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Decembre 1998
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74 - 1998, DAUC 266 - Secteur " Valmy-Récollets " (10e). - Autorisation à M. le Maire de Paris d'effectuer un échange foncier avec l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris pour l'acquisition d'un terrain situé 101-103, quai de Valmy - 51-51 bis, rue Lucien-Sampaix - 4-6, rue des Récollets en vue de l'extension du jardin Villemin

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 1998


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 266 autorisant M. le Maire de Paris à effectuer un échange foncier avec l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris pour l'acquisition d'un terrain situé 101-103, quai de Valmy - 51-51 bis, rue Lucien-Sampaix - 4-6, rue des Récollets en vue de l'extension du jardin Villemin.
Madame SCHNEITER, vous avez la parole.
Mme Laure SCHNEITER. - Monsieur le Maire, le premier projet concernant l'aménagement du secteur " Valmy-Récollets " avait mobilisé les habitants du 10e, les associations locales et les écologistes. Il leur a fallu à l'époque, et j'en faisais partie, faire barrage aux engins de chantier. A la demande de l'association locale " Vivre " animée par Jean-François BLET, qui a accompli là un immense travail, Antoine WAECHTER et moi-même, avions symboliquement planté un pin noir d'Autriche sur ce terrain en 1991. Je ne reviendrai pas sur cette lutte de plusieurs années, à la suite de laquelle vous aviez déjà modifié votre projet. Mais il empiétait encore trop sur un terrain que nous souhaitions voir occupé par le jardin.
Par ailleurs en construisant 101-105, quai de Valmy, 51-51 bis, rue Lucien-Sampaix, vous réduisiez la possibilité d'ouvrir une perspective sur le canal. Vous avez décidé d'arrêter à nouveau le chantier. Le dialogue et la concertation, gages de la démocratie, ont permis de réduire à nouveau le projet de construction et d'augmenter d'autant l'extension du jardin Villemin.
Sur ce secteur, seul va être réalisé sur la rue des Récollets, en façade, un bâtiment de 30 logements qui reconstituera un front bâti entre l'immeuble de 6 bis-8, rue des Récollets et l'immeuble du 49, rue Lucien-Sampaix. Il aurait mieux valu ne pas construire du tout mais je reconnais que nous revenons de loin.
Alors, Monsieur le Maire, pourquoi ne feriez-vous pas encore un tout petit effort en trouvant un autre endroit pour réaliser ces 30 derniers logements ? Vous avez déjà réalisé une crèche qui empiète sur le jardin, alors qu'on aurait pu la construire de l'autre côté de la rue.
Pour les 30 logements restants essayez avant de trouver une autre solution. Je pense que vous serez d'accord avec moi, Monsieur le Maire, il est certes plus difficile de mener un aménagement en concertation avec des habitants, cela prend plus de temps, il faut se donner plus de mal pour trouver des solutions que lorsqu'on impose des décisions sans discuter, mais lorsque le résultat arrive, la mise en valeur d'un quartier est incomparable et tout le monde y trouve son compte.
La Ville de Paris a fait un bon choix en investissant pour agrandir le jardin, améliorer le cadre de vie des Parisiens, sans compromettre les besoins en logements de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris pour son personnel. De 2.160 mètres carrés, la surface bâtie passe à 760 mètres carrés. C'est donc, même si vous ne trouviez pas d'autre affectation à ces 30 logements, bien volontiers que je voterai pour l'acquisition par la Ville des 1.400 mètres carrés appartenant aujourd'hui à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Après les travaux, le jardin aura une surface de 17.900 mètres carrés, avec une vue initialement refusée sur le canal Saint-Martin. Il restera à l'Etat, et ce ne sera pas une mince affaire, à réhabiliter l'ancien couvent des Récollets en concertation avec les associations et les artistes qui ont déjà tant oeuvré pour sa sauvegarde.
Si cette réhabilitation se fait dans de bonnes conditions, l'ensemble du secteur offrira un paysage urbain de qualité au bénéfice du quartier et de ses habitants.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, Madame.
