pas la voie que vous avez choisie, et nous respectons ce choix même si nous ne l?approuvons pas.

Mais de grâce, je ne veux plus entendre que notre projet n?était pas réalisable techniquement. A moins que l?APUR et son schéma d?orientation d?aménagement de 56 pages, que je vous invite à lire et qui est toujours en ligne, ait fait lui aussi fausse route. Nous disposions ainsi de 70 hectares obtenus et non des 18 hectares dont vous disposez seulement. Nous préconisions l?horizontalité, vous avez choisi la verticalité.

Aujourd?hui, nous allons nous prononcer sur ce projet de Z.A.C. tel que présenté dans le projet de délibération, tout en vous soumettant aussi des propositions d?amélioration.

Que les choses soient claires, nous ne sommes pas systématiquement opposés aux tours en tant que telles, mais encore faut-il se poser la question : des tours, pour quoi faire et dans quel environnement ?

Tout au long de votre mandature, vous avez utilisé ou du moins tenté d?utiliser le peu d?espaces de respiration qu?il reste dans notre Capitale : le stade Championnet dans le 18e arrondissement, dont je salue d?ailleurs la mobilisation de mon collègue Pierre-Yves BOURNAZEL qui a permis l?abandon de ce projet, le stade Ménilmontant dans le 11e, les tentatives aussi dans le 12e sur le stade Léo Lagrange, la cité scolaire Paul Valéry et récemment le projet Mazas.

Avec ce projet de Bercy-Charenton, vous finissez votre mandature, Madame la Maire, en apothéose, en voulant refaire l?urbanisme des années 1970, avec des habitants entassés les uns sur les autres, sans tenir compte des conséquences négatives observées dans ces grands ensemble, aussi bien à Paris qu?en dehors de la région parisienne.

Le projet tel que présenté par la majorité est trop dense, enclavé et entouré de faisceaux de voies ferrées et d?un échangeur, paysage et infrastructures qui ne sont pas propices à autant d?immeubles de grande hauteur. Ces tours, dont l?une culmine à 180 mètres, entourées de rails et de voies de circulation, laissent présager un quartier encore plus enclavé et soumis aux nuisances sonores, visuelles et spatiales, ce qui est difficilement compréhensible pour un projet du XXIe siècle.

Vous essayez depuis le début de faire passer les opposants à ce projet pour des "ringards", mais c?est vous qui ressortez la machine à remonter le temps, direction les années 1970.

Ce projet est aussi la conséquence d?une absence totale de vision de la Métropole. Il est de nouveau l?illustration que la Maire de Paris ne voit pas au-delà du périphérique et qu?elle a une vision étriquée de sa ville.

Je reprendrai une formule de mon collègue Alexandre VESPERINI, enfin d?Alexandre avant sa mutation politique, qui disait : " Cela montre que ce projet est une preuve de parisiano-centrisme." Cette expression convient bien à ce projet. En effet, dans les domaines essentiels comme le logement, les transports, l?activité économique, la qualité de l?air, il est temps que vous initiez une coordination à l?échelle de la Métropole.

Ce projet de Bercy-Charenton est certes complexe, Monsieur MISSIKA, et je ne sous-estime pas les contraintes juridiques et techniques que vous avez rencontrées pour le surmonter. Je vous reconnais aussi le mérite d?avoir su avancer. Cependant, quelle que soit l?énergie pour avancer les négociations avec les partenaires présents sur le site, permettez-moi de dénoncer un manque d?anticipation dans plusieurs domaines.

C?est un manque d?anticipation sur les études d?impact. Ce projet comporte de nombreuses zones d?ombre. Sans jeu de mot, vos annexes ne comportent pas d?études sur les ombres portées, sur les couloirs de vent ou encore sur les études acoustiques, alors que l?environnement et la présence des voies ferrées ne sont pas anodins et que les hauteurs envisagées auront des conséquences visuelles fortes sur le paysage parisien.

C?est un manque d?anticipation aussi au niveau écologique. L?autorité environnementale est dubitative sur le choix des grandes hauteurs sur ce site et sur les impacts paysagers. Il est à noter que la faible surface consacrée aux espaces verts est la contradiction de ce projet avec le Plan Climat voté le mois dernier.

D?ailleurs, au lieu d?avoir engagé une votation citoyenne sur le Plan Climat, qui avait fait consensus et unanimité au niveau du Conseil de Paris et qui, bien sûr, allait faire aussi consensus au niveau des Parisiens, il aurait été beaucoup plus pertinent, et j?ose dire beaucoup plus courageux, d?organiser une votation auprès des Parisiens sur le projet Bercy-Charenton, dont l?urbanisme aurait un impact fort et irréversible sur le paysage de notre ville. Pierre-Yves BOURNAZEL aura l?occasion de développer ultérieurement ce point.

Enfin, c?est un manque d?anticipation quant à la desserte des transports qui nous semblent aussi insuffisants pour accueillir les 9.000 habitants et les 12.000 salariés. C?est pour cela que nous voterons d?ailleurs positivement les v?ux qui demandent des études complémentaires.

Concernant le logement prévu dans la Z.A.C., la proportion de 57 % de logements sociaux est bien trop élevée sur un territoire dont les quartiers environnants dépassent les 50 %. En effet, l?I.N.S.E.E. fait un découpage par quartier sur la base de ce qu?on appelle les quartiers I.R.I.S. et il est montré que les trois quartiers les plus à proximité de la Z.A.C. comportent respectivement 42 %, 57 % et 63 % de logements sociaux. La commission d?enquête estime d?ailleurs qu?à l?échelle d?un quartier étendu à la Z.A.C. de Bercy-Charenton, le taux de logement de 60 % imposé par le Plan local de l?habitat est bien trop élevé.

Nous demandons aussi un rééquilibrage vers les logements en accession à la propriété, mais aussi surtout pour les logements étudiants et apprentis qui font tant défaut à Paris, et notamment dans le 12e arrondissement qui ne compte que 1.000 logements étudiants, alors que l?on s?apprête à accueillir 6.000 étudiants avec l?installation de la Sorbonne Nouvelle. Nous préconisons en effet 50 % de logements étudiants. C?est un engagement fort, mais nécessaire.

Je suis très dubitative lorsque je vois certains groupes qui demandent, je cite "un certain pourcentage de logements étudiants" sans donner un seul chiffre. J?ai vu d?ailleurs que les amendements de l?Exécutif reprenaient cette formule qui est on ne peut plus vague. J?aurais envie de dire : quand c?est flou, c?est qu?il y a un loup !

Nous avons soumis plusieurs propositions. Tout d?abord, il n?est jamais trop tôt pour insuffler...

Merci, Monsieur DUBUS, de bien vouloir m?écouter.

Il n?est jamais trop tôt pour insuffler une âme à un quartier. Le quartier de Bercy, jadis appelé le cellier du monde, doit se dessiner autour de cette identité forte. La conservation d?une partie des tunnels de la gare de la Rapée est une avancée et l?appel à projets va dans le bon sens. Je vous remercie d?avoir infléchi d?ailleurs ce projet, aussi bien pour la préservation du stade Léo Lagrange que pour la gare de la Rapée.

Par un v?u, nous vous demandons aussi de ne pas oublier ceux qui sont déjà présents sur le site, notamment les artisans et les commerçants, et de leur permettre de bénéficier des caractéristiques écologiques et ergonomiques du site appropriées à leur activité.

