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Septembre 2018
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Conseil Municipal
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Condoléances.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous allons rendre hommage à Alain Destrem. Je veux saluer ici sa fille, Nathalie, je veux saluer Jacques TOUBON, sa famille, et tous ses amis. Le Conseil de Paris a appris avec tristesse la disparition survenue le 22 août dernier, de M. Alain Destrem, ancien adjoint au Maire de Paris, ancien conseiller de Paris.

Chef d'entreprise, Alain Destrem a mené de front ses activités professionnelles, il a été aussi président de la société immobilière du théâtre des Champs-Elysées, et bien sûr, ses responsabilités politiques. Il a été porté au Conseil de Paris par les électeurs du 15e arrondissement, en 1983. Il a siégé, sous les étiquettes UDF-PR, puis Démocratie libérale et enfin, U.M.P., sans discontinuer jusqu'à 2012, ce qui représente près de 30 années de mandat au service des Parisiens.

Durant cette période, il était devenu adjoint au Maire de Paris chargé de toutes les questions relatives à l'administration générale, au personnel, aux relations avec les organisations syndicales ainsi qu'au service municipal des pompes funèbres et au service technique des transports automobiles municipaux, en 1992.

Il avait conservé ses attributions jusqu'en 1998, date à laquelle il a été chargé de toutes les questions relatives à la valorisation du site de la Seine. Alain Destrem était Chevalier dans l'Ordre national de la Légion d'Honneur, officier dans l'Ordre national du Mérite et dans l'Ordre des Arts et des Lettres. Il a fait vivre avec beaucoup de force et de passion son mandat et ses différentes activités.

Permettez-moi, comme je l'ai fait aux côtés de ses amis, de ses collègues, de ses compagnons de route, de vous dire combien je veux saluer aussi un ami, Alain Destrem, je l'ai connu comme beaucoup d'entre vous ici, d'abord au Conseil de Paris et au conseil d'arrondissement du 15e arrondissement. Nous n'étions pas sur les mêmes bancs en ce qui concerne nos familles politiques, mais très vite, j'ai découvert un homme drôle, ouvert, espiègle, qui aimait construire, qui était un libéral dans tous les sens du terme, mais il le portait avec beaucoup de fierté, et j'ai découvert quelqu'un avec qui j'ai lié une amitié. Je l'ai dit, lorsque nous nous sommes retrouvés à Sainte-Clotilde, il y a quelques semaines, il n'a jamais été en désaccord avec sa famille politique et pourtant, il pouvait aussi avoir une amitié forte et même prodiguer des conseils à l'élue que j'étais, avant même d'être Maire de Paris.

Cette amitié nous a conduits à nous voir, à échanger beaucoup, je lui ai même proposé de faire partie du Conseil stratégique de la Ville, qui m'entoure, conseil qui fait appel à des personnalités très diverses, d'univers très divers, et Alain était très fidèle aussi à ce conseil dans lequel il venait, il siégeait, et j'avais plaisir à le voir et le revoir.

La maladie l'a emporté, je crois que nous avons tous été très tristes, on l'a vu se battre, on l'a vu presque gagner lorsqu'il est revenu il y a quelques mois en nous disant qu'il allait beaucoup mieux, et qu'il était à nouveau debout. Et puis, le dernier combat l'a emporté. Mais je veux vous dire combien je continuerai à penser à Alain, avec ce beau sourire, avec ce regard pétillant, et au-delà de ce que la vie politique réserve, je peux dire à Alain qu'il a été un véritable ami et qu'il restera toujours très présent pour moi, dans ce que je fais ici à Paris, mais aussi dans la relation que je peux avoir avec des membres d'autres familles politiques que la mienne.

C'est finalement ce qui compte, au-delà de tout, c'est sans doute ces relations fortes que l'on arrive à tisser les uns avec les autres. Je vous remercie. Je veux vous demander de respecter une minute de silence en la mémoire d'Alain Destrem.

(L'assemblée, debout, observe une minute de silence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vous remercie.

Monsieur GOUJON, je crois que vous souhaitez?

Monsieur le Maire, je vous en prie, vous avez la parole.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, nous déplorons la disparition d?Alain Destrem, qui fut notre collègue, vous l?avez dit, entre 1983 et 2012. Et pour moi, comme pour beaucoup d?entre vous ici, vous l?avez rappelé, Madame la Maire, cette perte irréparable est d?abord celle d?un ami cher, attentionné, bienveillant, qui savait mettre toute assemblée à l?aise. Car avant tout, Alain était un homme de c?ur et un humaniste.

Alain était aussi un homme de convictions, franc et direct. Il ne manquait jamais une occasion de les proclamer haut et fort, ce qui ne l?empêchait pas de transgresser les clivages. Sa pratique de la politique l?éloignait en effet de toute conception belliqueuse. Seul le débat d?idée l?animait car il était un vrai démocrate, un vrai républicain.

