Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2018
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2018 PPCI 1 - Construire à Paris la capitale de la santé connectée. Voeu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons maintenant à la proposition de délibération PPCI 1 : construire à Paris la capitale de la santé connectée.

Conformément à la Conférence d?organisation, je donne tout d?abord la parole à M. Alexandre VESPERINI pour le groupe PPCI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Madame la Maire.

Evidemment, cinq minutes, c?est un peu court pour présenter cette proposition de délibération. J?essaierai d?être assez synthétique. Tout d?abord, un diagnostic avec trois constats et ensuite, trois propositions concrètes que nous avons faites dans cette proposition de délibération.

Tout d?abord, sur le diagnostic que nous portons sur l?offre de soins hospitaliers et médecine de ville à Paris, premier constat : dans le diagnostic sur la médecine de ville, la dernière cartographie de l?Agence régionale de santé a placé deux arrondissements importants de Paris, le 18e et le 19e arrondissement, en zones d?intervention prioritaire, qui est le stade vraiment le plus préoccupant dans le domaine de l?accès à la médecine de ville, que connaissent beaucoup de départements ruraux. Et puis, au-delà de ces deux arrondissements, il y a un certain nombre de quartiers également dans Paris, je pense notamment au Sud, qui sont placés dans des zones sous-dotées et 41 % des Parisiens sont concernés.

Deuxième constat préoccupant que nous faisons : il concerne cette fois-ci l?offre hospitalière et les difficultés financières que nous connaissons. Il n?est pas question ici de remettre le sujet sur la table, ce n'est pas le sujet, les difficultés financières de l?A.P.-H.P., mais l?A.P.-H.P. connaît également des difficultés d?organisation qui font qu?aujourd?hui, à Paris, nous sommes en retard sur le virage ambulatoire qu?il faut amplifier. Je rappelle pour information que 45 % des soins chirurgicaux dans toute la France sont organisés en mode ambulatoire, et un tout petit peu plus de 25 % à Paris.

Le troisième constat important que nous faisons dans cette partie diagnostic, c?est sur la prévention. Evidemment, toute la France est concernée, mais c?est vrai que nous en avons trop fait sur la dépense curative et des produits de santé, et pas suffisamment jusqu?à présent, en tout cas. On remonte la pente, mais en tout cas, nous n?en faisons toujours pas suffisamment sur la prévention. Et à Paris, il y a des enjeux spécifiques qui sont propres aux territoires : je pense en particulier aux perturbateurs endocriniens. On l?a fait ce matin notamment avec l?opération sur les phtalates, mais il y a également le fait qu?à Paris, nous sommes une ville de voyageurs, nous sommes également une ville qui accueille beaucoup de touristes avec le retour de pathologies qui avaient disparu et donc, avec la nécessité d?améliorer notre prévention, par exemple sur la couverture vaccinale. On a eu l?occasion d?en discuter avec Mme SOUYRIS il y a quelques jours. Voilà sur le diagnostic.

Maintenant, pour répondre à ce diagnostic avec ces trois constats, qui sont préoccupants, il y a trois propositions que nous faisons, des propositions concrètes, je crois, qui ont un point commun qui est la santé connectée, par laquelle nous pouvons répondre, je crois, aux grands défis de l?offre de soins à Paris.

La première proposition que nous faisons, c?est créer une application "Paris Santé", en lien avec l?A.P.-H.P. et avec les entrepreneurs qui ont déjà développé soit des applications, soit des sites Internet qui permettent d?améliorer l?accès aux soins médecine de ville ou l?accès à un certain nombre de soins hospitaliers, notamment à des horaires compliqués, comme par exemple la nuit. Je pense en particulier à la livraison de produits de santé en pharmacie, avec "Pharma Express". Je pense par exemple également au complément que peut apporter une application comme "Docadom" à "SOS Médecins" pour l?accès à la médecine de ville la nuit. Cette application aurait aussi pour but de promouvoir les équipements ville dans le domaine de la santé du C.A.S.-V.P. mais également des Maisons pluridisciplinaires de santé que la Mairie de Paris soutient très significativement depuis 2014.