En termes d?équipements, nous avons déposé un v?u demandant aussi de prévoir les moyens supplémentaires avec la Préfecture de police pour l?ouverture d?un commissariat pour les actuels et futurs habitants du quartier de Bercy et de Bercy-Charenton.

Toujours en termes d?équipements, nous vous proposons d?y prévoir une piscine. Le projet de transformation du lac Daumesnil en baignade avait des conséquences néfastes sur l?environnement et la biodiversité du site. A Bercy-Charenton, nous partons d?une feuille blanche et nous disposons ainsi de toute la latitude pour y réaliser une piscine modulable selon les saisons, c?est-à-dire ouverte en période estivale et fermée en période hivernale.

En conseil d?arrondissement, j?étais surprise des arguments que l?Exécutif avait mis en avant pour appeler à voter en faveur de ce projet, avec une série de tirades pour faire culpabiliser ou ringardiser ceux qui s?y opposent. C?est un peu facile et c?est peut-être révélateur du peu d?arguments dont vous disposez pour défendre votre projet.

En résumé, ce projet de Bercy-Charenton comporte cinq péchés originels : une contradiction avec le Plan Climat, une verticalité trop dense, une mauvaise insertion dans le paysage urbain, une absence de vision métropolitaine et un déséquilibre de programmation de logements.

Ce projet cumule les handicaps et les erreurs d?urbanisme pourtant déjà constatées dans les décennies passées. Il n?est pas digne de Paris. Il est aussi contraire à l?intérêt et au bien-être des Parisiens qui aspirent à un cadre de vie apaisé et à des immeubles à taille humaine. Il mérite d?être revu en profondeur.

Madame la Maire, vous avez pris l?exemple de la Z.A.C. "Clichy-Batignolles", mais ce projet a été complètement revu par l?action et la mobilisation, aussi bien de la mairie du 17e que des habitants qui ont complètement revu la copie originale du projet de la mairie. Et l?implantation du T.G.I., dont vous avez fait tant de publicité, a été actée par le président de la République Nicolas SARKOZY.

Alors voter ce projet, c?est construire seulement sur les emprises en pleine terre libérable. C?est donc faire un choix largement irréversible et lourd de conséquences.

Voter ce projet, c?est modifier le paysage de Paris de façon irrémédiable. Voter ce projet, c?est entasser des personnes dans trois tours de logements à 80 % de logements aidés locatifs. Voter ce projet, c?est nier la mise en place d?une coordination à l?échelle métropolitaine. Voter ce projet, c?est préférer le gigantisme aux immeubles à taille humaine. Voter ce projet, c?est tout simplement le triomphe du non-sens sur la qualité de la vie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à Thomas LAURET. Il vous reste cinquante secondes, Monsieur LAURET, pour votre groupe.

M. Thomas LAURET. - Merci, le débat est passionnant. Je voudrais mettre l'accent sur un point, un risque spécifique simple, qui est le coût potentiel de construction, de maintenance et d'entretien de ces logements.

Pour faire des beaux immeubles, pour faire des immeubles durables, pas seulement au sens écologique mais aussi qui soient debout dans 150 ans, il faut y mettre le prix immédiatement et il faut y mettre le prix en entretien et en maintenance. Pour cela, il faut faire attention à la part de logements sociaux que l'on mettra dans les tours et à l'engagement des bailleurs sociaux qui pourront ou ne pourront pas mettre le prix. Je demande par un v?u de limiter la part de logements sociaux dans les tours de grande hauteur et d'investir avec le coût nécessaire pour faire des tours réellement durables, c'est-à-dire aussi durables que les immeubles de six étages parisiens. Merci.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

La parole est à Eric AZIÈRE. Il reste 5 minutes 40 pour votre groupe.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Mon cher Jean-Louis, je dis "mon cher Jean-Louis", cela va plus vite parce que comme la Maire n'est pas là? La chronologie des débats est amusante, elle est ainsi faite qu'après le Scot où vous venez d'expliquer en long et en large - je devrais dire plutôt en travers pour ce qui me concerne - ce que vous préconisiez pour la cohérence métropolitaine en matière d'aménagement, le projet de la Z.A.C. "Bercy Charenton" constitue à peu près l'exact opposé de vos préconisations. C'est toujours : "Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais". Quand je vous dis qu'il y avait un peu de condescendance vers nos amis métropolitains, je ne crois pas me tromper. Vous préconisez pour les orientations du Scot métropolitain que la fonction des grands services urbains soit affirmée au regard des besoins en espaces de tri et de compostage, de méthanisation - là, je rappelle que nous sommes sur une parcelle de 80 à 120 hectares - et des besoins importants en matière de logistique urbaine.

Eh bien là, vous voulez transformer cette zone stratégique de "Bercy Charenton", historiquement réservée aux grands services urbains, et notamment à la logistique multimodale, le fer et la route, en logements et en bureaux, alors même que la cohérence territoriale entre l'axe fluvial, l'axe ferroviaire, l'axe périphérique et l'axe autoroutier vers l'Europe appelle assez naturellement, me semble-t-il, à accueillir une activité de logistique ou de fret.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Elle existe.

M. Eric AZIÈRE. - Elle est insuffisante. Vous savez très bien que, sur ce plan-là, la Ville de Paris est en insuffisance totale.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Elle est immense.

M. Eric AZIÈRE. - A l'heure où les besoins du commerce en ligne, les exigences de réduction de la circulation des poids lourds appellent à la préservation et à l'augmentation des très grandes plateformes logistiques multimodales, voilà une grande occasion perdue pour Paris et pour sa Métropole.

Par ailleurs, mais ce n'est pas la seule contradiction, je vous rassure, il y en a d'autres, vous prenez un équilibre métropolitain des zones S.R.U. pour la Métropole, et là, vous rajoutez du logement social, 57 % du programme, à un quartier qui dépasse déjà l'objectif S.R.U. de 30 %.

Votre approche de l'équilibre des logements sociaux est à peu près aussi approximative que celle de la Maire de Paris sur les équilibres financiers.

Dans un quartier aussi enclavé, à l'environnement urbain aussi peu accueillant, vous refaites la Cité des 4.000, mon cher Nicolas BONNET-OULALDJ, oui oui? quand il y a concentration de logements sociaux et de tours, on peut prendre des analogies. C'est comme pour la Z.A.C. "Saint-Vincent de Paul" d'ailleurs, dans le 14e arrondissement, c'est plus fort que vous, il faut toujours plus de logements sociaux, toujours plus de densité, 600 logements, 50 % de logements sociaux et très sociaux sur 3 hectares et demi d'opportunité foncière. On se demande d'ailleurs si vous méritez ces opportunités foncières.

Vous prônez pour le Scot un développement des transports en commun dans les zones enclavées, mais vous construisez des tours de logements et de bureaux dans une zone qui ne fera pas l'objet d'une desserte supplémentaire en métro ou en R.E.R., n'en déplaise aux élus qui ont caressé l'illusion, qui la caressent toujours, d'une gare de R.E.R. D et qui déposent des v?ux dans ce sens.