Depuis son engagement dans la campagne du Président GISCARD d?ESTAING en 1974, et durant les quarante années qu?il consacra au service de ses concitoyens, fidèle au 15e, amoureux de Paris et des Parisiens, il aura beaucoup apporté à la vie politique parisienne. Je retiendrai simplement qu'il s?est efforcé de rapprocher les diverses familles de la droite républicaine et nous sommes quelques-uns ici à l?avoir suivi.

Au-delà même, il n?hésitait pas à franchir la rive du bord opposé sur laquelle il cultivait de nombreuses amitiés, et vous-même l?avez souligné, Madame la Maire, car Alain était un fédérateur, un rassembleur qui détestait l?ostracisme et les diviseurs.

Son sourire jovial, son regard bleu rêveur, pétillant d?intelligence et d?humour, son insolent optimisme facilitaient tous les rapprochements. Il a voué son action politique au plan national, bien sûr à sa famille politique d?abord et au plan local au 15e, où il devint en 1983 le premier maire adjoint de l?arrondissement. Adjoint de Jacques CHIRAC puis de Jean TIBERI, chargé des relations humaines, il y excellait évidemment. On lui doit de nombreuses avancées statutaires pour les personnels municipaux, la création de la SEM des pompes funèbres, le suivi attentif des transports automobiles municipaux ou encore la valorisation du site de la Seine.

Député suppléant de Jacques TOUBON, dont je salue la présence ce matin parmi nous - ce qui montre l?attachement qu?il avait pour Alain - de Michèle BARZACH puis de mon prédécesseur, il ironisait en accaparant le titre de plus ancien suppléant de France ! Jacques s?en souvient sûrement. Il fut aussi membre du Conseil économique et social de 2012 à 2014.

Diplômé de l?université Columbia à New York, après vingt-deux ans de carrière chez IBM où il finit directeur de la communication, il rejoignit le cabinet de Gérard LONGUET, Ministre des Postes, et participa avec lui à la création de France Telecom en 1988.

Cet homme de culture dirigea aussi le théâtre des Champs-Elysées, dont il organisa d?ailleurs récemment le centenaire, au côté de Raymond SOUBIE. Il y fut décoré de la Légion d?Honneur par Edouard BALLADUR. Il a été fait Officier des Arts et des Lettres par vous-même, Madame la Maire. Il était Officier de l?O.N.M.

Ce serviteur de la patrie s?était enrôlé dans les sous-marins à Mers el-Kébir et il avait de qui tenir puisque son père, engagé très tôt dans la Résistance, rejoignit les commandos de France créés par Henri d?Astier de la Vigerie en Afrique du Nord ; il en présida l?association nationale. Quant à sa mère, Maja, journaliste à Paris Match, elle fut correspondante de presse pendant toute la guerre du Vietnam.

Pour l?anecdote, si je remonte dans le temps, dans la famille Destrem, le coup d?éclat le plus spectaculaire revient sans conteste à son aïeul, Hugues Destrem, député de la Haute-Garonne, élu en 1791 et qui, pour contrer le coup d?État du 18 Brumaire, leva le point sur le général Bonaparte, en lui lançant : "Voilà donc pourquoi vous avez remporté tant de victoires". Ce qui contribua même à son exfiltration musclée de la salle des débats ! Il est vrai qu?il s?agissait d?un géant de 2 mètres et Alain aimait à rappeler cet événement quand on lui cherchait noise, même si sa stature n?était pas si imposante, chacun s?en souvient, que celle de son aïeul, et même s?il omettait de raconter la suite, c?est-à-dire la déportation en Guyane du héros de la famille?

Alain était aussi un homme courageux, il le démontra dans sa lutte contre la terrible maladie qui l?aura emporté en seulement treize mois. Son aménité, sa bonne humeur, son sourire rayonnant, sa sollicitude nous manqueront. Même si nous savons qu?il est parti apaisé, accompagné jusqu?à son dernier soupir par ceux qui lui étaient le plus cher, ses enfants : Nathalie, présente ce matin avec son mari, et Alexandre, son fils qui est souffrant et qui n?a pu venir.

Pour ne pas oublier son souvenir, nous avons décidé avec la Maire de Paris, la présidente de notre groupe Florence BERTHOUT et l?ensemble de notre groupe qui bien sûr s?associe aux condoléances à l?intention de sa famille, qu?un lieu du 15e, qu?il aura servi pendant près de quarante années, portera désormais son nom.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, cher Philippe GOUJON.

Bien sûr, nous allons travailler ensemble dans ce sens. Je veux à nouveau saluer Nathalie, Alexandre à distance, et Jacques TOUBON, Monsieur le Défenseur des droits, d?être ici pour honorer la mémoire de notre collègue et ami Alain Destrem.

Je vous remercie.

Félicitations et souhait de bienvenue.