Dernier objectif qu'on pourrait confier à cette application, en lien cette fois-ci avec l'Assurance maladie, c'est compléter le futur dossier médical partagé dont nous espérons cette fois, qu'il sera véritablement abouti et plébiscité par les patients, en lançant par exemple des rappels sanitaires, des rappels qui sont propres à Paris, par exemple dans le cadre d'épidémies, d'épisodes caniculaires.

Deuxième proposition concrète que nous faisons, c'est renforcer l'open data "Santé à Paris". Je précise tout de suite qu'il ne s'agit pas de diffuser des données personnelles, ce n'est pas l'objectif. L'objectif, c'est en revanche de permettre que les grands acteurs concernés par la santé puissent se retrouver pour partager une partie de leur patrimoine de données non personnelles de manière qu'on puisse faire progresser l'innovation thérapeutique.

On en a besoin pour faire décoller certaines "start-up", mais aussi pour mieux connaître la demande des patients par rapport à des offres associatives qu'on peut connaître et qui sont soutenues par la Ville.

Troisième et dernière proposition que nous faisons, c'est la digitalisation de l'offre de soins à Paris. Je crois qu'il faut vraiment accélérer sur la digitalisation de l'offre à Paris. Nous proposons, avec le groupe PPCI, d'accompagner la prise en charge par l'Assurance maladie, depuis le 15 septembre, de téléconsultations. Il ne peut pas y avoir essor des téléconsultations s'il n'y a pas non plus essor des objets connectés dans le domaine de la santé, par exemple des télécabines. C'est la raison pour laquelle nous avons fait un focus pour terminer sur la diffusion de ces télécabines, de ces nouveaux objets connectés.

Ils ont déjà été un peu diffusés par certains organismes de protection sociale, par certains assureurs. Je pense en particulier à "AXA" qui le diffuse sur certains clients grands comptes. Nous pourrions envisager que Paris puisse développer, rechercher des partenariats avec ces organismes, avec les entreprises qui fabriquent des objets connectés dans le domaine de la santé, pour pouvoir diffuser ces objets, ces installations dans les équipements ville dans le domaine de la santé. J'en ai terminé sur ce point.

C'est un sujet, je crois, qui a été déjà évoqué dans le Conseil de Paris, notamment dans le cadre de la proposition de délibération adoptée en 2015, la proposition de délibération UDI-MODEM. Je pense que c'est important de remettre ce sujet sur l'ouvrage car Paris doit garder son rôle de pionnier dans le domaine de la santé, en particulier dans le domaine de la santé connectée qui est celui de demain.

(Mme Colombe BROSSEL, adjointe, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur VESPERINI.

La parole est à Laurence GOLDGRAB pour 3 minutes.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Madame la Maire.

Les constats posés par cette proposition de délibération, nous les partageons. Oui, Paris n'est pas épargnée par le phénomène de désert médical aussi bien concernant l'hôpital que la médecine de ville, généralistes comme spécialistes. Oui, la démographie médicale est plus que préoccupante pour certaines spécialités. Comme à l'image de la France, trouver aujourd'hui un gynécologue à Paris relève parfois du parcours du combattant, en particulier pour ceux qui ne peuvent se permettre les dépassements d'honoraires, ce qui nuit gravement à la santé des femmes, notamment des plus jeunes, qui abandonnent quand on leur répond qu'il faut neuf mois pour obtenir un rendez-vous.

Si la situation est loin d'être aussi catastrophique que dans la Creuse ou la Dordogne, elle n'en reste pas moins très préoccupante.

Certains nous diront que nous n'avons pas en charge la compétence santé et ils auront raison. Mais devons-nous rester inactifs à cette situation empêchant nos administrés d'avoir accès aux soins ? Non, nous devons agir. Nous l'avons fait en actionnant le levier de la e-santé en 2015, à l'occasion de la présentation et du vote de la niche UDI-MODEM.

Une des premières étapes données à la suite de ce vote fut la création de la Commission e-santé qui poursuit trois priorités : la téléconsultation médicale pour la surveillance et le suivi des pathologies asthmatiformes chez l'enfant, la mise en place d'outils et de processus permettant de faciliter le maintien à domicile post-chirurgie ambulatoire, la création d'une application permettant des conseils et recommandations individualisés en fonction de l'état de santé et de la variation de facteurs environnementaux, pollution atmosphérique par exemple.

