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Septembre 2018
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par l'Exécutif relatif à l'attribution à Oleg SENTSOV de la Citoyenneté d'Honneur de la Ville de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers amis, je vous propose dans la solennité de passer à un sujet très important, sur lequel, je pense, beaucoup d?entre nous se sont mobilisés. Nous allons passer à l?examen du v?u de l?Exécutif n° 19 relatif à l?attribution de la Citoyenneté d?honneur de la Ville de Paris à Oleg SENTSOV.

Je voudrais tout d?abord saluer ici la présence dans cette Assemblée de personnalités du monde du cinéma venus montrer leur soutien à Oleg SENTSOV. Je veux les saluer, ils sont ici présents dans nos tribunes : M. Christophe RUGGIA, coprésident de la Société des réalisateurs de films qui porte la mobilisation en France, M. Dimitri CHRISTOPOULOS, président de la Fédération internationale des droits de l?Homme, ainsi que Radu MIHAILEANU qui représente la Société des auteurs, réalisateurs et producteurs et qui sait, y compris à titre personnel, ce que signifie l?engagement quand on est cinéaste.

On peut les saluer, bien sûr.

Parce qu?à l?heure où je vous parle, le cinéaste ukrainien Oleg SENTSOV poursuit sa grève de la faim, une grève qu?il a entamée le 14 mai dernier pour protester contre sa condamnation par les services secrets russes à vingt ans de réclusion. Arrêté quatre ans plus tôt, alors qu?il s?était opposé à l?annexion russe de la Crimée, on l?a accusé de préparation d?actes terroristes. Il lui était fait grief d?avoir fourni des provisions pour les militaires ukrainiens assiégés et, au terme d?un procès expéditif, Oleg SENTSOV a été emprisonné en Russie où il a déclaré depuis avoir été battu et privé de sa nationalité ukrainienne.

Depuis de longues semaines donc, Oleg SENTSOV ne s?alimente plus. Cette grève, il en a fait l?expérience jusque dans sa chair, avec bien sûr toutes les complications que l?on peut imaginer. Oleg a décidé de mettre sa vie en jeu dans son combat pour la démocratie. Sa décision est politique, ce n?est pas une démarche suicidaire.

Sa décision dit la force de son engagement. Elle définit qui il est. "Nous avons des surnoms, nous nous choisissons nous-mêmes", rétorque le personnage principal à sa mère dans le film "Gaamer", premier et dernier long métrage réalisé par SENTSOV. Mais, comme tous les cinéastes, au travers de la voix de son personnage, c'est lui-même qui nous parle.

En cessant de s'alimenter, l'homme marque son identité. Il décide de qui il est pour que d'autres ne le fassent à sa place. Oleg SENTSOV veut mourir, peut mourir à tout moment, à chaque minute qui passe. Parce que nous ne devons pas l'oublier, parce que nous pouvons encore le sauver, nous le faisons aujourd'hui citoyen d'honneur de la Ville de Paris. C'est un acte d'espoir, un acte symbolique, mais nous le savons parce que ce titre de citoyen d'honneur a été attribué, ici même, par nous-mêmes, par le Conseil de Paris, par la Maire que je suis, à des personnalités qui nous ont dit à quel point, lorsque ce titre a été voté, l'information est venue jusqu'à la prison où ces personnes se trouvaient.

Cet acte est symbolique, mais c'est un acte concret. Il va retentir jusqu'à la prison d?Oleg SENTSOV et jusqu'aux oreilles de ceux qui en ont les clés. C'est pour cela que je vous demanderai dans un instant, mais après avoir écouté chacun des membres des groupes politiques présents dans cette assemblée, de lui donner avec la majorité la plus large possible, voire même l'unanimité, ce titre de citoyen d'honneur, pour que son combat ne soit pas vain, pour que cet acte politique majeur soit reconnu, porté, amplifié.

