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Septembre 2018
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Conseil Municipal
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V - Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux moyens déployés pour assurer la sécurité à Paris, notamment dans le Nord-Est parisien.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question suivante posée par François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement et au nom du groupe Socialiste et Apparentés.

Vous avez la parole.

M. François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, alors que les propos récents d?un chroniqueur de télé, à la fois trop rapides et très injustes, heurtent et choquent, je veux d?abord au nom des élus de mon groupe rendre hommage à l?engagement des policiers de Paris, saluer la mémoire d?Amandine Giraud, de Xavier Jugelé, d?Ahmed Merabet et de Franck Brinsolaro qui ont, ces dernières années, perdu la vie dans l?exercice de leur mission.

Nous le savons tous, on attend beaucoup de celles et ceux qui servent la police républicaine, et cette exigence d?efficacité et d?exemplarité exige en retour décence et mesure dans le commentaire public de leur action.

Nous n'ignorons rien bien sûr du niveau d?exigence de vos missions : plan Vigipirate, développement de nouvelles formes de criminalité et de délinquance, regain de l?attractivité de Paris, métropole mondiale pour le meilleur mais aussi pour le plus difficile. Et c?est justement parce que cette exigence est élevée, parce qu?elle pèse lourdement sur les équipes chargées de protéger nos concitoyens, parce qu?elle est aussi le produit du croisement de problématiques complexes qui s?alimentent réciproquement, oui, c?est pour toutes ces raisons que nous sommes particulièrement inquiets de la diminution de la présence policière à Paris, notamment dans les arrondissements du nord-est, et de la faiblesse des moyens attribués à nos commissariats.

Est-t-il vrai, Monsieur le Préfet, comme le disent de plus en plus de policiers, que jamais Paris n?a compté aussi peu de policiers que ces derniers mois ? Est-il exact que la réduction des effectifs à Paris affaiblit la capacité de la Préfecture de police à remplir ses missions ? Faut-t-il craindre que ces reculs exposent davantage les policiers ? C?est donc en solidarité avec mes collègues maires des 10e, 11e, 18e et 20e arrondissements que je veux, Monsieur le Préfet, vous alerter sur ce que nous voyons et sur ce que vivent les habitants de nos quartiers.

Car ce qu?ils subissent n?est tout simplement pas "normal", que ce soit à la Chapelle, à Barbès, à Stalingrad, à la gare du Nord ou ailleurs.

Non, il n?est pas normal de sortir d?un métro pour se faire bousculer et parfois harceler par les vendeurs à la sauvette qui ont pris possession de la rue, pas normal non plus qu?un kiosquier en arrive à fermer boutique.

Non, il n?est pas normal que des dealers de crack tiennent le haut du pavé, jour et nuit, à la vue de tous, place de Stalingrad, et alimentent un écosystème de la drogue qui asphyxie nos quartiers et les insécurise.

Non, il n?est pas normal que des mineurs, isolés ou pas, sèment la terreur ou plus souvent la pagaille dans nos quartiers.

Non, il n?est pas normal que les professeurs d?E.P.S. en soient réduits à changer de gymnase ou de trajets pour ne pas exposer leurs élèves à des agressions de rue.

Non, il n?est pas normal que les trafiquants de drogue ou les réseaux de traite des femmes puissent un peu partout s?approprier l?espace public.

Non, il n?est pas normal que des femmes se sentent illégitimes dans certaines rues de Paris.

Je pourrais poursuivre ainsi cette sinistre énumération, évoquer d?autres fléaux qu?on retrouve dans tous les arrondissements de Paris, les infractions au Code de la route, les pollutions sonores ou les arrachages de colliers et de sacs, mais mon propos n?est pas d?accabler.