La parole est à M. LHOSTIS.
M. Alain LHOSTIS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, je me réjouis pleinement du projet de délibération qui nous est proposé aujourd'hui parce qu'en 1975 j'ai pénétré pour la première fois dans ce qui était encore l'ancien hôpital militaire Villemin avec plusieurs centaines d'habitants du 10e qui à l'époque exigeaient que l'on y réalise le premier espace vert de l'arrondissement.
Aujourd'hui, en quelque sorte, il nous est demandé de parachever par l'agrandissement qui nous est proposé, ce pourquoi des milliers et des milliers d'habitants de l'arrondissement ont agi depuis 23 ans. Nous arrivons au bout de ce processus.
Je dois dire que le projet nous convient et quand je dis " nous " c'est qu'il convient à l'ensemble de la municipalité d'arrondissement de la gauche plurielle, et M. OTTAWAY partage tout à fait le point de vue que j'expose et notamment le fait que nous construisions un immeuble de taille modeste entre les deux bâtiments existants, l'un qui appartient à la Ville de Paris et l'autre qui appartient à l'Assistance publique et qui abritent actuellement des gens de condition modeste.
Nous nous réjouissons donc de ce que l'immeuble qui va être construit, le sera uniquement à l'aplomb des deux immeubles existants, et que parallèlement la nature des logements qui seront réalisés soit celle de logements sociaux. Cela nous intéresse d'autant plus que de nombreux salariés des trois hôpitaux de l'arrondissement sont demandeurs de logement, et que leurs horaires de travail font qu'ils ont besoin d'être logés à proximité de leur lieu d'exercice professionnel.
En même temps, je voudrais aussi soulever une question concernant le contentieux mettant en cause la S.I.N.V.I.M. qui a réalisé une partie de l'opération immobilière avec des bureaux le long du canal, et qui devait restituer à l'Assistance publique un certain nombre de logements en règlement des terrains qu'elle lui avait cédés. Je voudrais savoir si l'acquisition de ce terrain par la Ville pour agrandir l'espace vert, ainsi que la réalisation de l'immeuble de logements P.L.A., va régler définitivement la dette de la S.I.N.V.I.M. à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, la S.I.N.V.I.M. devant à mon sens aujourd'hui une centaine de millions de francs à l'Assistance publique. A aucun moment dans le dossier cela n'a été évoqué. Vous allez me dire que cela concerne l'Assistance publique, mais il serait normal que le Conseil de Paris soit informé, s'agissant d'argent public, du devenir de ce contentieux entre l'Assistance publique et la S.I.N.V.I.M., du fait de la non réalisation du programme antérieur.
Je veux ajouter également que les élus de gauche du Conseil d'arrondissement veulent que l'aménagement et l'agrandissement de l'espace vert se fassent en relation avec la population. Un C.I.C.A. aura lieu à ce sujet demain pour associer les habitants.
Nous nous réjouissons donc de cet épilogue et nous voterons bien évidemment le projet de délibération.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, cher collègue.
Je passe la parole à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Merci, Monsieur le Maire.
Je ne reviendrai pas sur une bataille dont le dernier épisode dure depuis 10 ans qui remonte même effectivement à l'année 70 lorsque les habitants du 10e arrondissement, 90.000 habitants, se sont manifestés pour conquérir un jardin qui n'existait pas dans leur arrondissement.
Je dirai également que, pour que la gauche soit véritablement plurielle, encore faut-il que la voix des écologistes et des verts puisse se faire entendre dans ce débat puisqu'ils ont été avec d'autres d'ailleurs effectivement l'un des instruments de la libération de ce jardin. Mais je m'en tiendrai simplement au dernier épisode, alors laissez-moi vous conter l'annonce faite aux riverains, charmant tableau très dans l'esprit de Fra Angélico.
L'aube naissante tremblait à l'orée du canal Saint-Martin. Lorsque survint, l'hiver dernier, nimbé de béton tel l'ange Gabriel, l'adjoint chargé de l'Urbanisme, un petit livre rouge à la main : vous avez reconnu Michel BULTÉ, le Code de l'urbanisme au poing.