Mais ne nous leurrons pas, si les solutions de l'e-santé sont des outils utiles, ils ne sont malheureusement pas l'alpha et l'oméga qui résoudront la pénurie de médecins. Car si aujourd'hui, le remboursement de la téléconsultation est possible en théorie, on s'aperçoit qu'en pratique, cela est bien plus compliqué. Un médecin, pour pouvoir réaliser une téléconsultation, doit préalablement avoir réalisé une consultation classique. Compliqué à mettre en ?uvre pour les "start-up" qui se lancent avec une vingtaine de médecins pour couvrir le territoire.

Nous le savons, notre système de soins, dans sa très grande globalité, a besoin de se réformer de l'intérieur. Chaque acteur doit pour cela être volontaire, des pouvoirs publics aux ordres de professionnels concernés.

A notre échelle nous ne pouvons que trouver des solutions palliatives. C'est ce sur quoi travaille l'Exécutif dont nous saluons ce travail. Concernant cette proposition de délibération, outre le fait que nous avons tout de même un peu une impression de déjà vu, mais je salue le travail accompli, bien entendu, dans ce domaine important, et bien notre groupe lui préférera le v?u de l'Exécutif qui nous sera présenté tout à l'heure, que nous estimons plus complet, notamment en termes de communication et d'information sur les dispositifs existants. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Madame GOLDGRAB.

La parole est à Mme STOPPA-LYONNET.

Mme Dominique STOPPA-LYONNET. - Madame la Maire, chers collègues, le jeune groupe PPCI nous propose une délibération : construire à Paris la capitale de la santé connectée.

Plus qu'un projet de santé numérique, c'est un véritable plaidoyer pour une politique de santé qui constitue l'exposé des motifs, exposé intéressant néanmoins mais dont le numérique serait l'alpha et l'oméga. C'est un raccourci un peu rapide, mais bon?

Comme l'a exposé notre collègue Alexandre VESPERINI, il s'agit de proposer aux Parisiens une application "Paris Santé", application d'information sur l'offre de soins et application éducative en termes en particulier de prévention.

Concernant l'offre de soins, il est mentionné qu'il s'agit de promouvoir les Maisons de santé pluri-professionnelles soutenues par la Ville. Comme vous le savez, les professionnels de santé, en particulier les médecins, ne peuvent faire publicité de leur activité. Est-ce une maladresse ?

Il s'agit aussi de créer une commission open data "Santé Paris" visant à coordonner tous les acteurs du domaine, que ce soit les développeurs du numérique, les professionnels de santé, les tutelles avec en particuliers la C.P.A.M., le Conseil de l'ordre des médecins, et curieusement, l'A.R.S. n'est pas mentionnée. Est-ce un oubli ?

Mon propos et celui du groupe LRI n'est en aucun cas de ne pas soutenir le développement du numérique dans le domaine de la santé. Nous sommes tous convaincus, dans cet hémicycle, de l'importance du numérique dans la téléconsultation, la télé-expertise, le décloisonnement ville-hôpital, le dossier médical partagé ou D.M.P., un serpent de mer que nous appelons tous de nos v?ux.

Le législateur ne s'y trompe pas puisque le numérique est au c?ur de la loi de santé 2017, et que les premiers remboursements de téléconsultations sont devenus réalité il y a quelques jours.

J'ajouterai que le Comité national d'éthique s'est emparé de cette problématique, avec son avis qui est paru aujourd'hui.

Oui, le numérique est clé dans l'optimisation des parcours de soins des malades, et l'éducation à la santé des citoyens. Oui, la Ville de Paris a un rôle majeur à jouer dans la santé numérique, elle en est convaincue. En effet, dès le mois de mai 2015, nous avons voté à l'unanimité la proposition de délibération proposée par nos collègues du groupe UDI-MODEM, le Plan Paris Smart Santé.

Ses objectifs sont identiques à ceux déclinés dans la proposition PPCI. Une commission s'est réunie au cours de l'année 2016 et a fait, début 2017, des propositions précises que reprendra certainement notre collègue du groupe UDI-MODEM : télé suivi des patients asthmatiques, amélioration du retour à domicile après chirurgie ambulatoire, éducation à la santé avec un focus sur la prévention en cas de pic de pollution.