Nous savons les efforts fournis, les risques pris, la complexité de beaucoup de ces situations dont la résolution relève bien sûr de la complémentarité des partenariats. Et vous le savez, la Ville y prend et y prendra sa part, souvent en allant très au-delà de ses propres compétences, grâce notamment aux agents de la DPSP, dont le nombre et les missions ne cessent de s?élargir. Mais les Parisiens nous disent ce qu?ils voient, et en l?occurrence, ce qu?ils ne voient plus. Ils ne voient plus assez d?uniformes dans nos rues, et encore moins ces derniers mois, malgré les promesses de la police du quotidien, qui devait permettre de rétablir une police de proximité.

Alors oui, nous souhaitons, Monsieur le Préfet, obtenir des précisions quant au déploiement de la police du quotidien à Paris, des effectifs et des moyens supplémentaires qui seront alloués ou non en 2019. Nous avons besoin de transparence concernant l?évolution réelle des effectifs à Paris ces dernières années. Je prendrai l?exemple du 19e arrondissement, dont la situation ressemble sans doute beaucoup à celle des autres arrondissements. Le commissariat du 19e recevra prochainement une nouvelle promotion d?une vingtaine de jeunes policiers, et je serai là, comme mes collègues dans leur arrondissement, pour les accueillir, mais à l?évidence, ces arrivées ne couvriront pas, loin s?en faut, tous les départs intervenus depuis un an. Monsieur le Préfet, soyez assuré de notre soutien loyal pour aider la Préfecture de police à remplir ses missions et à en obtenir les moyens. Soyez assuré tout autant de notre détermination farouche à faire entendre le sentiment d?abandon qui prospère, hélas, dans les quartiers populaires de Paris, ces quartiers qui payent cher la réduction de l?effort de sécurité nationale, et où pourtant de belles énergies continuent de tenir le cap et refusent de perdre l?espoir de vivre mieux. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, cher François DAGNAUD. Je crois que beaucoup d?élus sur ces rangs avec, je dirais, cette question posée, et aussi respectueuse, se reconnaissent dans les questions que vous venez de poser à M. le Préfet de police.

Monsieur le Préfet, je vous donne la parole, et Colombe BROSSEL complétera, bien évidemment.

Monsieur le Préfet ?

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire de Paris.

Monsieur le Conseiller, Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris, la question que vous posez est une question essentielle et qui démontre une fois de plus à quel point, en renvoyant à l?étymologie, la police est au c?ur de la cité et des attentes de la cité. Notre devoir est d?être à la hauteur de ces attentes et de ces exigences, et nous faisons le maximum pour ?uvrer en ce sens.

Merci, bien sûr, des mots que vous avez tenus pour condamner les propos totalement déplacés et grossiers - l?intéressé, je crois, s?est excusé ce matin, mais ça n?enlève rien au mal qui a été fait - de ce polémiste qui était sur une chaîne de télévision samedi dernier. Evidemment, je condamne, comme l?a fait le Ministre, sans réserve ces dérapages inadmissibles. Merci aussi de l?hommage rendu aux disparus récents dans nos rangs.

Un mot peut-être sur la question des effectifs et des moyens. J?évoquerai quelques aspects de physionomie ensuite, et peut-être pour vous dire comment se déploie la police de sécurité du quotidien dans la Capitale.

Sur les moyens en effectifs, j?ai sous les yeux un tableau qui retrace l?effectif de gradés et gardiens de la paix à la Direction territoriale de la sécurité de proximité, c?est-à-dire, pour l?essentiel, les commissariats de nos 20 arrondissements. Le point bas a été atteint fin 2014. Il y avait 5.179 gradés et gardiens dans les effectifs de la Direction territoriale, à comparer à un peu plus de 5.700 en 2011. C?était le reflet d?une politique de déflation des effectifs.

Depuis lors, l?effectif s?est redressé. Fin 2017, c?étaient 5.587 effectifs du corps d?encadrement et d?application qui étaient dans les commissariats. Cet effectif, nous le retrouverons à la fin de cette année. On est un peu dans le creux, même si j?ai accueilli 798 stagiaires ce matin. L?arrivée prochaine aura lieu au mois de décembre. Nous en aurons ensuite au mois d?avril et au mois de juillet, ce qui veut dire qu?à partir de l?année 2019, on aura progressé par rapport à ce creux de plus de 7 %. Je le rappelle : 5.179, 5.587. On sera à ce niveau-là. Et ensuite, on aura les effets des recrutements décidés par le Gouvernement.