Ce fut l'annonce faite aux riverains, assemblés par la grâce de " Vivre ", subtilement engagés dans un exercice hautement symbolique : la contemplation zen des bulldozers, spécificité typiquement locale propre aux amoureux du jardin Villemin.
Et que nous dit l'ange susdit, tout auréolé de Z.A.C. et autres D.U.P. ? " Vade retro bulldozer, S.I.N.V.I.M. go home ", " bref que cent fleurs s'épanouissent ".
Mais point trop ne faudrait que l'ange ne fisse la bête. Cette G.R.C.P., la grande révolution culturelle parisienne tiendra-t-elle ses promesses ?
Dans un premier temps oui, puisque vous nous proposez aujourd'hui une étape importante vers la libération totale du jardin Villemin.
Ce malheureux jardin, promis à une célébrité internationale par la grâce de Jacques CHIRAC qui en vendit malencontreusement la plus belle partie, en bordure du canal Saint-Martin. Grande première dans les annales du monde civilisé : un jardin public vendu par le Maire d'une capitale prestigieuse à un promoteur privé, le très libéral " Time Magazine " en est resté tout esbaudi.
Vous nous proposez aujourd'hui de soustraire aux bétonneurs du jardin Villemin 1.400 mètres carrés et d'offrir une surface équivalente, située 194-196, quai de Jemmapes et des lots de copropriété situés 21, rue Juliette-Dodu.
52 logements quai de Jemmapes, plus 3 logements rue Juliette-Dodu, soit 55 logements reviendront ainsi à l'Assistance publique, qui attendait 74 logements du programme précédemment confié à la S.E.M.A.V.I.P. sur le jardin Villemin.
Il reste en tout et pour tout 22 logements à trouver pour que l'Assistance publique ne soit pas lésée.
Nous nous réjouissons de cet échange foncier. Nous nous en réjouissons d'autant plus que, depuis des années, depuis 1991 très exactement, nous avions préconisé une telle solution, seule à même de mettre un terme définitif à ce conflit.
Aujourd'hui, vous vous ralliez enfin à cette solution. Bravo ! Vous explorez enfin cette voie. Poursuivez jusqu'au bout et, pour clore ce dossier, parachevez élégamment votre oeuvre réparatrice, il ne reste plus que 761 mètres carrés à trouver, ou 22 logements.
Je ne doute pas que vous y parviendrez prochainement. Nous saurons alors vous en rendre grâce.
Cela vous évitera d'ailleurs d'aimables cafouillages car, enfin, sur cette ultime parcelle résiduelle, coexistent actuellement deux permis de construire, délivré l'un le 20 février 1996, l'autre le 11 septembre 1998. Cette nouveauté urbanistique - deux permis de construire pour un seul terrain - est ubuesque.
Le premier permis aurait du être rapporté. Vous vous y étiez d'ailleurs engagé. Il n'en a rien été.
De plus, le deuxième permis du 11 septembre 1998 ne respecte en rien l'accord qui était intervenu. Il contrevient même directement à la délibération qui nous est soumise.
Au vu de cet échange foncier, ce nouveau permis de construire aurait du prendre place sur une parcelle de 761 mètres carrés. Or, il n'en est rien. La surface affichée est de 2.161 mètres carrés. Le permis précédent, de 1996, revendique une superficie de 2.162 mètres carrés. En deux ans, vous avez gagné 1 mètre carré. Nous sommes loin des 1.400 mètres carrés votés aujourd'hui !
Ultime remarque. Vous vous proposez de reconstituer un front bâti entre le 6 bis et le 8, rue des Récollets. Vous n'y parviendrez jamais car il n'y a jamais eu de front bâti à cet emplacement, mais un bâtiment d'activité de faible hauteur, doté d'une superbe cheminée d'usine en brique.
Il n'est donc pas possible de reconstituer un front bâti en quoi que ce soit, tout au plus pouvez-vous, si vous avez à ce point horreur du vide, planter des arbres de haute tige. La continuité peut être aussi végétale.