Il s'agit de premières propositions précises à mettre en ?uvre. D'autres suivront via la commission mise en place, commissions superposable à l'open data "Santé Paris" proposée par la proposition de délibération PPCI.

Il est vrai cependant que, depuis le début 2017, la balle est du côté de l'Exécutif et que les propositions de notre collègue François HAAB sont restées, disons-le, en suspens.

En un mot, le groupe LRI n'adhère pas à la création d'un nouveau plan d'une nouvelle instance. Il s'abstiendra sur le vote de cette proposition de délibération. Mais il propose de faire suite au plan "Paris Smart Santé".

Pourquoi ne pas avoir d'ailleurs demandé par un v?u des informations sur le devenir de ce plan ? Je suis étonnée qu'aucune référence n'ait été faite à ce plan dans la proposition de délibération PPCI. Etait-ce une maladresse ou la volonté du groupe d'être force de proposition, même si c'est sur des sentiers battus ?

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

La parole est à Thomas LAURET pour 3 minutes.

M. Thomas LAURET. - Madame la Maire, mes chers collègues, cette proposition de délibération met l'accent sur un enjeu majeur, la santé connectée. Il fait suite à la proposition de délibération du groupe UDI-MODEM votée en 2015, et met en avant un certain nombre de faits auxquels il faut répondre.

Dans son contexte très bien détaillé dans cette proposition de délibération, il est notamment rappelé la situation démographique médicale, préoccupante dans les quartiers les plus défavorisés et en proche banlieue dans notre ville. Les délais de rendez-vous, qui sont la première cause de renoncement aux soins, accentués par l'explosion du secteur 2, depuis qu'en 2004 le Ministre de l'époque a libéré la possibilité d'augmenter ces dépassements et où on s'aperçoit que les médecins en secteur 2, qui ont une activité moins importante, travaillent dans de meilleures conditions et régulent plus facilement et mieux leur temps de travail par rapport à la prise en charge.

Et enfin, la prévention, qui reste toujours un sujet délicat à mettre en place et qui n?a pas toujours été bien traitée au niveau national, régional, voire au niveau parisien, j?en sais quelque chose avec la diminution des subventions pour le dépistage du cancer par la Ville de Paris, et le Département en l?occurrence, depuis 2014 de près de 20 %.

Cependant, je voulais souligner que cette proposition de délibération fait un certain nombre de propositions qui sont intéressantes et qui doivent s?inscrire dans le Plan de santé, en tout cas dans la mise en ?uvre du Plan de santé, tel qu?il a été annoncé ces derniers jours, mardi dernier, par le Président de la République avec le Premier Ministre et la Ministre de la Santé.

En effet, ce Plan tente de répondre à certaines des problématiques nationales mais que l?on retrouve à Paris et que l?on vient de citer. En mettant le patient au c?ur du système, mais au-delà de cette phrase il faut que ce soit une réalité dans la prise en charge, en redonnant du temps médical et en concentrant l?expertise médicale sur le temps en créant un nouveau métier des assistants médicaux, en repensant la formation et les métiers.

Aussi il nous faut effectivement transformer notre système. Ce que je souhaite rappeler également, c?est qu?en Ile-de-France des initiatives ont été prises. Le déploiement de ce que l?on appelle "TerriSanté" qui prévoit un outil numérique commun pour tous les professionnels de santé et les patients, et également les professionnels médico-sociaux. Il faut que la Ville de Paris soutienne ce projet avec l?Assistance publique.

Le déploiement de la télémédecine qui est en vigueur depuis le 15 septembre.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Je vous invite à aller à votre conclusion.

M. Thomas LAURET. - Et il faut que la Ville de Paris déploie la télémédecine dans les centres de santé qui dépendent d'elle.

Donc je soutiens cette proposition de délibération mais j?attends d?avoir des précisions sur le v?u de l?Exécutif pour définir le vote.

Merci.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur LAURET.

La parole est à Eric AZIÈRE.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, cher Alexandre VESPERINI, la santé connectée a visiblement le vent en poupe et c?est normal dans ce monde nouveau et moderne. C?est un effet de la révolution numérique et il est normal qu?il alimente et ne cesse d?alimenter les débats nationaux, et aussi ceux au sein de notre Assemblée.

