Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Juillet 2018
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

VI - Question d'actualité posée par le groupe Démocrates et Progressistes à Mme la Maire de Paris relative à la transformation de la gestion des ressources humaines.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je voudrais à présent passer à la question n° 6 posée par Julien BARGETON, pour le groupe DP, à laquelle répondra Christophe GIRARD.

M. Julien BARGETON. - Merci, Madame la Maire.

La Cour des comptes a publié un référé le 14 juin 2018 sur les personnels de la Ville de Paris. Nous connaissons les principales observations juridiques, d?une part, et quantitatives, d?autre part. Sur la partie juridique, la Cour critique le statut dérogatoire, les cadres d?emplois. Sur la partie quantitative, c?est le temps de travail qui est critiqué. Nous savons qu?il faudra faire évoluer ces points à l?avenir.

Cependant, au-delà de ces remarques classiques, en termes de bonne gestion, je voudrais interroger l?Exécutif sur la transformation numérique de l?administration parisienne, source à la fois d?enrichissement des métiers des agents et de nouvelles dynamiques dans l?administration. La Cour des comptes, encore, note à propos de la Direction générale des Finances publiques que la révolution de l?intelligence artificielle va bouleverser les tâches répétitives qui peuvent être robotisées au profit de fonctions plus qualitatives. De même, à la Maison départementale des personnes porteuses de handicap, la digitalisation doit conduire à redéployer les personnes du "back office" vers le "front office" en bon français, c?est-à-dire vers plus de permanences d?accueil. A ce titre, le projet informatique "handicap.paris.fr" est d?abord un apport pour les usagers mais devrait constituer aussi l?occasion d?une révolution pour l?administration.

Aujourd?hui, la Ville compte 55.000 agents qui font souvent un travail remarquable. Cependant, les transitions économiques et technologiques vont bouleverser l?organisation de nos administrations, le contenu des métiers et la gestion des ressources humaines. Les interfaces de programmation "API", toujours en bon anglais, l?"open data" initié à la Ville par Jean-Louis MISSIKA, les applications créées directement par des particuliers, les imprimantes 3D, les robots, ont produit des changements majeurs dans le mode de production et de diffusion des biens et des services dans l?économie privée. Elles impactent avec la même force le monde public. Le 20 juin 2018, le Gouvernement a présenté une première vague de 17 projets sélectionnés dans le cadre de la transformation numérique de l?Etat pour un total de 126 millions.

La création d?un cloud d?Etat, deuxième face de la plateforme numérique "FranceConnect" permet aux particuliers d?accéder en ligne aux services des impôts, de la Poste ou encore de l?Assurance maladie, avec un seul identifiant et un seul mot de passe qui servira à l?avenir aussi à échanger les informations entre services. Oui, l?intelligence artificielle permet de diagnostiquer la situation des demandeurs d?emploi, affiner la prédiction des entreprises susceptibles de recruter et automatiser une partie des tâches des conseillers. Parmi les autres projets sélectionnés, on trouve le déploiement de la télémédecine en E.H.P.A.D., l?amélioration de la détection de la fraude fiscale ou l?utilisation des données pour la sécurité routière.

Paris ne doit pas rester à l?écart. Madame la Maire, comment l?Exécutif anticipe-t-il et prépare-t-il la transformation numérique de l?administration parisienne ? Quels en sont les outils ? Quels sont les projets en cours ? Comment les élus seront-t-ils associés ? Quels sont les métiers, la répartition entre le terrain et le central ? Comment les usagers et le numérique seront-t-ils intégrés au c?ur du travail des agents et de l?organisation de nos services ?

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président.

Je donne la parole à Christophe GIRARD pour vous répondre.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Si vous le permettez, mes collègues Jean-Louis MISSIKA et Emmanuel GRÉGOIRE pourront également apporter quelques éléments complémentaires à la question posée par le président du groupe Démocrates et Progressistes du Conseil de Paris.

Je vous remercie pour votre question.

Effectivement, Didier MIGAUD, premier président de la Cour des comptes, avait écrit sous forme d?un référé au Premier Ministre M. Edouard PHILIPPE.

Sur la forme, tout d?abord permettez-moi de préciser que, contrairement à ce que son appellation pourrait laisser penser, il ne s?agit aucunement d?une procédure judiciaire d?urgence mais d?une communication dans laquelle la Cour des comptes porte à l?attention du Premier Ministre des sujets qui lui paraissent le mériter.

Sur le fond ensuite, ce rapport de la Cour n?est qu?une redite des rapports de la Chambre régionale des comptes relatifs aux ressources humaines de la Ville de Paris, que notre Conseil avait examinés dans sa séance de décembre 2017.