Je veux saluer aussi les personnalités parlementaires et les personnalités du monde intellectuel qui sont allées, à titre symbolique, faire une grève de la faim devant l'ambassade de Russie pour pouvoir effectivement apporter leur soutien. Je pense notamment à David ASSOULINE qui siège sur les bancs de notre Assemblée, qui y était hier.

Mes chers collègues, apportons-lui tout notre soutien, apportons-lui notre force, la force d'un Parlement, ici, celui de Paris, une ville qui a toujours été aux côtés des défenseurs de la liberté, une ville dont la voix porte, a toujours porté. Apportons-lui notre soutien. Je vous remercie. Je vais à présent donner la parole aux différents représentants des groupes politiques qui se sont inscrits. Nous démarrons par Mme Raphaëlle PRIMET, représentant le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Madame la Maire, mes chers collègues, peu importe notre opinion sur les engagements d?Oleg SENTSOV et ses choix politiques. Cet homme est depuis le mois de mai dernier entre la vie et la mort suite à sa décision de suivre une grève de la faim pour obtenir sa libération. Nous devons nous élever contre toute décision arbitraire, quel que soit le pays qui prononce des peines injustifiées ou disproportionnées.

Oleg SENTSOV est détenu pour ses opinions politiques et non pour un soi-disant attentat, inventé de toutes pièces par le gouvernement de Vladimir POUTINE. Depuis quatre ans, il est en détention dans des conditions déplorables, à l?image du système carcéral en Russie. Depuis quatre ans, il demande à être traité comme un prisonnier politique d?opinion et non comme un terroriste. De nombreux collègues cinéastes de par le monde ont pétitionné pour sa libération, parmi lesquels Ken LOACH, Bertrand TAVERNIER, Robert GUEDIGUIAN et tant d'autres.

Souvenons-nous que les régimes passent en Russie, mais que certaines méthodes restent. Sergueï Paradjanov, immense cinéaste soviétique, avait été accusé d'homosexualité et avait été maintenu en prison dans les années 1980. Nous nous étions mobilisés, alors, pour sa libération, avec de nombreux cinéastes du monde. On ne combat les idées que par les idées. La violence institutionnelle n'a pas sa place dans un pays qui se dit démocratique.

Notre groupe soutiendra donc la proposition de faire d?Oleg SENTSOV un citoyen d?honneur de notre ville puisque nous avons, d?un commun accord, décidé de décerner cette distinction pour protéger toutes celles et tous ceux qui sont victimes de l'arbitraire et risquent leur vie.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous et à votre groupe.

Monsieur Pierre AURIACOMBE pour le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants, vous avez la parole.

M. Pierre AURIACOMBE. - Merci, Madame la Maire.

Oleg SENTSOV est l?une des nombreuses victimes, des trop nombreuses victimes d'une guerre commencée en février 2014. Février 2014, c'est une révolution à Kiev et dans toute l'Ukraine. C'est un grand espoir de démocratie, mais c?est, en même temps, toujours en février 2014, le début de l?annexion de la Crimée par la Russie. C'est une guerre qui commence à l'Est, à la frontière de la Russie et de l'Ukraine.

Pour rappel, 20 ans plus tôt, en 1994, la Russie de l'époque avait garanti l'indépendance et les frontières de l'Ukraine si celle-ci s'engageait à respecter la non-nucléarisation militaire, ce qu'elle a fait. Toujours en février 2014, 20 ans après ces accords, on voit des forces spéciales en Crimée, sans signes distinctifs, avec un uniforme que l'on ne connaît pas, qui viennent faire une intervention militaire. Cela s'appelle un coup d'Etat, qui va essayer d'être légalisé un mois après, le 16 mars, par un référendum, sans délégué indépendant, sans rien du tout, en toute partialité. Référendum qui sera condamné, bien évidemment, quelques jours plus tard par l'ONU.