Après la proposition de délibération qui a été largement citée du groupe UDI-MODEM, en mai 2015, qui s?intitulait "mise en ?uvre d?un Plan "Smart Santé" à Paris", voici la proposition PPCI qui affiche l?ambition de construire à Paris la capitale de la santé connectée.

C?est un peu la même chose et quoi de plus normal, parce qu?on ne s?étonnera pas de voir que quelques trois ans plus tard, les constats sont identiques et le postulat de départ similaire dans les deux propositions de délibération, c?est-à-dire que les freins à l?accès aux soins des Parisiennes et des Parisiens sont liés à la démographie en baisse des professionnels de santé due à un certain nombre de facteurs, comme les départs à la retraite et j?en passe, et à la faiblesse de l?offre de secteur 1.

Deuxième facteur : les délais d?obtention de rendez-vous sont trop longs et le renoncement aux soins des Parisiennes et des Parisiens sont trop nombreux. Notre groupe, à l?initiative de François HAAB, a précédemment eu l?occasion de s?étendre sur ce diagnostic. Aussi je vous ferai grâce d?une redite.

Quant aux remèdes proposés par les deux propositions de délibération, ils sont si proches que là encore je vous en épargnerai la prophylaxie. La Commission e-santé qui s?est réunie à l?initiative de notre groupe de juin 2016 à janvier 2017, comme l?a très bien rappelé Laurence GOLDGRAB, a ainsi émis une série de propositions venant compléter ou affiner les préconisations qui découlaient de notre proposition de délibération.

Premièrement, c?est la création d?une application destinée à répondre aux défis d?une individualisation des conseils et des recommandations pour les citoyens parisiens en fonction de leur état de santé et de la variation de facteurs environnementaux. Ensuite, c?est le développement d?outils adaptés, afin de mieux accompagner le retour du patient à domicile dans la perspective du développement de l?ambulatoire. Enfin, c?est la mise en place de téléconsultations médicales pour la surveillance et le suivi de pathologies asthmatiformes chez l?enfant.

Toutes ces propositions sont faites, sont concrètes et tangibles, elles sont sur la table. Il reste peut-être maintenant à les mettre en ?uvre. On peut revoter les mêmes motifs. Je ne crois pas que ce soit forcément obligatoire, mais puisqu?on a obtenu d?avoir pu formuler des propositions concrètes que je viens d?évoquer, je proposerai plutôt qu?on passe à la troisième étape. Après un constat partagé en 2015, après les travaux de la Commission e-santé en 2016 et 2017, passons à la mise en ?uvre des mesures proposées d?ici la fin de la mandature, ce serait beaucoup plus efficace et concret.

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur AZIÈRE.

La parole est à Paul SIMONDON.

M. Paul SIMONDON. - Madame la Maire, mes chers collègues, en nous soumettant cette proposition de délibération relative à la santé connectée, votre groupe, Monsieur VESPERINI, s?intéresse à un sujet essentiel pour les Parisiens et pour lequel la Ville de Paris agit déjà avec détermination.

Nous serons d?accord sur une partie de votre constat, sur l?enjeu de l?accès aux soins et les défis posés par les outils numériques en la matière, mais je tiens d?abord à saluer la mobilisation de la Ville en matière d?offre de santé et aussi sur son action à la source.

La politique de réduction de la place de la voiture menée par la Maire de Paris et sa majorité n?est pas qu?une politique de transports, il s?agit bien avant tout d?une politique de santé publique que nous devons aux Parisiens.

Face aux difficultés réelles pour les Parisiens à trouver des médecins, face aux déséquilibres territoriaux et aux perspectives démographiques et compte tenu des enjeux financiers, la Ville a construit, sous la direction de Bernard JOMIER et d?Anne SOUYRIS, un plan très ambitieux d?installation de professionnels de santé en secteur 1, de soutien aux centres de santé associatifs et aux Maisons de santé pluridisciplinaires.

Suite à la proposition de délibération du groupe UDI-MODEM plusieurs fois citée, la Ville a déjà intégré un certain nombre d?outils numériques qui aident les patients comme les soignants, notamment la mise en place de conseils individualisés envoyés aux personnes vulnérables en période sensible, comme les pics de pollution, les canicules ou les grands froids.