Je rappelle que sur le quinquennat, le projet, c?est la création de 10.000 emplois pour la sécurité intérieure, 7.500 pour la police nationale, avec un rythme : 2.000 créations d?emplois en loi de finances 2018, 2.500 en loi de finances 2019, 2.500 en loi de finances 2020, 1.500 ensuite en 2021, puis en 2022. Bien évidemment, la Préfecture de police prendra sa part dans cet effort, mais comme toujours, on crée des postes, on organise les concours, on recrute, on forme dans les écoles, on accueille ensuite dans les services. Vous le comprenez, vous le savez, il faut un certain décalage de temps.

J?ajoute une réalité qui est souvent perdue de vue et qui pourtant est essentielle à Paris : regarder uniquement les effectifs des commissariats d?arrondissement - et je comprends que les maires les regardent, et notamment les maires d?arrondissement, et moi aussi -, mais regarder uniquement ces effectifs pour mesurer l?importance de l?action policière dans la Capitale, ce n?est pas conforme à la vérité. On oublie des réalités profondes : d?abord, les services mutualisés du type "compagnies d?intervention", que vous ne trouvez pas dans les arrondissements, mais qui interviennent partout dans la Capitale ; les effectifs de la police régionale des transports, où il y a à peu près 1.000 effectifs en tenue ; les effectifs de la police judiciaire ; les trois districts territoriaux ; les brigades centrales, telles que la Brigade des stupéfiants.

N?oublions pas non plus l?apport à la production de sécurité dans la Capitale de la Direction de l?ordre public et de la circulation, pour la circulation, pour la gestion des événements, pour la sécurité que l?on doit aux grandes institutions de la République, aux ambassades, et qui assure sur le terrain aussi, par exemple, le déploiement Vigipirate. La Direction de l?ordre public, c?est 5.000 fonctionnaires. La Direction de la police judiciaire, c?est 2.200 fonctionnaires, qui sont à peu près tous basés dans la Capitale, si on met de côté les trois services départementaux de police judiciaire.

Je pourrais ajouter aussi l?effort de la Direction du Renseignement, qui suit par le menu les individus radicalisés et qui constituent une menace. Il y a donc, au-delà des effectifs qui sont dans les arrondissements et que vous connaissez évidemment beaucoup mieux, une ressource qui est mobilisée au service de la sécurité des Parisiens et qu?il ne faut jamais oublier. En tout cas, l?affirmation qui consiste à dire "on n?a jamais été aussi bas et les effectifs sont en recul" est contredite par la réalité de ces données. Je me propose d?ailleurs, Madame la Maire, de mettre toutes ces données par écrit et de les communiquer à l?ensemble des élus.

Ensuite, il y a la question des phénomènes que vous décrivez et que vous décrivez fort justement, Monsieur le Maire, que je crois connaître un peu. Il m?arrive de me déplacer, souvent sans l?annoncer. Je suis allé personnellement à "la Colline" discuter avec les gens qui sont dans ce secteur et qui s?adonnent au crack. Certains avaient été évacués quelques semaines avant. "Pourquoi êtes-vous revenu, Monsieur ?" Il m?a dit : "On est mieux ici. On est entre nous." Il a même ajouté : "vous savez, s?il y a des difficultés entre nous, on appelle la police, cela se passe très bien" ; sous-entendu : "on n?a pas besoin de vous".