Face à cela, Oleg SENTSOV s'est opposé. C'est un Ukrainien. Il est né dans cette Crimée qui vient d'être annexée. C'est un cinéaste connu et reconnu, qui va utiliser sa personnalité pour défendre ses convictions. C'est un combat démocratique - vous l?avez dit, Madame la Maire - et je vous soutiens. La suite, nous la connaissons. C'est un homme qui va être arrêté, incarcéré, qui va entamer une grève de la faim au nom de ses idées. Les démocraties et la Ville de Paris se doivent de soutenir le peuple ukrainien dans ce combat et se doivent de soutenir Oleg SENTSOV dans son combat.

Nous nous réjouissons de ce v?u que nous voterons avec plaisir. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur AURIACOMBE.

Madame Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants, vous avez la parole.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Madame la Maire, cher collègues.

Voici 134 jours que le réalisateur Oleg SENTSOV a démarré une grève de la faim alors qu?il est enfermé dans le nord de la Sibérie, étant condamné à 20 ans de prison pour des prétendus actes terroristes. Oleg SENTSOV, qui, pour demander la libération de 70 compatriotes enfermés aussi dans les geôles russes et pour protester contre l'annexion de la Crimée par la Russie, refuse de s'alimenter.

C'est donc au péril de sa vie qu'il défend la liberté d'expression. Depuis son incarcération en 2015, il a reçu de nombreux soutiens : associations militantes et personnalités politiques qui se sont mobilisées, des soutiens qui se sont intensifiés, démultipliés depuis 134 jours et le début de sa grève de la faim. Je salue l'implication de personnalités politiques françaises comme Christiane TAUBIRA, l'ancienne Garde des Sceaux, qui a lancé le mouvement en France, mais aussi beaucoup de nos collègues, et puis le monde du cinéma qui est mobilisé sur cette cause. Je tiens à saluer leur engagement.

Dans sa lettre de mi-septembre, le cinéaste ne parle à aucun moment de son état de santé, bien qu?on le sache critique, mais il se montre toujours plus combatif, évoque le film qu?il réalisera à sa sortie de prison et dénonce l?isolement dans lequel il est plongé. Il n?a plus accès à la télé qui est cassée, et son abonnement au seul journal d'opposition a expiré.

Tout est fait pour l'isoler et le décourager, mais il témoigne, face à ce traitement, d'une incroyable force de vie et de résistance. Cette citoyenneté d'honneur est un acte symbolique fort, un acte nécessaire, un acte qu'il est urgent de faire.

Nous avions pour coutume de ne l'accorder qu'à une seule personnalité par an, mais il était nécessaire de faire entrave à la coutume, et nous saluons votre décision. Combien de jours encore, après 4 mois de grève de faim et l'arrivée de l'hiver, Oleg SENTSOV pourra-t-il poursuivre son combat ?

Notre Ville est une ville engagée, qui sait prendre des décisions fortes quand elles sont nécessaires. Nous le prouvons une fois de plus. Alors, bien sûr, notre groupe RGCI soutient cette citoyenneté d'honneur et nous espérons que le soutien de Paris et de tous les groupes, le soutien de Paris parviendra jusqu'à Oleg SENTSOV par la voix de son avocat qui reste son dernier lien avec l'extérieur, et que cet acte pourra participer à la réflexion de ses geôliers quant à sa libération.

Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame GOLDGRAB.

La parole est à Mme Florence BERTHOUT, présidente du groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, vous avez raison, nul ne peut et ne doit ignorer la dramatique situation d'Oleg SENTSOV.

Il y a urgence à agir. Ce grand cinéaste et producteur ukrainien est incarcéré depuis 2015 et condamné à 20 ans de réclusion pour le seul crime d'avoir défendu et de continuer à défendre les droits de l'homme et la liberté d'expression.