L?amélioration du lien ville-hôpital passe également par de meilleurs échanges d?informations médicales, comme le prévoit justement le récent protocole conclu avec l?A.P.-H.P.

Enfin, la Commission e-Santé a formulé trois préconisations précises qui viennent d?être citées et que nous pouvons maintenant mettre en pratique pour un progrès technologique au service de la santé des patients.

Pour toutes ces raisons et compte tenu du travail déjà largement entamé par la Ville depuis 2014, mon groupe votera le v?u de l?Exécutif relatif au développement de la santé connectée qui a vocation à se substituer à cette proposition de délibération.

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Fatoumata KONÉ.

Mme Fatoumata KONÉ. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, en 2015, nous avions débattu de la mise en ?uvre d?un Plan Smart Santé adopté par notre Assemblée, comme cela a déjà été rappelé. Tous les groupes s?étaient accordés sur le fait que les technologies numériques peuvent participer à l?amélioration de notre système de santé.

Nous ne sommes pas contre les nouvelles technologies par principe. En revanche, il faut s?assurer qu?elles soient bien au service de la population et non l?inverse. André GORZ, le philosophe de l?écologie politique, disait à ce sujet : "Conviviale est la société où l?homme maîtrise l?outil." Il mettait ainsi en garde contre les technologies qui deviennent des fins en soi et ne sont pas maîtrisées ou accessibles par les personnes censées en bénéficier.

Rappelons qu?un Français sur trois est incapable d?effectuer ses démarches en ligne et que précarité numérique rime souvent avec précarité sociale. L?illectronisme est un sujet sérieux en France et Paris n?est pas épargnée par ce phénomène.

La proposition de délibération d'aujourd?hui vise à répondre aux enjeux de démographie médicale parisiens à travers la lutte contre les déserts médicaux, l?amélioration de la prévention, l?articulation ville-hôpital dans le cadre du virage ambulatoire, le manque d?informations sur les tarifs des médecins ou encore la désinformation sur la santé sur Internet.

Nous sommes d?accord avec une grande partie des constats présentés, ce qui nous interroge, ce sont les solutions proposées. Nous l?avions déjà exprimé : la prévention est toujours le premier pilier d?une politique de santé efficace. Or, l?application "Paris Santé", qui semble être la proposition phare de cette proposition de délibération, ne semble pas à nos yeux totalement répondre aux enjeux de santé publique à Paris.

Cette application contiendrait des informations concernant la carte vitale, des avis sur les médecins. On pourrait noter les établissements et professionnels de santé. Honnêtement, nous sommes très perplexes sur la faisabilité technique de cette application, son utilité réelle, son cadre légal et juridique, entre autres concernant la protection des données de santé, et bien sûr sur le mode de financement qui reposerait sur le redéploiement des ressources liées à l?arrêt de l?application "Paris Taxis". Pourquoi ce choix ? Le point commun est qu?il s?agit de deux applications mais le lien entre la santé et les taxis ? Point d?interrogation.

En revanche, nous sommes en phase avec la proposition visant à renforcer le réseau de soins de ville par des structures de soins regroupées, de types Maisons pluridisciplinaires de santé - M.S.P. - ou des cabinets de types "Paris Med?", dans le but de désengorger les services d?urgence des hôpitaux. Il faut en parallèle continuer à augmenter la visibilité de ces Maisons pluridisciplinaires de santé. Il y en a six à Paris actuellement.

Je remercie donc Anne SOUYRIS qui, via le v?u de l?Exécutif, rappelle les dispositifs concrets mis en ?uvre par notre Municipalité pour répondre à certaines problématiques de santé, par exemple "Paris Med?"?

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Vous vous dirigez vers votre conclusion.

Mme Fatoumata KONÉ. - Je termine.

Ainsi que les projets préconisés par la Commission e-Santé qui comprennent notamment une application individualisée pour un usage précis qui pourrait mieux répondre aux enjeux de santé connectée. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Madame KONÉ.

La parole est à Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, nous ne voterons pas cette proposition de délibération. Efficacité et performances ne peuvent pas faire partie de l?amélioration du service public de santé. Le développement de la santé numérique ne réglera pas l?accès à la santé des Parisiens.