Pour conclure, je vous dirai simplement que l'urbanisme à visage humain, vous le savez bien, c'est le respect des dents creuses, des dissymétries faubouriennes, des atypies, des espaces de respiration, de la vie.
Pour l'heure, nous voterons cet échange foncier en l'attente de l'ultime échange foncier qui parachèvera la libération du jardin Villemin, pour le rendre enfin aux enfants des faubourgs Saint-Martin et Saint-Denis.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - La parole est à M. Claude-Gérard MARCUS.
M. Claude-Gérard MARCUS, adjoint. - Monsieur le Maire, les élus de la majorité parisienne, dans le 10e arrondissement, qui sont minoritaires au Conseil d'arrondissement, ont apporté leur soutien à ce projet qui met fin à de longues polémiques et à de longs combats, dans des sens divers.
Je voudrais simplement dire que je me réjouis de cette conclusion et que je souhaite le maintien du programme de construction pour une raison esthétique.
Je sais bien que M. BLET aime les dents creuses mais il est un des rares à avoir du plaisir à voir ce spectacle désolant. Il est donc nécessaire qu'entre les deux bâtiments existant, un lien soit fait et tel est le projet, qui ne dénature en rien la vision qu'on peut avoir de l'ensemble du jardin.
Je voudrais quand même m'élever contre certains propos de M. BLET mettant en cause le Maire précédent, M. CHIRAC, disant qu'il avait " vendu un jardin ".
Je vous rappelle que les terrains qui avaient été concédés à la S.I.N.V.I.M. n'étaient pas un jardin à ce moment-là. Il s'agissait d'un centre de tri postal et d'une entreprise. Donc, il ne s'agissait pas de " vendre un jardin ".
Je vous rappelle que le jardin a été acquis tranche par tranche, qu'il a été agrandi jusqu'à la limite du canal Saint-Martin.
Après, effectivement, il y a eu conflit et à la suite de ce long conflit, le Maire de Paris de l'époque, M. CHIRAC, a décidé de se porter acquéreur face à la S.I.N.V.I.M., ce qui a entraîné un achat à des prix très élevés puisqu'il s'agissait de terrains à bâtir.
Cela a permis d'agrandir considérablement l'opération. Il restait encore une seule partie, que nous venons de décider d'acquérir.
Mais il faut quand même penser à quelqu'un dont on ne parle jamais ici : le contribuable. Il faut savoir que cet agrandissement des deux dernières parcelles du jardin, qui était souhaitable, se réalise au prix du terrain à bâtir et que cela fera probablement le jardin le plus cher de Paris au mètre carré. Dans un arrondissement où il y a peu d'espaces verts, cela est compréhensible.
Voilà ce que je voulais vous dire, en soutenant ce projet qui met fin à une longue polémique et qui dotera les habitants d'un bel ensemble.
Je rappelle que le plan d'aménagement du jardin est prêt depuis deux ans, que les crédits avaient été votés et que, comme ils n'ont pas pu être utilisés, ils ont été reportés sur d'autres opérations.
Il s'agit maintenant de réaliser la prolongation du jardin et le réaménagement de ce qui existe déjà.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, cher collègue.
Je donne la parole à Vincent REINA pour répondre aux orateurs.
M. Vincent REINA, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Monsieur le Maire, je voudrais juste dire que je remercie mon ami Claude-Gérard MARCUS, M. LHOSTIS, M. BLET et Mme SCHNEITER de ce vote unanime.
Je voudrais remercier encore plus Claude-Gérard MARCUS qui a fait une mise au point par rapport aux propos de M. BLET et vous dire que ce projet de délibération fait suite à une large et longue concertation, organisée notamment par Michel BULTÉ en présence des élus du 10e arrondissement. Nous arrivons à un dossier qui est satisfaisant pour tout le monde et je m'en réjouis.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Merci, cher collègue.
Nous passons au vote.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 266.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Qui s'abstient ?
Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (1998, DAUC 266).