Il a commencé une grève de la faim, il y a 3 mois, pour obtenir la libération de tous les prisonniers politiques ukrainiens détenus en Russie, et tout est fait pour l'isoler, l'humilier, le museler. Les jours d'Oleg SENTSOV sont comptés si aucune issue humanitaire n'est trouvée. Ce v?u qui lui accorde la citoyenneté d'honneur est un signal fort pour encourager une mobilisation internationale de tous les dirigeants occidentaux, des artistes et des intellectuels internationaux autour de cette personnalité singulière et forte. Le Président de la République est intervenu encore récemment, en évoquant directement sa situation avec Vladimir POUTINE. Il lui a fait des propositions pour qu?une issue humanitaire puisse être trouvée. Le Président POUTINE s'est engagé à y répondre et à diffuser des éléments sur la santé du cinéaste. Nous espérons tous une initiative positive de la part des autorités russes enfin, sans trop y croire. Puisse l'attribution de cette citoyenneté d'honneur sensibiliser et inciter à éviter le pire, en garantissant à Oleg SENTSOV, dans un premier temps, au moins des conditions dignes de détention. Mon groupe soutient avec force votre proposition.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame la Présidente.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL, pour le groupe DP.

Mme Fadila MÉHAL. - Madame la Maire, chers collègues.

Madame la Maire, merci. Par votre geste symbolique de faire d'Oleg SENTSOV, cinéaste ukrainien, citoyen d'honneur de la Ville de Paris, vous rallumez la flamme de ce combattant des droits de l'homme qui, doucement, est en train de s'éteindre, après 130 jours de grève de la faim.

Du fin fond de sa geôle en Russie, il nous voit, il nous entend. Par notre hommage solennel, il comprend que son geste n'est pas vain et qu'au contraire, il se propage, telle une onde de choc dans la patrie des droits de l'homme.

Oleg SENTSOV sait que, plus que tout autre peuple, le peuple de Paris a payé par le sang la liberté d'expression pour laquelle lui-même, et des milliers d'hommes et de femmes dans le monde, croupissent dans les geôles des prisons de régimes totalitaires.

Vous l'avez rappelé, Oleg SENTSOV est un artiste, c'est un cinéaste, condamné à 20 ans d'emprisonnement pour terrorisme, après un procès inéquitable, comme le rapporte Amnesty International.

Pour défendre publiquement la liberté de penser et de créer, Oleg SENTSOV s'est mis en grève de la faim de façon illimitée, à partir du 14 mai.

Son acte héroïque, courageux, suscite partout des longs et des grands rassemblements de solidarité tels que celui de la semaine dernière.

Aujourd'hui, nous affirmons solennellement notre solidarité à l'égard de ces éprouvés de la liberté et de ceux notamment qui ont payé le prix. Je pense très fort à Anna Politkovskaïa, Natalia Estemirova, à Anastasia Babourova, qui sont mortes pour avoir célébré la liberté de dire, la liberté d'écrire, et qui l'ont appliquée d'ailleurs de façon ultime, comme l'avait dit à sa façon le journaliste algérien, Tahar Djaout, mort assassiné par la barbarie islamiste : "Le silence, c'est la mort. Et toi, si tu te tais, tu meurs. Et si tu parles, tu meurs, alors dis et meurs."

Mais le pire n'est jamais sûr, Madame la Maire. C'est vrai que je voudrais terminer en rappelant la phrase du grand écrivain Fiodor Dostoïevski qui écrivait : "Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre." Alors, espérons, espérons pour la liberté de penser, espérons pour Oleg SENTSOV.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame MÉHAL. La parole est à Mme Béatrice LECOUTURIER, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Madame la Maire, mes chers collègues.

Notre Assemblée l'a rappelé, emprisonné depuis deux ans en Sibérie, condamné à 20 ans de prison pour terrorisme par les autorités russes, Oleg SENTSOV a débuté une grève de la faim, le 14 mai 2018, et, vous l'avez rappelé, aujourd'hui son état de santé est très préoccupant.

Nous voterons bien évidemment ce projet de délibération permettant d'accorder la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris à Oleg SENTSOV, jeune réalisateur prometteur, primé pour son film "Gaamer" au Festival international du film à Rotterdam, et qui a interrompu le tournage de son film "Rhino" pour prendre part aux événements qui ont secoué l'Ukraine et la Crimée en 2014.