Je vous cite le rapport d'impact du S.T.I.F. sur ce projet. Le bilan socio-économique d'une nouvelle gare R.E.R. ligne D s'est avéré négatif. Cette gare proposerait une offre complémentaire mais non essentielle. Elle n'offrirait pas de destinations nouvelles par rapport à la ligne 14. De plus, une nouvelle station dégraderait le temps de transport des usagers de la ligne D. En effet, une nouvelle station constituerait un gain de temps pour les 5.000 éventuels voyageurs, mais serait une réelle perte pour les 35.000 usagers dans les deux sens à l'heure de pointe. Avec une telle étude, ce ne sont plus des v?ux qu'il faut déposer, mais des cierges qu'il faut allumer. Cher Jean-Louis, dans le Scot métropolitain toujours, vous dites vouloir lutter contre l'enclavement des quartiers, mais vous vous apprêtez à construire un quartier enclavé géographiquement et socialement, parce que la zone cumule l'enclavement géographique,-...

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - C'est faux.

M. Eric AZIÈRE. - ... voies ferrées, Seine, autoroute et périphérique-, à l'enclavement en matière de desserte. Ce n'est pas parce qu'une passerelle sera jetée sur les voies ferrées que le quartier sera relié au reste du 12e, soyons sérieux. Ce n'est pas le prolongement de la rue Baron-Le-Roy, par ailleurs indispensable, qui suffira à désenclaver le quartier. Sans desserte adéquate, le quartier sera tourné vers lui-même.

Vous construisez enfin des mètres carrés de bureaux non transformables en logements, car trop près du périphérique, alors que vous reconnaissez dans votre contribution au Scot que la vacance de bureaux au niveau métropolitain est importante - plusieurs millions de mètres carrés disponibles - et que la tendance à la surproduction de bureaux nécessite, selon elle, de favoriser la modularité des espaces et la rénovation des bureaux obsolètes. Là, ce n'est pas le cas.

J'ajoute que les entreprises qui cherchent des bureaux à horizon 20 ans seront davantage séduites par des bureaux desservis par le Grand Paris Express que par des bureaux dans Paris, mais accessibles juste en autobus ou en péniche. La tour Shard de Londres est belle, mais désespérément vide.

Vous prônez enfin, dans le Scot, la qualité du cadre de vie comme aiguillon de l'urbanisation, mais vous construisez là, sur la zone "Bercy Charenton", dans un quartier où les niveaux de pollution sonore et les niveaux de particules sont préoccupants. C'est un cadre urbain qui ne fait pas franchement rêver entre le périphérique et les voies ferrées.

Je doute qu'il y ait beaucoup de propriétaires occupants séduits par la plaquette, d'autant que les Parisiens seront plus regardants que les élus.

Pour moi, c'est un projet sans vision, un projet de parti pris, sans respiration, sans interaction entre les fonctions vitales de la ville, Nicolas BONNET-OULALDJ l'a dit lui-même, une expérimentation urbaine, un quartier créé ex nihilo dans un cadre de vie asphyxié, un des plus difficiles à Paris, et qui en plus zone inondable. Voilà le site que vous avez trouvé, Madame BARATTI-ELBAZ, providentiel, je vous cite, voire idéal pour un projet phénoménal de construction de 2.500 logements sociaux sur 4.000 logements. Merci pour eux. Ce n'est pas notre conception de la ville moderne, nous voterons contre ce projet.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à François DAGNAUD.

M. François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement. - Mes chers collègues, oui, la nouvelle Z.A.C. "Bercy Charenton" marque un véritable changement d'échelle, puisqu'elle va transformer une porte de Paris en une véritable place facilitatrice et emblématique du Grand Paris, puisqu'elle va créer de la cohérence urbaine en lieu et place de l'actuelle fracture urbaine.

C'est une opération qui en effet revendique de créer de nouveaux liens entre Paris et Charenton, et la création de cette Z.A.C. permettra notamment de réaliser le projet lauréat de l'appel à projets "Inventons la Métropole du Grand Paris", un projet mixte et ambitieux, qui fait le choix à la fois du développement économique, de l'excellence environnementale et de la qualité urbaine.

Je veux notamment insister sur le développement, sur 50.000 mètres carrés, d'un hôtel logistique de nouvelle génération ainsi qu?un hôtel d'activités tourné vers les P.M.E., tous deux développés par la "Sogaris" et la Poste.

Dans cet ensemble ambitieux et qui relève les défis de toutes les mixités d'usage et de fonction, l'hôtel logistique de "Bercy Charenton" sera, en effet, un outil majeur pour lutter contre le dérèglement climatique et la pollution de l'air, tout en garantissant l'approvisionnement de nos c?urs de métropole.

Ce projet prend appui sur un savoir-faire solide qui est celui de "Sogaris", qui vient d'ouvrir un hôtel logistique de nouvelle génération dans le 18e arrondissement de Paris, sur le site de "Chapelle International", et qui vient d'être inauguré par la Maire de Paris. Ce projet s'inscrit au service de l'objectif de neutralité carbone du Plan Climat Air Energie de Paris, au service d'une production d'énergie renouvelable en toiture. La logistique urbaine est, aujourd'hui, une réponse incontournable pour organiser la distribution des marchandises en ville, à l'heure où le commerce en ligne connaît une croissance exponentielle. Organiser le transport de marchandises, c'est au final rationaliser les flux et réduire les nuisances générées à l'échelle de Paris et du Grand Paris.

"Bercy Charenton", de ce point de vue, se pose en fer de lance d'une logistique urbaine efficace et innovante, puisque l'hôtel logistique de "Bercy Charenton" sera le premier site logistique trimodal de Paris, en activant à la fois le train, le tramway et la route. De nouvelles solutions logistiques seront développées sur le site pour le traitement annuel de près de 25.000 colis. Deux millions de kilomètres de trajet routier seront ainsi économisés dans le Grand Paris.

Cette logistique des derniers kilomètres s'appuiera sur une flotte 100 % propre en cohérence, là encore, avec le nouveau Plan Climat Air Energie de la Ville et la charte pour une logistique urbaine durable que porte la Ville de Paris.

L'hôtel logistique de "Bercy-Charenton" sera, enfin, un atout pour l'emploi et pour le développement en ville d'une nouvelle économie productive et artisanale. Cet hôtel logistique, comme l'hôtel d'activité, viendront s'implanter sur le site, seront de véritables leviers de la transition économique et énergétique du Grand Paris en proposant un nouveau modèle de distribution des marchandises. L'hôtel logistique hébergera notamment le groupe "la Poste" qui prévoit de gérer sur ce site près de 30 % de son flux de colis parisiens. Il offrira également une solution d'implantation aux entreprises qui sont aujourd'hui présentes sur le site et sur la Rapée. C'est aussi le souci de l'emploi local dans la fidélité à l'histoire de ce lieu, avec la création d'au moins 300 emplois implantés à demeure sur le site. A terme, c'est une mixité d'emplois et d'usages qu'hébergera ce projet sans précédent.

En conclusion, je veux souligner que ce projet d'hôtel d'activité garantira à la fois l'approvisionnement de notre c?ur de Métropole à l'heure du e-commerce et permettra d'agir très concrètement pour un développement urbain respectueux de la qualité de l'air et de l'environnement. Relever ces défis exige, en effet, d'anticiper de nouveaux modèles d'organisation urbaine. C'est, je crois, l?une des forces de ce projet visionnaire.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Yves CONTASSOT. Il vous reste 6 minutes 50.