Nous retrouvons la même remise en cause du statut particulier des agents des administrations parisiennes, qui néanmoins méconnaît la singularité de Paris et ses nombreuses spécificités. C?est d?ailleurs, ce que reconnaît le Premier Ministre M. Edouard PHILIPPE dans sa réponse adressée à la Cour le 20 juin dernier. Il n?envisage ainsi en aucune façon de revenir sur ce statut particulier inscrit dans la loi.

La préservation de ces spécificités n?est cependant pas pour nous synonyme d?immobilisme en matière de gestion des ressources humaines. Ainsi, nous menons depuis 2014 un travail important de modernisation de l?administration parisienne. Je salue ici l?action menée par Emmanuel GRÉGOIRE, avec le concours du directeur des Ressources humaines, avant Jean-Baptiste NICOLAS et dorénavant Frédérique LANCESTREMÈRE, dans le respect des engagements de la Maire de Paris dès 2014.

Comme le souligne le Premier Ministre dans sa réponse, nous menons des efforts significatifs pour rationaliser le paysage statutaire des corps de la fonction publique parisienne. Le nombre de corps de la Ville de Paris est ainsi passé de plus d?une centaine en 2007 à 63 aujourd?hui, ce qui permet d?améliorer la lisibilité des dispositions statutaires, de fluidifier le fonctionnement de l?administration et d?améliorer les parcours de carrière des agents et leur mobilité.

Cette mise en cohérence a été réalisée sans altérer les spécificités des métiers. C?était d?ailleurs tout le sens de la réforme des corps techniques adoptés au Conseil de Paris de mai, que vous-même et votre groupe, je vous en remercie à nouveau, avez approuvé et qui permettra, dès ce Conseil de Paris terminé, enfin de recruter des ingénieurs informaticiens.

D?autres réformes essentielles ont été menées dans cet esprit, comme la réorganisation des fonctions support, la rationalisation des services déconcentrés des Affaires scolaires et de la Petite enfance, ou encore la mise en place du contingent qui permettra un meilleur pilotage de la gestion des ressources humaines de proximité.

Cet effort de transformation de la fonction publique parisienne n?est pas achevé et, croyez-moi, la Maire de Paris est très déterminée et me sollicite quotidiennement sur ce sujet. Je le poursuis d?ailleurs avec détermination et attention à nos agents, comme les projets de délibération relatifs à la fusion de la Commune et du Département.

Quant aux recommandations émises par la Cour et retenues par le Premier Ministre, nous les étudierons avec attention dès lors qu?elles ne remettront pas en cause ni l?engagement de nos agents ni la qualité du service public parisien.

Enfin, s?agissant du temps de travail, je tiens à signaler que le Premier Ministre n?a pas jugé utile d?évoquer l?accord-cadre de 2001 dans sa réponse à Didier MIGAUD.

Pour conclure, avant de donner la parole à mes deux collègues, permettez-moi, pour avoir été un lecteur attentif de la lettre de M. Edouard PHILIPPE, de noter que la réponse du Premier Ministre indique subtilement un grand respect pour la fonction de Mme la Maire, et à son endroit particulièrement.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Emmanuel GRÉGOIRE.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Vous le savez, nous en avons parlé plusieurs fois dans notre Assemblée, la transformation numérique des politiques publiques est un enjeu majeur pour l?Etat, pour toutes les collectivités, et bien évidemment pour la Ville de Paris. Elle repose sur un certain nombre de piliers que je voudrais rappeler ici.

Je voudrais d?abord remercier les services administratifs qui sont mobilisés sur les sujets et c?est l?occasion de le populariser auprès des membres de notre Assemblée. La DSTI a changé de nom. Pour être plus conforme à ses nouvelles missions, elle s?appelle désormais la Direction des Services Informatiques et du Numérique, soit DSIN, reprenant en cela une terminologie de l?Etat qui a changé pour traduire ces transformations.

Quels sont les piliers ?

Le premier, c?est l?infrastructure. Cela avait été engagé pendant le mandat précédent mais nous avons finalisé la mise en place du "backbone" en fibre optique THG qui nous permet non seulement d?être indépendants en matière de rapidité de débit entre nos implantations administratives mais aussi d?économiser beaucoup d?argent - j?y suis désormais plus sensible qu?avant - en matière de frais Telecom.

La deuxième chose est évidemment la transformation des services numériques, notamment dans la relation à l?usager avec le développement de plus de 60 nouvelles applications numériques depuis le début de la mandature, et dont la pierre angulaire est le compte parisien ; il est évidemment parfaitement compatible avec "FranceConnect" de façon à l?intégrer au système d?information d?Etat.

Le troisième - je le cite aussi parce que cela a sans doute été éclipsé par d?autres très beaux équipements à Chapelle/International - est que nous avons en cours de déploiement notre propre data center à Chapelle/International ; il est d?ailleurs si beau que l?A.P.-H.P. y sera hébergée avec nous. C?est un enjeu de souveraineté et de sécurité fondamental.