Outre les considérations géopolitiques complexes à l'heure actuelle sur le statut des ressortissants de Crimée en droit international et sur les conditions du procès au cours duquel il a été condamné, qui ont de quoi laisser perplexe, je suis heureuse que la Ville de Paris ait organisé avec la Société des réalisateurs de films, une projection de son film "Gaamer", le samedi 22 septembre, dans le square Debussy. Je remercie tous ceux, à cette occasion, qui sont venus soutenir Oleg SENTSOV malgré la pluie.

Je pense que la Ville de Paris pourrait renouveler ce genre de projection via le ciné-club de l'Hôtel de Ville, mais aussi avec des établissements partenaires comme le Centquatre ou le Forum des images, pour continuer à entretenir la flamme du soutien à ce cinéaste prometteur et engagé. Il est capital que nous nous mobilisions pour connaître et faire connaître Oleg SENTSOV y compris en tant qu?artiste. A travers notre soutien à Oleg SENTSOV, ayons une pensée pour tous ces artistes encore trop nombreux à être emprisonnés de par le monde.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

La parole est à M. David ASSOULINE, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. David ASSOULINE. - Merci, Madame la Maire.

Vous nous proposez d'attribuer la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris à Oleg SENTSOV, condamné à 20 ans d'enfermement, emprisonné en Sibérie, après avoir été enlevé et torturé. Il entame aujourd'hui son 134e jour de grève de la faim. C'est vous dire si ses jours sont en danger. Paradoxalement, pas pour lui. Il fait cela, le dit-il lui-même, pour réclamer la libération des détenus politiques ukrainiens en Russie.

Militant pro européen, il s'était opposé à l'annexion de la Crimée par les forces spéciales russes.

Depuis plusieurs mois déjà, vous avez demandé sa libération. Aux côtés de nombreux artistes, intellectuels, élus locaux, citoyens, son portrait a été apposé devant l'Hôtel de Ville et sur la façade, depuis un certain temps, et sur la façade de plusieurs mairies d'arrondissement.

Depuis 2001, 19 personnalités et deux personnes morales ont reçu la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris, qui vise à reconnaître et protéger les défenseurs des droits humains et des libertés fondamentales. Avec cette initiative, Paris est à nouveau au rendez-vous où on l'attend partout dans le monde parce qu'elle est une capitale reconnue des droits humains, qui incarne sur toute la planète la liberté des droits individuels, dont la liberté d'expression.

C'est un honneur pour notre groupe, une fois encore, d'apporter nos voix à ce combat pour faire respecter la démocratie dans le monde et en Europe, par un acte fort comme celui-ci, avec continuité, fidélité, et intransigeance.

Je veux dire, mes chers collègues, que cette intransigeance, nous allons devoir en faire preuve de plus en plus, c'est pour cela que cette citoyenneté est un symbole fort particulièrement aujourd'hui, où à l'intérieur même de l'Europe où nous pensions que la démocratie était un acquis, des forces contraires agissent, prennent le pouvoir, et peuvent demain faire la même chose que ce que l'on fait à Oleg SENTSOV.

Je veux aussi dire que certains, dont ceux qui dirigent la Russie, pensent fortement à cette phrase d'Einstein : "le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui le regardent sans rien faire". Par cet acte, nous voulons démentir, démentir ceux qui pensent pouvoir s'adosser pour leurs méfaits, sur l'indifférence générale dans un monde tourmenté.

Je veux vous appeler à prolonger cet acte qui, je l'espère, sera le plus unanime possible, en participant individuellement à la chaîne de solidarité ininterrompue, qui se passe tous les jours devant l'ambassade de Russie à l'initiative de Christophe RUGGIA, qui se poursuit et a besoin de chacun, anonymes, personnalités, élus, ce sont par des actes concrets comme ceux-là aussi, que nous allons obtenir cette libération.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, David ASSOULINE.