M. Yves CONTASSOT. - Merci, Madame la Maire.

Je voudrais commencer par citer Jean-Louis MISSIKA : "On ne peut pas imaginer que l'urbanisme ne soit qu'une affaire de communes, notamment parce que beaucoup de problèmes à résoudre se posent sur les zones frontières, qu'il s'agisse de frontières physiques, comme le périphérique, ou administratives entre deux départements ou deux territoires". Il aurait donc été tout à fait judicieux de proposer à la Métropole de gérer ce projet afin d'être en cohérence avec ce discours. Mais, de façon plus précise sur le projet, en matière de mobilité, la commission d'enquête souligne que l'étude préalable est très insuffisante et que seuls les futurs habitants et salariés ont été pris en compte et pas l'ensemble des personnes qui fréquenteront le quartier, ni l'impact de l'aménagement du projet de Charenton. In fine, on aura une station de tramway, déjà saturé, une station de métro d'une ligne saturée, et donc, un arrêt de bus. Point final. Ce n'est ni raisonnable, ni acceptable.

De même, l'étude d'impact - copieuse, 503 pages - met en évidence la quasi-impossibilité de survie des espèces protégées identifiées sur le site. Nous nous étonnons également que la Ville fasse fi du débat en cours pour l?élaboration du Scot et de la loi Elan. Dans sa note d'enjeu, l?Etat a indiqué, en effet, que le territoire de "Bercy-Charenton" fait partie des projets des zones - je cite - "susceptibles d'accueillir des projets de partenariat d'aménagement, tel que définis dans le projet de loi Elan. Ils constituent une première approche de l'identification des territoires à enjeu métropolitain". Le projet qui nous est soumis pourrait donc, ainsi, être remis en cause par l'Etat à court terme. Nous nous étonnons que, dans ces conditions, nous n'attendions pas le vote de la loi Elan afin d'avoir les éléments permettant de prendre une décision en toute connaissance de cause.

De même, le projet est en contradiction avec le Plan Climat métropolitain tel qu'il a été arrêté. On y reviendra sans doute dans quelque temps.

De même, nous venons - cela a été dit - de voter la contribution parisienne aux projets métropolitains. Qu?y lisons-nous ? Qu?il faut dissocier le foncier du bâti pour lutter contre la spéculation foncière. Alors, pourquoi prévoir un plan financier qui repose intégralement sur la cession des droits à construire pour un montant total de 751 millions d?euros ? On nage en pleine contradiction. On nous propose un plan masse particulièrement précis, qui induit les recettes dont je viens de parler. Mais on nous dit en même temps que tout peut évoluer, y compris la construction d'une piscine, revendiquée à juste titre par la maire du 12e arrondissement. Où sera-t-elle implantée ? Quel impact sur l?équilibre financier ? Mystère.

On nous dit également que la Ville est favorable à un rééquilibrage territorial au sein de la Métropole du Grand Paris. Très bien. Mais comment comprendre alors que ce projet va poursuivre le déséquilibre entre Paris et le reste de la Métropole en captant toujours plus d'emplois au détriment des autres communes. On mesure chaque jour l'impact sur les transports en commun, sur les conditions de déplacement, sur la fatigue des salariés de cette concentration de l'emploi sur certaines zones.

Et, enfin, vous nous proposez de construire des tours, notamment des tours de logements sociaux. Vous savez tout à fait que les bailleurs sont très réticents pour des raisons évidentes. Le prix de revient d?un logement social dans une tour est très élevé, nettement plus élevé que dans un bâtiment conventionnel. Vous allez donc contraindre les bailleurs à construire moins de logements pour la même somme investie. Belle contribution à l'objectif parisien de créer plus de logements et notamment de logements sociaux.

De plus, si les loyers seront encadrés par les règles du logement social, il n'en ira pas de même pour les charges, et tout le monde sait que les charges dans une tour sont nettement plus élevées que dans les autres immeubles. Donc, les locataires des logements sociaux subiront une forme de pénalisation financière lorsqu'ils seront attributaires d'un logement dans ces tours. D'ailleurs, un élément ne trompe pas. Dans les documents, vous indiquez les prix de cession pour les bailleurs sociaux, mais vous précisez que ce ne sera pas vrai pour les tours, pour lesquelles vous n'indiquez d'ailleurs aucun prix. Quant aux autres logements dans les tours, ce sera du luxe, et donc, pas pour les classes moyennes.

Que dire encore de votre vision des espaces verts ? Vous reconnaissez que 15 % des sols de la Z.A.C. sont perméables et pour partie composés d'espaces sur lesquels la végétation s'est développée. Or, vous proposez de construire sur ces espaces. Pour faire croire que vous compensez cela ailleurs, vous parlez d'un grand espace vert en omettant de préciser où il sera construit. En réalité, sur une dalle, celle qui recouvre les voûtes de la gare de la Rapée inférieure. Vous omettez, là encore, de préciser dans les documents la superficie de pleine terre qui restera à l?issue de l?opération, prenant ainsi le soin de dissimuler qu'en fait, il s'agira bien d'imperméabiliser davantage la zone.

Enfin, vous n'hésitez pas à couper la Petite Ceinture en prétextant qu?un jour, peut-être, elle pourrait retrouver son linéaire simplement déplacé. Qui peut croire à une telle promesse ? Je pourrais continuer à analyser point par point le projet, mais le temps imparti n'y suffirait pas. En fait, c'est tout le projet qui est à revoir pour qu?il soit conforme à un quartier résilient, sobre, durable, agréable à vivre, répondant aux besoins des habitants, et pas aux finances de la Ville, qui réponde aux enjeux que l'ADEME fixe en matière de ville sobre.

Nous vous demandons de retirer ce projet de l'ordre du jour et de le retravailler sur la base d'une moindre densité, en intégrant les aménités qui en feraient un quartier à vivre exemplaire. A défaut d?un retrait, vous ne serez pas surpris de notre vote qui sera alors opposé à cette vision d'un autre temps. Je vous remercie.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur CONTASSOT.

Monsieur BOURNAZEL pour le groupe les Républicains et Indépendants.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, la Z.A.C. "Bercy-Charenton" est un projet structurant en raison de sa dimension, 80 hectares, en raison des contraintes du site, une friche industrielle minérale située aux portes de Paris. Nous ne partons donc pas d'une page blanche, mais d?une zone grise, cette zone grise à laquelle il faut donner des couleurs et de la vie pour inciter la Ville à être d'autant plus innovante et responsable. Ces caractéristiques imposent une profonde réflexion sur la vision que nous voulons transmettre de la ville monde attractive, écologique et solidaire. La singularité de Paris, c'est cette harmonie et cette identité si particulière que nous devons en grande partie au travail remarquable d'Haussmann. Les deux tiers de Paris ont été construits en 60 ans, avec une vision reconnue par tous. Lorsque je parle de vision, je fais référence à une vision globale, car la vision du Maire de Paris, quel qu?il ou qu?elle soit, ne peut pas être de court terme.