La santé numérique est un service complémentaire - j?insiste sur le mot complémentaire - au service public de santé. Le problème de fond est celui de la dégradation de ce service que l?on ne pourra pas remplacer par la télémédecine. La désertification de l?offre médicale en secteur 1 non plus. La réduction drastique des moyens financiers accordés à l?hôpital public non plus.

A Paris, on assiste à un démantèlement de l?A.P.-H.P. avec une dégradation constante des conditions de travail du personnel, avec la psychiatrie où les critères du tout économique l?emportent sur l?approche humaine.

Nous sommes conscients que la "Smart Santé" peut avoir des avantages : développer des parcours de soins plus performants, faciliter la relation patient/médecin, développer des systèmes d?entraide entre médecins. La mise en ?uvre d?un tel projet ne peut se faire au détriment d?un renforcement de l?hôpital public, des centres de santé de la médecine générale en secteur 1.

Le numérique ne réglera pas les disparités qui sont au c?ur des difficultés d?accès à l?offre de soins. Le Conseil national de l?Ordre des médecins soulignait en 2015 que la numérisation généralisée risquait de faire apparaître un système de soins à deux vitesses.

L?incertitude sur le portage des plateformes laisse la voie ouverte à une gestion privée. Ces outils ne peuvent être développés que dans un cadre de service public qui préserve les données personnelles et poursuit une mission d?intérêt général.

Sur la téléconsultation, est-ce souhaitable de déshumaniser les rapports entre soignants et soignés ? Si la consultation médicale s?opérait à distance, il y aurait encore plus de dégradation dans l?accès aux soins. L?observation et l?écoute font la richesse de l?examen médical.

Enfin, cette proposition de délibération semble mélanger les responsabilités, celles de la Ville et celles de l?Etat : ce n?est pas la Ville de Paris qui, en développant la santé numérique, réglera la situation de l?A.P.-H.P.

Pour terminer, je trouve contradictoire que le groupe PPCI critique l'état de l?A.P.-H.P. alors qu?il est la conséquence directe des choix d'un Gouvernement qu'il soutient.

Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Danielle SIMONNET, qui n'est pas là.

La parole est à Anne SOUYRIS pour répondre et présenter le v?u de l'Exécutif. Cinq minutes.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - Merci, Madame la Maire, et merci, chers collègues, d'avoir fait cette proposition de délibération qui, même si effectivement un certain nombre de points ont déjà été vus par notre Assemblée? Pardon, c?est parce que je me retourne.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Non, ce n?est pas à vous de vous excuser, Madame SOUYRIS. Il y a un brouhaha impressionnant dans l'hémicycle.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - Même si un certain nombre de points avaient effectivement déjà été proposés par le groupe UDI-MODEM et que la reprise de ces propositions est tout à fait adéquate à une situation que nous pouvons aujourd'hui étudier et sur laquelle il me semble important d'aller, néanmoins, je pense qu'au nom de l'Exécutif et au nom d'un certain nombre d'interventions qui ont eu lieu ici - notamment, je crois, à bon escient, de la part de M. BÉGUÉ, de Mme STOPPA-LYONNET, de la part d'un certain nombre d'entre vous sur le fait qu'en aucun cas le numérique et la santé numérique ne peut remplacer...

Excusez-moi, je suis désolée, c'est un peu gênant. Merci beaucoup.

En aucun cas, la santé numérique ne pourra remplacer la santé des personnes humaines, avec vraiment un humain à leurs côtés, que ce soit avec l'hôpital, avec la santé ambulatoire et avec des médecins généralistes ou spécialistes qui peuvent venir auprès des personnes, que ce soit aussi des infirmiers ou du personnel paramédical qui peut venir au chevet des patients quand ils restent aussi chez eux. Il faut réussir, me semble-t-il, à articuler ce progrès que constitue le numérique et une augmentation, un accroissement du personnel de santé, des médecins qui seront au chevet de ces patients, notamment les plus fragiles.