La parole est à Mme Sandrine MÉES, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Sandrine MÉES. - Merci, Madame la Maire.

Les autres intervenants l'ont dit, le 25 août 2015, Oleg SENTSOV a été condamné à 20 ans de prison, au terme d'un procès inique, qui a été d'ailleurs qualifié de stalinien par Amnesty International.

En 2017, une pétition internationale a réclamé sa libération, car son état de santé commençait déjà à se dégrader et de nouveaux soutiens, très nombreux, se sont manifestés, aussi bien parmi les cinéastes que parmi d'autres personnalités marquantes.

Tous ces soutiens pour dénoncer cette stratégie du pouvoir russe, qui vise à museler les opposants politiques et les créateurs, et Fadila MÉHAL a rappelé dans son intervention le nom des journalistes russes qui ont donné leur vie pour cette liberté d'expression.

Pour protester contre cette condamnation qu'Oleg SENTSOV estime illégale, il a entamé une grève de la faim le 14 mai 2018. On a rappelé que cette grève s'était fortement prolongée, que sa santé était dans un état catastrophique. Début août, l'administration russe a refusé à Amnesty International le droit de visite.

Aujourd'hui, la Ville de Paris manifeste son plein soutien à Oleg SENTSOV en l'élevant au titre de Citoyen d'honneur de la Ville, et c'est avec émotion que le groupe Ecologiste de Paris votera ce v?u de l'Exécutif, qui permet de faire retentir la parole de toutes celles et tous ceux que l'on veut faire taire partout dans le monde.

Je vous remercie, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous et à votre groupe, Sandrine MÉES.

Madame Danielle SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Merci, Madame la Maire.

Oleg SENTSOV, cinéaste, artiste engagé ukrainien, réalisateur, doit être libéré, et je voterai favorablement pour ce v?u. Quel que soit ce que l'on pense sur la situation de la Crimée, son arrestation puis sa condamnation à 20 ans de prison pour soi-disant organisation d'un groupe terroriste sont inacceptables.

Sa situation de santé suite à sa grève de la faim est des plus préoccupantes, mais le régime de POUTINE se refuse toujours à prendre en compte les appels de la communauté internationale, Amnesty International est toujours refusé de pouvoir le rencontrer.

Je souhaiterais que l'on pense également à d'autres opposants russes, et je voudrais citer Sergueï OUDALTSOV, interpellé le 14 août, puis jugé pour avoir participé à des manifestations contre le relèvement de l'âge de la retraite, et qui a aussi engagé une grève de la faim.

C'est important d'accorder le titre de Citoyen d'honneur de la Ville de Paris, car vous savez l'importance de ce titre qui résonne dans l'ensemble des prisons comme un soutien de la communauté internationale et un soutien de notre Capitale, ville lumière.

Je souhaite profiter de ce v?u pour réaffirmer qu'il n'est pas acceptable que la Ville ne retire pas le titre de Citoyen d'honneur de la Ville de Paris à ceux qui le déméritent. Je pense notamment à Aung San Suu Kyi, sa passivité face aux exactions de l'armée birmane contre la minorité musulmane Rohingyas peut légitimement être interprétée aujourd'hui comme une complicité.

Pour que le titre de Citoyen d'honneur de la Ville de Paris garde toute sa valeur, toute sa force, soyons irréprochables.

Je vous remercie, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à Patrick KLUGMAN au nom de l'Exécutif, pour répondre à l'ensemble de vos interventions.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Pour la vingtième fois depuis 2001, le Conseil de Paris s'apprête à décerner sa seule et plus haute distinction, la Citoyenneté d'honneur, à Oleg SENTSOV.