Ce projet recherche-t-il la cohérence, l'harmonie et s'imbrique-t-il dans une vision globale métropolitaine ? Malheureusement, je ne le crois pas. Comme s?il y avait d'un côté le Paris du centre, le Paris qui fait rêver, le Paris qui rayonne et, d'un autre côté, le Paris périphérique, où l'on construit différemment. Tous les Parisiens n'auraient-ils pas droit à la beauté de leur ville ? Je ne veux pas dire par là qu'il n'y a qu'une seule architecture ou qu?une seule morphologie urbaine possible, mais, aujourd'hui, à l'heure du Plan Climat, elle doit s'inscrire dans une ambition esthétique, énergétique et écologique. Je dois dire que ce que vous nous présentez aujourd'hui ne coche pas vraiment ces cases.

Au sein d'un environnement qui est contraignant, entre des voies ferrées - il y a un échangeur routier très fréquenté -, vous souhaitez installer 4.000 logements. Je comprends cet impératif du chiffre qui vous pousse à densifier toujours plus Paris à l?intérieur de ses frontières, mais avez-vous pensé à la qualité de vie que vous allez offrir aux Parisiens ? C'est, pour moi, la priorité qui devrait tous nous réunir : des espaces de respiration, des équipements publics, un accès facilité aux transports en commun. C?est cela qui fait la qualité de vie.

Nous devons tous être animés par l'ambition de faire de Paris une ville apaisante, et vous l'avez vous-mêmes constaté ces dernières années, avec les tentatives de bétonisation du stade Championnet ou celui de Léo Lagrange. Je pourrais parler aussi de Ménilmontant. Tous ces projets ont suscité chez les Parisiens une forte mobilisation. Cet engagement pour la préservation de leur cadre de vie est bien légitime.

Madame la Maire, ce n'est pas la bonne méthode. Que proposez-vous ? La construction d'immeubles de grande hauteur d'une nature exceptionnelle. Au regard de l'ampleur du projet, c'est la réflexion même sur la programmation de ce nouveau quartier, leurs besoins, leurs attentes, le lieu dans lequel ils veulent vivre qu'il aurait fallu construire avec les Parisiens et les Parisiennes.

Monsieur MISSIKA, cher Jean-Louis, puisque tout le monde l'a appelé ainsi, vous nous dites qu'il faut signaler les portes de Paris par un geste architectural. Pourquoi pas dans l'absolu, mais il n'est pas évident que ce geste soit attendu par les habitants. Je ne crois pas que ce soit aussi le signal d'une continuité et d'une volonté de cohésion entre les territoires.

Nous vous proposons, avec ma collègue Valérie MONTANDON, de mettre en pratique cette démocratie participative dont vous vantiez les louanges il y a quelques semaines encore : la votation citoyenne. C'est le sens du v?u que nous vous soumettons aujourd'hui. Vous avez à juste titre consulté les Parisiens sur le Plan Climat, sujet consensuel pour lequel ils ont unanimement voté, je m'en réjouis.

Ayez aujourd'hui la volonté d'aller plus loin sur des sujets qui ne sont pas a priori acquis, sur des sujets difficiles qui interrogent l'avenir de notre ville.

Comme vous auriez pu le faire d'ailleurs sur la tour Triangle, demandez aujourd'hui aux Parisiennes et aux Parisiens s'ils sont favorables au projet de Z.A.C. "Bercy-Charenton" que vous avez élaboré.

C'est la démocratie, on ne doit pas craindre le jugement des Parisiennes et des Parisiens, on doit au contraire construire avec eux. Il est temps de changer de méthode, Madame la Maire. Vous souhaitiez en 2014 "osez Paris", je vous demande aujourd'hui, osez donner la parole aux Parisiennes et Parisiens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur Rémi FÉRAUD?

M. Rémi FÉRAUD. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, il y a déjà eu beaucoup d'interventions dans ces débats, qui parfois d'ailleurs prennent des libertés avec la vérité. Je sais que notre cher Jean-Louis MISSIKA y reviendra pour y répondre.

Je voulais, à ce stade du débat, affirmer très fort que nous, les élus Socialistes et Apparentés, nous assumons et revendiquons même ce beau projet, le dernier grand projet d'aménagement dans Paris intra-muros. Nous le revendiquons comme tous les autres projets d'urbanisme depuis 2001.

Nous le faisons parce que c'est une belle opération métropolitaine en lien avec la ville de Charenton, qui permettra de relier le 12e arrondissement, sa maire Catherine BARATTI-ELBAZ l'a très bien dit, à l'un des territoires qui est à la fois l'un des plus proches et l'un des plus séparés de Paris sur la commune de Charenton. Nous mettrons fin à un "no man's land", une forme de cul-de-sac aujourd'hui dans la ville pour faire métropole, comme nous le disions tout à l'heure dans le débat sur le Scot.

Nous revendiquons cette opération parce qu'elle crée des emplois, de l'activité, des logements et des équipements. Pour nous, cette mixité des fonctions est essentielle et en la matière, il faut de la cohérence.

Oui, nous voulons rééquilibrer les activités vers l'Est et le mettre en ?uvre.

Oui, nous voulons offrir des équipements de proximité aux Parisiens dans les nouveaux quartiers et il y a des équipements dans ce projet. Oui, nous refusons l'incohérence qui consiste à regretter régulièrement le manque de logements pour les Parisiens et à s'opposer à la création de nouveaux logements...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Un instant, Monsieur le Président. Je demande vraiment à l'ensemble, y compris les présidents de groupe qui ont déjà parlé ou qui d'habitude s'expriment, de faire silence, merci. Monsieur Rémi FÉRAUD, vous pouvez continuer.

M. Rémi FÉRAUD. - Merci, Madame la Maire.

Nous revendiquons aussi de faire cette opération avec un équilibre entre logement privé et logement social. C'est cela aussi la garantie de la mixité de Paris.

Enfin, sur l'enjeu des hauteurs nous sommes là aussi cohérents avec ce que nous avons toujours dit et porté. Aux frontières de Paris, nous avons toujours approuvé et voulu des gestes architecturaux qui ne séparent pas, mais relient et font aussi évoluer la ville tout en respectant son c?ur historique, ce qui est aujourd'hui une identité de Paris.

Alors l'essentiel, c'est finalement la question que posait M. VESPERINI au début de ce débat, sommes-nous en cohérence avec nos convictions ?

Si j'ai bien compris les vicissitudes de la vie politique de notre Conseil, cela s'adressait d'abord à nos collègues du groupe les Républicains. Alexandre VESPERINI se souvient, comme nous, des débats sur la tour Triangle très certainement, mais aussi du projet "Clichy-Batignolles", de l'opposition de la droite parisienne qui qualifiait le projet porté par Bertrand DELANOË et Anne HIDALGO d'"erreur historique". C'était en 2011. C'était il y a sept ans. Je crois qu'il a raison, depuis des années, la droite parisienne se trompe dans sa vision de la ville, dans la vision de son urbanisme, dans la vision de son avenir. Le débat de cet après-midi montre pour l'essentiel, y compris dans l'intervention à l'instant de Pierre-Yves BOURNAZEL, que la droite parisienne continue de se tromper et d'être incapable de regarder vers l'avenir.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Vous, vous avez toujours raison...

M. Rémi FÉRAUD. - Je ne sais pas si nous avons toujours raison, mais nous évitons de nous opposer à un projet, pour ensuite nous féliciter de sa réussite au moment de son inauguration.