Je suis venu aussi, vous le savez, voir un petit peu quelle était la physionomie sur le secteur de Stalingrad, car je sais que le sujet est sensible. Alors, je veux vous donner quelques éléments, d?abord sur la question des stupéfiants : ayez à l?esprit, les uns et les autres, qu?on est devant un phénomène profondément inquiétant, qui est un phénomène mondial. La production d?héroïne a été multipliée par deux sur le théâtre afghan. On sait très bien ce que ça finance : un peu tout le monde, les Talibans, le régime, les seigneurs de la guerre, etc., les trafiquants qui la font circuler.

La cocaïne : sa production a été multipliée par quatre, et les saisies de cocaïne quotidiennes dans le monde doivent représenter en moyenne au moins une tonne. C?est dire à quel point ces phénomènes sont puissants, sont inscrits et irriguent tous les territoires. On part de grands trafiquants internationaux pour arriver dans nos quartiers, au bas de nos immeubles.

Il faut avoir conscience de ces réalités. Mais au regard de cela, quelques données qui vous montrent à quel point la mobilisation est forte : la coordination de l?action contre les stupéfiants, contre les réseaux est menée par la Brigade des stupéfiants, qui s?appuie sur la mobilisation aussi des moyens de la D.S.P.A.P., des moyens de la Direction du Renseignement. J?ai tenu une réunion il y a quelques jours sur le sujet, mais il n'y a pas que cela. Les policiers, notamment dans les arrondissements, dans le métro, doivent travailler sur ce qu'ils doivent interpeller, le trafic de proximité, voire interroger les consommateurs.

356 kilos de cocaïne ont été saisis depuis le début de l'année par les services de la Préfecture de police, c'était 117 l'an passé, cela a plus que doublé.

Pour l'héroïne, 22,8 kilos ont été saisis. Là aussi, c'est plus du double de l'an passé. 2,8 tonnes de cannabis ont été saisies. Quant aux avoirs numéraires, on a déjà saisi 3,8 millions d'euros sur les huit premiers mois de l'année, alors que c'était 5,6 l'an dernier sur toute l'année.

Vous voyez à quel point la mobilisation est forte, et l'activité se densifie. Derrière cela, sur Paris même, 2.500 interpellations pour trafic et 1.650 déferrements, pour donner des exemples.

Je pourrais ajouter le rôle de nos services dans les aéroports, notamment à l'aéroport d'Orly où on a beaucoup d'interpellations de ces passeurs, que l'on appelle hélas des mules, et qui sont des gens exploités dans leur misère, exploités depuis la Guyane ou les Antilles et qui, au risque de leur vie, amènent des quantités non négligeables, parfois jusqu'à 700 grammes transportés in corpore avec le risque vital. Mais les interpellations sont nombreuses. On est donc très mobilisé sur ce sujet.

Vous évoquez les ventes à la sauvette. Je crois que cela a été indiqué lors d'un v?u, mais je vais simplement vous citer un ou deux chiffres pour montrer notre engagement extrêmement constant.

Depuis le début de l'année 2018, 204 tonnes de marchandises ont été saisies. Vous avez eu l'illustration récemment par cette affaire de tours Eiffel où il y en avait une vingtaine de tonnes. 24.000 procédures ont été établies. Cette action est menée en très bonne coordination avec les équipes de la Mairie de Paris qui approchent les bennes dans lesquelles les produits saisis peuvent être orientés.

Je pourrais dire un mot aussi sur la question des mineurs isolés. C'est la même chose. Depuis le début de l'année, près de 1.500 interpellations de mineurs isolés. Des mineurs isolés qui se livrent à des actes de plus en plus violents, ce n'est plus seulement le vol à la tire, ce sont des colliers arrachés, des vols violents de plus en plus graves. C'est un sujet que l'on a pris à bras le corps. La police n'est pas seule avec évidemment le Parquet et la Ville pour la mobilisation des services sociaux.