Le deuxième pilier est tout ce que nous appelons les sciences de la donnée ou le "data analytics" avec la montée en compétences des services administratifs pour intégrer les apports de la donnée dans la construction, l?évaluation et l?élaboration des politiques publiques. C?est à la fois de l?évaluation des politiques publiques mais aussi la définition d?outils de prospective et d?analyse de besoins des usagers.

Puis le dernier est la question de la transformation des pratiques managériales qui sont liées à la transformation numérique. Ce serait trop long à développer mais je vais citer quelques exemples par lesquels nous essayons d?innover et de transformer l?administration parisienne à partir de cette place centrale qu?a pris premièrement le numérique et deuxièmement une nouvelle place pour l?usager dans la façon de fabriquer ces politiques publiques.

Il s?agit déjà du programme "start-up de Ville" que nous avons lancé avec Jean-Louis. Celui-ci permet à des agents de proposer des innovations très radicales, très disruptives - pour prendre un mot qui vous est cher, Julien BARGETON - en matière de transformation de l?administration, et d?essayer de contourner un peu les rigidités administratives qui sont inhérentes aux grandes organisations comme la nôtre.

Un autre exemple est le programme "inventeur de Ville". C?est là aussi faire appel à l?inventivité et à l?ingéniosité des agents de terrain pour essayer de proposer des innovations de pratiques ; elles ne sont pas nécessairement numériques mais c?est comment améliorer les pratiques quotidiennes.

Enfin - j?en profite pour le dire puisque la Maire a rendu un arbitrage positif il y a quelques mois sur ce sujet - c?est la création d?un laboratoire d?innovations internes, dont l?objectif sera à la fois d?accompagner les directions dans leurs projets de transformation, de les accélérer quand nous pensons que c?est utile, mais surtout de faire cet accompagnement méthodologique transversal qui permettra d?adapter le plus vite possible et le plus efficacement possible nos politiques publiques aux besoin des usagers.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Emmanuel GRÉGOIRE.

Sur l?intelligence artificielle, une intelligence qui n?est pas artificielle, cher Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Je crois qu?Emmanuel a dit l?essentiel. Je voudrais rajouter sur son dernier point sur la transversalité que nous avons mise en place, au niveau du Secrétariat général, une structure à la fois légère et agile : une responsable de la ville intelligente et durable, un responsable de l?administration des données - "chief data officer" dans la terminologie anglo-saxonne -, un responsable de la résilience, une responsable de l?énergie et quelques autres qui ont pour mission notamment d?assurer la transversalité que représentent justement le numérique et la transformation numérique de l?administration par rapport à des directions qui sont traditionnellement des directions construites verticalement et qui fonctionnent en silo.

J'ajouterai qu'il y a au minimum un délégué à l'innovation dans chacune de ces directions et que l'ensemble de ces délégués à l'innovation se retrouvent et travaillent ensemble. Toutes les directions aujourd'hui sont connectées d'une façon ou d'une autre à "Paris&Co", notre agence d'innovation et du développement économique, et à son "urban lab". Nous avons maintenant, depuis la naissance de cet outil d'expérimentation in situ dans la ville, près de 200 expérimentations et, dans toutes ces expérimentations, d'une façon ou d'une autre, les directions de la Ville sont impliquées.

Il y a également ce très beau programme qui s'appelle "DataCity", que nous menons en partenariat avec le "Numa", et qui nous ramène justement à l'analyse des données et au rôle que l'analyse des données et l'intelligence artificielle doit jouer dans les années qui viennent. Nous en sommes à notre troisième génération de problèmes urbains traités dans le cadre de "DataCity". Ce qu'il y a de très intéressant, c'est que s'il y a trois ans, la plupart des sujets étaient traités uniquement avec de l'analyse de données, maintenant de plus en plus d'intelligence artificielle est utilisée.

J'ajoute que nous avons passé récemment un marché à bons de commande qui nous permet de faire de l'analyse de données, de la "data science" sur des sujets divers et variés. Tout cela pour dire que la Ville de Paris est certainement l'une des villes les plus en pointe dans le domaine de la transformation numérique, en général, de la transformation de la relation numérique entre l'administration et les habitants de cette ville, mais également dans le domaine de la transformation numérique de son administration, et cela se voit et se verra de plus en plus.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à nos trois adjoints.

Je redonne la parole à M. BARGETON s'il souhaite réagir.

M. Julien BARGETON. - D'un mot, je partage les réponses. Je pense que la transformation numérique est en effet un levier essentiel qui permet de transformer et d'améliorer les conditions de travail des agents, en même temps de faciliter la vie des usagers, tout en permettant de dégager des marges dans le cadre de la bonne gestion. Je crois qu'il faut appuyer à fond sur ce levier.

Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.