Nous sommes dans ce débat en cohérence avec nos convictions, notre conception de la ville, avec nos engagements. Mieux encore, nous les mettons en ?uvre avec ce beau projet "Bercy Charenton" que nous soutenons sans réserve. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur FÉRAUD, Monsieur le Président. Je vais à présent donner la parole à l'excellent Jean-Louis MISSIKA. Vous avez la parole.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Merci à tous de vos interventions et de ce débat de grande qualité et très courtois, qui montre la vitalité de notre Assemblée et l'intérêt que nous portons tous à la transformation de Paris.

Un grand projet urbain se doit de susciter des discussions passionnées ou alors ce n'est pas un grand projet urbain.

Nous sommes à un moment important de cette mandature, puisqu'il s'agit, et c'est rare, même à l'échelle d'une ville comme Paris, d'engager un très grand projet urbain et paysager qui doit venir métamorphoser tout le secteur Sud-Est de notre ville et plus largement encore la Métropole.

C'est à la fois un acte déterminant, un engagement collectif et un même temps le début d'une opération qui va durer plusieurs années et dont les lignes et l'architecture se dessineront au fil du temps, beaucoup de choses pourront encore évoluer. Ce grand projet urbain né en 2008 se déploie sur 25 ans au moins.

Ce sujet a suscité beaucoup de discussions. Pourquoi construire un nouveau quartier à "Bercy Charenton" ? Je voudrais revenir à l'essentiel. L'essentiel, c'est le fait que Paris perd des habitants, plus de 7.500...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Madame la Présidente du groupe, si vous pouviez avoir l'amabilité d'écouter les réponses, merci.

Monsieur MISSIKA?

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Je disais que Paris perdait des habitants, plus de 7.500 chaque année depuis 2010. Je disais également qu'il faut à présent, et je confirme la citation d'Yves CONTASSOT, travailler sur les fractures, sur les lisières de la métropole de notre ville.

S'il vous plaît?

Qui sont le c?ur de la métropole de demain, ces espaces ne peuvent plus être des espaces délaissés, des "no man's land" dont nous n'avons que faire, mais au contraire, nous devons assurer des continuités urbaines et paysagères. Nous devons transformer les portes de Paris en places du Grand Paris.

Et puis, l'essentiel, c'est aussi le fait que disposer d'un nouveau pôle tertiaire important dans l'Est parisien participe du rééquilibrage territorial et répond aux enjeux de mobilité à l'échelle métropolitaine.

Enfin, on a beaucoup parlé de l'enclavement de ce site, de ses difficultés. Je voudrais souligner, certes, que ce site est très contraint avec des infrastructures lourdes comme le boulevard périphérique, les échangeurs, et donc nous sommes face à des défis à relever, mais c'est aussi et surtout un site exceptionnel en lisière de Seine, avec la respiration du faisceau ferré, la grande proximité du bois de Vincennes, le tramway du boulevard des Maréchaux, et la Petite Ceinture.

Alors, j'ai entendu deux mots répétés ad nauseam : bétonisation et surdensification. Je voudrais vous montrer que nous allons construire un quartier agréable à vivre et qui jouera un rôle essentiel à l?échelle métropolitaine. Voici pourquoi.

La droite parisienne, et d?ailleurs Mme MONTANDON l?a rappelé, a proposé de construire une dalle au-dessus du faisceau ferré qui serait le remède à tous les problèmes. Je pense que ce serait une erreur majeure qui pourrait virer au cauchemar. La comparaison s?inspire bien sûr du projet de "Paris rive gauche", sauf que les sites sont radicalement différents.

Nous sommes, rive droite, sur un faisceau quatre fois plus large que celui de "Paris rive gauche", avec un sillon ferroviaire parmi les plus sollicités de France, de 800 à 900 trains par jour, dont une centaine la nuit. L?emprise de la dalle représenterait d?ailleurs l?essentiel du projet.

A l?inverse, sur "Paris rive gauche", la dalle ne représente qu?une infime partie des 130 hectares du projet. Cette dalle impliquerait des travaux d?une extrême complexité, longs et coûteux. En effet, réaliser une dalle au-dessus des réseaux ferrés, c?est effectuer des travaux pendant moins de deux heures par nuit et, surtout, se mettre entre les mains de la S.N.C.F. qui, à tout moment, peut réorienter ses priorités.

Nous l?avons connu sur "Paris rive gauche". Tout cela, bien sûr, en imperméabilisant de manière massive les sols et en allant à l?encontre de tous les enjeux de corridors écologiques, mis en lumière par l?étude d?impact sur ce secteur. Le projet de la droite est tout simplement de couler du béton pendant les 50 prochaines années et de reproduire les erreurs du passé, à la Défense ou ailleurs !

Au contraire, le choix a été de ne pas faire de dalle, mais de suivre et respecter le sol naturel. Le choix de la verticalité, dont les sites proposés par la très grande équipe d?urbanistes pilotée par Richard ROGERS sont une conséquence logique de ce choix. Je voudrais faire une parenthèse pour rappeler que Richard ROGERS est certainement l?un des plus grands urbanistes architectes vivant. Son équipe a proposé de tirer parti de cette spécificité du paysage ferroviaire qui permet de concevoir six tours qui n?impacteront pas le voisinage. Pourquoi ? Parce que ces tours sont positionnées de telle manière qu?elles ne créent pratiquement pas d?ombre sauf, bien sûr, sur les voies ferrées. C?est la stratégie qui a été choisie. Les personnes qui seraient gênées par les tours, en termes d?ombre, ce sont celles qui prendront le train et elles ne seront gênées que pendant quelques secondes. Ces tours sont concentrées au c?ur du projet et leur hauteur diminue progressivement pour ménager?

S?il vous plaît?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vraiment, c?est extrêmement pénible !

D?abord, je demande à tous les collaborateurs des groupes qu?ils s?asseyent et écoutent tranquillement. Il y a suffisamment de places assises. S?il n?y en a pas assez, c?est que certains qui sont là ne devraient pas y être.

On est là, on écoute?

Oui, parce qu?il y a un nombre de collaborateurs par groupe. Il faut respecter ces règles.

On écoute la réponse et on fait en sorte que le débat se conclue dans de bonnes conditions.

Monsieur MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Ces tours permettront de créer une intensité. A partir du moment où on ne fait pas de dalle, il faut, pour constituer ce morceau de ville, un programme ambitieux qui permet une animation urbaine et du commerce de proximité. Je rappelle tout de même que le commerce de proximité, le commerce de bouche, n?existe qu?à partir d?une certaine densité urbaine. On a tendance à l?oublier. Quand vous proposez de la sous-densification, vous proposez des quartiers qui ne peuvent pas accueillir du commerce de proximité.

9.000 habitants, 12.600 emplois, de nombreux équipements publics, c?est la condition pour que ce secteur s?anime et ne constitue ni un pôle tertiaire mort le soir comme la Défense, ni un secteur résidentiel sans vie. Ces six tours qui représentent 40 % du programme global sont la condition de cette intensité et de cette mixité. Je voudrais rappeler également que ces tours rassembleront de nombreux usages, à la fois logements et bureaux, mais aussi parce qu?elles seront de plain-pied des commerces et services à rez-de-chaussée, venant ainsi animer l?espace public. En effet, les tours des années 1970 posaient un problème à cause de l?urbanisme de dalle. Que ce soit aux Olympiades, à Beaugrenelle ou à la Défense, ces dalles empêchaient toute vitalité en rez-de-chaussée, en séparant les flux et en empêchant les commerces de rue. Si je prends l?exemple de la Défense, la réparation et le maintien de ces dalles sont des gouffres financiers.