Ce qui est toujours inquiétant, Monsieur VESPERINI, je vous le dis quand même, c'est le fait de penser que souvent, la première pensée quand on fait de la santé numérique, c?est de se dire que l?on va pouvoir accéder à des gens qui sont "coincés chez eux" et que, finalement, on n?atteint pas. On pense aux personnes âgées, par exemple, qui se retrouvent souvent sans médecin qui vient, en tout cas avec pas assez de visites médicales à leur chevet. C'est là exactement que le numérique n'a peut-être pas sa place. C'est-à-dire que le numérique ne peut être qu'un plus et ne peut pas remplacer là où il y a le plus besoin de médecins. Je tiens à le dire vraiment en préambule pour que la suite soit très claire.

Vous l'avez rappelé les uns et les autres : c'est un sujet incontournable à prendre en compte. La proposition de délibération que vous proposez, Monsieur VESPERINI, embrasse très large puisque cela va de l'information et des modalités d'accès à l'offre de soins, des prises de rendez-vous à l'échange de données de santé entre professionnels de santé dans le parcours de soins, à la diffusion de messages de prévention par des nouveaux médias jusqu'aux nouveaux outils pour une dispensation de soins, comme l'étaient les consultations.

Dans l'exposé des motifs que vous avez développés, vous dressez un tableau assez funeste de la situation en matière d?offres de soins à Paris et, si je partage une grande partie des préoccupations que vous soulevez en matière de démographie médicale défavorable, d'inégalités territoriales, de la nécessité de mieux articuler la prise en charge hospitalière et la médecine de proximité, et que la réponse à ces problèmes guide l'action de la Ville, je ne pense pas non plus, et je le redis, que le tout-numérique soit la solution à l'ensemble de ces questions.

Je ne reviendrai pas sur les mises en garde que j'ai faites au départ. Néanmoins, votre proposition de délibération a toute sa place dans notre politique. En effet, la connexion doit devenir vraiment un plus pour tous, en particulier les plus fragiles et les plus isolés, mais à partir du moment où les médecins sont assurés d'être là. En ce sens, je souhaite m'engager pour que tous les outils qui sont à notre disposition et qu'en particulier les préconisations qui ont été faites par le groupe "iSanté" soient retravaillées pour qu?en accompagnement du soin humain à domicile et dans la ville, il puisse y avoir ce plus de la i-santé.

Nous faisons un certain nombre de propositions dans ce v?u. Je ne vais pas toutes les reprendre, mais en tout cas, tel est l'esprit de notre v?u.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Je vais vous inviter à aller vers votre conclusion.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - J?y arrive puisque c?est cela.

Si je peux donner un avis favorable à votre proposition de délibération, je vous propose ce v?u de l'Exécutif qui reprend plusieurs des éléments que vous portez, nécessaires à l?amélioration des outils d?information des Parisiens sur l?offre de soins de proximité, l'expérimentation d'outils de téléconsultation dans les équipements de la ville, le partage de données de santé publique sur l'"open data" de la Ville de Paris. Merci.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Monsieur VESPERINI, vous reprenez la parole, pour deux minutes.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci.

Evidemment, c'est une proposition de délibération qui pose un problème de clivage parce que nous avons fait un choix d'aller très loin sur le numérique. C'est vrai qu'il est normal que cela pose des problèmes à un certain nombre de responsables politiques, tout simplement parce que faire confiance au virage numérique, c'est aussi accepter de transformer notre modèle de santé, avec toutes les conséquences que cela peut poser pour les personnels et les structures.

D'ailleurs, je ne suis pas étonné du fait que la commission i-santé ne se soit pas réunie depuis quasiment deux ans. Je vois bien que l'on a du mal à avancer parce que c'est un vrai problème de clivage politique. Je ne suis donc pas surpris des problèmes que cette proposition de délibération a pu poser.

Cela étant dit, ce qui compte pour le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants, puisque nous sommes également constructifs, c'est que l'on avance. Evidemment, je me réjouis que l'on ait pu avancer sur ce v?u de l'Exécutif.

Ce v?u nous convenant, ce que je propose à l'Assemblée, c'est que nous retirions notre proposition de délibération et nous voterons favorablement ce v?u de l'Exécutif qui nous permettra d'avancer sur ces questions et de faire avancer un certain nombre de propositions, comme nous l?avons fait sur l'"open data" santé. Voilà ce que je pouvais dire. Merci.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup pour cette proposition.

Donc, la proposition de délibération PPCI 1 est retirée au profit du v?u de l'Exécutif.

Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 152 de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 445).

Je vous en remercie.