Par ce geste, par ce projet de délibération, par notre vote, nous allons suivre, imiter, amplifier la mobilisation des intellectuels partout dans le monde, et notamment, ici, à Paris. Je veux saluer le mouvement des nouveaux dissidents, son président, Michel ELTCHANINOFF qui est avec nous aujourd'hui. Le monde du cinéma est également avec nous, et depuis le début s'est mobilisé autour d'un des siens. Partout dans le monde, ici à Paris et dans nos travées, nous comptons le réalisateur Christophe RUGGIA, la réalisatrice Julie BERTUCCELLI, la comédienne Irène JACOB, le réalisateur Radu MIHAILEANU, et évidemment la F.I.D.H., cette grande O.N.G. qui défend les libertés partout où elles sont menacées, et qui est une O.N.G. parisienne.

La mobilisation parisienne n'a jamais manqué, elle n'a jamais failli. On peut voir le portrait d'Oleg SENTSOV sur certaines mairies d'arrondissement, devant l'Hôtel de Ville.

Une mobilisation a eu lieu le 30 juillet dernier, devant la mairie du 4e arrondissement, mais il faut se rendre à l'évidence, rien de tout cela n'a été suffisant pour perturber le cours de la détention inique, du sort cruel réservé à cet homme après sa condamnation tout à fait scandaleuse au mois de mai 2014.

Ce n'était pas suffisant, donc d'autres mobilisations ont pris cours, et vous avez rappelé, les uns et les autres, notamment la grève de la faim illimitée qui jour après jour continue, avec des personnalités initiées par Christiane TAUBIRA, poursuivies notamment par certains d'entre nous, et David ASSOULINE a été l'un d'entre eux, je tiens à le saluer, comme je tiens à saluer la mobilisation des élus parisiens de beaucoup de bancs, notamment Christophe GIRARD a été très mobilisé, Alexandra CORDEBARD, Ariel WEIL et bien d'autres qui me pardonneront de les oublier.

Pour toutes ces raisons, nous n'avions pas le choix, compte tenu de notre jurisprudence sur la citoyenneté d'honneur qui ne peut être décernée qu'à des personnes menacées dans leur liberté, ou dans leur intégrité physique. Aujourd'hui, Oleg SENTSOV est menacé dans son intégrité physique, pour la raison simple et essentielle qu'il se bat pour sa liberté, et celle de 70 autres personnes incarcérées avec lui, pour s'être érigées contre l'annexion de la Crimée.

Il réunit sur lui les deux conditions, et le combat pour sa liberté et le combat pour sa vie, et le combat pour sa vie est le combat pour la liberté d'expression et pour une forme de respect de la démocratie en Europe.

Pour toutes ces raisons rappelées avant moi par Raphaëlle PRIMET, Pierre AURIACOMBE, Laurence GOLDGRAB, Florence BERTHOUT, Fadila MÉHAL, David ASSOULINE, Sandrine MÉES, Danielle SIMONNET que je remercie, je vous demanderai, à votre suite, Madame la Maire, et sur votre proposition, d'élever M. Oleg SENTSOV au rang de Citoyen d'honneur de la Ville de Paris.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Patrick KLUGMAN.

Je vais à présent vous demander de procéder au vote et de bien vouloir attribuer la Citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris à Oleg SENTSOV.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de v?u déposé par l'Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de v?u est adopté à l'unanimité. (2018, V. 444).

Je vous propose de nous lever et d'applaudir Oleg SENTSOV, Citoyen d'honneur de la Ville de Paris.

(Applaudissements).

Mes chers collègues, je vous remercie pour cette unanimité.

Nous ferons, avec les associations, bien sûr, la Fédération internationale des droits de l?homme, mais aussi, les associations d?artistes qui se sont mobilisés, parvenir, nous ferons savoir, nous porterons haut et fort ce que signifie cette citoyenneté d?honneur. Et nous formons le v?u, nous avons l?espoir qu?elle protège Oleg SENTSOV et qu?elle permette d?aller vers cette possibilité, vraiment, non seulement de sauver sa vie, mais aussi de porter haut et fort la vie de celles et ceux qui se battent pour la liberté d?expression, pour leur liberté et pour leur vie, tout simplement, ici, en Russie, partout dans le monde. Merci à vous.

Je vous propose peut-être une minute de suspension. Merci.