Ces tours seront écologiques. Au regard de la date à laquelle elles seront construites, elles seront, vraisemblablement, à énergie positive. Là encore, les progrès sont spectaculaires. Alors, bien sûr, si l?on ne fait pas confiance au progrès technique, on ne peut pas accepter ce que je suis en train de dire.

Je voudrais tout de même donner deux exemples. D?abord, l?exemple du projet de la nouvelle tour Montparnasse : la consommation énergétique de la tour sera divisée par 10 ; elle sera autonome 70 % de son temps d?usage et se hisse au rang des bâtiments neufs les plus performants avec une valeur d?efficacité de 50 kilowattheures d?énergie primaire par mètre carré et par an sur la partie bureau, alors même qu?il s?agit d?une rénovation et non pas d?une construction nouvelle. Autre exemple : à Strasbourg, la tour Elithis, livrée en début d?année, est à énergie positive. Elle produit 112 % de ses besoins grâce aux panneaux solaires sur le toit et sur les parois verticales.

Je voudrais dire, pour ceux qui s?inquiètent de la facture pour les locataires que, dans cette tour, la facture des locataires avoisine les 80 euros par an à comparer avec les 1.600 euros en moyenne pour les ménages français.

Enfin, ces tours constitueront un signal métropolitain en réponse aux tours de Paris rive gauche et de l?autre côté de la Seine, et à celle de 180 mètres de haut, à Charenton, de l?autre côté du périphérique, porté par le maire républicain Hervé GICQUEL dont je salue l?audace et la compréhension des enjeux métropolitains.

Parlons maintenant de surdensification. J?aime beaucoup ce mot. Avec ces tours, nous parlons de six bâtiments sur plus d?une quarantaine au total. La densité - excusez-moi de vous le dire, Madame BERTHOUT -, cela se mesure et cela se compare à partir de chiffres objectifs. La densité moyenne en habitants par kilomètre carré de Paris est, avec les bois, de 21.000 habitants par kilomètre carré. L?arrondissement le plus dense de Paris est le 11e arrondissement avec 41.000 habitants par kilomètre carré. Sur Bercy-Charenton, écoutez bien ce chiffre, il y aura 11.000 habitants par kilomètre carré, soit moitié moins que la moyenne parisienne et?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mais écoutez, enfin !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Soit l?équivalent de la densité de Suresnes. Je suis sûr que le maire de Suresnes, républicain lui aussi, sera ravi d?apprendre que sa ville est surdensifiée.

Par ailleurs, ce point est éminemment important : ce quartier offrira des espaces publics généreux. Je vais vous les citer tous puisqu?ils ont été complètement effacés du débat. Je suis sûr non seulement que Valérie MONTANDON saura de quoi je parle mais qu?elle sera aussi intéressée par ce que je vais dire.

Il y a d?abord la passerelle Nicolaï qui reliera les quartiers de part et d?autre du faisceau ferré et permettra aux deux parties du 12e arrondissement d?enfin communiquer. Il y a ensuite toutes les places et voies nouvelles des secteurs Lamé, Triangle et Poniatowski : la nouvelle promenade piétonne de la Petite ceinture ; le prolongement de la rue Baron-Le-Roy jusqu?à Charenton qui va désenclaver la relation entre Paris et Charenton ; la traversée piétonne dans le bâtiment Lumière, qui va radicalement transformer ce qui s?apparente aujourd?hui à une véritable muraille : le bâtiment Lumière ; l?adaptation de la voie logistique à l?arrière du bâtiment Lumière pour offrir un nouvel espace public autour de la gare de la Rapée ; la création du parc de la Rapée de plus de deux hectares ; l?aménagement d?espaces publics le long de la berge ferroviaire au nord du faisceau ferré, le long de la rue de Charenton et du cimetière de Valmy, offrant une nouvelle promenade au-dessus du faisceau ; la création d?une liaison piétonne et cyclable sur les berges de Seine et la création de la passerelle quai de Bercy, qui permettra de rejoindre le parc de Bercy depuis le jardin de la Rapée ; sans compter des requalifications essentielles : la place des Vins de France, la route des fortifications dans le secteur Léo-Lagrange, la place du Cardinal-Lavigerie. Ces espaces publics représentent entre 45 et 60 % des emprises de la Z.A.C. contre 30 % dans Paris. Quant aux espaces verts, sans même compter le plateau sportif Léo-Lagrange?

Mais, Madame, vous avez calculé vos 3 % en tenant compte des espaces ferroviaires ! Il faut être sérieux ! Je peux vous acheter une calculette, si vous voulez !

Ecoutez, les espaces verts doivent être calculés sur l?emprise réelle de la construction. Bien sûr ! Tous les urbanistes calculent de cette manière-là. Je suis vraiment désolé de vous le dire. Tous !

Je disais donc : 4 mètres carrés d?espaces verts publics par habitant contre un peu plus de 2 mètres carrés par habitant dans le reste de Paris.

Le choix de la verticalité, c?est donc aussi le choix d?espaces publics et d?espaces verts généreux. Voter contre ce projet de délibération, je le signale au passage, c?est voter contre tous ces espaces publics et tous ces espaces verts créés pour notre ville et notre métropole.

Ce projet va être enfin l'occasion de mettre en ?uvre, à une échelle inédite et massive, des solutions innovantes en matière d'énergie et de gestion des eaux pour contribuer à la lutte contre les îlots de chaleur et le risque inondations et en faveur de la résilience.

Sur la desserte du site, on a beaucoup parlé de transports en commun. Sur la desserte du site, il y a bien sûr les lignes 8 et 14 du métro à proximité, ainsi que le T3, qui permettront de desservir le site. La ligne à haut niveau de service sur les quais, qu'il s'agisse d'un tramway ou d'un bus d'ailleurs, contribuera efficacement à cette desserte. Les mobilités innovantes seront aussi déterminantes pour rendre encore plus rapide l'accès aux stations de métro et aux gares situées à proximité.

Mais sur la desserte par le R.E.R. D, nous l'avons demandée à plusieurs reprises à la Région qui est compétente en la matière, alors que Paris comme Charenton développent leur projet de façon coordonnée dans la Métropole dense, il est indispensable que la présidente d?Ile-de-France Mobilités, Mme Valérie PÉCRESSE, prenne ses responsabilités en acceptant une gare du R.E.R. D, comme nous le demandons à l'unisson avec Hervé GICQUEL, le maire de Charenton. Considérer qu'une simple étude technique, Monsieur AZIÈRE, est suffisante pour empêcher que l'on ait une gare du R.E.R. D à cet endroit-là me paraît extrêmement défaitiste.

Je vous invite, Monsieur AZIÈRE, à demander avec nous et avec le maire de Charenton la création d'une gare du R.E.R. D à cet endroit et je suis sûr que Mme PÉCRESSE, qui est une femme intelligente, se rendra à la raison.

