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2018 DDCT 34 - Subventions (87.000 euros) à 19 associations, conventions et avenants au titre de l’insertion socioprofessionnelle des parisiennes éloignées de l’emploi.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2018


 

M. Jean-François MARTINS, adjoint, président. - Nous commençons par l'examen du projet de délibération DDCT 34 relatif à l'attribution de subventions à 19 associations, de conventions et d'avenants au titre de l'insertion socioprofessionnelle des Parisiennes éloignées de l'emploi.

La parole est à Mme PREMEL, pour 5 minutes.

Mme Danièle PREMEL. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues, la femme sera-t-elle toujours le prolétaire de l'homme ?

Françoise Héritier répondait à cette question par la négative en disant : "Cela fait 200.000 ans que les inégalités femmes/hommes existent, mais je suis très optimiste, car on peut estimer que d'ici 3.000 ans, l'égalité sera effective".

Car, si l'égalité femmes/hommes existe en droit, c'est loin d'être le cas dans les faits, et plus particulièrement quand il s'agit de l'emploi. Nous savons que les femmes ont en moyenne un salaire inférieur à 26 % à celui des hommes. Nous savons que la très grande majorité des familles monoparentales ont à leur tête une femme. Nous savons que les femmes restent les premières exploitées de deux systèmes qui se nourrissent l'un de l'autre, le patriarcat et le capitalisme.

Mais derrière le mot de femme se cachent de multiples réalités. Reconnaissons-le, et sous le même terme de femme, il y a des univers sociaux qui n'ont pratiquement rien de commun. En effet, les formes de domination que subissent les femmes sont multiples et peuvent s'ajouter, se superposer, se multiplier.

Les femmes de nationalité étrangère, celles qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue française, les femmes qui s'occupent seules de leurs enfants, les femmes victimes de violence, les femmes sans qualification professionnelle, les femmes tenues à l'écart du champ économique.

La question de l'insertion économique des femmes dans la société est donc bien un enjeu pour développer les politiques progressistes. C'est avant tout un enjeu de classe. Il s'agit de voir qu'en matière d'égalité femmes hommes, les acquis sont toujours des conquêtes. Les avancées peuvent à tout moment être remises en cause.

Ces remarques s'appliquent à notre territoire parisien, et le projet de délibération qui nous occupe en atteste. Je me félicite que notre collectivité fasse le choix d'aider les associations qui mettent en ?uvre des actions pour aider les femmes les plus fragilisées sur le terrain. Fragilisées par les inégalités de salaire, de temps partiel subi, de secteur professionnel restreint, la responsabilité de famille, la faiblesse des revenus, et souvent, la pauvreté.

C'est pour prendre en compte cette réalité complexe que les actions portées par les 19 associations se développent autour de quatre thématiques :

- information, remobilisation, élargissement des choix professionnels et ateliers sociolinguistiques ;

- parcours d'insertion socioprofessionnelle ;

- création d'entreprises dans le champ de l'économie sociale et solidaire ; - mesures d'accompagnement.

Par ce projet de délibération, nous fléchons ainsi une part de notre budget à des projets qui ?uvrent spécifiquement pour les femmes. Les politiques d'inclusion doivent intégrer les questions de genre, pour être efficaces et construire une société émancipatrice pour toutes.

Les 19 associations ici retenues bénéficieront de subventions allant de 2.000 à 10.000 euros. Ces montants restent au demeurant très modestes, mais ils permettront d'accompagner des structures qui travaillent au plus près du terrain. Il s'agit de faire valoir à leur juste mesure les compétences des femmes, de leur faire prendre confiance dans leurs capacités, de les aider à tracer leur chemin vers l'emploi, de les faire accéder à leurs droits. Toutefois, je mettrai un petit bémol parce que le concept de "beauté inclusive", utilisé par une association pour son projet, me semble peu pertinent quand il s'agit de défendre l'émancipation des femmes.

Néanmoins, ce projet de délibération et les subventions versées sont une petite pierre apportée à l'édifice de la construction de l'émancipation des femmes. Tâchons de poursuivre et de renforcer notre action, de faire mentir pour une fois Françoise Héritier et de ne pas attendre trois mille ans l'égalité effective entre les femmes et les hommes.

Je vous remercie.

M. Jean-François MARTINS, adjoint, président. - Merci, Madame PREMEL.

Pour vous répondre en moins de trois mille ans et en cinq minutes, la parole est à Mme BIDARD.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Merci.