Vous savez aussi que l'on a engagé une action particulière avec les autorités marocaines. C'est parti du sommet de l'Etat. Cela a été relayé par des échanges bilatéraux entre nos deux Ministres de l'Intérieur. J'ai eu le privilège d'y être associé, compte tenu de la situation à Paris. Les autorités marocaines se sont mobilisées pour nous aider. Ce sont les autorités consulaires. Je veux couper court à toutes les interprétations qui ont pu être faites, ce sont les autorités consulaires. On a un peu plus de 160 cas qui ont été examinés. J'ai constaté sur ce total que 41 majeurs avaient été identifiés et ces majeurs, et quand on les retrouve, on peut les traiter selon le droit commun.

Encore une fois, sur ces sujets, notre mobilisation est totale. Comprenez bien aussi qu'on n'a pas tout seuls la réponse. Dans le cadre des mineurs, c'est la recherche de prise en charge adaptée, mais c'est difficile. C'est l'implication, et la Ville a apporté une contribution financière essentielle avec le Centre d'action sociale protestant. Je salue votre engagement.

Il y a des échanges entre les autorités judiciaires nationales et marocaines pour savoir si on peut orienter des jeunes dans des centres qui se trouvent peut-être au pays de départ. Mais il n'y aura aucun retour forcé de mineurs. Je le souligne, ce n'est pas notre volonté.

Pour les stupéfiants, c'est pareil. Ces consommateurs de crack, dont certains sont venus vers Stalingrad, dont un grand nombre se trouve à "la colline", qui étaient assez nombreux dans le métro, vous le savez, la réponse apportée ne peut pas être seulement policière. Je me réjouis, j'ai eu une réunion avec le directeur général de l'A.R.S. qui connaît bien Paris, Madame la Maire, et qui déjà a fait des propositions pour augmenter notre capacité de prise en charge médicosociale et d'orientation pour que, lorsque la police intervient pour évacuer "la colline", comme nous l'avons fait, on ne se retrouve pas, trois semaines après, avec les gens qui sont revenus. Dans ce domaine comme dans d'autres, la coproduction de sécurité, la chaîne qui mobilise l'ensemble des acteurs est plus que jamais nécessaire. Je ne peux que me réjouir de la convention de coordination que nous avons passée, de cette coordination au plus près du terrain que je souhaite dans chacun des arrondissements, pour renforcer l'efficacité collective. Soyez en tout cas assurés, Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris, de notre mobilisation, de l'engagement résolu, déterminé des fonctionnaires de police. Quand on dit qu'ils ont peur, c'est faux. Ils savent qu'ils sont exposés à des risques, mais cela ne les empêche pas d'agir et d'être présents, cela ne les empêche pas d'être mobilisés. Vous pouvez compter sur nous pour continuer notre ?uvre en ce sens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet de police.

Je donne tout de suite la parole à Colombe BROSSEL pour compléter.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Permettez-moi de commencer par deux remerciements. Merci à François DAGNAUD de porter une parole forte et de la porter, je crois, sous l'angle qui est celui qui s'impose à nous aujourd'hui. Non, tout ceci n'est pas normal, chers collègues. Oui, tout ce que vous avez décrit est absolument anormal, et nous ne devons jamais nous laisser nous-mêmes gagner par l'idée absurde que tout ceci serait normal, parce que notre engagement en tant qu'élu, c'est de bien faire en sorte qu'aucune de ces situations ne soit jamais considérée comme normale, d'une part, et ne soit jamais passée sous silence, d'autre part.

C'est pourquoi je vous remercie pour cette question qui met en lumière. On aime bien mettre en lumière les aspects positifs, mais il faut aussi parfois porter la parole des habitants, la parole de l'ensemble des acteurs associatifs, la parole des maires d'arrondissement.

Je vous remercie d'avoir porté ceci à notre Conseil aujourd'hui parce qu'en effet, la situation est dégradée. C'est visible à l'?il nu, si vous me permettez de le dire ainsi. C'est visible en effet à l'?il nu quand on ne peut pas échapper aux sauvettes de masse. C'est visible à l'?il nu quand, en effet, sortir d'une station de métro devient un parcours du combattant.