Enfin, ce quartier jouera un rôle essentiel à l'échelle parisienne et métropolitaine. Monsieur AZIÈRE, vous dites qu'il n'y a pas d'hôtel logistique dans ce projet. L'hôtel logistique, c'est 50.000 mètres carrés et c'est un hôtel logistique trimodal, c?est-à-dire qui combine le fer, la route et le tramway. Excusez du peu ! Franchement, c'est absolument hallucinant ou alors vous n'avez pas lu le document, vous n'avez pas lu le dossier ! Ecoutez, c'est quand même invraisemblable que vous disiez qu'il n'y a pas d'hôtel logistique.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - On ne sait pas lire !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - M. AZIÈRE a dit qu?il n?y avait pas de logistique !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Enfin, Madame BERTHOUT, cela n'honore personne de ne pas laisser répondre ! On vous a écoutés. On vous a écoutés vraiment avec beaucoup d'attention.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Ce projet? J?ai presque fini, Madame BERTHOUT, ne vous inquiétez pas.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - M. MISSIKA essaie de répondre et vous essayez de perturber. C?est quelque chose qui n?est quand même pas très conforme à une courtoisie républicaine.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Je disais que ce projet est l'occasion de créer des liens Nord-Sud et Est-Ouest par rapport à deux infrastructures qui constituent, comme je l'ai dit, deux coupures importantes : la passerelle Nicolaï et le prolongement de la rue Baron-Le-Roy, ainsi que l'axe lumière, qui permettront justement de créer ce quartier métropolitain, qui permettront de relier enfin de façon significative Paris à Charenton, d'autant que de l'autre côté du périphérique Charenton conduit également un grand projet et que nous sommes tombés d'accord avec le maire de Charenton pour coordonner le développement du projet côté Charenton et le développement du projet côté 12e arrondissement.

Nous sommes devant un grand projet urbain, un grand projet métropolitain, un projet écologique et innovant, un quartier à échelle humaine et, je crois l'avoir démontré, agréable à vivre.

Je vais vous dire quelques mots sur les propositions de v?ux et amendements. Bien sûr, il y a des sujets de désaccord mais, pour beaucoup de sujets, il y a des points d'accord. Sur les tours, j'en ai parlé, je serai bien sûr défavorable à leur limitation à 37 mètres. Elles accueillent une partie importante du programme et je vous ai expliqué pourquoi je pense qu?elles ont toutes leur pertinence sur ce site. Sur la votation, de la même manière, je serai défavorable, tout simplement parce qu'on ne voit pas du tout quel serait le périmètre d'une telle votation, le quartier, la Ville de Paris, l'ensemble de la métropole ou l'ensemble des endroits depuis lesquels les tours seraient visibles. Nous avons débattu avec les Parisiennes et les Parisiens à ce sujet et la Commission d'enquête a donné un avis favorable au projet. A un moment donné, il faut trancher, il faut agir et c'est le rôle de notre Assemblée, et il faut aussi associer les riverains, les Parisiens, les Métropolitains à la conception de ce projet en temps réel, en utilisant les outils de délibération que nous offrent aujourd'hui les "civic tech" et les "go fetch". Je suis bien sûr favorable à ce que les consultations sur les tours soient lancées en mode "Réinventer Paris" en mettant en avant les sujets innovation, notamment d'un point de vue environnemental et gestion des charges. Je suis également favorable à ce qu'elles accueillent au maximum un tiers de logements sociaux. Cela est complètement dans l?esprit de la mixité que nous appelons de nos v?ux dans ces tours. Je suis enfin favorable à ce que des modélisations complémentaires en soient faites pour affiner les sujets acoustiques et l'évaluation énergétique. Je serai bien sûr défavorable, en ce qui concerne les logements sociaux, au v?u qui demande une baisse de ce pourcentage et ce, pour plusieurs raisons. Notamment parce que nous sommes contraints par le P.L.H., ce qui d?ailleurs rend les autres raisons à cette loi intéressantes, vu que nous sommes obligés par la réglementation de respecter ces pourcentages. Par contre, il me semble important de dire que les demandes de répartition équilibrées entre P.L.A.-I., PLUS et P.L.S., ainsi que des logements sociaux dédiés à du logement spécifique, notamment du logement étudiant, soient pris en compte. Nous sommes très en amont mais, on peut déjà le dire, nous ne l'inscrivons pas habituellement dans nos Z.A.C. mais, bien sûr, cela va dans le sens de la mixité que nous souhaitons pour ce quartier. Sur la gare de la Rapée, nous aurons l'occasion de conduire un appel à projets formidable sur la base du "Fabriqué à Paris" et qui permettra d'ailleurs de révéler ce très beau patrimoine ferroviaire. Je serai bien sûr favorable au v?u. J'ai pratiquement terminé. Il y avait énormément de v?ux et d'amendements.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Oui, et vous l?avez interrompu très souvent. Alors terminez, Monsieur MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Sur la saisie du Préfet pour des moyens supplémentaires, avis favorable. Sur le v?u relatif au projet de création d?une nouvelle gare R.E.R. D, bien sûr avis favorable. Sur le v?u relatif à la réalisation d'une étude d'évaluation des flux, avis favorable. Sur le v?u relatif à une étude complémentaire sur le réaménagement de l'échangeur, j'y suis bien sûr favorable, puisque j'ai initié avec Christophe NAJDOVSKI au niveau du Forum métropolitain cette grande étude sur les autoroutes et le périphérique. Nous allons demander un zoom dédié à cet échangeur de Bercy dans le cadre de cette étude. Par ailleurs, il y aura des études qui seront lancées dans le cadre de la Z.A.C. Avis favorable également sur la végétalisation du projet. C'est essentiel pour la réduction des îlots de chaleur urbains et le rafraîchissement de la Ville. Bien sûr, je suis favorable à l'amendement relatif à la réalisation des aménagements, conformément aux critères d'innovation. Pour finir, sur la piscine publique, je suis bien sûr favorable à ce v?u, que j'ai voté dans le cadre du conseil d'arrondissement du 12e. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur MISSIKA, cher Jean-Louis, pour cette intervention qui permet d'apporter - je vous ai vue, je vais vous donner la parole - des réponses à chacune des questions qui vous ont été posées pour un vote que je vais ouvrir, mais il y a une demande de Mme la présidente du groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, compte tenu de l'ambiance très particulière cet après-midi et d'un certain nombre de pressions "amicales", on va le dire ainsi, je vais conformément à l'article 4, au nom de mon groupe mais aussi du groupe des "Verts" et du groupe UDI-MODEM, vous demander un vote secret. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous parlez au nom des "Verts" ! Le groupe des "Verts" considère que Mme BERTHOUT parle en son nom, c'est cela ?

C'est Mme BERTHOUT qui vient de dire qu'au nom des "Verts" elle demande un vote secret. Je veux juste la précision, c?est tout, car c?est important.

M. David BELLIARD. - Vous avez raison, Madame la Maire, de demander la précision mais comme il faut un tiers du Conseil pour demander un vote à scrutin secret, nous nous associons effectivement à cette demande.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Cela ne me pose aucun problème. Je voulais juste savoir si Mme BERTHOUT parlait en votre nom. Je ne doutais pas que vous demandiez cela mais je voulais savoir si elle parlait en votre nom.

Nous allons organiser le vote secret. Merci. Une suspension pour dix minutes.