Chers collègues, chère Danièle PREMEL, je vous remercie d'attirer l'attention de notre Assemblée sur ce projet de délibération qui concerne l'insertion professionnelle des Parisiennes éloignées de l'emploi. A cet égard, le rapport annuel sur la situation en matière d'égalité entre les femmes et les hommes à Paris, présenté au Conseil de Paris de novembre 2017, nous a bien renseignés concernant le rapport des Parisiennes à l'emploi.

Il a rappelé que le chômage est plus important pour elles que pour les Parisiens, notamment chez les non-diplômées. Le temps partiel concerne deux fois plus les femmes que les hommes et sa situation est accentuée dans les catégories les moins rémunérées. Le nombre d'enfants impacte de manière très significative leur temps de travail. Plus les femmes ont d'enfants, plus elles ont recours à un temps partiel, contrairement aux hommes. C'est le cas dans les familles monoparentales, une catégorie très fragile avec une majorité de femmes à sa tête qui représentent 29 % des familles dans la capitale.

Les femmes en situation de monoparentalité connaissent une situation bien plus défavorable que les hommes dans la même situation. Leur taux de chômage s'élève à 15 % contre 10 % pour les hommes. Par ailleurs, les familles monoparentales sont particulièrement exposées à de très faibles revenus, et donc, à la précarité. Selon l'I.N.S.E.E., 23 % des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté contre 13 % des ménages composés d'un couple avec enfant et 16 % de l?ensemble des ménages parisiens.

La précarité, les temps partiels, les carrières incomplètes font qu'après 60 ans, les femmes se trouvent également en situation de forte vulnérabilité, notamment les femmes seules, situation dans laquelle se trouve la moitié d'entre elles contre seulement un quart des hommes au même âge. Ainsi, selon une étude réalisée par l'APUR, les femmes sont de plus en plus nombreuses à appeler le Samu social : 5 % d'augmentation entre novembre 2015 et novembre 2014. Cette augmentation du nombre de signalements de femmes sans abri coïncide malheureusement avec une augmentation du nombre de familles à la rue.

Enfin, on note des écarts de disparité plus importants pour les femmes étrangères. Chez les 15-64 ans, le taux d'activité des femmes étrangères est de 70 %. Il est plus faible que celui des hommes étrangers, de 78 %, mais aussi que celui des femmes françaises, de 76 %.

C'est dans ce contexte que nous soutenons des projets très divers visant à répondre à ces besoins, des projets visant à l'information, à la remobilisation et à l'élargissement des choix professionnels, notamment auprès des jeunes Parisiennes, comme le programme de l?association "Wifilles" qui va mener des interventions de sensibilisation auprès de 200 collégiennes pour repérer certaines d'entre elles motivées pour suivre une formation intensive en informatique, robotique, algorithmes, conception de sites web ou des choses de ce type.

Le programme de l'association "Rêv?Elles" accompagne durant un an des jeunes femmes en rupture scolaire ou sans projet professionnel, issues de milieux très populaires. C'est un super-programme dans lequel des femmes qui sont chefs d'entreprise, dans l'emploi, vont présenter leur métier, ce qui leur permet de pouvoir elles-mêmes se projeter dans d'autres types de métiers et de pouvoir faire ensuite des carrières.

Nous soutenons aussi des ateliers sociolinguistiques et d'autres projets visant à la réalisation de parcours d?insertion professionnelle, ou encore la création d'entreprises dans le champ de l'économie sociale et solidaire, avec, par exemple, l'action de l'Ecole normale sociale localisée dans le 18e arrondissement, pour son action d'insertion sociale de femmes étrangères, ou l?action du "Mouvement d?entraide pour le Tiers Monde et la Coopération", avec des ateliers localisés dans le 10e arrondissement.

Enfin, vous avez parlé des mesures d'accompagnement des femmes, comme l'association "Joséphine pour la beauté des femmes", dont le nom, je l'avoue, peut prêter à confusion, mais qui aide les femmes en difficulté sociale dans leur recherche d?emploi en les préparant aux rendez-vous d'entretien d'embauche, notamment, mais pas que, sur l'aspect de présentation physique pour les entretiens d'embauche. En réalité, il s'agit, comme on le dit en anglais, d'"empowerment" et de re-motivation. Je comprends bien que le nom "Joséphine pour la beauté des femmes" puisse prêter à confusion.

Sur la base de ces éléments, j'espère pouvoir compter sur le soutien de l'ensemble des groupes pour voter ce projet de délibération et je vous en remercie.

M. Jean-François MARTINS, adjoint, président. - Merci, Madame BIDARD.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 34.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2018, DDCT 34).