Permettez-moi, dans cet hémicycle, une petite parenthèse et une pensée amicale pour le kiosquier de Barbès, Samir LEBCHER qui, après avoir tenté de rouvrir son kiosque et d'avoir une activité professionnelle, tout bêtement d'exercer son activité professionnelle, a été contraint, ces dernières semaines, de fermer son kiosque à 17 heures, puis à 16 heures, puis à 15 heures, parce que ce n'était plus possible de vendre des journaux et qui a décidé hier, dans un coup d'éclat, de fermer définitivement son kiosque.

C'est aussi cela les situations auxquelles aujourd'hui des individus, des personnes, des habitants, des Parisiens, sont confrontés. Le trafic de stupéfiants est aussi visible, vous avez parlé du crack, Monsieur le Préfet, bien entendu, mais c'est aussi - et nous avons déjà évoqué cette question quasiment à chaque Conseil de Paris - dans un certain nombre de rues des trafics de bas étage, je le reconnais, mais qui sont là, tout le monde le sait, et qui sont toujours là.

Merci à vous, Monsieur le Préfet, parce que je crois que l'honnêteté et la franchise dont vous faites preuve dans cet hémicycle en répondant avec clarté sur un certain nombre d'éléments, que ce soit d'ailleurs sur la physionomie dans un certain nombre de quartiers du Nord-Est parisien ou que ce soit sur les effectifs, sont un des éléments fondamentaux qui peuvent nous permettre à tous d'avancer.

Vous avez parlé de coproduction. Je fais partie de ceux qui ne pensent pas que la coproduction de sécurité soit une vieille lubie galvaudée, mais bien au contraire, que c'est la façon dont nous pouvons les uns et les autres avancer et régler les problèmes, parce que c'est pour cela que nous sommes là, régler les problèmes.

Vous avez pris, Monsieur le Préfet, devant la Maire de Paris, devant les vingt maires d'arrondissement réunis, il y a quelques mois de cela, un engagement, vous venez de le résumer avec mes mots, en disant à la fin de l'année 2018, il y aura exactement le même nombre d'agents de la police nationale qu'au début de l'année.

C'est un engagement que vous aviez déjà pris, vous l'avez tenu et je sais que vous le tiendrez cette année.

La question aujourd'hui qui s'impose, Monsieur le Préfet, n'est plus du coup, je le crois, de votre ressort. Est-ce que, dans un certain nombre de nos quartiers, les Parisiens ont besoin d'autant de policiers ? Je ne le crois pas.

Dans un certain nombre de quartiers à Paris, aujourd'hui, les habitants ont besoin de plus de policiers, et c'est cela que nous portons comme parole, le besoin de plus de policiers, de policiers en tenue, dans l'espace public, présents, fidélisés et qui soient réellement capables de rassurer, car aujourd'hui c'est bien le sujet.

Au regard d'un certain nombre de phénomènes que vous avez décrits, Monsieur le Préfet, au regard de la parole portée par François DAGNAUD au nom de son groupe mais au nom d'un certain nombre de ses collègues maires, la question finalement est : est-ce que nous avons le temps d'attendre ?

On a toujours le temps d'attendre du point de vue des institutions et moi-même, quand je prends la parole ici, je représente une institution. Nous avons toujours le temps d'attendre. Je crois néanmoins que les Parisiennes et les Parisiens, notamment dans le Nord-Est parisien, n'ont plus le temps d'attendre. C'est l'une des raisons pour lesquelles dans un partenariat dont nous avons déjà parlé dans cet hémicycle avec la Préfecture de police et avec le Préfet de police, que la Maire de Paris a souhaité engager un audit sécurité.

Un audit, une vision à plat, objective de ce qu'est aujourd'hui la sécurité à Paris, non pas du point de vue de nos institutions, nous serions tous capables d'en parler pendant des heures, mais du point de vue des Parisiens.

Aujourd'hui, nous ressentons, nous comprenons, nous échangeons, et nous avons l'impression, le sentiment de ne plus avoir le temps d'attendre et qu'il y a aujourd'hui à avancer, il y a aujourd'hui à rassurer, il y a aujourd'hui à être présents. C'est bien la démarche dans laquelle nous sommes engagés. C'est bien la démarche dans laquelle nous continuerons à revenir devant ce Conseil. Je le redis et termine par cela, je ne suis pas sûre que les Parisiens, je ne suis pas sûre que les habitants, je ne suis pas sûre que les jeunes, les moins jeunes, les femmes, les hommes, les enfants, les collégiens, les lycéens, les personnes âgées, bref, tous ceux qui vivent notre ville aient encore beaucoup le temps d'attendre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Merci, Colombe BROSSEL. Permettez-moi aussi de remercier M. le Préfet de police et l'ensemble des équipes qui travaillent autour de vous pour la sécurité des Parisiens.

Je crois qu'ici chacun reconnaît la difficulté et l'évolution de la tâche, vous avez rappelé les chiffres, notamment le rôle de la drogue, la façon dont les drogues peuvent totalement percuter, abîmer, transformer la vie d'un certain nombre de quartiers de nos habitants. Ces sujets ne sont pas des sujets nouveaux mais leur ampleur est nouvelle. Je veux dire aussi que dans le travail étroit entre Préfecture de police et Mairie de Paris, c'est la complémentarité et c'est effectivement ce travail partenarial qui prévaut.

L'audit dont a parlé Colombe BROSSEL, que nous avons élaboré ensemble quant aux questions qui sont posées est vraiment un audit qui part de la situation des Parisiens, la sécurité des Parisiens. Bien sûr, un certain nombre de questions organisationnelles, de moyens seront posés, mais j'ai souhaité que cet audit soit fait sérieusement, qu'il soit ensuite partagé. Nous aurons l'occasion de revenir d'abord en Commission, puis ici au Conseil de Paris, et bien sûr dans un travail étroit avec les maires d'arrondissement et les présidents de groupe pour en tirer un certain nombre de conclusions.

Nous verrons lesquelles, et là je crois que je peux aussi parler en notre nom à tous, quelle que soit notre place sur les bancs de cette Assemblée, ce qui nous guide, c'est la sécurité des Parisiens. Etre vraiment tout à fait en correspondance avec l'actualité et la façon dont la sécurité évolue dans notre ville.

Je veux remercier François DAGNAUD, lui dire que j'ai regardé avec beaucoup d'admiration et de reconnaissance le fait que lui et les élus du 19e arrondissement soient allés à Stalingrad, il y a maintenant une dizaine de jours, rencontrer les habitants, échanger, discuter avec eux.

Je crois que c'est aussi notre travail d'élu local, en tous les cas je veux remercier François DAGNAUD de l'avoir fait avec beaucoup de force, de sérieux, d'empathie, mais aussi de venir ici poser les doutes qui sont les nôtres, parce qu'on peut avoir des doutes, et à partir de cette situation que nous allons éclairer avec cet audit, à partir aussi de notre expérience au quotidien, je pense que nous pourrons ?uvrer les uns et les autres pour trouver le meilleur chemin pour que la sécurité des Parisiens soit assurée dans chaque quartier.

Sans doute en regardant de façon plus précise les quartiers dans lesquels aujourd'hui la présence de la drogue, la présence de cette économie parallèle qui détruit tout est quelque chose que nous devons prendre à bras le corps, ce que nous faisons, mais peut-être avec un regard sur ce territoire large pour pouvoir être plus efficaces aussi.

Je veux remercier Anne SOUYRIS pour le travail qu'elle fait aussi, ainsi que Dominique VERSINI et d'autres adjoints qui sont en charge des questions de santé, du social, ou des mineurs isolés et qui effectivement participent à cet ensemble de services mobilisés au quotidien pour trouver les réponses adaptées à ces phénomènes de violence que nous voyons augmenter dans certains de nos quartiers. Monsieur DAGNAUD, souhaitez-vous reprendre la parole ? Je vous remercie.